LIBRARY
Brigham Young University
DANIEL C. JACKL1NG LIBRARY
IN THE
FIELD OF RELIGION
1
Digitized by the Internet Archive
in 2011 with funding from
Brigham Young University
http://www.archive.org/details/institutionslitu021970gu
INSTITUTIONS
LITURGIQUES.
INSTITUTIONS
"1
s
PAR
LE R. P. DOM PROSPER GIÉRANGER,
ABBE DE SOLESMES.
Sanas Poutificii Jurîs et sacrae Liturgie
traditioues labescentes confonde,
TOME SECOND.
AU MANS,
CHEZ FLEURIOT,
1MP. -LIBRAIRE - ÉDITEUR ,
PRÈS tA PRÉFECTURE,
A PARIS,
CHEZ DÉBECOURT,
LIBRAIRE ,
ROE DES SÀINTS-PÈJIES , 69.
M, ne ce xi i
*
-m
uip. de riEcnioi, Ai' jums.
THE L/B^^y mMm^
„,u vnr/M? UNIVERSITÉ
iKmimi i»»l »
PRÉFACE.
En donnant enfin au public le second volume
de nos Institutions Liturgiques , nous éprouvons
le besoin de justifier le retard que nous avons
mis à satisfaire a des engagements réitérés.
Certes , nous pouvons nous rendre ce témoi-
gnage, que notre bonne volonté est demeurée en-
tière; mais nos forces affaiblies par un long mal-
aise n'ont pas servi notre courage , et nous avons
vu les mois, et presque les années, s'accumuler,
sans nous rendre cette vigueur qui pourtant nous
était nécessaire pour achever la rude tâche que
nous nous étions imposée.
D'un autre côté, les nécessités du plan que nous
nous sommes tracé, exigeant impérieusement que
nous ne fissions pas trop attendre la dernière partie
de cette Introduction Historique , il nous a fallu
subir les exigences du sujet , et , partant , donner
au présent volume une dimension presque double
de celle à laquelle nous avions cru devoir étendre
le premier.
Du moins , ce long délai , durant lequel nous
avons reçu les instances les plus vives et les plus
VI PRÉFACE.
multipliées pour la continuation de l'ouvrage, aura
servi à manifester l'intérêt qui désormais paraît
devoir s'atlacher aux études liturgiques si long-
temps éclipsées en France. Assurément , lorsque
nous prîmes la plume pour écrire sur ces matières,
nous étions loin de nous attendre que notre faible
travail dut exciter aussi vivement l'attention des
catholiques , et que le siècle fût eu mesure de té-
moigner tant de sympathie pour une œuvre que
plusieurs pouvaient croire surannée dans son ob-
jet, et que certains symptômes semblaient signaler
h l'opinion comme étant tout au moins dépourvue
de ce qu'on est convenu d'appeler aujourd'hui ac-
tualité.
Nous bénissons le Père des lumières qui a bien
voulu qu'il en fût autrement; car ce travail a
été entrepris dans des internions pures, et ce nous
est une grande joie de voir se préparer un retour
vers l'élude et l'amour des pieuses traditions des
âges catholiques. Profès d'un Institut qui place en
tète de tous ses devoirs le Service Liturgique,
il est naturel que nos désirs et nos efforts se
tournent vers ce but auquel nous avons voué avec
bonheur notre vie loute entière.
Mais avant d'ouvrir la source des mélodies, avant
d'expliquer les mystères célestes, il nous Aillait
tracer un tableau général des vicissitudes de la
Liturgie, raconter sa marche à travers les siècles,
PRÉFACE. TO
son admirable progrès, ses altérations en quelques
lieux ; arriver ainsi à établir l'aspect général de
cette immense forme du catholicisme. Cet aperçu,
ainsi que nous l'avons dit ailleurs , était indispen-
sable , tant pour asseoir sur la base inébranlable
des faits la partie didactique de l'ouvrage tout en-
tier, que pour subvenir aux besoins des personnes
qui ne possèdent point un ensemble sur la matière
des faits liturgiques.
Et le nombre de ces personnes est plus grand
que nous ne l'aurions pensé. On rencontre des
hommes versés dans les sciences ecclésiastiques ,
récitant 'chaque jour les Heures Canoniales dans
un Bréviaire , célébrant la sainte Messe dans un
Missel , et avouant avec simplicité ne s'être jamais
préoccupés de savoir les noms des rédacteurs de
ce Bréviaire , de ce Missel , qu'ils ont sans cesse
entre les mains. Bien plus, un écrivain exact, et
môme minutieux, l'auteur des Mémoires pour ser-
vir à l'Histoire Ecclésiastique pendant te XVIII*
siècle, en est venu jusqu'à omettre, dans son livre,
le récit d'un si grand fait que le changement de la
Liturgie dans l'Eglise de France au XVIIIe siècle.
C'est à peine si on trouve, dans ses quatre volumes,
quelques mots épars , à l'aide desquels on puisse
se douter qu'une révolution quelconque ait eu
lieu chez nous dans les choses du Service Divin,
tandis qu'il est matériellement incontestable que
B
VIII PRÉFACE.
rien d'aussi grave sous ce rapport ne s'était opéré
dans nos églises, depuis l'époque de Charlemagne.
L'histoire des deux derniers siècles liturgiques
devra donc paraître quelque peu étrange à cer-
tains esprits préoccupés qui n'aiment pas qu'on
les dérange, ou qu'on trouble leur quiétude, 11 est
des hommes qui voudraient qu'on ne parlât jamais
des choses auxquelles ils n'ont pas l'habitude de
songer, et qui se trouvent portés à nier de prime-
abord ce qu'ils ne rencontrent pas dans leurs
souvenirs. Quoi qu'il en soit de l'effet que peut pro-
duire sur ces derniers la lecture de cette histoire,
nous nous flattons du moins que les lecteurs sans
préjugés rendront justice aux efforts qu'il nous
a fallu faire pour en rassembler les matériaux,
tout imparfait d'ailleurs que puisse leur sembler le
résultat.
Mais il est un avertissement que nous croyons
devoir déposer ici pour l'utilité de plusieurs per-
sonnes. Il consistera tout simplement à dire que
quiconque n'est pas lamiliarisé avec l'histoire du
Jansénisme , ne saurait jamais qu'imparfaitement
saisir la situation de l'Eglise de France au dix-
huitième siècle. Si donc on avait oublié la Dis-
tinction du fait et du droit, le Cas de conscience .
les Réflexions morales, le Problême Ecclésiastique
Y Appel et le Réappel, les lléxaples de la Cons-
titution, le Figurisme, le Secourisme , la Venin
PRÉFACE. IX
d'Elie , etc. ; si on ne savait plus ce que la secte
appelait la Vérité, Y Obscurcissement; si on ne s'é-
tait pas familiarisé avec les Bulles Vineam Domini
Sabaoth, — Unigcnitus, — Auctorem fidei ; si on était
porté à confondre les Evêques constitutionnaires
et les Evêques constitutionnels , etc., etc., il fau-
drait bien s'attendre à trouver quelques étrangetés
dans notre histoire liturgique. Depuis bientôt deux
siècles , le Jansénisme est le grand fait religieux
de l'Eglise de France ; et ses influences qui, grâces
à Dieu , s'en vont s'éteignant de jour en jour, ont
été incalculables. Dieu permettra, sans doute, que
les derniers restes de celte ivraie maudite dispa-
raissent bientôt du champ du Père de famille;
mais il nous semble grandement salutaire que les
Catholiques n'oublient pas trop vite les artifices de
leurs ennemis. Le Jansénisme a été le Protestan-
tisme de notre pays, le seul qui ait su se faire ac-
cepter ; il importe donc qu'on s'en souvienne.
Pour en revenir au présent volume , certaines
personnes remarqueront peut-être qu'il est écrit
avec quelque chaleur ; nous ne pensons pas cepen-
dant qu'elles aillent jusqu'à s'en plaindre. Dans ce
cas, nous leur répondrions que la conviction seule
nous ayant porté à l'écrire , il nous devenait tout
aussi impossible de ne pas montrer cette conviction
dans nos paroles , que de tracer même une seule
ligne, du moment où il ne nous eût pas semblé cvi-
X PRÉFACE.
dent que la cause que nous soutenons est la bonne
cause. Certes, s'il y a lieu de s'étonner de quelque
chose en ce monde, c'est de voir la vérité et la jus-
tice défendues mollement par les hommes , eux
qui sont si ardents au maintien de leurs droits et
de leurs prétentions personnelles. Les Livres saints
et les écrits des Pères déposent énergiquement en
faveur du langage sincère et sans ménagement qui
doit être employé par l'homme de foi , dès qu'il
s'agit de Dieu ou de son Eglise.
Et, après tout, qui de nous porte donc aujour-
d'hui un si tendre intérêt au Jansénisme et à ses
œuvres, pour se scandaliser du zèle qu'un auteur
catholique mettrait à les démasquer et h les pour-
suivre ? Nous ne sommes plus à l'époque où cette
secte travaillait à se faire passer pour un fantôme,
et y réussissait dans l'esprit d'un si grand nombre
de personnes. Aujourd'hui, le Jansénisme est pour
jamais inauguré au Dictionnaire des Hérésies ,
h côté de l'Arianisme, du Pélagianisme, et du Cal-
vinisme son frère.
Nous trouverait-on amer contre les nouvelles
Liturgies ? Miais si elles sont pour la plupart
l'œuvre de mains Jansénistes, pourquoi devrions-
nous respecter les fruits , quand il nous est
enjoint de maudire l'arbre ? Parce que le dix-
huitième siècle les a produites pour la plupart ,
devrons -nous leur sacrifier sans résistance le i e-
PRÉFACE. XI
cueil des chants chrétiens, centonisé par saint
Grégoire , et devenu l'expression de la foi et de la
piété depuis mille ans , dans toute la chrétienté
occidentale? Et encore quelle critique plus san-
glante pourrions-nous faire d'une œuvre toute
humaine, entachée d'esprit de parti, de prétention
nationale, et surtout d'esprit presbytérien, que celle
qu'on a osé faire de la Liturgie Romaine , lors-
qu'on l'a mutilée, parodiée 3 expulsée enfin de
nos Eglises , comme si elle n'eût pas eu pour
elle l'antiquité et l'autorité que donnent la tradi-
tion ? S'il a pu être permis de refaire a neuf les
prières séculaires de la chrétienté , et de donner
cet attentat comme un progrès sublime de la chose
religieuse, iL nous sera bien permis sans doute
d'environner de notre amour ces antiques formes
de la piété de nos pères , qui sont encore celles de
la religion de toute l'Eglise Latine, de les défendre
sans faiblesse , et de peser au poids du sanctuaire
ce qu'on leur a substitué.
Au reste , dans celte lutte laborieuse , nous ne
paraîtrons pas seul. De nobles champions , à la
tête desquels on verra briller l'illustre Languet ,
Archevêque de Sens, le marteau du Jansénisme ,
entreront avec nous dans la lice , et pas une pa-
role ne sortira de noire bouche qui ne soit l'écho
des doctrines expresses de ces vaillants antago-
nistes de l'hérésie Anti4itumiste9 au dernier siècle.
XII PRÉFACE.
Enfin , si notre accent est quelquefois sévère ,
c'est encore parce que nous ne saurions nous ré-
soudre à contempler de sang-froid les ravages que
les changements liturgiques de ces derniers temps
ont fait dans les habitudes de la piété catholique,
en France ; l'altération des Offices divins , l'oubli
du symbolisme des cérémonies, la destruction des
chants antiques , le refroidissement de la dévotion
à la Sainte Vierge et aux Saints ; et, ce qui met le
comble à tout, l'intelligence des mystères, si ample
et à la fois si facile par la Liturgie , ravalée pour la
plupart des fidèles a la mesure de ces innombrables
petits livres qui inondent de plus en plus la librairie
religieuse.
Mais, diront quelques-uns, pourquoi révéler
au grand jour une telle situation? Pourquoi? afin
d'aider à y mettre un terme ; afin d'empêcher9 en
si faible mesure que ce soit , qu'elle ne s'aggrave
encore. Au reste , dans cette histoire , c'est à des
morts surtout que nous avons à faire , et si nousj
avons cru devoir relever quelques faits contempo-
rains, nous ne l'avons fait qu'en écartant soigneu-
sement les noms des personnes. Toutes les fois
aussi que la marche de notre narration nous a mis
à même de raconter le bien qui s'est fait, et se
fait encore , de constater les indices consolants et
déjà si nombreux d'un retour aux anciennes formes
de la prière et du culte divin, nous nous sommes
l'RÉFACE. XIII
étendu avec complaisance sur ces récits , nous en
avons fait ressortir avec joie toute la portée.
Mais il était nécessaire que nous entrassions tout
d'abord avec franchise dans la question des causes
de la révolution liturgique du siècle dernier, et que
nous montrassions la véritable raison des chan-
gements à l'aide desquels il se fait que nos Eglises
se présentent aujourd'hui tout aussi modernisées
sous le rapport des prières qu'on y récite et des
cantiques qu'on y chante, que sous celui de leur
architecture, de leur décoration et de leur ameuble-
ment. Il fallait prendre les devants sur les hommes
de la science laïque et même profane qui s'apprê-
taient à se lancer, au nom de la poésie et des ori-
gines nationales , sur le champ de la Liturgie ,
comme ils ont déjà , au nom de l'art du moyen-
âge, envahi nos édifices sacrés. Mieux valait donc
convenir sincèrement des aberrations d'un siècle
que personne n'ose plus défendre, et montrer dès
l'abord que nous , hommes d'Eglise , n'avons pas
besoin d'un secours étranger pour interpréter nos
livres, ni des leçons d'autrui pour reconnaître ce
qui reste à faire, en notre temps, quand on vou-
dra aussi restaurer ces livres et y rétablir les droits
de l'antiquité , et les glorieux avantages de l'uni-
versalité. N'était-il pas urgent de montrer que
cette déviation malheureuse n'est point notre ou-
vrage ; que si nous sommes réduits à en subir les
X1Y MtÉFAeE.
conséquences, la faute en est, pour la plus grande
partie, dans les obstables matériels que nous avons
hérités d'un autre âge, et, pour le reste, dans ces
préjugés de Liturgie perfectionnée qui nous ont
bien été imposés avec l'éducation , mais qui s'ef-
facent de jour en jour, comme tant d'autres , pour
faire place à une appréciation plus large des ins-
titutions catholiques. Oui, nous le disons avec sin-
cérité, nous penserons avoir rendu un service, si,
en nous jetant ainsi dans ces questions de l'histoire
et de la forme liturgiques , nous parvenons a oc-
cuper la place, et a prévenir l'invasion de ces lit-
térateurs , historiens , poètes , artistes , et autres ,
dont le demi-savoir et l'incompétence produisent
journellement tant d'inconvénients dans les pu-
blications, périodiques ou non, qu'un zèle, souvent
très louable en lui-même, leur fait entreprendre.
Toutefois, nous éprouvons le besoin de protester
contre un abus dans lequel , malgré nous , la lec-
ture de notre livre pourrait peut-être entraîner
quelques personnes. Il ne serait pas impossible
que certains Ecclésiastiques, apprenant par nos
récits l'origine peu honorable de tel ou tel livre
liturgique en usage dans leur diocèse depuis un
siècle, crussent faire une œuvre agréable à Dieu
en renonçant avec éclat à l'usage de ces livres.
Notre but n'est, certainement, pas d'encourager de
pareils actes qui n'auraient guère d'autre résultat
PRÉFACE. XV
final que de scandaliser le peuple fidèle , et d'é-
nerver le lien sacré de la subordination cléricale.
Pour produire un bien médiocre, on s'exposerait
à opérer un mal considérable. Nous désavouons
donc à l'avance toutes démonstrations imprudentes
et téméraires, propres seulement à compromettre
une cause qui n'est pas mûre encore. Sans doute ,
notre intention est d'aider a l'instruction de cette
cause , et nous la voudrions voir jugée déjà et
gagnée par la tradition contre la nouveauté ; mais
une si grande révolution ne s'accomplira qu'à
Paide du temps , et la main de nos Evoques devra
intervenir, afin que toutes choses soient comme
elles doivent être dans cette Eglise de Dieu qu'il
leur appartient de régir.
Tel est notre avis que nous déposons ici pour
la décharge de notre conscience , nous souvenant
de notre qualité de membre indigne du Clergé
Régulier, lequel a dans tous les temps témoigné de
son attachement inviolable à l'Ordre Hiérarchique,
sans croire parla porter atteinte aux privilèges dont
la discipline générale de l'Eglise l'a investi ; tandis
qu'on a vu constamment les docteurs du Presby-
térianisme , guidés par un secret instinct , con-
fondre dans une même aversion la prérogative di-
vine de l'Episcopat et les droits concédés aux corps
privilégiés. Nous en appelons, sur ce point, à
l'histoire des controverses qui s'agitèrent , en
XYI PRÉFACE.
France , aux dix-septième et dix-huitième siècles,
sur la Hiérarchie et ses applications. Ce qui nous
perd aujourd'hui , c'est l'ignorance de ce passé ,
sans lequel, pourtant, on espérerait en vain com-
prendre et terminer les questions présentes.
Il ne sera peut-être pas inutile de répéter ici
ce que nous avons déjà dit ailleurs , savoir que ,
dans cette Introduction Historique, nous touchons
un grand nombre de questions, sur lesquelles nous
sommes amenés à prendre un parti , sans que la
marche du récit nous permette de nous arrêter
assez pour motiver notre avis. Si quelquefois le
lecteur avait peine à se rendre compte des rai-
sons qui nous déterminent pour telle ou telle con-
clusion , nous le prierions d'attendre le dévelop-
pement même de l'ouvrage ; il n'est pas une seule
des questions soulevées dans l'Introduction , qui
ne doive être discutée dans la partie didactique de
notre travail. On peut revoir le plan de l'ouvrage
entier dans la préface du premier volume.
On nous a prié de caractériser la nature et l'é-
tendue de la réaction liturgique du dix-huitième
siècle; c'était déjà notre intention, et nous croyons
même que rien ne sera plus utile , quand , d'une
manière précise, nous en viendrons a l'explication
détaillée des Offices divins, que de placer jour par
jour, en regard des formules de l'antiquité , les
innombrables pièces nouvelles qu'on y a substi-
PRÉFACE. XTII
tuées, en France. La science liturgique, comme
toute science de faits , avance principalement par
la réunion et la comparaison des données posi-
tives ; c'est ce qui nous a porté à ne rien négliger
pour procurer à notre ouvrage les compléments
dont il a besoin pour être , autant que nos forces
nous le permettront , une véritable Somme litur-
gique. Ainsi nous n'interrogerons point seulement
les anciennes Liturgies de l'Orient et de l'Occi-
dent ; mais nous étudierons , dans le plus grand
détail , les produits de notre fécondité nationale
en ce genre, à partir du Bréviaire de Cluny, de
1686, jusqu'aux récents Bréviaires que notre siècle
a vu paraître.
Nous avons déjà dit et nous répétons ici volon-
tiers que nous nous ferons un devoir de répondre
franchement aux observations ou réclamations qui
nous seraient adressées ; la préface du volume sui-
vant contiendrait nos éclaircissements sur les points
contestés, ou même, s'il y avait lieu, les rectifi-
cations qu'une plus ample instruction delà matière
nous mettrait à même de fournir.
Jusqu'ici du moins, nous le disons en toute sim-
plicité , nous n'avons recueilli que des suffrages
bienveillants. Pour ne parler que de la France, les
encouragements directs que nous ont transmis
plusieurs de nos Archevêques et de nos Evèques,
h sympathie que d'autres Prélats nous ont fait
XVIII PRÉFACE.
témoigner, l'assentiment d'un nombre très consi-
dérable des membres les plus éclairés du Clergé
du second ordre, toutes ces choses sont pour nous
le motif d'une consolation d'autant plus grande ,
que nous n'avons fait aucune démarche pour nous
attirer ces honorables témoignages de satisfaction.
Nous ne formons maintenant d'autre vœu que celui
de nous en rendre digne de plus en plus.
Le public laïque a accueilli les Institutions Li-
turgiques avec un empressement, sur lequel, nous
le répétons , nous étions loin de compter. La
presse catholique s'est exprimée avec la plus pré-
cieuse et la plus rare unanimité en faveur du
retour aux anciennes et véritables traditions du
service divin, et nos faibles efforts vers ce but ont
été récompensés à l'excès , par les articles qu'ont
bien voulu consacrer à notre livre les Annales de
Philosophie Chrétienne , Y Université Catholique,
VAmi de la Religion , l'Univers, etc.
Mais ce qui nous a semblé encore plus digne de
remarque, a été devoir notre livre et ses doctrines
devenir , dans un journal anglican v l'objet non
seulement d'une attention sérieuse , «pais d'une
sympathie presque catholique. Le Britisch Critic,
organe solennel et véritablement grave du Clergé
de YEglise-établie 3 dans ie n° d'octobre 1841 ,
après avoir développé les plus hautes considéra-
tions sur l'importance de la Forme Religieuse ,
PRÉFACE. XIX
conclut ainsi le long et bienveillant article qu'il
a consacré a noire premier volume :
« Toutes formes donc , anlant qu'elles sont re-
» ligieuses , étant des symboles des choses spiri-
» tuelles , l'uniformité , comme nous le rappelle
» l'Abbé, en doit être la condition, et par là même
» le gage de Y unité de l'Esprit. (1) En effet , pour
» employer les propres paroles de l'Archidiacre
» Manning , n' est-il pas certain que l'uniformité
» est le tangage symbolique et silencieux de l'unité?
» Y a-t-i! quelque loi dans l'œuvre de Dieu qui n'ait
» sa propre forme invariable ? Qu'est-ce que la
» variété de la nature , si non l'expression uniforme
» d'une variété de lois, et non pas l'expression va-
» riée d'une seule loi ? Là où il n'y a qu'un cœur, il
» n'y aura aussi qu'une voie, a dit Jérémie (2). En
» conséquence , l'Abbé condamne la variété des
» rites dans l'Eglise ; il la poursuit comme un
» manque d'appréciation de l'importance de l'unité
» chrétienne, et il propose de surmonter la diffi-
» culte en prenant Home pour centre. Ici , il ouvre
» une question dans laquelle nos lecteurs nous
» pardonneront certainement de ne pas nous en-
» gager, à la fin d'un long article. Nous nous bor-
» aérons donc pour le présent , à dire que , quant
(1) Eph. ÏV. 5.
(2) Jerem. XXXÏI. 39.
XX PRÉFACE.
» aux vues de l'Abbé sur l'importance de l'unité
» religieuse, et sur la futilité de tous les efforts dé-
» pensés à procurer cette unité sans l'uniformité ,
» il peut , si cela lui est de quelque consolation ,
» être assuré de la franche sympathie de plus d'un
» cœur anglais.
» Certes , il n'est pas un cœur catholique (1) qui
» ne soupire ardemment vers une règle plus forte,
» vers une plus grande unité d'action , et non
» seulement en Angleterre , mais par toute la
» chrétienté. Nous sympathisons du fond de nos
» cœurs avec l'auteur dont nous venons d'exami-
» ner l'ouvrage , en ce qu'il dit contre l'esprit de
» nationalité en religion. Nous ne pouvons ressen-
» tir le moindre attrait pour le parti Gallican , en
» tant qu'il s'oppose à l'école Ultramontaine. Les
» théories nationales , y compris même la théorie
» Gallicane, qui, par le fait, est plus ou moins la
» théorie actuelle des divers pays de la Commu-
» nion Romaine, nous paraissent receler un subtil
» Erastianisme , et témoigner en même temps
» d'une véritable insouciance pour la plénitude et
» pour la liberté de l'Evangile. C'est en émettant
» celte profession de sympathie que nous prenons
» congé de l'Abbé , lui souhaitant de cœur la santé
(1) Le mot Catholique est pris ici dans le sens de l'Anglica-
nisme , qui rétend à ses propres membres.
PRÉFACE. XXI
)) et une longue vie, pour mener à terme l'ouvrage
» de si haute importance et de si ardue difficulté
» dont ce volume n'est que le premier gage (1). »
Et nous, nous demandons au Père des lumières
qu'il lui plaise de se révéler de plus en plus à ces
frères séparés, auxquels il a déjà donné de com-
prendre la nécessité de l'unité dans la Doctrine
et dans la Forme ; afin , que leur cœur acceptant,
par le secours de la divine Grâce, la vérité déjà
manifestée à l'intelligence ; la confession publique
de la vraie Foi , la participation aux divins Sacre-
ments, la soumission filiale à la seule vraie Hiérar-
chie, consomment bientôt dans l'Unité de l'amour
ceux qu'un lamentable isolement en avait ar-
rachés.
(1) British Critic. Number LX. October M DCCC XLI. Pag. 404
et 465.
ERRATA.
Page 35, ligné 23. l'Eucologion, lisez VEuchologion.
Page 49, ligne 2. au Pap « Innocent X, lisez au Pape
Innocent X.
Page 57, lignes 24 et 25. l'histoire de France , lisez l'his-
toire de l'Eglise de France.
Page 89, ligne 15. Mais ponr, lisez mais pour.
Page 91, ligne 17. astatim, lisez affalim.
Page 96, ligne 5. Virgo Jesse, lisez Virga Jesse.
Page 569, ligne 16. retranchez les deux syllabes cident.
Page 411, ligne 5. Exercitibus, lisez eœercitus.
Page 486, ligne 15. Mis entre ses mains, lisez déposées
entre ses mains.
Page 552, ligne 17. Recherche, lisez Recherches.
Page 645, ligne 16. de Apostolis, lisez de Ajjostolicis.
Page 609, ligne 5. L'hisloiricn , lisez l'historien.
à
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
SUITE
DE LA PREMIERE PARTIE.
CHAPITRE XVI.
DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU DIX-SEPTIÈME
SIÈCLE. ZÈLE DE l'ÉPISCOPAT FRANÇAIS POUR LA LITURGIE
ROMAINE. RÉACTION DE LA PUISSANCE SÉCULIÈRE. — TRAVAUX
DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE. PAUL V. RITUEL
ROMAIN. BRÉVIAIRE MONASTIQUE. — URBAIN VIII. CORRECTION
DES HYMNES. — AUTEURS LITURGISTES DE CETTE ÉPOQUE.
-L/uiNiTÉ liturgique régnait donc désormais en Occident.
Un demi-siècle devait s'écouler avant qu'on osât y porter
atteinte. Non moins fidèle que les autres Eglises à cette unité,
l'Eglise de France , qui avait si vigoureusement exécuté ,
dans ses divers Conciles provinciaux , les dispositions de la
T. II. 1
â INSTITUTIONS
Bulle de saint Pie V, jouissait en paix d'un si grand bienfait
et travaillait avec zèle à en perpétuer la durée.
Ce fut pour ce motif que , dans l'Assemblée du Clergé de
1605 à 1606, l'Archevêque d'Embrun, bien qu'il n'ignorât
pas qu'un nombre assez considérable d'Eglises n'avaient reçu
le Bréviaire réformé que pour le fondre avec les Usages dio-
césains , remontra qu'il serait à propos que toutes les Eglises
fussent uniformes en la célébration du service divin, et que
l'Office Romain fût reçu partout (1). Il ajouta qu'on avait
trouvé un imprimeur qui offrait d'imprimer tous les livres
nécessaires , à la seule condition qu'il plût à l'Assemblée de
lui avancer une somme de mille écus (2).
Cette proposition fut agréée par les Prélats, et un contrat
fut passé entre le Clergé et l'imprimeur en question , sous la
date du 8 mai 1606 , ainsi qu'on le peut voir dans les actes
de l'Assemblée de 1612 (3). On y lit pareillement que l'Evêque
de Chartres et les agents du clergé furent priés et chargés de
faire distribuer aux provinces et diocèses qui en auraient
besoin, tous les livres de l'usage Romain imprimés ci-de-
vant (4).
Le résultat de cette mesure fut de déterminer un certain
nombre de diocèses qui n'avaient pas encore quitté leurs Bré-
viaires particuliers, à embrasser le Romain pur; elle ne fut
pas non plus sans utilité pour les Eglises qui voulaient abso-
lument retenir le rite diocésain, puisque ce rite n'était lui-
même que le Romain réformé, auquel on avait associé l'Of-
fice des Saints locaux et quelques anciens usages particuliers.
(t) Procès -verbaux des assemblées générales du Clergé. Tom. I.
pag. 767.
(2) Ibidem.
(5) Ibid. Tom, IH. pag. 43.
(4) Ibidem.
LITURGIQUES. 5
Par celte mesure de l'assemblée de 1605, la Liturgie Ro-
maine était donc , pour ainsi dire , proclamée la Liturgie de
l'Eglise de France en général ; vérité qui résultait déjà de
l'ensemble des Canons portés dans les divers Conciles du
seizième siècle que nous avons cités au chapitre précédent.
Un événement, d'abord imperceptible, mais bientôt de-
venu célèbre , sembla , dès le commencement du dix-sep-
tième siècle , fournir un présage des atteintes qui devaient
un jour être portées, en France , à la Liturgie Romaine.
Charles Miron, Evêque d'Angers, sur la demande de plu-
sieurs membres du clergé de l'Eglise de la Trinité d'Angers ,
qui formait un chapitre uni à l'insigne Abbaye du Ronceray,
avait rendu deux ordonnances, en date du 26 octobre 1599
et du 26 mars 1600, portant suppression du Bréviaire Angevin
dans ladite Eglise de la Trinité, et injonction d'y user à l'a-
venir du seul Bréviaire Romain réformé par saint Pie V. Les
oppositions formées par la majorité du Chapitre avaient été
fortement repoussées par l'Offîeial ; des sentences de prise
de corps , et même l'incarcération s'étaient ensuivies contre
plusieurs des récalcitrants ; on prétend même que les livres
Angevins à l'usage de l'Eglise de la Trinité avaient été brûlés
par ordre de i'Evêque.
Les choses étant poussées à cette extrémité, l'Abbesse et
les Religieuses du Ronceray interjetèrent, avec les Chanoines
et Chapelains de leur Eglise de la Trinité , appel comme d'a-
bus au Parlement de Paris. L'avocat-général Servin, homme
uudacieux et bien connu par son aversion pour la liberté de
l'Eglise, embrassa avec chaleur la cause du Bréviaire Angevin
contre celui de Rome, et procura un arrêt devenu fameux,
par lequel la Cour « ordonne que le service divin ordinaire en
» l'Eglise de la Trinité sera continué; et a fait et fait inhibi-
» tions et défenses audit Evêque d'innover aucune chose en
4 INSTITUTIONS
» Pexercice et célébration du service divin aux Eglises de
* son diocèse , sans l'autorité du Roi ; et à son Promoteur et
» Officiai d'entreprendre cour, jurisdiction et connaissance
» que celle qui leur est attribuée parles ordonnances. Et pour
» se voir faire plus amples défenses et répondre aux conclu-
» sions que ledit procureur-général voudra prendre et élire
«contre eux, seront ajournés à comparoir en personne au
» mois ; et jusques à ce qu'ils aient comparu , leur interdit
» l'exercice de la jurisdiction ecclésiastique. Condamne les in-
» timés es dépens des causes d'appel , dommages et intérêts
» des emprisonnements , et de ce qui s'est ensuivi : ordonne ,
>si aucuns des appellants sont détenus prisonniers, que les
» prisons leur seront ouvertes : aura le procureur-général
> du Roi commission pour informer des faits concernant les
» livres de ladite Eglise de la Trinité brûlés, et paroles scan-
» daleuses proférées aux prédications publiques , pour ce fait
» et rapporté , ordonner ce que de raison : et sur le surplus
> par lui requis , ladite cour en délibérera au conseil. Fait en
» Parlement , le 27e jour de février, l'an 1603 (1). »
Maintenant, si l'on examine quels étaient les motifs sur
lesquels les magistrats avaient pu baser un arrêt aussi scan-
daleux, on trouvera que la haine de Rome, sentiment inné
dans l'âme des légistes français, depuis et avant Philippe-le-
Bel , l'avait , du moins en grande partie , inspiré. C'est cette
haine de Rome qui dicta les fameuses conclusions de la Sor-
bonne contre la réception du Bréviaire Romain, au temps de
Pierre de Gondy, en 4583 ; monument étrange, mais bien
précieux (2) , dont nous devons la conservation au même
(1) Preuves des libertés de l'Eglise Gallicane. Tom. II. pag. 1144.
(2) Vid. ci-dessus, au chap. XV. Tom. I. pag. 474, et pièces justifi-
catives , note F. pag. 511-514.
LITURGIQUES. 5
avocat-général Servin , qui trouva bon , pour accroître en-
core le scandale , de l'insérer dans son plaidoyer contre l'E-
vêque d'Angers. Nous avons dit que la Sorbonne réclama sur
la publicité donnée à cette pièce qui ne devait, disait-elle, être
considérée que comme le fait de quelques particuliers. Mais le
temps était venu où la mauvaise semence allait germer, et
où l'ivraie étoufferait le bon grain dans le champ du Père de
famille.
Outre cette haine pour tout ce qui vient de Rome, carac-
tère distinctif de l'esprit des Parlements, on doit noter en-
core une autre tendance dans l'arrêt que nous venons de
citer, savoir l'envie de conférer au prince séculier le pouvoir
souverain sur la Liturgie. C'est le douzième caractère de
l'hérésie anti-liturgiste. Nous le verrons se développer en
France et passer enfin dans les livres de Droit à l'usage du
clergé. Si on y réfléchit bien , on verra que les deux maximes
de l'avocat Servin s'enchaînent merveilleusement. D'abord ,
arrêter les influences directes de Rome sur la Liturgie : car
la Liturgie est un enseignement haut et populaire qu'on ne
doit point laisser au Pape , dans un pays de liberté comme
est la France ; ensuite, surveiller, par autorité souveraine, le
clergé dans une chose aussi importante que la prière pu-
blique , de manière qu'il ne puisse faire un pas sans ressentir
sa dépendance sur cet article.
Nous n'ignorons pas que , sur ce point comme sur tout
autre , la puissance séculière prétendait n'intervenir que
comme gardienne des anciens usages ; mais rien ne nous em-
pêche plus aujourd'hui d'appeler persécution de l'Eglise
toute politique séculière qui la veut contraindre, soit de rete-
nir telle forme à laquelle elle juge à propos de renoncer, soit
d'embrasser telle autre vers laquelle son propre mouvement
ne la porte pas.
f) INSTITUTIONS
L'Assemblée du clergé de 4605 vit avec indignation l'atten-
tat du Parlement contre le droit sacré de la Liturgie. Elle
résolut de supplier le Roi de casser l'arrêt et tout ce qui
s'était fait en exécution ; demandant aussi que ledit arrêt fût
rayé des registres , et que défense fût faite au sieur Servin
de plaider à l'avenir en aucune cause d'Eglise. L'Assemblée
nomma même des députés pour poursuivre la cassation (1);
mais nous ne voyons pas que l'arrêt ait jamais été rapporté.
Bien plus , il est devenu célèbre dans tous les livres qui
traitent du Droit Ecclésiastique Français, comme l'un des pre-
miers fondements de cette maxime de noslibertés, qui porte
que les Evêques de France ne peuvent rien sur la Liturgie ,
dans leurs propres diocèses, sans la permission du Roi.
Au reste, l'assemblée de 1605, tout en réclamant les im-
prescriptibles droits de l'Eglise , prêtait elle-même le flanc
aux envahissements de la puissance laïque. On se rappelle
que lors de la publication du Missel de saint Pie V, le Parle-
ment fit défense d'imprimer ce livre en France, à moins qu'on
n'y ajoutât au Canon de la Messe ces mots : Et Rege nostro N.
Cette entreprise irrégulière n'aurait pas dû , au moins , être
sanctionnée par l'autorité ecclésiastique. Le devoir du clergé,
dans ce cas, était de recourir à Rome qui eût facilement ac-
cordé à la France ce que déjà l'Espagne avait obtenu. Loin
de là , les prélats de l'Assemblée , avant de clore leurs opé-
rations, ordonnèrent, en date du 24 avril 1606, que la pre-
mière feuille du Missel Romain qu'on avait imprimé à Bor-
deaux, l'année précédente, serait réformée, et qu'on insérerait
dans la nouvelle impression la mention du Roi à la suite de
celle du Pape et de l'Evêque (2). Ainsi, la même Assemblée
(1) Procès-verbaux du Clergé. Tom. 1. p. 753 et suiv.
(2) Procès-verbaux du Clergé. Tom. I. pag. 767,
LITURGIQUES. 7
qui refusait aux gens du Roi le droit d'intervenir contre lés
changements introduits par un Evêque dans la Liturgie gé-
nérale de son diocèse , acceptait l'initiative donnée par une
cour séculière dans une question qui intéressait la lettre
même du monument principal de la Liturgie , le Canon de la
Messe. Il est vrai que le clergé complaît bien, dans cette af-
faire , n'agir qu'en son nom et indépendamment des antécé-
dents posés par* les magistrats ; mais du moment qu'il n'allait
pas chercher son point d'appui hors des limites du royaume,
à Rome en un mot , il était censé vaincu, et on pouvait dé-
sormais ajouter une nouvelle page à l'histoire de ces hon-
teuses servitudes que ceux-mêmes qui les imposaient ont
appelées, d'une manière dérisoire, les libertés de l'église
gallicane. Les Parlements , en effet , ne s'en firent pas faute,
et l'on rencontre depuis lors de nombreuses applications de
leur fameux principe : Que le Roi a un droit spécial sur les
choses du culte divin.
Nous trouvons en effet, sous la date du 27 juillet de la
même année 1606, des lettres-patentes de Henri IV, qui,
vingt ans après la tenue du Concile de Bordeaux dont nous
avons parlé au chapitre précédent, daigne approuver le
Canon fait dans ce Concile pour l'adoption des livres Romains
dans toute la province , sans tirer en conséquence pour les
autres résolutions qui pourraient avoir été prises dans ladite
Assemblée et Concile provincial dudit Bordeaux. L'occasion
de ces lettres-patentes fut la demande que firent à Sa Ma-
jesté l'Evêque et Chapitre de Poitiers, qui, ayant été jus-
qu'alors empêchés par le malheur des temps , de mettre à
exécution le Canon du Concile de Bordeaux , se trouvaient
enfin en mesure de satisfaire à ce devoir. Ils avaient trouvé
expédient, avant de passer outre , d'avoir sur ce déclaration
du vouloir et intention de Sa Majesté, afin qu il nu eût aucun
8 INSTITUTIONS
sujet ni occasion de plainte à l'avenir, en général, ni en par-
ticulier, sur l'exécution d'icelle (1). Quel chemin on avait fait
déjà en si peu d'années ! A peine le dix-septième siècle était
ouvert, et le pouvoir ecclésiastique, le même qui, dans les Con-
ciles de Rouen, deRheims, de Bordeaux, d'Aix , de Bourges,
de Tours, de Toulouse, de Narbonne, avaitprocédé si franche-
ment, si largement à la réforme de la Liturgie, n'osait déjà
plus mettre en pratique ses propres résolutions sans s'assurer
de l'agrément du Roi ! On avait bien réclamé, dans l'Assemblée,
contre l'outrage fait à l'Evêque d'Angers: mais à peine quelques
mois étaient écoulés, qu'on reconnaissai t, par des actes positifs,
la compétence du pouvoirlaïquedansleschoses de la Liturgie!
On lit encore dans l'important recueil intitulé : Preuves
des libertés de l'Eglise Gallicane , un arrêt du Parlement de
Paris, rendu sur les conclusions de l'avocat-général Servin,
en date du 9 août 1611 , au sujet de l'introduction du Bré-
viaire Romain réformé dans l'Eglise Collégiale de Saint-
Maixme de Chinon (2). 11 est dit en cet arrêt que, dans les
choses qui concernent la Liturgie , « l'autorité du Roi y doit
» passer pour donner règle, sans laquelle on ne peut faire au-
» cune innovation en la police ecclésiastique. En conséquence,
» vu le désir des parties de terminer l'affaire d'une manière
i légale , la Cour permet que l'on suive , dans la Collégiale de
» Saint-Maixme de Chinon, le Bréviaire Romain qui (on en
> convient ) , est le plus repurgé de tous , à la condition d'y
» joindre les Offices des Saints qui sont particulièrement en vé-
» nération dans celte Eglise. » Après quoi, on lit ces curieuses
paroles : Et c'est la voie qu'il faut tenir en telle occurrence,
laquelle si l'Evêque d'Angers eût voulu prendre lorsqu'il vou-
(1) Preuves des libertés de l'Eglise Gallicaue. Tom. II. pag. 1144.
(2) im. pag. 1146,
LITURGIQUES. 9
lut introduire le Bréviaire Romain en une Eglise de son dio-
cèse , la grande controverse qui fut plaidée sur ce sujet , eût
été abrégée promptement ; au lieu quicelui Evêque n'ayant
voulu recourir au Roi en ce regard , la Cour a improuvé ce
qu'il aurait fait de son mouvement , et à lui fait défenses ,
par son arrêt du 27 février 1603, d'innover aucune chose en
l'exercice et célébration du service divin, sans l'autorité royale.
Le recueil que nous citons produit ensuite les lettres-patentes
de Louis XIII, en date du 9 juillet 1611, par lesquelles la
permission ci-dessus mentionnée est octroyée au Chapitre de
Saint-Maixme de Chinon , dans des termes analogues à ceux
de l'arrêt que nous venons de rapporter.
Ces détails suffiront pour faire voir combien les vrais prin-
cipes sur la Liturgie s'altéraient déjà en France, et comment
la dépendance à l'égard du pouvoir séculier , sur cet ar-
ticle , commençait à s'établir. Nous avons indiqué, au cha-
pitre XIV, ce caractère comme un de ceux qui constituent
le système destructif de la Liturgie. Nul Catholique, nous le
pensons, ne contestera ni le fait, ni l'application. Ce n'est
pourtant encore ici que le commencement des douleurs de
l'Eglise de France. Hœc autem initia sunt dolorum.
Avant de dérouler le triste tableau de la révolution litur-
gique qui s'ensuivit bientôt , nous dirons du moins que cette
première moitié du dix-septième siècle, malgré les fautes
trop fécondes que nous venons de raconter, fut pour l'Eglise
de France une dernière période de liberté. Ce fut dans ces
années trop promptement écoulées, en 1614, que le Cardinal
Du Perron , organe du clergé , vengea avec tant d'éloquence
et de dignité , l'ancien droit public de la Chrétienté , que les
aveugles entreprises du tiers-état menaçaient d'une destruc-
tion complète. Plus tard, en 1625, l'Assemblée du clergé
professait encore la doctrine de l'infaillibilité du souverain
10 INSTITUTIONS
Pontife (i). Bien plus, en d655, on entendait une Assemblée
du clergé déclarer expressément que les jugements portés
par les Papes, en réponse aux consultations des Evêques en
matière de foi , ont UNE AUTORITÉ SOUVERAINE ET
DIVINE par toute l'Eglise, soit que les Evêques aient cru de-
voir exprimer leur sentiment dans la consultation , soit qu'ils
aient omis de le faire (2). Nous aimons ù nous arrêter sur ces
pures traditions de l'Eglise de France ; assez tôt , la marche
des événements nous entraînera dans des récits lamentables :
qu'il nous soit donc permis de les retarder encore , et aussi
de faire voir que , pour se montrer de nouveau fidèle aux
doctrines de l'Eglise Romaine, l'Eglise Gallicane aujourd'hui
n'a qu'à remonter de quelques années dans ses souvenirs.
Pendant que la Liturgie était exposée , en France , à des
attaques plus menaçantes encore pour l'avenir que dures
dans le présent , Rome achevait le grand œuvre de la ré-
forme du culte divin. Le Bréviaire, le Missel, le Martyro-
loge, le Pontifical, le Cérémonial avaient déjà paru. Restait
(1) Avis de l'Assemblée générale du Clergé de France, de 1625, à
Messeigneurs les Archevêques et Evêques de ce royaume.
(2) Perspectum enira habebat Ecclesia Catholica non solum ex Christi
Domini nostri pollicitatione Petro facta^sed etiam ex actis priorum
Pontificum, et ex anathematismis adversus Apollinarium et Macedonium
nondum ab ullo synodo œcumenico damnatos , a Damaso paulo antea
jactis , judicia pro sancienda régula fidei a summis Pontiticibus lata,
super Episcoporum consultatione (sive suatn in actis relationis sen-
tentiam ponant, sive omittant, prout illis collibuerit) divina œqueac
summa per universaoa Ecclesiara authoritate niti : cui Christiani omnes
ex officio , ipsius quoque mentis obsequium praestare teneantur. Ea
nos quoque sententia ac h'de iœbuti, Romanae Ecclesia? praesentem quae
in summo Pontifice Innocentio X viget authoritatera débita obser-
vantia colentes , Constitutionem divini Numinis iristinctu a Beatitudine
vestra conditam, nobisque traditam ab Illustrissimo Atlienarum Epis-
copo , Nuncio apostolico , et promulgandam curabimus in Ecclesiis ac
Diœcesibus nostris, atque illius executionem apud fidèles populos ur-
gebimus. jyjrgentré, Collect. Judiciorum. Tom, III. pag. 276,
LITURGIQUES. 14
encore à publier un livre non moins important, le Rituel.
Paul V, dont le pontificat fut , sous plusieurs points, la con-
tinuation de celui de l'admirable Clément VIII , entreprit de
mener à fin cette œuvre importante. Déjà, en 1537, avait
paru, à Rome , par les soins d'Albert Castellani, Dominicain,
le livre intitulé : Sacerdotale, seu liber SacerdotaUs collectas,
Leonis X auctoritate approbatus. Ce recueil , qui renfermait
principalement les détails nécessaires pour l'administration
des Sacrements, avait été approuvé, au moins comme essai,
par Léon X , mais ne fut mis au jour que sous le pontificat
de Pie IV, qui s'abstint d'en faire l'objet d'un jugement quel-
conque. Il ne laissa pas de se répandre, et l'on en fit plusieurs
éditions, plus ou moins fidèles, hors de Rome. Au même
siècle , Samarini , Chanoine de Saint-Jean-de-Latran , entre-
prit une compilation du même genre , dans laquelle il s'aida
beaucoup du travail de Castellani. Elle parut à Venise, en
1579 , sous ce titre : Sacerdotale, sive Sacerdotum thésaurus
ad consuetudinem sanctœ Romanœ Ecclesiœ, aliarumque Ec-
clesiarum collectus, juxta Tridentini Concilii sanctiones, etc.
Le célèbre prélat Rocca donna une édition augmentée de
ce recueil. Enfin , un troisième Rituel fut rédigé par le Car-
dinal Sanctorio, dans les dernières années du seizième siècle.
Ce Rituel , qui a mérité les éloges de Paul V, dans le Bref
même où il le déclare supprimé, est assez volumineux, et
porte ce titre que Benoît XIV prouve avoir été mis après
coup : Rituale sacramentorurn Romanum, Gregorii XI11
Pont. Max. jussu editum. Romœ 1584. Il paraît en effet
prouvé que ce fut seulement sous le pontificat de Paul V,
qu'on songea à imprimer le Rituel de Sanctorio , plusieurs
années après la mort dé ce Cardinal (1).
(1) Bened. XIV. Epist, ad Cardinal. Guadagnium. §. 180
12 INSTITUTIONS
Ces divers essais tentés par des particuliers montrent clai-
rement que jusqu'alors le Rituel n'avait point formé un livre
liturgique à part. Les formules qui le composent aujour-
d'hui se trouvaient soit dans les Missels , soit dans les Bré-
viaires. Mais le Bréviaire et le Missel de saint Pie V ne se trou-
vant plus renfermer ces sortes de détails, si l'on en excepte
les Bénédictions , et d'ailleurs le Pontifical ne comprenant
que les rites à l'usage des Evêques, il devenait nécessaire
de publier un livre spécial qui satisfît aux besoins du clergé.
Paul V entreprit et consomma cette opération . Le Bref pour
la publication du Rituel Romain parut le 17 juin 1614, et
commence par ces mots Apostolicœ Sedis. Le Pape rappelle
d'abord les travaux de saint Pie V et de Clément VIII
pour la réforme liturgique , après quoi il ajoute : « Tout
> étant donc ainsi réglé, il ne restait plus qu'à renfer-
» mer dans un seul volume muni de l'autorité du Siège Apos-
tolique, les rites sacrés et purs de l'Eglise Catholique qui
» doivent être observés dans l'administration des Sacrements
» et autres fonctions ecclésiastiques , par ceux qui ont la
» charge des âmes ; afin que ceux-ci se conformant unique-
y ment à la teneur de ce volume , eussent à accomplir leur
» ministère , d'après une règle fixe et unique , et à marcher
» d'accord et sans scandale , sous une même direction , sans
» être plus jamais détournés par la multitude des Rituels déjà
» existants. Cette affaire avait déjà été agitée précédemment;
» mais elle avait été retardée par les soins donnés à l'impres-
» sion de l'édition grecque et latine des Conciles Généraux.
» Nous l'avons reprise avec vigueur, pour obéir à ce que
» nous jugeons de notre devoir, du moment que l'entreprise
» dont nous parlons a cessé de nous occuper. Afin donc que
» l'affaire se traitât convenablement et avec ordre , nous l'a-
> yons confiée à plusieurs de nos vénérables frères Cardinaux
LITURGIQUES. 15
» de la sainte Eglise Romaine , remarquables par leur piété ,
>leur doctrine et leur prudence; lesquels ayant pris le con-
>seil d'hommes érudits, et consulté les divers Rituels an-
>ciens, mais principalement celui que le Cardinal Jules-
> Antoine ( Sanctorio ) du titre de Sainte-Séverine , homme
> d'une piété singulière et d'une excellente doctrine, avait
> composé et rendu très complet par une longue étude et un
» travail éclairé ; ayant donc considéré mûrement toutes
> choses, ils ont enfin, par la clémence divine, rédigé ce Rituel
> avec une brièveté convenable. C'est pourquoi, Nous-mêmes
> ayant vu que les rites reçus et approuvés de l'Eglise Catho-
> lique se trouvent compris en leur ordre dans ce Rituel, nous
» avons jugé à propos, pour le bien public de l'Eglise de Dieu,
» de le publier sous le nom de Rituel Romain. A ces causes,
» nous exhortons dans le Seigneur nos vénérables frères les
» Patriarches, Archevêques et Evêques , et nos chers fils leurs
» Vicaires , les Abbés , les Curés , et généralement tous ceux
> auxquels il appartient, en quelque lieu qu'ils se trouvent,
>dese servir à l'avenir, dans les fonctions sacrées, comme
> enfants de l'Eglise Romaine , du Rituel publié par l'autorité
» de cette Eglise Mère et Maîtresse de toutes les autres , et
> d'observer inviolablement , dans une chose de si grande
» conséquence , les rites que l'Eglise Catholique et l'usage
»de l'antiquité approuvé par elle ont statué.
» Donné à Rome , à Sainte-Marie-Majeure , sous l'anneau
>du Pêcheur, le 17 juin 1614, l'an dixième de notre Ponti-
»ficat (1). »
On voit , par la teneur de ce Bref, que la publication du
Rituel Romain ne fut pas accomplie avec moins de solennité
que celle du Bréviaire , du Missel, du Cérémonial et du Pon-
(1) Vid. la note A.
14 INSTITUTIONS
tifical : toutefois , on doit remarquer qu'à la différence des
Bulles de saint Pie V et des Brefs de Clément VIII , le Bref de
Paul V ne renferme point l'injonction expresse d'user du
Rituel Romain , à l'exclusion de tout autre. Le Pontife se
borne à une simple, mais pressante exhortation. La raison
de cette différence provient de l'extrême diversité qui s'était
maintenue jusque-là , dans l'Occident , au sujet des cérémo-
nies qui accompagnent l'administration des Sacrements. La
destruction violente des coutumes locales en cette matière ,
eût occasionné à la fois du scandale dans le peuple et des
murmures dans le clergé. Il est remarquable que le Concile
de Trente avait lui-même reconnu en principe cette variété
comme un fait et comme un droit : ainsi, dans sa Session vingt-
quatrième, au chapitre premier de Reformations, les Pères
disent que le Curé ayant interrogé les époux et reçu leur
mutuel consentement, prononcera ces mots : Ego vos in
matrimonium conjungo, etc.; ou se servira d'autres paroles
suivant le rite reçu de chaque province (1). On pourrait citer
plusieurs passages analogues du même Concile. C'est ainsi
que , dans tous les temps , l'Eglise Romaine a su prendre
les tempéraments convenables pour régir avec force et
douceur l'héritage du Seigneur. Néanmoins , ce qui devait
arriver arriva en effet : le Rituel de Paul V fut bientôt adopté
dans le plus grand nombre des Eglises de l'Occident. Les
diocèses qui conservèrent le fond de leurs usages, adoptèrent
du moins les formules concernant l'administration des Sacre-
ments, les Bénédictions, etc. La publication de ce livre fut
(1) Parochus, viro et muliere interrogatis, et eorum mutuo con-
sensu intellecto , vel dicat : Ego vos in matrimonium conjungo, in no-
mine Patris, etFilii, et Spiritâs Sancti; vel aliis uialur verbis, juxta
receptum uniuscujusque proviuciac ritum. Conc. Trt'd. Sess. XXIV.
De Reformations Cap, /.
LITURGIQUES. 15
le complément de la réforme liturgique.. Toutefois, les sou-
verains Pontifes des âges suivants jugèrent à propos de faire
quelques améliorations ou additions aux livres approuvés
par leurs prédécesseurs : nous enregistrerons ces faits à me-
sure que le cours des années les amènera sous notre plume.
Paul V attacha encore son nom à une oeuvre liturgique
d'une importance secondaire, à la vérité , mais qui n'en doit
pas moins trouver place dans cet ouvrage. Il s'agit de la pu-
blication du Bréviaire Monastique. Nous avons montré , au
chapitre VIII, que les Ordres et Congrégations Monastiques
de l'Occident sont en possession d'une forme particulière
d'Office divin fondée sur la règle de saint Benoît. La Bulle de
saint Pie V qui supprimait tous les Bréviaires postérieurs aux
deux cents dernières années, ne pouvait atteindre un ordre
d'Office qui datait de mille ans. Les Moines continuèrent donc
à suivre leurs usages ; mais ces usages étaient différents sous
plusieurs points, suivant les pays, ou encore suivant les
Ordres ou Congrégations dans un même pays. Ainsi Cluny
avait ses coutumes différentes de celles du Mont-Cassin ; les
Cisterciens avaient leurs Us fort dissemblables de ceux des
Camaldules ; les Abbayes des bords du Bhin ou du Danube
s'écartaient en plusieurs points des formes usitées dans celles
de l'Espagne et du Portugal. Il n'y avait en cela rien qui dût
surprendre ni scandaliser personne : un corps vaste comme
l'Eglise d'Occident , privé d'un centre et divisé en de nom-
breux rameaux , puisant une vie propre non seulement dans
les diverses réformes qui l'avaient modifié , mais encore dans
les mœurs des contrées où il était répandu, ne pouvait, pas
plus que l'Eglise elle-même , avoir gardé une discipline uni-
forme dans toutes ses coutumes liturgiques. Il y avait donc
plusieurs Bréviaires Monastiques au moment de la publica-
tion de la Bulle de saint Pie V, et ils n'avaient rien à redouter
46 INSTITUTIONS
de cette Constitution, pas plus que les Bréviaires Ambrosien,
Lyonnais, Parisien, etc.
D'autre part, on ne peut nier que le Bréviaire réformé de
saint Pie V ne fût de beaucoup supérieur à tous ceux qui
existaient alors dans l'Eglise ; du moment que les Moines
songeaient , à leur tour, à réformer leurs propres Bréviaires,
ils ne pouvaient recourir à une source plus pure. En outre,
à ne considérer que les moyens d'exécution les plus faciles
pour la réforme d'un Bréviaire Monastique, il est clair qu'on
épargnait une grande partie des frais, et qu'on facilitait
grandement l'opération , en ramenant à l'unité la Liturgie
Bénédictine, en effaçant les usages particuliers de chaque
Ordre ou Congrégation. Ce plan, dont les avantages balancent
les inconvénients , fut conçu et exécuté par les Procureurs-
généraux des diverses Congrégations Bénédictines, résidant
à Rome. Tout en maintenant la forme générale de l'Office
Monastique , ils s'attachèrent à faire entrer dans leur cadre
la presque totalité du Bréviaire de saint Pie V, et soumirent
à l'approbation du souverain Pontife ce nouveau travail. Un
grand nombre de traditions antiques et vénérables dans
l'Ordre avait été sacrifié; le Psautier, dont la règle de saint
Benoît exige si strictement la récitation chaque semaine,
se trouvait interrompu dans toutes les fêtes des Saints ;
mais alors ces fêtes, beaucoup moins multipliées qu'au-
jourd'hui, laissaient encore la liberté de satisfaire le plus
souvent à cette inviolable loi. Paul V accorda son approba-
tion par un Bref du 1er octobre 1612 : cependant, il ne
voulut pas obliger tous les Ordres militants sous la règle
Bénédictine, à rejeter les autres Bréviaires pour suivre exclu-
sivement celui que venaient de rédiger les Procureurs-géné-
raux ; il se contenta de les exhorter en général à recevoir
le Bréviaire et les livres de chœur nouvellement réfor-
LITURGIQUES. 47
mes (1) , et afin de porter plus efficacement les Bénédictins à
les adopter, il attribua à la récitation du nouveau Bréviaire
Monastique les mêmes indulgences dont saint Pie V avait
encouragé l'usage du Bréviaire Romain (2).
En Italie et généralement dans les pays étrangers, les
Ordres et Congrégations qui vivaient sous la règle de saint
Benoît embrassèrent le Bréviaire de Paul V. Outre l'avan-
tage de se rapprocher en beaucoup de choses de l'Office
réformé , on trouvait celui de se procurer aisément les livres,
et d'éviter les grands frais qu'occasionnait toujours , dans
chaque Congrégation, la réimpression des Usages particu-
liers. Néanmoins, l'Ordre de Citeaux tout entier refusa de
changer ses livres , dans lesquels , ainsi que nous l'avons dit,
l'élément Grégorien était mélangé de Parisien. En France,
les Congrégations de Saint- Vannes et de Saint-Maur accep-
tèrent le nouveau Bréviaire, mais plutôt de fait que de droit,
en déclarant expressément, dans leurs constitutions, qu'elles
n'entendaient pas recevoir les nouveaux Offices de Saints
qu'on ajoutait sans cesse à ce Bréviaire (3). En Espagne, la
Congrégation Tarragonaise se tint aussi à ses anciens livres;
celle de Valladolid attendit jusqu'en 4621 pour adopter les
(1) Nos laudabile consilium hujusmodi plurimum commendantes et
omnes ejusdem Ordinis Religiosos ad Breviarium et libros chorales, ut
prœfertur reformatas unanimiter recipiendos in Domino hortantes , et
opus hujusmodi quantum cum Domino possumus, promovere cupien-
tes , etc.
(2) Vid. la note B.
(3) Prseter sanctorum festivitates quas Sanctissimus Dominus INoster
Urbanus Papa VIII Galendario Breviarii Romani addidit, nullus indu-
cat alia festa , inconsulto Capituio Generali. Dcclar. Cong. S. Mauri, in
Cap. XIV. Regulœ S. P. Benedicti.
Sïemo , inconsulto Generali Capitulo , inducat festa ab iis quse f ue-
rint in Calendario impressa , vel in Diœcesi prœcepta. Declar. Cong.
SS, Fitoni et ffydulphi, in idem caput.
T. il. 2
18 INSTITUTIONS
nouveaux; mais elle se maintint, comme celle de Saint-
Vannes et de Saint-Maur, dans l'usage de fixer son Calendrier.
Nous parlerons de Cluny, au chapitre suivant.
Quatre ans après la publication du Bréviaire Monastique
de Paul V, il émana un avis et déclaration de la Congrégation
des Rites , portant que l'opinion de ce tribunal était que tous
les Moines et Moniales qui militent sous la règle de saint Be-
noît, peuvent et doivent se servir du Bréviaire de Paul F,
nonobstant que plusieurs exempts se fussent servis , par le
passé , du Romain ou de tout autre (d).
L'autorité de celte déclaration ne prévalut pas néan-
moins de telle sorte qu'elle détruisît les Bréviaires Monas-
tiques qui avaient survécu. On jugea qu'elle n'était pas pré-
ceptive, puisque , dans ce cas, elle eût été en contradiction
avec le Bref de Paul V, antérieur seulement de quatre ans,
et dans lequel ce Pontife se contente d'exhorter les Moines à
adopter le Bréviaire rédigé par les Procureurs généraux.
Dans Rome même, l'Ordre de Citeaux, en particulier, con-
tinua, long-temps encore, d"employer dans les Offices divins
le seul Bréviaire Cistercien ; et, vers la fin du môme siècle, le
Cardinal Bona, dans son beau traité de Divina Psalmodia,
imprimé à Rome , consacrait un chapitre entier à détailler
avec complaisance les avantages du Bréviaire Cistercien sur
le Monastique de Paul V.
Au reste, tous ces Bréviaires Monastiques ne différaient
(1) Sacra RituumCoDgregatio censuit et dechravit omnes monachos
et Moniales qui et quae militant sub régula S. BeneJicti , posse et de-
bere uti Breviario Bénédictine- nuper de mandato S3. D. N. Pauli V
Papae edito pro omnibus religiosis qui militant sub régula S. Patris
Benedicti: nonobstante quod aliqui exempti in prœteritum usi fue-
rint Koniano , vel alio Breviario Et ita declaravit die 24 Januarii , anno
Domini 161G.
LITURGIQUES. 19
les uns des autres que dans des particularités d'un intérêt
secondaire. La disposition des Offices était, dans tous, celle de
la Règle de sakit Benoît ; dans tous, la plupart des Antiennes,
Répons, Hymnes, étaient conformes aux anciens Responso-
riaux de saint Grégoire, par conséquent au Bréviaire de
saint Pie V. Le reste, ainsi que dans les Bréviaires des dio-
cèses, était emprunté aux coutumes locales, mais surtout
au Romain-Français, dont l'influence s'était étendue si loin.
Pour le Missel, nous avons déjà remarqué que les Moines
n'en connaissaient point d'autre que celui de l'Eglise Ro-
maine, auquel ils joignaient quelques usages particuliers.
Le Missel Monastique que publia aussi Paul V se répandit
dans la même proportion que son Bréviaire.
Urbain VIII , qui succéda à Paul V, après le trop court pon-
tificat de Grégoire XV, entreprit la révision du Bréviaire ;
on ne l'avait pas faite depuis Clément VIII. Les commissaires
qu'il nomma pour ce travail furent le Cardinal Louis Gaétan,
ïégrime Tegrïmi , Evêque d'Assise et Secrétaire de la Con-
grégation des Rites ; Fortuné Scacchi , Sacristain de la Cha-
pelle Papale ; Nicolas Riccardi , Maître du Sacré Palais ;
Jérôme Lanni, Référendaire de l'une et l'autre Signature;
Hiîarion Rancati, Abbé de Sainte-Croix en Jérusalem; Jac-
ques Vulponi, de l'Oratoire de Saint-Philippe de Néri; Bar-
thélémy Gavanti, des Clercs Réguliers de Saint-Paul ; Térence
Alciati , Milanais , Consulteur de la Congrégation des Rites ,
ainsi que plusieurs des précédents ; enfin le célèbre Annaliste
des Frères Mineurs , Luc Wading (1).
Le travail de la commission consista principalement à re-
voir les Homélies des saints Pères sur les originaux, à subs-
tituer aux anciennes quelques-unes qui paraissaient mieux
(1) Merati in Gavantum. Thesaur. Sacr. Rituum. Tom. III. 4°. pag. 22.
20 INSTITUTIONS
adaptées. On s'occupa aussi d'éclaircir les Rubriques, et de
fixer la ponctuation des Psaumes pour le chant. Cette cor-
rection, publiée par un Bref du 25 janvier 1631 , qui com-
mence par ces mots : Divinam Psalmodiam (1) , est la
dernière qui ait été faite; les successeurs d'Urbain VIII ont
pu ajouter des Offices au Bréviaire ; mais il ne porte en têlc
que les seuls noms de saint Pie V, de Clément VIII et d'Ur-
bain VIII.
La correction d'Urbain VIII n'attirait pas seulement l'at-
tention par les réformes dont nous venons de parler : une
particularité plus importante encore la rendait remarquable.
La plupart des Hymnes avaient été retouchées et ramenées
aux règles du vers, par ordre d'Urbain VIII. Ce Pape, qui
aimait les lettres et cultivait avec succès la poésie latine , ne
pouvait supporter les nombreuses incorrections que présen-
taient la plupart des Hymnes du Bréviaire. Il regrettait,
comme il le dit dans son Bref, que les saints Pères eussent
plutôt ébauché que perfectionné leurs hymnes ; et la décence
du service divin lui semblait réclamer impérieusement une
réforme sur cet article. Le talent dont il avait fait preuve
dans la composition des Hymnes qu'il a mises au Bréviaire et
dont nous parlerons plus loin , le rendait fort capable de réa-
liser cette entreprise difiieile : néanmoins, il ne jugea pas
à propos de s'en charger. Il la confia à trois Jésuites : Fa-
mien Strada, Tarquin Galluzzi et Jérôme Petrucci, qui cor-
rigèrent au-delà de neuf cent cinquante fautes contre la
prosodie.
Comme il ne pouvait manquer d'arriver , l'œuvre de ces
trois commissaires a été jugée fort diversement. Les uns,
(1) Vid. la note C.
LITURGIQUES. 21
comme les Pères Théophile Raynaud (1) , Charles Guyet (2) ,
Faustin Arevalo (5) , etc. , ont pris la défense de l'œuvre de
leurs confrères , et, il nous semble, avec raison. D'autres,
comme le P. Louis Cavalli, Franciscain, Pénitencier de Saint-
Jean-de-Latran , dans un livre d'observations qu'il a composé
exprès ; Jean-Baptiste Thiers, dans sa satire du Bréviaire de
Cluny ; Henri Valois, cité par Mérati, ont fort maltraité les
correcteurs des Hymnes Romaines. Si, après tous ces au-
teurs , il nous est permis de faire connaître notre avis , nous
dirons d'abord que c'était une œuvre grandement difficile de
corriger les vers d'autrui , et des vers dont le sens et les pa-
roles étaient dans la mémoire de tout le monde. On deman-
dait aux correcteurs de conserver la mesure et le sens de
chaque vers , de maintenir le fond des expressions , en un
mot la couleur générale et particulière. Ils ont rempli cette
tâche, suivant nous, autant qu'elle pouvait être remplie. Il
y a sans doute de rares endroits où ils ont trop sacrifié
à une pureté classique : mais la plupart du temps l'onc-
tion primitive est restée , en même temps que l'expression
devenait à la fois plus nette et plus claire. Nous leur re-
procherons seulement d'avoir changé le mètre de l'Hymne
de saint Michel : Tibi, Christe , splendor Patris , et de celles
de la Dédicace d'une Eglise . Urbs Jérusalem beata et An-
gularis fundamentum.
Quoiqu'il en soit de notre sentiment particulier, on ne peut
nier que l'adoption des Hymnes ainsi corrigées n'ait fourni
matière à de grandes oppositions. Leurs causes principales
étaient la difficulté , en tout temps si grande, de déraciner la
routine , l'impossibilité de corriger, sans les gâter, les anciens
(1) Theoph. Raynaudi opéra. Tom. XI. Minutalia sacra, pag. 12.
(2) Eortologia sacra. Lib. III. Cap, V. quest. 2.
(3) Hymaodia Hispaaica. De Hymnis ecclesiast. §. 28.
22 INSTITUTIONS
livres de chœur, enfin la facture peu musicale d'un certain
nombre de vers. Cavalli rapporte à ce sujet un mot qui ,
pour être devenu célèbre , n'en est pas pour cela plus juste.
Un Belge, d'ailleurs homme pieux et docte, disait, en par-
lant des Hymnes réformées : Accessit latinitas et récessif
pietas. Les chantres Romains prétendaient aussi que les cor-
recteurs étaient plus familiers avec les Muses qu'avec la
Musique. Il fut impossible d'établir l'usage des Hymnes cor-
rigées dans la Basilique de Saint-Pierre; mais elles s'é-
tendirent rapidement dans les autres Eglises de Rome , de
l'Italie, et même de la Chrétienté , hors en France. Ceux de
nos diocèses qui suivaient le Romain pur, préférèrent , en
général, garder les anciennes. On rencontre peu d'éditions
françaises du Bréviaire avant 1789, dans lesquelles les nou-
velles se trouvent : encore, le plus souvent, sont-elles ren-
voyées à la fin , en manière d'appendice. Au contraire , les
éditions publiées depuis douze ou quinze ans ont, presque
toutes, reproduit uniquement les Hymnes corrigées.
Quant aux Ordres religieux, ceux qui sont astreints au
Bréviaire Romain embrassèrent les nouvelles Hymnes , ex-
cepté toutefois les Franciscains des provinces de France. Les
Ordres et Congrégations Monastiques gardèrent les an-
ciennes. La Congrégation de Saint-Maur est la seule qui ,
après diverses variations, eût enfin adopté définitivement la
correction d'Urbain VIII. Aujourd'hui encore, dans Rome
même , les Bénédictins du Mont-Cassin , les Cisterciens , les
Chartreux , etc. , chantent les anciennes Hymnes : elles
sont également restées en usage dans le Bréviaire Domi-
nicain.
Urbain VIII, après avoir opéré la révision du Bréviaire,
entreprit celle du Missel , considérant ces deux livres , fonde-
ment de la Liturgie , comme les deux ailes que le Prêtre de la
LITURGIQUES. 25
loi nouvelle, à l'exemple des Chérubins du Tabernacle antique,
étend chaque jour vers le vrai 'propitiatoire du monde (1). La
même commission qui avait été établie pour la révision du
Bréviaire donna ses soins à celle du Missel. On fit aux Ru-
briques plusieurs corrections et éclaircissements , et on ré-
tablit dans sa pureté le texte de l'Ecriture, altéré en quelques
endroits. Cette correction du Missel est aussi la dernière :
c'est pour cette raison que ce livre , comme le Bré-
viaire, a porté depuis sur son titre le nom d'Urbain VIII avec
ceux de saint Pie V et de Clément VIII. Le Bref de publi-
cation est du 2 septembre 1634 , et commence par ces mots/,
Si quid est in rébus humanis . Nous ne le donnons pas dans
les notes de ce chapitre , parce qu'il présente moins d'intérêt
que celui qui a rapport à la révision du Bréviaire et à la
correction des Hymnes. Enfin Urbain VIII publia une nou-
velle édition du Pontifical , avec quelques changements et
améliorations , et la promulgua , comme désormais obliga-
toire , par un Bref du 17 juin 1644 , qui commence par ces
mots : Quamvis alias.
Nous ne terminerons pas cette histoire liturgique de la
première moitié du dix-septième siècle , sans parler des ac-
croissements que reçut , durant cette période , le Bréviaire
Romain , par l'addition des Offices de plusieurs Saints qui
furent proposés par les souverains Pontifes au culte de l'E-
glise. Il est juste, en effet, que cette Epouse du Christ célèbre
les triomphes de ses enfants , à quelque siècle qu'ils aient
(1) Quamobrem sicuti nuper ad divin! Officii nitorem reformai! Bre-
viarium, ita demum hujus exemplo ad divini saciificii ornamentum
corrigi Missale mgndavimus; et quoniam basée quasi alas quas saeer-
dos, instar Cherubim prisci mystici tabernaculi, quotidie pandit ad ve-
rum mundi propitiatorium , decet esse plane geminas, atque unifor-
mes, etc. Bref du 2 septembre 163 i.
2£ INSTITUTIONS
appartenu ; car elle ne doit point rougir de placer dans ses
fastes les fils qu'elle a nourris dans la vieillesse de ses ma-
melles (1), à côté de ceux qui furent les prémices de sa ma-
ternité. Au dix-septième siècle, la France ne s'élait pas
rendue sourde encore à cette voix du Pasteur suprême qui
retentit , à chaque nouveau pontificat , dans les Eglises de
Dieu, portant Tordre qu'à l'avenir tel jour de l'année de-
meure consacré à la mémoire d'un serviteur de Dieu. Sous
sa hutte de roseaux , au fond des antres qui le cachent , le
Missionnaire qui n'a pour consolation que son Bréviaire ,
apprend cette grande nouvelle , et se sent fortifié par ce nou-
veau signe de vie que lui envoie la Mère des Chrétiens; il
s'unit à toutes les Eglises : celle de France est la seule qui
ne répétera point avec lui le Cantique nouveau.
Clément VIII, dans sa révision du Bréviaire, avait, à
l'exemple de Grégoire XIII et de Sixte-Quint, ajouté au Ca-
lendrier de saint Pie V plusieurs nouveaux Saints. Par diffé-
rents décrets, il avait établi , pour'la première fois, l'Office
de saint Bomuald, Abbé de Camaldoli , et celui de saint Sta-
nislas, Evêque de Cracovie et Martyr, l'un et l'autre du rite
semi-double. Il avait élevé au rang des doubles-majeurs , la
Visitation de la Sainte Vierge , les deux fêles de la Chaire de
saint Pierre , à Rome et à Antiochc , et celle de saint Pierre-
aux-Liens. La fête de saint Jean Gualbert , Abbé de Vallom-
breuse, avait été établit; du rite simple, et celle de saint
Polycarpe , Evêque de Smyrne et Martyr, élevée , de simple
qu'elle était, au degré de semi-double. Clément VIII, après
avoir uni le culte de l'illustre Martyre Flavia Domitilla à
celui des saints Nérée et Achillée , avait aussi rehaussé d'un
degré cette fête simple jusqu'alors. Mais en retour, sans
(1) Adhuc multiplicabuntur in senecta uberi. Psalm. XCJ. 15.
LITURGIQUES. 25
doute pour ménager davantage les droits du Dimanche , il
avait abaissé du rang des doubles à celui des semi-doubles,
les fêtes de saint François de Paule, de saint Pierre, Martyr,
de saint Antoine de Padoue et de saint Nicolas de Tolentin.
Paul V établit l'Office de saint Casimir, prince Polonais , et
celle de saint Norbert, Instituteur des Prémontrés, du rite
semi-double. Il approuva du même degré, mais ad libitum,
la fête de saint Charles Borromée , celle des Stigmates de
saint François; et du rite double, pareillement ad libitum,
l'Office des saints Anges Gardiens. La fête de saint Ubalde,
Evêque de Gubbio , fut aussi instituée par le même Pontife,
mais du rite simple. Enfin , Paul V rendit à saint François de
Paule le degré de double que lui avait enlevé Clément VIII.
Mais aucun Pape de l'époque qui nous occupe ne surpassa
Urbain VIII pour le zèle à instituer de nouveaux Offices. Il
établit la fête double de saint Hyacinthe , Dominicain Polo-
nais , et institua semi-doubles de précepte les fêtes de sainte
Bïbiane , Vierge et Martyre ; de saint Herménégilde , Martyr ;
de sainte Catherine de Sienne , Vierge ; de saint Eustache et
ses compagnons, Martyrs; enfin, de sainte Martine, Vierge
et Martyre , et de sainte Elisabeth , Reine de Portugal , dont
il composa lui-même les Hymnes et l'Office entier. Urbain VIII
approuva, en outre, comme semi- doubles ad libitum, les
fêtes de saint Philippe de Néri , Instituteur de l'Oratoire de
Rome ; de saint Alexis , Confesseur ; de saint Henri II , Em-
pereur, et de sainte Thérèse, Vierge, réformatrice du Carmel.
Innocent X, qui succéda à Urbain VIII, établit du rite
double la fête de sainte Françoise , veuve Romaine , et du
rite semi-double et de précepte, celle de saint Ignace de
Loyola , de sainte Thérèse et de saint Charles Borromée.
L'office de sainte Claire fut aussi établi par ce Pontife , mais
seulement semi-double ad libitum.
26 INSTITUTIONS
Tels furent les accroissements du Bréviaire Romain, et
en même temps du Missel, jusqu'à la moitié du dix-seplième
siècle. On doit remarquer que la plupart de ces fêtes sont
du rite semi-double, pour conserver l'Office du Dimanche.
Nous verrons une révolution en sens contraire s'accomplir
successivement, et la récitation hebdomadaire du Psautier
perdre une partie de son importance à mesure que nous
avancerons dans l'histoire liturgique des deux derniers siècles.
Nous aurons ailleurs l'occasion de dire notre avis sur cette
grave modification liturgique.
Donnons maintenant la Bibliothèque des écrivains litur-
gistes qui ont fleuri dans la première moitié du dix-septième
siècle.
En tête, nous placerons Victorius Scialak , Moine Maro-
nite, né au Mont-Liban, qui vivait à Rome au commencement
du dix-septième siècle , et y enseignait les langues orien-
tales. Il traduisit d'arabe en latin les Liturgies attribuées à
saint Basile, à saint Grégoire de Nysse et à saint Cyrille
d'Alexandrie. Cette collection fut imprimée à Augsbourg,
en 1604.
(1604). Jean de Angclis, Frère Mineur Observantin, donna
en espagnol un ouvrage imprimé à Madrid sous ce titre :
Tratado de los sacratissimos mysterios de la Misa.
(1605). André Hoius, ou Hove , professeur de langue
grecque à Douai, est auteur d'un livre intitulé : Antiquitatum
liturgicarum arcana concionatoribus et pastoribus uberrimum
promptuarium t sacerdotibus serium exercitium , religiosis
vneditationum spéculum, nobilibus spiritualis venatio, laicis
litteratis sancta devotio, omnia ex diversis auctoribus tribus
tomis comprehensa. A Douai , in-8°. Pour être juste, nous
devons dire que l'exécution du livre ne répond pas tout-à-fait
à de si magnifiques promesses.
LITURGIQUES. , 27
(1606). Jean-Paul Palantieri, Franciscain, Evêque de
Cedonia, a laissé une explication des Hymnes ecclésiastiques
imprimées à Bologne en 1606.
(1603). Le célèbre Jésuite Jean Gretser, un des plus vail-
lants antagonistes de la réforme , et dont les œuvres volu-
mineuses forment l'un des plus vastes répertoires de l'éru-
dition catholique , a laissé plusieurs traités intéressants sur
les matières liturgiques. Nous citerons en particulier : 1° De
Sacris peregrinationibus , libri IV ; 2° De Ecclesiasticis pro-
cessionibus , libri II ; 5° Podoniptron seu Pedilavium , hoc
est, de more lavandi pedes peregrinorum et hospitum, avec une
addition au livre des Pèlerinages ; 4° De funere Christiano ,
libri III; 5° De Festis, libri II, Il donna plus tard un supplé-
ment à ce dernier ouvrage , dans lequel il traite d'une ma-
nière spéciale du culte et de la fête du Saint Sacrement.
6° De Benedictionibus, libri duo, et tertius de maledictionibus ;
7° De Sancta Cruce, ouvrage non moins fécond pour la
science liturgique que pour celle de l'antiquité chrétienne
en général. Nous omettons un grand nombre d'autres opus-
cules qui figurent avec les livres que nous venons de citer
dans la belle édition des œuvres de Gretser, donnée en dix-
sept volumes in-folio, à Ingolstadt, en 1734.
(1607). Nicolas Serrarius, Jésuite Lorrain, est auteur de
deux livres intitulés : le Litaneutique , ou des Litanies, dans
le premier desquels il traite de l'antiquité et de l'utilité des
Litanies, et dans le second de l'invocation des Saints. Il a
composé aussi un traité des Processions, divisé pareillement
en deux livres. Ces deux ouvrages , remplis de science et
d'intérêt, se trouvent dans la collection des Opuscules de
Serrarius, imprimée à Mayence en 1611, ia-foiio.
(1608). Jean-Baptiste de Rubeis publia à Plaisance un
livre intitulé : Rationale divinorum officiorum. Quelques re-
28 INSTITUTIONS
cherches que nous ayons faites d'ailleurs, Fauteur et son
livre ne nous sont connus que par la simple mention qu'en
fait Zaccaria.
(1610). Ce fut en cette année que les éditeurs Parisiens
de la Bibliotheca veterum Patrum, de Margarin de la Bigne,
donnèrent en manière de supplément un dixième tome qui
contient une nouvelle et meilleure édition de la collection
liturgique d'Hittorp. Celte édition , qui est postérieure de
dix-neuf ans à celle que Ferrari avait publiée à Rome, à la
fin du seizième siècle, est la dernière de toutes. Elle est aussi
la plus correcte, principalement pour l'ouvrage d'Honorius
d'Autun, intitulé : Gemma anima?.
(1610). André Duval , Docteur et Professeur de Sorbonnc,
si connu par sa franche orthodoxie, a publié, en 1610, un
ouvrage mentionné par Ellies Dupin , sous ce titre : Obser-
vations sur quelques livres de l'Eglise de Lyon.
(1611). Claude Villelte, Chanoine de Saint-Marcel de Pa-
ris, a laissé un ouvrage intitulé : Les raisons de l'Office, et
cérémonies qui se font en l'Eglise Catholique , Apostolique et
Romaine. Ensemble les raisons des cérémonies du Sacre de
nos Rois de France, et des douze marques uniques de leur
royauté céleste, par dessus tous les Rois du monde. Ce livre,
dont la doctrine est puisée dans les liturgistes du moyen-
âge, présente un grand intérêt, et a eu plusieurs éditions,
tant du format m-4° que du format in-12.
(1612). Jean Chapcauville, Docteur de Louvain, est au-
teur de l'ouvrage suivant qui a été réimprimé plusieurs fois :
Tractatus de necessitate et modo ministrandi sacramenta
tempore pestis. ( Mayence 1612, in-8°. ) On trouve, à la fin
du second volume de l'histoire des Evêques de Liège, par
le même , un traité historique de prima et vera origine fes-
tivitatis SS. Corporis et sanguinis Christi.
LITURGIQUES. 29
(1613). Augustin de Herrera , Jésuite Espagnol, a laissé
deux ouvrages importants , imprimés à Séville , dans la
langue nationale, le premier sous ce titre : Del Origen, y
progreso en la Jglesia Catolica de los Rltos , y ceremonias ;
que se usan en el santo sacrificio de la Misa ( 1613,-in-4° ) ;
et le second intitulé : Origen , y progreso del Oficio divin , y
de sus observancias Catholicas , desde el siglo primero de la
Iglesia al présente [ 1644, in-4°).
(1615). Jean-Baptiste de Glano, Religieux Augustin,
Docteur de Paris, a composé, au rapport d'Ellies Dupin, un
livre intitulé : Des Cérémonies des principales Eglises de
l'Europe.
(1615). Joseph Visconti , connu dans la république des
lettres sous son nom latinisé de Vicecomes , fut un des con-
servateurs de la Bibliothèque Ambrosienne, fondée à Milan ,
par l'illustre Cardinal Frédéric Borromée. Il a composé sous
le titre d'Observationes Ecclesiasticœ , quatre volumes deve-
nus rares, mais honorés d'une juste célébrité. ( Milan 1615,
1618, 1620, 1626,in-4°. ) Le premier traite des Rites du
Baptême ; le second, de ceux de la Confirmation ; le troisième,
des cérémonies de la Messe , et le quatrième , des choses a
préparer pour célébrer convenablement ce Sacrifice.
(1616). Jean-Baptiste Scortia, Jésuite Génois, a publié
quatre livres, de Sacrosancto Missœ sacrificio, qui ont été
imprimés à Lyon, en 1616, in-4°, et qui attestent une
science remarquable dans leur auteur.
(1617). Pierre Halioïx , savant Jésuite Flamand, parmi
ses nombreux écrits, a laissé sur une matière liturgique l'ou-
vrage intitulé : Triumphus sacer sancîorum , sive de cœre-
monils in Reliquiaram sanctorum translationibus usurpatis.
ArUverpiœ, (In-8°.)
(1618). Martin de Alcazar, Hiéronymite, est auteur de
30 INSTITUTIONS
l'ouvrage suivant : Kalendarium Romanum perpetuum ex
Breviario et Missali démentis V1I1 authoritate recognitis ,
cum festis quœ generalitcr in Flispaniam celebranlur, in quo
ordo recitandi Ojfcium divinum et Missas celebrandi dilu-
cide exponitur. ( Madrid, in-4 . ) Cet ouvrage paraît être le
premier dans son genre , et précéda de plusieurs années
Y Ordo perpetuus, de Gavanti.
(1619). Gaspard Loartes est auteur d'un livre imprimé à
Cologne, sous ce titre : De Sacris peregrinationibus , Reli-
quiis et diviliis (1619, in-4".). Nous ne connaissons cet au-
teur et son livre que par Ellics Dupin et Zaccaria.
(1619). Le Cardinal Frédéric Borromée, Archevêque de
Milan et neveu de saint Charles, outre le Cœrcmoniale Am-
broaianum, par lequel il compléta la Liturgie de son Eglise,
est auteur d'un livre imprimé à Milan, en 1052, du format
in-folio, sous ce titre : De Concionante Episcopo, dans le-
quel il traite savamment de Paparcil liturgique qui doit ac-
compagner l'Evèque annonçant la parole de Dieu à son
peuple.
(4624). François-Bernardin Ferrari, Préfet de la Biblio-
thèque Ambrosienne , a laissé un ouvrage en trois livres sur
un sujet analogue à celui du Cardinal Frédéric Borromée,
sous ce titre : De llitu sacrarum Ecclcsiœ veteris concionum,
in-4°. Ce livre remarquable a été réimprimé plusieurs fois.
Nous avons encore du môme Ferrari , sur une matière litur-
gique , sept livres de Veterum acclamation ibus et plausu.
4627, in-4°. Il y traite en effet des acclamations, tant dans
les assemblées ecclésiastiques, que dans les réunions pro-
fanes.
(1625). Michel Lonigo , personnage dont nous ignorons
les qualités, mais qui paraît avoir exercé les fonctions de
Cérémoniairc , a composé un livre curieux intitulé : DeWuso
LITURGIQUES. 51
délie vesti de signori Cardinali , tanto nelle Chiese di Roma ,
quanto fuori. A Venise. In-8°. 1623.
(1623). Gabriel de l'Aubespine, Evêque d'Orléans, homme
d'une grande érudition , a bien mérité de la Liturgie par son
livre de Veteribus Ecclesiœ Ritibus, imprimé à Paris, in-4°,
en 1023; et par un autre, en français, intitulé : Ancienne
police de V Eglise sur l'administration de l'Eucharistie et sur
les circonstances de la Messe. Paris. In-8°. 1629.
(1625). Fortunat Scacchi , Religieux Augustin, fut Evêque
de Porphyre et Sacristain de la Chapelle Papale. Il est Pau*
leur d'un bel ouvrage sur les Huiles et les Onctions sacrées,
qui parut à Rome en 1625, in-4°, et a été réimprimé, au
dix-septième siècle, à Amsterdam, du format in-folio. Il
porte ce titre : Sacrorum Elœochrismatum myrothecia tria.
Nous ne parlons point de l'ouvrage inachevé du même Scac-
chi , sur la canonisation des Saints, non plus que d'un cer-
tain nombre de traités de divers auteurs sur le môme sujet,
parce qu'ils sont presque exclusivement consacrés au détail
et à la discussion des procédures , et que la partie liturgique
n'y tient qu'une place fort restreinte. Il en est tout autre-
ment de l'ouvrage de Benoît XIV.
(1626). Mutio, Capucin Italien , publia à Rome, en 1612,
un ouvrage intitulé : Tractatus de significatis sacrosancti
sacrificii Missœ , et un autre, en 1626, sous ce titre : De-
claratio de divinis Ofjîciis et de Cœremoniis quœ fiunt in exe-
quiis defunctorum.
(1628). Barthélemi Gavanli, Milanais, de la Congrégation
des Clercs Réguliers de saint Paul, appelés aussi Barnabitcs,
a laissé un nom à jamais célèbre dans Jes fastes de la Litur-
gie. Nous avons vu qu'il fut appelé, par Clément VIII et
Urbain VIII , à faire partie des commissions que ces deux
Pontifes formèrent, à trente années d'intervalle, pour la ré-
32 INSTITUTIONS
vision du Bréviaire et du Missel. En 1652, il fut désigné par
l'Archevêque de Milan pour faire à lui seul les changements,
additions et corrections nécessaires dans le Cérémonial de
cette grande Eglise. Sa réputation de liturgiste s'étendit
jusqu'en Allemagne et en France. Le Cardinal d'Arach ,
Archevêque de Prague, l'accabla de sollicitations pour le
déterminer à venir régler les cérémonies de son Diocèse :
Urbain VIII refusa à Gavanti la permission de sortir de Rome.
Le Pape donnait en ces termes le motif de son refus, dans
un Bref qu'il adressa au célèbre liturgiste : Rescribo te, auc-
toritate nostra , universœ Ecclesiœ beneficio , in Breviarii
Romani emcndatione occupatum. Le P. Boudier, savant li-
turgiste Bénédictin , vint jusqu'à six fois à Rome pour con-
férer avec Gavanti. Enfin , plusieurs Evêques de France le
sollicitèrent à leur tour de passer les Alpes et de venir tra-
vailler à une édition du Pontifical à l'usage des Eglises de ce
royaume. Il mourut en 1658. Ses principaux ouvrages sur
la Liturgie sont :
1° Thésaurus sacrorum rituum , sive Commentaria in ru-
bricas Missalis et Breviarii. Ce livre est trop populaire pour
que nous ayons besoin de nous étendre sur son mérite. Nous
parlerons plus loin de l'édition qu'en a donnée Merati.
2° Octavarium Romanum. Nous aurons bientôt l'occasion
de parler de ce livre.
5° Ordo perpetuus recitandi Officium divinum,
(1629). Louis Cressol, Jésuite Français, a laissé, sous le
titre de Mystagogus, de Sacrorum hominum disciplina (Paris,
in-folio) , un livre rempli d'érudition liturgique.
(1650). Jean Filesac, Docteur de Sorbonne , doyen de
cette Faculté, Curé de Saint-Jean en Grève, fut un homme
remarquable par sa profonde érudition sacrée et profane.
On trouve sur certaines questions de la science liturgique ,
LITURGIQUES. 55
un grand nombre de détails curieux dans ses divers écrits
qui ont été recueillis en deux collections, l'une intitulée :
Opéra varia (Paris, 1014; 2 vol. in-8°); l'autre, Opéra
selecta (Paris, 1 62 1 ; 5 vol. in-4"). Celte dernière renferme ,
entre autres, les dissertations suivantes : De Cœremoniis ;
de Sanctorum Festis diebus ; Sanctorum imaginum radia-
tum caput ; Baptismi lux et candor ; Funus vespertinum ;
de Cantu Ecclesiœ > etc.
(1654). Anaclet Secchi, Barnabite, est auteur d'un ou-
vrage précieux et souvent réimprimé , sur le chant ecclé-
siastique ; il porte ce titre : Hymnodia Ecclesiastica , et a été
imprimé, entre autres éditions, à Anvers, en 1654, in-8°.
II a été depuis traduit en langue italienne.
(1654). Pierre Arcudius, savant Prêtre Grec, a laissé un
ouvrage très célèbre sur la Liturgie des Grecs comparée avec
celle des Latins, dans l'administration des Sacrements. Il est
intitulé : De Cuncordia Ecclesiœ Occidentalis et Orientalisin
septem Sacramentorum administrations Les premières édi-
tions de Paris sont de 1619 et 1625, in-4°.
(1655). Simon Vaz Barbosa , Portugais, Docteur de
Coïmbre , frère du célèbre canoniste du même nom , est au-
teur d'un livre imprimé à Lyon, in-8°, en 1655, sous ce titre :
Tractatus de dignitate , origine, et significatis mysteriosis
Ecclesiasticorum graduum , Officii divini , vestium sacerdo-
talium et Pontificalium, atque verborum , cœremoniarum et
aliarum rerum pertinentium ad sanctissimum Missœ sacri-
fie ium.
(1657). Marc Diaz, Portugais, Franciscain de l'Obser-
vance, fit paraître à Rome, en 1637, un Ordo perpetuus
recitandi Officii divini.
(1657). Joseph de Sainte-Marie, Chartreux Espagnol, a
publié à Séville, en 1637, un ouvrage in-4°, sous ce titre :
t. if. 3
34 INSTITUTIONS
Sacros Ritos y Cerimonias Baptismales ; et un autre du
même format, en 1645 , intitulé : Triunfo del agua bendita.
Il paraît qu'il avait travaillé aussi sur les Exorcismcs.
(1638). Dominique Giacobazzi, dit en latin Jacobatius , a
composé le fameux traité de Conciliis , qui est joint à l'é-
dition des Conciles de Labbe. On trouve dans cet important
ouvrage tous les détails nécessaires sur les formes litur-
giques qui doivent être employées dans les Conciles.
(1641). Jacques Eveillon, Chanoine de Saint -Maurice
d'Angers, fut chargé, vers 1620, par Guillaume Fouquet,
son Evêque, de la révision du Bréviaire et du Rituel de ce
Diocèse. Il a publié, sur les matières liturgiques, deux ou-
vrages estimés. Le premier est intitulé : De Processionibus
ecclesiasticis liber. (Paris, in-8°, 1641.) Le second a pour
titre : De Recta ps aliénai ratione. (La Flèche, in-4% 1646.)
(1641). Jean Garcia, Franciscain Espagnol, publia, à
Lima, en 1641, un ouvrage sous ce titre : Explication de los
Misterios de la Misa, y de sus ceremonias.
(1641). Jacques Lobbetius, de Liège, est auteur d'un
volume in-4°, imprimé en cette ville, sous ce titre : De Re-
ligioso templorum cultu.
(1642). Dom Hugues Ménard, qui ouvre avec tant de
gloire l'imposante liste des savants de la Congrégation de
Saint-Maur, fut un liturgistcdu premier ordre. Il suffira de
mentionner ici son édition du Sacramentaire de saint Gré-
goire, donnée à Paris en 1642, in-4% avec les excellentes
notes dont il l'accompagna. On sait que Dom Denys de Sainte-
Marthe n'a pas cru pouvoir mieux faire que d'admettre tout
ce travail de son ancien confrère dans sa belle édition des
œuvres de saint Grégoire le Grand.
(1645). Isaac Habert, Docteur de Sorbonne, Chanoine
de Paris, puis Evèque de Vabres, donna en cette année
1ITURGIQUES. 35
une édition de Y Archieraticon , ou Pontifical de l'Eglise
Grecque. Il appartient en outre à la Bibliothèque deslitur-
gistes du dix-septième siècle , par plusieurs Hymnes remar-
quables par l'onction et la facilité , et qui ont été admises
dans la plupart des modernes Bréviaires de France.
( 1 646 ) . André du Saussay , Evêque de Tulle , a laissé trois
ouvrages curieux sur les habits sacrés. Le premier, sur les
ornements épiseopaux, est intitulé: Panoplia Episcopalis t
seu de sacro Episcoporum ornatu. Libri VII. (Paris, 1646,
in-folio ) . Le second , qui traite de l'habit clérical , a pour
titre: Panoplia Clericalis „ seu de Clericorum tonsuraet ha-
bitu. Libri XV. ( Paris , 1649 , in-folio ). Le troisième , enfin,
a pour objet les vêtements sacrés du Prêtre , sous ce titre :
Panoplia Sacerdotalis , seu de venerando Sacerdotum habitu.
Libri XIV. (Paris, 1653, in-folio). Du Saussay est encore
auteur d'un livre sur le chant ecclésiastique , publié à Toul,
in-8°, en 1657, et intitulé : Divina Doxologia, seu sacra glo-
rificandi Deum in Hymnis et Canticis methodus, et d'un
autre qui a pour titre : De Sacro Ritu prœferendi crucem
majoribus prœlatis Ecclesiœ libellus. 1628, in-8°.
(1647). Jacques Goar, Dominicain, s'est rendu à jamais
célèbre dans les fastes de la Liturgie , par son édition de
YEucologion des Grecs , avec une traduction latine et des
notes savantes. L'ouvrage fut imprimé à Paris, en 1647,
in-folio.
(1648). Léon Allacci, en latin Allatius, l'un des plus sa«
vants littérateurs italiens du dix-septième siècle , était né de
parents Grecs. Il eut la charge de Bibliothécaire du Vatican,
et a laissé beaucoup de travaux destinés à faire connaître la
Liturgie des Grecs modernes. Nous citerons, entre autres,
les dissertations de Dominicis et hebdomadibus recentiorum
Grœcorum ; de Mtisa prœsanctificatorum, et de Communion*
36 INSTITUTIONS
orientalium sub specie unica, que l'on trouve à la suite de
l'excellent traité de Ecclesiœ occidentalis et orienlalis perpe-
tua consensione. (Paris, 1648, in-4°). Allacci a laissé aussi
un traité de Libris Ecclesiasticis Grœcorum. (Cologne, 1645",
in-8° ) ; un autre , de Templis Grœcorum recentioribus , de
Narthece Ecclesiœ veteris et de Grœcorum quorumdam ordi-
nationibus ( Cologne , 1 645 , in-8° ) , etc.
(1646). Michel Bauldry, Bénédictin de l'ancienne obser-
vance, grand Prieur de Maillezais, a acquis eue juste célé-
brité tant eu France qu'à l'étranger , par son excellent
Manuale sacrarum cœremoniarum juxta ritum sanctœ Ro-
manœ Ecclesiœ, in quo omnia quœ ad usum omnium cathe-
dralium, collégial arum , parochialium, sœcularium et reyula-
rium ecclesiarum pertinent, accuratissime tractantur. (Paris,
1646, in-4°). Cet ouvrage, fruit des travaux d'un simple
particulier, a obtenu six éditions, et la pratique qui y est
exposée avec une clarté admirable a été adoptée par tous
les auteurs qui, depuis, ont écrit sur les Cérémonies Ro-
maines. Bauldry rédigea aussi le Cérémonial de la Congré-
gation de Saint-Maur, à la prière des Supérieurs de ce corps
illustre : il y fit entrer une grande partie de son Manuel,
qu'il adapta aux usages claustraux , et porta cet ouvrage à
une grande perfection*
(1619). Marc-Paul Léo ne nous est connu que par Zac-
caria, qui mentionne avec un grand éloge un livre publié par
cet auteur, à Home, en 1649, sous ce titre : De auctoritate
et usu Pallii Pontificii.
Nous terminerons ce chapitre par les remarques sui-
vantes :
1° Durant la première moitié du dix-septième siècle, l'E-
glise universelle se reposa dans l'unité liturgique.
2° L'Eglise de France commença de ressentir les premières
LITURGIQUES. 57
atteintes d'une réaction contre la liberté de la Liturgie. Cette
réaction provenait des influences de la magistrature sécu-
lière.
3° En même temps qu'elle protestait, mais en vain , contre
les entreprises de la magistrature, l'Assemblée de i605
donna le premier exemple d'une entreprise contre le Missel
de saint Pie V.
4° Rome continua de déterminer, avec une imposante so-
lennité , les formes générales de la Liturgie , et l'Occident
tout entier se montrait attentif et docile à ses prescriptions.
+**
38 INSTITUTIONS
NOTES DU CHAPITRE XVI.
NOTE A.
PÀULUS PAPA V,
AD PJRPETUAM REI McMORIAM.
Apostolicse Sedis per abundantiam divïuae gratiae, nullis suffragan-
tibus meritis, prcepositi , INostne sollicitudinis esse intelligimus, super
universam Doinum Dei ita invigilando int ndere, ut opportunis in dies
magis rationibus provideatur, quo f sicuL admonct Apostolus, oninia
in ea lioneste, et secundum ordinem liant, praecipue vero quae perti-
nent ad Ecclesiae Dei Sacramentorum adminisirationem, in qua reli-
gion observari Apostolicis Lraditionibùs, et SS. Palruni Decretis cons-
titutos Ritus et Cœremonias pro uoslri officii dtbito curare omnino te-
nemur. Quamobrem fel. rec. Pius Papa V, Praedee^ssoi noster, hujus
nostri tune sui officii memor, ad restituendam sacrorum Rituura ob-
servationem in sacrosancto Missae Sacrificio, divinoque Officio, et simul
utCatholica Ecclesia in Fidei unitate, ac sub uno visibili capiteB Pétri
suecessore RomaiiO Pontifice congregata , umim psallendi et orandi
ordinem , quantum cum Domino poierit, teneret, Breviarium primum,
et deinde Missale Romanum, inultum studio et diligentia elaborata
Pastorali providentia edenda censuit. Cujus vestigia eodem supientiae
spiritu secutus similis mémorise Clemens Papa VIII, etiam Praedecessor
noster, non solurn Episcopis, et inferioVibus Ecclesiae Prselatis accurate
restitutum Pontiflcale dédit, sed et<am Complures alias in Cathedra-
libus et inferioribus Ecclesiis cœremonias promulgatoCseremoniali or-
dinavit. His ita constituas, restabat, ut uno etiam volumine com-
prehen^i, sacri et sinceri CatliolicaB Ecclesiae Ilitus, qui in Sacramen-
torum administratione , aliisque Ecclesiastieis funçtionibus servari
debent, ab iis, qui curam animarum gerunt Apostolicae Stjdis auctori-
tate prodirent, ad cujus voluminis praescriptum , in tinta Riiualium
multitudine , sua illi ministeria tanquam ad publicam et obsigaatam
normam peragerent , unoque ac iideli duoiu inoffenso pede amJmldrent
cum consensu. Quod quidem jampridem agitatum negotium , post-
quamGeneraliumConeiiiorum graece latineque divina gratia editorua
opus morari desivit, sollicite urgere nostri muneris esse exislimavimus.
Ut autem reste et ordine , ut par erat , res ageretur, nonuullis ex Ve-
LITURGIQUES. 39
nerabilibus Fratribus nostris S. R. E. Cardinalibus , pietate, doctrina
et prudentia prsestantibus , eam demandavimus , qui cum consilio eru-
ditorum virorura, variisque praesertim antiquis et quae circumferuntur,
Ritualibus consultis, eoque in primis , quod vir singulari pietatis zelo ,
et doctrinae bonae mémorise Julius Antonius S. R. E. Card. S. Severin®
nuncupatus, longo studio , muUaque industria et labore plenissimum
composuerat, rebusque omnibus mature consideratis , demum divina
aspirante clementia , quanta oportuit brevitate, Rituale confecerunt.
lu quo cum receptos et approbatos Catholieae Eeclesiae Ritus suo ordine
digestos conspexerimus , illud sub nomine Ritualis Romani merito
edendum publico Eeclesiae Dei bono judicavimus. Quapropter horta-
mur in Domino Venerabiles Fratres Patriarchas , Archiepiscopos, et
Episcopos, et dilectos Filios eorum Vicarios, necnon Àbbates, Parochos
uui\ersos , ubique locorum existentes , et alios, ad quoi spectat, ut in
posterum tanquaoi Eeclesiae Romanaefilii, ejusdem Eeclesiae omnium
matris et magistrae auctoritate constituto Rituali in sacris functionibus
utantur, et in re tanti momenti , quae Catholica Ecclesia , et ab ea pro-
batus, ususantiquitatisstatuit, inviolate observent.
Datum Romae apud S. Mariam Majorein , sub Annulo Piscatoris , die
17 Junii M DC XIV. Poatiiicatus Nostri anno X.
NOTE B.
PAULUS PAPA V,
kù FU7URAM REI MSMORIÀM.
Ex injuncto nobis desuper Apostolieae servitutis officio ad ea libenter
intendimus , per quae piis Monachorum Ordinis sancti Benedicti , qui
in Ecclesia Dei singulari quodam splendore refulgent votis consulitur,
prout in Domino conspicimus salubriter expedire. Cum itaque, sicut
accepimus, dilecti filii Procuratores générales Monachorum militan-
tium sub Régula sancti Benedicti ad reformationem sui Ordinis Bre-
viarii , et aliorum librorum Ecclesiasticorum choralium deputati, post
diuturnos et multos labores, Breviarium , et libros hujusmodi refor-
ma verint, eaque reformatione prastiterint , ut Ordinis praedicti Reli-
giosi in posterum uniformi ritu Horas Canonicas recitaturi , et sacrifi-
cium taudis cum consensu Altissimo immolaturi sint , cum ante bac
diversa Officia peragerent ; Nos laudabile consilium hujusmodi pluri-
mum commendantes, et omnes ejusdem Ordinis Religiosos ad Brevia-
rium, et libros chorales, ut praefertur, reforn\atos, unanimiter recl-
piendos, in Domino hortantes, et opus hujusmodi quantum cum
Pomino possumus, promovere cupientes, ut Breviarii, et librorum
40 INSTITUTIONS
prsedictorum editio emeudatior, et fidelior peragatur, etc. Caetemm ut
praedicti Religiosi ad Breviarium, et libros chorales, ut prajtertur,
reformatos , uuanimiter recipiendos eo alacrius inducantur, quo spi-
ritualibus etiam donis se magis refectos esse compererint, etiam pro-
videre volentes : omnibus et singulis praidictis Religiosis , ut Brevia-
rium hujusmodi sic reformatum recitando, eadem privilégia , gratias,
et indulgentias , ac peroatorum remissiones consequantur, quae tel.
rec. PiusPapa V, praedecessor noster recitantibus Breviarium Roina-
num concessit , auctoritate et tenore praedictis indulgemus. INon ob-
stante nostra de non concedendis indulgentiis ad instar, et aliis consti-
tutionibus , et ordinationibus Apostolicis , ac quibusvis statutis , et
consuetudinibus , etiam juramenlo, c mlirmatione Aposiolica, vel
quavis firmitate alia roboratis, privilégia quoque, indultis, et lilteris
Apostolicis in conirarium praemissorum, quomodolibet conces^s, con-
firmais, et innovatis, ceterisque contrats quibnscumque. Volumus
autem ut pnesentiom transsumptis, etiam in ipsis libris impressis,
manu alicujus Notarii publici subscriptis, et sigillo personae in digni-
meEcclesiastica constitutae munitis, eadem prorsu fides adhibeitur,
quae praesentibus adhiberetur, si forent exhibitse vel ostensae.
Datum Romae apud S. Marcum, sub Annulo Piscatoris, die I. Octobris
]>I DC XII. Pontificatus nostri anno VIII.
NOTE C.
URBANUS PAPA VIII.
AD PERPETUAM REI MEMORIAL.
Divinam Psalmodiam sponsae consolantis in hoc exilio absentiam
suam a sponso cœlesti, decet esse non habentem rugam, neque macu-
'amjqnippe cum sit ejus Hymnodi:e filia , quae canitur assidue ante
Sedem Dei et Agni , ut iili similior pro ïeat , nihil , quantum fieri po-
test , praeferre débet , quod psallentium anhnos, Deo ac divinis rébus,
ut conv» nit , alt<ntos , avocare alio ac distrahere possit : qualia sont ,
si quae interdum in sententiis au? verbis occurrant non tam apte con-
cinneque disposa, ut tantum lantiquc obsequii ac ministerii opus
exigeret. Qux- causa- quondam imputere summos Pontifices praedeces-
sores noslros f^licis mémorise Pium hujusce norninis quintum, ut Bre-
viarium Romanum incertis per eam œtatem legibus vagum, ce rta ,
stataque orandi methodo inligaret , et Qementèm VIII , ut illud ipsum
lapsu temporis, ac Typographorum incutia depravatum, decori pris-
tino restitueret. Nos quoque in eamdem cogitationem traxere et solli-
citudo nostra erga res sacras, quas primam et optimam partem muneris
LITURGIQUES. 41
nostri censemus , et pioruni doctorumque virorum judicia et vota ,
r onquerentium in eo contineri non pauca , quae sive a primo nitore
institutionis excidissent, sive inchoata potius quam perfecta forent
ab aliis certe a Wobis supremam imponi manum desiderarent. Nos
itaque huic rei sedulam operam navavimus, et jussu nostro aliquot
eruditi et sapientes viri suam serio curam contuîerunt , quorum dili-
gentia studioque perfectura opus est , quod gratum omnibus, Deoque
et sanclae Ecclesiae honorificum fore speramus : siquidem in eo Hymni
( paucis exceptis) qui non métro, sed soluta oratione, aut etiam
rhythmo constant , vel emendatioribus codicibus adhibitis , vel aliqua
facta mutatione ad carminis et Latinitatis leges , ubi fieri potuit , re-
vocati ; ubi vero non potuit , de integro conditi sunt ; eadem tamen ,
quoad licuit , servata sententia. Restituta in Psalmis et Canticis inter-
punctio editionis Vulgatœ , et canentium commoditati , ob quam eadem
interpunctio mutata interdumfuerat, additis Asteriscis consultum. Pâ-
ti um Sermones et Homiliae collatae cum pluribus impressis editionibus
et veteribus manuscriptis , ita muîla suppleta , multa emendata, atque
correcta. Sanctorum Historiée ex priscis et probatis auctoribus re-
eognitœ. Rubricae detractis nonnullis , quibusdam adjectis , clarius et
commodius explicatse. Denique omnia magno et longo labore diligenter
accurateque ita disposita et expolita, ut quod erat in votis, ad opta-
tum exitum perductum sit. Cum igitur tanta tamque exacta doctorum
hominum industria , ne plane in irritum recidat, requirat Typographo-
rum fidem , mandavimus dilecto filio Andraee Brogiotto , Typographise
nostrse Apostolicae Praefecto , procurationem hujus Breviarii , in lucem
primo edendi ; quod exempîar, qui posthac Roraanum Breviarium
impresserint , sequi omnes teneantur. Extra Urbem vero nemini licere
volumus idem Breviarium in posterum typis excudere, aut evulgare,
nisi facultate in scriptis accepta ab Inquisitoribus hsereticse pravitatis,
siquidem inibi fuerint, sin minus, ab locorum Ordinariis. Quod si
quis quacumque forma contra praescriptam, Breviarium Romanum aut
Typographus impresserit, aut impressum Bibliopola vendiderit, extra
ditionem nostram Ecclesiasticâm excommunicationis latae sententia?
pœnae subjaceat , a qua nisi a Romano Pontifice ( prœterquam in mor-
tis articulo constitutus ) absolvi nequeat ; in aima vero Urbe, ac reliquo
Statu Ecclesiastico commorantes quingentorum ducatorum auri de
Caméra , ac amissionis librorum , et typorum omnium eidem CameraB
applicandorum pœuas, absque alia declaratione irren>issibiliter incur-
rant ; et nihilominus Breviaria sine prsedicta facultate impressa, aut
evulgata , eo ipso prohibita censeantur. Inquisitores vero , locorumque
Ordinarii facultatem hujusmodi non prius concédant , quam Brevia-
42 INSTITUTIONS
rium tam ante , quam post impressionem cum hoc ipso exemplari ,
auctoritate nostra vulgato , diligeiiter contulerint , et nihil in iis ad-
ditum detractumque cognoverint. In ipsa autem facultate , cujus
exemplum in fine aut initio cujusque Breviarii impressum semper
addatur, mentionem manu propria faciant absolutae hujusmodi colla-
tionis, repertaeque inler utrumque Breviarium conformitatis , sub
pœna Inquisitoribus privationis suorum officiorum, ac inhabilitatis ad
illa, et alia in poslerum obtinenda; Ordinariis verolocoium suspen-
sionis a divinis, ac interdicti ab ingressu Ecclesiae ; eoruin vero Vicariis
privationis officiorum et beneficiorum suorum , et inhabilitatis ad illa,
et alia in posterum obtinenda , necnon excommunicationis absque alia
declaratione incurrendae. Sub iisdem etiam prohibitionibus et pœnis
comprehendi inteudimus et volumus ea omaia , quae a Breviario Ho-
mano ortum habent, sive ex parte, sive in totum; eujusmodi sunt
Missalia, Diurna , Officia parva beatie Yirginis, Officia majoris Hebdo-
madae, et id genus alia, quae deinceps non imprimantur, nisi praevia
illorum, et cujuslibet ipsorum in dicta Typogiaphia per eumdem An-
dream impressionem, ut omnino cum Breviario de mandato nosiro edito
concordent. Injungimus autem INuntiis nostris ubique locorum degen-
tibus, ut huic negotio diligenter invigilent, cunctaque ad praescriptuni
hujus Toluntatis nostra? couflci curent. ÎNolumus tamen bis litteris
Breviaria , et alia praedicta , quae impressa sunt hactenus , prohiberi ,
sed indemnitati omnium consentes, tam Typographis et Bibliopolis
vendere , quam Ecclesiis, Clericis, aliisque retinere, atque iis uti
Apostolica benignitate permittimus et indulgcmus. Non obstantibus
liceotiis , indultis et privilegiis Breviaria imprimendi quibuscumque
Typographis per Nos , seu Romanos Pontifices pra?decessores nostros
hue usque concessis, quae per praesentes expresse revocamus, et revo-
cata esse volumus ; necnon constitutionibus , et ordinalionibus gene-
ralibus , et specialibus in contrarium praemissorum quomodocumque
editis, confirmatis et approbalis. Quibus omnibus, etiamsi de illis,
eorumque totis tenoribus specialis, specifica,et expressa mentio ha-
benda esset , tenores hujusmodi praesentibus pro expressis habentes ,
hac vicedumtaxat specialiter, et expresse derogamus, ceterisque con-
trariis quibuscumque. Volumus autem, ut praesentium litterarum nos-
trarum exemplaribus , etiam in ipsis Breviariis impressis, vel manu
alicujus Notarii publici subscriptis , et sigillo alicujus personac in dig-
nitate Ecclesia^tica constitutae munitis , eadem prorsus fides adhibea-
tur, quae ipsis praesentibus adhiberetur, siessent exhibitae vel ostensae.
Datum Romae apud S. Petrum, sub Annulo Piscatoris, die vigesima
quinU Januarii , M DC XXXI. Pontificatus nostri Anno VIII.
LITURGIQUES. 45
CHAPITRE XVII.
DE LA LITURGIE DURANT LA SECONDE MOITIÉ DU DIX-SEPTIÈME
SIÈCLE. COMMENCEMENT DE LA DÉVIATION LITURGIQUE EN
FRANCE. — AFFAIRE DU PONTIFICAL ROMAIN. — TRADUCTION
FRANÇAISE DU MISSEL. — RITUEL D'ALET. — BRÉVIAIRE
PARISIEN DE HARLAY. — BRÉVIAIRE DE CLUNY. — HYMNES
DE SANTEUIL. — CARACTÈRE DES CHANTS NOUVEAUX.
TRAVAUX DES PAPES SUR LES LIVRES ROMAINS. AUTEURS
LITURGISTES DE CETTE ÉPOQUE.
Nous entrons dans la partie la plus pénible et la plus déli-
cate du récit que nous nous sommes imposé. Pendant que
l'Eglise Latine toute entière reste fidèle aux formes litur-
giques établies par saint Pie V, suivant le vœu du Concile
de Trente, confirmé par les divers Conciles provinciaux qui
l'ont suivi, une révolution se prépare dans l'Eglise de France.
En moins d'un siècle , nous allons voir les plus graves chan-
gements s'introduire dans la lettre des Offices divins, et l'u-
nité Romaine, que proclamait si nettement encore l'Assemblée
de 1605, disparaître en peu d'années.
Pour mettre dans tout leur jour les causes de ce change-
ment , il serait nécessaire de faire en détail l'histoire de l'E-
glise de France pendant le dix-septième siècle. Peu de gens
aujourd'hui la connaissent, et pourtant elle renferme seule
la clef de tous les événements religieux accomplis dans le
cours des deux siècles suivants. C'est à cette époque qui
montre encore de si magnifiques débris des anciennes mœurs
catholiques, et qui vit s'élever tant de pieuses institutions,
44 INSTITUTIONS
que les germes du Protestantisme, sourdement implantés
dans les mœurs françaises, percèrent la terre et produisirent
ces doctrines d'isolement dont les unes, formellement hété-
rodoxes, furent honteusement flétries du nom de Jansénisme,
les autres, moins hardies, moins caractérisées, plus diffi-
ciles à démêler dans leur portée, se groupèrent successive-
mont en forme de système national du Christianisme , et ont
été dans la suite comprises sous la dénomination plus ou
moins juste de Gallicanisme.
La Liturgie devait ressentir le contre-coup de ce mouve-
ment. On peut dire qu'elle est l'expression de l'Eglise ; du
moment donc que des variations s'introduisaient dans la chose
religieuse en France, on ne pouvait plus espérer que l'unité
liturgique put dès-lors exister entre Rome et la France. S'il
est une assertion d'une rigueur mathématique, c'est assuré-
ment celle que nous énonçons en ce moment. — Mais, dira-
t-on , voulez-vous nous faire croire que les changements
introduits au Bréviaire et au Missel sont le résultat de prin-
cipes hétérodoxes et suspects, ou encore qu'ils ont eu pour
auteurs et promoteurs des hommes qui n'étaient pas purs
dans la foi? A cela nous répondons simplement : Lisez notre
récit, et jugez; prouvez que les faits que nous racontons
ne sont pas exacts , que les principes que nous soutenons
ne sont pas sûrs. Nous n'entendons pas, certes, envelopper,
en masse, dans une odieuse conspiration contre l'orthodoxie
les générations qui nous ont précédés; mais on ne saurait,
non plus, nier l'histoire et les monuments.
Semblable en beaucoup de choses aux sectes Gnostiques
et Manichéennes que nous avons signalées au chapitre XIV,
essentiellement anti-liturgique comme elles , le Jansénisme
eut pour caractère de s'infiltrer au sein du peuple fidèle, en
pénétrant de son esprit, à des degrés divers, la société qu'il
LITURGIQUES. 45
venait corrompre. A ceux qui étaient assez forts, il prêcha
un Calvinisme véritable qui, au dix-huitième siècle, se trans-
forma en îe Gnosticisme le plus honteux, parles Convulsions
et le Secourisme , en attendant qu'à la fin du même siècle, on
vît ses adeptes passer, de plain-pied, de la doctrine de Saint
Cyran et de Montgeron, à l'athéisme et au culte de la Rai-
son. A ceux au contraire qu'un attachement énergique à
l'ensemble des dogmes, uu éloignement prononcé pour une
révolte contre les décisions évidentes de l'Eglise, garantissait
de pareils excès, le Jansénisme chercha à inspirer une dé-
fiance, un mépris, un éloignement même pour les formes exté-
rieures du Catholicisme, pour les croyances qui paraissent
ne tenir au Symbole que d'une manière éloignée. S'il n'osa
révéler à ces derniers que l'Eglise avait cessé d'être visible,
il se plut du moins à la leur montrer comme déchue de la
perfection des premiers siècles, encombrée de superfétalions
que l'ignorance des bas siècles avait entassées autour d'elle ,
et surtout moins pure à Rome et dans les pays de la vieille
Catholicité qu'en France , où la science de l'antiquité , la
critique, et surtout un zèle éclairé pour de saintes et pré-
cieuses libertés, avaient ménagé d'efficaces moyens de retour
à fa pureté primitive. Dans cette doctrine , le lecteur recon-
naît sans doute, non seulement Jansénius, saint Cyran et
Arnauld , mais Letourneux, ElliesDupin, Tillemont, Lau-
noy, Thiers, Baiîlet, de Vert, Fieury, Duguet, Mesenguy,
Coffin, Rondet, etc. ; or, ce qui nous reste à faire voir, c'est
que ces législateurs du dogme et de la discipline en France,
ces réformateurs des mœurs chrétiennes, ont été, directe-
ment ou indirectement, les promoteurs des énormes chan-
gements introduits dans la Liturgie de nos Eglises.
Avant d'offrir au lecteur le tableau de leurs opérations sur
le culte et l'office divin, nous ouvrirons notre récit par un
46 INSTITUTIONS
incident liturgique qui signala le commencement de la pé-
riode dont nous traçons l'histoire dans ce chapitré.
En 1645, Urbain VIII ayant, ainsi que nous l'avons dit ,
donné une nouvelle édition du Pontifical Humain , dans la-
quelle il avait, d'autorité apostolique, introduit plusieurs
modifications et additions, il se trouva qu'une de ces modi-
fications avait rapport à la promesse d'obéissance à L'Evoque
que doivent émettre les Prêtres dans la cérémonie de leur
Ordination. Le Siège Apostolique avait jugé à propos de
prescrire que l'Evèquc , conférant l'Ordination , exigerait
cette promesse de la part des Réguliers, non pour lui-
même, mais pour leur supérieur, en ces termes : Promilti<
Pra'lato Ordinario tuo pro tempore existent! reverentiam et
obeiiientiam? En effet, i\u moment q:;e l'existence des cor-
porations régulières est admise par l'Eglise, il n'est nulle-
ment extraordinaire que celte partie du Droit reçoive aussi
i< s applications dans les formes ecclésiastiques : c'est le con-
traire qui devrait Surprendre. Clément VIII , ii est vrai, dans
la première édition du Pontifical, avait omis cette particu-
larité; mais l'autorité de son successeur Urbain VIII, qui
répara celte omission , était égale à la sienne, etle motif qui
faisait agir ce dernier Pontife ne pouvait être plus rationnel.
Le but de la promesse d'obéissance exigée des Prêtres dans
leur Ordination , est, sans doute, de les lier à un centre ec-
clésiastique quelconque. Ce centre naturel est l'Evêque pour
ceux qui doivent exercer le Sacerdoce dans un Diocèse en
particulier; mais comme il est évident que les individus fai-
sant partie des corps réguliers doivent se transporter non
seulement d'un Diocèse à l'autre, mais d'un Royaume, ou
même d'une partie du Monde à l'autre, il suit de là que la
promesse d'obéissance émise par l'Ordinand Régulier à l'E-
vêque qui célèbre l'Ordination deviendrait le plus souvent
LITURGIQUES. 47
illusoire , et que, par conséquent, la véritable dépendance à
constater, en ce moment, est celle qu'il doit avoir à l'égard
de son supérieur de droit et de fait.
L'Assemblée du Clergé de 1650 témoigna néanmoins son
déplaisir sur l'addition faite au Pontifical. « Le 17 août,
> l'Evêque de Comminge représenta à l'Assemblée que, dans
• l'édition du Pontifical imprimé à Rome, en 1645 , Ton avait
* ajouté un formulaire de serment particulier pour les Prêtres
» Réguliers , lequel n'était point dans les autres Pontificaux ,
» dans lesquels il n'y a qu'un même formulaire , tant pour les
» Réguliers que pour les Séculiers , lorsqu'ils sont promus à
> l'ordre de Prêtrise ; que le formulaire de serment des Reli-
» gieux , ajouté dans ledit Pontifical nouveau , porte : Pro-
i mittis Prœlato ordinario tuo obedientiam, au lieu qu'à celui
>qui est pour les Prêtres, il y a : Promittis Pontifici ordi-
» nario tuo obedientiam , quand il n'est point son diocésain ;
> que par ce mot de Prœlato mis dans le serment des Régu-
liers, ils prétendent n'être entendu que la personne de
> leur supérieur, qu'ils qualifient du nom de Prélat; et, ce
> faisant, qu'ils ne se soumettent point à l'Evêque; qu'il
i croyait à propos d'en écrire au Pape, pour l'en avertir,
> et à Messeigneurs les Prélats de ne pas s'en servir. Ce qui
rayant été trouvé raisonnable , Mgr. de Comminge a été prié
> de faire les deux lettres.
> Le 20 septembre, Mgr. de Comminge se mit au bureau et
i fit lecture des deux dites lettres qu'il avait été chargé de
» faire. Ayant été trouvées dans le sens de l'Assemblée, l'on
> ordonna de les envoyer, et les sieurs Agents furent chargés
»d'en prendre soin (1). »
(î) Procès verbaux des assemblées générales du Clergé. Tom. III,
pag. 610 et 611. Dans la môme séance , l'Evêque de Comminge se plai-
48 INSTITUTIONS
Rien, sans doiiic, ne nous oblige à croire que l'Assemblée
de 1650 ne fut pas d'une parfaite bonne foi quand elle écri-
vait au Pape pour l'avertir des changements qu'on avait
faits au Pontifical ; bien qu'on doive trouver on peu extraordi-
naire la lettre rente en même temps aux Evoques du Royaume
pour leur donner avis de ne j>as se servir de ce Pontifical
ainsi modifié. Quoi qu'il en soit, comme l'édition du Ponti-
fical de lbio avait été publiée à Rome par autorité aposto-
lique, et accompagnée d'un Bref solennel d'Urbain VIII, qui
déclarait ce livre , dans sa nouvelle forme, obligatoire par
toute l'Eglise, il était difficile à croire que les changements
ou additions qu'o* y avait introduits n'eussent pas été intro-
duits par le Souverain Pontife lui-même. Innocent X, qui
tenait alors la Chaire de saint Pierre , reçut donc la lettre de
l'Assemblée de 1050; mais, ou il ne jugea pas à propos d'y
répondre, ou il y fit telle réponse que le Clergé n'eut pas
lieu d'en être pleinement satisfait.
En effet , dix ans après, l'Assemblée de 10G0 s'occupa en-
core de cette affaire , mais on ne saurait s'empêcher d'être
effrayé des dispositions qu'elle fit paraître, c Le 12 août ,
» Mgr. l'Evéque de Tulle dit que ceux qui doivent revoir
»lc Pontifical qu'une compagnie d'imprimeurs de Paris
» veulent faire imprimer , le sont venus trouver et lui en
• ont donné quelques épreuves, dans lesquelles ils lui ont
> fait remarquer qu'à l'endroit où les Prêtres font le serment
»à l'Evéque lors de leur Ordination, on y avait distingué
» celui que doivent faire les Réguliers, comme s'ils ne de-
vaient prêter le serment qu'à leur supérieur de Religion,
gnit aussi de la formule du serment que doivent prêter, d'après le Pon-
tifical de 1645, les Abbesses exemptes, dans la cérémonie de leur
bénédiction.
LITURGIQUES. 49
» et non pas aux Evêques qui les ordonnent ; et que , comme
» l'Assemblée de 1650 en avait fait plainte au Pap dnno-
» cent X, et avait même envoyé une lettre circulaire à tous les
j> Evêques de France, pour les prier de ne pas vouloir se servir
i>de ce Pontifical ainsi recorrigé, il importait a présent
» d'empêcher l'impression de celui-ci , s'il n'était conforme
» à celui que le Pape Clément VIII avait fait imprimer à
» Rome, et dont on s'est toujours servi depuis. L'Assemblée a
»prié Mgr. de Tulle et M. l'Abbé Colbert devoir lesdites
» épreuves et de mander ceux qui doivent les revoir, afin de
» voir par quel moyen on pourra empêcher cette impression,
»pour, après en avoir fait leur rapport à la Compagnie, y
» être pris telle délibération qu'elle jugera nécessaire (i). ^
Ainsi, le Prélat rapporteur jugeait que, du moment qu'on
avait adressé des plaintes au Pape sur un acte de sa juris-
diction , et qu'on avait écrit à tous les Evêques de France de
n'avoir pas égard à cet acte , on était en droit de passer
outre , sans avoir reçu décharge d'obéissance de la part du
pouvoir supérieur auquel on s'était adressé. Avec de pareilles
maximes, quelle société pourrait subsister? Quel moyen
restait dès-lors au Clergé de parer les coups de la puissance
séculière , quand lui-même, dans son propre sein, donnait
l'exemple fatal d'un refus de subordination?
Tout fut consommé en l'Assemblée de 1670. Voici les
termes du procès-verbal : « Le 4 août, Mgr. de Tréguier a pris
» le bureau et a rapporté que , dans le Pontifical Romain qui
»a été imprimé en 1645 et 1664, il se trouve des additions
» et des restrictions qui ne sont pas aux anciens Pontificaux :
» et en ayant fait remarquer les endroits à la Compagnie, l'As-
» semblée, après y avoir fait ses réflexions, a cru l'affaire
(1) Procès-verbaux du Clergé. Tom. IV. pag, 793.
T. II. 4
50 INSTITUTIONS
d'assez grande importance pour être examinée par des
Commissaires , et pour ecl effet, Monseigneur le Président
a nommé Messeigncurs les Evêques de Montauban , de Tré-
guier et de La Rochelle , et Messieurs les Abbés de Chavi-
env, de Valbellc et de Fromentières.
» Le 24 septembre , Monseigneur l'Evoque de Montauban
a dit qu'il avait rendu compte à la Compagnie d'une com-
mission qu'elle lui avait donnée, concernant le Pontifical
Romniu , où, dans les nouvelles éditions, il a été changé
quelques endroits; ce qui semble avoir été fait à dessein,
afin que les Réguliers paraissent être seulement soumis à
leur supérieur dans les lemps de l'Ordination , et non pas à
l'Kvèquo ; ce qui étant d'une dangereuse conséquence, porla
l'Assemblée de 1650 d'en écrire au Pape ; mais comme de-
puis on n'y a pas remédié, il estime qu'il serait à propos de
le faire, en faisant réimprimer la Messe Pontificale dont il
n'y a plus d'exemplaires à vendre , et que l'impression fut
conforme à l'ancienne manière de parler ; et en faire une
Ici lie à tous Messeigncurs Archevêques et Evoques du
Royaume, pour leur en donner avis. Sur quoi Monseigneur
le Président a dit que ces expédients sont trèsjudicieux , cl
qu'il faudrait joindre à l'édition de la Messe la cérémonie de
la bénédiction des Abbesses, conformément à l'ancien usage;
mais comme la Compagnie n'était pas complète, elle a re-
mis à y délibérer quand elle sera plus nombreuse.
»Le 44 octobre de relevée, Monseigneur de Montauban a
dit qu'il avait examiné, avec Messeigneurs les Commis-
saires, les articles qu'on avait insérés dans les nouvelles
éditions du Pontifical Romain, où ils ont trouvé des nou-
veautés préjudiciables d l'autorité des Evêques; que le
meilleur remède serait de faire imprimer de nouveau la
Messe Pontificale, selon les exemplaires anciens. Ce qui a
LITURGIQUES. 51
» été ordonné en même temps au sieur Vitré , suivant les
» Mémoires qui lui seront donnés par Messeigneurs les Corn-
» missaires. »
« Le 12 novembre , Monseigneur de Tréguier a dit que le
» sieur Vitré, qui avait été chargé d'imprimer les Messes
» Pontificales , a dit qu'ayant été chez les libraires pour voir
» s'il en trouverait assez pour en fournir tous les Diocèses du
» Royaume , en cas qu'on en eût besoin , il avait trouvé qu'il
»y en avait suffisamment, et qu'il faudra seulement en im-
» primer quelques feuilles pour les mettre dans l'état que l'As-
» semblée désire qu'elles soient mises, par sa délibération ; que
» cela serait d'une grande épargne pour le Clergé , et ferait
» même qu'il ne resterait plus de ces Messes Pontificales im-
» primées qui ne fussent corrigées. L'Assemblée a approuvé
» cet expédient, et a prié Monseigneur de Tréguier de tenir la
»main à ce que cela s'exécute ainsi (1). »
Ainsi fut décrétée l'altération d'un livre liturgique reçu
dans toute l'Eglise Latine ; ainsi le souverain pouvoir litur-
gique qui avait déjà reçu une première atteinte dans PAs-
semblée de 1606, par Firréguïière insertion du nom du Ro j
au Canon de la Messe , en reçut une seconde bien plus vio-
lente dans les Assemblées de 1650, 1660 et 1670. Du moins,
en 1606, on n'avait pas pris la peine de consulter le Siège
Apostolique avant de formuler un refus positif d'obéissance
à ses prescriptions. On n'avait pas dit et inséré au procès-
verbal des délibérations, qu'une mesure prise par l'autorité
apostolique était d'une dangereuse conséquence ; qu'un des
livres les plus vénérables , les plus sacrés qui soient dans
l'Eglise, un livre garanti par le Saint Siège, renfermait des
nouveautés préjudiciables à l'autorité des Evêques ; comme si
(1) Procès-verbaux des Assemblée» du Clergé. Tom. V. p. 131 et 153.
52 INSTITUTIONS
l'Eglise Romaine n'avait pas, dans tous les siècles, maintenu,
pour le bien de la Chrétienté , l'autorité inviolable de l'Epis-
eopat. 11 est vrai que, depuis bien des siècles, de concert
avec les Evoques eux-mêmes, Home avait cru devoir assurer
par des privilèges spéciaux les grands biens produits parles
Réguliers; mais cette discipline étant universelle et promul-
guée par les Canons des Conciles écuméniques ci par les
Bulles des Papes , doux choses devaient nécessairement être
considérées avant tout par ceux auxquels elle aurait déplu.
La première , qu'une discipline revêtue d'une sanction aussi
sacrée ne pouvait, en aucune façon, être contraire à la
constitution essentielle de l'Eglise; autrement, il faudrait
dire que l'Eglise aurait erré sur la discipline générale, 06
qui est hérétique. La seconde , que l'exemption des Régu-
liers étant une loi générale de l'Eglise, toutes les atteintes
qui lui seraient portées par un pouvoir, autre que le pouvoir
universel du Concile écuménique ou du Souverain Pontife,
seraient illicites et nulles de plein droit.
Il y a donc contradiction de principes toutes les fois que ,
dans une Eglise particulière, il est porté atteinte à l'exemp-
tion des corps Réguliers, et voilà pourquoi les gouverne-
ments ennemis de l'Eglise ont toujours poussé le Clergé qui
leur est soumis à annuler, par des règlements spéciaux,
l'existence exceptionnelle des Réguliers , et ont même dé-
crété, comme loi de l'Etat, la soumission des Réguliers aux
Ordinaires. Rappelons-nous Joseph II en Allemagne, Léopold
en Toscane, Ferdinand IV à Naples, les Archevêques Elec-
teurs à Ems, les Cortés de 1822 en Espagne, Nicolas I '
en Pologne, les Articles de Baden, en 1834, pour la
Suisse, etc. Ceci demande une histoire à part, et nous n'a-
vons ici à traiter celte question que dans ses seuls rapports
avec l'incident liturgique qui nous occupe. Nous dirons
LITURGIQUES. 55
seulement que cette altération du Pontifical coïncida avec la
fameuse déclaration de l'Assemblée de 1645 sur les Régu-
liers, déclaration dont l'effet avait été préparé dans l'opinion
par le Petrus Aurelius, par le livre de Hallier, sur la Hiérar-
chie, etc., et qui fut bientôt suivie de la Censure du livre
de Jacques Vernant par la Sorbonne , Censure qui fut cen-
surée par Alexandre VII, dans une Bulle doctrinale qui fut
rejetée en France. Mais , sans nous jeter dans toutes ces
questions qui sont d'un autre sujet , nous avons à noter
ici un acte solennel par lequel les Prélats Français déclarent
qu'ils ne sont point tellement obligés à suivre les livres litur-
giques de Rome reçus par eux , qu'ils n'en puissent à l'oc-
casion juger et modifier le texte, et ce , sans avoir besoin de
l'autorisation apostolique.
Pendant que les Assemblées du Clergé , si zélées d'ailleurs
contre les nouveautés, donnaient ainsi le fatal exemple d'une
atteinte portée à la Liturgie universelle , la secte Janséniste
poursuivait, avec une audace toujours croissante, ses plans
ténébreux. Elle marchait à son but en attaquant les prin-
cipes de l'Eglise sur la Liturgie. Son coup d'essai public , en
ce genre , fut la publication d'une traduction française du
Missel Romain.
«
Nous avons, dans notre XIVe chapitre, assigné comme le
huitième caractère de l'hérésie anti-liturgiste , la haine
pour tout ce qui est mystérieux dans le culte , et spéciale-
ment pour l'emploi d'une langue sacrée inconnue au peuple.
Les réformateurs du seizième siècle , ancêtres naturels des
Jansénistes, avaient inauguré les traductions de l'Ecriture
Sainte en langue vulgaire, comme le plus puissant moyen
d'en finir avec la tradition, et d'affranchir l'intelligence des
peuples du joug de Rome ; en même temps, ils réclamèrent
l'emploi exclusif de la même langue vulgaire dans la Liturgie.
54 INSTITUTIONS
Par là, le culte se trouvait purgé de toute tendance mys-
tique , et le dernier des fidèles devenait à même déjuger de
sa croyance, et conséquomment de sa pratique. Los nova-
teurs Français du dix- septième siècle n'avaient garde de
s'écarter d'une ligne de conduite si éprouvée , et , en atten-
dant le Nouveau Testament (!e Mons, que Port-Royal publia
en 1666, et qui excita de si grands troubles dans l'Eglise;
dès 1660,1e sieur Joseph de Voisin , docteur de Sorbonne ,
faisait paraître, avec l'approbation des Vicaires-Généraux
de Paris, un ouvrage en cinq volumes, intitulé: Le Missel
Romain, selon le règlement du Concile de Trente , traduit en
français, avec l'explication de toutes les Messes , etc. Dans
leur permission, les Vicaires -Généraux s'étayaient d'une
approbation de la Sorbonne qui se trouva être supposée ,
ainsi qu'il conste d'une Déclaration donnée l'année sui-
vante par la même Faculté, et dans laquelle les Docteurs
attestent d'abord qu'ils n'ont point donné la prétendue ap-
probation; qu'à la vérité on les avait consultés sur un ou-
vrage , mais qu'on ne leur avait parlé que d'une Explication
des Messes de l'année , et non d'une Traduction du Missel en
langue française ; qu'elle ne pourrait donc s'empêcher d'im-
prouver l'approbation qui, dit-on, aurait été donnée par
quelques membres de son corps, puisque déjà elle s'est vue
dans le cas, en 1655, de refuser son autorisation à une tra-
duction française du Bréviaire Romain, et en 1649, à une
version du Nouveau Testament en langue vulgaire, La Sor-
bonne rappelle ensuite sa fameuse censure de 1527, contre
les propositions d'Erasme, dont une, entre autres, expri-
mait le désir de voir les Saintes Ecritures traduites en toutes
les langues (1).
(1) D'Argentré. Collectio Judiciorum. Tom. III pag. 81.
LITURGIQUES. 55
L'Assemblée du Clergé de 1660 , se montra fidèle, dans
cette occasion , à ces vénérables traditions qui n'auraient
jamais dû périr chez nous. Elle condamna la traduction du
Missel en langue vulgaire par le sieur de Voisin , et pour
qu'il ne manquât rien à la solennelle réprobation de l'atten-
tat qui venait d'être commis contre le mystère sacré de la
Liturgie, un Bref d'Alexandre VIÏ, du 12 janvier 1661, vint
joindre son autorité irréfragable à la sentence qu'avaient, en
première instance, rendue les Evêques de l'Assemblée. Le
Pontife s'exprime ainsi. « Il est venu à nos oreilles et nous
» avons appris avec une grande douleur que, dans le royaume
>de France, certains fils de perdition , curieux de nouveau-
> tés pour la perte des âmes , au mépris des règlements et de
» la pratique de l'Eglise , en sont venus à ce point d'audace
> que de traduire en langue française le Missel Romain, écrit
» jusqu'ici en langue latine, suivant l'usage approuvé dans
» l'Eglise depuis tant de siècles; qu'après l'avoir traduit, ils
» ont osé le publier par la presse , le mettant ainsi à la por-
» tée des personnes de tout rang et de tout sexe , et , par
» là , qu'ils ont tenté, par un téméraire effort, de dégrader les
» rites les plus sacrés , en abaissant la majesté que leur
» donne la langue latine , et exposant aux yeux du vulgaire
» la dignité des Mystères divins. Nous qui , quoiqu'indignes ,
» avons reçu le soin de la vigne du Seigneur des armées,
» plantée par le Christ notre Sauveur , et arrosée de son pré-
» cieux sang , voulant ôter les épines qui la couvriraient si on
» les laissait croître, et même en couper jusqu'aux racines,
» autant que nous le pouvons par le secours de Dieu, détes-
» tant et abhorrant cette nouveauté qui déformerait l'éter-
»nelle beauté de l'Eglise et qui engendrerait facilement la
» désobéissance , la témérité , l'audace , la sédition , le
» schisme , et plusieurs autres malheurs ; da notre propre
56 INSTITUTIONS
» mouvement , de notre science certaine et mûre délibéra-
tion, nous condamnons et réprouvons le susdit Missel tra-
• duit en français, défendaiU à tous les fidèles du Christ de
• l'imprimer, lire ou retenir, sous peine d'exeommunica-
• tion , mandant à iceux de remettre aux Ordinaires ou aux
• Inquisiteurs les exemplaires qu'ils ont ou pourraient avoir
• dans la suite, afin que ceux-ci les fassent immédiatement
» jeter au feu (1). >
Tout Catholique verra, sans doule, à la gravité du langage
du Pontife Romain , qu'il s'agissait dans cette occasion d'une
affaire majeure; mais plus d'un do nos lecteurs s'étonnera,
peut-être, après ce que nous venons de rapporter, de l'in-
sensibilité avec laquelle on considère aujourd'hui un abus
qui excitait à un si haut degré le zèle d'Alexandre VII. Au-
jourd'hui, tous les fidèles de France, pour peu qu'ils sa-
chent lire , sent à même de scruter ce qu'il y a de plus mys-
térieux dans le Canon de la Messe, grâce aux innombrables
traductions qui en sont répandues en tous lieux; la Bible, en
langue vulgaire est, de toutes parts, mise à leur disposition :
que doit-on penser de cet état de choses? Certes, ce n'est
pas à Borne que nous le demanderons : bien des fois , depuis
Alexandre VII , elle s'est exprimée de manière à ne nous
laisser aucun doute; mais nous dirons avec tous les Conciles
des trois derniers siècles, que l'usage des traductions de
l'Ecriture Sainte , tant qu'elles ne sont pas accompagnées
d'une glose ou de notes tirées des Saints Pères et des ensei-
gnements de la tradition, sont illicites, et, avec l'autorité
du Saint-Siège et du Clergé de France , nous assimilerons
aux versions de l'Ecriture prohibées, toute traduction du
Canon de la Messe qui ne serait pas accompagnée d'un com-
(i) Vid. la note A.
LITURGIQUES. 67
mentaire qui prévienne les difficultés. D'autre part, nous con-
fessons avec tous les Catholiques qu'il y a un pouvoir de dis-
pense dans l'Eglise , et il n'est pas le moins du monde dans
notre sujet d'en rechercher les règles d'application. Nous
poursuivrons donc notre récit.
L'Assemblée du Clergé de France de 1660 sentit si parfai-
tement la portée que pouvait avoir la traduction du Missel ,
comme fait liturgique , et le rapport intime qui règne entre
l'Ecriture Sainte et la Liturgie , qu'elle décréta qu'il serait
publié au nom du Clergé une collection de tous les passages
des auteurs graves qui ont traité, soit ex professo, soit en pas-
sant , de l'inconvénient des traductions de l'Ecriture et de la
Liturgie en langue vulgaire. Cette collection parut en 1661,
chez Vitré , in-4°. Malheureusement , une de ces inconsé-
quences dont l'histoire ecclésiastique de France présente un
grand nombre d'exemples au dix-septième siècle , vient en-
core se présenter sous notre plume. Louis XIV, ayant jugé
à propos de révoquer l'Édit de Nantes , et un grand nombre
d'abjurations ayant suivi cet acte fameux, on jugea nécessaire
de prévenir les nouveaux convertis contre le retour de leurs
anciens préjugés , et pour cela , on leur mit en main des tra-
ductions de la Messe. C'est ce que nous apprend assez fami-
lièrement Bossuet dans sa Correspondance , si importante à
consulter pour quiconque tient à connaître l'histoire de
France à cette époque. « Le Bref contre le Missel de Voisin,
» donné par Alexandre VII, dit Bossuet , n'a jamais été porté
»au Parlement, ni les lettres-patentes vues. On n'a eu, en
» France, aucun égard à ce Bref, et l'on fut obligé, pour l'ins-
» truction des nouveaux Catholiques , de répandre des
» milliers d'exemplaires de la Messe en français (1). »
(1) Correspondance de Bossuet. Tom. XLII. pag. 474.
58 INSTITUTIONS
Voilà, certes , beaucoup de chemin fait en peu de temps.
En 1GG0, une assemblée du Clergé défère un livre au Saint
Siège , après l'avoir elle-même censuré ; le Souverain Pon-
tife répond à la consultation du Clergé par un Bref dans le
sens de l'Assemblée : la cause paraît finie, et trente ans après
un Evoque d'un si grand poids nous révèle que ce Bref n'a
été jugé d'aucune valeur, par le motif qu'il n'a jamais été
porté au parlement , et que les Evêques ont cru pouvoir, no-
nobstant un jugement si solennel, enfreindre les plus for-
melles défenses qu'ils avaient eux-mêmes provoquées. Il est
vrai que les Evêques de l'Assemblée de 1GG0 avaient pris
l'alarme , voyant la Liturgie ébranlée dans ses bases, et de-
vinant le vœu secret des novateurs qui , par leur prétention
d'initier les fidèles à l'intelligence des mystères sacrés, au
moyen des traductions en langue vulgaire, ne faisaient autre
chose que continuer le plan de leurs prédécesseurs ; tandis
que les Evêques desquinze dernières années du dix-septième
siècle n'avaient en vue que de dissiper les préjugés des Pro-
testants nouvellement convertis. Mais n'y avait-il pas d'autre
mesure qu'une traduction pure et simple du Canon de la
Messe? fallait-il compter pour rien les prescriptions du
Saint-Siège , du Concile de Trente , lorsqu'on avait le moyen
si facile et mis en usage en tous lieux, excepté en France,
de joindre au texte un commentaire qui arrête les objections,
une glose qui ne permet pas que l'œil du lecteur profane et
îllétré perce des ombres qui garantissent les Mystères contre
sa curiosité. Du moment que le peuple peut lire en sa langue,
mot pour mot , ce que le Prêtre récite à l'autel , pourquoi ce
dernier use-t-il d'une langue étrangère qui dès-lors ne cache
plus rien? pourquoi récite-t-il à voix basse ce que la der-
nière servante , le plus grossier manœuvre suivent de l'œil
et peuvent connaître aussi bien que lui ? Deux conséquences
LITURGIQUES. 59
terribles que nos Docteurs anti-liturgistes ne manqueront
pas de tirer avec toute leur audace , ainsi qu'on le verra dans
la suite de ce récit.
A peine les foudres de l'Eglise avaient cessé de retentir
contre la traduction du Missel , que la Sorbonne, encore fi-
dèle à une orthodoxie dont elle devait plus tard se départir
honteusement , signalait une nouvelle entreprise de l'esprit
de secte , voilée sous des formes liturgiques. Cette fois en-
core, le piège était dirigé contre les simples fidèles. Un sieur
de Laval avait publié , à Paris , un livre intitulé : Prières
pour faire en commun , le matin et le soir, dans une famille
Chrétienne , tirées des Prières de V Eglise ; et ce livre était
arrivé jusqu'à la cinquième édition. La Faculté, qui avait
pris l'éveil à l'occasion du Missel de Voisin , examina ce livre
en même temps, et le signala , dans la déclaration de 1661,
que nous avons déjà citée, « comme renfermant d'infidèles
» traductions des Prières de l'Eglise, des choses fausses,
» ambiguës, sentant l'hérésie et y induisant, sur la matière
»des Sacrements, et renouvelant les opinions récemment
■» condamnées sur la grâce , le libre arbitre et les actes hu-
» mains (1). »
Mais quelque chose de bien autrement grave se préparait
dans les arsenaux de la secte qui avait formé l'odieux projet
d'atteindre le dogme et la morale chrétiennes par la Liturgie.
On avait eu en vue les simples fidèles dans la traduction du
Missel et dans les Heures du sieur de Laval ; on songea à at-
teindre le Clergé dans un livre qui fût spécialement à son
usage. Il n'y avait pas moyen encore de songer au Bréviaire
et au Missel : le Rituel parut être un véhicule favorable aux
doctrines qu'on voulait faire prévaloir. Ce livre, qu'un usage
(I) D'Argentïé. Collectio Judiciorum. Tom. III. Ibid.
60 INSTITUTIONS
déjà ancien en France avait rendu le répertoire de l'instruc-
tion pratique du saint ministère , aussi bien que le recueil
des formules de l'administration des Sacrements, parut le
plus propre à servir les desseins du parti. Un de ses chefs les
plus zélés, Pavillon, Evoque d'Alet, osa insérer, dans le
Rituel qu'il publia en 1667 pour son Diocèse, plusieurs des
maximes de saint Cyran et d'Arnaud , sur la pratique des
Sacrements. Le travail fut même revu par Arnaud lui-même,
qui avait succédé à saint Cyran dans la dictature du parti.
Ceux qui savent l'histoire et la tactique du Jansénisme
connaissent l'art avec lequel ses adeptes étaient parvenus
à recouvrir leurs dogmes monstrueux du vernis menteur
d'une morale plus sévère que celle de l'Eglise, dont ils pro-
clamaient le relâchement. Ils voulaient , disaient-ils , ramener
les institutions des premiers siècles, qui seuls avaient connu
la vraie doctrine. Sans nier encore la vertu des Sacrements,
ils venaient à bout de les anéantir quant à l'usage , en ensei-
gnant que l'Eucharistie est la récompense d'une piété avancée
et non d'une vertu commençante ; que les Confessions fré-
quentes nuisent d'ordinaire plus qu'elles ne servent ; que
V Absolution ne doit régulièrement être donnée qu'après l'ac-
complissement de la pénitence ; qw'il est à propos de rétablir
Us pénitences publiques , etc. Chacun sait qu'avec de pareilles
maximes, les Religieuses de Port-Royal, le fameux diacre
Paris, et mille autres, en étaient venus à conclure que la
Communion Paschale, supposant une familiarité par trop
grande avec Dieu, la perfection était de l'omettre entièrement.
Dans la suite , on alla plus loin , et on passa de l'isolement
j l'égard des choses saintes au blasphème et à l'apostasie.
Quant aux effets que produisit sur les Catholiques de France
ce rigorisme qui se glissa, du moins en grande partie , dans
les livres et l'enseignement de plusieurs théologiens ortho-
LITURGIQUES. 61
doxes d'ailleurs, on peut dire qu'il porta un coup funeste aux
mœurs chrétiennes , en rendant plus rare l'usage des Sa-
crements, devenus, pour ainsi dire, inabordables. On sait
que le parti n'épargna rien pour décréditer et opprimer le
Clergé Régulier et la Compagnie des Jésuites surtout , parce
qu'il savait et la popularité dont jouissaient les membres de
ces corporations , et leur éloignement énergique pour une
morale aussi opposée à celle de Jésus-Christ.
Or, les maximes que nous venons de citer se trouvaient
professées et appliquées dans cent endroits du Rituel
d'Alet : quoiqu'on eût cherché avec un soin extrême à ne
pas employer des termes trop forts, pour ne pas donner
d'ombrage au Siège Apostolique , qui déjà avait foudroyé le
livre de la fréquente Communion du docteur Arnaud, et plu-
sieurs autres productions analogues du parti. Rome n'en
vit pas moins tout le venin dont les ennemis de la vraie foi
avaient su empoisonner une des sources les plus sacrées de
la Liturgie.
Clément IX, Pontife dont la secte a plus d'une fois vanté
la tolérance , mais qui fut seulement un fidèle et prudent
administrateur du troupeau du Seigneur, Clément IX , dès
l'apparition du Rituel d'Alet , signala son zèle apostolique
par une condamnation solennelle de ce livre pernicieux.
Dans son fameux Bref du 9 avril 1 668 , il s'exprime en ces
termes :
« Le devoir de la sollicitude de toutes les Eglises qui nous
» a été divinement confiée exige de nous que , veillant conti-
x» nuellement pour la garde de la discipline ecclésiastique dont
»le Seigneur nous a établis conservateurs, nous nous effor-
* cions avec toute sorte de soin et de vigilance à prévenir
» l'invasion cachée des choses qui pourraient troubler cette
» discipline , s'écarter des rites ordonnés et ouvrir une voie
62 INSTITUTIONS
» aux erreurs. Gomme donc , ainsi que nous l'avons appris ,
• il a paru Tannée dernière, à Paris, un livre publié en
» langue française , sous ce titre : Rituel Romain du Pape
9 Paul V, à l'usage du Diocèse d'Aleth, avec les instructions
> et les rubriques en françois ; dans lequel sont contenues non
• seulement plusieurs choses contraires au Rituel Romain
• publié par ordre de notre prédécesseur Paul V d'heureuse
> mémoire , mais encore certaines doctrines et propositions
• fausses, singulières, périlleuses dans la pratique, erronées,
> opposées et répugnantes à la coutume reçue communément
• dans l'Eglise et aux constitutions ecclésiastiques; par l'u-
» sage et lecture desquelles les fidèles du Christ pourraient
» insensiblement être induits dans des erreurs déjà condam-
nées et infectés d'opinions perverses. Nous, voulant ap-
> porter à ce mal un remède opportun, de notre propre
• mouvement, science certaine et mûre délibération, par
• l'autorité apostolique, nous condamnons, par la teneur
• des présentes , le livre français intitulé Rituel; nous le ré-
» prouvons et interdisons, voulons qu'il soit tenu pour con-
• damné, réprouvé et interdit , et défendons sous peine d'ex-
» communication latœ sententiœ encourue par le seul fait, la
• lecture, la rétention et l'usage d'icelui, à tous et chacun
»des fidèles de l'un et l'autre sexe, principalement ceux de
• la ville et Diocèse d'Alct, de quelque degré , condition,
» dignité et prééminence qu'ils soient , quand bien même il
• devrait être fait d'eux mention spéciale et individuelle.
> Mandant à iceux qu'ils aient à exhiber, livrer et consigner
» réellement et sur le champ les exemplaires qu'ils ont ou
• qu'ils auraient dans la suite, aux Ordinaires des lieux, ou
• aux Inquisiteurs, et ceux qui sont soumis à notre véné-
> rable frère l'Evêque d'Alet , au Métropolitain , ou à un
» des Evêques les plus voisins ; lesquels , sans retard , livre-
LITURGIQUES. 63
» ront , ou feront livrer aux flammes les exemplaires qu'on
» leur aura remis , nonobstant toutes choses à ce con-
traires (1). »
On aurait dû s'attendre qu'après un jugement aussi so-
lennel, le Rituel d'Alet n'aurait plus trouvé de défenseurs
dans l'Eglise de France ; mais , hélas ! la plaie était déjà si
grande et si envenimée, que tout le zèle du médecin était
devenu presque stérile. Sans parler de PEvêque d'Alet lui-
même, qui jusqu'à la fin de sa vie maintint le Rituel dans
son Diocèse, et trouva encore, au moment de sa mort, le
triste courage d'écrire au Pape, à ce sujet, une lettre de
soumission en termes ambigus , on vit le crédit du parti s'é-
lever jusqu'à faire rejeter, par les influences de l'Episcopat
et de la magistrature, ce Bref, et celui que Clément IX ve-
nait de donner en même temps contre le Nouveau Testament
de Mons, par le motif qu'ils contenaient des clauses de Chan-
cellerie contraires aux libertés de l'Eglise Gallicane. De pa-
reils faits sont lamentables , sans doute ; mais ce qui l'est
bien plus encore , c'est l'adhésion expresse que donnèrent
vingt-neuf Evêques au Rituel condamné, après la notifi-
cation du Bref faite par le Nonce à tous les prélats de l'E-
glise de France. De Péréfixe, Archevêque de Paris, si nous
en croyons Ellies Dupin (2) , aurait témoigné sa sympathie
pour le Rituel d'Alet dès qu'il parut; mais nous ne charge-
; rons point la mémoire de ce prélat sur la seule assertion d'un
écrivain qui aimait le scandale ; nous nous contenterons de
citer le document officiel qu'on trouve en tête de la plupart
des éditions du Rituel d'Alet. Vingt-neuf signatures le suivent,
et elles sont toutes de l'année 1669, à l'exception des deux
(1) Vid. la note B.
(2) Histoire Ecclésiastique du dix-septième siècle. Tome III. p. 244.
64 INSTITUTIONS
dernières, qui sont de 1676. Ceux qui les ont données avaient
reçu, en son temps, le Bref de Clément IX. Voici en quels
termes ils rassurent l'Evèque d'Alet contre la flétrissure
que venait d'infliger à son œuvre la condamnation du Saint
Siège :
« Nous avons lu avec beaucoup d'édification le Rituel que
» Messire Pavillon , Evêque d'Alet, a composé pour l'usage
» de son Diocèse , et nous louons Dieu de tout notre cœur
» de ce qu'il lui a plu d'inspirer à ce grand Prélat la pensée de
» donner au public de si saintes instructions. Comme les
» Evêques sont les vrais Docteurs de l'Eglise , personne n'a
» droit de s'élever contre leur doctrine, à moins qu'ils soient
» tombés dans des erreurs manifestes, ou que l'Eglise ait
» condamné leurs sentiments , ce qu'elle n'a jamais fait
» qu'avec beaucoup de circonspection ; et les ouvrages qu'ils
» publient portent leur approbation par le seul nom de leurs
» auteurs. Mais quand ils seraient sujets aux mêmes cen-
» sures que les théologiens particuliers, tout le monde sait
»que nous pourrions dire à bon droit de Monsieur l'Evêque
» d'Alet , ce que saint Célestin Ier disait autrefois de saint Au-
»gustin, en reprenant l'audacieuse témérité de ceux qui
» déclamaient contre ce Docteur incomparable : Hune nun-
5 quam sinistrœ suspicionis saltem rumor aspersit. Et puisque
9 ce Rituel n'est qu'un abrégé de ce que Monseigneur d'Alet
»a enseigné dans son Diocèse depuis plus de trente ans qu'il
y> le gouverne avec un soin infatigable , et que d'ailleurs il ne
» contient que les plus pures règles de l'Evangile, et les maximes
» les plus saintes que les Canons nous ont proposées , nous ne
» pouvons assez en recommander la lecture et la pratique.
» C'est le sentiment que nous avons de cet excellent ouvrage ,
» et nous avons cru être obligés d'en rendre un témoignage
» public, pour ne détenir pas la vérité dans l'injustice. »
L1TUUGI0UES. 65
Les noms des Evèques qui eurent le malheur de signer
celte pièce appartiennent à l'histoire de la Liturgie en France :
nous les donnerons ici. Ces prélats étaient : de Gondrin ,
Archevêque de Sens; Fouquet, Archevêque deNarbonne;
Malliet , Evêque de Troyes ; de Bertier, Evêque de Montau-
ban ; de Vialar, Evêque de Châlons-sur-Marne ; de Grignan ,
Evêque d'Uzès ; de Caulet , Evêque de Pamiers ; de Choiseul ,
Evêque de Comminges ; Arnaud , Evêque d'Angers ; de Pé-
ricard, Evêque d'Angoulême ; Jean, Evêque d'Aulonne (1) ;
Faure, Evêque d'Amiens; de Harlay, Evêque de Lodève ;
Choart, Evêque de Beauvais ; de Laval , Evêque de La Ro-
chelle ; de Forbin de Janson , Evêque de Marseille ; Bourlon,
Evêque de Soissons; de Marmisse, Evêque de Conserans ;
de Clermont, Evêque de Noyon ; de Ventadour, Evêque de
Mirepoix ; de Ligny, Evêque de Meaux ; Fouquet , Evêque
d'Agde ; Bertier, Evêque de Rieux ; de La Vieuville , Evêque
de Rennes ; de Percin de Montgaillard , Evêque de Saint-
Pons ; Joly, Evêque d'Agen ; de Bar, Evêque d'Acqs; de
Barillon, Evêque de Luçon, et de Bassompierre , Evêque de
Saintes.
Pour achever ce qui nous reste à dire sur le Rituel d'AIet ,
nous remarquerons que ce livre, outre les maximes perni-
cieuses dont nous avons parlé, présentait encore une nou-
veauté jusqu'alors sans exemple. Les Rubriques pour l'ad-
ministration des Sacrements avaient été traduites en français.
Cette innovation , qui ne rappelle que trop, dans un pareil
livre et de la part de semblables auteurs , le système qui
avait produit la traduction du Missel, était très significative,
et occupa beaucoup le public. Quel autre motif, en effet,
(1) Nous n'avons pu découvrir d'une manière plus certaine le nom
et le siège de ce prélat, dont la signature ne porte que les mots que
nous avons transcrits,
T. II. 5
66 INSTITUTIONS
pouvait-on avoir eu de traduire en langue vulgaire des dé-
tails dont la connaissance est exclusivement réservée aux
Prêtres, sinon le désir de témoigner de la sympathie aux
partisans de la langue vulgaire dans les Offices ? Autrement ,
quelle insulte faite au Clergé , de supposer nécessaire pour
son usage la traduction des règles les plus familières ! quelle
témérité inouie d'exposer à la profanation les rites les plus
vénérables, en soumettant aux yeux profanes la manière
mystérieuse de procéder en les accomplissant ! Cette inno-
vation renversait donc a plaisir tous les principes, et montrait
ce qu'on pouvait attendre du parti. Nous le verrons bientôt
franchir toutes les limites, et pousser à l'usage absolu de la
langue vulgaire. Au reste, l'exemple du Rituel d'Alet ne
tarda pas à être suivi dans plusieurs Diocèses. Dès 1677, Le
Tellier, Archevêque de Rheims , donna un Rituel à rubriques
françaises: on en compte encore aujourd'hui, en France,
un certain nombre (1).
Nous plaçons ici , en anticipant de quelques années , un
fait qui rentre dans la même ligne que le Missel de Voisin, les
Heures de Laval et le Rituel d'Alet ; c'est la publication de
Y Année Chrétienne, de Nicolas Letourneux. Cet ecclésias-
tique, étroitement lié avec Port-Royal , avança grandement
les affaires du parti, en publiant certains ouvrages destinés
à agir sur les fidèles dans le sens des principes dogmatiques
et moraux de la secte. Il déposa celte semence dans son
Catéchisme de la Pénitence, dans ses Principes et Règles dt
la Vie Chrétienne; dans son Explication Littérale et MoraU
de l'Èpître de saint Paul aux Romains. Cherchant aussi I
agir parla Liturgie, il publia en 1685 un livre sous ce titre :
(1) Il ne faut pas compter parmi ceux-ci tous ceux dont les Instruc
tionssont en langue vulgaire; il ne s'agit ici que des rubriques pou
l'administration des Sacrements.
LITURGIQUES. 67
La meilleure manière d'entendre la Messe, C'est là qu'il
prétendit , quoique sous une forme simplement historique ,
que, durant les dix premiers siècles, on avait toujours célé-
bré la Messe à voix haute. Bientôt nous allons voir la secte
anti-liturgiste s'emparer de cette assertion historiquement
fausse , et transformer en droit ce prétendu fait. Letour-
neux, avançant toujours, après avoir donné, en 1687,
des Instructions sur les sept Sacrements de l'Eglise et les
Cérémonies de la Messe , publia , l'année suivante , une
traduction du Bréviaire Romain en français ; il paraît tou-
tefois qu'il ne fut que l'éditeur et non l'auteur même de
la traduction. Quoiqu'il en soit , sa connivence à cette
œuvre n'en était pas moins la même. Le Bréviaire Ro-
main , traduit en français , fut censuré par sentence de l'Of-
flcial de Paris , en 1688 , et , comme il était naturel , le doc-
teur Antoine Arnaud en prit la défense.
Rome , toutefois , ne jugea pas à propos de fulminer
contre cette traduction. Une version du Bréviaire avait beau-
coup moins d'inconvénients qu'une version du Missel : il n'y
avait plus là de mystères à révéler , et quoique le scandale
fût grand de voir des hérétiques ou fauteurs d'hérétiques se
faire les interprètes du langage de l'Eglise , ces derniers
avaient mis assez de prudence dans leur opération pour que
Rome ne se trouvât pas obligée de lancer ses foudres. Mais
elles ne tardèrent pas à éclater bientôt après contre un
autre ouvrage du même Letourneux , dans lequel , sous
couleur d'explication de la Liturgie , cet auteur inoculait le
venin de la secte. Il s'agit de Y Année chrétienne , dont les pre-
miers volumes avaient paru dès 1677, et dont les derniers ,
qui sont du flamand Ruth d'Ans , n'ont paru qu'après la
mort de Letourneux , arrivée en 1686. Cet ouvrage fut cen-
suré à Rome , le 17 septembre 1691 , par un décret ap-
68 INSTITUTIONS
prouvé par Innocent XII : plusieurs Evoques français le pros-
crivirent aussi, vers la même époque.
Les fidèles durent , après toutes ces condamnations , se
tenir pour avertis qu'une conspiration se tramait contre
leur foi , et que la secte qui avait juré obstinément de se ca-
cher jusque dans l'Eglise, avait enfin choisi la Liturgie pour le
principal levier de sa grande entreprise. Cependant , jus-
qu'ici, les Livres du Sanctuaire étaient demeurés fermés à ses
innovations; elle devait donc faire tous ses efforts pour les en-
vahir. Les circonstances sont devenues favorables. Le besoin
de changement, une vague inquiétude agite les esprits. Le dix-
septième siècle, qui n'a pas su purger l'Eglise de France du
virus qui la travaille, est sur le point de finir dans l'inquiétude
et l'attente de grands événements. Le moment est venu où un
acte solennel va résumer aux yeux de la catholicité entière
la situation hostile de la France à l'égard de Rome. Le Jan-
sénisme long-temps harcelé deviendra désormais invincible,
et achèvera impunément le cours ignominieux de ses scan-
dales. Rome seule pouvait l'atteindre, et les jugements de
Rome ne sont plus, comme autrefois, indéformables par cela
seul qu'elle les a prononcés. La puissance séculière décla-
rée indépendante fixera elle-même ses propres limites, et
jugera qu'elle peut ouvrir de force le Tabernacle sacré , en
attendant qu'elle constitue civilement le Clergé national. Les
libertés de notre Eglise proclamées hautement comme le
reste précieux de l'ancienne discipline, arrêteront aux fron-
tières de la France toutes les Rulles, Brefs et Décrets des
Pontifes Romains; en sorte que le centre du gouvernement
ecclésiastique deviendra impuissant à réformer chez nous les
abus. La constitution monarchique de l'Eglise, altérée dans
ses fondements, du moment qu'on a proclamé la souveraineté
des membres sur le chef, fournira de nouveaux prétextes
LITURGIQUES. 09
au développement des théories d'anarchie. Que pouvaient
produire toutes ces idées imposées , de plus en plus , au
Clergé par l'enseignement asservi des Universités? Tout
livre favorable aux saines maximes était supprimé par les
Parlements et quelquefois par les deux autorités; les corps
réguliers , menacés dans leur indépendance , étaient du-
rement surveillés ; quelques-uns même , et les plus favo-
risés , penchaient vers les nouveautés. Les Jésuites avaient ,
à la fois , à subir les accusations les plus perfides de la part
de la secte , et les plus fatigantes vexations dans certains
Diocèses. La science historique toute entière était employée
à dénigrer, sous couleur de zèle pour la vénérable anti-
quité , toutes les institutions , les usages catholiques posté-
rieurs au cinquième ou au sixième siècles. L'éloignement
pour le merveilleux et le mystique, faisait tomber dans le
mépris les pieuses croyances devenues désormais le partage
d'un peuple illétré; la morale pratique, jugée ou ensei-
gnée par des hommes étrangers au positif de la vie , se
' réglait non plus d'après l'autorité des docteurs pratiques ,
maïs sur les expressions oratoires et , partant , exagé-
rées des Pères. La nouvelle école , comme celle de Luther
et de Calvin , avait déclaré haine à la Scolastique et ana-
thémalisé les Casuistes. Enfin , le Presbytéranisme se pré-
parait à faire invasion dans une Eglise au sein de laquelle
la vraie dignité épiscopaie avait faibli , en proportion des
efforts qu'on faisait pour la grandir aux dépens du Siège
Apostolique.
Au milieu de ce formidable ensemble de nouveautés , le
corps de la Liturgie était demeuré intact. Le Sacramen-
taire et PAniiphonaire de saint Grégoire formaient tou-
jours le Missel de l'Eglise de France; le Responsorial du
même Pontife était, sous le nom de Bréviaire, entre les mains
70 INSTITUTIONS
de tous les clercs. L'œuvre do Charlemagne , œuvre d'unité
Romaine, lui survivait après neuf siècles; seulement, Rome
avait complété , réformé ce merveilleux ensemble de prières
et de chants sacrés , et la France , comme le reste de l'Eglise
Latine , avait embrassé fidèlement les usages que la Mère des
Eglises avait en même temps retrempés aux sources pures
de l'antiquité , et adaplés aux formes exigées par les
temps. Il est vrai que les Eglises de France avaient suivi
une route diverse à la grande époque de la régénération
liturgique du seizième siècle. Les unes avaient adoplé pure-
ment et simplement les livres renouvelés par saint PieV,
abandonnant ainsi beaucoup de coutumes locales qui, précé-
demment, se montraient dans les livres diocésains, mêlées
au vaste ensemble liturgique de saint Grégoire. Un certain
nombre d'autres avait préféré garder ses traditions, et tout
en acceptant la lettre du Bréviaire et du Missel de saint Pie V,
ces Eglises avaient fondu, dans une réimpression plus ou moins
intelligente , les usages qui leur étaient propres , avec les
pures traditions Romaines. Les livres de ces Eglises por-
taient le titre diocésain, comme par le passé, avec cette
addition sur le litre : Ad Romani for mam , ou encore, Juxta
mentem Concilii Tridentini. Le lecteur peut revoir toute
l'histoire de la réforme liturgique en France au seizième
siècle, telle que nous l'avons rapportée ci-dessus, chap. XV.
Il suit de là que jusqu'à ce qu'on eut introduit d'autres
changements dans la Liturgie , tous les Diocèses de France
étaient restés unanimes dans la même prière, et, pour nous
servir de l'expression de saint Pie V, la communion des
prières catholiques n'avait point encore été déchirée. Seule-
ment , on disputait innocemment entre les Docteurs pour
savoir lequel des deux était préférable pour un Clerc habi-
tant un Diocèse où le Bréviaire était à la fois Romain et
LITURGIQUES. 71
Diocésain , de suivre le Romain pur, ou de se conformer à
Pusage du Diocèse. On convenait généralement qu'il était
mieux de se conformer au rite Diocésain ; mais la presque
totalité des canonistes enseignait que les Clercs non béné-
ficiera étaient libres de réciter purement et simplement le
Bréviaire Romain. Plusieurs des lettres pastorales des Evo-
ques , placées en tête des Bréviaires Diocésains ad Romani
formam, ou ad formam Concilii Tridentini, le disaient
expressément. Nous citerons en particulier, pour le Bré-
viaire Parisien - Romain , celles de Pierre de Gondy, en
1584; de Henri de Gon ly, en 1607; de Jean-François de
Gondy, en 1634; du Cardinal de Retz, en 1658; et pour le
Missel, de la même Eglise, celle de Hardouin de Péréfixe,
en 1665. En tête du Bréviaire Angevin-Romain, de 1623,
Charles Miron , et en tête de celui de 1664 , Henri Arnaud ,
exceptaient, de la manière la plus précise, les Clercs récitant
l'Office en particulier, de l'obligation de suivre les livres
diocésains, et reconnaissaient le privilège du Bréviaire Ro-
main, etc. , etc.
Il y avait donc, à Paris même, une grande variété de
pratique à ce sujet, entre les ecclésiastiques qui n'étaient
point astreints au chœur. Ainsi , par exemple , la compagnie
de Saint-Sulpice tenait pour les livres Romains purs , jus-
qu'à ce qu'elle se fût vue forcée par un décret de l'Arche-
vêque à prendre le Parisien (1) ; saint Vincent de Paul , au
contraire, enseignait qu'il était mieux de suivre le rite Dio-
césain , et son avis, ainsi que nous le verrons ailleurs , paraît
fondé sur l'avis des meilleurs canonistes (2).
(1) Salgues. De la Littérature des Offices divins, page 332.
(2) Le lecteur ne doit jamais perdre de vue que les livres Diocésains
de cette époque étaient conformes à la Bulle de saint Pie Y, acceptée
dans les divers Conciles français du seizième siècle. \
72 INSTITUTIONS
On se rappelle ce qui a été rapporté précédemment, au
sujet de l'Assemblée du Clergé de 1605, qui avait décrété
des encouragements pécuniaires à une entreprise pour une
réimpression des livres Romains, à l'usage de toutes les
Eglises du Royaume. Ainsi que nous l'avons dit, cette réim-
pression intéressait même celles qui avaient leurs livres sous
titre Diocésain , à raison de la conformité de ces livres avec
le Romain ; d'ailleurs , ces Eglises étaient loin de for-
mer le plus grand nombre. Plusieurs Evoques et Chapitres,
voulant diminuer les frais que nécessitent les livres d'Usages
particuliers, et sans doute aussi pour témoigner de leur
dévotion envers le Siège Apostolique, s'étaient, dans le
cours des premières années du dix-septième siècle, rangés
à l'usage des livres purement Romains. L'Eglise de Paris
en particulier avait vu ses Prélats au moment de réaliser
ce projet. Nous avons raconté les difficultés qu'éprouva
Pierre de Gondy, en 1 584 , et qui l'obligèrent à prendre un
tempérament, qui fut de réimprimer le Rréviaire de Paris,
en le rapprochant le plus possible de celui de saint Pie V.
Dans cette réforme, l'Eglise de Paris conservait du moins
une partie de ses usages. Henri de Gondy, en 1607, réim-
prima le Rréviaire de son prédécesseur; mais, en 1645,
l'Archevêque Jean-Erançois de Gondy ayant fait une nou-
velle révision des -livres Parisiens , les rendit si conformes
aux Romains, qu'on pouvait dire que, sauf de rares excep-
tions, ils étaient une seule et même chose.
Ce fut durant les trente dernières années du dix-septième
siècle qu'on commença , en France , à parler d'une ré-
forme liturgique, dans les Diocèses qui avaient des livres
particuliers ; car ceux qui s'é! aient conformés au Romain
pur ne se livrèrent aux innovations que dans le cours du
dix-huitième siècle. Des motifs légitimes et des vues sus-
LITURGIQUES. 75
pectes causaient à la fois cette agitation première qui de-
vait bientôt enfanter la plus complète révolution. D'un côté ,
le progrès de la critique sacrée , les nouvelles éditions
des saints Pères et des écrivains ecclésiastiques , avaient
mis les savants à même de découvrir plusieurs imperfec-
tions dans les livres du seizième siècle, et d'ailleurs la
partie des Bréviaires qui était propre aux Diocèses était
loin de présenter une exécution en rapport avec les ré-
centes découvertes historiques et littéraires. D'autre part,
l'esprit frondeur qui distingue notre nation, l'envie de s'iso-
ler de Rome en quelque chose , les habitudes de secte déjà
contractées par nombre de gens habiles d'ailleurs , l'espoir
de faire servir la Liturgie comme de moyen de répandre des
doctrines souvent repoussées dans d'autres livres ; en voilà
plus qu'il n'en faut pour expliquer les remaniements litur-
giques qui signalèrent la dernière moitié du dix-septième
siècle. Tout ne fut donc pas mauvais dans les œuvres et les
intentions de tous ceux qui travaillèrent ainsi à rajeunir la
Liturgie. Les Bréviaires de cette époque sont devenus bien
rares ; cependant nous avons pu en étudier plusieurs. Celui
de Soissons, donné en 1676, porte quelques changements
que nous traiterions volontiers d'améliorations , attendu que
l'élément Romain est respecté, sauf la substitution de quel-
ques Homélies puisées à des sources plus sûres ; les traditions
sur les Saints sont généralement conservées, le culte de la
Sainte Vierge n'a souffert aucune atteinte, et rien de suspect
ne s'y rencontre dans la doctrine. Nous dirons à peu près la
même chose du Bréviaire de Rheims , donné par Maurice
Le Tellier, en 1685; de celui du Mans, donné en 1693,
par Louis de Tressan , etc. Le Bréviaire de cette époque,
qui ouvrit la voie la plus large aux novateurs, fut celui
que publia , en 1678 , Henri de Villars , Archevêque de
74 INSTITUTIONS
Vienne, pour l'usage de celte illustre Eglise. On ne s'y
borna plus à substituer des Homélies plus authentiques aux
anciennes, a épurer quelques légendes locales ou autres; on
commença à donner de nouvelles Antiennes et de nouveaux
Répons , que Ton substituait aux Antiennes et aux Répons
de saint Grégoire , et on mit en avant, pour la rédaction de
ces parties nouvelles, un principe emprunté de l'école Jan-
séniste, et dont l'application a produit, presqu'à elle seule, le
bouleversement liturgique au milieu duquel nous vivons. Ce
principe dont nous avons déjà préparé l'histoire, et dont nous
discuterons ailleurs la valeur, est de n'employer que des pas-
sages de l'Ecriture Sainte comme matériaux des pièces de
la Liturgie. Les corrections introduites dans le Bréviaire de
Vienne, au mépris des anciens livres Grégoriens, furent faites
en vertu de ce principe, et ce Bréviaire eut du moins la gloire
d'ouvrir une route qui fut grandement fréquentée depuis.
Mais aucun Bréviaire ne présenta, dans les circonstances
de sa réforme et dans les principes qui y présidèrent , une
histoire plus instructive et un système plus remarquable que
celui que donna , en 1680, à son Diocèse , François de Har-
lay, Archevêque de Paris. C'est de la publication de ce Bré-
viaire, bien autrement célèbre que celui de Vienne, auquel il
n'est, après tout, postérieur que de deux ans, qu'il faut
dater l'époque véritable du renversement de l'œuvre de
Charlemagne et des Pontifes Romains , oeuvre qu'avaient,
cent ans auparavant et depuis encore, sanctionnée les Con-
ciles de France et les Assemblées du Clergé. L'histoire
exacte de ces grands changements va nous faire connaître
les hommes qui eurent le malheur de prêter leur secours à
des nouveautés coupables; plusieurs d'entre eux furent sé-
duits, ou entraînés ; le grand nombre est marqué du sceau
de la plus grave responsabilité.
LITURGIQUES. 7$
François de Harlay, Archevêque de Paris , a été loué par
ceux qui avaient intérêt au triomphe des principes qu'il fit
prévaloir dans son administration. Nous laisserions sa cendre
en paix , si , dans ce moment , nous ne remplissions pas le de-
voir d'historien. Nous n'irons même pas chercher les couleurs
de son portrait dans les Mémoires profanes de son temps, et
nous passerons sous silence les jugements souvent peu sûrs
de Mmc de Sévigné, du duc de Saint-Simon et de cent autres.
Voici ce que Fénélon disait de ce Prélat , dans sa fameuse
lettre à Louis XIV : « Vous avez un Archevêque corrompu ,
» scandaleux, incorrigible, faux, malin, artificieux, ennemi
» de toute vertu , et qui fait gémir tous les gens de bien. Vous
j vous en accommodez, parce qu'il ne songe qu'à vous plaire
» par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant
» son honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les
» gens de bien , vous lui laissez tyranniser l'Eglise , et nul
* Prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui (1). »
Ajoutons à cela que François de Harlay fut l'âme de l'As-
semblée de 1682 , le chef de ces Prélats qui disaient : Le Pape
nous a poussés, il s'en repentira; de ces Prélats dont l'au-
dace effrayait Bossuet , et lui dicta ces trop fameuses pro-
positions que lui-même qualifiait d'odieuses.
Hardouin de Péréfixe, prédécesseur de François de Har-
lay, avait déjà songé à une réforme du Bréviaire Parisien , et
rien n'était plus légitime , plus conforme à son droit d'Ar-
chevêque d'une Eglise qui n'avait point adopté les livres
purement Romains. En 1770, il présida la première réunion
d'une commission de membres choisis en partie par lui-
même, et en partie par son Chapitre : cette commission tint
(1) Correspondance de Fénélon. Tom. II. pag. 54t. in-8\ 1827.
7G INSTITUTIONS
dix-Iiuit séances, jusqu'à la mort de l'Archevêque, arrivée
Tannée suivante (1).
Elle était composée ainsi qu'il suit (-2) : Jacques de Sainte-
Beuve, Docteur de Sorbonne , connu par ses liaisons intimes
avec Port-Royal. Il avait été exclu de la Faculté et contraint
de se démettre de la chaire qu'il y occupait, en 1G38, pour
avoir refusé de souscrire à la censure lancée contre la doc-
trine de son ami Antoine Arnauld. Il faut dire que depuis il
signa le Formulaire : mais quels membres de ce parti ne le
signèrent pas?
2 Guillaume delà Brunetière, Archidiacre de Brie, de-
puis Evoque de Saintes, dont nous mentionnerons ailleurs les
belles Hymnes.
5° Claude Chastelain, Chanoine de Notre-Dame , homme
véritablement savant dans les antiquités liturgiques, mais
imbu des principes de l'école française de son temps. Il eut
la plus grande part aux travaux de la commission.
4° Nicolas Gobillon , Curé de Saint-Laurent.
5° Léonard Lamet, Chanoine de Notre-Dame, depuis Curé
de Saint-Eustache.
G- Claude Ameline , d'abord Prêtre de l'Oraloire , et alors
grand Archidiacre de l'Eglise de Paris.
7° Nicolas Coquelin , Chancelier de l'Eglise de Paris.
8° Nicolas Le Tourneux, dont nous venons de signaler la
mauvaise doctrine et les relations suspectes. Il est vrai que
ses ouvrages ne furent condamnés par le Saint-Siège qu'a-
près sa mort.
(1) Réponse aux remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris. 1G80.
in-8°. pag. 5. Nous avons puisé beaucoup de renseignements dans cette
apologie anonyme du Bréviaire de Franço:s de Harlay.
(2) M -mage, ffistoria mulierum philosopliiœ artibus excultarum. p. 43,
a l'article de sainte Catherine, où l'auteur parle du retranchement de
la Légende de cette Sainte par les correcteurs du Bréviaire de 1G80.
LITURGIQUES. 77
François de Harlay ayant pris en main avec ardeur Pœuvre
de la réforme du Bréviaire de P;»ris, confirma la Commission
formée par son prédécesseur ; « mais il joignit aux Députés
»M. l'Abbé de Benjamain, son Grand- Vicaire et son Officiai;
» M. Loisel , Chancelier de l'Eglise de Paris et Curé de Saint-
»Jean; M. Gaude, aussi son Grand-Vicaire; et pria M. le
» Doyen de se trouver aux assemblées , autant que ses affaires
» pourraient le lui permettre. Et, en effet, il se trouva à toutes
p celles qui se firent de son temps en présence de Monseigneur
» l'Archevêque, tous les mardis de chaque semaine, depuis
» le 17 septembre 1674, jusqu'au 50 avril 1675; et ce grand
» Prélat, dont tout le monde connoît la capacité et les lu-
»mières, s'étant fait représenter tout ce que l'on avoit fait
j> auparavant , fit continuer les assemblées en sa présence
» durant tout ce temps-là : et étant supérieur en érudition et
» en lumières à tous ceux qui en étoient , quelque prépara-
» tïon qu'ils apportassent , qu'il est élevé au-dessus d'eux par
»sa dignité, il donna ou appuya par de nouvelles preuves
» les principes et les maximes qui ont servi de règle à cet ou-
vrage. Et dans toute la suite du temps qui s'est depuis
»écoulé, on lui a toujours rendu un compte exact de tout
» ce qui s'est fait en exécution de ses ordres et de ses lu-
»mières (1). »
Nous venons d'entendre le langage d'un adulateur ; mais
nous concilierons du moins de ce que nous venons de lire ,
que François de Harlay prit sur lui toute la responsabilité de
l'œuvre. Jugeons-la maintenant, cette œuvre qui eut une si
grande influence, et observons les principes dont elle fut
l'expression.
D'abord, nous conviendrons sans peine de plusieurs points
qui pouvaient être favorables à l'idée d'une réforme, en 1680.
(i) Réponse aux remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris, P. 6.
78 INSTITUTIONS
1° On ne peut nier que l'Archevêque de Harlay n'eut le
droit de travailler à la réforme du Bréviaire de son Eglise ,
puisque l'Eglise de Paris s'était maintenue en possession
d'un Bréviaire particulier, et que celui de saint Pie V, mal-
gré le désir de Pierre de Gondy, n'avait point été accepté
dans le Diocèse, avec les formalités de la Bulle Quod a nobis.
2° Ceci admis, il ne pouvait être blâmable de rétablir cer-
tains usages dont l'Eglise de Paris était en possession de
temps immémorial , et dont la pratique avait été momenta-
nément suspendue dans les Bréviaires ou Missels des derniers
Archevêques. En général , les choses anciennes sont tou-
jours bonnes dans les institutions ecclésiastiques, quand leur
rétablissement n'est point rendu illicite, ou impossible par un
droit contraire, mais légitime.
3° Dans le cas d'une correction du Bréviaire Parisien,
c'était une chose louable de remplacer certaines Homélies
tirées de livres faussement attribués aux saints Pères, ou
môme simplement douteux , par des passages puisés à des
sources plus authentiques.
4° Il était louable également de choisir dans les monu-
ments de la tradition, pour les placer dans les leçons de l'Of-
fice, des endroits où les saints Docteurs réfutent, par leur
solennel témoignage les erreurs anciennes et modernes, et
appuient plus fortement sur les dogmes qui auraient été da-
vantage contestés par les hérétiques. Il est vrai même de dire
que le Bréviaire de Harlay présenta dans sa rédaction un cer-
tain nombre de passnges dirigés expressément contre la doc-
trine des cinq Propositions. Cet Archevêque, comme plusieurs
Prélats, ses collègues, tout en faisant une guerre opiniâtre au
Saint-Siège et à ses doctrines, professaient un éloigne-
ment énergique pour la doctrine de Jansénius sur la Grâce.
Ils pouvaient se servir des gens du parti quand ils en avaient
LITURGIQUES. 79
besoin, mais ils savaient les contenir. L'histoire de l'Eglise
au dix-septième siècle dépose de cette vérité.
5° Les légendes des Saints propres au Bréviaire de Paris
pouvaient avoir besoin d'être épurées, et la sollicitude de
la commission se porta de ce côté avec raison.
6° Il pouvait être besoin d'ajouter quelques Hymnes pour
accroître la solennité de certaines fêtes, pour enrichir les
Communs du Bréviaire : en cela , rien ne dépassait les bornes
de la discrétion.
Mais le Bréviaire de Harlay ne se borna pas aux amélio-
rations dont nous venons de parler. L'Archevêque l'annonça
à son Clergé par une lettre pastorale, en date des Calendes
de Juin 1680 (1) , et dans cette lettre il disait que son inten-
tion, dès son élévation sur le Siège de Paris, avait été de
travailler à la réforme des livres ecclésiastiques, voulant
suivre en cela les intentions de plusieurs Conciles, même
tenus à Paris, qui ordonnent de retrancher de ces livres les
choses superflues , ou peu convenables à la dignité de l'Eglise,
et d'en faire disparaître ce qu'on y aurait introduit de su-
perstitieux , pour n'y laisser que des choses conformes à la
dignité de l'Eglise et aux institutions de l'antiquité. Nous
verrons bientôt ce que François de Harlay entendait par
superstitions et superfluités dans le Bréviaire de ses prédé-
cesseurs.
En conséquence, le Prélat, déclarait que plusieurs choses
s'étant, en ces derniers temps , glissées au Bréviaire de Paris,
qui n'étaient pas d'accord avec les règles , on s'était mis en
devoir , avec toute sorte de soin et de prudence, de rectifier les
choses qui s'éloignaient de la splendeur de l'Eglise et de la di-
gnité de la religion, de retrancher les Homélies faussement
(i) Vid. la note C. ■
80 INSTITUTIONS
attribuées aux Pères , les choses erronées ou incertaines dans
les Actes des Saints; enfin, généralement toutes les choses
moins conformes à la piété.
De si belles assurances n'empêchèrent pas que l'ouvrage
ne devînt l'objet d'une critique sévère. Il parut même des
Remarques anonymes sur le nouveau Bréviaire de Paris. Sans
adopter tous les reproches qu'on adressait à ce livre et à ses
auteurs, reproches qui furent discutés, mais rarement ré-
futés par l'auteur du factum que nous avons déjà cité, nous
nous permettrons de faire , sur l'œuvre de François de Har-
lay, les observations suivantes.
D'abord, le titre du livre était celui-ci purement et sim-
plement : Breviarium Parisicnse ; on ne lisait plus à la suite
de ces deux mots, comme dans toutes les éditions précé-
dentes, depuis 1584, ces paroles : Ad formam sacrosancti
Concilii Trident ini restitutum. Ce lien qui unissait au Bré-
viaire Romain les Bréviaires diocésains de France était donc
brisé pour l'Eglise de Paris! On aurait donc bientôt une Li-
turgie qui ne serait plus Bomainc ! Dans quelle région in-
connue allait-on se lancer? Certes, cette suppression, dès
le frontispice du livre, était éloquente , et présageait bien ce
que l'on allait trouver dans l'ouvrage.
En effet ( à part le Psautier qui était demeuré conforme à
celui de l'Eglise Romaine), si l'on considérait le Propre du
Temps, on trouvait qu'un grand nombre de Leçons, d'Ho-
mélies et d'Antiennes, avaient été changées, bien que le
choix de ces dernières remontât jusqu'à saint Grégoire, ou
au-delà. L'Office presque entier de la Sainte-Trinité avait
été réformé ; les Leçons de l'Octave du Saint-Sacrement, si
belles dans le Romain, avaient été remplacées par d'autres.
Le Propre des Saints, comme nous allons le voir, renfermait
encore un plus grand nombre de divergences , tant avec la
LITURGIQUES. 81
partie Romaine des anciens Bréviaires de Paris qu'avec la
partie purement Parisienne. Les Communs avaient été aussi
retouchés en cent endroits , et présentaient beaucoup d'An-
tiennes et de Répons nouveaux.
Maintenant, si l'on se demande à quelle source avaient
été puisées ces modernes formules à l'aide desquelles on
refaisait ainsi, après mille ans, le Responsorial de saint
Grégoire , on trouvera que des phrases de l'Ecriture Sainte
en avaient exclusivement fait les frais. Les paroles consacrées
par la Tradition avaient dû céder la place à ces centons bi-
bliques choisis par des mains modernes et suspectes. On n'a-
vait pas su retrouver le style ecclésiastique pour produire
une Antienne de deux lignes. Les sectaires qui prônaient
l'usage exclusif de l'Ecriture dans le service divin avaient
remporté ce premier avantage ; encore un effort , encore
cinquante ans de patience , et le reste des formules de style
traditionnel que conserve le Bréviaire de 1680 aura disparu
dans l'édition préparée alors par les disciples de Nicolas Le
ïourneux.
Mais, voyons à l'œuvre ces Commissaires du Bréviaire, il
est trois points sur lesquels l'Ecole Française d'alors n'était
que trop unanime avec l'Ecole Janséniste proprement dite.
4° Diminuer le culte des Saints, la confiance dans leur
puissance ; choses jugées excessives par des auteurs très
estimés alors , et depuis encore : les Tillemont , les Lau-
noy, les Baillet , les Thiers.
2° Restreindre en particulier les marques de la dévotion
envers la Sainte Vierge. Les mêmes écrivains que nous venons
de citer (Baillet surtout, dans un livre spécial qui a mérité
! les éloges de Bayle ) , n'avaient-ils pas déjà insulté la piété
des fidèles sur un article qui lui est si cher, et cela , sans
encourir aucune disgrâce? Est-il besoin de rappeler l'héré-
T. II. 6
82 INSTITUTIONS
tique Jean de Neercassel , Evêque de Castorie , et son traité
du culte des Saints et de la Sainte Vierge, quand Gilbert de
Choiseul-Praslin, Evêque de Tournay, qui fut bientôt l'un
des plus violents Prélats de l'Assemblée de 1682, osait, en
1674, dans une Instruction pastorale faite exprès, entre-
prendre la défense raisonnée d'un livre fameux que Rome
venait de proscrire, et qui portait ce titre : Les Avis salu-
taires de la Vierge à ses Dévots indiscrets?
5° Comprimer l'exercice de la puissance des Pontifes Ro-
mains et la réduire , sous le vain prétexte des usages de la
vénérable antiquité, à devenir une pure abstraction. Des
milliers d'écrits composés en France depuis 1660, et dans
lesquels il est question historiquement, dogmatiquement,
ou canoniquement, de la constitution de l'Eglise, sont autant
de pièces de la conspiration anti-Romaine, et l'Assemblée de
1682, décrétant les quatre articles, n'alla pas plus loin,
après tout, que la Sorbonne dans les six fameuses assertions
de 1663.
Montrons maintenant l'application de ces trois principes
de l'Ecole Française d'alors , par des faits positifs tirés du
Bréviaire de llarlay.
1° Ou put voir que la commission était animée de disposi-
tions peu favorables aux usages et aux traditions qui ont
pour objet le culte des Saints, quand on s'aperçut que plus
de quarante légendes contenues dans l'Office avaient été re-
tranchées , pour faire place à des passages des saints Pères
ou des écrivains ecclésiastiques qui, dans leur brièveté, ne
faisaient souvent allusion qu'à une seule circonstance de la
vie du personnage, tandis que cette vie était racontée en
entier, quoique abrégée , dans les Leçons du Bréviaire an*
térieur. Nous citerons en particulier, comme mutilés ainsi ,
les Offices de saint Vincent , de saint Mathias, des saintes
LITURGIQUES. 85
Perpétue et Félicité, des Quarante Martyrs, de saint Apol-
linaire, de saint Jacques le Majeur, de sainte Marthe, de
saint Pierre-aux-Liens, de l'Invention de saint Etienne, de
saint Lazare , de saint Corneille , de saint Cyprien , de sainte
Euphémie , de saint Matthieu , de sainte Thècîe , de saint
Clément , de saint Lin , de saint André , de saint Thomas ,
Apôtre , etc.
Il est vrai que les défenseurs du Bréviaire de Harlay pré-
tendent justifier cette innovation par l'autorité du Bréviaire
Romain (1) ; mais, de douze exemples qu'ils citent , cinq sont
allégués sans fondement , savoir les Leçons de sainte Agnès
tirées de saint Ambroise , et celles de saint Ignace d'Antioche,
de saint Jean Porte Latine, de saint Marc et de saint Luc,
empruntées à saint Jérôme , puisque ces fragments sont de
véritables légendes. Quant à saint Joseph et saint Joachim,
la tradition ne nous en apprenant rien de bien précis, l'Eglise
les loue , avec raison , par des passages des saints Pères. La
Nativité de saint Jean-Baptiste est un fait biblique, ainsi que
le Martyre des Machabées ; il eût donc été inutile d'en faire
un récit humain dans l'Office. Sainte Marie-Madeleine est
louée, il est vrai, au jour de sa fête, par un Sermon de saint
Grégoire , mais sa légende historique se trouve dans l'Office
de sainte Marthe. Enfin , nous convenons que l'Office de saint
Pierre et saint Paul, et celui de saint Laurent , sont sans lé-
gende; mais c'est parce que l'Eglise Romaine, à l'époque
où les légendes ont été introduites dans l'Office divin , a cru
superflu de rédiger un récit de la vie et de la passion de ses
deux grands Apôtres et de son plus illustre Martyr. Cette lé-
gende n'est-elle pas écrite dans Rome, en vingt endroits qui
gardent les vestiges sacrés de ces glorieux soutiens de l'E-
(t) Réponse aux Remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris, pas. 13.
84 INSTITUTIONS
glise. Au reste, quand le Bréviaire Romain eût, dans un
plus grand nombre d'endroits, remplacé par des Homélies
les Leçons historiques des Saints, le reproche que nous
adressons aux correcteurs du Bréviaire de Harlay n'en se-
rait pas moins mérité. En effet, nous leur demandons compte
des choses qu'ils ont retranchées, et non de celles qui man-
quaient déjà dans le Bréviaire Romain-Parisien de Jean-
François de Gondy , quand il fut soumis à leur correction.
Que s'il leur eût semblé utile d'épurer par l'emploi d'une
saine critique plusieurs des légendes, ils le pouvaient faire
avec modération; mais supprimer en masse la partie la plus
populaire dans un si grand nombre d'Offices, était une dé-
marche digne de censure et qui rappelait les condamnations
portées au seizième siècle par la Sorbonne de ce temps-là ,
contre les Bréviaires de Soissons et d'Orléans (1).
Mais on ne se borna pas à retrancher ainsi une partie con-
sidérable des légendes; les traditions catholiques les plus
vénérables furent insultées. Pour commencer par l'Eglise
même de Paris, les correcteurs du Bréviaire la déshéritèrent
de sa vieille gloire d'être fille de saint Denys l'Aréopagite ;
ils portèrent leur main audacieuse sur le fameux prodige
qui suivit la décollation du saint fondateur de leur propre
Eglise. Ils distinguèrent sainte Marie-Madeleine de Marie
sœur de Marthe : ils ôtèrent à celte dernière la qualité de
Vierge, et à saint Lazare celle d'Evêque. Ils effacèrent l'his-
toire si célèbre de sainte Catherine d'Alexandrie ; enfin, ces
Docteurs de Paris, marchant sur les traces honteuses de
Le Fèvre d'Estaples et d'Erasme , flétris pourtant par l'an-
cienne Sorbonne , pour avoir osé attaquer les traditions
sur saint Denys et sur sainte Marie - Madeleine , enché-
(1) Voyez ci-dessus, tome Ief, page 458.
LITURGIQUES. 85
rirent, comme Ton voit, sur ces frondeurs de la tradition.
Veut-on savoir la vaine excuse qu'ils apportèrent lorsqu'on
leur demanda compte de tant de témérités? Eux qui avaient
biffé un si grand nombre de récits miraculeux et d'actions
extraordinaires des Saints , sans doute pour la plus grande
gloire de ces amis de Dieu , on les entendit se faire un mé-
rite de ces retranchements, parce qu'ils avaient, disaient-ils,
substitué à des récits purement historiques et contestables ,
des passages des saints Pères par lesquels les dogmes atta-
qués par les hérétiques, et particulièrement le culte et l'inter-
cession des Saints étaient confirmés (1) . Etrange préoccupation
et qui dure encore dans l'Eglise de France, de considérer le
Bréviaire et les autres livres liturgiques , non plus comme un
dépôt des traditions de la piété , comme un livre pratique
qui renferme les monuments de la foi des fidèles, mais comme
un arsenal de controverse , un supplément aux Traités qu'on
étudie dans l'Ecole !
Ce fut sans doute cette même préoccupation qui porta les
Commissaires à statuer dans les Rubriques générales que ,
désormais, le Clerc récitant l'Office divin en particulier, ne
saluerait plus l'assemblée des fidèles, par ces mots : Dominus
vobiscum ; mais qu'il dirait , comme pour lui seul : Domine,
exaudi orationem rneam. Il est triste d'avoir à ajouter que
tous nos Bréviaires nouveaux ont embrassé cette pratique ,
non seulement réprouvée expressément par l'Eglise Romaine,
mais contraire à l'essence même de toute prière ecclésias-
tique. Pourquoi ne supprime-t-on pas de même, au Canon
de la Messe , toutes les formules qui font allusion à l'assem-
blée des fidèles, quand on célèbre à quelque autel isolé?
Luther n'est-il pas parti du même principe , quand il a ana-
(i) Réponse aux Remarques, etc„ pag. 7— J§«
86 INSTITUTIONS
thémalisé les Messes privées, parce que, disait-il, elles étaient
pleines de mensonge en ce que les paroles supposent la pré-
sence du peuple? Les Jansénistes n'ont-ils pas tiré des consé-
quences analogues, ainsi que nous le raconterons? Mais,
poursuivons.
2° Si nous considérons maintenant la manière dont le culle
de la Sainte Vierge avait été traité dans le Bréviaire de Har-
lay, nous voyons qu'il y avait été grandement diminué. D'a-
bord, on avait supprimé les Bénédictions de l'Office (fe Beata,
qui étaient propres à l'Eglise de Paris, en tout temps si dé-
vote à sa glorieuse Patrone. Les Capitules du même OiFice,
dans lesquels l'Eglise Romaine applique à Marie plusieurs
passages des Livres Sapienliaux qui ont rapport à la Divine
Sagesse, traditions! ancienne et si chère à la piété, avaient
été sacrifiés, sans doute pour faire droit aux déclamations
furibondes des hérétiques du seizième siècle, que l'Eglise
Romaine et toutes celles qui la suivent dans les Offices divins
bravent encore aujourd'hui.
Désormais, l'Office delà Vierge, au Bréviaire de Paris, ne
contenait plus cette Antienne formidable à tous les sectaires :
Gaude , Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti in uni-
verso mundo ; ni celte autre non moins vénérable , par la-
quelle l'Eglise implore le secours de Marie pour déjouer les
complots de l'erreur contre la gloire de cette Reine du ciel :
Dignare me laudare te, Virgo sacrât a ; da mihi virtutem
contra hostes tuos.
Mais on ne s'était pas arrêté là. Le Bréviaire de Paris, le
Bréviaire de Notre-Dame , fournira désormais des armes
contre la vérité de la glorieuse Assomption de Marie. Car,
pourquoi avoir retranché ces belles paroles de saint Jean
Damascène , dans la sixième Leçon de la fête de ce grand
Mystère : Jïanc autçm vere beatam quœ Dei Verho aurcs
LITURGIQUES. 87
prœstitit, et Spiritus Sancti operatione repleta est, atque ad
Archangeli spiritalem salutationem , sine voluptate et virili
consortio , Dei Filium concepit et sine dolore aliquo peperit ,
ac totam se Deo consecravit, quonam modo mors devoraret ?
Quomodo inferi susciperent? Quomodo corruptio invaderet
corpus illudj in quo vita suscepta est ? Pourquoi, le quatrième
jour dans POctave, avoir retranché les trois Leçons dans
lesquelles le même saint Jean Damascène raconte la grande
scène de la Mort et de l'Assomption corporelle de la Mère
du Sauveur ?
Non content d'avoir supprimé en masse le bel Office de la
Visitation de la Sainte Vierge , qui était commun à l'Eglise
de Paris et à plusieurs autres des plus illustres du Royaume ,
le Bréviaire de Harlay portait ses coups sur une des plus
grandes gloires de la Reine du ciel. Dans la plupart des
Eglises de l'Occident comme de l'Orient , la solennité du
25 mars, fondement de l'année liturgique, était appelée
Y Annonciation de la Sainte Vierge ; par quoi l'Eglise voulait
témoigner de sa foi et deson amour envers Celle qui prêta son
consentement pour le grand mystère de l'Incarnation du
Verbe. La Commission osa s'opposer à cette manifestation
de la foi et de la reconnaissance. Elle craignit sans doute les
dévots indiscrets, et décréta que cette fête serait désormais
exclusivement une fête de Notre-Seigneur, sous ce titre :
Annuntiatio Dominica. Nous verrons bientôt le progrès de
cette entreprise : en attendant , que ceux-là se glorifient qui
ont fait perdre à l'Eglise de France presque toute entière
une des principales solennités de la Mère de Dieu!
3° Nous passons maintenant à ce qui regarde l'autorité du
Pontife Romain. D'abord, François de Harlay décréta que
la fête de saint Pierre serait descendue au rang, des fêtes
solennelles mineures; en quoi il ne tarda pas à être imité dans
88 INSTITUTIONS
plus de soixante Diocèses. Les légendes qui racontaient les
actes d'autorité des Pontifes Romains dans l'antiquité furent
modifiées d'une manière captieuse , sous couleur de con-
server les paroles même des Pères. Nous n'en citerons qu'un
exemple entre vingt; c'est dans l'Office de saint Basile. Il y
est dit de ce Saint : Egit apud sanctum Athanasium et alios
Orientis Episcopos ut auxilium ipsi ab Occident alïbus Epis-
copis postularent. Les rédacteurs de cette légende savaient
bien que par les Evêques d'Occident, il faut entendre le Siège
Apostolique, sans lequel l'Occident n'aurait point eu ainsi
le droit de recevoir l'appel des Evèques de l'Orient, berceau
du Christianisme. On aime mieux profiter d'une expression
vague qui n'exprime point clairement le dogme, que de la
traduire dans le style précis, mais surtout catholique, d'une
légende. Le lecteur peut voir encore celles de saint Atha-
nase, de saint Etienne , Pape et Martyr, etc.
L'esprit qui animait l'Archevêque de Harlay parut sur-
tout dans la suppression de deux pièces anciennes et vé-
nérables, mais qui offensaient ajuste titre sa susceptibilité
Gallicane. La première est le fameux Répons de saint Pierre :
Tu es pastor ovium, princeps Apostolorum ; tibi tradidit Deus
omnia régna mundi : * Et ideo tibi traditœ sunt claves regni
cœlorum.
Néanmoins ce Répons se trouve déjà dans les plus anciens
manuscrits du Responsorial de saint Grégoire, publiés soit
par D. Denys de Sainte-Marthe , soit parle B. Tommasi. Mais
le favori de Louis XIV, celui qui était à la veille de proclamer,
dans une solennelle Déclaration , la complète indépendance
de la puissance temporelle à l'égard de la puissance spiri-
tuelle, pouvait-il ( quelle que soit d'ailleurs la portée des pa-
roles du Répons) souffrir que Ton continuât à chanter dans
les Eglises de la capitale du grand Roi , que Dieu a livré à
LITURGIQUES. 89
saint Pierre tous les Royaumes du monde , en vertu du pou-
voir des clefs? En pareil cas, un sujet fidèle doit tout
sacrifier, jusqu'à l'antiquité qu'il prônera en toute autre
occasion.
La seconde pièce est une Antienne que l'Eglise chante aux
secondes Vêpres de l'Office des Saints Papes. On les loue de
n'avoir pas craint les puissances de la terre , pendant qu'ils
exerçaient leur Souverain Pontificat, en sorte qu'ils sont
montés, pleins de gloire, au Royaume céleste. Dum esset
summus Pontifex , terrena non metuit, sed ad cœlestia régna
gloriosus migravit. Jamais plus beau résumé ne pouvait être
fait de la vie de ces grands Pontifes qui, à l'exemple de saint
Pierre, n'ont point humilié devant César la Royauté sacer-
dotale , et en ont été loués et récompensés du divin Pasteur
qui expose et donne sa vie pour ses brebis. Mais ponr Fran-
çois de Harlay, tel que Fénélon et , mieux encore , l'histoire
nous le font connaître, c'était là une maxime importune,
et quelque peu séditieuse.
Au reste, à cette même époque , la Chaire de saint Pierre
était occupée par un Pape plein du sentiment de la liberté
ecclésiastique, et qui se préparait à faire voir à son tour qu'il
ne craignait pas les puissances terrestres. Encoredeuxans, et
Innocent XI écrira à François de Harlay et à ses trente-quatre
collègues de l'Assemblée de 1682 : « Vous avez craint là où,
> il n'y avait pas sujet de craindre. Une seule chose était à
i craindre pour vous ; c'était qu'on pût avec raison vous ac-
» cuser devant Dieu et devant les hommes, d'avoir manqué à
> votre rang , à votre honneur, à la dette de votre devoir pas-
toral. Il fallait avoir en mémoire les exemples de constance
» et de force épiscopales que ces anciens et très saints Evêques,
» imités par beaucoup (fautres, en chaque siècle, ont, en
> semblable circonstance, donnés pour votre instruction ##.*.,
00 INSTITUTIONS
» Qui d'entre vous a osé plaider devant le Roi une cause
» si grave , si j uste et si sacrée ? Cependant vos prédécesseurs,
>dans un péril semblable, la défendirent plus d'une fois,
» cette cause, avec liberté, auprès des anciens Rois de France,
»et même auprès de celui-ci, et ils se retirèrent victorieux
» de la présence du Roi , rapportant de la part de ce Roi très
> équitable la récompense du devoir pastoral vigoureusement
t accompli. Qui d'entre vous est descendu dans l'arène pour
i s'opposer comme un mur en faveur de la Maison d'Israël?
»Qui a seulement prononcé un mot qui rappelât le souvenir
» de l'antique liberté? Cependant, ils ont crié, eux , les gens
»du Roi, et dans une mauvaise cause, pour le droit royal;
> tandis que vous, quand il s'est agi de la meilleure des
» causes, de l'honneur du Christ, vous avez gardé le si-
lence (1) ! »
L'Antienne dont nous parlons devait donc être sacrifiée
(1) Timuistis ergo ubi non erat timor. Id uiium liraendum
vobis erat, ne apud Deum, bominesque redargui jure possetis , loco
atque bonori vestro, el pastoralis offieii debito defuisse. Menioria vo-
bis repetenda erant quœ antiqui illi sanctissimi Praesules, quos quam
plurimi postca qnalibet anale sunt imitati, episcopalis constantiaï et
iortitudinis exempta, in hujusmodi ca^ibus,ad vestram eruditionem
edklerunt Ecquis vestrum tam gravem,
tam justam cauam, tam sacrosanctam oravit apud Regem? Cum ta-
men praedecessores vestri eam ia simili periculo constitutam non semel
apud superiores GJliae Reges, imo apud hune ipsum libéra voce de-
fenderint, victoresqise a Regio conspeciu discesserint, relatis etiam ab
requissimo Rege premiis poSloralis ofticii strenue impleti ? Quis ves-
trum in arriiam descendit, ut opponeret murum pro domo Israël?
Quis vel unam vocem emi-it memorem pristiorc libertatis? Clamave-
runt intérim sicut scribitis, et quidem in mala causa , pro regio jure,
clamaveruut Régis administri ; cum vos in optima pro Christi honore
sileretis. Brev. Innocenta XI. 11 Jpril. 1682. Ad 4rchiepiscopos, Epts-
copos et alios Ecclesiasticos viros in Comitiis generalibus Cleri Gallicani
Parisiis congregatos.
LITURGIQUES. 91
par un Prélat capable de mériter d'aussi sanglants reproches
et que Dieu frappa de mort subite , sans qu'il ait pu offrir
satisfaction convenable au Siège Apostolique.
Le Bréviaire de Harlay renferme encore un grand nombre
de choses étranges ; mais nous avons hâte d'en finir. Nous ne
pouvons toutefois nous dispenser de mentionner ici deux
changements graves dont les motifs nous paraissent au
moins inexplicables. Dans le temps où ils eurent lieu , la sa-
tire s'en occupa. Nous ne ferons pas de réflexions.
Le public se demanda donc par quel motif François de
Harlay avait retranché, dans l'Hymne du Dimanche à Ma-
tines, qui est de saint Ambroise et commence par ce vers :
Primo dierum omnium, les strophes suivantes , qui sont pour-
tant le centre de cette prière ; le reste de l'Hymne n'étant
que le prélude :
Jam nunCj Patema claritas t
Te postulamus astatim,
Absint faces libidinis ,
Et omnis actus noxius.
Ne fœda sit , vel lubrica
Compago nostri corporis ,
Ob cujus ignés ignibus
Avemus urat acrius.
Mundi Redemptor, quœsumus,
Tu probra nostra diluas ,
Nobisque largus commoda
Vitœ perennis conféras.
Enfin , on se demanda pourquoi on avait ôté de la légende
de saint Louis, les belles paroles de la Reine Blanche, sa
mère : Fili, mallem te vita et regno privatum quam lethalis
$2 INSTITUTIONS
peccati reum agnoscere. Le Cardinal de Noailles, dans les di-
verses éditions qu'il donna du Bréviaire de Harlay, s'em-
pressa de réparer cette omission, en restituant la mémoire
de cette parole si célèbre et si populaire, que la Reine Blanche
proféra dans une occasion d'ailleurs fort délicate.
Nous venons de donner au lecteur une idée des choses
superstitieuses , fausses, incertaines , superflues, contraires
à la dignité de l'Eglise, ou aux règles établies par elle, que
François de Harlay, dans sa lettre pastorale, se proposait de
faire disparaître du Bréviaire. Ce début, dans la réforme li-
turgique, promettait beaucoup, comme l'on voit, et bientôt
il ne serait plus au pouvoir des Archevêques de Paris de
sauver les débris des livres Grégoriens, menacés dans leur
intégrité par l'audace de la secte.
En attendant , le nouveau Bréviaire de Paris portait en
tête l'injonction expresse et jusqu'alors inouïe, àtoutesles
Eglises, Monastères , Collèges, Communautés , Ordres ; à tous
les Clercs tenus à la récitation de l'Office divin , de se servir
de ce Bréviaire , avec défense expresse et solennelle d'en ré-
citer un autre, quel qu'il soit, tant en public qu'en parti-
culier. Cette défense était, comme l'on voit, bien nouvelle
à Paris, lorsqu'on se rappelle les termes des lettres pasto-
rales des prédécesseurs de François de Harlay, qui laissaient
l'option entre le Bréviaire Romain et celui de Paris. C'était
aussi la première fois qu'on ne faisait pas de réserve en fa-
veur des Corps Religieux approuvés, dont aucun n'a le droit
de réciter un Bréviaire diocésain. On n'avait point intention,
pourtant, de déroger au privilège des Réguliers, et la bro-
chure que nous avons citée plus haut, qui fut publiée sous
les inspirations de l'Archevêché (1) , le dit expressément;
(1) On l'attribue à l'Abbé Chastelain , l'un des Commissaires du Bré«
viaire.
LITURGIQUES. 93
mais on avait pensé que l'absence de toute restriction dans
la formule de promulgation du nouveau Bréviaire rendrait
cette formule bien autrement solennelle. Elle devait frap-
per d'autant plus les esprits, et éblouir ou effrayer ceux
qui auraient pu être tentés de résister. Il paraît cependant,
comme nous le verrons ailleurs, qu'un grand nombre d'ec-
clésiastiques continuèrent, malgré tout , l'usage du Bréviaire
Romain; mais les Chapitres, les Paroisses, les Communau-
tés séculières, comme Saint-Suîpice, durent subir la loi.
Les Prêtres de la Mission , quoiqu'ils ne fussent pas un
Ordre Régulier proprement dit, gardèrent le Bréviaire Ro-
main; mais déjà ce corps s'était étendu bien au-delà des
limites du Diocèse de Paris , et même des frontières du
Royaume.
Après avoir publié son Bréviaire , en 1680 , François de
Harlay eut occasion de développer ses sentiments sur la li-
berté ecclésiastique et sur l'autorité du Pontife Romain, dans
l'Assemblée du Clergé de 1681 à 1682. Sa conduite dans
cette circonstance à jamais déplorable pour l'Eglise Gal-
licane , ne contribua pas à attirer les lumières de l'Esprit
Saint sur son administration. Aussitôt après l'Assemblée, il
se mit en devoir d'exécuter sur le Missel le même travail de
réforme qu'il avait entrepris sur le Bréviaire. La Commission
dont nous avons parlé continua ses travaux, et dès le mois
de novembre 1684, l'Archevêque fut en mesure d'annoncer
à son Diocèse , par une lettre pastorale, le don qu'il lui fai-
sait d'un nouveau Missel digne de l'Eglise de Paris (1).
Nous répéterons d'abord ici , en peu de mots , ce que nous
avons dit au sujet de la réforme du Bréviaire. Nous con-
viendrons donc, avec franchise, que l'Archevêque de Paris
(1) Yid. la note D.
94 INSTITUTIONS
avait le droit de faire les réformes convenables aux livres
de son Diocèse, pourvu qu'il les fil dans l'esprit de la tradi-
tion qui est l'élément principal de la Liturgie; pourvu que
dans ses améliorations la partie Romaine de ces livres fut
respectée , et que les réformes fussent autant d'applications
des principes suivis dans toute l'antiquité en matière de
Liturgie.
Nous n'attaquerons même pas François de Harlay dans les
changements qu'il fit aux rubriques, pour les rendre plus
conformes aux anciens usages Parisiens, bien que ces chan-
gements ne pussent avoir lieu qu'aux dépens des Rubriques
Romaines que ses derniers prédécesseurs avaient fait presque
exclusivement prévaloir. Il y avait là du moins une posses-
sion , bien qu'interrompue durant quelque temps , et les
prédécesseurs de Harlay , malgré le désir qu'ils en avaient
nourri, n'avaient pu parvenir à inaugurer, sans retour, les
livres purement Romains dans leur Eglise.
Mais nous ne saurions nous empêcher de protester énergi-
quement contre la maxime protestante qu'on n'avait pas osé
avouer toute entière dans la préface du Bréviaire, et qui se
Irouvaitenfinénoneée dans celle du Missel. F.ançois de Harlay
disait : c Les choses qui doivent être ehanlées, nous les avons
Mirées des seules Ecritures Saintes, persuadés que rien ne
» saurait être ou plus convenable , ou plus ea rapport avec la
t majesté d'un si auguste sacrement, que de traiter l'acte
> divin dans lequel le Verbe de Dieu est à la fois Prêtre et
j> Hostie , au moyen de la parole à l'aide de laquelle il s'est
> lui-même exprimé dans les Saintes Ecritures. »
C'était aussi le principe de Luther clans sa réforme, litur-
gique, quand il disait : « Nous ne blâmons pas ceux qui
Moudront retenir les Introïls des Apôtres, de la Vierge et
»des autres Saints, lorsque ces trois Jntrotts sont tirés des
LITURGIQUES. 95
» Psaumes et d'autres endroits de l'Ecriture (1). » Depuis
Luther, tous les sectaires Français et Flamands avaient ré-
pété à satiété leurs banalités sur l'usage de l'Ecriture Sainte
qui devait suffire partout, suivant eux, et il fallait, certes,
être bien aveugle, sinon sourdement complice, pour croire
avoir tout fait en signant le Formulaire contre les cinq Pro-
positions, quand on ouvrait en même temps, sur l'Eglise et
sa doctrine , cette porte par laquelle tous les hérétiques de
tous les temps sont entrés.
Quoi qu'il en soit, François de Harlay entreprit cette
œuvre et la consomma ; il expulsa de l'Antiphonaire Grégo-
rien, qui forme, comme on sait, la partie chantée du Mis-
sel, il en expulsa, disons-nous, toutes ces formules solen-
nelles, touchantes, poétiques, mystérieuses, dogmatiques,
dans lesquelles l'Eglise prête sa voix traditionnelle aux fidèles,
pour exalter la majesté de Dieu et la sainteté de ses mys-
tères. Ainsi tombèrent d'abord ces ïntroïts qui avaient, il
est vrai, déjà été interdits par Martin Luther, tels que celui
de la Sainte Vierge : Salve, sancta Parens, enixa puerpera
Regem, etc. ; et cet autre qui retentit avec tant d'éclat et de
majesté dans les solennités de l'Assomption , de la Tous-
saint, etc. : Gaudeamus omnes in Domino, diem festum cé-
lébrantes, etc. Ainsi, le Verset allcluiatique des fêtes de la
Sainte-Croix : Duke lignum, dulces clavos, etc.; celui de
saint Laurent : Levita Laurentius ; ceux de saint Michel :
Sancte Michael Archangele, etc. , et Concussum est mare et
contremuit terra, ubi Archangelus Michael, etc.; celui de
saint François : Franciscus , pauper et humilis , cœlum dives
ingreditur, etc. ; de saint Martin : Beatus vir sanctus Mar-
tinus, urbis Turonis Episcopus requievit , etc. , etc.
(1) Vid. ci-dessus. Tome I. chap. XIV. psg. 115.
% INSTITUTIONS
Dans les Messes de la Sainte Vierge , tant celles du Samedi
que celles des solennités proprement dites, le Missel de 1684
sacrifiait impitoyablement le beau et mélodieux Graduel :
Benedicta et venerabilis es, Virgo Maria, etc. ; les Versets al-
léluiatiques : Virgo Jesse floruit, etc ; Félix es , sacra Virgo
Maria , etc. ; Sencx puerum portabat , etc. ; Assumpta est
Maria in cœlum ; le Trait : Gaude , Maria Virgo ; l'Offer-
toire : Beata es, Virgo Maria; la Communion : Beataviscera
Mariœ Virginis. Croirait-on que le zèle de l'Ecriture Sainte
animait François de Harlay jusqu'au point de lui faire sacri-
fier la belle Communion de saint Ignace d'Anlioche, com-
posée de ces immortelles paroles : Frumentum Christi sum ;
dentibus bestiarum molar, ut panis mundus inveniar. Il est
vrai qu'il avait poussé la haine des prières traditionnelles
jusqu'à détruire même les Messes propres des Saints de
Paris, entre lesquelles on doit surtout regretter celle si gra-
cieuse que la capitale du noble royaume de France avait
composée, dans les âges de foi et de chevalerie, à la louange
de sa benoîte et douce Patronne.
Le Missel de Harlay, aussi bien que le Bréviaire, attaquait
les traditions de l'Eglise de Paris sur saint Denys; on peut
môme dire qu'il les renversait pour jamais, en déshonorant
par des changements et des interpolations la populaire et
harmonieuse Séquence qu'Adam de Saint-Victor, au dou-
zième siècle , avait consacrée à la mémoire du glorieux
Apôtre de Lutèce.
\ous ne nous imposerons , certes , pas l'ennuyeuse tache
de signaler en détail toutes les mutilations auxquelles cette
pièce admirable fut en proie sous les coups de la Commis-
sion du Missel. Nous nous bornerons à faire remarquer la
barbarie avec laquelle fut sacrifié le début de cette Sé-
quence et la maladresse qui suppléa l'omission. Adam de
LITURGIQUES. g7
Saint-Victor avait dit , et toutes les Eglises de France ré-
pétèrent :
Gaude proie, Grœcia,
Glorietur Gallia
Pâtre Dionysio.
Ainsi la gloire d'Athènes, qui députe vers nos contrées
son immortel Aréopagite, et la gloire des Gaules qui l'ac-
cueillent avec tant d'amour, sont confondues dans un même
chant de triomphe. Mais maintenant que François de Harlay
ne veut plus que la Grèce ait donné le jour à son saint Pré-
décesseur, où a-t-il pris le droit de dire :
Exultet Ecclesia,
Dum triumphat Gallia
Pâtre Dionysio ?
Sans doute la France, et la ville de Paris en particulier,
sont quelque chose de très grand dans le monde; mais n'y
a-t-il pas quelque prétention, quand on a, d'un trait de
plume , refusé à la Grèce le droit de prendre une part spé-
ciale à la fête de saint Denys qu'elle honore pourtant encore
aujourd'hui , comme Evêque d'Athènes et de Paris ; de s'en
aller substituer, disons-nous, à la Grèce, d'un trait de
plume aussi, l'Eglise universelle, comme obligée de venir
s'associer expressément aux gloires de notre patrie? Exultet
Ecclesia, dum triumphat Gallia. Que si l'on disait que la
gloire de tous les Saints appartient à l'Eglise entière qui
triomphe en chacun d'eux, nous n'aurions garde de le con-
tester ; mais nous demanderions si l'on est bien sûr de l'as-
sentiment de l'Eglise universelle à tous ces changemens ,
quand on sait que non seulement le Bréviaire Romain, mais
même les livres d'Office de l'Eglise Grecque, protestent chaque
année en faveur de la qualité d? Aréopagite donnée à saint
T, II. 7
98 INSTITUTIONS
Denys de Paris. Voilà bien des millions de témoignages en
faveur d'une prescription auguste, et l'Eglise de Paris qui
met tant de zèle , depuis François de Harlay, à faire préva-
loir les droits de la critique aux dépens de sa propre gloire ,
fait ici un triste personnage. Il ne manque plus qu'une chose :
c'est qu'il se rencontre quelque protestant qui vienne encore,
de parla vraie science historique, nous faire la leçon, à nous
autres Gallicans , ainsi qu'il nous est déjà arrive au sujet
du grand saint Grégoire VII que nous avons chassé du
Bréviaire , comme il sera raconté en son lieu. On dit que cer-
tains écrivains Catholiques voudraient pourtant , sur saint
Denys , disputer l'initiative à ces huguenots.
Encore un trait sur la fameuse Séquence : ce sera le der-
nier. On y retrancha ce verset fameux :
Se cadaver mox erexit ,
Truncus truncum caput vexit ,
Quo ferentem hac ditexit
Angelorum legio.
On conçoit encore une controverse sur une question chro-
nologique. Le sentiment des anli-Aréopagites s'appuie du
moins sur des données historiques plus ou moins plau-
sibles : mais si quelqu'un s'avise de contester le miracle
du saint martyr portant sa tete dans ses mains , où pren-
dra-t-il ses moyens d'attaque? où est l'impossibilité de ce;
miracle? où sont les monuments qui le nient, ou l'infirment
en quoi que ce soit? C'était donc tout simplement un sa-
crifice fait à l'esprit frondeur que certains écrivains ecclé-
siastiques avaient fait prévaloir dans la classe lettrée des
fidèles. Etait-il , pourtant , si nécessaire d'avertir le peuple
que le moment était venu de suspendre son respect pour les
anciennes croyances?
LITURGIQUES. 99
On avait trouvé aussi le moyen d'en finir avec les traditions
de l'Eglise sur l'identité de sainte Marie-Magdeleine avec la
pécheresse de l'Evangile ( tradition déjà ébranlée dans le
Bréviaire , ainsi que nous l'avons dit ) , en changeant totale-
ment la Messe Romaine , dont l'Introït : Me expectaverunt ,
l'Evangile Rogabat Jesum quidam de Pharisœis , et la Com-
munion Feci judicium, étaient si gravement significatifs.
Le croirait-on, si on n'en voyait encore aujourd'hui les effets?
on avait poursuivi cette tradition jusque dans la prose de la
Messe des morts ; on y avait changé ces mots : Qui Mariam
absolvisti, en ceux-ci : Peccatricem absolvisti.
Puisque nous parlons de la Messe des Morts, nous dirons
aussi que François de Harlay, tout en laissant subsister en-
core l'Introït Requiem œternam , l'Offertoire Domine Jesu-
Christe, et la Communion Lux œterna, qui sont au nombre
des plus magnifiques pièces de PAntiphonaire Grégorien, avait
donné une Messe toute nouvelle pour la Commémoration gé-
nérale des Défunts, au second jour de Novembre , et que s'il
consentait à garder l'antique Messe pour les Funérailles et An-
niversaires des fidèles , c'était après avoir arbitrairement ef-
facé le Graduel et le Trait Grégoriens, et supprimé, dans la
Communion, un Verset et une Réclame qui formaient l'unique
débris des usages de l'antiquité sur l'Antienne de la Com-
munion.
Nous ne devons pas omettre non plus de signaler l'insigne
audace qui avait porté les correcteurs du Missel de Harlay
à supprimer toutes les Epîtres que l'Eglise Romaine a em-
pruntées des Livres Sapientiaux,pour les Messes de la sainte
Vierge , tant celles des fêtes proprement dites que celles de
l'Office Votif. Déjà un pareil scandale avait eu lieu pour le Bré-
viaire; mais il devenait bien plus éclatant dans le Missel. Par
là , nous le répétons , tous les blasphèmes des Protestants
dOO INSTITUTIONS
étaient autorisés , et en même temps une des sources de
l'intelligence mystique des Ecritures fermée pour long-
temps. Ceux de nos lecteurs qui ne sentiraient pas L'im-
portance de notre remarque seront plus à même de l'appré-
cier quand nous en serons venu à expliquer en détail les
Messes du Missel Romain et les traditions qui les accom-
pagnent ; toutes choses devenues étrangères au grand
nombre, depuis l'innovation Gallicane.
Dans celte revue générale du Missel de Harlay , nous
sommes loin d'avoir signalé toutes les témérités qui parais-
saient dans cette œuvre. Elle renfermait, en outre, les plus sin-
gulières contradictions. Suivant le plan de réforme tracé dans
la Lettre Pastorale, toutes les parues chantées du Missel
devaient être tirées de l'Ecriture Sainte; cependant les
Proses ou Séquences qui sont bien des parties destinées à être
chantéts avaient été conservées. Bien plus , on en avait com-
posé de nouvelles, entre antres celle de l'Ascension , Solcm-
nis hœc festivitas , celle de l'Annonciation, llumani generis ,
celle de la Toussaint, Sponsa Christi, qui est de J.-B. de
Contes, Doyen de l'Eglise de Paris. On ne craignait donc pas
tant la parole de l'homme , pourvu qu'on en fût le maître. |
Etrange nécessité que subira la révolte jusqu'à la tin , de se I
contredire d'autant plus grossièrement qu'elle se donne pour
être plus conséquente à elle-même !
Quoiqu'il en soit de ces honteuses et criminelles mutila- I
tions que subit la Liturgie Romaine dans les livres de Paris,
comme il est certain que ces mutilations n'atteignaient pas la ?
vingtième partie de l'Antiphonaire Grégorien, on put dire en-
core , sous l'épiscopat de François de Harlay , et sous celui
du Cardinal de Noailles , que la Liturgie de Paris était et de-
meurait la Liturgie Romaine ; que l'unité établie par le Con-
cile de Trente et suint Pie V, si elle avait souffert, n'avait pas
LITURGIQUES. 401
encore péri. Aussi voyons-nous le Docteur Grancolas dans
son Commentaire sur le Bréviaire Romain , publié en 4727 ,
consacrer un chapitre entier à démontrer en détail l'identité
générale du Bréviaire de Paris avec le Romain (1).
Mais les atteintes portées à l'intégrité de la Liturgie par
François de Harlay , les damnabîes principes qui avaient
prévalu dans sa réforme , tout cela devait être fécond pour
un avenir prochain. On ne s'arrête pas dans une pareille
voie : il faut avancer ou reculer. L'esprit d'innovation com-
primé dans le Bréviaire de Paris par la nécessité de conser-
ver la physionomie générale de la Liturgie Romaine , se jeta
d'un autre côté , et alla essayer sur un théâtre plus restreint
l'application de ses théories , bien persuadé que la curiosité
et la manie du changement si naturelles aux Français en pro-
cureraient, en temps convenable, l'avancement et le triomphe.
L'Abbaye de Gluny et la petite Congrégation qui en dépen-
dait alors sous le nom d'Ordre de Cluny , furent choisis
par les novateurs pour y faire l'essai d'une réforme litur-
gique complète et digne de la France.
On se rappelle ce que nous avons dit du Bréviaire Monas-
tique en général et de celui de Paul V en particulier. L'ordre
de Cluny avait alors pour Abbé Général le Cardinal de
Bouillon. Ce Prélat si malheureusement célèbre par le re-
lâchement de ses mœurs et par sa colossale vanité, ajouta
à ses autres responsabilités devant l'Eglise, celle d'avoir, le
le premier, anéanti en France la Liturgie Romaine, et d'a-
voir choisi pour inaugurer un corps d'Offices totalement
étranger aux livres Grégoriens , la sainte et vénérable Basi-
lique de Cluny. Il possédait cette Abbaye, non en Commende,
mais par l'élection du Chapitre qui fut maintenu jusqu'à la
(1 ) Tome 1 , pag. 35S et suivantes,
102 INSTITUTIONS
suppression des Ordres Monastiques, dans la possession de
choisir PAbbé de Cluny , pourvu que l'élu ne fût pas un
Moine (1). En vertu de sa qualité d'Abbé Régulier, son droit
et son devoir étaient de veiller à tout ce qui concernait le ser-
vice divin , et il était, déplus, susceptible de recevoir et
d'exécuter à ce sujet toutes les commissions du Chapitre
Général.
L'Ordre de Cluny s'était toujours maintenu dans la pos-
session de ses antiques usages liturgiques. Le Bréviaire de
Paul V qui , comme on se le rappelle , n'était point stricte-
ment obligatoire pour tous les Monastères , n'avait point été
formellement accepté par cette Congrégation. Nous laisse-
rons donc de côté la question de droit, tout en faisant ob-
server que si rien ne s'opposait à la réforme des livres mo-
nastiques de l'Ordre de Cluny; la destruction complète et
violente de tout le corps des Offices Grégoriens ne pouvait
être considérée comme une réforme , et n'en pouvait reven-
diquer le caractère et les droits.
Ce fut, ainsi que nous l'apprenons de la Lettre Pastorale
de l'Eminentissime Abbé de Cluny, ce fut dans le Chapitre
de l'Ordre tenu en 1676, que l'on résolut la Réforme du Bré-
viaire Monastique de Cluny. On donna ce soin à D. Paul
Rabusson , Sous-Chambrier de l'Abbaye , et à D. Claude de
Vert , Trésorier. C'était précisément l'époque où François
de Harlay faisait exécuter, en la façon que nous avons dit ,
la réforme du Bréviaire Parisien , et comme cette réforme
(1) Cette servitude , si honteuse et dégradante qu'elle fût, plaçait
néanmoins l'Abbaye de Cluny dans uue situation supérieure à celles do
la Congrégation de Saint-Maur, qui , étant toutes soumises à la Com-
mende , demeuraient totalement étrangères a la désignation des
Abbés qu'il plaisait a la Cour de leur nommer. Il est vrai que ces Abbés
simplement Commendataires n'avaient aucune jurisdiction spirituelle
sur les Monastères.
LITURGIQUES. 105
fut l'expression des principes qui s'agitaient alors dans
l'Eglise de France , il était naturel de penser qu'on en re-
trouverait quelques applications dans le nouveau Bréviaire
de Cluny. A part la connaissance que nous avons d'ailleurs
de D. Claude de Vert et de ses principes liturgiques , la coo-
pération de certains membres du clergé séculier qui avaient
fait leurs preuves devrait nous éclairer suffisamment. Cette
coopération est indiquée expressément dans la Lettre Pasto-
rale (1) , et l'on sait par un auteur contemporain que les
deux Moines de Cluny eurent de grandes liaisons, pendant
la durée de leur opération , avec les commissaires du nou-
veau Bréviaire de Paris , et qu'ils prirent dans ce dernier
beaucoup de choses dont ils se firent honneur dans leur Bré-
viaire (2).
Mais de même qu'entre tous les commissaires du Bréviaire
de Harlay, il n'y en eut aucun plus suspect de vues hétéro-
doxes, ni plus hardi , sous ses dehors de sainteté , que Nico-
las Le Tourneux ; de même aussi nul autre ne peut être
égalé à ce personnage pour son zèle d'innovation, et pour
l'importance des travaux qu'on lui laissa exécuter. « La
«confiance que D. Claude de Vert et D. Paul Rabusson
>avaient en lui, le rendit maître du terrain. Il forma son
»plan et l'exécuta à son aise (5). » Nous devons donc
(1) Quihanc in se provinciam receperunt, non suam tantum adhi-
buerunt diligentiam quam maximam , sed et , ubicumque opus fuit ,
aliéna usi sunt industria. Poitô alienam cum dicimus industriam,
eorum dicimus quos noverant in Scripturis sacris, in patrum doctrina,
insaeculorum traditione, in Ecclesiie disciplina? veteri, in ritibus mo-
nasticis ver^atiisimos.
(2) Thiers. Observations fur le nouveau Bréviaire de Cluny, pag. 94.
(3) Mesenguy. Lettres sur les nouveaux Bréviaires (1735), cité par
l'Abbé Goujet , dans sa continuation de la Bibliothèque d'Ellies. Pupio*
Tome IH , page 9%.
104 INSTITUTIONS
désormais nous tenir pour avertis , et nous attendre à trou-
ver dans le Bréviaire de Cluny l'œuvre de Nicolas Le Tour-
neux. Les plus grands applaudissements du public de ce
temps-là, prépaie à tout par le Bréviaire de Harlay, accueil-
lirent le nouveau chef-d'œuvre à son apparition , qui eut lieu
en 1686. Il y eut cependant quelques réclamations fondées sur
Yétrangeté de plusieurs particularités qu'on remarquait dans
cette production. Mais ce qui surprit tout le monde , ce fut
de voir se lever au nombre des adversaires du Bréviaire de
Cluny, le trop fameux, mais docte Jean -Baptiste Thiers
qui publia deux petits volumes intitulés : Observations sur le
nouveau Bréviaire de Cluny, Sa critique violente , quelque
fois même injuste, mais le plus souvent victorieuse, aurait
grandement nui , en d'antres temps , à une œuvre aussi dif-
ficile à défendre que celle de D. Paul Rabusson et de D. de
Vert; mais tel était l'engouement des nouveautés liturgiques,
que le factum de Thiers qui n'avait pu trouver d'imprimeur
qu'à Bruxelles, n'arrêta en rien la marche de l'innovation.
On fut même presque scandalisé de voir J.-B. Thiers , un si
bon esprit t ne pas s'extasier devant une merveille comme
le Bréviaire de Cluny. Son livre qui parut en 1707, appelait
néanmoins une réfutation , et D. Claude de Vert s'était mis
en devoir de la préparer, lorsque Thiers vint à mourir.
D. Claude de Vert ne jugea pas à propos de le poursuivre
au-delà du tombeau ; peut-être aussi trouva-t-il son compte
à cette suspension d'armes : car, assurément , le Curé de
Vibraye n'était pas homme à laisser le dernier mot à autrui ,
dans la dispute.
En attendant que nous fassions connaître un autre associé
de D. Claude de Vert dans la fabrication du Bréviaire de
Cluny , nous allons révéler au lecteur les progrès Jiturgiques
qui signalaient cette œuvre.
LITURGIQUES. 105
D'abord , le principe émis dans le Bréviaire de Harlay,
mais qui n'avait pas reçu alors toute son application, ce
principe si cher aux anti-liturgistes , de n'employer plus que
l'Ecriture Sainte dans l'Office divin , était proclamé dans la
Lettre Pastorale et appliqué, dans toute son étendue, à tous
les Offices tant du Propre du Temps que du Propre des
Saints et des Communs. Ainsi croulait déjà une partie no-
table du livre Responsorial de saint Grégoire; mais afin que
la destruction fût plus complète encore , les novateurs qui
cherchaient si ardemment à faire prévaloir l'Ecriture Sainte
sur la tradition, en vinrent jusqu'à sacrifier, sans égard
pour l'antiquité , au risque de découvrir à tous les yeux le
désir de bouleversement qui les travaillait, en vinrent, di-
sons-nous , jusqu'à sacrifier presque en totalité les innom-
brables Antiennes et Répons que les livres Grégoriens ont
empruntés de l'Ecriture Sainte elle-même, et cela, pour les
remplacer par des Versets choisis par eux , et destinés à for-
mer une sorte de Mosaïque de l'Ancien et du Nouveau Tes-
tament dont ils avaient trouvé le plan dans leurs cerveaux.
Et ces hommes osèrent encore parler de l'antiquité , quand
ils mentaient à leurs propres paroles.
Après avoir donné la chasse aux traditions dans les An-
tiennes et les Répons, les commissaires du Bréviaire de
Cluny , marchant toujours sur les traces de François de
Harlay, mais de manière à le laisser bien loin derrière eux,
trouvèrent pareillement le moyen d'en finir avec les légendes
des Saints. Pas une seule ne fut épargnée; on mit en leur lieu
des passages des saints Pères d'une couleur plus ou moins his-
torique , et si grande fut cette hardiesse que , malgré le bon
vouloir de plus d'un liturgiste du dix-huitième siècle , il fut
reconnu impossible d'imiter, en cela , le Bréviaire de Cluny
qui devait servir de modèle sous tant d'autres points.
106 INSTITUTIONS
Ce fut dans un but analogue que , après avoir supprimé
la plupart des fêtes à douze leçons pour les réduire a
trois, on décréta que le dimanche n'admettrait plus celles
qui tombent en ce jour, si ce n'est les Solennités les plus con-
sidérables, et que, sauf l'Annonciation et la fête de saint
Benoît, toutes celles qui arrivent durant le Carême seraient
ou éteintes, ou transférées. Quignonez lui-même déclare
dans la Préface de son Bréviaire , qu'il n'a pas osé aller
jusque-là. Par suite de ces bouleversements bizarres , cer-
taines fêtes se trouvaient dépopularisées par les translations
les plus inattendues ; car, qui se serait imaginé, par exemple,
d'aller chercher saint Grégoire le Grand au 3 de janvier,
saint Sylvestre au 3 de février, saint Joseph un des jeudis de
l'Avent ?
Mais non contents de remanier ainsi le Calendrier pour les
fêtes des Saints, les commissaires du Bréviaire de Cluny
avaient porté leur main audacieuse jusque sur les grandes
lignes de l'année chrétienne. Toujours fidèles au système
qu'ils avaient inventé a priori, et auquel il fallait que soit
l'antiquité , soit les usages modernes de l'Eglise cédassent en
tous les cas, ils imaginèrent pour abaisser les fêtes de la Sainte
Vierge , de créer un quintenaire de fêtes de Notre-Seigneur,
qui dussent être placées, pour l'importance, à la tête du ca-
lendrier. S'ils se fussent bornés au ternaire antique de
Pâques, la Pentecôte et Noël, ils se seraient tenus dans les
borues des traditions ecclésiastiques ; mais en voulant égaler
l'Epiphanie et l'Ascension aux trois premières , et tenir ces
cinq solennités dans une classe où nulle autre , pas même la
fête du Saint-Sacrement, ne peut trouver place, ils mirent
au jour leur manie d'innovation et en même temps les plus
énormes contradictions avec leurs solennelles prétentions à
la connaissance de l'antiquité.
LITURGIQUES. 407
Le culte de la Sainte Vierge fut réduit dans le Bréviaire
de Cluny. La fête de son Assomption descendit au degré
appelé par les commissaires Feslivité majeure* L'Octave de
la Conception fut supprimée; l'Annonciation fut nommée,
à l'instar du Bréviaire de Harlay, Annuntiatio et lncarnatio
Domini. Mais on alla plus loin : François de Harlay avait
du moins laissé à la Sainte Vierge la fête de la Purification ;
les commissaires de Cluny , toujours inquiets pour la gloire
du Sauveur dans les hommages qu'on rend à sa sainte
Mère , comme si l'unique fondement des honneurs déférés
à Marie ne se trouvait pas dans la Maternité divine, ré-
solurent de nommer cette fête : Prœsentatio Domini et Pu-
rificatio B. Mariœ Virginis. Parlerons-nous des Hymnes ,
des Antiennes , des Répons si remplis de piété et de poé-
sie par lesquels l'Eglise, dès le temps de saint Grégoire,
s'était plue à exalter les grandeurs de Marie ? Toutes
celles de ces formules antiques et sacrées qui avaient
échappé aux coups de François de Harlay, avaient impitoya-
blement été sacrifiées par Le Toumeux, pour faire place à
de muets centons de la Bible. Certes , on peut dire qu'en
cela était porté un coup bien sensible à l'Ordre de saint
Benoît , si célèbre en tous les temps pour sa dévotion à la
Mère de Dieu ; et les commissaires , pour agir avec cette
scandaleuse liberté , non seulement avaient à combattre
FAntiphonaire et le Responsorial de saint Grégoire , mais il
fallait qu'ils étouffassent aussi la voix séculaire de la sainte
Eglise de Cluny, comme on parlait autrefois ; car elle dépo-
sait hautement de son amour pour la glorieuse Vierge et de
son zèle à lui rendre ses plus doux hommages.
L'autorité du Siège Apostolique qui a de si intimes rap-
ports avec la confiance et le culte envers la Mère de Dieu
avait souffert de nombreuses atteintes dans le nouveau Bré*
108 INSTITUTIONS
viaire de Cluny. Sans parler de la suppression des fêtes de la
plupart des saints Papes, ainsi que du retranchement des
Répons et Antiennes sacrifiés déjà par le zèle de François
de Harlay, on avait, à l'imitation de cet Archevêque, humi-
lié la fête du Prince des Apôtres jusqu'au degré de solennité
mineure; on avait supprimé une des fêtes de la Chaire de
saint Pierre , et cela dans la Basilique de saint Pierre de
Cluny, dans le sanctuaire même où avaient si long-temps
prié pour l'exaltation du Siège Apostolique, le Prieur Hilde-
brand , depuis saint Grégoire VII; le Moine Othon de Châ-
tillon, depuis Urbain II; le Moine Raynier, depuis Paschal II ;
le Moine Guy, depuis Callixte II !
Qu'on ne nous demande donc plus pourquoi il n'est pas
resté pierre sur pierre de cette antique et vénérable Eglise ,
centre de la réforme monastique, et, par celle-ci, de la civili-
sation du monde , durant les onzième et douzième siècles ;
pourquoi les lieux qui formaient son enceinte colossale sont
aujourd'hui coupés par des routes que traversent avec l'in-
souciance de l'oubli les hommes de ce siècle ; pourquoi les
pas des chevaux d'un haras retentissent près de l'endroit
où fut l'autel majeur de la Basilique et le sépulcre de saint
Hugues qui l'édifia. Saint Pierre de Cluny avait été destiné à
donner abri, comme une arche de salut, dans le cataclysme de
la barbarie, à ceux qui n'avaient pas désespéré des promesses
du Christ. De ses murs devait sortir l'espoir de la liberté de
l'Eglise, et bientôt la réalité de cet espoir. Or, la liberté de
l'Eglise , c'est l'affranchissement du Siège Apostolique. Mais
lorsque oes murs virent déprimer dans leur enceinte cette
autorité sacrée qu'ils avaient été appelés à recueillir, ils
avaient assez duré. Ils croulèrent donc, et afin que les
hommes n'en vinssent pas à confondre cette terrible destruc-
tion avec ces démolitions innombrables que l'anarchie opéra
LITURGIQUES. 109
à une époque de confusion , la Providence , avant de per-
mettre que les ruines de Ckiny couvrissent au loin la terre,
voulut attendre le moment où la paix serait rétablie, les
autels relevés; où rien ne presserait plus le marteau dé-
molisseur ; où les cris de la fureur n'accompagneraient plus
la chute de chaque pierre. C'en fut assez de la brutale igno-
rance, des mesquins et stupides ressentiments d'une petite
ville pour renverser ce qui ne pesait plus que sur la terre.
A la vue de cette inénarrable désolation, quel Jérémie ose-
rait espérer d'égaler les lamentations a la douleur ! que le
Moine se recueille et prie : ponet in pulvere os suum , si
forte sit spes (1) !
Le Bréviaire de Cluny, outre les graves innovations dont
nous venons de parler , présentait encore de nombreuses
singularités capables d'offenser le peuple Catholique. Nous
avons dit , au chapitre VIÏI , à propos de la Liturgie Monas-
tique, que l'Ordre de saint Benoît avait de très bonne heure
adopté le Responsorial Grégorien. Le Bréviaire Monastique
de Paul V, qui était conforme en beaucoup de choses à celui
de saint Pie V , avait sanctionné de nouveau cette œuvre
du génie Bénédictin qui a semblé toujours porté vers les
habitudes romaines. Il a dû résulter de là que plusieurs
usages statues dans la Règle de saint Benoit , pour les Offices
divins, ont fait place à d'autres usages plus en rapport avec
les mœurs des diverses Eglises d'Occident. Ce n'était pas un
mal que ces rares dérogations à un ordre d'Office qui , dans
tous les autres cas, demeurait toujours dans sa couleur
propre , et les effacer n'était pas un progrès , puisqu'on
ne le pouvait faire qu'en se séparant de l'Eglise Romaine
d'une part , et de l'autre en scandalisant les simples. C'est
(1) Thren. 111,29.
110 INSTITUTIONS
néanmoins ce que firent les commissaires en supprimant
les prières de préparation à l'Office, Pater ; Ave , Maria;
Credo ; en abolissant les Suffrages de la sainte Vierge et des
Saints, la récitation du Symbole de saint Athanase,les Prières
qui se disent à certains jours après la Litanie , les Absolu-
tions et les Bénédictions pour les Leçons de Matines, etc.
Sans doute saint Benoît n'a point parlé de tous ces rites que
l'Eglise n'a établis que dans des siècles postérieurs à celui
auquel il a vécu ; mais les Rédacteurs du Bréviaire de Cluny
pensaient-ils donc que ce saint Patriarche revenant au monde,
après mille ans, eût voulu, sous le prétexte de rendre l'Office
de ses Moines plus conforme à celui du sixième siècle , briser
tous les liens que cet Office avait , par le laps de temps ,
contractés avec celui de l'Eglise universelle ?
Mais voici quelque chose de bien plus étrange. Depuis le
neuvième siècle, la tradition de l'Ordre de saint Benoît porte
que durant les trois derniers jours de la Semaine Sainte,
l'Office divin , dans les Monastères , sera célébré suivant la
forme gardée par l'Eglise Romaine, afin qu'il paraisse à tous
les yeux que les fils de la solitude s'associent en ces jours
solennels à la tristesse de tout le peuple fidèle. La même
coutume est inviolablement observée dans les autres Ordres
qui ont un Bréviaire particulier. N'eut -on donc pas droit
de crier au scandale quand on vit le Bréviaire de Cluny
prescrire , à l'Office de la Nuit des Jeudi , Vendredi et
Samedi Saints, les Versets Deus , in adjutorium ; Domine,
labia mea aperies ; un Invitatoire, un Hymne, douze Psaumes,
trois Cantiques , douze Leçons , douze Répons ; l'usage du
Gloria Patri, non seulement dans ces Répons , mais à la fin
de chaque Psaume; à Laudes, aux Petites-Heures t à Vêpres
elàComplies, toutes les particularités liturgiques employées
par les Usages Bénédictins, dans le reste de l'année. En vain
LITURGIQUES. 111
D. Claude de Vert, pour soutenir son œuvre , a-t-il pris la
peine de composer un Dialogue fort pesant entre un certain
Dom Claude et un certain Dom Pierre ; il n'est parvenu à
démontrer qu'une seule chose , que personne d'ailleurs ne
conteste , savoir, que saint Benoît, en établissant la forme de
l'Office pour ses Moines, n'a point dérogé, dans sa Règle, à
cette forme pour les trois derniers jours de la Semaine Sainte,
et qu'on ne peut être contraint à embrasser les Usages Ro-
mains, en ces trois jours, en vertu d'une déduction logique.
Tout cela est très vrai ; mais , quoiqu'en dise D. de Vert , la
coutume suffit bien pour suspendre l'effet d'une loi , et d'ail-
leurs, les rares exemples d'une pratique contraire qu'il vou-
drait produire ne détruisent point ceux, beaucoup plus nom-
breux, qu'on peut alléguer en faveur de la coutume actuelle.
Parlerons-nous de la singulière idée qui porta les Commis-
saires du Bréviaire de Cluny à inventer, pour le 2 novembre,
un Office propre de la Commémoration des Défunts, avec
des Hymnes, douze Psaumes, trois Cantiques, des Capi-
tules, des Répons Brefs, etc., en un mot toutes les parties
qui composent les Offices réguliers du cours de l'année.
Ce n'est sans doute là qu'une bizarrerie et une hardiesse de
plus. Mais voici une remarque d'un autre genre. Nos doctes
travailleurs se piquaient d'érudition , et comme la connais-
sance de la langue grecque était alors une sorte de luxe
dans l'éducation , ils trouvèrent fort convenable d'afficher
dans leur Bréviaire quelqu'une des découvertes philolo-
giques qu'ils avaient pu faire. Aujourd'hui leur petite vanité
nous paraîtra , sans doute , quelque peu risible : alors il en
était autrement. 11 y avait long-temps que leurs savantes
oreilles étaient choquées d'entendre prononcer dans l'Eglise
Romaine les deux mots Kyrie, eleison, sans qu'on parût
faire la moindre attention , pensaient-ils , à la valeur de la
112 INSTITUTIONS
lettre êta. Ils voulurent donc y remédier, et faire ainsi la
leçon , non seulement à toute l'Eglise Latine , mais encore
à l'Eglise Grecque elle-même. Ils imprimèrent donc , dans
tous les endroits où se trouva la Litanie , Kyrie , eleéson. La
science a fait un pas , ou plutôt , on s'est mis tout simple-
ment en devoir de demander la prononciation du grec aux
Grecs , et aux monuments philologiques des anciens ; et
Kyrie , eleéson est devenu simplement ridicule. Il faut con-
venir , cependant , que si les nombreux Bréviaires du dix-
huitième siècle firent de riches emprunts au Bréviaire de
Cluny, tous, à l'exception de ceux des Congrégations de
saint Vannes et de saint Maur, laissèrent à Dom de Vert son
Eleéson. Mais Erasme imposait si fortement à ce novateur,
que non content d'en adopter, après François de Harlay,
les sentiments audacieux sur saint Denys l'Aréopagite et
sur sainte Marie-Madeleine , il se fit l'écho de ce docteur
ambigu, jusque dans ses absurdes théories sur la pronon-
ciation grecque. Son zèle ne s'arrêta donc pas à la création
de Y Eleéson : il démentit la tradition que François de Harlay
avait respectée sur le mot Paraclitus , et alla jusqu'à chan-
ter et osa écrire en toutes lettres, Paracletus , en dépit de la
quantité. Au reste, et ceci prouvera combien les instincts
liturgiques s'étendent loin : dans la même censure où la Sor-
bonne, en 1526, vengeait les traditions catholiques contre
Erasme, elle notait aussi, comme nouveauté intolérable,
l'affectation pédantesque du Paracletus que, cependant, tous
nos Bréviaires Français ont emprunté à D. de Vert. Il est
curieux qu'aujourd'hui, après avoir parcouru un long cercle,
la science vienne à se retrouver au point où était déjà rendue
la Sorbonne au seizième siècle , par la seule fidélité aux tra-
ditions. Dieu veuille nous délivrer, pour l'avenir, des hommes
à système et à idées toutes faites!
LITURGIQUES. 115
Concluons tout ceci par une appréciation générale du
Bréviaire de Cluny, et disons que si cette œuvre, que
nous croyons avoir démontrée intrinsèquement mauvaise ,
ne paraissait pas d'abord destinée à exercer une influence
funeste , parce que ce corps d'Offices ne devait , après tout,
s'exercer que dans un petit nombre d'Eglises Conventuelles
dans lesquelles le public était accoutumé à voir pratiquer la
Liturgie Bénédictine , qui diffère déjà de la Romaine en beau-
coup de points, elle n'en devait pas moins produire les plus
désastreux effets dans l'Eglise de France. Déjà la Réforme
Parisienne avait retenti au loin et éveillé le goût de la nou-
veauté ; mais elle était insuffisante, du moment qu'on se dispo-
sait à franchir les limites posées par la tradition. ïl fallait un
type à tous les créateurs en Liturgie que le pays se préparait à
enfanter. 11 fallait un drapeau à ces champions du perfection-
nement. Le Bréviaire de Cluny était tout ce qu'on pouvait
désirer : tout y était nouveau. Les théories qui ne faisaient
que poindre dans l'œuvre de François de Harlay rayonnaient
accomplies dans celles de D. Paul Rabusson , de D. Claude
de Vert et de Nicolas Le Tourneux. Aussi dirons-nous en fi*
nissant, pour la gloire du Bréviaire de Cluny, si tant est que
ce soit là une gloire , que la plus grande partie de ce que
renferment de meilleur ( dans leur système ) les nouveaux
Bréviaires, appartient à celui dont nous faisons l'histoire.
Nous ne refuserons donc pas aux Commissaires du Chapitre
de Cluny de 1676, mais surtout à Le Tourneux, une grande
connaissance des Saintes Ecritures , tout en détestant l'em-
ploi condamnable qu'ils ont fait de cette connaissance , en
substituant des phrases de la Bible choisies par eux , dans
leur lumière individuelle, et dès-lors isolées de toute auto-
rité , à la voix sûre, infaillible de la tradition , ou encore aux
passages de l'Ecriture que l'Eglise elle-même avait choisis *
T. II. 8
114 INSTITUTIONS
dans le Saint-Esprit, in Spiritu sancto, pour rendre des
sentiments , exprimer des mystères dont elle seule a la clef,
parce qu'elle seule est dans la lumière , tandis que les héré-
tiques et leurs fauteurs se meuvent dans les ténèbres.
Nous n'aurions pas dit tout ce qui est essentiel sur le
Bréviaire de Cluny, si nous ne faisions pas connaître son
hymnographe. Déjà , nous aurions dû nommer Jean-Baptiste
Santeul, Chanoine Régulier de Saint-Victor, à propos du
Bréviaire de Harlaj pour lequel il fournit plusieurs Hymnes;
mais comme il en composa un bien plus grand nombre pour
le Bréviaire de Cluny qui semble être le principal monument
de sa renommée, nous avons différé d'en parler jusqu'à ce
moment. Cet homme dont la gloire n'a fait que s'accroître
dans l'esprit des admirateurs de l'innovation liturgique , est
véritablement un type : nous avons donc besoin de le con-
sidérer un peu à loisir et de caractériser son personnage et
son action.
Nous dirons d'abord que nous avons toujours éprouvé une
peine profonde en voyant sortir de la sainte et illustre Abbaye
de Saint-Victor, un des hommes qui ont le plus contribué à
cette lamentable révolution qui a changé, en France , toute
la face des Offices divins , et déshérité le sanctuaire de ses
plus vénérables traditions. Il fallait, certes, qu'à la fin du dix-
septième siècle, le génie Catholique eût bien faibli, en France,
pour qu'on n'aperçût pas la contradiction flagrante qu'of-
fraient les allures et la personne toute entière de Santeul , hous
ne disons pas seulement avec les Hugues et les Richard, que
le cloître mystique de Saint-Victor avait si saintement abrités
au douzième siècle , ni avec ce saint Réformateur de l'Ordre
Canonial, le Père Faure dont la mémoire était encore toute
fraîche, ni avec le pieux et orthodoxe Simon Gourdan qui
vivait sous le même toit et sous le même habit que l'hymno-
LITURGIQUES. H$
graphe de Cluny, mais avec l'illustre Adam de Saint- Victor,
dont les admirables Séquences furent long-temps la gloire de
FEglise de Paris, et seront toujours de véritables trésors de
poésie catholique.
Nous avons cité, au chapitre XI de cette histoire litur-
gique , la fameuse lettre de saint Bernard à Guy , Abbé de
Montier-Ramey , dans laquelle le saint Docteur détaille les
qualités que doivent réunir et le compositeur d'une œuvre
liturgique et son œuvre elle-même.
Or, voici les paroles de l'illustre Abbé de Clairvaux : « Dans
»les solennités de l'Eglise, il ne convient pas de faire en-
tendre des choses nouvelles, ou légères d'autorité; il faut
» des paroles authentiques , anciennes , propres à édifier l'E-
» glise et remplies de la gravité ecclésiastique. » Malheur donc
à ceux qui ont expulsé de la Liturgie les Hymnes séculaires
composées par des hommes d'autorité, comme saint Am-
broise, saint Grégoire, Prudence, etc., pour mettre à la
place de ces paroles authentiques, des paroles légères d'auto-
rité;k\à place de ces paroles anciennes, des paroles nou-
velles ; à la place de ces paroles remplies de la gravité ecclé-
siastique t des réminiscences de la Muse profane ! Il faut ,
certes, que la préoccupation égare étrangement les esprits
pour avoir pu rendre non seulement supportable une pa-
reille révolution , mais pour en avoir fait l'objet du plus vif
enthousiasme à l'époque où elle s'accomplit , enthousiasme
qui jette encore aujourd'hui dans plus d'une tête ses der-
nières étincelles.
Mais voici encore où se montre , dans tout son triste éclat,
la contradiction qui poursuivra toujours quiconque , dans
l'Eglise , voudra s'écarter de la voie tracée par l'autorité.
Les auteurs du Bréviaire de Cluny ( et nous pouvons ajouter
de tous ceux qui l'ont suivi ) ont proclamé, comme la maxime
116 INSTITUTIONS
fondamentale de leur réforme liturgique, la nécessité d'ex-
pulser des livres ecclésiastiques tout ce qui s'y est introduit
de parole humaine , pour le remplacer par des textes tirés
de l'Ecriture Sainte. On eût été tenté de croire que le re-
tranchement des Hymnes vénérables que l'Eglise d'Occident
chante depuis tant de siècles n'était qu'une consciencieuse
application de ce rigoureux principe : mais, en croyant cela,
on se fût trompé. La parole humaine des Saints Pères est
remplacée par la parole très humaine de Jean-Baptiste San-
teul, et le public docile, ou distrait, ne remarque pas, après
cela , combien est contradictoire l'assertion mise en tête de
tous les Bréviaires, depuis celui de Cluny : qu'on n'y arien
laissé qui manquât d'autorité , rien qui ne fut puisé aux pures
sources des Livres saints.
Encore , sommes-nous bien assurés de n'avoir, dans les
Hymnes de Santeul , que la parole humaine du Chanoine de
Saint- Victor? Si nous en croyons l'Abbé Goujet et le trop
fameux Mesenguy, fort instruit de tout ce qui regarde l'his-
toire de la fabrication des nouvelles Liturgies , Nicolas Le
Tourneux donnait la matière et Santeul faisait les vers (1).
Ainsi , deux hommes , l'un , notoirement fauteur d'héré-
tiques, et auteur d'un ouvrage censuré par l'Eglise, et
l'autre qui se faisait l'écho du premier ; voilà ce que le Bré-
viaire de Cluny mettait à la place de la tradition catholique
de la Liturgie; et aujourd'hui, soixante Eglises de France
qui ont expulsé de leurs Bréviaires les vieilles prières de
l'âge Grégorien, répètent, dans la plupart des solennités,
les communs accents de Le Tourneux et de Santeul ! Un
jour viendra, sans doute, où cette contradiction inexplicable
(1) Goujet. Bibliothèque Ecclésiastique du dix - huitième siècle.
Tome, ///, page. 474. Mesenguy, LeKm sur les nouveaux Bréviaires.
LITURGIQUES. 117
frappera les hommes , et ,\ce jour-là, c'en sera fait de l'œuvre
liturgique du dix-huitième siècle.
Mais, écoutons encore saint Bernard sur les qualités du
poète liturgiste , et voyons jusqu'à quel point ces qualités
conviennent à Santeul : « Un si haut sujet exige un homme
» docte et digne d'une pareille mission, dont l'autorité soit
* compétente , le style nourri , en sorte que l'œuvre soit à la
ïfois noble et sainte Que la phrase donc resplendissante
» de vérité, fasse retentir la justice, persuade l'humilité,
» enseigne l'équité ; qu'elle enfante la lumière de vérité dans
» les cœurs , qu'elle réforme les mœurs , crucifie les vices ,
» enflamme l'amour, règle les sens (1). »
Mais peut-on dire de Santeul que son autorité soit compé-
tente, que sa phrase soit resplendissante de vérité, quelle
enfante la lumière de vérité dans les cœurs , quand on sait ,
par l'histoire , que la soumission de ce personnage aux dé-
cisions de l'Eglise fut, toute sa vie, un problême? Qui ignore
les liaisons du Chanoine de Saint-Victor, non seulement avec
Le Tourneux , mais plus étroitement encore avec Arnauld?
Non content d'avoir fourni pour le portrait de ce coryphée
du Jansénisme des vers où sa doctrine est louée avec em J
phase , il osa composer cette inscription pour le monument
destiné par les Religieuses de Port-Royal à recevoir le cœur
de leur Athanase :
Ad sanctas rediit sedes ejectus et exul :
Hoste triumphato , tôt tempestatibus actus ,
Hoc portu in placido, hac sacra tellure quiescit ,
Arnaldus veri defensor et arbiter ^qui , etc.
Quel Catholique aurait jamais appelé Arnauld le défenseur
de la vérité, l'arbitre de l'équité? Quel est ce triomphe dont
(1) Vid. ci- dessus. Tome 1. page 320.
118 INSTITUTIONS
parle le poète? Cet ennemi terrassé, serait-ce le Siège Apos-
tolique qui tant de fois a fulminé contre ses écrits incen-
diaires? Cette sainte demeure , ce port tranquille , cette terre
sacrée, c'est Port-Royal, c'est la demeure de ces filles re-
belles à l'Eglise, plus orgueilleuses, peut-être, que lesj)At-
losophes Chrétiens qui se sont donné rendez- vous à l'ombre
des murs de leur monastère. En faut-il davantage aux yeux
d'une foi vraiment catholique, pour signaler Santcul comme
fauteur des hérétiques? Qu'importe l'excuse qu'on voudra
tirer de sa légèreté naturelle ? l'homme léger jusque dans
les choses de l'orthodoxie n'a point l'autorité compétente
qu'exige saint Bernard dans l'hymnographe catholique ; la lu-
mière et la vérité ne resplendissent point dans ses vers. En
effet, y trouve-t-on un seul mot contre les erreurs de son
temps; une seule improbation des dogmes impies de Jansénius
sur la Grâce? Il avait pourtant mille occasions de s'expliquer,
et si le zèle de Pcrthodoxie l'eût animé, il eût su profiter de
la popularité qu'il pouvait prévoir pour ses Hymnes ; il en
eût profité, disons-nous, pour y déposer l'expression éner-
gique de la foi , la protestation du fidèle enfant de l'Eglise
eontre les théories damnablesdes hérétiques. A tous les âges
de l'Eglise, en présence de chaque erreur, les saints Docteurs
n'ont jamais manqué d'en user ainsi , et nous verrons dans
cet ouvrage qu'il ne s'est pas élevé dans l'Eglise une seute
hérésie à laquelle ne corresponde une protestation spéciale
dans la Liturgie.
Suivant le génie du parti qui avait ses plus chères sym-
pathies, Santeul, en même temps qu'il ne manquait aucune
occasion dans ses vers d'appuyer les points du dogme aux-
quels les disciples de l'Evêque d'Ypres prétendaient ratta-
cher tout leur système , usa d'une grande précaution pour
ne pas compromettre, par une expression trop crue, les
LITURGIQUES. 419
doctrines chères à la secte. C'était beaucoup pour elle de
fournir aux Eglises de France un de ses fauteurs pour hym-
nographe : une syllabe de trop eût compromis cette victoire.
On peut honorer du même éloge la discrétion de Nicolas Le
Tourneux dans la rédaction du Bréviaire de Cluny. Toute-
fois, quelques Catholiques se plaignirent de certaines strophes
de Santeul, mais surtout de la suivante qu'il est impossible
de justifier, si on prend les termes dans leur rigueur; elle se
trouve dans une Hymne de l'Office des Evangélistes :
Insculpta saxo lex vêtus
Prœcepta, non vires dabat ,
Jnscripta cordi lex nova
Quidquid jubet dat exequi.
Ainsi , la loi nouvelle diffère de l'ancienne en ce qu'elle
donne d'exécuter ce qu'elle commande, tandis que l'ancienne
imposait le précepte , mais laissait l'homme sans moyen de
l'accomplir. Cette strophe fut toujours très chère au parti ;
nous verrons plus loin avec quelle sollicitude il veilla pour
la maintenir dans son intégrité. Dieu seul sait combien de
temps elle doit retentir encore dans nos Eglises : mais qu'il
nous soit donné de protester ici contre une tolérance qui
dure malheureusement depuis plus d'un siècle , et de dire,
en passant, un solennel ana thème à trois Propositions de
Quesnel que Clément XI , et avec lui toute l'Eglise , a pros-
crites; heureux que nous sommes de n'avoir point à répéter
dans nos Offices divins les quatre vers qui les rendent avec
tant d'énergie :
Propositio vi. Discrimen inter fœdus Judaïcum et Chris-'
tianum est quod in illo Deus exigit fugam peccati et impie-'
mentum legis a peccatore , relinquendo illum in sua impo-
tentia : in isto vero Deus peccatori dat quod jubet , illum sua
gratia purificando.
120 INSTITUTIONS
Propositio vu. Quœ utilitas pro homine in veteri fœdere ,
in quo Deus illum relîquit ejus propriœ infirmitati, imponendo
ipsi suam legem ? Quœ vero félicitas non est admitti ad fœdus,
in quo Deus nobis donat quod petit a nobis !
Propositio viii. Nos non pcrtinemus ad novum fœdus,
nisi in quantum participes sumus ipsius novœ gratiœ quœ
opérât ur in nobis id quod Deus nobis prœcipit.
Le désir d'avoir des Hymnes d'une irréprochable latinité a
fait passer , comme on le voit , sur bien des choses; mais U
nous restera toujours un problème insoluble à résoudre :
c'est de savoir comment quelqu'un peut être obligé, sous
peine de péché, à réciter une Hymne qui contient matériel-
lement une doctrine qu'on ne pourrait soutenir sans encourir
l'excommunication. A notre avis, trois causes seulement
peuvent excuser de mal l'usage de l'Hymne en question :
une heureuse distinction dans laquelle l'esprit proteste contre
ce que répètent les lèvres; une innocence complète en ma-
tière d'orthodoxie ; enfin , une de ces distractions involon-
taires qui s'emparent de l'esprit durant la prière.
Mais c'est assez sur l'Hymnographe Victorin considéré
sous le point de vue de l'orthodoxie; nous l'envisagerons
maintenant sous le rapport de la gravité des mœurs si né-
cessaire, d'après saint Bernard, pour un si noble ministère.
Or, voici le portrait que trace de Santeul un de ses admira-
teurs contemporains , La Bruyère : « Concevez un homme
» facile, doux, complaisant , traitable; et tout d'un coup
» violent , colère , fougueux , capricieux. Imaginez-vous un
» homme simple , ingénu , crédule , badin , volage , un enfant
> en cheveux gris ; mais permettez-lui de se recueillir, ou
> plutôt de»se livrer à un génie qui agit en lui, j'ose dire
»sans qu'il y ait part, et comme a son insu; quelle verve !
» quelle élévation ! quelles images , quelle latinité ! Parlez-
\
LITURGIQUES. 121
p vous d'une même personne ? me direz-vous. Oui, du même,
»de Théodas , et de lui seul. Il crie, il s'agite , il se roule à
» terre, il se relève; il tourne, il éclate; et du milieu de
» cette tempête, il sort une lumière qui brille et qui réjouit.
» Disons-le sans figure , il parle comme un fou , et pense
» comme un homme sage. Il dit ridiculement des choses
» vraies , et follement des choses sensées et raisonnables. On
» est surpris de voir éclore le bon sens du sein de la bouffon-
» nerie, parmi les grimaces et les contorsions. Qu'ajouterai-je
» davantage? Il dit , et il fait mieux qu'il ne sait. Ce sont en
»lui comme deux âmes qui ne se connaissent point, qui ne
> dépendent point Tune de l'autre, qui ont chacune leur
» tour , ou leurs fonctions toutes séparées. Il manquerait un
» trait à cette peinture si surprenante , si j'oubliais de dire
> qu'il est tout à la fois avide et insatiable de louange, prêt
» à se jeter aux yeux de ses critiques, et dans le fond assez
» docile pour profiter de leurs censures. Je commence à me
» persuader moi-même que j'ai fait le portrait de deux per-
» sonnages tout différents ; il ne serait pas même impossible
» d'en trouver un troisième dans Théodas, car il est bon-
» homme. »
Ce n'est pas tout à fait ainsi que l'histoire nous dépeint les
Hymnographes de l'Eglise Latine, saint Ambroise, saint Gré-
goire, etc. , ou de l'Eglise Grecque , saint André de Crète ,
saint Jean Damascène, saint Joseph, etc. L'Esprit qui s'était
reposé sur ces hommes divins leur avait ôté toute ressem-
blance avec ces poètes humains qu'un délire profane ins-
pire. Un ineffable gémissement s'échappait de leur poitrine ,
mais si tendre , si humble et si doux , que l'Eglise qui est la
tourterelle de la montagne, l'a choisi pour le thème des
chants qui consolent son veuvage. Nous nous délecterons,
nous aussi , dans la mélodie de ces sacrés cantiques tout
422 INSTITUTIONS
resplendissants du plus pur éclat de la foi , propres à enflam-
mer l'amour et à régler les sens, comme le dit si admirable-
ment le grand Abbé de Clairvaux : nous en révélerons à nos
lecteurs l'intarissable beauté, et ils sentiront alors que les
compositeurs des nouveaux Bréviaires ont eu grandement
raison d'élaguer de ces livres , autant qu'ils ont pu , ces
chants d'un mode si différent; car , franchement, les nou-
veaux n'auraient pas gagné au voisinage.
Saint Bernard veut que l'œuvre du poète chrétien , rem-
plie iïonclion, persuade l'humilité, par cela même qu'elle est
produite de la plénitude d'un cœur humble. Or, voyez San-
teul courant les Eglises de Paris pour entendre chanter ses
Hymnes, jouissant de sa gloire , sous les voûtes de Notre-
Dame , en les entendant redire ses vers à lui, homme sans
autorité , de foi suspecte, comme si le sanctuaire d'une reli-
gion de dix-sept siècles fut devenu le théâtre d'une ovation
académique. Voyez-le , dans sa fureur bizarre, dépeinte non
seulement par Boileau lesatyrique, mais racontée par les
contemporains, déclamant jusque dans les carrefours de la
capitale ses Hymnes sacrées , au milieu des gestes et des con-
torsions les plus étranges , et dites-nous s'il y a rien de pareil
dans les fastes de la Liturgie. Franchement , il était trop
tard pour changer les habitudes de l'Eglise, et nous savons
qu'elle a , dans tous les âges, laissé aux théâtres mondains
les écarts d'une poésie délirante, et accueilU seulement les
chantres célestes qui ne troublent point du bruit de leur
vanité la majestueuse harmonie de sa demeure.
Nous n'entendons pourtant pas faire ici , ni la biographie,
ni la satire de Santeul. Nous dirons même que, de l'avis de
tous ses contemporains , il avait de bonnes qualités et même
une sorte de piété, à sa manière; mais c'est la valeur litur-
gique du personnage qu'il nous faut apprécier , et les traits
LITURGIQUES. 123
que bous ivons recueillis mettront le lecteur en état de
prononcer sur la question de savoir si l'Hymnographe Gal-
lican avait, ou n'avait pas les qualités exigées par saint
Bernard , pour le compositeur liturgique.
La mort de Santeul, ou plutôt la cause de cette mort n'est
pas propre à donner une plus inviolable consécration à ses
œuvres et à sa mémoire. On sait par le duc de Saint-Simon ,
qu'»7 était de la plus excellente compagnie , bon convive sur»
tout, aimant le vin et la bonne chère, mais sans débauche» Ce
fut dans un repas qu'une mauvaise plaisanterie, à laquelle on
se trouva enhardi par son humeur joviale, décida de sa vie.
Les détails ne sont point de la dignité de notre sujet. Le
poète de l'Eglise Gallicane expira peu d'heures après , et ,
dit-on, dans de grands sentiments de piété. Dieu l'aura jugé
sur sa foi et sur ses œuvres ; à lui seul le secret de sa sentence»
En attendant le grand jour de la manifestation , où chacun
apparaîtra tel qu'il fut , nous n'avons, pour juger Santeul,
que des actions extérieures : mais, encore une fois, il nous
paraît que ni la gravité de ses mœurs , ni sa foi ne le ren-
draient digne de l'honneur qu'on lui a fait.
Maintenant , le méritait-il cet honneur, même sous le rap-
port simplement littéraire ? C'est là une grave question , et
qui trouvera sa solution dans la partie de cet ouvrage où
nous avons annoncé devoir traiter des formes du style litur-
gique. En attendant , voici encore ce que dit saint Bernard :
«Que la phrase réforme les mœurs, crucifie les vices, en-
> flamme l'amour , règle les sens. » Est-ce à dire pour cela
que l'hymnographe chrétien doit aller emprunter, non seule-
ment le mètre de ses Cantiques , mais le style , le tour, les
expressions à ces lyriques anciens qui ne reçurent d'autres
inspirations que celles d'une muse profane ou lascive? On
nous vante le beau latin , le génie antique de Santeul ; il est
424 INSTITUTIONS
vrai qu'en même temps on s'appitoye sur le style dégénéré
des Pères de l'Eglise , sur le langage barbare des mystiques
et des légendaires du moyen âge ; que prouve tout cela, sinon
que l'absurde controverse sur la supériorité des anciens et des
modernes n'est pas encore jugée, aux yeux de plusieurs per-
sonnes? Quant à nous , nous pensons , avec bien d'autres,
que le latin de saint Ambroise , de saint Augustin , de Pru-
dence , de saint Léon, de saint Gélase , de saint Grégoire ,
de saint Bernard, etc., n'est pas la même langue que le latin
d'Horace , de Cicéron , de Tacite , de Pline ou de Sénèque ,
et que vouloir faire rétrograder la langue de l'Eglise jus-
qu'aux formes payennes de celle du siècle d'Auguste, c'est
une sottise, si ce n'est pas une barbarie mêlée d'inconve-
nance. Les Hymnes de Santeul et celles qui leur ressemblent ,
spnt tout simplement un des mille faits qu'on aura à citer
quand on voudra raconter la déplorable histoire de la re-
naissance du paganisme dans les mœurs et la littérature des
sociétés chrétiennes d'Occident.
Comment se fait-il que le sentiment de l'esthétique chré-
tienne se soit éteint chez nous, au point qu'il ne soit pas rare
de rencontrer des Ecclésiastiques qui conviennent, et, au
besoin, démontrent comment la pastiche du Parthénon bâtie
à Paris pour porter le nom d'Eglise de la Madeleine, constitue
une des plus énormes insultes dont le culte chrétien puisse
être l'objet chez un peuple civilisé, et qui ne sentent pas l'in-
convenance bien autrement grande de parler au vrai Dieu
et à ses Saints, la langue profane et souillée d'Horace? Ce-
pendant, celui qui jette le bronze dans le moule d'une statue
payenne , aura beau appeler du nom le plus chrétien le per-
sonnage qui en sortira , les formes accuseront toujours l'idée
première et trahiront malgré lui le sensualisme qui inspira
l'artiste. Placez tant que vous voudrez , dans les Eglises, en
LITURGIQUES. 125
trophée, les dépouilles des temples payens; faites que les
idoles rendent témoignage de leur défaite ; mais voulez-vous
accroître le répertoire des chants sacrés de cette religion
qui terrassa le Paganisme? n'allez pas, par une substitution
sans exemple , expulser la parole et la langue des Saints ,
pour inaugurer en triomphe , à leur place , la parole et la
langue du chantre de toutes les passions.
Comment ne voit-on pas que les Hymnes de Santeul sont ,
tout simplement , le produit , ou même , si Ton veut, le chef-
d'œuvre d'une école littéraire, cette école qui ne voyait le
beau que dans la seule imitation des classiques anciens? Faut-
il donc que l'Eglise aille prendre parti dans cette querelle ,
et décider, jusque dans ses Offices, pour le Parnasse de Boi-
leau ? Voilà pourtant ce qu'on a fait ; mais , comme il arrive
toujours , le monde littéraire a fait un pas : la notion du
véritable chef-d'œuvre a été (ant soit peu déplacée. Que
fera désormais la France de son Santeul , quand elle s'a-
percevra enfin qu'il a vieilli comme Y Art poétique de Des-
préaux ? Une telle situation littéraire sera pourtant réelle
quelque jour, et les Français expieront alors la grande faute
d'avoir sacrifié à la mode, jusque dans les prières de la Li-
turgie. Certes, jamais ces écarts n'arriveraient si une Litur-
gie universelle fondait ensemble toutes les nationalités : le
génie individuel produirait ses fruits plus ou moins beaux;
mais la voix de l'Eglise ne répéterait que ce qui convient à
'humanité toute entière. Voyez ces Hymnes séculaires que
,ous les Bréviaires français ont conservées : Audi, bénigne
jonditor ; Vexitla régis ; les deux Pange, lingua; Veni, Crea-
tor ; Ave y Maris stella, etc. Pourquoi ces Hymnes ont-elles
rouvé grâce? Ne forment-elles pas un contre-sens avec celles
lu répertoire de Santeul ? Est-ce la même langue , la même
mammaire ? Non, sans doute ; elles sont aussi exclusivement
126 INSTITUTIONS
chrétiennes que celles du poète Victorin sont classiques.
Quel aveuglement donc que d'avoir sacriûé , de gaieté de
cœur, tant d'autres pièces analogues pour le style et l'onc-
tion, et d'oser encore recueillir dans un même Bréviaire ces
chefs-d'œuvre de poésie catholique avec les fantaisies ly-
riques de Santeul ! Vous convenez donc qu'il y a un style
chrétien , une littérature chrétienne : d'autre part , vous
voyez que ce que vous lui avez préféré n'est pas chrétien ,
puisqu'il diffère en toutes choses : jugez vous-même l'objet
de vos prédilections.
D'ailleurs, à le considérer simplement comme latiniste,
Santeul est-il sans reproches? Ses Hymnes sont-elles aussi
pures qu'on le répète tous les jours? C'est un procès que
nous ne jugerons pas par nous-mcme , et qui nous entraîne-
rait dans des détails par trop étrangers à cette rapide his-
toire de la Liturgie. Néanmoins, pour faire plaisir à ceux de
nos lecteurs qui aiment la poésie latine , nous placerons à la
fin de ce volume une pièce curieuse que nous tirons d'un
ouvrage fort rare , YHymnodia Hispanica du P. Faustin
Arevalo. C'est une critique détaillée des Hymnes du célèbre
Victorin, extraite du Menagiana, dans lequel La Monnoie,
qui en est l'auteur, l'a déposée ; le savant Jésuite y a joint
ses propres remarques , et le tout forme un ensemble fort
piquant.
Mais c'est assez parler de Santeul et de son latin ; nous
devons dire maintenant quelques mots de la composition des
chants qu'on plaça, tant sur ces hymnes d'un mètre jus-
qu'alors inconnu dans l'Eglise, que sur ces nombreux Répons
et Antiennes qui avaient été fabriqués avec des passages de la
Sainte Ecriture. Il nous reste aujourd'hui peu de renseigne-
ments sur les auteurs de ces différentes pièces ; mais elles
sont là pour attester que l'art de la composition Grégorienne
LITURGIQUES. 127
était à peu près perdu vers la fin du dix-septième siècle. Les
Antiennes, les Répons, les Hymnes nouvelles du Bréviaire
de Harlay sont de la composition de Claude Chastelain , que
nous avons déjà nommé parmi les membres de la commission
formée pour la rédaction de ce Bréviaire. Malgré la séche-
resse et parfois la légèreté de sa composition (I) , comme il
était rare qu'on eût alors du plain-chant à composer, grâce
à l'immobilité des usages Romains, ce travail t tel quel, mit
Chastelain en réputation. Plusieurs Evêques qui l'avaient
chargé d'exécuter des réformes dans leurs Bréviaires, à
l'instar de celles de François de Harlay, lui demandèrent
de se charger de la composition des pièces de chant. Une
petite partie du travail de Chastelain est restée dans la Li-
turgie actuelle de Paris; elle se compose des pièces intro-
duites dans le Bréviaire, ou dans le Missel de Harlay, et qui
n'ont pas été remplacées dans les livres de Vintimille , et
nous serons assez juste pour reconnaître dans quelques-unes
le caractère véritable du chant Grégorien ; tels sont le Répons
Christus novi Testamenti du Samedi Saint , Y Introït de l'As-
somption, Astitit Regina ; celui de la Toussaint, Accessistis,
qui est imité avec bonheur du Gaudeamus Romain , etc. Le
chant de l'Hymne Stupete , gentes , qui est bien le plus beau ,
et presque le seul beau qu'on ait composé sur les Hymnes
d'un mètre inconnu à l'antiquité liturgique (2) , appartient sans
(1) C'est le jugement de l'Abbé L3 Beuf , dans soû Traité historique
sur le Chant Ecclésiastique , page 50.
(2) C'est à tort que certaines personnes voudraient faire honneur
au dix-septième et au dix-huitième siècles, de la composition du chant
admirable sur lequel en a mis l'Hymne : O vos œtherœî , du jour de
l'Assomption. L'Ordre de Gitcaux était en possession de ce chant , plu-
sieurs siècles avant la naissance de Santeui. II fut composé au moyen-
âge pour la belle Hymne de saiut Pierre Damien : O quant glorifica
luce coruscas !
128 INSTITUTIONS
doute à Chastclain, car nous croyons qu'il a été composé dans
l'Eglise de Paris , à l'époque même où ce compositeur y tra-
vaillait. Au reste, on voit aisément qu'il s'est inspiré d'un
Salve Rcgina du cinquième ton, qui se chante depuis plusieurs
siècles en France et en Italie , et qui doit avoir été composé
du treizième au seizième siècles.
Nous ne devons pas non plus oublier, à l'époque qui nous
occupe , un habile compositeur de plain-chant dont l'œuvre
a acquis en France une juste célébrité. Henri Dumont , né à
Liège en 1010, organiste de Saint-Paul, à Paris, et l'un des
maîtres delà musique de la Chapelle du Roi, se montra fi-
dèle gardien des traditions ecclésiastiques sur la musique.
(Je fut lui qui eut le courage d'objecter à Louis XIV les dé-
crets du Concile de Trente, lorsque ce prince lui ordonna
de joindre désormais aux motels des accompagnements
d'orchestre. L'Archevêque de Paris, François de Harlay,
leva bientôt les scrupules que la résistance de Dumont avait
fait concevoir au Roi; mais, peu de temps après, Dumont
demanda et obtint sa retraite (1). Il mourut en 1084, et laissa
plusieurs Messes en plain-chant, dont l'une, celle du pre-
mier ton, se chante dans toutes les Eglises de France, dans
les jours de solennités. Il est difficile, à notre avis, de pro-
duire de plus grands effets, et de tirer un plus brillant parti
des ressources du chant Grégorien, que Dumont ne l'a fait]
dans cette magnifique composition qu'une popularité de cent!
cinquante années n'a point usée jusqu'ici.
Nous nous bornerons à ces quelques lignes sur le chant
ecclésiastique dans la seconde moitié du dix-septième siècle ,1
en ajoutant toutefois qu'en dehors du plain-chant dont nous^
(1) Fétis. Biographie des Musiciens. Tom. III. pay. 235. Voyez aussi
le Dictionnaire des Musiciens de Choron et Fayolle.
LITURGIQUES. {%$
nous occupons principalement , on fabriqua à cette époque
un grand nombre de pièces du genre qu'on appelait chant
figuré, ou plain-chant musical, genre bâtard que nous au-
rons encore occasion de mentionner, et qui forme la plus
déplorable musique à laquelle une oreille humaine puisse
kre condamnée. Le musicien Nivers , entre autres , prit la
3eine de réduire à cette forme le Graduel et l'Antiphonaire
Romains, pour 1 usage des religieuses Bénédictines, et cet
issai servit de modèle à une foule d'autres compositions du
ncme genre.
Si de la science du chant ecclésiastique nous passons à
'architecture religieuse, nous remarquons la même dévia-
ion que nous avons signalée dans la Liturgie. A l'époque
le l'unité liturgique, sous les règnes de Henri IV et de
jouis XIII , la Renaissance prolongeait encore son dernier
répuscule ; dans la seconde moitié du dix-septième siècle ,
jout devient dur et froid ; si l'on excepte la coupole des Inva-
des qui appartient tout à fait à l'Italie , on sent la pierre
ans toute cette architecture nue et morne. On bâtit des
Iglises qui n'ont plus de nombres sacrés, ni de mystères à
arder dans les particularités de leur construction. On mo-
ernise sans pitié les vieilles cathédrales ; on défonce leurs
itraux séculaires, en même temps qu'on répudie les saintes
t gracieuses légendes dont ils étaient dépositaires; d'ail-
mrs , comme l'observe le noble champion de l'art catho-
que, M. le comte de Montalembert , il fallait bien y voir
lair pour lire dans tous ces nouveaux Bréviaires remplis de
hoses inconnues aux siècles précédents.
Qui eût osé élever la voix en faveur de nos antiques Eglises
; défendre leur solennel caractère , les proclamer Catho-
ques dans leur style incompris ? Les hommes croyants de
temps-là étaient parvenus à se créer une nature contre
t. h. 9
150 INSTITUTIONS
nature , à force de rechercher le Beau là où il n'est pas. Ces
mêmes édifices sacrés du moyen-Age qui forcent aujourd'hui
l'admiration des hommes les plus éloignés de nos croyances, le
dix-septième siècle les dédaigna comme barbares et vides de
toute espèce de beauté. Et non seulement, les hommes de
cette époque sentaient ainsi , mais il se trouvait des écrivains
pour le dire et l'écrire tout simplement ; témoin Fleury, dans
son cinquième Discours sur l'Histoire Ecclésiastique, qu'il
emploie tout entier à dénigrer les Ecoles du moyen-age , avec
un zèle et une amertume dignes de faire envie à Calvin. Il dit
donc, le sage et judicieux écrivain, en parlant d'Albert-le- •
Grand, de Scot et des autres Docteurs des douzième et I
treizième siècles, sans doute pour excuser leur barbarie :
t Souvenons-nous que ces théologiens vivaient dans un temps
idont tous les autres monuments ne nous paraissent point
> estimables , du moins par rapport à la bonne antiquité; du
» temps de ces vieux romans dont nous voyons des extraits
» dans Franchet ; du temps de ces bâtiments gothiques si chargés
y de petits ornements, et si peu agréables en effet qu aucun
» architecte ne voudrait les imiter. Or, c'est une observation
y véritable qu'il règne en chaque siècle un certain goût qui
> se répand sur toutes sortes de choses. Tout ce qui nous reste
» de l'ancienne Grèce est solide, agréable et d'un goût exquis :
> les restes de leurs bâtiments, les statues, les médailles, sont
>du même caractère en leur genre que les écrits d'Homère,
>de Sophocle, de Démosthène et de Platon : partout régnent
» le bon sens et l'imitation de la plus belle nature. On ne voit
> rien de semblable dans tout ce qui nous reste depuis la chute
i de l'Empire Romain, jusques au milieu du quinzième siècle,
>où les sciences et les beaux-arts ont commencé à se relever,
» et où se sont dissipées les ténèbres que les peuples du Nord
* avaient répandues dans toute l'Europe. »
V
\
LITURGIQUES. 131
Voilà, sans doute, quelque chose d'assez clair, et on ne
dira plus maintenant que nous exagérons quand nous faisons
certains hommes et certaines doctrines responsables de la dé-
viation lamentable dont nous écrivons l'histoire. Ces hommes
savaient ce qu'ils faisaient, et c'était après y avoir bien réfléchi
qu'ils proclamaient leur propre religion complètement nulle
en esthétique durant quinze siècles , après lesquels cette
même religion, s'éclairant enfin sur sa propre nudité , s'était
avisée d'aller demander à l'art grec qu'il voulût bien la voi-
ler de ses formes. Oui, ceci fut résumé ainsi, écrit ainsi,
à la fin du dix-septième siècle, au moment où l'on comment
çait émettre en lambeaux la Liturgie, celte divine esthétique
de notre foi, à la veille de ce dix-huitième siècle qui jugea
qu'il fallait en finir avec l'œuvre envieillie de saint Gré-
goire qu'avait implantée chez nous cet Empereur barbare
dont le nom était Gharlemagne.
La peinture catholique expira en France avec l'unité li-
turgique. Le Sueur terminait, en 1648, les fresques immor-
telles du cloître des Chartreux ; il ne survécut que trois ans
à l'achèvement de cette œuvre bien autrement liturgique que
les Sacrements de Poussin , qui donnent si peu ce qu'ils pro-
mettent. Quant à la statuaire, elle déclina aussi avec l'an-
tique poésie du culte. Les traditions perdaient du terrain, à
la fois , sous tous les points. Le dix-septième siècle , en finis-
sant, inaugura tardivement , à Notre-Dame , le fameux Vœu
ie Louis XIII de Nicolas Coustou , et ce fut pour proclamer
e plus énorme contre-sens qu'il fût possible de commettre
n pareille matière. Nous ne parlons pas de l'ignoble
naçonnerie dont on plaqua si indignement les colonnes du
Sanctuaire ; mais est-il une idée plus inintelligente que celle
l'avoir établi en permanence , comme le centre des vœux
it des hommages des fidèles , dans la Basilique de Marié
d52 INSTITUTIONS
triomphante , la scène du Calvaire qui nous montre la
Vierge éplorée , adossée à la Croix, soutenant sur ses ge-
noux le corps glacé du Christ ; en sorte qu'au jour même
de Pâques, il faut que le Pontife célébrant les saints Mys-
tères de la Résurrection, pendant que Y Alléluia retentit
de toutes parts, ait encore sous les yeux, comme une pro-
testation, la scène lugubre du Vendredi-Saint; et que le
jour de l'Assomption , tout en exaltant la magnifique entrée
de la Mère de Dieu dans le Royaume de son Fils, il la retrouve
encore immobile et abîmée dans cette douleur à laquelle nulle
autre ne peut être comparée? Certes, les siècles précé-
dents, illuminés de pures traditions liturgiques, auraient
compris autrement le Vœu de Louis XIII ; c'est aux pieds
de Marie, Reine de l'univers, le front ceint du diadème, ou
encore aux pieds de Marie , Mère du Sauveur des hommes,
et tenant l'Enfant-Dieu entre ses bras, qu'ils auraient placé
l'effigie des deux rois qui représentent la nation française
offrant son hommage à sa glorieuse souveraine. Nous ne cite-
rons que ce seul trait; mais de pareils se produisirent en
touslieux, à l'époque de décadence que nous avons carac-
térisée dans ce chapitre.
Si, après la France, nous considérons maintenant les autres
Eglises de l'Oceident , nous voyons qu'elles continuèrent de
garder les traditions antiques sur la Liturgie, par cela seul
qu'elles s'en tinrent fidèlement aux livres Romains de saint
Pie V. Les Papes accomplirent durant cette période les diffé-
rents travaux de correction, d'augmentation et de complément
qu'ils jugèrent nécessaires. Pour le Rréviaire et le Missel, ils,
se bornèrent à insérer plusieurs Offices de Saints et de Mys-
tères sur lesquels ils jugeaient devoir porter l'attention des
fidèles. Il est bien entendu que les Eglises de France qui
avaient accompli les innovations dont nous avons fait Plus-
\
LITURGIQUES. 135
toire, ne tinrent aucun compte de l'injonction du Pontife
Romain et s'isolèrent , de plus en plus, par ce moyen , du
reste de la catholicité : mais elles étaient encore en petit
nombre.
Le premier Pape que nous rencontrons à l'époque qui
fait l'objet de notre récit , est Innocent X , successeur
d'Urbain VIII. Voici les Offices des Saints qu'il ajouta au
Calendrier : sainte Françoise , Dame Romaine , du rite double,
et saint Ignace de Loyola , du rite semi-double. La fête de
sainte Claire fut établie semi-double ad libitum , et celles de
sainte Thérèse et de saint Charles Rorromée, déclarées semi-
doubles , non plus aâ libitum, mais d'obligation.
Alexandre VII éleva saint Charles Rorromée au rang des
ioubles, et saint Philippe de Néri au rang des semi-doubles ,
ît introduisit au Calendrier saint François de Sales, dont
1 composa lui-même la belle Collecte , saint Pierre de No-
asque , et saint Rernardin de Sienne , comme semi-doubles
l'obligation ; saint André Corsini , et saint Thomas de Ville-
îeuve , du même rite , mais seulement ad libitum.
Clément IX établit l'Office double de saint Philippe de Néri,
le saint Nicolas de Tolentino , et de sainte Thérèse. Il inau-
gura dans le Rréviaire , avec le degré de semi-double , sainte
Ionique et saint Pierre Célestin , Pape , et déclara d'obliga-
ion les Offices , jusqu'alors semi-doubles ad libitum , de saint
ean Gualbert , de saint Henri II , et des Stigmates de saint
rançois, ayant, en outre, établi, du même rite, mais ad
bitum , les fêtes de saint Vincent Ferrier, de saint Raymond
onnat , et de saint Remy.
Clément X, celui de tous les Papes de cette époque qui
onna le plus grand nombre de nouveaux Offices , éleva au
egré des doubles de seconde classe la fête de saint Joseph ,
t introduisit comme doublé mineure celle de sainte Elisabeth
154 INSTITUTIONS
de Hongrie. De plus, il fit doubles, de semi-doubhi qu'elles
étaient , les fêtes de saint François-Xavier, de saint Nicolas ,
Evêque de Myre, de saint Pierre de Nolasque, de saint
Pierre, Martyr, de sainte Catherine de Sienne, de saint
Norbert, de saint Antoine de Padoue, de sainte Claire, de
saint Eustache et ses Compagnons , Martyre , des saints Anges
Gardiens et de saint Bruno. Les Offices de saint Raymond de
Pennafort, de saint Venant, Martyr, de sainte Marie-Magde-
leine de Pazzi , de saint Gaétan de Thienne , de saint Pierre
d'Alcantara, et de saint Didace ou Diego, furent introduits
comme semi-doubles. Clément X établit du même degré,
mais simplement ad libitum, les fêtes de saint Canut , Roi de
Danemark et Martyr, et de saint Wenceslas, Duc de Bohême,
aussi Martyr. Par ces nombreuses additions au Calendrier,
Clément X peut être considéré comme Fauteur d'une véri-
table révolution liturgique. Jusqu'à lui, on n'avait admis de
nouveaux doubles qu'avec modération , afin de sauver la
prérogative du dimanche, et les semi-doubles même n'avaient
été créés qu'en petit nombre ; ce Pape dérogea à cette règle
d'une manière si solennelle, qu'après lui la plupart des Offices
qu'on a établis l'ont été du rite double; ce qui a changé défi-
nitivement la face du Calendrier Romain.
Innocent XI institua la fête du Saint Nom de Marie, double
majeur, et éleva au degré double les fêtes jusqu'alors semi-
doubles de saint Pierre Célestin, saint Jean Gualbert, saint
Gaétan de Thienne , saint Raymond Nonnat, et saint Janvier.
Il décréta, du rite semi-double, les fêtes de saint Etienne, Roi
de Hongrie , et de saint Edouard le Confesseur, roi d'Angle-
terre.
Alexandre VIII, dans son court pontificat, établit semi-
double l'Office de saint François de Borgia , et , seulement
ad libitum y du même degré, celui de saint Laurent Justinien?
LITURGIQUES. 455
Innocent XII institua l'Octave de la Conception de la
Sainte Vierge et la fête de Notre-Dame de la Mercy, du rite
double majeur. Il éleva au degré double mineur les Offices
de saint François de Sales et celui de saint Félix de Valois,
et inscrivit au Calendrier, comme du même rite , les fêtes
de saint Jean de Matha et de saint Philippe Benizzi. Enfin, il
rendit semi-doubles d'obligation les Offices de saint André
Corsini , de saint Alexis et de saint Thomas de Villeneuve.
Le Calendrier Romain reçut, comme Ton voit , de grandes
augmentations à l'époque qui nous occupe ; mais toutes ces
additions n'atteignaient en rien le corps même du Bréviaire
et du Missel. Ces Offices nouveaux étaient une richesse pour
l'Eglise , et comme un surcroît de splendeur à la couronne
de l'Année Chrétienne. En cela même, se manifestait énergi-
quement la différence des principes catholiques sur la Li-
turgie d'avec les théories humaines des liturgistes français.
Ainsi, à Rome, le culte des Saints prenait de nouveaux dé-
veloppements , en proportion des restrictions dont il était
l'objet en France.
Durant la seconde moitié du dix-septième siècle , les Pon-
tifes Romains n'exécutèrent aucun travail sur le Pontifical,
ni sur le Rituel. Le Cérémonial des Evêques fut seul l'objet
d'une réforme , qui eut lieu par les soins d'Innocent X , et
qui fut promulguée dans un Bref du 30 juillet 1650, qui
commence par ces mots : Etsi alias. Clément X, en 1672,
donna une nouvelle édition du Martyrologe , dans laquelle
il plaça en leurs jours, avec un éloge convenable, les noms
des Saints canonisés par lui-même et par ses prédécesseurs
immédiats.
Venons maintenant à l'imposante liste des liturgistes que
produisit notre époque : on peut dire qu'aucune autre ne
s'est montrée plus féconde, En tête, nous placerons G uil-
156 INSTITUTIONS
laume Dupeyrat , Trésorier de la Sainte -Chapelle de Vin-
cennes, qui mourut, il est vrai, en 1643, mais laissa un
ouvrage qui fut imprimé après sa mort, sous ce titre : His-
toire Ecclésiastique de la Cour, ou les Antiquités et Recherches
de la Chapelle et Oratoire du Roide France, depuis Clovis 1er.
( Paris, in-folio.)
(1650). Jean-Baptiste Casali, savant antiquaire Romain,
a donné plusieurs ouvrages très estimés au point de vue li-
turgique. Nous citerons son livre intitulé : De Veteribus sacris
Christianorum ritibus, sive apud Occidentales, sive Orienta-
les, Catholica in Ecclesia probatis. (Rome 1647, in-folio.) Les
autres ont pour but de recueillir les différents rites payens ,
tant des Egyptiens que des Romains, et ont été réunis dans
une môme publication faite à Francfort, en 1681 et 1684.
(1651). Théophile Raynaud, Jésuite, célèbre parle nombre
de ses écrits, qui sont remarquables par une érudition aussi
bizarre qu'étendue, est auteur de plusieurs ouvrages sur
des matières liturgiques. On trouve , dans la grande et pré-
cieuse collection de ses ouvrages , publiée à Lyon, en vingt
volumes in-folio, de 1665 à 1669, les traités suivants :
1° Christianorum sacrum Acathistum ; judicium de novo
vsu ingerendi Cathedras assistentibus Christiano Sacrificio ;
2° De prima Missa, et prœrogativis Christianœ Pente-
costes ;
3° 0 Parascevasticum septiduanis Antiphonis majoribus
Natale Christi antecurrentibus prœfixum ;
k° Agnus cereus Pontificia benedictione consecratus ;
5° Rosa Mediana Romani Pontificis benedictione conse-
crata : Ritus sacer Dominicœ quartœ Quadragesimœ enuclea-
tus ;
6° Natale Domini Pontificia gladii et pilei initiations sa-
Umne];
LITURGIQUES. 137
7° Tractatus de Pileo , cœterisque capitis tegminibus tam
sacris , quam profanis.
(1651). Jean Morin, Prêtre de l'Oratoire de France, tra-
vailla durant trente années à l'ouvrage intitulé : Commenta-
rius historiens de disciplina in administratione Sacramenti
Pœnitentiœ , tredecim primis sœculis in Ecclesia Occidentali
et hue usque in Orientait observata, ( Paris , 1651 . ) Il le fit
suivre, quatre ans après, d'un autre livre non moins sa-
vant et tout aussi hardi que le précédent, sous ce titre :
Commentarius de sacris Ecclesiœ Ordinationibus , secundum
antiquos et recentiores Latinos , Grœcos , Syros, et Baby-
lonicos, in quo demonstratur Orientalium Ordinationes Con-
ciliis generalibus et summis Pontificibus , ab initio schismatis
in hune usque diem fuisse probatas, (Paris 1655, in-folio.)
Le Père Morin avait composé un grand traité de Sacramento
Matrimonii qui est resté manuscrit , et dans lequel l'érudi-
tion était répandue avec profusion comme dans les précé-
dents ; mais on y remarquait le même penchant pour les
opinions suspectes. On imprima après sa mort l'ouvrage sui-
vant : /. Morini opéra posthuma de catechumenorum expia-
tione, de Sacramento Confirmationis , etc. (Paris 1703, in-4°.)
De savants opuscules du P. Morin sur les matières litur-
giques ont été publiés à diverses reprises , et notamment,
dans le premier tome des Mémoires de Littérature du P. Des-
molets, les lettres latines du savant Oratorien à Allatius
sur les Basiliques chrétiennes. Richard Simon fit imprimer à
Londres, en 1682, sous le titre de Antiquitates Ecclesiœ
Orientalis, la correspondance du P. Morin avec divers sa-
vants , sur plusieurs points importants d'antiquité ecclésias-
tique.
(1651). Jacques Sirmond , l'un des plus savants hommes
dont puissent s'honorer la France et la Société des Jésuites, a
158 INSTITUTIONS
/
laissé une histoire de la Pénitence publique , imprimée à
Paris en 1651, in-8% et reproduite dans ses œuvres complètes
qui ont été recueillies en cinq volumes in-folio. (Paris 1696.)
(1651). François de Harlay, Archevêque de Rouen, oncle
de l'Archevêque de Paris de même nom, mort en 1653, a
laissé un volume in-8° intitulé : La manière de bien entendre
la Messe de Paroisse. Ce livre, rempli d'édification , fut réim-
primé par ordre de l'Archevêque de Paris , en 1685 , avec
une Instruction Pastorale pour exhorter les fidèles à y puiser
leurs lectures.
(1651). Paul Aringhi, Prêtre de l'Oratoire de Rome, est
principalement connu par son ouvrage non moins précieux
pour la science liturgique que pour l'étude des origines
chrétiennes , et intitulé : Roma subterranea novissima , in
qua post Antonium Bosium, Johannem Severanum et alios
antiqua Christianorum et prœcipue Martyrum Cœmeteria il-
lustrantur. ( Rome 1651, 2 vol. in-folio.) Nous avons attendu
l'article d'Aringhi pour parler d'Antoine Bosio , Procureur
de l'Ordre de Malte en Cour de Rome , à qui appartient la
gloire d'avoir fondé la science des origines souterraines du
Christianisme à Rome, par son ouvrage, en langue italienne,
intitulé : Roma sotterranea, qui fut publié après la mort de
Bosio, avec des additions du P. Jean Severano de l'Oratoire
de Rome , à qui nous devons aussi un ouvrage curieux et
devenu rare qui porte ce titre : Memorie sacre délie sette
chiese di Roma. (A Rome, 1630 , in-8°. )
(1652). Jean Fronteau, Chanoine régulier de Sainte-Gene-
viève, mérite une place parmi les écrivains liturgistes , par
deux excellentes dissertations, l'une de Diebus festivis cum
Nativitatis, tum mortis Gentilium, hœbreorum , Christiano-
rum, deque ritibus eorum ; et l'autre, de Cultu sanctorumt
et Imaginufn et Reliquiarum, et de Adoratione veterum, d*
LITURGIQUES. 159
que ritibus et speciebus ejus. Elles sont placées à la fia du
fameux Kalendarium Romanum nongentis annis antiquius,
qu'il publia sur un manuscrit de l'Abbaye de Sainte-Gene-
viève , en 1652. ( Paris , in-8°. )
(1654). Barthélemi Corsetti , Cérémoniaire Italien, a
donné un ouvrage sous ce titre : Novissima ac compendiosa
praxis sacrorum Rituum ac Cœremoniarum quœ in Missis
solemnibus , aliisque Ecclesiasticis functionibus servari so-
ient, ad instar Cœremonialis Episcoporum. (Venise 1654,
in-12. )
(1655). Paul -Marie Quarti, Clerc Régulier Théatin, a
laissé sur la Liturgie les ouvrages suivants : 1° Rubricœ
Missalis Romani commentants illustratœ. ( Rome 1655 , in-
folio.) 2° De Sanctis Benedictionibus . ( Naples 1655, în-folio.)
5° Riga Mtherea, hoc est tractatus duplex de Processionibus
Ecclesiasticis, etLitaniis Sanctorum. (Venise 1655, in-folio.)
(1655). Thomas Hurtado de Mendoza , célèbre théologien
de Tolède , est auteur d'un écrit intitulé : De coronis et ton-
suris Gentilitatis, Synagogœ, et Christianismi , qui se trouve
parmi ses œuvres imprimées de son vivant, à Cologne , en
1655, in-folio.
(1656). Joseph-Marie Suarès , Evêque de Vaison, Prélat
rempli d'érudition, publia à Rome, en 1656, un travail li-
turgique sous ce titre : Corollaria ad Panvinium de Raptis-
mate Paschali , origine et ritu consecrandi AgnosDei. (In-8°. )
Il a donné aussi une dissertation de Crocea veste Cardinalium
in Conclavi. ( Rome 1670, in-4°. ) Zaccaria mentionne plu-
sieurs autres ouvrages , comme de Psalterio Rasilicœ sancti
Pétri ; de Ritu annuœ ablutionis Arœ Majoris Rasilicœ sancti
Pétri, etc.
(1656). Jean- Jacques Olier , fondateur et premier supé-
rieur de la Communauté des Prêtres, et du Séminaire de
440 INSTITUTIONS
Saint-Sulpice , à Paris , mérite une place distinguée dans la
bibliographie liturgique de l'époque que nous traitons , par
son admirable Traité des saints Ordres ( Paris 1676, in-12 ) ,
et par son Explication des Cérémonies de la Grand' Messe de
Paroisse ( 1656, in-12). Ce saint Prêtre, l'un des derniers
écrivains mystiques de la France , avait reçu d'en haut l'in-
telligence des mystères de la Liturgie, à un degré rare avant
lui , nous dirions presque inconnu depuis. Il fut en cela le
digne contemporain du Cardinal Bona ; mais Olier était déjà
mort en 1657.
(1656). Thomas Tamburini, Jésuite Sicilien, a laissé, entre
autres ouvrages, le suivant : De Sacrificio Missœ expedite
celebrando libri très, ( 1656 , in-18. )
(1657). Charles Guyet , savant Jésuite Français, est un
des hommes qui ont le mieux mérité delà science liturgique,
par l'admirable traité qu'il a donné sous ce titre : Heortolo-
gia, sive de festis Propriis locorum et Ecclesiarum. (Lyon
1657, in-folio , réimprimé à Urbin en 1728. ) Guyet, à la fin
de son livre , a inséré un grand nombre d'Hymnes dont les
unes sont de sa composition et les autres simplement retou-
chées par lui , à l'usage de plusieurs Eglises de France.
Quelques-unes de ces Hymnes ont été admises dans les nou-
veaux Bréviaires , où elles contrastent grandement avec
celles de Santeul, pour le style et le genre d'inspiration. Le
P. Guyet avait composé aussi un Ordo perpetuus divini Of-
ficii. (Paris l622,in-8°.)
(1657). Simon Wagnereck, Jésuite Bavarois, a extrait
des livres d'Offices des Grecs , un choix d'Hymnes et autres
prières en l'honneur de la Sainte Vierge , et l'a publié sous
ce titre : Pietas Mariana Grœcorum, ex XII tomis Menœo-
rum, et VII reliquis Grœcœ Ecclesiœ voluminibus deprompta,
(1658). Jean^Baptiste Mari, Chanoine d'une Collégiale de
LITURGIQUES. 141
Rome, a composé l'ouvrage suivant : Diatriba de Mystica
rerum significatione quœ in sanctorum Canonizatione ad
Missarum solemnia summo Pontifici offerri soient, ( Rome
1658 , in-8°. )
(1662). Jean du Tour ne nous est connu que par Zaccaria
qui lui attribue un traité de Amictu , veste sacerdotali , de
origine, antiquitate, et sanctitate vestium sacerdotalium legis
naturœ, mosaicœ , et Evangelicœ , et de prœcepto hominibus
dato orandi in Ecclesia nudo capite. ( Parisiis 1662 , în-4°. )
(1664). François Vander Veken, théologien de la Péni-
tencerie Romaine , mort en 1664 , avait publié l'ouvrage
suivant qui a été depuis traduit en italien : In Canonem sa-
crifiai expositio brevis. (Cologne 1644, in-12.)
(1664). Dom Hugues Vaillant, Bénédictin de la Congré-
gation de Saint-Maur, nous semble le premier homme de
son siècle pour la composition liturgique. Nous citerons, en
preuve de notre assertion , l'admirable Office de sainte Ger-
trude , qui a été adopté successivement par l'Ordre de saint
Benoît tout entier. Il a composé pareillement l'Office de
saint Maur, qui est aussi d'une grande beauté, mais en
usage seulement chez les Bénédictins Français. Dom Vail-
lant était tellement célèbre par le rare talent que Dieu avait
mis en lui, qu'ayant composé, en 1666, un Office de saint
François de Sales , non seulement l'Evêque d'Auxerre l'a-
dopta pour son Diocèse, mais l'Archevêque de Narbonne
lui-môme l'établit dans les onze Evêchés de sa province.
(1666). Gilbert Grimaud, Chanoine de la Métropole de
Bordeaux, est auteur d'un ouvrage excellent, sous ce titre :
La Liturgie sacrée , où l'Antiquité , les Mystères et les Céré-
monies de la sainte Messe sont expliquées. Ensemble, diverses
résolutions au sujet de la mémoire des trépassés, avec un
traité de l'Eau bénite, du Pain béni, des Processions et des
142 INSTITUTIONS
Cloches. (Lyon 1666, in-4°, et Paris 1678, 3 volumes in-18.)
(1667). Du Molin, Primicier de l'Eglise Métropolitaine
d'Arles, est auteur d'un ouvrage de Liturgie pratique,
presque oublié aujourd'hui , mais fort remarquable en son
genre. Il est intitulé : Pratique des Cérémonies de l'Eglise,
selon l'usage Romain , dressée par ordre de l'Assemblée géné-
rale du Clergé de France. Nous n'avons entre les mains que
la seconde édition qui est de Paris, 1667, in-4°.
(1667). Arnaud de Peyronnet, Théologal de la Cathédrale
de Montauban , a composé un excellent livre intitulé : Ma-
nuel du Bréviaire Romain , où sont exposées clairement et
méthodiquement les raisons historiques et mystiques des
Heures canoniales. (Toulouse 1667, 4 vol. in-8°. )
(1668). François Macédo de Saint-Augustin , Franciscain
Portugais , a laissé : 1° Concentus euchologicus sanctœ Ma-
tris Ecclesiœ in Breviaria , et sancti Augustini in libris.
(Venise 1668, in-folio.) 2° Azymus Eucharisticus siveJoan-
nis Bona doctrina de usu fermentati in sacrificio Missœ per
mille et amplius annos a Latina Ecclesia observato , exami-
nata, expensa, refutata. (Vérone 1673, in-8°.) 3° De Diis
Tutelaribus Orbis Christiani. (Lisbonne 1687, in-folio.) Cet
auteur bizarre aurait eu besoin d'une érudition plus nourrie
et d'un jugement plus sain.
(1668). Jean-Baptiste Thiers, Curé de Vibraye au Diocèse
du Mans, homme hardi dans ses jugements et célèbre par
l'originalité de ses productions, s'exerça principalement sur
les matières liturgiques. Nous citerons de lui : 1° De Festo-
rum dierum immunitione liber pro defensione Constitutionum
Urbani VIII, et Gallicanœ Ecclesiœ Pontificum. (Lyon 1668,
in-12.)
2° Dissertatio de retinenda in Ecclesiasticis libris voce Pa-
raclitus. (Lyon 1669, in-12. )
LITURGIQUES. 145
5° De stola in Archidiaconorum visitationibus gestanda a
Parochis. (Paris 1674-, in-12. )
4° Traité de l'Exposition du saint Sacrement de l'Autel.
(Paris 1679, 2 vol. in-12.)
5° Dissertation sur les porches des Eglises. (Orléans 1679,
in-12. )
6° Traité des Superstitions. (Paris 1704. 4 vol. in-12.)
7° Dissertations Ecclésiastiques sur les principaux Autels,
la clôture du Chœur, et les Jubés des Eglises. ( Paris 1688 ,
in-12. )
8° Histoire des Perruques. ( Paris 1690 , in-12. )
9° Observations sur le nouveau Bréviaire de Cluny. ( Bru-
xelles 1702, 2 vol. in-12.)
10° Traité des Cloches, et de la sainteté de l'offrande du
pain et du vin, aux Messes des morts. ( Paris 1721, in-12. )
Parmi ces divers écrits que nous venons de citer, deux
ont été misa Y Index, h Rome, savoir celui sur la diminution
des Fêtes, et le Traité des Superstitions. Les Observations
sur le nouveau Bréviaire de Cluny sont devenues rares : l'ou-
vrage ayant été supprimé en France , par le crédit du Car-
dinal de Bouillon qui avait publié ce Bréviaire, en qualité
d'Abbé de Cluny.
(1669). François-Joseph Taverna, Capucin, a publié un
livre intitulé : Copiosa raccolta di vaghi et varj fiori nell'a-
meno campo dé* sagri Riti. ( Palerme 1669, in-4°. )
(1669). Dominique Macri ou Magri, Chanoine Théologal
de l'Eglise de Viterbe , est un des principaux liturgistes de
son époque. Il a mérité ce titre par l'ouvrage suivant : Noti-
zia de' vocaboli Ecclesiastici, con la dichiarazione délie céré-
monie, dell'origine dei Ritisacri, voci barbare e frazi usate
da' Santi Patri, concilj e scriptori Ecclesiastici. (Messine
1G44, in-4°. Rome 1650-1669, etc.) Cet ouvrage important
144 INSTITUTIONS
fut traduit en latin et imprimé deux fois en Allemagne ; mais
Charles Macri, ou Magri, frère de Dominique, peu satisfait
de cette traduction , en fit une nouvelle et la publia sous ce
titre : Hierolexicon , sive sacrum dictionarium , in quo Ec-
clesiasticœ voces , earumque etymologiœ , origines, symbola ,
cœremoniœ , dubia, barbara vocabula , atque Sacrœ Scrip-
turœ et sanctorum Patrum phrases obscurœ , elucidantur.
(Rome 1677, in-folio.) L'ouvrage réimprimé à Venise en
1765 (deux volumes in-4° ), a été considérablement aug-
menté.
(1670). Jean de Launoy, Docteur de Sorbonne, l'un des
plus audacieux critiques de son temps , soupçonné même
de socinianisme , influa grandement sur les destinées de la
Liturgie en France , par ses écrits contre l'Assomption de la
Sainte Vierge et contre les traditions relatives à saint Denys
l'Aréopagite, sainte Marie-Madeleine, saint Lazare et les
divers Apôtres de nos Eglises. Il appartient à notre Biblio-
thèque par les ouvrages suivants, que nous trouvons réunis
dans la collection de ses œuvres publiées à Genève ( 1631 ) ,
en dix volumes in-folio : Dissertatio de veteri more baptizandi
Judœos et infidèles. — Dissertatio de priscis et solemnibus
baptismi temporibus. Nous devons mentionner aussi son livre
de Sacramento Unctionis infirmorum. (Paris 1673, in-8°.)
(1670). Chrétien Wolf, savant Augustin ,plus connu sous le
nom de Lupus, appartient aussi à la liste des liturgistes du dix-
septième siècle par les ouvrages suivants, qui ont été recueil-
lis dans ses œuvres complètes, publiées à Venise (1724-1729,
douze tomes in-f°. ) 1° Dissertatio de sanctissimi Sacramenti
publica expositione et de sacris processionibus, 2° De Consecra-
tione Episcoporum per Romanum Pontificem. 5° De veteri disci-
plina mUitiœ Christianœ. A* De Sacerdotalisbenedictionis an*
* LITURGIQUES. 445
tiquitate, forma et fructu, et demaledictione. On peut encore
trouver des choses très importantes pour la science litur-
gique dans le grand et orthodoxe ouvrage de Lupus sur les
Conciles, qui porte ce titre : Synodorum Generalium et Pro-
vincialium statuta et canones , cum notis et historicis disser-
tationïbus. (Louvain et Bruxelles 1665-1673, cinq volumes
in-4°. )
(1670). Jean Bona , Abbé général des Feuillans et Cardi-
nal , peut être considéré non seulement comme l'un des plus
saints et des plus savants hommes qui aient été revêtus de la
pourpre romaine, mais aussi comme l'un des plus illustres
liturgistes de l'Eglise Catholique. Ses ouvrages peu nom-
breux , il est vrai, sont et demeureront à jamais autant de
chefs-d'œuvre. Nous entendons parler des deux principaux
qui sont : 1° Rerum Liturgicarum libri duo. (Rome 1671,
in-4\ ) 2° Psallentis Ecclesiœ harmonia. (Rome 1655, in-4°.)
Ce dernier ouvrage est intitulé : De divina Psalmodia, dans
l'édition de Paris, 1663. Les œuvres de Jean Bona ont été
recueillies plusieurs fois et sont assez faciles à rencontrer.
Les lettres de ce savant Cardinal , dans lesquelles il traite
tantôt à fond , tantôt par occasion, de nombreuses questions
liturgiques , n'ont paru que dans l'édition de Robert Sala ,
à Turin, 1747. Le Cardinal Bona a donné des preuves de son
talent pour la composition liturgique , dans les excellentes
Leçons et la gracieuse Oraison qu'il a rédigées pour la fête
de sainte Rose de Lima , au Bréviaire Romain.
(1670). Robbes, Docteur de Sorbonne , personnage que
nous ne connaissons que par son livre, est auteur d'une
Dissertation sur la manière dont on doit prononcer le Canon
et quelques autres parties de la Messe. (Neufchâteau 1670,
in-12. )
(1671). En cette année, fut publié à Rome , à l'imprimerie
T. H. 10
146 INSTITUTIONS
de la Propagande , l'Opuscule suivant , in-4° : Instructic
super aliquibus Ritibus Grœcorum ad Episcopos Latinos , in
quorum diœcesibus Grœci , vel Albanenses degunt.
(1672). Charles Settala , Evêque de Derthon , est auteu
d'un ouvrage qui a pour titre, Mister j , e sensi mistici dell
Messa. (Derton 1672 , in-4°. )
(1672). François-Marie Brancacci , Cardinal , a publié hui
Dissertations à Rome, 1672, in-folio. Parmi ces dissertation
plusieurs traitent des matières liturgiques , telles sont celle
De privilegiis quibus gaudent Cardinales in propriis capellis
— De sacro Viatico in extremo vitœ periculo certantibus exh
bendo, — De benedictione diaconali, — De altarium consecra
tione.
(1673). Martin Claire, Jésuite, entreprit une correctio
des Hymnes du Bréviaire Romain, qui n'a jamais été adopte
dans aucune Eglise , mais dont il fit jouir le public sous (
titre : Hymni Ecclesiastici novo cultu adornati. (Paris 1672
in-4°.) Il s'en est fait depuis plusieurs éditions. Le travail d
Père Claire est précédé d'une Dissertation De vera et propr
Hymnorum Ecclesiasticorum ratione , et suivi de plusieu
Hymnes très bonnes en l'honneur des Saints de sa Comp
gnie.
(1673). Dom Benoît de Jumilhac, Bénédictin de la Co
grégation de saint Maur , a composé sur le chant ecclésia
tique un ouvrage qui peut être considéré comme un ch
d'œuvre d'érudition et de science musicale. Il est intitul
La science et la pratique du Plain-chant , où tout ce qui q
partient à la pratique est établi par les principes de la scienc
et confirmé par le témoignage des anciens philosophes, . *
Pères de l'Eglise, et des plus illustres musiciens, entre aut
de Gui Arétin et de Jean des Murs. ( Paris 1673 , in-4°. )
(1676), Nous plaçons sous cette date les Cçnfmnces 1
LITURGIQUES. 147
clésiastiques du Diocèse de La Rochelle , ouvrage fort remar-
quable qui a même été traduit en langue italienne , et dans
lequel un grand nombre de questions relatives à la Liturgie
sont traitées avec érudition et sagacité. Notre exemplaire
est de la seconde édition, 1676 , à La Rochelle , in-12.
(1677). Raymond Capisucchi, Dominicain, Maître du Sa-
cré Palais , puis Cardinal , a donné sous ce titre : Controver-
siœ theologicœ selectœ (Rome 1677, in-folio), une suite de
dissertations parmi lesquelles plusieurs ont trait à la Litur-
gie ; telles sont celles où il parle du mélange de l'eau et du
vin dans le calice, de la bénédiction de l'Eucharistie , de la
forme de la consécration, de la communion pour les morts,
du sens de ces paroles de l'Offertoire , dans la Messe des
morts : Domine Jesu-Christe, rex gloriœ, libéra animas om-
nium fidelium defunctorum depœnis inferni, etc.; du culte
des Images , etc.
(1677). Etienne Baluze, l'un des plus doctes personnages
de son temps , a droit d'être compté parmi les savants qui
ont bien mérité de la Liturgie , par son édition du Cornes ,
dit de saint Jérôme, qu'il publia sur un manuscrit de Beau-
vais et qu'il plaça dans l'Appendice du deuxième tome de ses
Capitularia Regum Francorum.
(1677). Jean de Sainte-Beuve, célèbre casuiste, a laissé
aussi un traité intitulé : Tradition de VEglise sur les Séné'
dictions. (Toulouse 1679. )
(1679). Pierre Floriot, Confesseur des Religieuses de
Port-Royal , donna en 1679, in-8°, à Paris, un livre assez re-
marquable, sous ce titre : Traité de la Messe de Paroisse, où
l'on découvre les grands mystères cachés sous le voile de la
Messe publique et solennelle.
(1680). Jean Garnier, Jésuite Français, publia à Paris, eu
1080 , iû-4% le fcmeux Liber diurms Rommortm Pontifia
448 INSTITUTIONS
cum, dont nous avons parlé ailleurs, et qui est, sous plu-
sieurs rapports, ainsi que nous l'avons dit , une des sources
de la science liturgique.
(1680). Le bienheureux Joseph-Marie Tommasi, Théatin,
pui.s Cardinal, béatifié par Pie VIÏ, est un des hommes qui
ont le plus puissamment contribué à l'avancement de la
science liturgique, par les monuments qu'il a publiés et an
notés, et dont la connaissance suffirait à elle seule poui
donner à un homme l'intelligence la plus complète des Litur
gies occidentales.
1° Il a publié : Codices sacramentorum nongentis anni
vetustiores. (Rome 1680, in-4°.)
2° Psalterium juccta editionem Romanam et Gallicam, cm
Canticis , Exjmnario et Orationali. ( Rome 1683. )
3° Responsorialia et Antiphonaria Romance Ecclesiœ
S. Gregorio magno, disposita cum appendice monumentoru
veterum et scholiis. [ Rome 1686. )
4° Antiqui libri Missarum Romance Ecclesiœ, idest Ant
phonarium S. Gregorii. (Rome 1691. )
5° Officium Dominicœ Passionis feria VI Parasceve , M I
joris Hebdomadce, secundum ritum Grœcorum. (Rome 169.
6° Psalterium cum canticis et versibus primo more distin
tum, argumentis et orationibus vetustis , novaque litter
explicatione brevissima dilucidatum.
Joseph Bianchini, de l'Oratoire de Rome, ayant rés<
de donner une édition des œuvres du B. Tommasi , il
publia le premier volume, in-folio, à Rome, en 1741 ; n
cette édition n'eut pas de suite. En 1748, le Père Antc
François Vezzozi , Théatin , en entreprit une autre en s
volumes in-4% qui fut achevée à Rome, en 1754. Il e
regretter qu'il n'y ait pas fait entrer plusieurs choses
portantes que comprenait déjà le travail de Bianchini. C
te
LITURGIQUES. 149
édition n'en est pas moins le plus précieux répertoire pour
les amateurs des antiquités liturgiques. Les six premiers
volumes contiennent les ouvrages que nous venons d'énu-
mérer (1). Le septième est rempli par un grand nombre
d'opuscules dont nous citerons seulement ceux qui ont rap-
port à notre objet.
1° Breviculus aliquot monumentorum veteris moris quo
Christiani ( a sœculo tertio ) ad sœculum usque decimum ute-
bantur in celebratione Missarum , sive pro se , sive pro aliis
vivis, vel defunctis et in ejusdem rei oneribus.
2° Missa ad postulandam bonam mortem , jussu Clemen-
tis XI, circa annum 1706, composita.
3° Orationes et Antiphonœ , petendœ a repentina morte li-
ber ationi accommodât œ. Eodem anno, jussu ejusdem Ponti-
fias. Le Siège Apostolique a, depuis, accordé des Indulgences
à la récitation de ces prières et antiennes.
4° Annotationes miscellaneœ ad Missale Romanum,
5° Notulœ in dubia proponenda Congregationi sacrorum
Rituum pro nova impressione Missalis,
6° Prisci fer menti nova expositio.
7° De fermento quod datur sabbato ante Palmas , in Con-
sistorio Lateranensù
8° De privato ecclesiasticorum officiorum Breviario extra
chorum.
9° Ordo temporis servandus in recitatione Officii Eccle-
siasticL
10° Trois dubia sur la consécration d'une Eglise. Un
votum sur la demande faite par les Napolitains d'ajouter les
(1) Il faut excepter pourtant l'Office du Vendredi-Saint suivant le
rite Grec, queVezzozi a rejeté au septième volume, parmi les opus-
' culesduB, Tommasi,
150 INSTITUTIONS
mots Patris nostri au nom de saint Janvier. Une note sur
une supplique pour une Fête du Père Eternel.
11° De iranslatione festi et ratione illud servandi, quando
incidit in Major em Eebdomadam.
42° Riflessioni intorno ad una nuova accademia di Liturgia.
13° Scrittura nella anale si prova che l'istituzione délia Fe-
ria Quarta in capite jejunii e stata prima di S. Gregorio
Magno , contro l'opinione del Menardo.
14° Brève istruzione del modo d'assistere fruttuosamente
al S. Sacrifizio délia Messa secondo lo spirito , ed intenzione
délia chiesa.
(1680). François-Marie Florentini , de Lucques, publia
en cette ville , en 1668 , des notes précieuses sur le Martyro-
loge dit de saint Jérôme. Il fit paraître, quelques années
après, un livre intitulé : Tumultuaria disquisitio de antiquo
usu fermenti panis et azimi. (Lucques 1680 , in-4°. )
(1680). Louis Thomassin, Prêtre de l'Oratoire de France
a porté dans l'étude de la Liturgie cette érudition intelligente
qui caractérise tous ses écrits. Nous avons de lui sur cette
matière : 1° Traité des Jeûnes de l'Eglise. (Paris 1680, in-8°.
2° Traité des Fêtes de l'Eglise. ( Paris 1683 , in-8°. ) 3° Trait
de l'Office divin. ( Paris 1686. )
(1680). Guillaume de la Brunetière , Evêque de Saintes
est célèbre par les belles Hymnes dont il a enrichi le Bréviair
de Paris. Ces compositions, d'une latinité pure et d'un
versification correcte, contrastent, comme celles du P.Guye
avec les odes et épodes de Jean-Baptiste Santeul. Nous c
terons entre autres les belles Hymnes du Commun d'un Coi
fesseur Pontife : Christe , pastorum caput , atque princeps
et Jesu, sacerdotum decus.
(1680). Claude Santeul, du Séminaire de Saint-Magloir*
d'où lui vient le surnom de Maglorianus, est pareilleme
LITURGIQUES. 151
auteur de plusieurs Hymnes du Bréviaire de Paris qui rem-
portent sur celles de son frère le Victorin, par l'onction et
la simplicité. Il est inutile de les indiquer ici. Il paraît que
Thymnographie était innée dans cette famille , car on trouve
encore un Claude Santeul, parent des deux premiers, mar-
chand et échevin de Paris , qui a publié aussi un recueil
d'Hymnes. (Paris, 1723, in-8°. )
(1680). Michel Nau, savant Jésuite , Missionnaire dans le
Levant, est auteur d'un livre intitulé : Ecclesiœ Romanœ
Grœcœque vera effigies. ( Paris, 1680 , in-4°. ) Ce livre ren-
ferme beaucoup de choses sur la Liturgie des deux Eglises,
(1681). Charles Cartari , Prélat Romain , a publié un livre
curieux sous ce titre : LaRosad'oroPontificia. (Rome, 1681,
in-4°. )
(1682). Charles-Barthélémy Piazza, de la Congrégation
des Oblats de Milan, a donné plusieurs ouvrages curieux
sur les matières liturgiques. Il est auteur des ouvrages sui-
vants : lride sacra, ovvero de'colori ecclesiastici. (Rome 1682,
in-8°. ) — Eorterologio , ovvero stazioni sacre Romane , efeste
mobili, loro origine, sito e venerazio-ne nella Chiesa Romans,,
colle preci cotidiane. (Rome, 1702, in-8°. ) — Necrologj , o
discorsi dell'uso, mislero ed antichità appresso diverse nazioni
de'riti e cerimonie nell'Esequie, e funerali, passati a'secoli
nostri Cristiani. (Rome, 1711, in-4°. )
(1682). Claude Fleury, suffisamment connu par son His-
toire Ecclésiastique et ses autres productions dans le même
esprit, appartient à notre Bibliothèque liturgique par ses
Mœurs des Chrétiens, ouvrage remarquable et bien connu
qui parut pour la première fois à Paris, en 1782, in-12.
(1682). Jacques-Bénigne Bossuet, Evêquede Meaux, dont
les savants et éloquents écrits embrassent tant de sujets ,
doit aussi être compté parmi les liturgistes de son temps,
152 INSTITUTIONS
pour les deux ouvrages suivants : 1° Traité de la Communion
sous les deux espèces. (Paris 1682, in-12.) 2° Explication
de quelques difficultés sur les Prières de la Messe. (Paris 1689,
in-12.)
(1682). Jean-Gaspar Scheitzer, plus connu sous son nom
latinisé de Suicerus, ministre Calviniste et professeur de
langues à Zurich , a droit de trouver place ici pour son bel
ouvrage intitulé : Thésaurus Ecclesiasticus de Patribus Grœ-
cis, ordine alphabetico exhibens quœcumque phrases , ritus ,
dogmata , hœreses et hujusmodi alia spectant. ( Amsterdam
1682, deux volumes in-folio.) La seconde édition, qui est
aussi d'Amsterdam, 1728, est corrigée et augmentée d'un
supplément par les soins de Jean-Henri Suicerus , fils du
précédent.
(1685). Nivers , organiste de la Chapelle du Roi , et maître
de la musique de la Reine, est auteur d'une Dissertation sur
léchant Grégorien. (Paris 1683, in-8°. ) Ce livre , assez mal
rédigé , est savant et annonce un amateur éclairé du chant
ecclésiastique. Nous avons parlé ci-dessus des essais malheu-
reux de Nivers sur l'Antiphonaire et le Graduel Romains, à
l'usage des Religieuses ; il a en quelque façon réparé ses
torts en publiant une fort bonne édition de l'Antiphonaire
Romain pur, Paris in-8°, 1701.
(1685). Daniel Papebrok, Jésuite, le plus illustre des suc-
cesseurs de Bollandus, a inséré dans son Propylœum ad Acta
sanctorum Maii (Anvers 1685, in-folio), plusieurs disser-
tations sur des matières liturgiques. Nous citerons , entre
autres , la trentième , de lingua Slavonica in sacris apud
Bulgaros , Moravosque recepta , et Apostolicœ Sedis ea de re
judicio ; la trente-cinquième , de solemnium Canonizationum
initiis , atque progressons ; la quarantième , de forma Pallii,
aliorumque Pontificalium indumentorum medio œvo mutata;
LITURGIQUES. 4S5
la quarante-troisième , de Officio pro festo Corporis Christi,
Urbani IV jussu per sanctum Thomam composito, etc.
(1685). Emmanuel de Schelstrate, gardien delà Biblio-
thèque du Vatican, non moins distingué par son attachement
inviolable au Saint Siège , que par sa profonde érudition , a
publié un ouvrage important sur le secret des Mystères, avec
ce titre : De Disciplina arcani dissertatio apologetica. (Rome
1685,in-4°.)
(1685). Jean Cabassut , Prêtre de l'Oratoire de France ,
dans sa Notitia Ecclesiastica historiarum et conciliorum (Lyon
1670, in-folio), a inséré un grand nombre de dissertations
dont plusieurs ont pour objet les matières liturgiques.
(1685). Dom Jean Mabillon, Bénédictin, l'éternel hon-
neur de la Congrégation de Saint-Maur, débuta dans sa car-
rière littéraire par une œuvre liturgique. Pendant son sé-
jour à Corbie , il composa des Hymnes en l'honneur de saint
Adalhard et de sainte Bathilde, et travailla aux Offices propres
de cette Abbaye. Le recueil de ces différentes pièces porte
ce titre : Hymni inJaudem sancti Adalhardi et sanctœ Ba-
thildis reginœ. Officia Ecclesiœ Corbeiensi propria vel nova
édita, vel vetera emendata ; quœ omnia in unum collecta typis
vulgata sunt ad ejusdem Ecclesiœ usum. ( Paris 1677, in-4°.)
Dom Mabillon , en publiant avec Dom Luc d'Achery les Act a
sanctorum Ordinis sancti Benedicti, enrichit chacun des
neuf volumes de cette précieuse collection d'une savante
préface dans laquelle il traite avec profondeur un grand
nombre de questions liturgiques. Ces préfaces ont même été
recueillies à part dans un volume in-4% publié à Rouen en
1752. En 1674, Dom Mabillon donna sa Dissertatio de pane
Eucharistico azimo et fermentato (Paris, in -8° ); mais
jusqu'alors il n'avait rien publié d'aussi important sur
ces matières que son ouvrage sur te Liturgie Gallicane,
454. INSTITUTIONS
Il porte ce titre : De Liturgia Gallicana libri III, in quibus
veteris Missœ , quœ ante annos mille apud Gallos in usu erat
forma ritusque eruuntur ex antiquis wonumentis , Lectiona-
rio Gallicano hactenus inedito , cum tribus Missallbus Tho-
masianis, quœ intégra rcferuntur; Accedit disquisitio de Cursu
Gallicano, seu de Divinorum Ofliciorum origine et progressu
in Ecclesiis Gallicanis. (Paris 1685, in-4°. )
La Liturgie Gallicane fut bientôt suivie du Musœum Ita-
Ucum, dont le second volume est d'une importance inappré-
ciable pour la science liturgique, à raison du texte des quinze
Ordres Romains que Dom Mabillon y a recueillis, et du sa-
vant commentaire dont il les a enrichis. Le Musœum lta-
îicum parut en deux fois, savoir le premier volume, à Paris,
1087, et le second, 1689, in-4°. En 1689, Dom Mabillon
donna un Traité où l'on réfute la nouvelle explication que
quelques auteurs donnent aux mots de Messe et de Commu-
nion qui se trouvent dans la Règle de saint Benoît. ( Paris
1689, in-lc2. ) Nous devons mentionner aussi sa lettre sur le
culte des Saints Inconnus qui fit tant de bruit et qu'il modi-
fia de manière à satisfaire le Siège Apostolique. Elle porte
ce titre : Eusebii Romani ad Theophilum Gallum Epistola
de cultu sanctorum ignotoium. ( Paris 1698, in-4.°. )
(1685). Jacques de Saint-Dominique, Dominicain, est
auteur d'une Dissertation historique touchant la façon pres-
crite parles Rituels ecclésiastiques, pour administrer sam
péril la très sainte Communion, L'ouvrage est sans indicatior
du lieu d'impression.
(1686). Pompée Sarnelli de Bisceglia , homme d'une rar<
érudition, doit être mentionné ici pour son savant livr<
intitulé : Antica Basilicografia. ( Napîes 1686. ) Il est pareil
lement auteur des ouvrages suivants : Commentarj intorn
al rito délia Mes sa per que 'sacerdoti che privât amente la cel
LITtmCîQUES. 18$
brano. (Naples 1686, in-12. )— Il Clero secolare ml suo
splendore. — Lettere Ecclesiastiche. ( Naples 1686. ) Cette
collection, publiée de nouveau à Venise, en 1718 (9 vol.in-4°),
renferme de curieuses dissertations. Sarnelli y traite , entre
autres matières, délia Canoniea chericale corona; délia Ca-
nonica tonsura o rasura délia barba chericale ; délia berretta
chericale ; dell'abuso délie berrettino presso i Cherici; dell'abito
chericale; dell'uso dell'annelloper lepersone ecclesiastiche. —
Sacra lavanda di piedi detredici poveri, che si célébra nel
Giovedi Santo. (Venise 1711.) — Lume a'principianti nello
studio délie materie ecclesiastiche e scritturali, aggiuntivi i
commentarj sul rito délia santa Messa , e una istruzione per
i Cappellani, che servono al Vescovo, quando célébra privata-
mente. ( Venise 1635. )
(1686). Dom Bernard Bissi, Bénédictin de la Congréga-
tion du Mont-Cassin, a laissé un grand ouvrage pratique
sur la Liturgie, qui jouit d'une réputation méritée. Il porte
ce titre : Hierurgia, sive rei divinœ peractio. Opus absolutis-
simum, saerorum rituum et Ecclesiasticarum cœremoniarum
ea omnia complectens ac exactissime tradens quœ alibi sparsa
reperiuntur, tam ea quœ ad sacrosanctum Missœ Sacrificium
privatum ac solemne celebmndum , quam ad divinum Ofli-
cium rite et recte, publîce ac private persolvendum ; Ponti-
ficalia exercenda ; Sacramenta administranda et ad cœteras
omnes ecclesiasticas Functiones, ut decet complendas pertinent.
(Gênes, 1686, deux volumes in-folio.)
(1688). Antoine Arnauld, Docteur de Paris, digne cory-
phée de la secte Janséniste, peut revendiquer une large
part , soit comme agent , soit comme patron , dans toutes
les innovations liturgiques du dix-septième siècle et des sui-
vants. Il a été le promoteur ardent des théories sur l'emploi
exclusif de l'Ecriture Sainte ; la traduction du Missel de
156 INSTITUTIONS
l'Abbé de Voisin le reconnaît pour un de ses auteurs ; nul
Docteur plus que lui n'enhardit la conscience du Clergé sur
le chapitre de la résistance et de l'isolement à l'égard du
Saint Siège ; Nicolas Le Tourneux , Santcul et les autres ,
furent ses adeptes passionnés. Il le leur rendit bien, lorsqu'il
publia , à l'époque de la condamnation du Bréviaire Romain
traduit par Le Tourneux, l'ouvrage suivant: Défense des
versions de l'Ecriture, des Offices de V Eglise et des ouvrages des
Pères, et en particulier de la nouvelle traduction du Bréviaire,
contre la sentence de i Officiai de Paris , du 10 avril 1088.
(Cologne 1088, in-12.)
(1088). En cette année, on publia à Rome l'ouvrage sui-
vant, de Pompée Ugonius, professeur Romain, mort en
1614 : Istoria délie Stazioni di Roma, che ci celebrano la
Quaresima, in-8°.
(1G88). Jean-Justin Ciampini, illustre Prélat Romain, fut
trop versé dans la connaissance de l'archéologie chrétienne ,
pour n'avoir pas cultivé la science liturgique. Nous citerons
de lui, sous ce point de vue : 1° Conjecturœ de perpetuo azy-
morum usu in Ecclesia Latina, vel saltem Romana. (Rome
1688, in-K)
2° Dissertatio historica an Romanus Pontifex baculo pas-
toraliutatur. (Rome 1690, in-4°. )
3° Vetera monimenta in quibus prœcipue musiva opéra ,
sacrarum, profanarumque œdium structura, ac nonnulli
antiqui ritus , dissertationibus , iconibusque illustrantur .
(Rome 1690 et 1699, 2 vol. in-folio.) Ils forment les deux
premières parties de cet important ouvrage : les deux der-
nières n'ont jamais été publiées.
4° De sacris œdificiis a Constantino Magno constructis,
(Rome 1693, in-folio.)
LITURGIQUES. 157
5° De Cruce stationali, investigatio historica. (Rome 1694,
in-4°.)
6° Explicatio duorum sarcophagorum , sacrum Baptis-
matis ritum indicantium. ( Rome 1696 , in-4°. )
(1690). Dom Thierry Ruinart, illustre Bénédictin de la
Congrégation de Saint-Maur, appartient à notre Bibliothèque
par son ouvrage intitulé : Disquisitio historica de Pallio Ar-
chiépiscopale, qui a été inséré dans le troisième tome des
œuvres posthumes de Dom Mabillon. ( Paris 1724, in-4°. )
(1690). Dom Edmond Martène , Bénédictin de la Congré-
gation de Saint-Maur , s'est acquis une gloire immortelle
dans la science liturgique. Il se fit d'abord connaître dans
cette partie par ses cinq livres : De antiquis Monachorum
Ritibus, dont il avait entrepris la publication d'après le con-
seil de Dom Mabillon , et qui parurent à Lyon en 1690 , deux
volumes in-4°. Ce premier ouvrage, d'une érudition aussi
intelligente que variée , fut bientôt suivi d'un autre dans le
même genre , sous ce titre : De antiquis Eccîesîœ Ritibus ,
publié à Rouen, 1700-1702, 3 vol. in-4°. On doit regarder
comme la suite et le complément de ce traité, celui que
Dom Martène donna bientôt après sous ce titre : Tractatus
de antiqua Ecclesiœ disciplina in Divinis celebrandis Officiis.
(Lyon 1706, in-4°.) Vers la fin de sa vie laborieuse, Dom
Martène prépara une nouvelle édition de ces trois ouvrages
en une seule collection, et augmenta ce grand ensemble
de plus d'un tiers. L'édition, sous le titre de Antiquis Ec-
clesiœ Ritibus, parut à Anvers en 1736, 3 vol. in-folio. Le
quatrième ne fut publié qu'en 1738, à Milan, et non pas à
Anvers , comme le porte le frontispice.
(1691). P. R. Hérisson, Prêtre Français , a donné un livre
intitulé : Manuductio sacerdotis ad primum ejus ac prœci-
puum officium, sive explmatio sacrosancti Missœ saerificii
4#£ INSTITUTIONS
juxta Missalis Romani prœscriptum. ( Lyon 1691 , in-4°. )
(1692). C'est Tannée en laquelle commença de se faire
connaître dans le monde liturgique Jean Grancolas, Docteur
de Sorbonne, à qui il n'a manqué qu'une intelligence plus
complète du véritable génie catholique, pour être unliturgiste
accompli, La hardiesse des sentiments et le mépris pour
tout ce qui ne tenait pas immédiatement aux usages de l'E-
glise primitive, était une maladie trop commune dans les
hommes de son temps, pour que Grancolas , qui appartient
également au dix-septième et au dix-huitième siècles, eût pu
entièrement lui échapper. Après avoir fait ainsi nos réserves
sur l'esprit frondeur du personnage, nous donnerons ici
la liste de ses remarquables productions.
1° Traité de l'antiquité des Cérémonies des Sacrements.
(Paris 1692, in-12.)
2° De l'Intinction, ou de la Coutume de tremper le pain
consacré dans le vin. ( Paris 1693, in-12.)
3° Histoire de la Communion sous une seule espèce. ( Paris
4696, in-12.)
4° Les anciennes Liturgies, ou la manière dont on a dit la
sainte Messe dans chaque siècle, dans les Eglises d'Orient et
dans celles d'Occident. ( Paris 1697, in-8°. )
5* L'ancien Sacramentaire de l'Eglise, où sont toutes les
pratiques qui s'observaient dans l'administration des Sacre-
ments chez les Grecs et chez les Latins. (Paris 1698-1699,
2 volumes in-8°. )
6° Traité de la Messe et de l'Ofjîce divin. (Paris 1713, in-12.)
7° Dissertations sur les Messes quotidiennes et sur la Cou-
fession. (Paris 1715.)
8° Commentaire historique sur le Bréviaire Romain. (Paris
1727, deux volumes in-12. ) Cet important ouvrage a été
traduit en !atin et publié à Venise en 1734, in-4\
LITURGIQUES. 459
(1694). Dom Claude de Vert, Trésorier de Gluny, dont
nous avons parlé pour ses travaux sur le Bréviaire de cet
Ordre , et dont nous parlerons encore au chapitre suivant ,
fut un homme grandement érudit , mais audacieux et ami
des nouveautés, sous prétexte de zèle pour l'antiquité. Il a
donné : 1° Eclaircissements sur la ré formation du Bréviaire
de Cluny. (Paris 1690.) Cet opuscule, mal écrit et peu con-
cluant, devait être suivi de plusieurs autres dans le même
but , qui ne parurent pas. 2° Dissertation sur les mots de
Messe et Communion , avec quelques digressions sur les
agapes , les eulogies , le pain bénit t l'ablution, etc. ( Paris
1694, in-12.) Dom de Vert prétend, dans ce livre, réfuter
Mabillon, dont nous avons annoncé ci-dessus un opuscule
sur le même sujet. 3° Enfin le fameux et scandaleux ouvrage
intitulé : Explication simple , littérale et historique des Céré-
monies de l'Eglise. [ Paris. ) Les deux premiers volumes ,
publiés en 1706 et 1707, furent réimprimés en 1709, avec
des corrections et additions ; les deux autres ne parurent
qu'en 1713.
(1700). J. Le Lorrain est, d'après Barbier, dans son Dic-
tionnaire des Anonymes , l'auteur de l'ouvrage érudit et
frondeur intitulé : De l'ancienne Coutume de prier et d'adorer
debout, le jour du Dimanche et des fêtes, et durant le temps de
Pâques ; ou Abrégé historique des Cérémonies anciennes et
modernes, (Liège 1700, 2 vol. in-12. )
(1700). Joseph Solimeno, Protonotaire Apostolique, est
auteur du grand et savant ouvrage intitulé : Il Corteggio Eu-
charistico, cioe trattato istorico theologico mistico sopra le
regole stabilité dalla S. di N. S, Papa Innocenzo XII, per la
maggiore venerazione che dove prestarsi al Santissimo 5a-
gramento in portani , ministrarsi $ rmversi, (Rome 1700,
in-folio. )
160 INSTITUTIONS
Nous terminerons cet important chapitre par les graves
considérations qui suivent :
Durant la seconde moitié du dix-septième siècle, on vit
prévaloir en France sur la Liturgie des principes entièrement
opposés à ceux qui avaient été professés et ont continué de
Têtre dans les autres provinces de l'Eglise Catholique.
Ces principes , émis sous le prétexte de perfectionnement,
se trouvent être identiques à plusieurs de ceux que nous
avons signalés ci-dessus comme formant le système Anti-li-
turgiste ; et pour entrer dans le détail nous ferons remarquer
que :
1° Vèloignement pour la tradition dans les formes du culte
divin parut dans l'affectation avec laquelle on expulsa du
Bréviaire et du Missel de François de Harlay, et des livres de
Cluny, les anciennes pièces Grégoriennes, l'ancien Calendrier
des Fêtes et des Saints , etc. , sans égard pour l'antiquité.
2° L'intention de remplacer les formules de style ecclésias-
tique par des lectures de l'Ecriture Sainte se manifesta pareil
lement chez nous dans le système suivi par les rédacteurs des
livres liturgiques dont nous parlons, qui tendirent à refondre
entièrement l'Office divin et à le composer exclusivement d(
centons bibliques.
5° Les correcteurs des nouveaux Bréviaires ne craigniren
cependant pas de fabriquer et d'introduire des pièces nou
velles de leur composition , Hymnes, Oraisons, etc. ; par quo
4° Ils tombèrent en contradiction avec leurs propres prin
çipes ; parlant d'antiquité , en faisant des choses modernes
de parole de Dieu, en donnant des paroles humaines.
5° Le caractère de cette innovation fut , pour les livre
liturgiques qui eniurent le théâtre, une affligeante diminu
tion de cet esprit de prière qu'on appelle, onction, dans
LITURGIQUES. 461
Catholicisme; ainsi qu'on en peut juger par le simple aspect
du Bréviaire de Cluny et des Hymnes de Santeul.
6° L'affaiblissement du culte de la Sainte Vierge et des
Saints est pour ainsi dire le caractère principal et comme le
but avoué de la réforme liturgique du dix-septième siècle.
7° A la même époque, on remarque un mouvement mar-
qué vers les traductions de l'Ecriture Sainte et de la Liturgie
en langue vulgaire,
8° Les changements introduits dans la Liturgie, loin d'être
favorables à l'autorité du Pontife Romain, attestent haute-
ment l'intention de déprimer cette autorité sacrée, et pa-
raissent le résultat évident des doctrines proclamées , mais
non inventées, en 1682.
9° Le Bréviaire de François de Harlay ne se montre point
exempt du désir de flatter par certains retranchements et
substitutions la puissance séculière.
Enfin , et ce qui est le plus effrayant , le nouveau Bréviaire
de Paris et celui de Cluny vont devenir la source principale
des innovations que la France verra bientôt introduire dans
la Liturgie.
Ajoutons pour complément et pour explication , que des
Jansénistes ( des hérétiques par conséquent ) , ont trouvé
accès dans le sanctuaire , et ont eu l'audace de souiller un
Rituel de leur venin ; que plusieurs Evêques se sont déclarés
pour cette œuvre, malgré la condamnation du Saint Siège;
que des Jansénistes notoires et des fauteurs des Jansénistes
font partie des commissions pour la rédaction des Bréviaires
de Paris et de Cluny. Nous rappellerons donc en finissant
ces paroles du Sauveur : Attendite a falsis prophetis, et le
reste.
Quant à Funité liturgique, œuvre des Pontifes Romains
Etienne II et Adrien Ier ; des Rois Pépin et Charlemagne ; de
T. II. H
162 INSTITUTIONS
saint Pie V et des Conciles provinciaux de France ; reconnue
encore de fait et de droit par l'Assemblée du Clergé de 1605
et 1606; le dix-septième siècle, en finissant, la voit ébranlée
et chancelante , et avec elle les antiques mœurs catholiques,
les arts , la poésie : toutes choses que le dix-huitième siècle
ne relèvera pas.
A Rome, les Souverains Pontifes maintenaient fidèlement
les livres réformés par saint Pie V, et la chrétienté se mon-
trait attentive aux décrets qu'ils rendaient pour ajouter de
nouveaux Offices au Calendrier.
Ces nouveaux Offices , dont l'adjonction dérogeait à des
règles antérieurement établies, avaient pour but de mettre
dans tout son jour la solennelle confiance de l'Eglise dans
l'intercession des Saints, dont le culte allait souffrir, en
France , de si rudes atteintes dans les Bréviaires modernisés.
LITURGIQUES. 165
NOTES DU CHAPITRE XVÎI.
NOTE A.
ALEXANDER PAPA VII ,
AD FUTURAM REI MEMORIAM.
Ad aures nostras ingenti cum animi mœrore pervenit , quod in Regno
Gallice quidam perdilionis filii, in perniniem animarum novitalibus stu-
dentes et Ecclesiasticas sanctioues ac praxim contemnentes , ad eam
nuper vesaniam pervenerint, ut Missale Romanum Latino idiomate
longo tôt saeculorum usu in Ecclesia probato conscrîptum , ad Gallicam
vulgarem linguam convertere, sicque conversumtypis evulgare, et ad
cujusvis ordinis et sexus personas transmittere ausi fuerint, et ita
sacrosancti ritus majestatem latinis vocibns comprehensam dejicere et
proterere, ac sacrorum mysteriorum dignitatem vulgo exponere, te-
merario conatu tentaverint. Nos quibus Hcet immeritis, vineae Domini
Sabaoth a Christ o Salvatore nostro plantatœ, ejusque pretioso sanguine
irrigatae, cura demandata est, ut spinarum ejucmodi, quibus illa obrue-
retur obviemus incremento, earumque, quantum in Deo possumus,
radiées succidamus, quemadmodom novitatem istam perpetui Eccle-
sia3 decoris deformatricem , inobedientiae , temeritatis, audaciae, sedi-
tionis, schismatis aliorumque plurium malorum facile productricem
abhorremus et detestamur, ita Missale praefatum Gallico idiomate a
quocumque conscrîptum , vel in posterum alias quomodolibet conscri-
bendum et evulgandum, motu proprio, et ex certa scientia ac matura
deliberatione nostris , perpetuo damnamus, reprobamus, et interdici-
mus, ac pro damnato, reprobaio et interdicto haberi volumus, ejus-
que impressionem , lectionem et retentionem universis et singulis
utriusque sexus Christifidelibus cujuscumque gradus, ordinis, con*
ditionis, dignitatis, honoris et prééminent iae , licet de illis specialis et
individua mentio habenda foret , existant , sub pœna excommunicatio-
ns latae sententise ipso jure inc irrendae , perpetuo prohibemus : man-
dantes quod statim quicumque illud habuerint, vel in futurum quo-
modocumque habebunt, realiter et cum efFectu exhibeant, et tradant
locorum Ordinariis , vel Inquisitoribus , qui , nulla interposita mora ,
exemplaria igné comburant , et comburifa.ciant, in contrarium facien-
164 INSTITUTIONS
tibus non obstantibus quibuscumque. Datum Roraœ apud S. Mariam
Majorem sub annulo Piscatoris die 12 Januarii 1661 , Pontiticatus
nos tri an. 6.
NOTE B.
CLEMENS PAPA IX ,
AD FUTURAM REI MEMORIAM.
Crédit» nobis divinitus omnium Ecclesiarum sollicitudinis ratio exi-
git ut Ecclesiasticae disciplina, cujus custodes a Domino constituti
sumus, ubique conservandae jugiter incumbentes, omni cura atque vi-
gilantia praecavere studeamus, ne quid in eam irrepat,quo quomodo-
libet turbari, auta prœscripiis ritibus aberrare, et via erroribus ape-
riri possit. Cum itaque ( sicut nobis innotuit) anno proxime elapso
typis impressus , ac in lncem Parisiis editus fuerit Gallico idiomate
liber , cui titulus est : Rituel Romain du Pape Paul F, à l'usage du
Diocèse d' 4lelh, avec les Instructions et les Rubriques en françois ; in
quo non solum continentur nonnulla ab ipso Rhu^li Romano, jussu fe-
licis recordationis Pauli Papa? V, Praedecessoris nostri edito, aliéna, sed
etiam doctrine quaedam et propositiones falsae, singulares, in praxi
periculosae, erroneae, et consuetudini in Ecclena communiler receptœ,
atque Ecclesiasticis Constitutionibus oppositae et répugnantes , quarum
usu et lectione Christilideles in jam damnatos errores sensim induci,
ac pravis opinionibus infici possent.
INos opportunum huic malo remedium adhibere volentes , motu pro-
pria, et ex certa scientia, ac matura deliberatione nostris, librum sub
titulo Ritualis Gallico idiomate editum praefatum, auctoritate Apos-
tolica tenore praesentium omnino damnamus, reprobamus et interdi-
cimus, ac pro damnato, ac reprobato, et interdicto haberi volumus,
ejusque impressionem , lectionem , retentionem , et usum universis et
singulis utriusque sexus Christihdelibus praesertim civitatis et Diœ-
cesis Aletensis, cujuscumque gradus, conditionis, dignitatis, et praee-
minentiae existant, licet de illis specialis et individua mentio habenda
foret , sub pœna excommunications latae sententiae ipso facto incur-
rendae, perpetuo prohibemus. Mandantes ut statim quicumque illum ha-
buerint , vel in futurum quandocumque habebunt, locorum Ordinariis,
vel Inquisitoribus , qui vero venerabili Fratri Episcopo Aletensi sub
sunt, Metropolitano , aut uni ex vicinioribusEpiscopis, realiter et eu
effectu exhibeant, tradant et consignent; qui nulla interposita mor
exemplaria sibi tradita , et alia quaecumque habuerint igné combu
rant , et comburi faciant ; in contrarium, facientibus non obstantibu
LITURGIQUES. 165
quibuscumque. Ut autem présentes Litterse ad omnium notitiam fa-
cilius deveniant , volumuset auctoritate praedicta decernimus , illas ad
valvas Basilicae Principis Apostobrum , et Cancellariœ Apostolicœ, ac
ia Acie campi Flora de Urbe per aliquem ex cursoribus nostris publi-
cari, ac illarum exempla ibidem affixa reliaqui, illasque sic publicatas
omnes et singulos, quos concernunt, proinde affieere et arctare, ac si
illorum unicuique personaliter notificatse et intima tas fuissent. Ipsarum
vero praesentium Litterarum transumptis, seu exemplis, etiam im-
pressis, manu alicujus Notarii publici subscriptis, et sigillo personaa in
Ecclesiastica dignitate constitutœ munitis, eamdem fidem in judicio,
et extra illud haberi , quœ eisdem praesentibus haberetur, si forent
exhibitae, vel ostensae. Datum Romasapud S. Petrum sub annulo Pis-
catoris die 9 Aprilis 1668, Pontificatus nostri anno primo.
IVOTE G.
FRANCISCUS MISERATIONE DIVINA ET SANCTJE SEDIS APOSTOLICA3
GRATIA PAR1SIENSIS ARCH1EPISCOPUS, DUX ET PAR FRANCIS,
REGIORUM ORDINUM COMMENDATOR,
CLERO PARiSIENSI SALUTEM IN EO QUI EST OMNIUM VERA SALUS.
Etsi nulla pars vitae hominum a religioso vacare deberet orationis
obsequio , intiroaitati tamen hurnanae Ecclesia prospiciens, certas dum-
taxat horas, discretas ab invicem , easque tum nocturnastum diurnas
indxit, quibus Christiani, ac prœsertim Clerici, divinis laudibusope-
ram darent, ut nempe septies saltem in die laudern dicerent Domino.
Et sane ante H.eronymi tempora idem ille , qui postmodum inva-
luit, Deo per diversas horas supplicandi ritus jam usurpabatur; nam
et ad Laetana scribens, autor est ut ejus filia vel a teneris annis assues-
cal ad Orationes et Psalmos nocte consurgere, mane ffymnos canere,
Tertia , Sexta, Nona hora stare in acie quasi bellatrix Christi, et ac-
cerna tucerna reddere Sacrificium Vespertinum.
Sic nempe sejunctarum ad fundendas preces levé nobis Horarum
onus injungit Ecclesia ; ut, si forte aliquo fuerimus opère detenti ,
ipsum nos ad Officium tempus adnaoneat , ut et anima quae terrenis
adhuc desideriis implicetur, ex intervallo saltem, ad divina respiret.
Sic cum Psalmista benedicimus Dominum in omni tempore; sic semper
laus ejus in ore nostro; sic et obtemperaraus Aposto'o praecipienti ut
sine intermissione oretur; sic denique illud Christi Domini effatum :
Oportet semper orare et non deficere,* nonnullis perperam intellectum,
166 INSTITUTIONS
sanissime, Augustino teste, accipitur, cum nuîlo die orandi tempora
ïntermittuntur.
Atque illum quidem statutishoris Deosnpplicandi ritum Parisiensis
Ecclesia sacrarum institutionum fidissima custos ea relitdone hucus-
que tenuit, ut ex pra?cipnis orbis ChristianiErclesiis, primaevum illum
média de nocte surgendi morem ad canendum Deo, constantissime sola
servaverit , quo cum Psalmista dicere. Deo veraciter possit : Media nocte
surgebam ad confitmdum tibi super judiàa justifient ionis tuœ.
At vero, cum vel hominum int.uria, vel injuria temporum, quacre-
rum est huimnarum conditio, nonnihil castigatione dignum etiara in
preces publicas irrepere quandoque soleat ; sapientissime sancivit Ec-
clesia, ut omni cura ac soilicitudine in Librorum Pcclesiasticorum re-
formationem identidem incumbere velint Episcopi : qui et ex Conei-
liorum , etiam quae Pari^ii> habita sunt , praescripto tenentur, Missalia,
Breviaria, aliosque id genus libros , diligenler expendere ; quae in illis
superflua, aut non salis pro Ecclesiae dignitate convenientia judicave-
rint, continuo tollere et resecare; qna? necessaria vidèrent, adjicere :
ut, amputatis quaesuper>titiosius fuerintinvecta, ea solum quae Eccle-
siae dignitati et priscis institutis consentante eensuerint, relinquantur.
Quibus Ecclesiae decretis Illustrissimus PereGxius Praedecessor nos-
ter, qua erat religione, obsecutus; pro sna pastorali vigilantia, paulo
ante obitum, ad reformat ionem Breviarii Parisiensis animum adjecit
virosque pietate et erudiiione insignes, quorum nonnulli a venerabil
Ecclesiae nos tree Capitulo norainati suut, adliibuit; qui diu expetiturr
hujusce reformations opus, ipso adhuc ia vivisdegente, aggressi suut
?ios vero, ubi primum, divina permittente Providentia, ad banc se
dem ev.cti sumus, inler praccipuas pastoralis officii curas, ad Librorunl
Ecclesiasticorum reforniatiouem, ut par est, intenti; eorumdem péri
tissimorum virorum, alior unique, qui eorum nonnullis, ubi ac prou
necesse fuit , sufFecti sunt , usi sumus opéra ; qui quidem, habitis inl€
se plurimis, idque etiam coram nobis ipsis saepissime, sessionibus
variisque collationibus, opus illud arduum ad felicem tandem exitu;
perduxerunt.
Cum itaque in Breviarium Parisiense postremis temporibus nonnul
irrepsissent , et ea quidem regulis ab Ecclesia constituas non bei
convenientia; omni cura et qua oportuit prudentia efFectum est ,
quaB forent Ecclesiae splendori aut dignitati religionis minus conson
quœ in Homiliis Patrum spuria vel supposititia ; quae in Actis Sanctor«|
falsa aut incerta ; in omnibus démuni quae pietati minus essent ci
seutanea , ad legem et regularn componerentur : atque adeo necei)i
visum est, quaedam omnino expungere, nonnulla pridem omissai
LITURGIQUES. 167
jicere , ordine convenientiori multa disponere , Hymnos meliori stylo
élabora tos in rudîorum locum substituere, pleraque obsoleta nec ao
curata satis instaurare.
Quae vero addiia sunt, ea prorsus fuere deprompta, aut ex scripto-
ribus melioris nota), atque iis plerumque vel coaetaneis vel saltem sup-
paribus rerum quse referuntur historicis; aut ex purissimis priscse
traditionis fontibus, genuinis nimirum atque indubitatis sanctorum
Patrum, quin et antiquissimorum , op<ribus; aut denique, illudque
maxime, ex sanctioribusScripturaB sacraB oraculis , cujus Libri omnes,
quautum fieri potuit, in totam anni seriem dis» ributi sunt , restitutis
quorum lectio in novissimis editionibus praeiermissa fuerat. Orania
vero diligenter Yecognovimus, retenta Parisiensis Breviarii forma, et
servato veteri Ecclesise nostraB r tu.
Quocirca, de venerabilium Fratrum nostrorum EcclesiaB nostraB
Canonicorum consilio , omnibus nostraB DiaBceseos Ecclesiis, Monasté-
riis, Collegiis, Communitatibus , Ordinibus, necnon omnibus Clericis,
qui ad illud tenentur, mandamus et praecipimus ut hocce Breviario
nostro a nobis, ut sequitur, digesto et concinnato, nec alioquolibet,
in posterum utantur ; districte videlicet omnibus typographis et biblio-
polis , aliisve quicumque sint , inhibentes , ne vêtus Breviarium recu-
dere ; omnibus vero qui ad divinum Qfficium tenentur, ne aliud quam
nostrum hoc recognitum et emendatum, sive privatim, sive publiée,
recitare présumant.
Meminerint porro, quoties debitum precationis exolvunt, suo sic
debere se fungi officio, ut cogitât io ouinis carnalis et saBcularis absce-
dat : nec quicquam tune animus quam id solum quod precatur cogitet :
ut sic orantibus swmo et precatio cum disciplina, quietem continens
etpudorem: ut denique mente et spiritu psallentes, quod ore profe-
runt, corde credaot; et quod corde credunt, moribus exequantur.
Datum Parisiis in Palatio nostro Archiepiscopali , Calendis Junit, anno
Domini, M. DC. LXXX.
NOTE D.
FRANCISCUS MISERATIONE DIVINA ET SANCTiE SEDIS APOSTOLKLE
GRATIA ARCHIEPISGOPUS , PARISIENSIS DUX ET PAR FRANCIS,
' REGIORUM ORDINUM COMMEiNDATOR , SORBON-& ET NAVARRE
PROYISOR :
CLERO PARISIENSI SALUTEM IN EO QUI EST OMNIUM VERA SALUS.
Sacrorum Antistites, ex divina di positione, ex EcclesiaB cou^tiiu-
tione, ex Sacrificii lege , ex ministerii conditioue , Sacr ificiorum ritibus
168 INSTITUTIONS
ordinandis invigilare oportere nerno est qui non faleatur, si modo
Scripturarum oracula, si Conciliorum statuta, si Sacriticii d.'gnita-
tem atque pra?stantiam, si Pontificii muneris amplitudinem quadan-
tenus noverit. Cum enim nihil hab/at neque vera luligio augustius,
neque Christi Ecclesia saeratius, tremendo ac veneraado altaris Sa-
cramento : quin t^nti mysterii majestati tuendœ, atque adco libris qui
ei rite celebrando inserviuntexpendendis atqae recensondis, debeant
maxime Episcopi incumbere, nemini dubium esse potest. Hinc ut
nuper recognilo per Nos Parisien >i Breviario Missale re^ponderet , et
ad convenientiorern normam restitueretur, animum adjecimus : cui
instaurando ac recognoscendo Nos ipti invigilantes una cum virisquos
selegimus sacrarum Scripturarum , doctrinœ Patrum , et rerum Eccle-
siae periios, collatis vetustissimis codicibus , necnon antiquis Missaiium
exemplaribus quibus Parisiensis usa est Ecclesia , quœdam ex usu ve-
teri repetenda , quœdam vero ad mcliorem formam revocanda , judi-
cavimus.
Quatuor porro maxime in augustissimi Mysterii ritu jam ab initio
nascentis Ecclesia?, ex Apostolo ad Timotheum scribente, adhibita
fuerunt; Obsecrationes, Orationes, Postulationes, Gratiarum Actio-
nes. Quœ quidem ita tieri pra?cepit Apcstolus, imope-r Apostolum Do-
minus qui loquebatur in Apostolo : et hanc legem supplieatienis ita
omnium Sacerdotum et omnium Fideliura devotio concorditer tetiet,
ut nulla pars mundi sit in qna hujusmodi orationes non ceiebreniur a
populis Christianis. Et quidem Precationes accipimus dictas quas fa-
cimus in célébrai ione Sacramentorum , anteqnam illud quod est in
Domini mensa incipiat benedici; Orationes, cum benedicitur et sanc-
tificatur, et ad distribuendum comminuttur, quam totam petitionem
fere omnis Ecclesia Dominica Oiatione conclndit. Postulationes autera
fiunt cum populus benedicitur ; tune enim Antistites velut advocati
susceptos suos per manus impositionem , mise ricordissimaî offerunl
Potestati. Quibus peractis, et participato tanto Sacramento, Gratia
rum actio cuncta concludit , quam in his etiam verbis ultimam com-
mendavit Apostolus.
Nos itaque , juxta rerum hanc , quae in sanctissimo Altaris Mysteric
jam a primis temporibus servabantur, distinctionem ; quaecumque ii
ipsa Sacramenti sanctilicatione ubique terrarum uniformi ratione per
aguntur, quaeque cum ceteris omnibus orbis Chrktiani partibus jan
a prima sui institutione Parisiensis tenet Ecclesia, inviolabili, ut pa
est, religione, intacta reliquimus : quae vero pro diversitate locorun
pati possunt aliquam in ritu varietatem, ex collatis inter se antiqui.
codicibus etvariisEcclesiarum Liturgiis , aut restituimus, autemen
LITURGIQUES. 169
davimus, aut perfecimus. Sic veterem illum usum, qui et in Ecclesîa
Parisiens! et in aliis quamplurimis per plura saecula obtinuit , ut Feriis
quarta et sexta, qui dies Synaxeos eraut, alia cura Epistolis haberen-
tur Evangelia ab iis quœ diebas Dorainicis leguntur, restituimus; et
habito singulari delectu, ut cura Dominicarum Evangeliis pleraque
convenirent , effecimus ; et Missis etiam quae aut in Mysteriorum , aut
in Sanctorum memoriis Deo offeruntur, Lectiones quoad potuimus va-
rias et congruentes assignavimus : arque ita contigit ut totuni fere
Novum Testamentuin in Missale nostrum induceretur. Quin et ea quœ
cantum attinent, ex solo Scripturarum sacrarum canone desumpsi-
mus ; rali nihil quidquam aut convenientius , aut ad commendandam
augustissimi Sacramenti majestatem appositum magis, quam si divina
res, in qua Dei Verbum secundum formam servi quam accepit, Sacer-
dos simul est et oblatio, ipso verbo quo sese in sacris Scripturis expres-
sit, tractaretur. Preces vero,quae Collectae, Sécréta?, et Postcom-
municnes dicuntur ; aut ex vetustissimis Sacramentariorum libris
selegimus, aut si quas de novo daré oportuit, ex eodem quo priores
exaratœ sunt, quantum Deus dédit, spiritu hausimus.
Quocirca omnibus nostrse Diœceseos Ecclesiis ,
earumque Decanis, et Rectoribus, Ordinibus, CohVgiis, Monasteriis,
Communitatibus, necnon omnibus quicumque sint Presbyteris, qui
de jure vel consuetudine Parisiense Officiura celebrare aut recitare
tenentur, de venerabilium Fratrum nostrorum Ecclesiae nostrae Cano-
nicorum consilio, in Domino mandamus, ac praecipimus, ut hocce
nostro Missali a nobis digesto et recognito, nec alio quolibet imposte-
rumutentur: districte videlicet omnibus typographis et bibliopolis,
aliisve cujuscumque conditionis existant, inhibentes ne ullum ex ve-
teribus Missale recudere ; neve deinceps Presbyteri ullo quolibet alio
quam nostro hoc recognito, sive in solemnibus, sive in aliis Missis uti
présumant. Datum Parisiis in Palatio nostro Archiepiscopali , Idibus
Novembris, anno Domini M. DG. LXXXIV.
170 INSTITUTIONS
CHAPITRE XVIII.
DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XVIIIe SIÈCLE.
AUDACE DE L'HÉRÉSIE JANSÉNISTE. SON CARACTÈRE ANTI-
LITURGISTE PRONONCÉ DE PLUS EN PLUS. — QUESNEL. —
SILENCE DU CANON DE LA MESSE ATTAQUÉ. — MISSEL DE
MEAUX. — MISSEL DE TROYES. — LANGUET. SA DOCTRINE
ORTHODOXE. — DOM CLAUDE DE VERT. NATURALISME DANS
LES CÉRÉMONIES. — LANGUET. — LITURGIE EN LANGUE VUL-
GAIRE. — JUBÉ, CURÉ d'ASNIÈRES,
Les atteintes portées à la Liturgie, durant la seconde moi
tié du dix-septième siècle , doivent faire pressentir au lecteur
les scandales qui l'attendent dans le cours de la période que
nous venons d'ouvrir. La scène se passera exclusivement er
France ; c'est le seul pays où l'on ait cru devoir proteste!
contre l'unité liturgique du seizième siècle. Toutes les autre*
Eglises d'Occident sont demeurées fidèles aux traditions di
culte divin , et leur voix , unanime avec celle de Rome , leu
Mère et Maîtresse, continue de faire retentir les nobles e
mélodieux chants de l'Antiphonaire et du Responsorial Gré
goriens.
A l'entrée du dix-huitième siècle , nous apercevons , vie
torieux et de plus en plus menaçant, le Jansénisme que se
triomphes passés ont rendu comme invincible. On a content
exilé même ses principaux chefs ; mais il est partout , et c'es
pour cela qu'on a du ménager les innombrables membres d
parti. Ils ont la science de l'antiquité ecclésiastique, la gravi
des mœurs ( sauf certaines exceptions ) ; en un mot, ils s«
LITURGIQUES. 171
duîraient les justes, si les justes, comme dit le Sauveur,
pouvaient être séduits (1) . Tous les remèdes employés contre
un si grand mal sont rendus inutiles par les doctrines qu'on
laisse circuler, ou plutôt qu'on oblige d'enseigner dans les
écoles. Ecoutez le cri du Siège Apostolique , dans ces fortes
paroles de Clément XI aux Evêques de l'Assemblée de 1705 :
«Nous voyons, vénérables Frères, et nous ne pouvons le
i dire sans une intime douleur de notre cœur paternel , que ,
» chaque jour, des gens qui se professent Catholiques publient
» des écrits tendant à diminuer et à renverser les droits du
3 Saint Siège, et, certes, pour ne rien dire de plus, avec
» une telle liberté et une telle licence que ce ne peut être
» qu'un sujet de joie aux hétérodoxes ennemis de l'Eglise, de
> scandale et de deuil pour les orthodoxes et les âmes pieuses,
• sans nul avantage, ni utilité pour personne (2). »
En effet, les constitutions d'Innocent X, d'Alexandre VII ,
de Clément IX, de Clément XI lui-même, n'ont rien guéri :
les sectaires leur appliquent à toutes une fin de non recevoir
dans ce qu'ils appellent les Maximes de l'Eglise de France,
Et comment les Evêques pourront-ils contraindre les fidèles
à une adhésion intérieure d'esprit et de cœur aux juge-
ments du Siège Apostolique, quand ils enseignent eux-
mêmes que les jugements du Pontife Romain ne sont point
irréformables par là même qu'il les a prononcés ; quand ils
(1) Matth.
(2) Yidemus enim , venerabiles Fratres ( quod non sine intimo pa-
terni cordis nostri mœrore loqui compellimur ) , piurimo in dies ab iis
qui se Catholicos profitentur, palam scribi minuendis, convellendisque
hujus Sanctœ Sedis, ea profecto, ut minimum dicamus, libertate ac
licentia quae nonnisi heterodoxis Ecclebiae hostibus gaudio, orthodoxis
vero piisque scandalo ac luctui , nemini certe fructui ac uiilitati esse
possint. (Ephtola Clementis XI , Jrchiepiscopis , Epncopis et aliis
EcctesiaUici$ viris Conventus anni 1705. )
172 INSTITUTIONS
jugent eux-mêmes après le Siège Apostolique? Que si Ton
dit que le consentement des Pasteurs unis à leur chef forme
une définition irréfragable , ceci suffira sans doute pour le
Catholique fidèle ; mais comment saisir , dans ses inextri-
cables détours, l'hérésie qui fuira toujours, tant qu'on ne
lui opposera pas une répression efficace? Aujourd'hui, le
Jansénisme est mort ; mais il faut convenir qu'on l'a laissé
vivre tout ce qu'il avait de vie, et ses influences dans la
longue durée de son règne ont été assez grandes et assez
profondes pour laisser encore dans l'esprit et les mœurs des
Catholiques Français des traces qui ne s'effaceront entière-
ment qu'après bien des années.
A l'époque de l'Assemblée du Clergé de 170o, Fénélon
développait ainsi l'état de la France sous le rapport du Jan-
sénisme, dans un Mémoire confidentiel adressé à Clément XI :
c Je n'encourrai pas sans doute le soupçon de ressentiment ,
>si je découvre au seul Saint Père, avec franchise, en pré-
sence de Dieu et dans l'extrême péril de la religion, des
> choses qui sont publiques dans les rues et dans les carre-
» fours. M. le Cardinal de Nouilles, Archevêque de Paris, se
> trouve tellement envahi par certains chefs de la faction ,
>sous couleur de piété et de discipline plus stricte, que, de-
>puis dix ans, il est devenu impossible de le tirer des filets
>des Jansénistes. Il n'écoute rien, ne voit rien, n'approuve
» rien que ce que lui suggèrent M. Boileau , M. Duguet , le
>P. de La Tour, Général de l'Oratoire, M. Le Noir, l'Abbé
• Renaudot, et plusieurs autres que tout le monde connaît
i pour être imbus du Jansénisme. Bien plus , on sait généra-
lement que les principaux d'entre les quarante Docteurs
» ( signataires du fameux cas de conscience ) lui ont reproché
> publiquement de les avoir contraints à donner leur adhé
» sion. On le croira facilement, pour peu qu'on lise le Mande
LITURGIQUES. 173
» ment dans lequel l'Evêque de Châlons, après s'être entendu
» avec son frère le Cardinal , enseigne qu'on satisfait aux
«Constitutions par le silence respectueux. En outre, le Car-
» dinal Archevêque se déclare l'adversaire déclaré de tous les
» théologiens opposés au Jansénisme, et les poursuit avec
> rigueur.
«M. le Cardinal de Coislin, Grand-Aumônier de France ,
« homme bienfaisant, pieux, digne d'être aimé de tout le
» monde , se conduit avec plus de douceur et de précaution ;
« mais , manquant lui-même de science , il a , jusqu'ici, laissé
«toute l'administration du Diocèse aux seuls Docteurs Jan-
» sénistes , lesquels font l'objet de son admiration.
» Quoique M. le Cardinal Le Camus ait écrit , dans une
«lettre familière à un ami, certaines choses qui diriment
« expressément la question du fait , néanmoins , il conste de
» beaucoup d'autres arguments que la doctrine et la faction
« Janséniste lui ont toujours souri. Les Archevêques de Rheims
» et de Rouen ne sont pas moins déclarés pour l'une et pour
» l'autre. L'un, Proviseur de Sorbonne, l'autre, Collateurd'un
» grand nombre de Cures dans la ville de Paris ; tous deux
» riches en biens tant d'Eglise que de famille, préposés à de
« vastes Diocèses et à des provinces considérables.
« A ces chefs se joignent un grand nombre d'Evêques; par
«exemple, en Languedoc, ceux de Rieux et de Saint-Pons;
«celui de Montpellier, frère de M. de Torcy ; celui de Mire-
«poix; dans la province de Lyon, celui de Châlons; dans
«celle de Sens , celui d'Auxerre ; dans celle de Rheims , celui
» de Châlons-sur-Marne ; dans celle de Rouen, celui de Séez ;
«dans celle de Tours, ceux de Nantes et de Rennes; dans
«notre province [de Cambrai), celui de Tournay qui a donné
«sa démission, et auquel je vois avec joie qu'on a donné un
» successeur excellent. Dans notre province encore, l'Evêque
17-4 INSTITUTIONS
»d'Arras est pieux, à la vérité, et sincèrement attaché au
» Siège Apostolique, mais par le conseil et l'habileté des
> Docteurs auxquels il a livré en entier et sa personne et ses
> affaires , il s'est laissé entraîner dans le parti , séduit qu'il
» est par le rigorisme.
» La plupart des autres, incertains, flottants, se précipitent
» aveuglément du côté vers lequel incline le Roi ; et cela n'a
>rien d'étonnant. Ils ne connaissent que le Roi, aux bontés
i duquel ils doivent leur dignité, leur autorité et leur fortune.
>Dans l'état présent des choses, ils n'ont rien à craindre ni
* à espérer du Siège Apostolique : ils voient toute la disci-
>pline entre les mains du Roi, et ils répètent qu'on ne peut
> ni établir, ni condamner les doctrines que d'après les in-
» fluences de la cour. »
>I1 est cependant de pieux Evêques qui suffiraient à con-
firmer le plus grand nombre dans la voie droite , si la mul-
» lilude ne se trouvait entraînée dans le mauvais parti par ses
» chefs mal disposés (1). *
Telle fut l'influence de cet état de choses que l'opinion des
Catholiques dut nécessairement se modifier, se fausser même,
en présence des contradictions sans nombre qui se montraient
en tous lieux. Nous ne parlons pas ici des Diocèses gouver-
nés par des Prélats qui affichaient le Jansénisme : les Catho-
liques devaient y être dans l'oppression ; mais n'est-il pa*
vrai que dans les Diocèses dont les Evêques avaient accepte
les Bulles et faisaient signer le Formulaire , n'est-il pas vra
que les opposants aux Constitutions Apostoliques étaien
admis à célébrer la Messe dans les Eglises, bien qu'on ne leu
permît pas d'entendre les confessions ? iN'est-il pas vrai qu
(1) Yid. la note A,
LITURGIQUES, 475
les ouvrages du parti censurés à Rome (1) circulaient libre-
ment entre les mains du clergé et des fidèles? N'est-il pas
vrai que les fauteurs des doctrines condamnées, s'ils avaient
du talent, ou s'ils pouvaient être utiles, étaient favorisés,
employés, considérés ; que leur influence était subie et qu'on
acceptait même quelquefois les services qu'ils pouvaient
rendre en leur qualité d'hommes de parti ? Voici ce qu'é-
crivait Bossuet à son neveu, dans l'affaire du Quiétisme ,
au sujet d'un des examinateurs de la doctrine de Fénélon :
« J'ai appris qu'il y a deux nouveaux consulteurs, dont l'un
» est M. l'Archevêque de Chieti , et l'autre le Sacriste de Sa
» Sainteté. On dit que ce dernier est habile homme et fort porté
iau Jansénisme (2). » Il y a vingt traits semblables dans la
correspondance de Bossuet. Au reste, il suffit de connaître
la biographie des principaux personnages ou fauteurs de la
secte (si Ton en excepte toujours les coryphées proprement
dits comme Arnaud, Quesnel, Gourlin, etc.), pour voir
comment ils ont été l'objet presque continuel des faveurs et
de la considération. Nous avons déjà montré, au chapitre
précédent, la haute distinction qu'avait accordée François
de Harlay à Sainte-Beuve , Chastelain , Le Tourneux , San-
teul, etc., dans la correction de la Liturgie parisienne. Nous
verrons la suite de ce scandale au dix-huitième siècle, et
nous nous rappellerons alors la parole du Christ : A fructibus
eorum cognoscetis eos. Mais il est temps d'ouvrir notre récit.
Nous trouvons d'abord ce grand fait dont retentit le dix-
huitième siècle tout entier : la publication des Réflexions
morales sur le Nouveau Testament, par le P. Pasquier Ques-
(1) Outre le Missel de Voisin, le Nouveau Testament de Mons, le Rituel
d'Aleth , on pourrait citer plus de trente autres ouvrages du parti con-
damnés par Brefs Apostoliques, Décrets du Saint-Office , ou de YlnUex.
(2) Œuvres de Bossuet, Tom, XLI. page 24.
476 INSTITUTIONS
nel , de l'Oratoire. Il était impossible que ce manifeste de la
secte ne renfermât pas des principes dont l'application dût
rejaillir sur la Liturgie. On y retrouvait en effet les doctrines
d'Antoine Arnaud sur la lecture de l'Ecriture Sainte, doc-
trines qui avaient déjà produit directement la traduction du
Nouveau Testament dit de Mons , et celles du Missel par de
Voisin, et du Bréviaire par Le Tourneux ; et indirectement
le projet audacieux de remplacer dans la Liturgie , par des
passages de la Bible, toutes les formules traditionnelles des-
tinées à être chantées. Voici les propositions condamnées dans
la Bulle Unigenitus :
Propositio 79. Utile et necessarium est omni tempore ,
omni loco et omni personarum generi, studere et cognoscere
spiritum , pietatem et mysteria sacrœ Scripturœ.
Propositio 80. Lectio sacrœ Scripturœ est pro omnibus.
Propositio 81. Obscuritas sancti Verbi Dei non est laïcis
ratio dispensandi seipsos ab ejus lectionc.
Propositio 82. Dies Dominicus a Christianis débet sanc-
ti ficari lectionibus pietatis et super omnia sanctarum Scriptu-
rarum. Damnosum est velle Christianum ab hac lectione
retrahere.
Propositio 83. Est illusio sibi persuadere quod notitio
mysteriorum Religionis non debeat communicari feminis lec-
tione sacrorum librorum. Non ex feminarum simplicitate
sed ex superba virorum scientia ortus est Scripturarum abu
sus et natœ sunt hœreses.
Propositio 84. Abripere e Christianorum manibus No
vum Testamentum , seu eis illud clausum tenere, aufe
rendo eis modum illud intelligendi , est illis Christi os obtu
rare.
Propositio 85. Interdicere Christianis Lectionem sacr
Scripturœ , prœsertim Evangelii , est; interdicere. usum faw
LITURGIQUES. 177
nis filiis lucis , et facere ut patiantur speciem quamdam ex-
communicationis.
Il suit de ces propositions si chères à la secte , que l'Ecri-
ture Sainte étant pour tous, et son obscurité ne devant point
dispenser les laïques de la lire , on ne saurait trop encourager
les traductions de la Bible en langue vulgaire; que la Litur-
gie étant aussi un enseignement dogmatique, on doit la
mettre, par une version, à la portée du peuple; inductions
justifiées par la publication du Nouveau Testament de Mons,
et la traduction du Missel et du Bréviaire Romains, condam-
nées l'une et l'autre par le Saint Siège.
Il suit encore de ces propositions que, puisque le Dimanche
doit être sanctifié par les Chrétiens , au moyen de la lecture
des saintes Ecritures , et que interdire, même aux simples
femmes , l'usage de cette lecture, c'est faire souffrir aux en-
fants de lumière une sorte d'excommunication , il est à pro-
pos de retrancher du corps des Oifices divins, qui sont la
principale lecture des fidèles, les jours de Dimanches et de
fêtes, d'en retrancher toutes ces formules composées d'une
parole humaine qu'on appelle Tradition, et de les remplacer
par des passages de l'Ecriture choisis avec intention et dont
les fidèles auront l'intelligence au moyen de traductions
qu'on fera à leur usage.
Mais comme ces traductions n'obtiendraient qu'imparfai-
tement leur but, et que le texte latin des Offices divins est
le seul qui puisse jusqu'ici retentir chanté dans les Eglises,
Quesnel émet la proposition suivante :
Propositio 86. Eripere slmplici populo hoc solatium jun-
gendi vocem suam voci lotius Eccledœ , esl usus contrarius
praxi Apostolicœ et intentioni Dei.
Peut-être jusqu'ici le lecteur avad-il peine à saisir la liai-
son des sept propositions que nous venons de citer avec la
t. h. 12
178 INSTITUTIONS
Liturgie ; peut-être trouvait-il nos conclusions un peu forcées,
et blamait-il la sévérité par laquelle nous semblions vouloir, à
tout prix , trouver un coupable. Nous aurions pu , pour le
rassurer, faire appel à l'histoire et aux faits qui nous mon-
trent le Jansénisme en action dans toute l'innovation litur-
gique du dix-huitième siècle; le P. Quesnel nous épargne
lui-môme la peine d'anticiper ainsi sur les événements. Voilà
le but avoué de ses insinuations au sujet de l'Ecriture Sainte.
Il veut demander compte à l'Eglise des motifs qui la portent
à exclure la langue vulgaire de ses Offices ; il se plaint qu'on-
arrache au peuple la consolation de joindre sa voix à celle de
toute l'Eglise, et cela contrairement à la pratique apostolique
et à l'intention de Dieu même.
C'est là, sans doute, un des points nombreux sur lesquels
le Jansénisme s'accorde avec son père le Calvinisme ; mais
toutes les assertions de la secte n'ont pas d'autre issue. Seu-
lement, comme celte hérésie est destinée à agir dans l'inté-
rieur de l'Eglise , elle a différents degrés d'initiation , ainsi
que nous l'avons dit, au chapitre précédent. Les uns savent
où ils vont : elle amuse les autres en flattant, soit leur amour
propre national , soit leur faible pour les nouveautés, et les
destine à former, dans leur innocente docilité, les degrés oi
elle établira bientôt son trône. Plusieurs des Evêques qui pu
blièrent les nouveaux Bréviaires et Missels du dix-huitième
siècle avaient condamné l'appel de la Bulle Unigenitus ; mai
les faiseurs de ces Missels et de ces Bréviaires , hommes à I;
fois prudents et passionnés , regardaient les Réflexions Mo
raies de Quesnel comme un livre d'or , adhéraient à sa doc
trine, et dans le fond de leur cœur, et dans leur conduite
Naturellement , tout leur soin devait être de faire pénétre
dans leurs compositions tout ce qu'ils y pourraient glisse
du venin de la secte. Nous verrons comment ils s'y piirenl
LITURGIQUES. 179
En attendant, la secte anti-liturgiste avait imaginé un
moyen assez efficace , si l'autorité des Evêques orthodoxes
n'en eût arrêté l'usage ; un moyen assez efficace , disons-
nous , de porter les peuples à désirer l'emploi de la langue
vulgaire dans les Offices divins ; ce moyen était de ne plus
observer le secret des mystères , mais d'introduire la réci-
tation du Canon à haute voix. Ce fait , peu grave aux yeux
des gens légers et non accoutumés à voir l'importance de la
Liturgie, renfermait le germe d'une révolution toute en-
tière. Si on lisait le Canon à haute voix, le peuple deman-
derait qu'on le lût en français ; si la Liturgie et l'Ecriture
Sainte se lisaient en langue vulgaire , le peuple deviendrait
juge de l'enseignement et de la foi sur les matières contro-
versées; si le peuple avait à prononcer entre Rome et Jan-
sénius, les disciples de l'Evoque d'Ypres comptaient bien
agir en faveur de sa doctrine par leur influence , leurs pré-
dications, leurs sophismes. Luther, Calvin, et leurs pre-
miers disciples , n'avaient pas suivi une autre tactique , et
l'on voit qu'elle leur avait grandement réussi sur les masses.
Aussi le Concile de Trente avait-il jugé à propos de prému-
nir les fidèles contre la séduction , par un double anathême
lancé à la fois contre les partisans de la langue vulgaire dans
les Offices divins, et contre ceux de la récitation du Canon à
haute voix (1).
A l'époque de la Réforme du seizième siècle , il se trouva
des Docteurs qui, partie par amour des nouveautés, partie
par cette espérance aveugle et trop commune de ramener
les hérétiques en amoindrissant la doctrine ou les usages
(1) Si quis dixerit Ecclesiae Romanse ritum quo submissa voce pars
Canonis et verba consecrationis proferuntur, damnandum esse;^aut
lingua tantum vulgari Missam celebrari debere , anathema sit. Conc.
J'rki, $Wi Xï//, C'wu V.
180 INSTITUTIONS
catholiques, crurent arrêter les effets de l'audace des réfor-
mateurs, en blâmant la coutume vénérable de réciter en
secret le Canon de la Messe. Ce furent Gérard Lorichius et
George Cassander : le premier, dans son traité intitulé de
Missa publica proroganda , publié en 1536; le second, dans
son livre que nous avons cité ailleurs sous ce titre : Liturgica
de ritu et ordine Dominicœ Cœnœ ( Cologne, 1561). Ce que
ces deux Docteurs avaient imaginé dans un but louable, sans
doute, mais peu éclairé, fut exhumé au dix-huitième siècle
et choisi parla secte Janséniste pour servir à la fois de moyen
d'attaque extérieure contre l'autorité de la Liturgie, et de
signe de ralliement entre les adeptes.
Dans le courant du dix-huitièâiie siècle, plusieurs savants,
traitant du Sacrifice de la Messe, avaient eu occasion, sans
blâmer la pratique de l'Eglise, de faire la remarque qu'à leur
avis, l'usage de réciter le (Union à voix inintelligible n'était pas
de la première antiquité et ne s'était pas introduit dans l'Eglise
avant l'an mille. Le Cardinal Bona affirme ce sentiment (1),
et Bossuet l'insinue à propos du mot sécréta qu'il cherche à
expliquer dans le sens de séparation plutôt que dans celui
d'Oraison secrète (2). Nous avons dit plus haut que tel avait
été aussi le sentiment de Nicolas. Le Tourncux. Nous ne
voyons pas que, dans le cours du dix-septième siècle, les Jan-
sénistes aient fait déjà de grandes démonstrations sur cet ar-
ticle; cependant il semblerait que la question pratique aurai
été dès-lors débattue dans un certain degré, puisque nous
trouvons, sous la date du 1(3 mai 4698, un Mandement de
Malhuiin Savary, Evèque de Séez, qui défend , sous peine de
suspense, de prononcer le Canon delà Messe autrement qu'i
(1) Rerum Liturgicarum. Lib, II. Cap. XIII. § \.
(*2) Explication de qoelqnes difficultés sur la Messe, page 503.
LITURGIQUES. 181
voix basse. Nous avons cilé plus haut , dans la Bibliothèque
liturgique du dix-septième siècle , un ouvrage rempli d'une
certaine couleur polémique, et composé par le Docteur
Robbes, sous ce titre : Dissertation sur la manière dont on
doit prononcer le Canon et quelques autres parties de la Messe,
(Neufchâteau, 1670.) L'auteur se prononce pour la pra-
tique des Missels.
Dès les premières années du dix-huitième siècle , la ques-
tion revint sur le tapis et se formula promptement en ques-
tion de parti. Nous retrouvons encore ici Dom Claude de
Vert, le grand promoteur du trop fameux Bréviaire deCluny.
Dans son livre intitulé : Explication simple, littérale et his-
torique des cérémonies de l'Église , il se prononce en faveur
de la récitation du Canon à haute voix, comme plus con-
forme à l'antiquité; mais cependant , nous devons le dire, il
reconnaît, quant à la pratique, que la Rubrique des Missels
est trop claire pour qu'on puisse s'y méprendre , et trop ex-
presse pour qu'on puisse licitement s'en écarter.
Un grand scandale ne tarda pas à éclater, sur ce sujet ,
dans l'Eglise de Meaux* François Ledieu, Chanoine de la
Cathédrale et autrefois Secrétaire intime de Bossuet, sur
lequeiil a laissé des Mémoires d'un grand intérêt, ayant été
chargé de diriger l'impression du nouveau Missel de Meaux,
qui parut en 1709, osa, de son autorité privée , trancher la
question par la plus criante des innovations. Au mépris
de l'intégrité de la Liturgie, il introduisit des Amen précédés
d'un r) rouge à la suite des formules de la Consécration et de
la Communion, et plaça le même signe avant chacun des
Amen qui se trouvaient déjà dans le Canon de là Messe. Son
but, comme il est aisé de le voir, était de contraindre le Prêtre
à réciter le Canon à voix haute, pour que le peuple, ou du
moins les Clercs , pussent répondre Avnen dans les endroits
182 INSTITUTIONS
désignés par ce fy On reconnaît à ces moyens subtils et ingé-
nieux l'astuce du parti dont François Ledieu était alors l'or-
gane plus ou moins intelligent. Il fit en même temps paraître
une Lettre sur les Amen du nouveau Bréviaire de Meaux.
Cependant, ces Amen firent un bruit terrible dans toute
l'Eglise de France ; mais Dieu avait placé sur le siège de
Meaux un Pasteur orthodoxe qui ne tarda pas à désavouer
avec éclat l'œuvre audacieuse à laquelle on avait voulu as-
socier son nom. Henri de Thyard de Bissy, successeur im-
médiat de Bossuet, et qui se montra toujours ferme dans la
lutte contre le Jansénisme, rendit, en date du 22 janvier
1710, un Mandement vigoureux dans lequel il interdisait,
sous peine de suspense, l'usage du nouveau Missel publié
sous son nom, jusqu'à ce que des corrections par lui in-
diquées eussent fait disparaître les dernières traces des
scandaleuses innovations dont ce livre avait été souillé. Il
signalait ces innovations comme contraires à l'usage immé-
morial, non seulement du Diocèse de Meaux et de tous ceux
de la Métropole (de Paris) , mais encore de toute l'Eglise, et
comme tendantes à favoriser la pratique de dire le Canon de
la sainte Messe à voix haute et intelligible aux assistants ; et
finissait par défendre la lecture de la Lettre de l'Abbé Ledieu.
De son côté, le Chapitre de la Cathédrale de Meaux
s'assembla exlraordinairement , et rédigea la Déclaratior
suivante qui fut imprimée à la suite du Mandement de l'E
vêque de Meaux : c Messieurs assemblés extraordinaire-
>ment déclarent par la présente que, dans le
» principaux changements rapportés et approuvés en terme
» généraux par ladite conclusion, il n'a été question que d<
» quelques rites et cérémonies particulières à l'Eglise d
» Meaux, et non point du mot Amen, précédé d'un $. roug
» aux paroles de la Consécration et de la Communion d*
LITURGIQUES. 185
> Prêtre , ni d'un autre ^. rouge avant tous les Amen qui sont
» à la fin des Oraisons de l'Ordre de la Messe et du Canon ;
»non plus que des paroles submissa voce expliquées par
» celles-ci : Id est sine cantu, dans les Rubriques qui traitent
» de la Messe haute ; ledit sieur Ledieu n'en ayant jamais
» parlé au Chapitre, dont Messieurs ont marqué leur sur-
» prise à Monseigneur l'Evêque et à leurs Députés , aussitôt
» qu'ils ont eu connaissance de ces changements et additions
»par l'impression du nouveau Missel de Meaux (1). »
Telle fut la fin de cette triste affaire dans le Diocèse de
Meaux. On dit que François Ledieu fut tellement affecté du
déplaisir que lui causa l'humiliante issue de son entreprise,
qu'il en mourut de chagrin (2).
Mais ni la mort de François Ledieu, ni l'énergique conduite
de l'Evêque de Meaux, ne ralentirent l'ardeur de la secte à
demander la récitation du Canon à haute voix. Une polé-
mique très vive s'engagea entre les deux camps qui parta-
geaient alors le Clergé en France. Les droits de l'orthodoxie
furent d'abord soutenus par Pierre Le Lorrain , plus connu
sous le nom de l'Abbé de Vallemont. Dans un ouvrage assez
mal rédigé, mais toutefois remarquable par la science in-
contestable dont l'auteur y faisait preuve, il démontra jus-
qu'à l'évidence la témérité des novateurs qui voulaient faire
prévaloir leur système contre une des règles les plus antiques
et les plus vénérables de l'Eglise. Son livre , qui est intitulé :
Du secret des Mystères , ou l'Apologie de la Rubrique des Mis-
sels (3) , fut vivement combattu par un Chanoine de Laval ,
(1) Le P. Le Brun. Dissertation sur l'usage de réciter en silence une
partie dos prières de la Messe dans toutes les Eglises et dans tous les
siècles. Dans l'Avertissement, page h\ et suivantes.
(2) Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique pendant le xviiï6
siècle. Tome IV, page 56.
(5) Trévoux 1710. Trois vol. in-12.
184 INSTITUTIONS
nommé Baudouin, qui publia des Remarques critiques sur
le livre de l'Abbé de Vallemont , ou Apologie de D. Claude de
Yert{\).
Le trop fameux Ellies Dupin n'avait pas non plus fait défaut
dans cette grave circonstance. Il avait donné une Lettre sur
l'ancienne discipline de l'Eglise touchant la célébration de la
Messe (2) , dans laquelle il se prononçait avec son audace
ordinaire poor la prétendue antiquité, contre la Rubrique
des MisseU. Nous trouvons, plusieurs années après, une
brochure intitulée : L'Esprit de l'Eglise dans la célébration
de ses Mtjstères , où l'on traite cette question : Doit-on lire le
Canon Submissa voce (5) ?
Tous ces écrits appelaient une réfutation complète, et Ton
convenait que le livre de l'Abbé de Vallemont était insuffisant I
pour terminer la controverse. Il est vrai qu'aux yeux des |
fidèles enfants de l'Eglise elle était terminée, il y avait déjà
long-temps, et par le Canon du Concile de Trente, et par la
Rubrique si expresse du Missel Romain ; toutefois , il était à
propos qu'un bon livre fut composé sur une matière aussi
importante. Déjà, on connaissait le sentiment des deux plus
illustres liturgistesRénédiclins de l'époque, Dom Mabillon et
Dom Marlcne ; un savait xju'ils flétrissaient le nouveau sys-
tème de toute l'autorité de leur érudition si vaste sur la ma-
tière des rites sacrés. Le P. Le Brun, de l'Oratoire de France,
personnage connu déjà par sa science liturgique et son irré-
prochable orthodoxie, entra dans la lice, et publia, en 1725,
à la suite de son bel ouvrage sur la Messe, une dissertation
de trois cents pages sur l'usage de réciter en silence une partie
(1) Bruxelles 1712. In-12.
(2) Paris 1710. In-12.
(3) 1724. In-4°.
LITURGIQUES. 185
des 'prières de la Messe dans toutes les Eglises et dans tous les
siècles '({), Le docte Oratorien traita la question sous toutes
ses faces, examina dans le plus grand détail, et discuta de
la manière la plus victorieuse les faits tirés de l'antiquité ,
sur lesquels on croyait pouvoir appuyer l'accusation de
nouveauté intentée aux Missels. Nous n'entrerons point ici
dans le détail des arguments proposés de part et d'autre ,
puisque la question, vue dans ce détail , n'appartient point
à l'histoire générale , mais bien à l'histoire spéciale de la
Liturgie ; il nous suffira de dire pour le présent que l'ouvrage
du P. Le Brun obtint non seulement le suffrage des savants,
mais encore l'approbation de tout ce que l'Eglise de France
renfermait alors de prêtres orthodoxes; cependant, ni ce
livre , ni le zèle de plusieurs Prélats qui se joignirent aux
Evoques de Séez et de Meaux, pour interdire la récitation
du Canon de la Messe à haute voix , n'arrêtèrent l'audace
des novateurs.
Parlons maintenant d'un fait capital qui se passa peu
d'années après la publication du Missel de Meaux, et qui,
s'il dut servir d'encouragement à l'audace des sectaires ,
dut aussi dévoiler aux yeux des moins prévenus la liaison
intime qui réunissait dans l'esprit des Jansénistes la réci-
tation du Canon à haute voix avec les doctrines chères au
parti. iNous venons de constater tout à l'heure les effets du
zèle de l'ancien Secrétaire et commensal de Bossuet ; main-
tenant, c'est le neveu du grand homme que nous allons
considérer à l'œuvre. En devra-t-on conclure la complicité
de l'illustre Evêque de Meaux? Le lecteur sévère et im-
partial considérera peut-être avec quelque attention un fait
aussi étrange ; s'il a lu la correspondance de Bossuet avec
(1) Paris 1725. In-8*.
186 INSTITUTIONS
son neveu , s'il y a observé les ménagements gardés en-
vers les Jansénistes comme Jansénistes, il plaindra le grand
homme qui a eu le malheur d'attacher son nom aux opé-
rations des Assemblées de 1682 et de 1700. 11 se rappellera ,
peut-être, ces paroles de Benoît XIV : « Si Ton s'est abs-
• tenu de proscrire la Défense de la Déclaration du Clergé de
» France, ce n'a point été par égard pour la mémoire de l'au-
teur qui, sur tant d'autres chefs, a bien mérité de la reli-
igion, mais par la juste crainte d'exciter de nouvelles dis-
»sensions (1). >
Si, au contraire, le lecteur est un de ceux qui persistent à
voir dans Bossuet un Père de l'Eglise , il aura la ressource
de dire que ce n'est pas la première fois que les sectaires ont
cherché à cacher la malice de leurs innovations sous le man-
teau révéré des Docteurs les plus orthodoxes.
Quoi qu'il en soit, Jacques-Bénigne Bossuet, Evêque de
Troyes , ayant annoncé à son clergé et aux fidèles de son
Diocèse, la publication d'un nouveau Missel, par un Man-
dement du 20 septembre 1736, le Chapitre de la Cathédrale
assemblé, lo 10 octobre suivant, résolut, à la majorité de
dix-sept voix contre cinq, d'interjeter appel comme d'abus
à l'Archevêque de Sens, Métropolitain. Le siège de l'illustre
Eglise de Sens était alors occupé par Jean-Joseph Languet
de Gergy, Prélat zélé, qui s'opposa comme un mur pour la
maison d'Israël , et dont le nom fera à jamais la consolation
de l'Eglise, en dépit des calomnies et des malédictions dont
les Jansénistes l'ont couvert. Déjà il avait eu occasion de pa-
raître dans la lutte pour défendre les vrais principes de la
(I) Tandem conclusum fait ut a proseriptione abstineretur , nedum
ob memoriam auctoris, ex tôt aliis capitibus de Religione bene meriti ,
sed ob justum novorum dissidiorum timorem. Bened. XIV. Epist. ai
supremum Hispaniœ Inquisitorem. Opp. Tome XV. page 117.
LITURGIQUES. 487
Liturgie contre les novateurs, dans l'affaire de la récitation
du Canon. Un ouvrage contre Dom Claude de Vert, publié
en 1715, et dont nous parlerons bientôt, avait témoigné
de la pureté des sentiments de Languet sur cet article.
Le scandale du Missel de Troyes anima donc au plus haut
degré le zèle du Prélat, et, en effet, il était difficile qu'un
Evêque aussi orthodoxe ne fût pas révolté de l'audace des
novateurs qui avaient rédigé ce livre.
Le Missel de Troyes de 1736 portait, entre autres Ru-
briques, que le Canon de la Messe devait être récité, non
secrètement, secreto, submissa voce, suivant les Missels anté-
rieurs , mais simplement submissiori voce, à voix plus basse
que les autres parties de la Messe. On n'avait pas osé placer
les % qui avaient si mal réussi à Meaux ; d'autre part , il eût
été trop hardi de formuler une Rubrique entièrement franche.
Le parti avait choisi les mots submissiori voce , pour sub-
missa voce , et la pratique donnait l'interprétation à ceux
qui n'auraient pas eu une connaissance suffisante de la gram-
maire pour démêler le sens de la Rubrique.
On avait supprimé, dans l'administration de la Commu-
nion aux fidèles, l'usage déjà si ancien de réciter le Confi-
teorj les prières Misereatur et Indulgentiam , et même ces
paroles du Prêtre : Ecce Agnus Dei , et Domine , non sum
dignus.
Contre l'usage actuel de l'Eglise, observé même dans la
Messe Pontificale , le Missel de Troyes abrogeait la Rubrique
qui prescrit au Prêtre qui célèbre une Messe solennelle , de
réciter en particulier les prières et les lectures qui se font au
chœur.
Une autre Rubrique du Missel de Troyes, plus scandaleuse
que celles que nous venons de citer, témoignait le désir de
voir abolir dans les Eglises du Diocèse l'usage de placer une
188 INSTITUTIONS
croix et des chandeliers sur Fautel ; on devait se borner à y
mettre ce qui est requis pour le Sacrifice, c'est-à-dire le
calice , la patène et l'hostie.
Enfin, à l'exemple du Missel de Harlay, le Missel de Bos-
suet, Evêque de Troyes, supprimait toutes les pièces chan-
tées qui n'étaient pas tirées de l'Ecriture Sainte, et, ce qui
lui appartient en propre, les remplaçait par des textes choisis
dans un but évidemment Janséniste. D'autre part, ses inno-
vations étaient dirigées dans l'intention évidente de diminuer
le culte de la Sainte Vierge et la vénération due à saint Pierre
et au Siège Apostolique.
Tel était le Missel de Troyes , bien digne , comme l'on voit,
d'enflammer le zèle d'un aussi intègre gardien dî l'ortho-
doxie que le parut toujours l'Archevêque Languet. Il reçut
avec joie rappel du Chapitre de Troyes , et lui adressa un
Mandement plein de science et de vigueur qui fut bientôt
suivi de deux autres adressés en général au Clergé soumis
à la juridiction de l'Archevêque de Sens. Ces trois pièces,
pour la rédaction desquelles le Prélat emprunta l'aide du
P. de Tourneminc, savant Jésuite, avec lequel il était dans
une étroite liaison, sont trop importantes et résument d'une
manière trop précise les divers points de la controverse ca-
tholique contre les Antï-liturgistes, pour que nous puissions
nous dispenser d'en placer une analyse dans cette histoire de
la Liturgie. On verra que si nous mettons une grande im-
portance à certaines choses, nous n'exagérons rien, et que
nous avons pour nous, dans notre lutte contre les innovations
qui ont désolé nos sanctuaires, non seulement l'autorité des
Pontifes Romains, mais encore celle d'un des plus grands
Prélats que l'Eglise Gallicane ait possédé dans les temps mo-
dernes. Les Mandements originaux de l'Archevêque Languet
sont devenus fort difficiles à trouver aujourd'hui': heureuse-
LITURGIQUES. 189
ment qu'il eut l'idée de pourvoir à cet inconvénient en les
faisant traduire en latin et les publiant, en 2 volumes in-folio,
sous ce titre : J. J. Languet , Archiepiscopi Scnonensi* , an-
tea Episcopi Suessionensis , opéra omnia pro defensione Cons-
tihitionis Unigenitus et adversus ah ea appellantes successive
édita, in latinam linguam conversa a variis Doctoribus Pa-
risiensibus, et ab auctore recognita et emendata (1). C'est
dans cette collection qui jouit d'une si grande estime que
nous puiserons les paroles de l'Archevêque de Sens ; nous
placerons dans les notes le texte latin des morceaux que nous
aurons traduits.
Le Prélat commence par signaler avec sagacité la double
tendance des novateurs en matière de Liturgie : « Il y en a,
» dit-il, et c'est une chose déplorable, qui osent introduire
»des changements dans les rites sacrés, tantôt pour faire
» revivre, disent-ils, les usages de l'antiquité, tantôt pour
» donner une plus grande perfection à des usages nou-
veaux (2). » En effet, toute l'innovation liturgique des dix-
septième et dix-huitième siècles repose sur cette double et
contradictoire prétention, et c'est déjà l'avoir réfutée que
de l'avoir signalée.
Languet reproche ensuite à l'auteur du Missel d'avoir
introduit de nouveaux rites sans le consentement de l'Eglise
Métropolitaine, à laquelle , dit -il, d'après les Conciles^
toutes celles de la province doivent se conformer dans les
divins Offices (3). Le lecteur trouvera sans doute que le
(1) Sens, 1732.
(2) Suât tameii icLuiUdam ( :t aoc djienclam ) qui nos sacras rilus
immutare audent; modo ut antiquiiatis usas, ut aiunt, reviviscant ;
modo ut no/elli ad majorent periV.ctionem addueantur. /. /. Languet
opéra. Torn. IL Mandat uni et Pastoralis institut io de novo Missali
Trecensi. Pag. 1218.
(3) Pag. 1219etseq,
190 INSTITUTIONS
centre d'unité auquel l'Archevêque rappelle son suffragant ,
est d'une autorité bien minime , surtout quand on se souvient
que toutes les Eglises d'Occident ont joui des bienfaits de l'u-
nité Romaine dans la Liturgie; mais, plût à Dieu que nos
Diocèses de France, partagés comme ils le sont entre tant de
Liturgies diverses, s'accordassent du moins dans celle qu'ils
ont choisie , avec leur Eglise Métropolitaine ! Mais on ne
s'arrête pas où l'on veut.
Venant ensuite à la Rubrique du Missel de Troyes qui fa-
vorise la récitation du Canon à haute voix , l'Archevêque d(
Sens s'exprime ainsi : « On ne peut mettre en doute qm
» l'auteur du Missel n'ait eu l'intention d'introduire la récita
»tion à haute voix du Canon et des Oraisons appelées Se
» crêtes. S'il ne l'a pas proféré ouvertement , il s'est effbrc»
» d'insinuer subtilement et avec adresse cette pratique qui
> depuis environ quarante ans, semble avoir été introduit
» dans nos Eglises par certains Prêtres sans mission et san
» autorité, et qu'affectent spécialement ceux-là même qui s
> sont montrés indociles et désobéissants aux Constitution
> Apostoliques (1). » Le Prélat, après avoir fait ressortir I
mauvaise tendance de ces mots submissiori voce, et dénonc
le fait d'un grand nombre de Prêtres du Diocèse deTroyc
qui prenaient occasion de cette Rubrique pour réciter
Canon à haute voix , combat avec vigueur les principes d
Jansénistes sur celte matière (2) : mais nous ne devons p;
nous y arrêter ici.
(1) In dubium revocari non poiest quin autor Missalis recitationc
Ganouis et Oràtiones quae, Secretœ vocantur, alta et intelligibili vo
inducere tentaverit. Si id apertenon pionuutiat, subtiliter et calli
instillare conatus est praxim banc quie a quadraginta circiter annis
nostras Ecclesias introducta videtur a nonnulIisSacerdotibus siue m
sione et autoritate , et speciatim ab iis affectatur qui Constitution^ i
Apostolicis indociles se et inobedientes preebuerunt. Pag, 1229.
(2) Page* 122H2U; 1Ô0U317.
LITURGIQUES. 491
Il signale aussi avec zèle l'audace du Missel de Troyes dans
la suppression des prières qui accompagnent l'administration
delà Communion aux fidèles, et la défense qui y est faite de
donner la Communion hors le temps de la Messe. « Ainsi,
» dit-il , le peuple récitera désormais la Messe avec le Prêtre ;
» il participera avec lui, et de la même manière, au sacrifice ;
i il recevra la Communion , comme les Calvinistes prennent
>la Cène dans leurs assemblées (1) ! » L'Archevêque de Sens
allègue ensuite tous les Missels en usage aujourd'hui dans
l'Eglise Latine, et le Pontifical Romain lui-même qui prescrit
la récitation du Confiteor dans l'administration de la Commu-
nion à tous les ordinands , sauf les Prêtres qui viennent de
concélébrer avec PEvêque. Il montre que cet usage de con-
fesser ses péchés par une formule liturgique, avant de rece-
voir la Communion, bien qu'il ne soit pas de la première
antiquité , a été suggéré, du moins quant à l'esprit, par Ori-
gènes et saint Jean-Chrysostôme , et que, dans tous les cas,
dès qu'un usage est établi et gardé universellement dans l'E-
glise, un Catholique ne saurait se dispenser de le considérer
comme institué dans le Saint-Esprit (2). S'il fallait suppri-
mer les choses de la Liturgie qui ne sont pas de la première
antiquité, on devrait donc abolir la récitation du Gloria in
excelsis, qui, au temps de saint Grégoire, n'était récité que
par l'Evêque seul ; supprimer l'usage du Symbole de Cons-
tantinople qui n'a été introduit dans l'Eglise Romaine que
sous le Pape Renoît VIII; célébrer la Messe à l'heure du
souper, comme au temps des Apôtres ; ramener la Messe au
rite que décrit saint Justin dans sa seconde Apologie, etc. (3) ?
(1) Plebs inQma Missam cum Sacerdote recitabit; et cum eô, et eo-
cîem modo sacrilicio partie? pabit, communionem accipitt sicut co?na
porrigitur in Calvinianorum cœtus. Pag. 1222.
(2) Page 122G.
(3) Page 1227.
192 INSTITUTIONS
Languet passe a cette autre Rubrique du Missel de Troyes
qui supprime l'usage déjà ancien dans l'Eglise Latine , par
lequel le célébrant de la Messe solennelle est obligé de
lire à l'autel, en son particulier, les prières et lectures
qui se font au chœur. Il se plaint de l'esprit d'innovation
audacieuse qui a produit cette nouvelle dérogation aux
usages reçus , et après avoir montré combien est futile
cette prétention à retracer les usages de l'antiquité, quand
on est si éloigné soi-même de l'esprit des temps primitifs
du Christianisme , il conclut ainsi : « C'est faire illusion à un
> peuple simple par ce nom d'antiquité, que de se borner
» à l'invoquer pour autoriser le Prêtre à s'abstenir de lire
» les choses qni sont chantées; pour supprimer des prières
» qui ont été prescrites par un motif d'édification dans l'ad-
i ministralion de la Communion ; pour faire réciter, dans la
» Messe, à voix haute, des prières que l'Eglise ordonne de
» réciter secrètement (1). »
Venant ensuite à la coupable entreprise du Missel de
Troyes tendante à supprimer l'usage de la croix et des chan-
deliers sur l'autel pendant la Messe , Languet dénonce les
instincts calvinistes qui se traduisent si maladroitement dam
cette Rubrique. « Déjà, dit -il, plusieurs Eglises se son
> réduites à cette rustique nudité que cherche à inspire]
» l'auteur de l'innovation. Ce sont celles qui ont pour Pas
>teurs quelques-uns de ces Prêtres qui sont aujourd'hui ei
» lutte avec le Souverain Pontife pour la Constitution Apos
(1) Sub nomine antiquitatis populo simplid iliudltur, eu m tam vent
rmdum nomen ad nîbil aliud adhibetur, ni i ut Sacerdos a i-gend
ea quae cantantur, abstineat ; ut preces quee iu commuirone ad aeditica
tionem prœscriptae sunt, tollantur; ut c!ara voce ia Missa reciteiitu
quae secreto recitanda Ecclesia prœcipit. Haec enim sub antiquitati
nomine tentare, est ipsi venerandœ antiquitati derogare, et illam cor
temptui exponere. Pag. 12i7.
LITURGIQUES. 195
italique, et qui, en même temps qu'ils affectent une doc-
» trine singulière , ont entrepris de se donner un culte sin-
gulier; c'est là le scandale dont nous gémissons, le péril
j qui nous fait craindre. Le schisme qui doit son origine à
* une désobéissance aux Décrets Apostoliques , se consom-
mera par les variations du culte extérieur (1). »
L'infatigable Prélat attaque ensuite les changements faits
par l'Evêque de Troyes au Missel Romain , la suppression
des formules Grégoriennes, et la substitution arbitraire ou
malveillante de certains passages de l'Ecriture Sainte aux
Antiennes formées des paroles de la tradition, ou même em-
pruntées, dès la plus haute antiquité, à l'Ecriture elle-
même. C'est ici que nous n'avons plus à combattre , nous
seul, contre les audacieuses réformes de François de Harlay,
de Nicolas Le Tourneux et de Dom Claude de Vert. L'il-
lustre Archevêque descend avec nous dans la lice , et dé-
masque l'esprit novateur qui a déjà produit en plusieurs
lieux le scandaleux abandon des saints Cantiques Grégo-
riens, et qui se prépare à inonder la France de Bréviaires
et de Missels dressés sur le même plan. Ce ne sera plus seu-f
lement un Pape , saint Pie V, qui protestera contre ces Li-
turgies particulières, fabriquées sans autorité, et qui dé-
chirent la communion des prières catholiques , discerpere
(i) Jam quasdam Ecclesias reperies quse ad illam rusticam nuditatem
quam innovator inspirât, rediguntur. Sunt autem illse quibus président
Sacerdotes qui hodie cum summo Pontifice de Constitutione pugnant,
sibique suam iidem fingunt , et similiter suum peculiarem cultum sibï
quoque fingere aggrediuntur, singularitatem in cultu sicut in doctrina
affectantes. Hoc dolemus propter scandalum, hoc timemus proptef
periculum. Schisma quod per inobedientiam circa decretum Aposto-
licumoriricœpit, percultus exçerioris diversUatem, consumraabitur,
Pag, 1249.
t. n. 13
494 INSTITUTIONS
c ommunioncm (1) ; c'est un des plus grands Prélats de l'Eglise
de France dont nous ne ferons plus, pour ainsi dire , que
répéter la doctrine et proclamer le jugement.
a Cette vénérable antiquité, dit-il, que l'auteur du nou-
» veau Missel se glorifie d'imiter, il la foule aux pieds dans la
» composition des nouvelles Messes qu'il substitue aux an-
ciennes : ce qui prouve que cet auteur, dans les nouveautés
» qu'il a voulu introduire , a choisi l'antiquité pour prétexte
>et non pour règle. En effet, leslntroïts, Graduels, Offer-
> toires , etc. , que l'on chante , depuis tant de siècles , dans
» l'Eglise Romaine , sont tellement changés dans le nouveai
» Missel, qu'à peine en trouve-t-on un très petit nombre qu
* appartiennent aux livres liturgiques de saint Grégoire, d'oi
> ils ont passé, comme d'une source pure, dans le Misse
» Romain, et ont été employés par presque toutes les Eglise
> particulières. Notre nouveau faiseur (fabricator novus) n'
> pas épargné davantage les Oraisons et les Collectes qu'
» n'avait fait les Introïts et les Graduels. Confiant à l'exc<
> dans son génie , se jugeant plus docte et plus prudent qi
f l'Eglise entière , il a supprimé des choses qui étaient coi
» sacrées par une si grande antiquité et universalité, poi
»leur substituer ses inventions et ses idées, sous le seul
» frivole prétexte qu'il n'employait que le pur texte de P!
» criture. Je dis avec assurance que les innovations du Mise
» n'ont point d'autre source que les idées et les invent ioi
» propres de leur auteur; car c'est lui-même qui, dans|i
> composition de la nouvelle Liturgie, employant certa
» textes de l'Ecriture , les a adaptés aux dimanches et ait
> diverses fêtes , suivant son gré et sa volonté , et quelque! 6
>même contre le sens véritable et original des livres sain
(i) Yid, tome I, page 502,
LITURGIQUES. 195
> Cette composition, imaginée par un simple particulier, a-
» t-elle donc dû être préférée et subrogée à des formules que
i l'Eglise universelle a approuvées par son usage durant tant
»de siècles? Il n'a pas même fait grâce aux fêtes les plus so-
lennelles, ni à ces jours, du Carême par exemple, dans
» lesquels l'Office public est plus assiduement fréquenté par
»les fidèles. Il a changé presque en totalité les Messes de
» Pâques, de Noël, de l'Avent, ou du Carême.
» Il n'a pas compris , cet auteur, quelle confirmation la foi
» orthodoxe retire de l'antiquité et de l'universalité de nos
» Liturgies sacrées. Cependant, les Liturgies qui dèslespre-
» miers siècles de l'Eglise , même long-temps avant saint Jé-
» rôme, se lisent dans toute l'Eglise, sont autant de monuments
» précieux de la tradition qui étayent et confirment notre
» croyance. C'est leur témoignage que la foi catholique em-
» ploie comme une arme contre les novateurs ; cette foi qui
»est une, perpétuelle et universelle. Si donc une Eglise par-
ticulière supprime ces monuments sacrés, elle dépose les
» armes qui lui servaient à combattre les novateurs, elle les
» enlève des mains des fidèles. Que notre faiseur orne, tant
i qu'il voudra , ses Liturgies nouvelles de Cantiques élégam-
ment composés, de textes de l'Ecriture Sainte ingénieuse-
i ment trouvés, habilement adaptés aux fêtes et aux solennités;
»que sont toutes ces choses ingénieuses et élégantes, quelle
» est leur autorité , si on les compare aux formules qui , em-
ployées et chantées par tout l'univers , depuis quinze siècles
> au moins , sont pour les fidèles un enseignement de la même
» foi ? Le dernier laïque , en quelque lieu du monde que
* ce soit , prêtant l'oreille aux chants qui se font entendre
>dans l'Eglise qu'il fréquente, connaît, sans aucun effort,
» qu'en tous lieux et toujours , les mêmes mystères et les
» mêmes jours de fête out été et sont encore célébrés, que
496 INSTITUTIONS
>le monde entier professe unanimement, et a constamment
» professé par la tradition la plus ancienne, cette môme foi,
> ces vérités capitales qui sont exprimées dans les Liturgies.
> Ce qu'on voudrait introduire de nouveau , dans une Eglise
* particulière, au mépris de l'antiquité et de l'universalité,
>ne peut avoir d'autre autorité que celle d'un Prélat parti-
» culier, homme sujet à erreur, et d'autant plus sujet à er-
reur qu'il est seul, qu'il introduit des choses nouvelles,
» qu'il méprise l'antiquité et l'universalité. Or, une chose
» consacrée par l'usage antique et universel, est gardée ti'er-
> reur par les promesses môme de Jésus-Christ , est fondée
* sur l'autorité même de Jésus-Christ qui assiste toujours
>son épouse et lui garantit la foi par sa propre vérité, et la
> sagesse du gouvernement par sa propre prudence. >
< Mais voici quelque chose qui n'est pas moins grave. Celui
» qui a introduit tant d'innovations dans sa Liturgie, changeant
> et effaçant des choses qui avaient été imitées et empruntées
» de la Liturgie de l'Eglise Romaine, paraît n'avoir pas du tout
> compris l'intention qu'eurent nos pères dans cette imitation
> de la Liturgie Romaine. Par honneur pour le premier Siège,
> et pour resserrer l'union sainte avec lui, ils crurent en devoir
» adopter les rites, après avoir renoncé à l'antique Liturgie
» nationale. Il est advenu de là que l'ancien rite de l'Eglise
> Gallicane, le Mozarabique en Espagne, l'Ambrosien en Ita-
lie, ont presque entièrement péri. Nos pères savaient que
* l'unité dans la vraie foi dépend totalement de l'union avec
> le Saint Siège et avec le Vicaire de Jésus-Christ et que les
> Eglises qui sont d'accord avec l'Eglise Romaine , Mère et
» Maîtresse de toutes les Eglises et centre commun , sont ga-
ranties de toute séduction d'erreur et de schisme. Or, cette
» union se forme et se conserve par l'usage d'une même Li
»turgie, et le lien entre tant de nations isolées les unes des
LITURGIQUES, 197
i autres , et souvent même en guerre entre elles , paraît tou-
jours dans l'unité des prières , des fêtes et du culte pu-
»blic (1). »
Languet rappelle la sollicitude de Pépin et de Charle-
magne pour établir la Liturgie Romaine en France , et
le zèle de saint Grégoire VII pour la faire prévaloir en Es-
pagne; après quoi il ajoute : « Alors, on mettait du prix à
> garder l'unité avec l'Eglise Romaine, et chacun concourait
j> avec joie aux moyens de la corroborer en toutes manières ;
» car tous sentaient Futilité et la nécessité de cette union. On
» ne portait point envie à la supériorité de cette Eglise Mère ;
» on n'avait pas honte de lui être soumis et de lui obéir; que
d dis-je ? on s'en faisait gloire et on sentait que celte^ obéis-
i sance était le moyen de maintenir et de fortifier l'unité. On
» jugeait nécessaire de réunir le rameau au tronc, de rame-
»ner le ruisseau à la source, et comme la gloire et la solidité
» de l'Eglise consistent dans son unité, on pensait que cette
» unité devait être produite et confirmée par une légitime
» subordination. Ainsi pensèrent nos pères, ceux-là même
»par lesquels la foi est venue jusqu'à nous. Ils ont bien
» d'autres idées , ceux qui aujourd'hui n'ont pas de honte
» d'appeler l'Eglise Romaine une Eglise étrangère , et d'affîr-
» mer que l'usage des livres liturgiques de cette Eglise n'a
» été introduit que par tolérance dans le Diocèse de Troyes.
» Ainsi, sous le voile d'une Liturgie plus élégante, on cache
» le mépris de la Liturgie Romaine ; ainsi on affaiblit la sainte
» et précieuse unité ; ainsi les liens qui nous unissaient à la
» Mère Eglise se brisent peu à peu ; ainsi on prépare de loin
> les peuples à la séparation. De la différence des rites naîtra
» peut-être le mépris , et même la haine qui finit souvent par
(1) Vid. la note B.
198 INSTITUTIONS
île schisme. Qui ne serait saisi de crainte en considérant le
* schisme des Grecs, et en se rappelant qu'un des motifs de
» cette funeste séparation fut que l'Eglise Romaine ne chan-
» tait pas alléluia durant le Carême : ce que les Grecs repro-
» chaient comme un grand crime au Pontife Romain et aux
» Evêques d'Occident (1). »
L'Archevêque de Sens mentionne ensuite la condamnation
du Bréviaire du Cardinal Quignonez , et de ceux de Soissons
et d'Orléans , par la Sorbonne , au seizième siècle , condam-
nation motivée, ainsi que nous l'avons raconté en son lieu (2),
sur la nouveauté et la témérité qui paraissaient dans ces
Bréviaires, sur le scandale que le peuple ne manquerait pas
d'y prendre, sur le schisme que pouvaient amener de sem-
blables innovations ; puis il continue en ces termes : « Tel
» était le jugement qu'on portait autrefois sur les innovations
» dans la Liturgie, même quand elles n'avaient lieu que dans
» cette partie des Offices qui, étant plus spécialement entre
> les mains des Prêtres , est moins familière aux laïques. Quel
j> jugement auraient porté ces graves et très sages maîtres,
j s'ils eussent découvert des innovations importantes jusque
> dans la célébration de la Messe et dans l'administration de
»la Communion aux fidèles? S'ils eussent vu les Introïts et
»les Graduels de l'antique Missel entièrement changés, la
» vénérable antiquité foulée aux pieds, pour mettre en place
Mes idées singulières et les inventions d'un particulier (3)? »
(1) Vid. la note C.
(2) Tome I. chap. XV. pag. 578 et 458.
(3) Taie olim ferebatur judieium de quaîibet innovatione circa Li
turgiam, etiam in Officiorum parte quae S?.cerdotes spectat prsecipue
quseque hïcorum manibus minus teritur. Quid judicassent graves ill
et sapientissimi magistri , si majoris momcnti innovationes deprehen
dissent in ipsius Missse celebratione , et communione ûdelibus distri
LITURGIQUES. 199
Dans un autre Mandement sur le Missel de Troyes, l'Arche-
vêque discute avec une grande sagacité le prétexte qu'on a
mis en avant pour justifier tant d'innovations scandaleuses :
« On n'a voulu, dit-on , rien admettre dans les prières de la
» Messe qui n'ait été emprunté, de mot à mot, aux saintes Ecri-
» tures. » « Mais d'abord, répond Languet, cela est impossible ;
» autrement, il faudrait changer toutes les Oraisons, de même
i qu'on a changé tous les Introïts et tous les Graduels. En
* effet , ces antiques Oraisons qui , presque toutes , sont
» extraites du Sacramentaire de saint Grégoire , ne sont point
» composées de textes de l'Ecriture. D'après le même prin-
cipe, on devrait aussi changer le Gloria in excelsis, le
î Credo, le Confiteor, et nombre d'autres prières consacrées
»par leur antiquité. L'auteur du nouveau Missel n'a pas osé
» aller jusque là ; mais cela seul aurait dû faire comprendre
i la fausseté de cette règle imaginaire qui , n'étant appuyée
» sur aucun fondement solide , est tellement impraticable
» qu'on est obligé de s'en écarter dans un grand nombre d'oc-
» casions. »
« En second lieu , qui a prescrit cette règle ? Est-ce lin
» Concile , ou quelque autre monument de la vénérable antï-
» quité? N'est-il pas manifeste , au contraire , que la plus res-
pectable des prières de l'Eglise, le Canon de la Messe, n'a
»pas été tiré des paroles de l'Ecriture? » Le Prélat cite en-
suite le Canon du quatrième Concile de Tolède , en 655 , que
nous avons rapporté ailleurs , et montre combien cette sainte
et savante assemblée , présidée par saint Isidore , mettait
buenda ? Si vidissent Missalis antiqui Introïtus , et Gradualia omnino
immutata , atque antiquitatem venerandam conculcatam , ut ei snbs-
tituerentur singulares, ideae et nominis particularis inventa. Ibidem,
page 1255.
200 INSTITUTIONS
d'importance a conserver les formules traditionnelles de la
Liturgie. Puis il continue ainsi :
« En troisième lieu, pourquoi, au nom de cette prétendue
» règle, tous les anciens Introïts, Graduels, etc., ont-ils été
» changés ? N'est-ce pas de l'Ecriture Sainte qu'a été tirée la
j plus grande partie des Introïts , des Graduels et des autres
» chants de la Messe contenus dans l'Antiphonaire de saint
j Grégoire? Pourtant, on les a remplacés, sous prétexte
» d'un plus grand bien , et ce bien consistait à insérer frau-
* duleusement des nouveautés dans le Missel.
» En quatrième lieu , la tradition n'est-elle donc pas aussi
> une sorte de parole de Dieu, une règle de foi? Mais en quel
«monument nous apparaît plus sûrement et plus eftîcace-
» ment cette sainte tradition, que dans ces prières composées
> dans l'antiquité la plus reculée, employées par la coutume
i>la plus universelle, conservées dans la plus constante uni-
i formité ? Si ces prières ne sont pas formées des propres
* paroles de l'Ecriture , les fidèles ne leur doivent-ils pas la
» même révérence, proportion gardée, qu'à l'Ecriture Sainte?
j> Il est plusieurs dogmes de notre foi dont nous ne pouvons
» prendre la connaissance distincte que dans la tradition , et
* il n'y a pas de monuments à la fois plus précis et plus sûrs ,
j> pour défendre ces dogmes , que les prières même de la
> Messe. Trouve-t-on dans les Ecritures Saintes le dogme de
» la perpétuelle intégrité de la Sainte Vierge , aussi claire-
»ment que dans les prières de l'Eglise, et principalement
»dans ces paroles que nous lisons dans les Livres Litur-
» giques de saint Grégoire : Post partum, Virgo, inviolata per-
•j>mansistù JN'est-ce pas dans la Liturgie qu'on trouve la
* preuve de la tradition de l'Eglise sur la Canonicité des Livres
* Saints , et sur un grand nombre d'autres points ?
» Au reste , et c'est là notre cinquième observation , ce
j sont le plus souvent les idées d'un esprit individuel qu'on a
» ainsi revêtues de l'apparence de textes de l'Ecriture , et
» substituées aux antiques prières. A la vérité, les paroles
» sont prises dans l'Ecriture Sainte ; mais leur accommodation
» arbitraire à certaines fêtes, ou aux éloges de certains
» Saints, est une production de l'esprit particulier. » Ici Lan-
guet cite en exemple plusieurs de ces fameux contre-
sens bibliques que renfermait le Missel de Meaux , et dont
regorgent avec tant de fierté nos nouveaux Missels et Bré-
viaires , et il reprend ainsi : « Quelques belles et ingé-
anieuses que paraissent ces allusions, elles n'offrent pas
» le sens naturel des textes de l'Ecriture , mais tout simple-
*ment le sens de l'auteur qui les a imaginées. Si cet auteur
» est moderne , sans nom , s'il n'a autorité que dans un seul
i Diocèse , quelle force, quel poids pourra-t-il donner à ces
» productions de son propre génie? Les prières de l'an-
j cienne Liturgie , toutes simples et sans ornements qu'elles
» soient, n'auront-elles pas plus d'autorité, ne seront-elles
<pas plus utiles, bien qu'elles ne soient pas tirées des Ecri-
tures Saintes. »
« Ce n'est pas cependant que nous prétendions condamner
>ces accommodations et ces allusions ; l'exemple des Saints
» Pères est là pour les défendre. Mais nous prétendons que
»ce n'est pas enrichir l'Eglise que de supprimer les chants
t> antiques pour substituer en leur place des allusions d'une
» invention récente ; c'est bien plutôt la scandaliser que d'em-
» ployer ces accommodations au moyen desquelles l'Ecriture
» est détournée à des sens étrangers , quelquefois suspects et
» dangereux dans la foi. Quelqu'un ignore-t-il que, parle
» moyen de textes des Ecritures mutilés, et cités à faux, il
» n'est pas d'erreur qu'on ne puisse insinuer et même ensei-
gner par les propres paroles de la Bible. Il est inutile
202 INSTITUTIONS
i de rapporter des exemples : chacun les trouvera aisément
»dans ss mémoire (1). »
Plus loin, Languet, qualifiant énergiquement la maladie
de son siècle , s'exprime ainsi : « Ces Messes modernes avec
«leurs allusions bibliques, variées au gré de leurs auteurs
» et suivant la fécondité de leur génie , auront-elles le même
> poids, la même autorité, la même utilité que les anciennes?
» D'abord, c'est en vain qu'on y cherche l'antiquité, puis-
» qu'elles sont le produit d'une manie que le siècle où nous
» vivons a vue naître. En vain y cherchera-t-on aussi l'auto-
» rite que donne l'universalité ; puisque cette démangeaison
> de fabriquer de nouvelles Messes n'a affecté que la France :
» c'est chez nous seulement qu'elle règne. Que dis-je? dans
» ce même royaume , les divers Missels diffèrent les uns des
» autres. Chacun de ces faiseurs de Messes nouvelles veut don-
* ner du sien, et beaucoup moins imiter ce qui existe déjà que
» surpasser les autres par de plus heureuses allusions (2). »
Le Prélat emploie une partie de ses trois Mandements sur
le Missel de Troyes , à signaler un grand nombre de passages
de l'Ecriture qu'on a présentés dans ce livre de manière à
leur donner un sens favorable à l'hérésie Janséniste. Nous
n'insistons pas ici sur ces passages , attendu que le Missel de
(1) Vid. la note D.
(2) An vero Missae illae recentiores cum allusionibus quœ in eis inse
runtur, et pro uniuscujusque autoris arbitrio aut ingenii fecunditat
variantur, idem pondus, eamdem autoritatem , eamdem utilitatem ha
bebunt? Primo quidem in illis desiderabitur antiquitas, siquidem fa
bricatœ sunt novo quodam instinctu quem nascentem vidit hoc seculum
Desiderabitur universalitatis autoritas; siquidem Gallias solas afflavi
haec novarum Missarum fabricandarum prurigo. Solis dominatur i
Galliis. Quin etiam hoc ipso in Regno unumquodque Missale ab ali
discrepat ; unusquisque enim novarum Missarum artifex vult aliqui
dare de suo , minusque quod jam inventum est imitari , quam felicii
ribus allusionibus alios superare cogitât. Ibidem, 1396.
LITURGIQUES. 205
Troyes n'a eu, comme livre , qu'une influence locale ; nous
préférons proposer à l'attention du lecteur la doctrine de
l'Archevêque de Sens , sur les dangers que peut courir l'or-
thodoxie , du moment qu'il est permis aux hérétiques de
populariser à leur gré tous les versets de l'Ecriture qu'ils
jugent propres à inculquer leurs sentiments.
« N'est-ce pas, dit-il, une licence très dangereuse et digne
» d'être soigneusement réprimée par les premiers Pasteurs ,
» que de remettre aux mains des fidèles les armes mêmes
* avec lesquelles les novateurs combattent les dogmes catho-
» liques ; que d'accoutumer les peuples à réciter et à chanter
> des textes qu'ils ne comprennent pas ou qu'ils comprennent
» mal , et qui peuvent devenir une source de disputes , ou
» peut-être d'erreurs? L'Eglise s'est-elle donc conduite ainsi
» jusqu'à présent? Au temps des Ariens , eût-on affecté de
» placer parmi les Cantiques de la Liturgie , cette phrase de
i l'Evangile : Pater major me est? Au temps de Bérenger,
» qui niait la présence réelle , eût-on affecté de placer parmi
>les chants de la Messe cette sentence de Jésus-Christ dont
» tous les hérétiques sacramentaires ont abusé : Verba quœ
i ego locutus sum vobis spiritus et vita sunt : caro non pro-
*dest quidquam (1) ? On veut justifier cette conduite sus-
Ci) Nonne periculosissimse et a primis Pastoribus sedulo refrsenandae
licentise est , permittere fidelium manibus illa arma quibus Cathoiica
dogmata a Novatoribus impugnantur ; populosque assuefacere recitan-
dis canendisque textibus quos aut nullatenus, aut perperam intelli-
gent , et qui ipsis disputationum ac fortasse errorum seminarium exis-
tent? Itane ergo hactenus se gessit Ecclesia? Quis Arianorum tempo-
ribus affectasset , inter sacrae Liturgiae Cantica proponere hanc Evan-
gelii sententiam : Pater major me est*! Quis Berengarii tempore qui
praesentiam realem negabat , affectasset Missae Canticis inter texere
hanc Christi sententiam , quibus omnes hœretici Sacramentarii abusi
sunt : Verba quœ ego locutus sum vobis , Spiritus et vita sunt : caro non
prodest quidquam ? ( Ibidem, pag, 1373. )
204 INSTITUTIONS
> pecte, et toute la justification consiste à expliquer, à exposer
»les témoignages bibliques dont nous reprochons l'emploi
» affecté. A quoi bon ce commentaire? S'agit-il d'expliquer
* les passages en question ? Il n'est pas de théologien qui n'en
» puisse venir à bout facilement. Mais le peuple qui lira ces
» textes dans la Messe, qui les chantera, qui les apprendra
» par cœur, qui bientôt peut-être les verra traduits en langue
» vulgaire, le peuple n'aura pas votre commentaire sous les
»yeux. Ce que ces passages renferment d'obscur et de diffî-
> cile infectera l'esprit des fidèles de faux principes qui leur
» sembleront basés sur ces textes eux-mêmes, et lorsqu'il
* plaira à un novateur d'en abuser , pour répandre et con-
ïfirmer ses erreurs, il trouvera les peuples déjà préparés et
» disposés à prêter l'oreille et à ajouter foi (1). »
Nous avons dit que le Missel de Troyes portait aussi at-
teinte au culte de la Sainte Vierge, et que le Prélat qui avait
publié ce livre s'était empressé de suivre les errements de
François de Harlay, dont l'œuvre a droit d'être considérée
comme l'initiative de tous ces scandales. Ecoutons l'Arche-
vêque Languet réclamer contre son suffraganl les droits sa-
crés de la Mère de Dieu : « Dès les premiers siècles de l'Eglise,
> dit-il, le culte de la Mère de Dieu a été du plus grand prix
(1) Repondere igitur conatur, totaque ejus responsio consistit in
explicatione atque expositione testimoniorum quorum usus ipsi expro-
batur, at quid ad rem facit commentarium hoc ? An igitur de exposi-
tione illorum textuum ? Enim vero sine ejus ope textus illos sensu
Catholico quo intelligi debent facile quisquis exposuisset Theologus.
Sed populus qui eos textus in Missa leget , qui cantabit , qui ediscet
memoriter, qui eos cito fortasse vernaculo sermone redditos videbit,
commentarium istud non habebit ob oculos. Quod in eis obscurum est
et difficile, fidelium mentes inficiet falsis princijtiis quae his textibus
stabiliri videntur, et cum Novatori libuerit iisdem textibus abuti , quo
errores suos spargere ac confirmare possit , populos paratos jara et
instructos reperiet, ut ipsi aures fidemque praebeant. Pag. 1374.
LITURGIQUES. 205
» pour le peuple fidèle. On en trouve la preuve dans les an-
j> ciennes Liturgies des diverses Eglises qui s'accordent toutes
j> sur ce point , et concourent à honorer la Mère du Christ.
i Celui donc qui a composé la nouvelle Liturgie a dû , sans
» doute , cultiver avec grand soin tout ce qui a rapport à cette
» dévotion , conformément à l'intention et aux usages de la
» sainte Eglise ; il a dû mettre tous ses soins , non seulement à
»la conserver, mais à l'accroître, à la rendre, tout à la fois,
jplus fervente et plus utile. Que s'il s'est trouvé à propos
j»de changer quelque chose dans les anciens Cantiques, ce
» changement , pour être louable , a dû se faire au moyen
» d'additions plutôt que de retranchements. Celui-là déroge-
rait à la piété qui tenterait de diminuer les louanges par
» lesquelles l'Eglise célèbre la Maternité de Marie, ou les
* honneurs dont elle aime à l'environner (1). i
Languet parcourt ensuite le Missel de Troyes et signale
les diverses innovations qu'il présente , au détriment du culte
delà Sainte Vierge. Dans ce livre, on n'a pas osé, il est vrai,
supprimer les fêtes de la Conception, de la Nativité, de la Pré-
sentation , de la Visitation et de l'Assomption de Marie ; mais
sa Purification et son Annonciation , restreintes désormais
à la seule qualité de fêtes de Notre-Seigneur, n'offrent plus
(i) A primis Eccîesise seculis cultus beatse Mariae Virginis plebi pre-
tiosus fuit et commendabilis. Hujus probatio eruitur ab antiquioribus
Liturgiis variarura Ecclesiarum quae in hoc oninino conveniunt, et ad
honorandam Christi matrem eoncurrunt. Qui novam Liiurgiam ador-
navit , debuit cultum hune omni observantia colère secundum Ecclesiae
sanctœ iutentionem et usum ; curare omni sua opéra ut , si fieri potest ,
non modo servetur, sed et crescat, fiatque devotior et utilior : et si
aliquid in antiquis Canticis immutare conveniat , laudabilius forsan
fuisset addere aliquid quam aliquid detrahere. Proinde pietati derogat
qui et laudes quibus Ecclesia Mariae Maternitatem Divinam praedicat ,
et honores quibus illam colère solet, imminuere tentât, Pay. 1262.
206 INSTITUTIONS
dans les prières du Missel que quelques mots de souvenir
pour la Mère de Dieu. Le nom de Marie a même été retran-
ché du titre de la fête de l'Annonciation ; ce n'est plus que
l'Annonciation du Seigneur. En vain, l'Evêque de Troyes
prétend-il que l'Archevêque de Sens voudrait qu'on oubliât
dans cette fête l'Incarnation du Verbe , pour ne parler que
de la Sainte Vierge. Languet répond avec énergie : c L'Ar-
» chevêque de Sens n'a d'autre désir que celui que lui inspire
» l'Eglise universelle : il ne réclame que ce que cette même
» Eglise a établi , institué , observé depuis tant de siècles. Elle
» n'oublie point, dans la Messe Grégorienne, ni Jésus-Christ,
>ni son Incarnation; mais elle veut que nous honorions la
> Mère avec le Fils, que nous allions au Fils par la Mère, de
i même que par la Mère le Fils est venu à nous. En cela , rien
» n'est enlevé au Fils , puisque ce sont seulement ses dons
» divins que nous honorons dans sa Mère. Etait-ce donc à
> l'Eglise de Troyes de réformer l'Eglise universelle (1) ? »
Languet signale successivement les divers attentats du
Missel de Troyes contre le culte de la Sainte Vierge. On y a
changé la Messe de la Circoncision qui , dans le Missel Romair
et les anciens Sacramentaires, a pour objet non moins spécia
la vénération de la Mère de Dieu. Le Missel de Troyes, dans h
(1) Hoc loco respondet autor documenti ; velletne D. Archiepiscopu
Senoneiisis , ita in beata Virgine defixam fuisse compositoris cogitatic
nem, ut Iucarnationera Christi omnino oblitus videretur? ftihil aliu
vult Archiepiscopus Senonensis quam , quod ipsi inspirât universa Ec
clesia, quam quod fecit, quod instituit, quod tôt a seculis observa vil
INec illa Cnristum, nec Incarnationem ejus in Missa Gregoriana obi
viscitur ; sed vult ut Matrem una cum Filio honoremus, ut per Matre»
eamus ad Filium , quemadmodum per Matrem ad nos venit Filin
]\'ihil Christo detrahitur , siquidem Divina tantum ejus dona in Mar
honorantur. An vero Ecclesiœ Trecensis erat uniYersam Ecclesiam r
formare? Pag. 1588.
LITURGIQUES. 207
Messe de la Visitation , parle beaucoup plus de saint Jean-
Baptiste que de la Sainte Vierge. Celles de la Conception et
de la Nativité sont muettes sur les louanges , et même sur le
nom de cette Reine du Ciel. Les Messes Votives de Beata
pareillement fabriquées de textes de l'Ecriture , taisent
profondément les louanges de Marie , célébrées avec tant
d'amour et de poésie dans les Introïts, Graduels, Offer-
toires, etc., qu'on a supprimés. En faut-il davantage pour
convaincre l'auteur du Missel de Troyes d'être entré dans la
conspiration formée , par un certain parti , contre le culte
de la Sainte Vierge si exagéré par ses dévots indiscrets ?
Venant ensuite aux atteintes portées dans le Missel à l'au-
torité du Siège Apostolique , l'Archevêque de Sens déplore
que dans un Diocèse dont la Cathédrale est sous l'invocation
du Prince des Apôtres , il se soit rencontré un Evêque qui ait
retranché dans les Messes de la Chaire de saint Pierre , de la
Fête même de ce grand Apôtre, les Versets populaires et Gré-
goriens : Tu es Petrus et super hancpetram, etc. ; Quodcum-
que ligaveris, etc.; Petre, diligis me, etc., pour les rem-
placer par des passages de l'Ecriture qui ne peuvent avoir
qu'un sens accommodatice , et cela sous le prétexte affecté
que ces paroles se trouvent déjà dans l'Evangile de la Fête.
« Cependant, dit Languet, saint Grégoire et les autres Sou-
verains Pontifes ont jugé que ces textes déjà récités dans
d'Evangile du jour devaient encore en être extraits pour
» être mis en chant et proposés au peuple de cette seconde
» manière, afin qu'ils se gravassent plus avant dans sa mé-
» moire. Que dans l'Evangile même ils aient un caractère
» plus authentique , j'en conviens ; mais on les retiendra
» moins, si on les voit que là. Au contraire, ils seront plus
» souvent dans la bouche et dans le souvenir des fidèles, quand
»les fidèles auront appris à les répéter parmi les chants de
208 INSTITUTIONS
» la Messe. Tel était le but de saint Grégoire , but approuvé
>par l'Eglise universelle, qui pendant douze siècles a ob-
> serve cet usage, et l'observe encore aujourd'hui en tous
> lieux (1). •
c Les fidèles du Diocèse de Troyes trouveront-ils mainte-
p nant dans les Versets qu'on a si ingénieusement accommodés
>à la louange du Prince des Apôtres, y trouveront-ils des
» armes toujours prêtes pour combattre les hérétiques qui
> chercheront à les séparer de la Chaire d'unité? Ils les trou-
veraient, ces armes, dans les textes supprimés dans les
> nouvelles Messes , et principalement dans cette sentence :
* Tu es Petrus et super liane petram œdificabo Ecclesiam
tmeam. Pourra-t-on réfuter avec avantage et solidité un hé-
i rétique , quand , à la place de ce témoignage , on lui oppo-
sera en faveur du Siège Apostolique, ce texte d'Isaiedont
» on a formé l'Introït de la fête de saint Pierre : Vocabo ser-
>vum meum et dabo ei clavem David, et le reste; toutes
» choses qui s'entendent de Jésus-Christ et n'ont d'autre rap-
» port à saint Pierre que celui d'un sens accommodatice ,
• produit d'un génie tout humain (c2). »
(1) Sed dicimus S. Gregorium aliosque summos Pontifices judicasse
eos in Evangelio jam recitatos ia quo continebantur, ex eo mutuandos
esse ut inter Caatica populis proponerentur, et sic in eorum animis
altius deflgerentur. Magis authentici sunt in Evangelio. Esto sane. At
minus niemoria tenebuntur, cuni hic duntaxat reperientur; sed fre-
quentius in fidelium ore ac memoria versabuntur, cum fidèles eos in
Canticis Missse canere ac repetere didicerint. Hoc erat quod volebat
S. Gregorius, quod universa probavit Ecclesia, quod duodecim a seculis
constanter observavit, et etiamnum ubique observât, ^a^r. 1831.
(2) Et sane num populus in eis versiculis ingeniose accommodatis
Apostolorum principi, semper parata tela reperiet quibus debellare
possit hœreticos qui eum a Cathedra unitatis divellere conarentur ?
Quod reperiret in iliis textibus qui noYis ia Wissis neglecti sunt , ac
LITURGIQUES. 209
« C'est dans le même esprit et avec une perfidie semblable,
> dit ailleurs le courageux Prélat , qu'on a omis aux Messes
» fériales d'indiquer l'Oraison d'usage pour le Souverain Pon-
Hife. Elle est marquée au Missel Romain, comme troisième
j Oraison , dans les endroits convenables. Ce Missel a aussi
» une Messe pro eligendo Pontifice , sede Romana vacante , et
» cette Messe se trouvait pareillement dans l'ancien Missel de
» Troyes. A peine rencontre-t-on dans le nouveau une Oraison
» pour le Pape, à savoir, parmi les Oraisons communes, à la
îfin du Missel. De pareilles nouveautés serviront-elles beau-
» coup à la piété des fidèles et à l'édification des peuples (1) ? »
Après avoir relaté tous les scandales du Missel de Troyes ,
l'Archevêque de Sens terminait ainsi son premier Mande-
dément : « A quoi aboutiront de pareilles nouveautés? quel
» en sera le fruit? C'est en tremblant pour vous, Nos très
» chers Frères, et pour l'Eglise, que nous osons envisager
* l'avenir. Déjà, parmi vous, un grand nombre méprise les
i décrets du Saint Siège ; il est des gens qui vous apprennent
praesertim in hac sententïa : Ta es Petrus , et super liane petram sedi-
ficabo Ecclesiam meam. Nunquid belle et solide revincetur haereticus,
cum ei in hujus testimonii locum , pro Sede Âpostoiica opponetur Isaïae
textus unde formatas est Introïtus festi S. Peîri ; Focabo servum
meum , et dabo ei clavem David ; et caetera quae ad litteram de Jesu
Christo intelliguntur, et ad S. Petrum non pertinent, nisiope accom-
modationis quae humaui fœtus est ingenii ? Jbid. pag. 1382.
(1) Eodem animo et sane doloso omïssa fuit in Missis pro feriis in-
dicari solita Oratio pro summo Pontitice. Hœc indicatur in Mïssalî
Romano pro Oratione tertia ubi opus est. Ibidem legitur Missa pro
eligendo Pontifice , Sede Romana vacante : hsec legebatur in antiquo
Missali Trecensi. Vix in novo reperitur alicubi una Oratio pro summo
Pontiûce , in collectione sciîicet Orationum ad calcera Missaîis. Nun-
quid novitates illae ad pietatem fidelium et ad populorum aedificationem
possunt conferre ? Jbid. pag, 1261,
, T. lu ih
210 INSTITUTIONS
>a gémir sur les erreurs du Souverain Pontife, et sur les
» ténèbres qui couvrent l'Eglise universelle. On vous dénonce
* comme livré à Terreur le Siège Apostolique, centre néces-
»saire de la communion catholique ; on vous prêche que les
» Evoques qui concourent avec lui pour la publication de ses
> décrets s'écartent de la foi et la trahissent. Certes, ce n'est
»pas sans horreur que nous avons appris par nos yeux que
» les livres liturgiques de l'Eglise Romaine sont appelés chez
»vous des livres étrangers, comme si l'Eglise Mère pouvait
» être réputée étrangère pour quelqu'un des Chrétiens ; comme
» si le trône où siège le Père commun des fidèles pouvait être
» réputé étranger pour quelqu'un des enfants de son immense
» famille. >
< Mais c'est en vain que nous voulons rappeler à des Fils
» qui ignorent ou repoussent leur Père commun, ces célèbres
» promesses par lesquelles Jésus-Christ s'est engagé au corps
»des premiers Pasteurs, lui promettant de Passisler dans
»son enseignement, tous les jours , jusqu'à la consommation
ides siècles; c'est-à-dire, sans interruption et sans fin. C'est
» en vain que nous cherchons à exciter la confiance des fi-
* dèles envers cette Eglise qui est la Mère des autres, parce
> qu'elle lésa enfantées; leur Maîtresse, parce qu'elle les
» instruit. C'est en vain que nous leur alléguons ce passage
»de l'Evangile, dans lequel Jésus-Christ atteste qu'il a prié
*pour Pierre afin que sa foi ne défaille point, et le précepte
i donné au même Apôtre de confirmer ses frères. Ces paroles
» sacrées qui ont été dans tous les siècles le principe d'une
» humble et tendre confiance de la part des fidèles pour leurs
» Pasteurs, et principalement pour le premier et le Prince
* d'entre eux ; ces vérités ne sont plus de mise , et c'est à
» peine si on les entend. Chacun s'en tient à ses préjugés, et
» se prescrit à soi-même sa foi et sa règle de foi. Pendant et
LITURGIQUES. 211
j> temps-là , au sein même de cette confusion d'opinions et de
» disputes, on vient vous présenter des singularités , des nou-
» veautés dans le culte extérieur ; singularités qui tendent à
» la division, et la rendent sensible et palpable dans les formes
îdu service divin; singularités qui offensent la piété d'un
» grand nombre de fidèles, excitent leur indignation et ou-
vriront quelque jour la porte du schisme.
> Vous isolant ainsi de l'Eglise Mère , et vous détournant à
» la fois de sa Liturgie et de ses décrets , où prétendent-ils
» vous entraîner, ces nouveaux chefs ? Les Protestants qui
» vivent encore au milieu de nous applaudissent à ces nou-
veautés; ils espèrent que ceux qui déjà professent des
> dogmes condamnés par l'Eglise et voisins des erreurs Cal-
vinistes se joindront bientôt à leur communion, au moyen
» des changements introduits dans l'extérieur du culte. Déjà,
» plus d'une fois , ils ont déclaré n'avoir point d'autres prin-
» cipes, ni d'autres dogmes que les Jansénistes sur la grâce ,
» la liberté, le mérite de^ bonnes œuvres, la prédestination,
»la réprobation et les devoirs de la charité. Qu'arrivera-t-il ,
i si déjà rapprochés de ces hérétiques par les dogmes, ils s'en
» rapprochent encore par le mépris du Saint Siège et par les
«changements dans le culte extérieur? Si, comme les Pro-
» testants, ils se constituent arbitres de leur foi, soumettant
» à leur examen privé les jugements du Souverain Pontife et
» des Evêques , les confrontant, d'après leur propre lumière ,
«avec l'Ecriture et avec les prières d'une Liturgie nou-
velle (1)? »
Ainsi ce grand Evêque appréciait dans toute leur étendue
et signalait sans faiblesse les périls de l'orthodoxie au milieu
des embûches tendues par les nouvelles Liturgies ; ainsi il
(1) Yid.laaQteE.
2i2 INSTITUTIONS
en dénonçait les auteurs et les intentions. Il terminait son
Mandement par une sentence juridique contre le Missel de
Troyes, qu'il s'abstenait néanmoins, disait-il, de proscrire,
par égard pour la personne de l'Evèque dont ce livre portait
en tète le nom, et déclarait suspens ipso facto tous les Prêtres
de sa jurisdictîon qui oseraient, dans la célébration des saints
Mystères, employer les rites nouveaux du Missel de Troyes,
ou même réciter les nouvelles Messes que ce livre renfermait.
Le Mandement et la sentence portaient la date du 20 avril
1737.
Languet, avant d'effectuer la publication de son Mande-
ment, l'avait soumis à plusieurs de ses collègues dans l'Epis-
copat. Il en reçut les adhésions les plus expressives , et en
particulier de Pierre de Tencin , Archevêque d'Embrun , de-
puis Cardinal ; de Charles de Saint-Aibin , Archevêque de
Cambrai; de Jç$n-Bapliste de Brancas, Archevêque d'Aix ;
de François Madot, Evèque de Chaluns-sur-Saône ; de Jacques-
Charles-Alexandre L'Allemand , Evèque de Séez , et de Har-
douin de Chalons, Evèque de Lescar. Nous citerons, en
particulier, la lettre de l'Archevêque de Cambrai , dans la-
quelle ce digne successeur de Fénélon , en exprimant ses
sympathies à Languet, atteste, non moins clairement que
lui, l'existence et la nature d'une conspiration Janséniste
contre l'orthodoxie, au moyen des innovations liturgiques.
Voici cette lettre précieuse écrite sous la date du 15 avril
1737 :
< Monseigneur, je vous retourne votre Mandement contre
>le nouveau Missel de Troyes. J'ai lu cet ouvrage avec l'at-
t tenlion que méritait la matière, avec l'avidité que j'éprouve
>pour toutes les productions de votre plume. Cet ouvrage
n m'a plu infiniment ; car non seulement il prouve , mais i!
> démontre jusqu'à l'évidence que ce Missel est rempli tout
LITURGIQUES. 215
» entier de nouveautés condamnables. Vos savantes recherches
» sur les antiquités ecclésiastiques ont rendu manifeste que
i Fauteur de ce Missel , sous le faux prétexte de rétablir Fan-
Hiquité, a abandonné et môme cherché à abolir Fusage
» constant de l'Eglise dans la célébration des divins Offices.
» Pour ce qui est du dogme catholique , vous avez dévoilé les
» artifices dont l'auteur s'est servi dans le choix , la distri-
ibution, le rapprochement des textes de l'Ecriture, dans un
»sens contraire à celui qui est reçu, et à la doctrine de FE-
» glise , afin de favoriser par là les erreurs des novateurs de
»ce siècle. Le zèle qui vous anime à la défense de la foi, et
jqui, dans toutes les occasions, brille dans vos écrits, me
» semble digne de tous les éloges.
»I1 n'est pas d'art, ni d'entreprise, qu'on n'emploie au-
jourd'hui pour attaquer notre sainte religion ; mais il n'est
»pas pour cet effet de moyen plus efficace que celui qu'a
» employé l'auteur du nouveau Missel; il n'en est pas de plus
» dangereux. Jusqu'à présent, c'est-à-dire depuis un siècle
rentier, les novateurs, méprisant l'Eglise Mère et Maîtresse,
> ont cherché à se faire des disciples , par leurs déclamations
> contre le Saint Siège , contre les Souverains Pontifes qui y
> président , contre les Evêques unis à leur Chef : mais ils
> étaient en trop petit nombre et trop faibles pour tenter
» quelque chose de plus hardi. Dans le secret , ils préparaient
»ies moyens d'opposer, dans la sainte Eglise , l'autel de Baal
» à l'autel de Jésus-Christ. Maintenant leur dessein éclate au
• grand jour et reçoit un commencement d'exécution. Déjà ,
> contrairement aux lois de l'Eglise , au Mandement de F Ar-
chevêque, ils se sont mis à honorer, à Paris, un nouveau
> Saint de leur secte. Us ont fait des miracles pour appuyer la
> sainteté d'un homme qui, à leur rapport, est mort dans la
» révolte contre le Saint Siège. Enfin , pour accroître le petit
214 INSTITUTIONS
ï troupeau des élus , ils ont fait prophétiser à des femmes
j> fanatiques , au milieu de leurs convulsions, que les Juifs
> sont sur le point de se convertir et de s'adjoindre à eux ;
j> tandis que , dans le but de s'isoler de l'assemblée profane
*des Catholiques, ils imaginent un culte nouveau, de nou-
» veaux rites , des cérémonies nouvelles , au mépris des rites
» de l'Eglise Romaine qu'ils ne craignent pas d'appeler rites
j étrangers. Ainsi, le peuple illétré qui, jusqu'ici , était ga-
» ranti d'erreur par la simplicité de sa foi et par l'ignorance
» des disputes , sera entraîné au parti des novateurs par ces
» innovations dans la Liturgie, et bientôt, à l'occasion d'un
» culte particulier, il ne craindra pas de prendre une nou-
velle religion. C'cst-là ce qui nous oblige d'être attentifs et
» vigilants à l'égard de toutes les entreprises des novateurs,
i Et plût à Dieu qu'il s'agît ici de vaines terreurs ! etc. (1) >
Le Mandement de l'Archevêque de Sens porta coup. L'E-
vêque de Troyes, blessé au vif, emprunta pour se défendre
la plume d'un des plus zélés écrivains de la secte , un de ceux
qui avaient travaillé au Missel. Nicolas Pctitpied , Docteur de
Sorbonne, fameux pour son exil dans l'affaire du Cas de
conscience, pour plusieurs Mandements qu'il avait déjà fa
briqués sous le nom de divers Evêques favorables au Jansé-
nisme (2) , mais surtout par les innovations liturgiques qu'i
avait implantées dans la paroisse d'Asnières, près Paris,
ainsi que nous le raconterons tout à l'heure , composa , dans
le style le plus violent , trois Mandements dans le nom d*
l'Evêque de Troyes, sous la date des 8 septembre 1757, 2£
du même mois et 1er mai 1738. L'Archevêque de Sens repli
(1) Vid. la note F.
(2) Picot. Mémoires pour l'Histoire Ecclésiastique du XF/II* siècle
Tom. IF, pag. 207.
LITURGIQUES. 215
qua aux facturas àe son suffragant ; plusieurs traits de cette
controverse sont d'un trop haut intérêt, sous notre point de
vue, pour que nous les passions sous silence.
L'Evêque de Troyes s'était défendu sur les chefs d'accu-
sation élevés par Languet , et , dans sa défense , il n'avait fait
pour l'ordinaire que soutenir avec-audace les principes de
son Missel et leurs applications; son adversaire répondit en
fortifiant par de nouveaux arguments la doctrine ortho-
doxe dont nous avons présenté une analyse au lecteur. Voici
d'autres assertions de l'Evêque de Troyes qui survinrent ,
dans la chaleur de la dispute. Il se retrancha tout d'abord
sur ce principe, que « les Evêques jouissent du droit de dis-
d poser les Offices et de régler les cérémonies et les rites, dans
» leur Diocèse, de Vavis et du consentement du Clergé (1). »
À cette grave sentence , l'Archevêque de Sens répliqua :
« Il est vrai que les Evêques ont un droit incontestable sur
»les rites et les cérémonies de leur Diocèse, mais ce droit
» est-il donc sans limites? n'est-il soumis à aucune mesure, à
» aucune règle? Ce qu'un usage anti-que et universel, ce que
» la coutume de toute l'Eglise a approuvé, et, pour ainsi dire,
» consacré et prescrit , sera-t-il laissé à l'arbitraire de chaque
» Evoque ? Chaque Evêque pourra-t-il , à sa volonté , le chan-
» ger dans son Diocèse ? Pourra-t-il , par exemple , changer
» les prières du Canon de la Messe , ou supprimer une partie
» considérable des Offices publics, faire chanter Vêpres le
» matin, et la Messe à huit heures du soir? Pourra-t-il abolir
*la loi de communier sous une seule espèce, ou celle qui
» prescrit d'être à jeun pour approcher de la Sainte Table ;
(1) Episcopi jure gaudent ac fruuntur officia disponendi , et ordi-
nandi caeremonias ac ritus in sua Diœcesi , ex Cleri sententia atque
cousensu. Pag, 1276,
216 INSTITUTIONS
» faire que l'on puisse communier après souper, comme au
> temps de saint Paul? Quel que soit, et si grand que soit le
* pouvoir d'un Evoque dans son Diocèse, ces usages sont de
» telle nature par leur antiquité et leur universalité , qu'ils
» nous semblent supérieurs à l'autorité de tout Evêque. Or,
» parmi ces usages, il en est qui appartiennent à la classe des
» rites et des cérémonies. Maintenant, si ces rites, ces céré-
>monies, à raison de leur antiquité et de leur universalité,
»sont au-dessus du pouvoir d'un Evêque particulier, com-
t ment d'autres rites et cérémonies confirmés par une égale
> antiquité et universalité , ne seront-ils pas également sacrés
>et inviolables?
>Et quand bien même on accorderait qu'un Evêque a ce
» pouvoir, il faudrait du moins avouer que l'usage en devrait
»être tempéré par la prudence. Omnia mihi licent, disait
» l'Apôtre, sed non omnia eœpediunt. Si un Evêque, pour faire
» éclater à la fois son pouvoir et son zèle pour la vénérable
» antiquité, osait supprimera la Messe l'Hymne angélique
> Gloria in excelsis t et le Symbole; à Matines , l'Hymne Te
* Deum laudamus ; à Vêpres , le Cantique Magnificat , n'abu-
* serait-il pas de son autorité? Assurément, celui-là n'outre-
» passerait pas moins les limites de son pouvoir, et , qui plus
>est, de la prudence qui détruirait des rites d'un usage
i universel , supprimerait des choses dont le but est d'exciter
i la piété, et en place des prières usitées, en substituerait
» d'autres dont le sens rappellerait en quelque chose le génie
ïdes erreurs présentes (1). >
L'Evêque de Troyes, pour asseoir son droit sur les chan-
gements dans la Liturgie, avait voulu s'appuyer sur un Canon
du Concile de Sens, en 1528, qui prescrivait aux Evêques
•%
(1) Vid. la note G.
LITURGIQUES. 217
de corriger et réformer les Bréviaires et les Missels, c Rien de
• plus sage que cette ordonnance, lui répond Languet; la
» prudence doit en effet faire disparaître les abus que la li-
• cence ou l'ignorance ont introduits. Mais le Concile pou-
> vait-il supposer qu'il arriverait un jour que des choses ap-
» puyées sur l'usage le plus ancien et le plus universel seraient
» assimilées, à Troyes, aux choses superflues et disconvenantes
tàla dignité de l'Eglise (1) que le Concile enjoint d'abolir?
> L'intention du Concile a-t-elle donc été que chaque Evêque,
• sous prétexte d'agir plus sagement que l'Eglise universelle,
> dût bouleverser toutes les parties de la Messe , violer par
» des nouveautés suspectes l'uniformité de la Liturgie, consa-
crée par la coutume ancienne et constante durant tant de
• siècles? Le Concile eût-il rendu cette loi, s'il eût prévu
• qu'un jour à venir, sous couleur de la réforme qu'il pres-
> crivait , on en viendrait jusqu'à substituer à ces anciens
» Cantiques qui remontent à l'antiquité la plus reculée , des
• textes de l'Ecriture Sainte mutilés, altérés, détournés à
i des sens étrangers , au grand détriment de la sainte doc-
> trine (2) ? »
(1) Superflua, aut non satis pro Ecclesiœ dignitate convenientîa. Ce
sont les paroles du Coacile. Le lecteur se rappellera qu'elles avaient
aussi servi de prétexte aux innovations de François de Harlay.
(2) Nihil ea lege sapientius, et prudentia resecare débet quse licentia
invexit, vel ignorantia. Num vero Concilium suspicari potuit eventu-
rum esse quondam , ut quse usu antiquissimo et universalissimo stabi-
liuntur, ea Trecis reeenserentur inter superflua, aut non satis pro
Ecclesiœ dignitate convenientia , quœ Synodus aboleri praecipit ? Num
Synodi mens fuit ut unusquisque Episcopu? , sub specie sapientius
agendi quam universa Ecclesia, omnes Missae partes perturbaret, sus-
pectisque novitatibus violaret uniformilatem Liturgiae prisca consian-
tique tôt seculorum consuetudine consecratam? Num legem banc san-
civit , si fore prsevidisset , quod aliquando sub obtentu praescripta
reformationis , veteribus Canticis remotissima autiquitate veaerandis
218 INSTITUTIONS
Forcé dans ses retranchements, et convaincu d'attentat
contre l'unité liturgique , l'Evèque de Troyes avait osé sou-
tenir, dans sa réplique, que l'unité dans les Offices divins
n'avait jamais été dans l'intention de l'Eglise, Ecoutons l'Ar-
chevêque de Sens réfuter avec sa science et son éloquence
ordinaires, cette scandaleuse assertion que, plus d'une fois ,
nous avons nous-môme entendu de nos oreilles : « Rien ne
» rendait le nouveau Missel plus suspect que le changement
> affecté de presque tous les Introïts, les Graduels et autres
> pièces qui depuis tant de siècles se chantent dans toute PE-
» glise, aux Messes solennelles. Connaissait-il bien l'antiquité,
> l'auteur du nouveau Mandement? Connaissait-il bien le vé
» ritable esprit de la sainte Eglise , quand , voulant défendre
» ce changement universel des Cantiques de la Messe , il ne
» craignait pas d'affirmer que l'uniformité des Offices divin;
» n'a jamais été dans l'intention de l'Eglise ? Le Père Mabilloi
> connaissait bien autrement l'antiquité , quand il établissai
» un axiome diamétralement opposé à ce nouveau principe
>que l'embarras d'une cause perdue a arraché à l'auteur d;
» Mandement. En effet, ce savant homme, parlant du chan
» gement arrivé sous Charlemagne dans la Liturgie Gallicane
» quand la France presque toute entière la quitta pour en:
» brasser la Romaine , expose ainsi les causes de ce change
> ment : Hœc semper fuerunt summorum Pontificum arder<
vtissima studia, ut Romanœ Ecclesiœ ritus aliis Ecclesi
i approbarent , ac persuadèrent ; rati, id quod res erat , ec
ifacilius in una fidei morumque concordia, atquein Ecclesi
» Romanœ obsequio perstituras , si eisdem cœremoniis eaden
substituerentur sacrse Scripturae textus mutilati, depravati, ad sens
alienos detorti, unde sana doctrina plurimum detrimenti capere
Pag. 1329.
I
UÏUfcôïQUES. 219
ique sacrorum forma continerentur (1). Le docte Religieux
» n'avance point gratuitement son sentiment ; il l'appuie sur
>les plus graves autorités. »
Languet cite un nouveau passage de D. Mabillon , dans le-
quel le Bénédictin rappelle la lettre de saint Innocent Ier à
Decentius, Evêque d'Eugubium, et les divers Conciles des
cinquième , sixième , septième siècles , qui ont porté des Ca-
nons pour préparer l'unité liturgique ; après quoi il ajoute :
« L'auteur du Mandement ignore ces choses , ou il les mé-
» prise. Cet homme fait peu de cas de cette concorde, de cette
» conformité avec le Saint Siège dont nos pères se sont mon-
» très si jaloux, et qui vient de recevoir tant d'atteintes dans
de Diocèse de Troyes. Pour donner quelque autorité au
* changement qu'on y a fait de presque toutes les pièces de
» chant qne l'Eglise Mère emploie dans la célébration des saints
» Mystères, il ose attribuer à l'Eglise universelle un sentiment
> dont la fausseté est montrée par tant de monuments , afïir-
» mant avec audace que ce ri a jamais été l'intention de V Eglise
:> de prescrire l'uniformité dans les Offices divins. Cette uni-
> formité, l'Eglise l'a gardée tant qu'elle l'a pu ; de là est venu
» cet admirable accord que l'on remarque sur les prières du
» Canon qui sont presque les mêmes dans toutes les Eglises ,
» malgré leur nombre et leur diversité. Cette uniformité,
» l'Eglise s'en est approchée le plus qu'elle l'a pu ; quand elle
i n'a pu y parvenir, elle l'a désirée ardemment ; elle témoigne
» de ce désir dans les monuments les plus sacrés : certes, elle
> s'est bien donné de garde de la détruire dans les points sur
> lesquels elle la voyait établie.
» C'est en vain que l'auteur du Mandement observe que
> cette uniformité est empêchée par les différentes Liturgies,
(1) De Liturgia Gallicana. Prsefat. n° %
220 INSTITUTIONS
» et que chaque Eglise a certains usages qui lui sont propres
> et particuliers. Nous verrons bientôt dans le Cardinal Bona,
>que cet auteur cite très infidèlement, que cette variété
» est venue , en grande partie , de la téméraire licence de
• certains Evéquesqui, abondant dans leur sens, ont préféré
>leur sentiment individuel et les productions de leur génie
» particulier , aux coutumes gardées avec utilité dans les
» autres Eglises, et qui se sont mis peu en peine de suivre
» les coutumes de cette Eglise principale qui , pour son excel-
> lente dignité, est pour toutes les Eglises une Maîtresse qui
• les enseigne , une Mère qui les a engendrées (1). »
Nous avons suffisamment fait connaître l'importante dis-
cussion de l'Archevêque de Sens et de l'Evêque de Troyes;
le lecteur a pu voir quelle supériorité de raison, quelle or-
thodoxie de principes caractérise la doctrine de Languet.
Mais nous manquerions à l'impartialité nécessaire à tout his-
torien , et nous n'aurions pas mis dans tout son jour la fausse
position où se trouvait, au dix-huitième siècle, l'Eglise Gal-
licane, par rapport à la Liturgie , si nous ne faisions pas con-
naître le seul instant de cette grande controverse dans lequel
Languet se trouve, à notre avis, battu par son adversaire.
En effet, l'Evèque de Troyes, pressant son Métropolitain
par un argument ad hominem , avait dit : « On ne doit pas
> moins conserver la tradition dans les Bréviaires que dans
vies Missels. Cependant , que de choses ont été changées dans
> le Bréviaire de Sens (2) ! > A cela , l'Archevêque répond :
« Ce n'est pas seulement le Bréviaire de Sens qu'il fallait
» nous objecter; mais encore ceux de plusieurs autres Eglises
» du Royaume. Sans prendre la peine de peser les avantages
(t) Vid. la note H.
(2) Deuxième Instruction Pastorale de l'Evêque de Troyes. Pag. 6,
LITURGIQUES. 221
» et les inconvénients de ces nouveaux Bréviaires , sans pré-
» tendre attaquer îa conduite de nos Frères dans l'Episcopat,
>il nous suffira, pour résoudre l'objection, d'observer qu'il
>en est autrement des Bréviaires que des Missels. Le Bré-
viaire est destiné principalement aux Prêtres et aux Pas-
* teurs ; ce livre ne doit pas seulement les édifier, mais les
» instruire. C'est peut-être la raison pour laquelle plusieurs
îEvêques ont cru qu'en composant un Bréviaire formé des
» seules paroles de l'Ecriture , les Prêtres , au moyen de l'Of-
» fice qu'ils récitent chaque jour', deviendraient plus habiles
i dans la science des livres saints. En effet , le Prêtre doit
* apprendre la doctrine de l'Eglise et la tradition autrement
>que par son Bréviaire; il n'éprouve pas le besoin, comme
i le peuple , d'avoir entre les mains tous les monuments que
> renferment les prières de l'Eglise. En outre , le peuple ne
* récite pas l'Office en langue vulgaire, et sans qu'il en puisse
» souffrir, on peut changer les prières des Matines et des
» heures du jour. Le peuple, au contraire, assiste à la Messe
» avec assiduité ; les uns la chantent , les autres la lisent tous
des Dimanches : c'est ainsi qu'ils gardent dans leur mémoire
» des vérités qu'ils ont apprises dès l'enfance, et qu'ils trouvent
» exposées et expliquées dans la Messe du jour. Ces vérités ,
«le peuple les croit avec une ferme confiance, parce qu'il
> sait qu'en tous lieux on les chante dans les mêmes Cantiques,
» qu'on les a chantées dans tous les temps. Le peuple du Dio-
» cèse de Troyes lira-t-il maintenant avec la même confiance
* et la même sécurité des Messes qu'il saura n'être pas réci-
tées dans d'autres lieux (1). »
(!) Hic vero non solum Erevlarium Senonense objicere debebat, sed
etiam aliarum îiujus Regni Ecclesiarum nova Breviâria. Verum ut
receiitium illorum Breviariorum utilitates et incommoda ponderare
omittamus , nec attentemus fratrum nostrorura Episcoporum agendi
222 INSTITUTIONS
Nous oserons pourtant observer à l'illustre Archevêque
que si la tradition est l'élément principal de la Liturgie, elle
doit être autant ménagée dans le Bréviaire que dans le Mis-
sel ; que les confessions de foi consignées par saint Grégoire,
ou même ses prédécesseurs, dans les Répons et les Antiennes,
sont d'une égale autorité , d'une utilité pareille contre les
sectaires, que celles que nous avons dans les Inlroïts, les
Graduels et les Offertoires; que si les passages de l'Ecriture
choisis par des particuliers sont dangereux , sans autorité ,
dans les Missels , ils ne le sont pas moins dans les Bréviaires ;
que le désir de transformer le Bréviaire d'un Diocèse parti-
culier en un livre d'études sacerdotales ne justifie pas l'in-
convénient d'altérer par là l'uniformité liturgique que l'on
vient de démontrer conforme au vœu de l'Eglise ; que toute
opération tendante à isoler les prières privées du Prêtre
rationem in ea re condemnare , ad solvendam objectionem quœ ex novis
Breviariis eruitur, sufficit observare, longe aliter judicari posse dt
Breviariis q lani de Missalibus. Breviarium Pre»byteris praeserlini a(
Pastoribus de^tinatur, et eos non tantum aedificare débet, sed etiarc
edocere , hac fortasse de causa multi Episcopi fore crediderunt ut , s
ipsis elaborarent Breviarium quod ex solis Scripturse textibus compo
nerentur, in scientia SS. Librorum peritiores évadèrent ope Offici
quod siugulis diebus recitant. Aliter enim ac per Breviarium suum
doctrinam Ecclesiae scire débet Presbyter, traditionemque cognoscer
quam per Breviarii sui usum : nec indiget, aeque ac populus, ut ha
beat prae manibus cuncta illa monumenta quœ nobis in Ecclesiie pre
cibus exhibentur. Praeterea populus divinum Officium vulgo non reci
tat , et sine ullo populi incommodo verba et preces Horarum noctur
narum et diurnarum mutari possunt. Missae autem populus ahiisti
assidue; alii eam cantant, alii siugulis diebus Dominicis illam legunt
sicque in memoriam suam revocaat veritates quas a pueritia didice
runt, et in Missa diei expositas et explicatas vident. Veritates illa
firma fiducia crédit populus, quas scit ipsas in omnibus locis omnibus
que temporibus in iisdem Canticis fuisse decantatas, eademne fiducia
eademne securitate in Diœcesi Trecensi a populo legenlur Missae quî
seiet uuUo alio in Iqçq. recitari ? Pay< 1554.
1
LITURGIQUES. 225
d'avec celles du reste de l'Eglise , est contraire au but des
Heures Canoniales et a été réprouvée dans le Bréviaire de
Quignonez ; qu'il n'est pas exact de dire que l'on peut im-
punément changer les prières des Heures, pourvu qu'on
laisse au peuple celles delà Messe, puisque le peuple assiste
et chante aux Vêpres, tous les Dimanches, aux Petites Heures
fréquemment , et quelquefois même à Matines ; qu'enfin , les
changements introduits dans ces Offices vraiment populaires,
en révélant aux fidèles des variations dans le culte divin, leur
feront la même impression fâcheuse que les altérations ou
substitutions de prières dans le Missel.
Tout ceci est d'une évidence si matérielle , que l'on ne
s'expliquerait pas l'inconséquence dans laquelle l'Evêque de
Troyes a entraîné son adversaire , si l'on ne réfléchissait à la
fausse position dans laquelle se trouvait Languet. Le Missel
de Sens était encore le Missel Romain à très peu de choses
près ; le Bréviaire avait été réformé à la moderne , depuis
quelques années. Languet était innocent de ces changements,
mais il hésitait à les blâmer et se jetait à les justifier à tout
hasard. Toutefois, il souffrait de cette fausse position, té-
moin ces paroles que nous trouvons plus loin : c Si cepen-
dant, dans un nouveau Bréviaire, quelqu'un affectait de
» composer des Antiennes avec les textes obscurs de l'Ecri-
»ture dans lesquels les hérétiques vont puiser les objections
» que les théologiens réfutent , l'artisan d'un tel Bréviaire ne
» mériterait-il pas d'être repris ? Et , dans ce Royaume , corn-
i>bien de Bréviaires, sans en excepter le nôtre, dans les-
» quels cette misérable affectation s'est glissée (1) / j> Languet
(1) Si taraen in noro Breviario affectaret aliquis Antiphonas compo-
nereobscuris Scripturse textibus, unde haeretici depromunt objectio-
nes quas iheologi diluunt ( quam multa autem in hoc regno Brevjaria ,
ne excepto quidem nostro , in qua3 misera haec irrepsit afïectatio ) ,
nonne Breviaïu itlius arUfexjure po^set reprehendi ? Page 1376.
224 INSTITUTIONS
pouvait-il réprouver plus fortement les nouveaux Bréviaires?
ne donnait-il pas ici gain de cause à son adversaire? Nous
le plaindrons donc ; mais sa faiblesse contre un abus dont
il gémissait et qu'il condamnait si sévèrement , ne donnera
que plus de poids à sa doctrine liturgique, en la montrant
plus désintéressée. Reprenons l'histoire du Missel de îroyes.
A la fin de son troisième Mandement, l'Archevêque de Sens
renouvelait les prohibitions qu'on avait lues à la fin du pre-
mier. L'Evêque de Troyes, de son côté, avait défendu la
lecture des Mandements de son Métropolitain. Au milieu de
cette anarchie , la cause avait été saisie, non par le Primat,
non par le Siège Apostolique , maïs par le Roi , dont nous
avons vu ailleurs les officiers proclamer les droits sur la Li-
turgie. Telles étaient les Libertés de l'Eglise Gallicane.
Cependant , le Chapitre de la Cathédrale de Troyes , dont
dix-sept membres, sur vingt-deux présents (1) , avaient dé-
féré le nouveau Missel au Métropolitain , n'était point de
meure inébranlable dans sa courageuse résolution. A la suite
d'un de ses Mandements, PEvêque avait pu produire devant k
public l'adhésion de vingt-deux membres de ce corps à soi
Missel , et leur désaveu de la démarche qui avait amen
l'intervention de l'Archevêque de Sens dans cette affaire.
Languet donne l'explication de cette variation dans une lettr
à son frère, le fameux Curé de Saint-Sulpice. On avait em
ployé les menaces et les caresses pour porter plusieurs de!
membres à se désister de leur appel ; d'autres , d'ailleurs
moitié par conscience, moitié par intérêt, s'étaient retran
chésdans le silence. Déplus, les Chanoines commensaux d<
l'Evêque s'étaient adjoints aux signataires de l'acte de ré
tractation de l'appel ; en sorte que le nombre des dix-sep
(i) Le Chapitre de Troyes était copaposé de trente-sept Chanoine*
LITURGIQUES. 225
réclamants était tombé à douze qui supportaient toutes les
conséquences de leur généreuse résistance , au moment où
Languet écrivait à son frère la lettre dont nous parlons (1).
Nous devons faire connaître dans cette histoire liturgique les
noms de ces vénérables champions de la tradition de l'Eglise
sur le culte divin. Nous les trouvons à la fin d'une Adresse à
leur Métropolitain, dans laquelle ils protestent contre l'irré-
gularité des choses qui s'étaient passées dans la rétractation
de l'appel. Cette pièce, qui est du 29 juin 1738, porte les
signatures suivantes : J. Coullemier , Berthelin , Labrun ,
Jaillant , Angenoust , de la Rivey, Gollis , Breyer, Faudrillon,
H. Langlois , de la Chasse , et Doé.
Dieu ne permit pas que la courageuse résistance de ces
dignes Prêtres demeurât absolument sans effet. Quelques
mois après, il intervint un ordre de la Cour à l'Evêque de
Troyes , lui enjoignant de rétracter par acte public plu-
sieurs des dispositions de son Missel , et bientôt, sous la date
du 15 octobre 1738, on vit paraître un Mandement du Pré-
lat, dont le dispositif était conçu en ces termes :
c A ces causes, et après avoir fait toutes les considérations
> qu'exigeait la matière ; à l'effet de montrer l'équité et la
(1) Variis artibus usum est ut partira terrerentur, partimallicerentur
plurimi ex Canonicis , ut a prima sententia desciscerent. Quidam ut
conscientise simul et utilitati suae consulereut, timidi silentii partes
amplexi sunt. Praevaluere tandem novitatis amatores , quorum vires ac
numerum auxerant Praesulis ministri ac convictores, ceu, ut aiunt,
commensales ; qui ubi agiiur de rébus ad Episcopum pertinentibus ,
juxtausum Capituli, jus dicendœ sententiae nullum habent. Rémanent
nihilominus duodecim qui generose defendunt tum privilégia Capituli,
tum ritus Ecclesiae suae antiquitate consecratos et quas inducere tentât
Episcopus scandalosas novitates aversantur. Digna aureis Ecclesiae
temporibus magnitudine animi obtulerunt se omnibus molestiis ac
vexationibus quas Canonicis potest afferre Praesulis, collegarumque
suorum infensus animus , cujus habetur spécimen in stylo quo erga
Metropolitanum utuntur. Languet. Epist, ad D* Purochum S. Sulpitiï
Pamiorum.Opp, Tom. II, pag. U12.
T. II. 15
226 INSTITUTIONS
> sincérité qui président à nos délibérations ; désirant conser
» ver la paix et abolir des dissensions qui sont une source de
» contention et non d'édification ; expliquant par les présent
>les rubriques de notre Missel et voulant suppléera ce qu
> leur manque , nous statuons et ordonnons ce qui suit :
» 1° Les mots submissiori voce employés dans lesdites ru
» briques, devront être entendus dans le sens des mots sub
i missa voce et secreto employés dani les autres Missels. Nou
*> défendons à tout Prêtre de notre Diocèse de prononcer ;
»voix haute et intelligible les paroles du Canon de la Mess
» et les Oraisons appelées Secrètes.
> 2° Nous enjoignons à tous les Prêtres qui célèbrent de
» Messes chantées, de lire et réciter en particulier l'Introït
>le Kyrie eleison, le Gloria in excelsis, PEpître, le Graduel
• l'Evangile, le Credo, et les autres parlies de la Messe qi
se chantent au chœur.
» 5° Nous ajoutons à la Rubrique qui prescrit le mode c
» distribuer la Communion aux fidèles, Pinjonclion exprès*
>de réciter le Confiteoret les autres prières d'usage avant
> Communion; ce qui devra être inviolablement observé dail
> tout le Diocèse , même pour la Communion qui se doni
cintra Missam.
» Quœ pacis sunt sectemur, ea quœ œdificationis sunt
tinvicem custodiamus. ( Rom. XIV. ) Sera notre prése
i Mandement lu et publié à la Grand'Messe, dans toutes |
» paroisses de notre Diocèse; et afin que notre volonté s
» connue de tous ceux qui célébreront la Messe dans noi
• Diocèse, nous ordonnons que ce dispositif de notre Manc
> ment soit imprimé à part et placé en tête de chaque exe
» plaire de notre Missel (1). »
(l) I. J. Languet opéra. Xom. 11. pag. 1415.
LITURGIQUES. 227
L'Evêque de Troyes publia ce Mandement, de Paris, où il
s'était rendu pour accommoder l'affaire. On doit remarquer
dans cette honnête rétractation, outre l'injonction royale qui
en fut la cause , que l'Evêque de Troyes ne révoque pas la
scandaleuse Rubrique de son Missel qui tend à transformer
l'Autel du Sacrifice catholique en une simple table , par la
suppression des chandeliers et de la croix ; il est vrai que
cette Rubrique semble être plutôt directive que préceptive.
Ce fut sans doute l'excuse que fit valoir son auteur pour
échapper sur ce point à la rétractation.
Mais ce qui est plus grave , à raison des conséquences ,
c'est qu'il ne fut demandé à l'Evêque aucun désaveu sur le
changement des Messes signalé par Languet , œuvre de sé-
paration , insulte à la tradition dont on avait repoussé les
saintes et graves formules , pour les remplacer par des
phrases de l'Ecriture Sainte produites arbitrairement, ou
dans un but hérétique. Deux raisons empêchèrent d'aperce-
voir toute la gravité de cette manœuvre. La première est
qu'on se préoccupa trop des modifications que le Missel de
Troyes établissait dans les cérémonies , parce qu'elles étaient
de nature à choquer plus gravement les yeux et les oreilles
du peuple, tandis qu'on ne voyait pas la même importance à
la substitution d'un Introït, ou d'un Graduel, à un autre
Introït ou à un autre Graduel. La seconde raison , c'est qu'on
n'eût pu sévir sous ce prétexte contre le Missel de Troyes,
sans condamner un grand nombre de Prélats Français qui ,
depuis François de Harlay jusqu'en 1738, avaient déjà re-
manié toute la Liturgie suivant le même système. Cepen-
dant, tout le danger était là; Languet, l'Archevêque de
Cambrai l'avaient signalé ; nous entendrons bientôt d'autres
voix rares, mais courageuses, s'unir à celles de ces deux
grands Prélats; mais ces voix se perdirent au milieu du
228 INSTITUTIONS
fracas d'applaudissements qui accueillit , dans la plus grande
partie de la France, les nouvelles théories liturgiques.
Qu'importait de veiller avec tant de soin à la conservation
de certaines cérémonies extérieures, quand l'âme de toute la
Liturgie, la tradition, l'unité, l'antiquité, l'autorité des for-
mules saintes s'éteignaient ; car si le fond de la Liturgie est
le sentiment religieux , sa forme première est et doit être la |
parole, et si le geste accompagne la parole, il ne la supplée
qu'imparfaitement.
La longue et instructive histoire du Missel de Mcaux a
causé dans notre récit une inversion chronologique que nous
allons réparer maintenant. L'ordre des temps eût exigé que
nous racontassions d'abord l'apparition de l'ouvrage de Dom
Claude de Vert, intitulé: Explication simple, littérale et his-
torique des cérémonies de la Messe, et du système trop fameux
sur lequel repose ce livre tout entier. Le désir de réunir les di-
vers faits qui ont rapport au complot Janséniste pour la récita-
tion du Canon à haute voix, nous a engagé à réunir dans notre
récit l'histoire du Missel de Troyes à celle du Missel de Meaux ;
maintenant que nous en avons fini sur cette matière , nous
allons faire connaître la nouvelle atteinte portée à la Liturgie
par le célèbre promoteur et rédacteur du Bréviaire de Cluny.
C'est un principe dans toute religion que les cérémonies
renferment un supplément aux formules du culte ; la religion
chrétienne elle-même , qui fonde ses moyens de salut pour
le peuple fidèle sur les Sacrements, proclame la nécessité,
l'importance des rites sacrés, comme divinement institués,
renfermant la grâce qu'ils signifient. Elle voit dans la matière
et la forme de ces Sacrements des circonstances extérieures,
non choisies arbitrairement et dans un but de commodité,
mais imposées immédiatement dans le but de signifier ei
d'opérer tout à la fois. Dire que l'origine du Baptême n'es
LITURGIQUES. 229
autre que le besoin de se laver le corps par motif de pro-
preté , ce serait tout à la fois dire une impiété et mentir à
l'histoire de l'institution de ce premier des Sacrements.
Néanmoins, ainsi que nous l'avons raconté ailleurs (1),
rien n'a été plus violemment poursuivi par la secte Anti-
liturgiste que ce symbolisme chrétien qui donne une valeur
mystique à un geste, à un objet matériel , qui spiritualise la
création visible et accomplit si magnifiquement le but de
l'Incarnation, exprimé d'une manière sublime dans cette
admirable phrase liturgique : Ut dùm visibiliter Deum co~
gnoscimus , per hune in invisibilium amorem rapiamur (2).
Quand l'hérésie a pu agir directement, elle a écrasé le sym-
bolisme , témoin les Iconoclastes , témoin Luther et plus
encore Calvin, qui, détruisant tous les Sacramentaux et
même les Sacrements , à l'exception d'un seul, ont placé le
Protestantisme, nous ne dirons pas au-dessous du Judaïsme
qui avait ses symboles divins quoique muets , mais au-dessous
du Gentilisme, qui renfermait et renferme encore tant de
traits empruntés à la divine religion des Patriarches.
Nous avons déjà remarqué cent fois que toutes les ma-
nœuvres que l'hérésie opère hors de l'Eglise, se répètent
sur une échelle moins vaste , mais avec une diabolique in-
telligence, au sein du peuple fidèle , au moyen des influences
de la secte Anti-lilurgistequi s'est montrée de nos jours sous
la forme du Jansénisme. Rappelons-nous encore une fois que
la secte ne nie jamais formellement le dogme qu'elle déteste;
son succès , son existence môme dépendent de sa discrétion.
Elle doit garder un point de contact avec l'orthodoxie,
en même temps qu'elle s'entend , par dessous terre , avec
l'hérésie.
(1) Chap. XIV. pag. 418.
(2) Préface de Noël, au Missel Romain.
230 INSTITUTIONS
Or, il était facile de prévoir que le même mouvement qui
avait produit le renversement de la tradition dans les Missels
et Bréviaires de Paris, de Cluny, de Troyes%qui avait failli
corrompre le Canon de la Messe dans le Missel de Meaux ,
qui poussait à la traduction de la Bible et des livres litur-
giques en langue vulgaire , qui portait un grand nombre de
Prêtres à violer le secret des Mystères dans la célébration
de la Messe, tendrait, dans cette universelle sécularisation
de la Liturgie , à matérialiser les cérémonies dont l'antique
mysticisme se trouvait en contradiction trop flagrante avec
tout cet ensemble de naturalisme. Déjà, chez les Français,
peuple frivole, le Protestantisme, préludant aux sarcasmes
de la philosophie du dix-huitième siècle, avait déversé le
ridicule sur un grand nombre de cérémonies, et, certes, on
peut dire que ce n'avait pas été sans succès. La seule com-
paraison des Rituels du seizième siècle avec ceux de no*
Diocèses d'aujourd'hui, nous montre assez combien de pieuj
et vénérables rites pratiquaient nos pères qui sont aujour
d'hui tellement oubliés, que c'est presque de la science qu<
de savoir les rappeler.
Généralement , nos docteurs se placèrent trop exclusive
ment sur la défensive vis-à-vis de la Prétendue Réforme; il
amoindrissaient le dogme , ils élaguaient du culte tout c
qui leur semblait difficile à défendre au point de vue de leur
adversaires. Ils voulaient ne pas choquer, contenter même
s'il eût été possible, la raison des Protestants; ils leur ac
cordaient la victoire en petit, convenant ainsi tacitement qu
la Réforme avait eu certains griefs contre l'Eglise qui et
péché par exagération. Tactique imprudente que les succè
n'ont jamais justifiée. Quels sont, par exemple, les Proies
tants que la Déclaration de 1682 ait réconciliés avec le Siég
Apostolique, réduit désormais aux proportions d'autorit
LITURGIQUES. 231
qu'il plaisait aux Français de lui laisser? Ne sait-on pas que
les Prolestants de Hollande adressèrent des félicitations aux
Evêques de l'Assemblée, de ce qu'enfin ils se rapprochaient
d'eux? Ne sait -on pas que la généralité des Protestants
convertis en notre siècle ( et notre siècle est celui qui a vu
le plus grand nombre d'abjurations), ne veut point connaître
d'autre interprète des prérogatives du Siège Apostolique
que le Siège Apostolique lui-même?
Le dix-septième siècle avait fini dans cet esprit de tolé-
rance que le dix-huitième ne devait pas démentir. La Ré-
forme profitait, ainsi que de raison, de ces avances mala-
droites, et vers 1690, un célèbre ministre Calviniste, Jurieu,
écrivait qu'un savant homme de l'Eglise Romaine , Cha-
noine {[) de Cluny, préparait un ouvrage qui ferait tomber
les Durands t les Biels , les Innocents et leurs disciples , qui ont
écrit touchant les mystères de la Messe ; et qu'il prouverait
que toutes ces cérémonies sont sans mystères , et qu elles ont
été instituées uniquement par des raisons de commodité , ou
par occasion (2). Ce savant homme était Dom Claude de Vert;
c'est notre Trésorier de Cluny qui s'était ainsi chargé de
naturaliser les cérémonies de la Messe, et cette nouvelle avait
fait tressaillir dans sa grotesque Pathmos le fanatique pro-
phète du Calvinisme.
Dom de Vert, dans un voyage qu'il avait fait à Rome, vers
1662 , et dans lequel il fut témoin de la pompe des cérémo-
nies qui se pratiquent dans cette capitale du monde Chrétien,
loin d'en goûter les mystères , conçut dès-lors l'idée d'un
ouvrage dans lequel , dédaignant d'expliquer les symboles
de la Liturgie par des raisons mystiques , comme l'avait fait
(t) C'est Moine qu'il voulait dire.
(2) Jurieu cité par D. de Vert , dans sa Lettre a ce Ministre, pag. \,
23$ INSTITUTIONS
jusqu'alors toute la tradition des liturgistes de l'Eglise d'O-
rient et de celle d'Occident, il en rechercherait seulement
les raisons physiques, à l'aide desquelles il se promettait de
rendre raison de tout. Le projet de cet ouvrage, déjà fort
avancé en 1690, avait percé dans le public, et la nouvelle
en était parvenue jusqu'à Jurieu. D. de Vert ayant eu con-
naissance de l'assertion du Ministre, en fut embarrassé et
résolut de lui répondre sur le champ , sans attendre la pu-
blication de son grand ouvrage. Il adressa à Jurieu une Lettre
sur les cérémonies de la Messe, qui parut à Paris, en 1690 , et
dans laquelle il avait pour but de détruire la mauvaise im-
pression que les paroles du Ministre auraient pu laisser
contre lui dans le public, et de réfuter plusieurs sarcasmes
de ce Calviniste contre les rites du plus sacré et du plus
profond de nos mystères.
Dom (Je Vert commence donc par protester de son respect
pour les interprètes mystiques des cérémonies de l'Eglise,
dont il révère, dit-il, jusqu'aux moindres explications; mais
il soutient que chaque cérémonie de l'Eglise a son histoire et
ses raisons d'institution. < Je ne vois pas même , continue-
» t-il , pourquoi on ne pourrait pas dire que , comme le Saint-
-Esprit a dans l'intention tous les différents sens catholiques
> dont l'Ecriture est capable , de même l'Eglise peut , dans
» l'usage de ses cérémonies, outre les raisons d'institution, avoir
• encore en vue les différents sens spirituels que les Pères et
»les auteurs mystiques donnent communément à ces céré-
> monies , et se proposer en cela d'aider par des choses sen-
» sibles la piété des fidèles , et relever même la majesté de ses
> divins Offices. On ne détruit pas pour cela les raisons d'ins-
>titution qui sont comme le sens de la lettre; au contraire,
> on le suppose , puisque c'est dans la lettre même que se ren-
* contre l'analogie et le fondement de ces rapports et de ces
LITURGIQUES. $55
* allégories. Ce n'est point une soustraction de ce sens, mais
» une addition à ce sens. Pourquoi donc rejeter ces sens spiri-
i tuels et mystiques , quand ils ne ruinent point celui de la
» lettre , quand on les contient dans de justes bornes , qu'on ne
> les donne que pour ce qu'ils sont , c'est-à-dire pour des pensées
* pieuses et édifiantes , et des idées arbitraires, si vous voulez ,
» mais où on ne laisse pas de trouver de quoi s'instruire et se
> nourrir ; qu'enfin, on établit et on suppose la lettre comme le
» fondement de tout. On voit, par exemple , un ruisseau cou-
* 1er, qui empêche qu'à l'occasion de ce ruisseau qui coule ,
» on ne s'applique à considérer la fragilité des choses hu-
» maines, et qu'on ne fasse attention que nos années s'écoulent
>sans retour comme ces eaux? Cette idée ne se présente-
» t-elle pas d'elle-même à l'esprit? Et cette pensée si néces-
»saire et si utile, n'est-elle pas fondée sur des rapports très
«justes de cet effet physique avec ce qu'il nous représente ?
* Enfin, l'Ecriture ne fait-elle pas elle-même la comparaison
» de l'un à l'autre ? Il n'y a donc qu'à en demeurer là ; et pourvu
1 qu'on convienne de la cause naturelle de cet effet, qu'on ne la
* perde point de vue, qu'on la suppose, qu'onla regarde comme
» une pure cause occasionnelle de nos réflexions qui les ren-
» ferme par un simple rapport allégorique; et qu'enfin on n'aille
>pas jusques à dire que ces eaux ne coulent que pour nous re-
» présenter et nous faire envisager cette fragilité; tout est bon,
» et il est permis d'en tirer toute l'instruction qu'on pourra (1) . >
On peut dire que ces quelques lignes contiennent toute la
doctrine de Dom de Vert, doctrine d'autant plus dangereuse
qu'elle paraît plus innocente , au premier abord. Ainsi , l'E-
glise, instituant les cérémonies , n'a point eu pour but l'ins-
truction et l'édification des fidèles; les raisons mystiques ne
(i) Pages 3 et suiv.
234 INSTITUTIONS
sont admissibles que dansl'usage de ces cérémonies et comme
par surabondance. Ces raisons mystiques ne doivent pas être
rejetées, quoique arbitraires en elles-mêmes; mais l'essentiel
est d'avoir dans l'esprit la cause naturelle de chaque rite sa-
cré, et de se garder bien d'aller jusqu'à dire que ces rites ne
sont accomplis que pour nous représenter des pensées morales
ou mystiques. Voilà donc, encore une fois, l'Eglise ravalée
au-dessous du Judaïsme, et convaincue de ne pas savoir, ou
de ne pas vouloir enseigner les fidèles par les formes exté-
rieures qui, cependant, ont été, de tout temps, si puissantes
pour opérer l'initiation aux mystères.
La comparaison tirée du ruisseau dont l'aspect rappelle
des pensées graves est bien maladroite. D'abord , il est in-
contestable pour tout être raisonnable, éclairé des lumières
de la révélation, que ce monde visible n'est qu'une forme du
monde invisible, et que chaque partie de la nature sensible a
reçu la mission de nous introduire à la connaissance d'un
rayon des perfections divines. L'Ecriture, en cent endroits,'
nous révèle cette vérité, et les saints Pères, les théologiens,
dans l'explication de l'œuvre des six jours et dans tout leur
enseignement en général, n'ont cessé de nous l'inculquer*
Nous dirons donc à Dom de Vert : Oui, ce ruisseau a été créé
par l'auteur de toutes choses à l'intention expresse de four-
nrr à l'homme une occasion de s'élever, par son simple as-
pect, aux choses célestes. Si le firmament, par ordre de
Dieu, raconte à l'homme la gloire du Créateur, pourquoi
le cours d'un ruisseau ne serait-il pas aussi , par ordre de
Dieu , une leçon pour l'homme de se défier des moments qui
passent et ne reviennent plus , et de s'élever vers la seule
chose qui dure? Or, l'Eglise est en possession de la divine
Sagesse ; pourquoi agirait-elle matériellement dans l'insti-
tution , sans avoir la force d'agir à la fois matériellement e
LITURGIQUES» 235
spirituellement ? Pourquoi ses institutions ne seraient-elles
vivifiées par l'Esprit que dans un acte second, qui leur lais-
serait toute l'imperfection d'une conception grossière et
charnelle ?
Mais ce n'est point ici que nous devons traiter de la Sym-
bolique en matière de Liturgie ; une des divisions de cet ou-
vrage est exclusivement consacrée à ce magnifique objet.
Nous arrêterons donc ici ces considérations qui ne perdent
rien de leur force par les minces objections de détail que
D. de Vert et ses partisans voudraient y opposer, et nous
reprendrons le fil de notre histoire.
Dans sa préface, D. de Vert exprime la plus grande con-
fiance de voir son système accélérer le retour des Protes-
tants à la foi de l'Eglise, par ce motif que désormais les
cérémonies leur paraîtront sans mystères. C'est par une
raison du même genre que le Clergé de France , peu d'an-
nées après avoir sollicité d'Alexandre VII une condamnation
solennelle de la traduction du Missel par de Voisin, répandit
lui-même de nombreux exemplaires du Canon de la Messe
traduit littéralement en français , entre les mains des nou-
veaux Catholiques. Sans doute , il faut reconnaître dans de
telles mesures une intention du zèle pastoral ; mais la contra-
diction n'y est pas moins palpable. Au reste, si les Huguenots
du dix-septième siècle ne revenaient à la vraie Eglise que
lorsqu'on avait pu les convaincre que les formes du culte
catholique étaient sans mystères ; aujourd'hui , les Protes-
tants d'Angleterre et ceux de l'Amérique du Nord y rentrent
par une autre voie. Les lettres des Missionnaires nous ré-
pètent sans cesse , ainsi que nous l'avons rappelé ailleurs ,
que rien n'est plus efficace pour ramener ces victimes de
l'erreur, que de leur faire comprendre l'esprit qui vivifie cha-
cune des actions du Prêtre Catholique , qui anime des détails
256 INSTITUTIONS
en apparence les plus matériels du culte. Que conclure de
cette différence, sinon que les nouveaux convertis du dix-
septième et du dix-huitième siècles, tout en abjurant le ra-
tionalisme de la Réforme , en voulaient retrouver encore
quelque trace dans les mœurs de la nouvelle société qui les
recevait, tandis que, dans notre temps, les âmes fatiguées
de la sécheresse du Protestantisme viennent, avides de foi et
d'amour, demander à l'Eglise qu'elle veuille bien les initier
aux secrets du monde invisible , caché sous les harmonies
du monde extérieur.
La Lettre de Dom Claude de Vert à Jurieu obtint un grand
succès dans l'école à laquelle appartenait ce personnage (1).
Outre l'approbation de Henri-Félix de Tassy, Evêque de
Châlons-sur-Saône , elle est décorée de celles de plusieurs
Docteurs de Paris , parmi lesquels on remarque sans élon-
nement Lamet, Curé de Saint-Eustache, l'un des Commis-
saires du Bréviaire de François de Ilarlay ; Hideux, Curé
des Saints-Innocents, le même qui donna, en 1695, son ap-
probation au livre du sieur Baillet sur la dévotion à la Sainte
Vierge, dont Bayle a dit qu'il était écrit aussi raisonnable-
ment qu'une personne de sa profession le puisse faire ; Ellies
Dupin , que l'on a toujours trouvé disposé à se mettre en
avant dans toutes les occasions scandaleuses ; Phelippeaux ,
Grand- Vicaire de Bossuet, si connu par sa violence contre
la personne de Fénélon dans l'affaire du Quiétisme, etc. Il
est remarquable , au reste , que l'approbation donnée à la
(1) Nous ne pensons pas faire tort à Dom de Vert en le comptant au
nombre des Jansénistes. Ses relations personnelles, ses œuvres, ses
systèmes, tout trahit ses doctrines. Voici comme il s'exprime sur Saint
Cyran , dans la préface du premier tome de son trop fameux ouvrage :
« Cet auteur, profond théologien d'ailleurs et très versé dans la science
• de l'Eglise , était en même temps grand spirituel et grand mystique. »
LITURGIQUES. 237
Lettre de D. de Vert , à PEvêché de Meaux , ne porte point la
signature de Bossuet. Il semble qu'il ait craint de se compro-
mettre par une sympathie trop éclatante. Cette approbation
est signée simplement de l'Abbé Phelippeaux, dont nous
venons de parler, et d'un Chanoine de la Cathédrale. Néan-
moins , on sait que Bossuet portait une estime toute particu-
lière à Dom Claude de Vert , et qu'il l'encouragea dans la
composition de son grand ouvrage sur les cérémonies, c Feu
*M. Bossuet, Evêque de Meaux , dit Dom de Vert (et chacun
i sait quelle idée de savoir, d'éloquence , de beauté de gé-
* nie et de zèle pour l'Eglise , ce seul nom nous présente ) ,
» m'a souvent fait l'honneur de me presser de vive voix et
>par écrit, d'expliquer et de développer toute cette matière
»à fond; jusqu'à désirer que je lui fisse part de mes vues et
» de mes recherches. Ce que j'exécutai quelque temps avant
isa mort, en deux ou trois conférences qu'il voulut bien
» m'accorder, et dans lesquelles il eut la bonté de se prêter
»tout entier à moi, me faisant ses objections, me donnant
ïses avis et me communiquant ses lumières sur les endroits
»les plus difficiles et les plus délicats. Et je me souviendrai
» toujours qu'il m'exhorta à ne point m' élever contre les au-
>teurs mystiques, ni contre leurs raisons; disant qu'il n'y
> avait qu'à poser les faits et les bien établir, et qu'aussitôt
»la vérité se ferait sentir d'elle-même (1). *
Au reste, si Dom de Vert sut mériter des approbations
semblables, il n'obtint pas du moins celle de l'illustre Père
Mabillon. c Lorsque M. de Vert vint me voir la première fois,
* dit Dom Martène, dans une lettre au P. Le Brun (2), le
»P. Mabillon vint lui-même m'avertir qu'il me demandait, et
(1) Explication des cérémonies de l'Eglise. Tome I. Préface, page V.
(2) Explication de la Messe. XVe Dissertation. Tom, IV. pag. 351.
238 INSTITUTIONS
» m'avertit en même temps que c'était un homme hardi et
> qu'il fallait lui résister ; qu'il savait quelque chose ; mais
> qu'il n'était pas si savant qu'on s'imaginait. »
L'ouvrage tant désiré parut enfin dans les premières années
du dix-huitième siècle. Les deux premiers volumes virent le
jour en 1706 et 1707, sous ce titre : Explication simple, lit-
térale et historique des Cérémonies de l'Eglise. Les deux der-
niers tomes ne furent imprimés qu'en 1713 , après la mort de
l'auteur. On ne peut nier que l'ouvrage, quoique rédigé sans
ordre et sans goût, ne renfermât une foule d'observations
curieuses et n'annonçât dans son auteur une rare érudition;
mais on doit convenir que le scandale y était porté à son
comble par l'audace et le cynisme des interprétations. Le
lecteur en jugera tout à l'heure.
Les principes étaient les mêmes que nous venons de si
gnaler dans la Lettre à Jurieu ; mais du moins , dans cette
Lettre, D. de Vert gardait encore quelque mesure. Il ne dis
simulait plus rien dans son grand ouvrage. On prétendi
même qu'il avait attendu la mort de Bossuet pour publie
le premier volume, parce qu'il craignait que ce grand Evêque
tout' en partageant ses théories , ne trouvât qu'il avait outre
passé les bornes légitimes dans les applications.
Quoi qu'il en soit , Dom de Vert s'en allait interprétai
avec son système tout l'ensemble de la Liturgie , et matérfc
lisant par les vues les plus ignobles tout ce qu'il y a de ph
spirituel et de plus relevé dans les rites du Catholicism
S'agissait-il, par exemple, d'expliquer l'usage de l'encens
l'autel, D. de Vert n'attribuait cette institution qu'à la n<
cessilé de corriger l'insalubrité de l'air dans les assemblé
souterraines de la primitive Eglise. Préoccupé de sa déco
verte, il oubliait l'encens du Tabernacle Mosaïque, duTemp
de Jérusalem, l'encens que toutes les religions ont hii
LITURGIQUES. 239
devant la Divinité en signe de prière et d'adoration , et non
pour corriger l'air corrompu des Temples. Cette seule as-
sertion suffirait sans doute, pour caractériser l'ouvrage de
D. de Vert. Nous irons plus loin , et nous dévoilerons sans
pitié les turpitudes dans lesquelles l'amour du naturalisme
dans les choses sacrées peut faire descendre une âme d'ail-
leurs honnête et religieuse à sa manière.
Nous dirons donc qu'aux yeux du Trésorier de Cluny,
« l'immersion du Baptême prend son origine dans la coutume
»de laveries enfants, au moment de leur naissance, pour
» des raisons physiques ; que les vues spirituelles et symbo-
liques de saint Paul, qui ont pour objet de représenter
» l'ensevelissement spirituel du fidèle avec Jésus-Christ comme
* signifié par l'immersion , ne sont point la cause et le prin-
» cipe de cette immersion , ne paraissant point qu'elles soient
» en effet entrées dans le dessein de son institution ; mais c'est
» au contraire l'immersion qui a donné lieu à ces idées (1). »
Si le Chrétien baptisé reçoit l'onction du Chrême en sor-
tant de l'eau, D. de Vert nous dit que « cette onction n'était
» point une pratique particulière à l'Eglise. On sait que chez
» toutes les nations , surtout parmi les Juifs et les Orientaux,
» comme après s'être lavé et baigné , l'eau dessèche et ride
» la peau, on avait soin de frotter d'huile les parties qui avaient
» été mouillées, d'où vient que l'onction est presque toujours
» jointe aux bains dans l'Ecriture. C'est pour ce sujet que les
«femmes en plusieurs lieux, après avoir fait la lessive, se
» frottent aussitôt les mains et les bras d'huile , pour empê-
» cher, disent-elles , que la peau ne se ride (2) . »
Tout le monde sait que les nouveaux baptisés étaient, pen-
(1) Tome II. page 16.
(2) Tome II. page 386.
240 INSTITUTIONS
dant huit jours , revêtus de robes blanches , et qu'il est resté
encore un vestige de cet usage dans les rites actuels du Bap-
tême. Voici , suivant D. de Vert , l'origine présumée de ce
rite : t II y a quelque apparence que le linge dont on s'en-
> veloppait pour s'essuyer, se tourna bientôt en un vrai vête-
»ment blanc (1). » Le cierge qu'on mettait et qu'on met
encore dans la main du baptisé, c ne servait d'abord , selon
» toutes les apparences, qu'à éclairer les néophytes pour
> aller des fonts à l'autel (2). » Le cierge pascal lui-même
n'a été établi que pour éclairer physiquement , et c si on l'ôte
> enfin tout-à-fait à l'Ascension, c'est qu'il ne peut pas tou-
jours durer, et que le mot assumptus, par où finit l'Evan-
» gile de ce jour, détermine à enlever alors cette lumière et à
>la retirer (3). >
Dom de Vert veut-il expliquer la cérémonie de l'onction
dans la consécration d'un Evêque : il fait dériver les formes
rituelles les plus graves de la nécessité de mettre les gestes
d'accord avec les paroles, t A l'endroit de ces mots : Compte
» in Sacerdote tuo ministerii tui summam et ornamentis totius
> glorificalionis instructum , cœlestis unguenti rore sanctifica,
>on fait à l'Evèqueélu des onctions sur la tête C'est-à-
>dire, suivant notre système et notre idée, que pour rendre
> encore plus sensible et plus palpable la signification du mol
> unguenti, et l'exprimer par l'action même, on aura faii
tune onction à l'Evêque; et on la lui aura faite à la tête, i
» l'occasion de ces autres paroles : Hoc copiose in caputeju.
» influât. A ces autres paroles : Unguentum in capite quoi
> descendit in barbam, etc. , on lui a oint les mains , vraisem-
» Diablement à cause du mot descendit qui aura détermini
(1) Ibid. page 379.
(2) Ibid. page 399.
(3) Ibid. pag. 54.
LITURGIQUES. 241
> à faire descendre et découler sur les mains l'huile d'abord
» répandue sur la tête (1). »
Les rites sacramentels de l'Extrême-Onction sont soumis
au même système d'explication rationaliste. « Comme en
» priant pour les malades , dit D. de Vert , on demandait tou-
» jours de l'adoucissement à leurs maux, aussi ne man-
»quait-on guère d'employer en même temps des Unitifs ,
> et d'adoucir en effet les parties malades par des onctions
» d'huiles; ce qui provenait de l'ancienne tradition des Juifs,
> qui souvent aussi joignaient les actions aux paroles. Bien
iplus, les prières de l'Extrême-Onction, telles qu'elles se
» trouvent dans les plus anciens Rituels ou Sacramentaires ,
* tendant au soulagement du corps aussi bien qu'à la gué-
>rison de l'âme , attiraient aussi par conséquent des onctions
» sur toutes les parties malades , réduites communément dans
i la suite aux organes des cinq sens, et encore aux pieds et
»aux reins (2). >
Mais comment notre auteur eût-il consenti à reconnaître
du mystère dans l'institution primitive des rites sacramen-
tels, quand les actions même de Jésus-Christ, les plus mira-
culeuses , et en même temps les plus mystiques , ne lui
donnent que des idées grossières dignes des docteurs Protes-
tants d'outre-Rhîn ? Dom de Vert traite-t-il du miracle de la
guérison du sourd-muet et de l'aveugle-né , que l'Eglise a
i toujours considérée comme un des grands symboles de PE-
, vangile , voici les explications simples , littérales et histo-
\ riques qu'il en donne : « On sait qu'un peu de terre détrempée
1 » avec de la salive était une manière d'onguent ou cataplasme
| » que les anciens appliquaient sur les parties malades ; c'é-
(1) Ibid. pag. 156-159.
(2) Ibid. pag. 66-68,
T. IK 46
242 INSTITUTIONS
»tait, au rapport de Plutarque, un de leurs cathartiques.
» Surtout, ils regardaient la salive, comme ayant d'excel-
» lentes qualités et une vertu spécifique , ainsi que nous
» l'apprend Pline, au livre 28 de son Histoire naturelle,
» chap. <4. Le Fils de Dieu se servit donc apparemment, dans
»la guérison du sourd-muet et de l'avcugle-né, de salive,
» comme d'une espèce de médicament qui pouvait être usité
> alors pour les maladies des yeux , des oreilles et de la
ï langue (1). »
Dom de Vert convient, cependant, que Jésus-Christ for-
tifia ce prétendu remède appliqué à un sourd-muet et à ud
aveugle-né, de la vertu de sa toute-puissance ; mais il ne lui
vient même pas en pensée que ce collyre usité , il est vrai
chez les anciens, et hors de toute proportion avec les efïet^
qu'on en attendait, pouvait bien déjà renfermer un symbole
antérieurement à l'application qu'en fit le Sauveur. Le lec
leur doit sentir qu'il nous est impossible de réfuter ici ce
étranges interprétations ; le développement de la doctrun
des Pères sur le symbolisme demanderait trop de place , e
d'ailleurs nous aurons à y revenir. Citons encore quelques
unes des découvertes de l'école rationaliste , dans l'Eglise d
France , au dix-huitième siècle. Il faut avouer qu'aujoui
d'hui , nous Catholiques Français , nous valons mieu
sous ce rapport que nos pères. Si nous ignorons béai
coup , du moins nous ne blasphémons pas ce que nous ign<
rons.
L'insufflation et l'imposition des mains, ces deux rit
évangéliques qui tiennent à ce qu'il y a de plus profoj
dans l'économie du Christianisme , ne sont pas traités av
plus de respect et d'intelligence par Dom de Vert. « L'insi
(1) IbM, pag, 46 et 47.
LITURGIQUES. 245
îflation, dit-il, n'est qu'un pur geste déterminé par le terme
i aspira, ou spiritus; c'est-à-dire, une action qui n'a d'autre
» effet que d'accompagner certaines paroles, dont la lettref
>est l'expression même de cette action. Tel est le souffle que
»le Fils de Dieu répandit sur ses Disciples, en leur donnant
» le Saint-Esprit (1). * Quant à l'imposition des mains, voici
comment l'explique notre auteur : « Toute prière qui se fait
»sur quelque créature présente , demande naturellement
» d'être accompagnée de l'imposition des mains, comme pour
» désigner et marquer en même temps, parce geste et cet
• attouchement, de quelle personne on parle, et que c'est de
■» celle-là même qu'on touche : que c'est elle qu'on a dessein
*de bénir, et pour qui, en effet, on prie , et non pour une
» autre; en un mot, pour déterminer et fixer palpablement
> et sensiblement , et, si j'ose hasarder ce mot , individualiser
»le sujet (2). »
Nous ne finirions pas , si nous voulions approfondir
les étranges interprétations par lesquelles le Trésorier de
Cluny semble avoir pris à tâche de déshonorer les céré-
monies de la religion. Nous répugnons à raconter en détail
comment il ose avancer que Jacob, consacrant avec l'huile
la pierre qui devait servir de monument de la vision céleste
dont il avait été favorisé , n'avait point d'autre intention ,
en accomplissant ce rite , que de reconnaître le lieu de la
vision quand il repasserait par là (3) ; que s'il est permis
de manger de la viande le jour de Noël, quelque jour
que tombe cette fête , c'est par allusion à l'Incarnation du
Verbe qui s'est fait chair (4); que si Ton se prosterne,
(1) Ibid. pag. 125-126.
(2) Ibid. page 130.
(3) Ibid. page 64.
(*) Ibid. page 11.
244 INSTITUTIONS
durant la lecture de la Passion, à l'endroit où il est dit
que le Sauveur expira, c'est qu'on se laisse aller à terre,
et on incline et baisse la tête , à la manière de ceux qui expirent
et qui tombent morts (1); que si on se met à genoux, au
mot , ou plutôt, après le mot descendit du Credo, il est aisé
de s'apercevoir que cette cérémonie n'est que V effet de l'im-
pression du son et de la lettre du mot descendît ; car c'est
en quelque sorte descendre que de s'agenouiller (2); que si
le Prêtre, se revêtant des habits sacrés pour célébrer le saint
Sacrifice, croise l'étole sur sa poitrine, c'est afin que les deux
bandes , venant à se rencontrer vers le haut de la poitrine,
pustent coucrir l'aube, à l'endroit où l'ouverture de la cha-
suble laisse un vide , et qu'ainsi tout fût de même parure (3) ;
que si on place le Pape sur l'autel , dans la cérémonie de son
Exaltation, c'est afin que ses pieds , étant ainsi à une hauteur
raisonnable , se trouvent par conséquent plus à portée d'être
commodément baisés par ceux qui vont à l'adoration (A) ; que
si, à la fin de chaque Nocturne, le chœur, qui était assis pen-
dant les Leçons , se lève au Gloria Patri du dernier Répons,
ce n'est point, comme dit saint Benoît dans sa Règle, ob re-
verentiam sanctissimœ Trinitatis ; mais on se lève ainsi pour
s'en aller et sortir du chœur, parce qu'on en sortait autrefois
à la fin de chaque Nocturne (5) , etc. , etc. , etc.
Qu'on s'imagine l'effet que dut produire l'apparition d'ur
pareil ouvrage dans les premières années du siècle rationaliste
Il en fut tiré plusieurs éditions, et bien qu'il ne fût lui-même
que le résultat des doctrines de l'école française du dix-sep
(1) Ibid. page 22.
(2) Tome I. page 155.
(5) Tome II. page 503.
(4) Ibid. page 187.
(5) Tome XXV.
LITURGIQUES. 245
tième siècle, il influa comme cause sur l'époque qui le
vit paraître au jour. Désormais , on ne pouvait plus faire
attention au symbolisme de la Liturgie, sans courir de risque
de passer pour vide de science ou pour un homme attaché
aux imaginations mystiques des bas siècles. Les livres litur-
giques , refaits de toutes parts d'après un type conçu par ces
hommes sans tradition, ni symbolisme, n'avaient plus en
effet de mystères à garder ; les cérémonies , devenues de
simples usages tout humains , n'avaient bientôt plus d'autre
importance dans l'Eglise qu'elles n'en ont dans les Cours et
les assemblées séculières ; l'Eglise Catholique , se vidant peu
à peu de ses mystères, tendait à ne plus devenir qu'un
Temple où, comme nous allons voir tout à l'heure , on n'en-
tendrait plus une langue sacrée. En voilà plus qu'il n'en faut
pour expliquer comment il advint que la France, pays où la
science liturgique avait été cultivée encore avec tant d'éclat
dans la seconde moitié du dix -septième siècle, vit cette
science pâlir et s'éteindre dans le siècle suivant. Si quelques
écrivains doivent encore se montrer à nous comme les dignes
anneaux de la grande chaîne que nous avons déroulée jus-
qu'ici avec tant de complaisance , nous aurons le bonheur
de pouvoir signaler en eux le zèle de la Maison de Dieu , et
une généreuse opposition aux scandales de leur temps. Parmi
eux, -nous désignerons tout d'abord comme adversaires de
D. Claude de Vert et du naturalisme dont il fut l'apôtre,
l'illustre Prélat Joseph Languet , et le P. Pierre Le Brun ,
de l'Oratoire , dans son excellente Explication de la Messe.
Languet n'était point encore monté sur le siège de Sens,
du haut duquel nous l'avons vu foudroyer, avec tant de zèle
et de doctrine, les innovations du Missel de Troyes, lorsqu'il
dénonça aux Catholiques les honteuses et sacrilèges ten-
dances du système Dom de Vert. Ce fut en 1715 , aueraom,ent
$46 INSTITUTIONS
même où il allait être appelé par Louis XIV au siège de Sois-
sons , qu'il déposa ses réclamations en faveur des traditions
liturgiques, dans un ouvrage assez court, mais substantiel,
intitulé : Du véritable esprit de l'Eglise dans l'usage de ses
cérémonies, ou Réfutation du Traité de Dom Claude de Vert,
Ce livre est écrit avec chaleur, comme il convenait au sujet
et aux périls que courait la doctrine. C'était bien là le cas de
répéter ce que Bossuet avait dit avec raison dans une autre
circonstance , qu'il ne s'agissait de rien moins que de la Reli-
gion toute entière. C'était € une de ces occasions, dit Languet,
» dans sa préface, où le Lévite doit s'armer, sans égard, pour
> défendre le Sanctuaire du Seigneur qu'on a entrepris de
» dépouiller de sa beauté , en défigurant ses mystères ! On m
» pouvait se borner à une réfutation froide et à des preuve*
> languissantes, en écrivant contre un homme qui imposa
» par son air décisif, par les applaudissements qu'il donne ;
>ses frivoles conjectures, et par le ridicule qu'il semble vou
> loir répandre sur ce que nos cérémonies ont dé plus res
>pectable. Le monde, d'ailleurs, est plein d'esprits forts qu:
ï ennemis du mystère, autant que du prodige , et de tout c
» qui peut en quelque manière captiver la raison , reçoive!
> avec avidité les maximes qui paraissent favoriser leur incro
>dultlé. Le mépris des allusions pieuses des Rubricaires n
>jouït ces incrédules. Ils s'en autorisent dans les raillerii
» qu'ils en font , et c'est avec joie qu'ils croient trouver (
> quoi se justifier à eux-mêmes le peu de cas qu'ils ont coi
>tumede faire de tout ce qu'on appelle mystique, ousyr
» bole, qui ne sert qu'à nourrir la piété. Il faut les détrompe
» ou les confondre. Il faut arracher les armes à celui qui le
* en a fourni, et faire sentir tout le ridicule de ses principe
» Comment le peut-on faire sans employer cette vivacité
» style, qu'une juste indignation inspire, et qui ne sert qi)
LITURGIQUES. 247
> donner plus de jour et de grâce à la vérité? Si l'auteur
i qu'on attaque est mort, son livre ne meurt point. Il vit
> entre les mains du public. Les hommes avides de la nou-
veauté en ont déjà épuisé deux éditions. Non seulement les
t incrédules s'en autorisent ; mais les hérétiques même croient
»y trouver de quoi s'armer contre nous, et de quoi insulter
i à nos théologiens et à nos mystiques. Ce n'est pas avec une
ï réfutation languissante qu'on vient à bout de détruire les
» préventions , de confondre les esprits forts, de désarmer
»les hérétiques, et de réveiller le zèle de ceux qui aiment la
» religion. »
La discussion de Languet est lumineuse et concluante ;
mais l'espace nous manque pour analyser son travail. Nous
nous bornerons donc à relater ici quatre points principaux
auxquels il ramène toute la question , et qu'il se propose ,
dans sa préface , comme l'objet de toute sa démonstration,
savoir :
« Premièrement, que de tout temps l'esprit de toutes les
» religions du monde, et en particulier celui de l'Eglise de
> Jésus-Christ , a été d'instituer des cérémonies par des rai-
» sons de culte et de symbole , et que c'est par cette vue que
> l'Eglise a institué la plupart des siennes. »
« 2° Que si, dans l'administration des Sacrements, ou dans
j la solennité des Offices de l'Eglise , il y a quelques céré-
monies qui ne doivent leur origine qu'à la nécessité, ou à
» la bienséance , il y en a du moins autant1, et même encore
>plus, qui n'ont d'autres raisons d'institution, que cet esprit
» allégorique et symbolique , que M. de Vert ne peut souf-
» frir. »
t-5° Que lorsque l'Eglise a retenu des cérémonies qui
» doivent leur première origine à la nécessité , elle ne l'a pas
» fait par hasard, ou par pure habitude, mais parce qu'elle a
248 INSTITUTIONS
> vu que les fidèles pourraient tirer du fruit , des sens figurés
> et instructifs qu'elle y avait attachés. »
< 4° Que plusieurs de ces sens allégoriques, ou symbo-
liques, ne doivent point être regardés comme des idées
» pieuses de quelques mystiques ; mais qu'ils sont adoptés
» par l'Eglise entière , par la tradition la plus ancienne , et
«confirmés par le langage de tous les auteurs ecclésias-
tiques. »
Telle est la synthèse de Languet sur le symbolisme ; on
peut l'étendre sans doute à de plus vastes proportions ; mais
telle qu'elle est , il eût été grandement à désirer que les Fran-
çais, au dix-huitième siècle, s'y fussent tenus. Ce n'est pas
une médiocre gloive à Languet d'avoir élevé la voix dans
cette circonstance, en faveur des antiques traditions de
notre culte, qu'il devait bientôt défendre sur un autre ter-
rain. Ce grand Prélat vit d'un coup d'œil tous les plans de la
secte Janséniste, et ne se lassa jamais de dénoncer au peuple
fidèle les manœuvres diverses qu'elle essaya : que sa mé-
moire demeure donc -ix jamais en vénération à tous les vrais
Catholiques !
Pendant que les Jansénistes de France tendaient des pièges
honteux à la simplicité des fidèles et inoculaient sourdement
le génie du Calvinisme par des changements dans l'antique
Liturgie, par le mépris déversé sur l'élément mystique des
cérémonies, par la récitation du Canon à haute voix; en
Hollande , ils tiraient plus hardiment les conséquences de
leurs principes. On doit savoir que, trahissant les intérêts
de la foi et du Saint Siège, de Néercassel, Evêque de Cas-
torie et Vicaire Apostolique dans les Provinces-Unies, avait
semé des doctrines hétérodoxes au milieu du troupeau qui
lui était confié, et jeté ainsi les premiers fondements de cette
société Janséniste qui est devenue depuis la Petite Eglise
LITURGIQUES. 249
d'Utrecht. Etant mort en 1686, Codde, Oratorien comme lui,
fut choisi pour lui succéder, sous le titre d'Archevêque de
Sébaste , et parut tout aussitôt vouloir continuer le système
de son prédécesseur. Il suffira de dire que ce Prélat fut dé^
posé par Clément XI , qui défendit aux Catholiques de Hol-
lande de prier pour lui après sa mort, arrivée en 1710. Entre
autres innovations qui eurent lieu sous son gouvernement ,
Tune des principales fut l'emploi de la langue vulgaire dans
l'administration des Sacrements. Plusieurs Prêtres Hollandais
se permirent cet énorme attentat, et toute la Mission des
Provinces-Unies retentit du scandale qu'il causa (1). Mais ce
grand fait, qui est le couronnement des efforts de la secte,
comprimé d'abord, prit bientôt de l'importance, et nous al-
lons en marquer la suite dans cette histoire. De ce moment où
nous l'enregistrons accompli, que le lecteur veuille bien le
considérer comme le centre de toute l'innovation liturgique ,
centre désiré , cherché , rarement atteint ; il aura la clef de
notre histoire.
Pendant que les Jansénistes de Hollande levaient ainsi le
masque, en abdiquant la langue sacrée , la langue de Rome,
moins libres qu'eux, mais non moins zélés pour l'avancement
dij Calvinisme , des Prêtres Français , aux portes de Paris ,
prostituaient la Liturgie aux plus énormes innovations , sous
les yeux du Cardinal de Noailles, qui se gardait bien de fer-
mer la bouche à ces Prophètes d'un nouveau genre.
Le Docteur Nicolas Petitpied, celui même qui devait plus
tard prêter le secours de son savoir liturgique à Bossuet ,
Evêque de Troyes , étant de retour de Hollande, où son opi-
niâtreté dans l'affaire du Cas de conscience l'avait fait exiler,
(1) D'Avrigny. Mémoires chronologiques et dogmatiques pour servir
al'Hist. Ecoles. , depuis 1600 jusqu'en 1716. Tora. IV. page 2U.
2S0 INSTITUTIONS
vint établir son domicile dans le village d'Asnières, aux portes
de Paris. Jacques Jubé, duré de cette paroisse, zélé Jansé-
niste, l'accueillit avec joie, et ils concertèrent ensemble le
plan d'une nouvelle Liturgie qui , tout en conservant les
avantages des Livres de l'édition de Harlay, quant à l'isole-
ment à l'égard de Rome, offrît un modèle vivant de la trans-
formation qu'on projetait. Le Missel de Troyes que Petitpied
rédigea depuis, n'était, comme on va le voir, qu'une initia-
tion, pour ce Diocèse, aux mystères de la Liturgie plus
complète que l'Eglise d'Àsnières avait vue célébrer.
Un seul autel s'élevait dans cette Eglise, décoré du nom
d'Autel Dominical, parce qu'on n'y devait célébrer que les
Dimanches et Fêtes. Hors le temps de la Messe , cet autel
était tout aussitôt dépouillé, comme ils le sont tous, dans
l'Eglise Latine, le Jeudi-Saint, après l'Office du matin. Au
moment d'y célébrer les saints Mystères, on le couvrait d'une
nappe, et alors même il n'y avait ni cierges , ni croix. Seule-
ment, en marchant à l'autel, le Prêtre était précédé d'une
grande croix , la même qu'on portait aux processions et la
seule qui fût dans l'Eglise. Arrivé au pied de l'autel, il disait
les prières d'ouverture auxquelles le peuple répondait à voix
haute. Puis, il allait s'asseoir dans un fauteuil, du côté dt
l'Epître, et là il entonnait le Gloria in excelsis et le Credo
sans les réciter ni l'un ni l'autre, pas plus que l'Epître , n
l'Evangile. Il disait seulement la Collecte; mais, en général
il ne proférait aucune des formules que chantait le chœur
Le pain, le vin et l'eau étaient offerts au célébrant, en ce
rémonie ; en quoi il n'y avait rien de répréhensible , ce
usage s'étant conservé jusqu'à cette époque, dans plusieur
Eglises de France; mais, à cette offrande de la matière di
sacrifice, on joignait celle des fruits de la saison, qu'on pla
çait sur l'autel , malgré l'inconvenance de cette pratique.
LITURGIQUES. 231
Après l'offrande, on apportait de la Sacristie le calice
sans voile. Le Diacre le tenait élevé conjointement avec le
Prêtre, et disait avec lui les paroles de l'offrande, suivant
l'usage de Rome et de Êaris ; mais ils prononçaient l'un
et l'autre la formule à haute voix, pour marquer qu'ils
offraient au nom du peuple. Le Canon tout entier était pa-
reillement récité à haute voix , comme on doit bien s'y at-
tendre; le célébrant laissait au chœur le soin de dire le
Sanctus et YAgnus Dei. Les bénédictions qui accompagnent
ces paroles : Per quem hœc omnia , Domine , semper bona
créas, sanctificas, etc., se faisaient sur les fruits et légumes
placés sur l'autel, et non plus sur les dons sacrés. La com-
munion du peuple n'était précédée d'aucune des prières or-
données par la discipline actuelle. Le Sous-Diacre, bien que
revêtu de la tunique, communiait avec les laïques. Toutefois,
l'Eglise d'Asnières n'avait pas jugé à propos d'inaugurer en-
core la langue vulgaire dans la Liturgie. Seulement, avant
les Vêpres , une espèce de diaconesse lisait publiquement
l'Evangile du jour en français (1).
Telle était la singulière parade que jouèrent les Jansé-
nistes, au milieu de la France, grâce à la tolérance d'un
Archevêque prévaricateur. Ainsi trahissaient-ils , aux yeux
les plus pacifiques, le but de ces innovations liturgiques qui
avaient commencé d'après leurs suggestions, et qui n'étaient
pourtant pas encore arrivées à leur dernier développement.
Quant au Curé d'Asnières, il quitta sa paroisse en 1717,
pour s'en aller en Russie remplir la mission qu'il avait reçue
des Docteurs Appelants , pour la réunion de l'Eglise Mos-
covite; car ces intrépides réformateurs avaient de grands
projets. Dans le même temps, leur confrère Ellies Dupin
(1) Lafitau. Histoire de la Constitution Unigemtus. page 423.
252 INSTITUTIONS
était en pourparlers avec plusieurs Docteurs anglicans, pour
opérer le retour de l'Angleterre à la communion , non de
l'Eglise Romaine, mais de la Sorbonne représentée par les
nombreux adeptes du Jansénisme qu'elle comptait dans son
sein. Dans les mémoires présentés par ces hommes sans mis-
sion, comme sans probité, on se faisait un grand mérite
d'avoir aplani les difficultés principales , au moyen des
maximes françaises en général , et des modifications litur-
giquesen particulier. Ces tentatives pour rétablir l'unité, opé-
rées par des hommes qui étaient eux-mêmes hors de l'unité,
ne pouvaient avoir et n'eurent, en effet, aucun succès. Pour
la Russie en particulier, Pierre-le-Grand, qui n'avait jamais
attaehé grande importance au projet des Docteurs, ne jugea
pas à propos de le traiter long-temps comme une idée sé-
rieuse. Jubé fut donc bientôt obligé de s'en revenir, sans avoir
rien fait; il ne rentra pas néanmoins à Asnières. Le Cardinal
de Noaiiles n'existait plus, et son successeur n'eût pas souf-
fert la reprise des scandales dont cette Eglise,avait été trop
long-temps le théâtre.
Mais, arrêtons-nous ici pour résumer les principes que
la secte Anti-liturgiste a appliqués dans les diverses entre-
prises racontées dans ce chapitre.
1° liai ne de la tradition, manifestée dans la suppression
du plus grand nombre des Messes de saint Grégoire, au
Missel de Meaux ; dans le mépris affecté pour la doctrine
des Pères sur les sens mystiques des cérémonies , par Dom
Claude de Vert.
2° Substitution de passages de l'Ecriture , choisis dans la
lumière individuelle et dans un but hérétique, aux formules
de style ecclésiastique ; le Missel de Meaux présente d'innom-
brables applications de ce système.
3° Fabriquer et introduire des formules nouvelles , pleines
LITURGIQUES. 255
de venin ; c'est un des reproches adressés par Languet au
même Missel.
4° Tomber en contradiction avec ses propres principes ; en
effet , le Missel de Meaux , comme les Missel et Bréviaires de
François de Harlay et de Cluny, ne parle que de rétablir la
vénérable antiquité, et regorge de nouveautés.
5° Retrancher dans le culte toutes les cérémonies, toutes les
formules qui expriment des mystères, Dom de Vert consent ,
il est vrai, qu'on nous laisse nos cérémonies; mais c'est après
les avoir vidées complètement de l'élément mystique dont
elles n'étaient que la forme. D'autre part, l'Eglise de Meaux,
réformée à l'instar de la paroisse d' Asnières , n'a bientôt plus
qu'une table pour autel.
6° Extinction totale de cet esprit de prière qu'on appelle
onction dans le catholicisme ; lisez plutôt l'ouvrage de Dom
Claude de Vert , et voyez ce qu'il vous restera d'esprit de foi
et de prière dans le cœur, quand vous assisterez aux céré-
monies de la Messe ou des Sacrements , interprétées à l'aide
de son commentaire. Quant à V onction des prières du Missel
de Troyes (nous pourrions ajouter des autres Missels et Bré-
viaires qui doivent leur origine aux mêmes hommes et aux
mêmes causes), on ne l'a point encore vantée, que nous
sachions.
7° Diminuer les marques de la dévotion à la Sainte Vierge.
Nous avons vu que telle est l'intention expresse du Missel de
Troyes , qui sanctionne les réductions faites au culte de la
Mère de Dieu dans les Livres liturgiques de François de Har-
lay et de Cluny.
8° Revendiquer l'usage de la langue vulgaire dans le ser-
vice divin. Quesnel le réclame expressément. Les Missels de
Meaux et de Troyes y préludent par leurs Rubriques sur la
récitation du Canon à voix intelligible, En Hollande, terre de
254 INSTITUTIONS
liberté pour nos néocalvinistes, ils développent toute leur
pensée sur cet article. L'Eglise d'Asnières présente aussi son
essai.
9° Atteintes portées à l'autorité du Siège Apostolique. Au
Missel de Troyes, suppression des Oraisons pour le Pape;
mutilation de la Messe de saint Pierre.
10° Autorité du Prince temporel dans les choses de la Li~
turgie , reconnue par le Clergé. Languet, étant impuissant à
réduire son suffragant à une doctrine liturgique plus saine ,
le Roi intervient et contraint l'Evêque de Troyes à rétrac-
ter une partie des témérités de son Missel , les autres étant
jugées, par le Roi, ne pas devoir offrir matière à désaveu.
Tels sont les principaux traits que nous avons à résumer
des faits liturgiques qui font la matière du présent chapitre.
Sur les douze caractères assignés à l'hérésie Anti-liturgiste ,
dix s'y rencontrent expressément : il nous eût été facile de
justifier des deux autres, en étendant notre récit.
On ne doit pas s'étonner de ce résultat , quand on se rap-
pelle que la réforme liturgique coïncide précisément avec
l'accroissement le plus menaçant du Jansénisme, qui, résumé
dans le livre des Réflexions Morales, ne garde plus de me-
sures et pénètre avec autorité là même où, au dix-septième
siècle , il s'infiltrait sourdement ;
Que celte hérésie , la plus souple , comme la plus ignoble
de toutes, a eu la propriété de se plier à toutes les exigences
des lieux, sachant à la fois lever le masque à Utrecht, et se
rendre présente à Meaux et ailleurs, sous les paroles d'une
Antienne, d'une Collecte ou d'un Répons;
Que les auteurs de la réforme liturgique continuèrent
d'être pris dans les rangs des hérétiques disciples de l'E-
vêque d'Ypres et de leurs fauteurs, en sorte que la liste sui
laquelle nous avons inscrit déjà Sainte-Beuve, Le Tourneux
LITURGIQUES. 235
D. de Vert, Santeui, etc. , s'accroît à la fin de ce chapitre
de ceux de Ledieu, Ellies Dupin, Baudouin, Bossuet, Evêque
de Troyes , Petitpied et Jubé.
Pour délasser les lecteurs de la fatigue que ne peut man-
quer de leur causer ce dégoûtant spectacle, et aussi pour
faire voir le triomphe de la lumière sur les ténèbres, de la
vérité sur Terreur, nous ne connaissons rien de plus efficace
que la doctrine liturgique de PArchevêque Languet : doctrine
pure et orthodoxe dont nous nous déclarons les disciples et
les très humbles champions, remerciant Dieu qui, non seu-
lement voulut que cette grande lumière brillât dans l'Eglise
de France, à cette ère de confusion , mais a daigné permettre
que de si beaux enseignements soient parvenus jusqu'à nous,
pour nous confirmer dans la lutte que nous avons entrepris de
soutenir contre les nouveautés qui ont altéré, en France, la
pureté du culte divin.
256 • INSTITUTIONS
NOTES DU CHAPITRE XVIII.
NOTE A.
Procul esto omnis odii suspicio , si ea ipsa quae in triviis et compitis
decantantur, candide coram Deo, solo sanctissimo Patri in extremo
religionis periculo dixerim! D. Cardinalis Noallius, Archiepiscopus
Parisiensis , a quibusdam factionis ducibus , pietatis et severioris dis-
ciplinée studio, in tanium prœoccupatus est, ut jam a decennio nihil
sit quod Jansenistarum laqueis eum expédiât. Nihil audit, nihil videt,
nihil ratum facit, nisi qnod suggerunt aut D. Boileau, aut D. Dugué, aut
Pater de La Tour, Oratoriensium praepositus generalis , aut D. Lenoir,
aut Abbas Renaudot , aut nonnulli alii, quos Jansenismo imbutos esse
nemo jam nescit. Quin etiam vulgo constat praecipuos inter quadra-
ginta doc tores ipsi pakm exprobrasse, quod ad scribendam responsio-
nem illos compulisset. Id autem facile credideris , si legas mandatum
pastorale , quo Catalaunensis Episcopus , conscio fratre Cardinali ,
apertissimis verbis docuit, obsequioso silentio constitutionibus satis
tieri. Insuper eos o.nnes theologos, qui Jansenismo infensi sunt , acer-
rime aversatur et increpat Cardinalis Archiepiscopus.
Mitius quidem et cautius sese gerit D. Cardinalis de Coislin , ma-
gnus Francise eleemosynarius, vir beneficus, pacificus, pius, dignus
denique qui a cunctis ametur ; sed, déficiente doctrina, totam diœce-
sis administrationem solis doctoribus Jansenistis, quos admiratur,
hactenus permisit.
D. vero Cardinalis Le Camus , etiamsi in familiari ad amicum epis-
tola quoedam scripserit, quibus ea , quam facti vocant, quaestio expres-
sissime dirimitur, nihilo tamen minus ex multis aliis argumentis plane
constat Jausenianam doctrinam et factionem semper ipsi arrisisse.
Utramque impensissime colunt Rhemensis et Rothomagensis Ar-
chiepiscopi. Aller quidem SorbonaB provisor, alter vero collator mul-
torum in urbe Parisiensi pastoratuum; uterque tum Ecclesiae tura
familial fortunis abundans, vastae diœcesi atque provinciœ praeest.
His ducibus adjunguntur complures episcopi , exempli gratia , in
Occitania Rivensis, et Sancti Pontii Tomeriarum, Monspessulanus
D. de Torcy frater , et Mirapicensis ; in Lugdunensi, Cabillonensis ; in
Senonensi , Altissiodorensis ; in Rhemensi , Catalaunensis ; in Rotho-
magensi , Sagiensis ; in Turoneasi , Nannetensis et Redonensis; in nos-
LITURGIQUES. 257
tra autem provincia, Tornacensis , qui sponte sua loco eessit , et cui
optimum suffectum esse gaudeo. Insuper et in nostra , Atrebatensis
pins quidem est , et vere addictus Sedi apostolicae , sed consilio et arte
doctorum, quibus se suaque omnia commisit, eximmoderato rigidio-
ris disciplina? studio , in hanc partem sensim abreptus est. Plerique
alii incerti et fluctuantes, quoquolibet Rex se inclinaverit , cseco im-
petu ruunt. Neque* id mirum est , siquidem Regem solum norunt ,
cujus beneficib dignitatem, auctoritatem, opesque nacti sunt. Neque ,
ut res se nunc hahent , quidquam incommodi metuendum, aut prœsidii
sperandum ex apostolica Sede existiment. Totam disciplina? summam
pênes Regem esse vident , neque ipsa dogmata aut adstrui , aut repro-
bari posse dictitant , nisi aspiret aulicae potestatis aura.
Supersunt tamen pii antistites, qui caeteros plerosqne in recto
tramite confirmarent , nisi multitudo a ducibus maie affectis in pejo-
rem partem raperetur. Fénelon. Memoriale Sanctissimo D. 2V. clam
legendum. §. IXetX. OEuvres complètes. Tome XII , page 603.
KOTE B.
Quam novi Missalis autor venerandam antiquitatem imitari curasse
se gloriatur, hanc oranino contemnit in expositione novarum Missarum
quas antiquis substituit. Quod quidem probat autorem illum , anti-
quitatis imitationem pro prœtextu in suis novitatibus habuisse, non
pro régula. Etenim Introïtus, Gradualia, Offertoria, etc., quas a tôt
seculis in Ecclesia Romana cantantur, ita immutata sunt in novo Mis-
sali, ut vix paucissima reperiantur quae ex libris liturgicis S. Gregorii
extrada smt , quaeque a tara puro fonte in Missale Romanum fluxe-
rant, et a fere omnibus Ecclesiis particularibus usurpata fuere. Non
magis Orationibus ac Collectis pepercit fabricator novus, quamlntroï-
tibus,Graduaïibusque. De suo genio nimium praasumens, seque Eccle-
sia universa doctiorem prudentioremque reputans, ea quae tanta anti-
quitate et universitate erant consecrata suppressit, ut inventus suos
suasque ideas substitueret , sub hoc solo et frivolo praetextu quod
purum Scripturse textum adhiberet. Dico confidenter innovationes Mis-
salis non alium habere fontem , quam ideas inventusque proprios au-
toris. Illeenim ipse est qui in novae iiturgiae compositione certos Scrip-
turae textus adhibens, illos singulis Festis Dominicisque aptavit pro
suo nutu et voluntate, imo et aliquando contra veros et nativos sensus
textuum Scripturae quos adhibebat. Porro compositio illa ab homine
peculiari excogitata , debuitne iis praeferri et subrogari iis quae Eccle-
sia universa suo usu per tôt secuia approbaverat ? Nequidem ille pe-
parcit Festis solemnioribus aut diebus aliis , verbi gratia , Quadrage-
T. II. 17
258 INSTITUTIONS
simie, in quibus Otticium publicuin magis assidue frequentatur a iide-
libus. Fere totaliter Missas Pascha'is, et Nativitatls Chri^ti, autillas
quaeinusuerant temporibus Adventu* aut Quadragesimoe immntavil-.
Hoc autem non advertit autor ille, quantum (idem orthodoxam
contirmetsaerarum nostrarum liturgiarum antiquitas uuiversalitasqHe.
Siquidem lburgia? quae a primis Ecclesia? seculis , etiara longe ante
sanctum Gregorium, quaeque in tota Ecclesia uuanimiter leguntur,
fîdvim e.amdem pret'oso tradition^ cert-e monumento asiruunt et con-
formant. Ha ru in testimoaio contra quoslibet novatores iides calholica
invincibiliter as'ruitur et armatur; ii les , inquara, una et ubique et
semper. Si autem quidam Ecclesia parlicularis ha?c sacra monumenta
supprimit, arma quibus novatores impugnabat, deponit, et a manibus
suorum Gdelium removet,
Oruet ille suas novas liturglas Canticis belle et eleganter conscrip-
li , texlibos Scripturac sacra1 îngeoiosé invertis et coucinne Festis et
Solemuitatibus*aptatis, qu»d sunt luec etiam ingeniosa et elegantia, aut
cujus auioritatis, si comparentur iis qua? a quindecim scculis et am-
plius forsan in orbe universo usurpata et decantata, lideles oinnes de
eadem fide edeéent? Quilibet ex laïcis qua latc palet terra, audiens ea
qua? cantantur la Ecclesia qua.n fréquentât, sine labore cognoscit
ubique et semper eosdeni Festos dies, eadem mysteria celebrata fuisse
et adhuc celebrari, orbemquc universura eamdem fidem et veritates
prcecipuas quae in liturgiis exprimuntur, profiteri unanimiier et pro-
fessum fuisse similiter tradilionc constanli et antiquissima.
Quod autem in Eccle>ia paniculari, antiqnitate et universalitate
spreta , de novo induceretur, non aliam sortitur autoritatem quam iilam
quam a Prrtlato suo mutuatur, errori sane obnoxio, et eo ipso obnoxic
quo soins est, quo nova introducit, quo autiquitatem et universalila
temspcrnit. Qnoi autem usu antiquo et un*versali,consecratum est
ab errore per promissa Cliristi servatur, atque in ipsa autoritate Christ
fundatur, qui Sponsa? suas semper assistens , ejus fidei per suam veriul
tcm , ejus administrationi et politica? per suam prudent i;m invigilat
Aliud adverto quod grave est. Q.û tôt innovaûones in suam liturgianl
introduxit, mutando et delendo ea qua? ex liturgia Ecclesia? Roman?
imitando mutuata erant, minime intellexi se videtur quis fnerit Pa
trum nostrorum animus in illa Liturgia? Romana? imitatione. Propte
prima? Sedis houorem, et ut cum illa sanctam unionem conglutinarent
illius ritus adoptandos senserunt, omisso propria? nationis antiquo riti
Hinc factum est ut prisci ritus Ecclesia? Gallicana?, Mozarabicus j
Hispania, Ambrosiauus in Italia fereaboliti fueriut, et oblivioni tradit
Sciebant Pâtre- nostri unitatem in vera tide, ab unione cum sanc
LITURGIQUES. 259
Sede, et cum Christi vicario pendere omnino ; atque illas Ecelesias ab
omni erroris et schismatis seductione immunes fore, quse cam Romaua
Ecclesia, omnium Ecclesiarum matre etmagistra centroque communi,
convenirent. Hsee unio ejusdem liturgise usu coagmentatur servatur-
que, atque tôt naiiomim diversarum loco dissitarum, ssepe bello ad-
versarum , unio sancta manifestatur per unilatem preeum, Festoruoa ,
cultusque publici. 3Iandatum J. J. Languet, Jrchiep. Senonen. de novo
Missali Trecensi. Opp. Tom. II. pag. 1251-1253.
NOTE C.
Tune unitas cum Ecclesia Romana erat m pretio , atque ad illam
omnimode corroborandam omnes concurrehant libenter; quia illius
unionis utilitatem necessitatemque cognoscebant. Hujus Ecclesiœ nia-
tris eminentiae minime invidebant , ei subjici et obedire eos non pude-
bat; imo gloriabantur, et obedtentia sua unitatem servari et corroborari
sentiebant. Etenim necessarium judicabaut ut ramus truaco cclisereret
et rivus foati; et cum Ecclesias gloria et firmitas in unitate sua consis-
tât, unUatem hanc sua unione et subordinatione légitima coalescere
et confirmari credebant. Sic censuerunt Patres nostri per quos (ides ad
nos derivavit. Verum aliter nunc sentire videntur qui Ecclesiam Ro-
manam nomine Ecclesîœ peregrinœ donare non erubuerunt , atque
aûlrmare librorum liturgicorum illius Ecclesiae usum nonnisi per to-
lerantiam introductum in Trecensi diœcesi.
Sic sub vélo liturgie concinnius lucubratas, contemptus liturgiœ
Romanse obtegitur; sic unitas iila sancla et pretiosa iafîrmatur; sic
vincula quae Ecclesiae matri aanectebant, paulatim dissolvuntur ; sic
populi ad diviskmem separationemque a longe praeparaatur. Ex diver-
sitate enim nascetur forsan contemptus, atque etiam odium, quod
schismate aliquando consummari proclive est. Quis non pertimescat ,
cum schisrna Grœcorum conspicit, atque unum ex motivis tam fu-
nestas separationis hoc fuisse, quod Ecclesia Romana alléluia non can-
taret tempore Quadragesimae ; quem usum quasi grande piaculum
Romano Pontifici et Episcopis Occidentatibus exprobrabant. Ibidem,
pag, 1254.
NOTE D.
Nihil quidquam, inquit, in precibus Missae adhiberi placuit, nisî
quod ex sacris Scripturis de verbo ad verbum exscriptum esset.
At primo , id nullatenus lieri potest ; alioquin mutandae essent omnes
Orationes , quemadmodum ïntroïtus ac Gradualia mutata sunt. Nam
antiquae illae orationes quae fere omnes ex S, Gregorii Saeramenlario
260 INSTITUTIONS
excerptaesunt, ex ipsis Scripturae textibus non componuntur. Juxta
idem principiura, mutari quoque deberent Gloria inexcelsis, Credo,
Confiteor, multaeque alise preces antiquitate consecratae. Non est ausus
eo usque progredi novi Missalis autor. Sed hoc ipso iutelligi debuerat
falbitas aut incommoiitas commentitiae illius régulas quae , cum nullo
solido fundamento inuitatur, obnoxia est nuanifesto incomraodo; quod
quidera taie est ut ab ea niultis in occasionibus cogat recedere.
2° Quis hanc regulam praescribit ? Gonciliunine aliquod , aut alia
venerandae antiquitalis monumenta ? Nonne e contra manifcstum est
vetustissimam , maximeque omnium venerandam Ecclesiae precem,
sacrum scilicet Missie Canonem, ex ipsis Scripturae verbis non esse
desumptam?
3° Cur sub obtentu hujus regul:e omnes antiqui Introïtus, Gradua
lia, etc. , mutata sunt? Nonne ex Scriptura sacra excerpta est magna
pars Introïtuum , Gradualium , ceterorumque Missae Canticorum in
Antiphonario S. Gregorii conservatorum ? Tamen mutata sunt sub
specie majoris boni ; quod bonum eo totum recidit ut Missali furtim ac
fraudulenter insinuatae novitates insererentur.
-4° Nonne traditio est alia quaedam verbi divini species, fideique
régula ? At quo monumento nobis tutius et cfficacius exhibetur sancta
Traditio, quamhis precibus in remotissima antiquitate compositis, uni
versatissima consuetudine usurpatis, constantissima uniformitate con
servatis? Nonne, licet ex ipsis Scripturae verbis desumptae non sin
illae preces, eis ut Scripturae sacrae , servata tamen convenienti pro
portione, reverentia debetur a fidelibus ? Plurima sunt fidei nostn
dogmata quae perspicue non cognoscimus, nisi ope Traditionis. Null
porro clariora sunt tutioraque monumenta quibus ea tueri possimus
quam Missae preces. Reperitume in sacris Scripturis dogma perfectî
integritatis beatae Maiiae, ut reperitur in precibus Ecclesiae, ac pra
sertim in his verbis quae leguntur in libris litargicis S. Gregorii : Po.
partum Virgo inviolata permansisti ? Nonne in sacra liturgia reperitt
probatio Traditionis Ecclesiae circa canonicitatem sacrorum Librorun
aliaque plurima ?
Ceterum, et haec est quinta nostra observatio, saepe saepius priva
ingenii commenta hac specie textuum Scripturae vestiuntur, et ai
tiquis illis precibus substituuntur. Verba quidem e Scriptura sac:
desumpta sunt ; sed arbitraria eorum accommodatio quibusdam Fesl
aut quorumdam sanctorum praeconiis, fœtus est privati ingenii...
Quantumlibet pulchrae et ingeniosae videantur istae allusiones , m
exhibent naturalem sensum illor um Scripturae textuum , sed meru
LITURGIQUES. 261
sensum autoris qui eas excogitavit. Si autor ille nuperus est , si sine
nomine , si nullam nisi in una diœcesi autoritatem habet ; quod pon-
dus , quam vim ingenii sui fœtibus addere poterit? Nonne multo plus
autoritatis atque utilîtatis habebunt simplices et inornatae veteris li-
turgiae preces, licet ex Scripturis sacris excerptae non sint ?
Neque tamen nobis est animus accommodationes et allusiones illas
condemnare. Ipsorurn enim SS. Pî\ exemplo defenduntur. Sed con-
tendimus Ecclesiam non ditari , cum antiqua Cantica supprimuntur, ut
in eorum locum substituantur allusiones inventi recentioris ; quin po-
tius eam scandalizari , cum adhibentur accommodationes quibus Scrip-
tura ad sensus alienos , et interdura suspectos, atque in fide periculosos
detorquetur. Ac quis est qui nesciat, sic mutilatis falsoque translatis
sacrorum Librorum textibus , quemlibet errorem ipsis Scripturae ver-
bis insinuari ac doceri posse ? Exempla referre supervacaneum est,
Unicuique enim in mentem facile venient. Ibidem, pag. 1331-1335.
NOTE E.
Etenim quo tôt novitates possunt ducere ? Quis erit illarum fructus
seu terminus? Non nisi timoré perciti, pro vobis , pro Ecclesia a longe
prospicimus. Jam apud vos et a pluribus inter vos sanctae Sedis Décréta
contemnuntur. Vobis suadetur , et fere solis in orbe t super summi
Pontificis errores et super Ecclesiae univers» tenebras ingemiscere.
Sedes apostolica quae centrum est necessarium catholicae communionis,
vobis exhibetur quasi erroribus tradita ; exhibentur Episcopi qui cum ea
concurrunt in eodem Decreto publicando, ut a fide déficientes , et eam
deserentes. Et non sine horrorelegimus quod apud vos Libri Ecclesiae
Roman* liturgici nominantur Libri exotici, quasi si Ecclesia Romana
| mater alicui ex Christianis posset reputari exotica, et thronus in quo
, sedet pater communisfidelium, cuilibet ex filiis amplissimœ suaa fami-
liae reputari posset exoticus.
Frustra filiis qui patrem communem aut ignorant aut respuunt , ex-
hibemus célèbres illas sponsiones quibus Christus corpori primorum
\ Pastorum sese quasi oppignoravit , promittens ei docenli adfuturum
i omnibus diebus usque ad consummationem seculi; ac proînde sine inter-
t missione et sine fine. Frustra fidelium fiduciam excitamus erga com-
t munem Ecclesiam quœ ceterarum mater est quia genuit, et magistra
quia edocet. Frustra illud obtrudimus ex Evangelio in quo Christus
1 1 testatur se rogasse pro Petro ut non deftceret ejus fides , atque praecep-
Htum illi impositum confirmandi fratres suos. Hae sacrae voces quae
omnibus seculis ^eneram et humilem fiduciam générant in corde fide-
262 INSTITUTIONS
Hum crga Pastores suos, ac prœcipue erga primum et Pastorum Pas-
torem ; hce veritates obsolescunt et vix audiuntur. Quilibet suis prae-
juliciis in'iœret ; et suam sibi fi Jem et fidei regulam proescribit. Iaterea
in ta nia opinionum et disputationum discordia, vobis exhibentur cul-
tus exterioris partes singulares et novae; cujus discrepantia addivisio-
nem tendit , et eam in exteino cultu sensibilem et palpabilem reddet ;
qua? «ionique multorum pietatem offendet, et eorum iudiguationem
excittodo, schismatis aliquando portam aperiet. Porro avellendo vos
ab Ecclesia matre, et ab ejus liturgia et decretis simul avertendo ;
novi duces il li quo trahent vos t Protestantes qui inter nos adhuc vi-
vunt, his novitatibus plaudent, et facile sperabunt illos qui jam dog-
mata ab Ecclesia damnata et Calvinistarum erroribus viciaa defendunt,
per ritus exterioris imrnuUtionem propius ad illoruui commuuionem
brevi aecessuros. Jam sœpius declaraverunt palam se non habere circa
gratiam, libertatem, bonorum operum meritum, praedestiuationem ,
reprobatiouemque , et oflîoia charitatis , alia priucipia et dogmata
quam ea quae Janseniani proiitentur. Quid eveniet si jam adeo per
dogmata vicini , viciniores fiant, et sanctae Sedis contemptu, et cultus
exterioris immutatione ? Si ut il li , unusquisque de sua fide judicet , et
judicem controversiarum spernat , sibi ipsi tribunal constituât in quo
sed ms Pastorum décréta judicet et contemnat? Ergo Protestantium
mere unusquisque sa fidei arbitrura twnstituet, summi Pontificiset
Episcoporum judicia examini proprio subjiciet,ea cum Scriptura et
liturgie nova? precibus comparando, quarum sibi arrogabit intelli
gentiara? Ibidem, pag. 12681269.
NOTE F.
PR ESUL ILLUSTRISSIME.
Ad te Maadatum vestrum ad versus Missale novumTrecense remitto
Hoc opus legi cum iila attentione quam materia merebatur, cum ill
aviditate quae me trahit ad ea omnia scrutanda quœ e manibus tui
iluunt. Omuinomibi placuit opus; quippe quod non probetmodo, se<
eliam de sonstret cum evidentia, Missale hoc novitatibus improbandi
scatore totum. Doctis tuis indagationibus circa antiquos Ecclesiae ritu
palam fit autorem illiusMissalis sub antiquitatis innovandae falso pra
textu, constanlem Ecclesiae usum in divinorum mysteriorum celebrî
tio.te rv •'lînqui.-re et abolere tentasse. Quod autem dogma catholicui
sp:ctat, ejubdemautorisartes deaudasti, quibus in proponendis, di
tribuendis, uniendis textibus Scripturae sacrae, etiam spreto legitia
sensu et Ecclesue dogmate utitur ; ut novatorum hujus seculi fave
LITURGIQUES. 265
erroribus. Zeluâ quo pro fide vindicanda flagras ; quique , quoties sese
praabuit occasio , in tuis operibus emicuit , omni encomio dignus mihi
videtur. Omni enim arte et omni modo hodie Religio sancta impug-
natur; sed nullus efficacior adhiberi potest modus illo quem Missa-
lis autor adhibuit, ac proinde periculosior nullus. Iïucusque, id est,
a seculo integro novatores nostri contra sanctam Sedem, contra sum»
mos Pontifices in ea présidentes , contra Episcopos capiti suo adhé-
rentes, et Ecclesiam matrem et magistram contemnentes , declami-
tando, discipulos sibi adscire tenta verunt. Verum pauciores erant, et
infirmiores quam ut a-iquid audacius tentare auderent. Sed tacite vias
parabant sibi ut possent tandem altare Baal altari Christi in Ecclesia
sancta opponere. Nunc propositum manifestatur, et executioni tradi
incipit. Jam contra leges Ecclesiae , contra Mandatum Archiepiscopi ,
novum suae sectae Sanotum Parisiis pubUce colère agressi sunt. Tuai huic
miracula finxerunt ut sanctkatem assererent hominisqui, ut ipsi nar-
rant, in ipsa contra sanctam Sedem rebellione deinortuus est. Deni-
que ut grex exiguus electorum crescat, auctus Judœorum numéro
quos brevi ad tidem reversuros fanaticae mulieres in suis convulsioni-
bus vaticinatae sunt , utq.ie a Catholicorum cœtu profano segregetur,
cultum novum, novos ritus, caeremonias novas excogitaut, spretis ri-
tibus Romanae Ecclesiae , quos exoticos vocare non verentur. Sic sim-
plex populus qui usque nuac prse simpîieitate suae fidei et ignorantia
disputationum ab errore tutabantur, novitate cultus ad novatorum
cœtum trahetur, et brevi oecasione cultus singularis novam induere
Religionem non timebit. Eoc est quod erga omnia quae novatores ten-
tare aggrediuntur, nos attentes et cautos esse jubet. Utinam vanus nos
incitet timor ! etc. Ibidem, pag. 1271-1272.
NOTE G.
Constat quidem Episcopos jus certum habere in ritus ac caeremonias
in sua Diœcesi. Aa vero jus illud nullis termmis , nallis limitibus cir-
cumscriptum est? nuîU régula, nulio modo detinitum? An quod an-
tiquo et universali usu , quod totius Ecclesiae consuetudiue compro-
batur, atque, ut it* dicam, coaseeratur et praecipitur, id uniuscajus-
que Episcopi jsdicio permissum est? Idne pro arbitrio suo quivis
Episcopus mulare potest in sua Diœcesi ? Fotestne, verbi gratia,
preees Cauc-nis Mis ao mu tare, aut magilam pubiicorum Offieiorum
partem supprimere? jubere Vesperas mane cautari ; Slissam vero oe-
tava post meridiem bora? Potestne abolere leg^m sub unica specie
communicandi , aut eam qua vetatur ne quis nisi jejunus comtnunicet ?
264 INSTITUTIONS
et in sua Diœcesi permittere ut sub utraque specie coinmunicetur,
aut post aliquam cœnam piam, ut moris erat S. Pauli temporibus?
Quaiita qualisve sit Episcopi in sua Diœcesi autoritas, laies sunt usus
illi, ut nobis antiquitate sua et uuiversalitate uniuâcujusque Episcopi
potestatem prorsus exsuperare videantur. Ex illis usibus quidam ad
ritus eaerenioniasque pertinent. Quod si taies ritus, institutions anti-
quitate aut observationis universalitate uniuseujusque Episcopi potes-
tatem exsuperant, nonne pariter ritus et caeremoniae quse pari antiqui-
tatis aut universalitatis autoritate confirmantur, sacra ot inviolabilia
esse debent ?
Deinde etiamsi concederetur Episcopum liane habere potestatem ,
fatendam esset saltem ipsius usum prudentia modéra ndum esse. Om-
nia mihi licent , aiebat Apostolus, sed non omnia expediunt. Si quis
Episcopus jus suum ac venerandoe antiquitatis œmulationem obten-
dens, attentaretlollere e Missa Hyninum angelicum Gloria in excelsis,
et Symbolum ; e Matutinis vero Hymnum Te Deum laudamus, e Vesperis
Canticum Magnificat ; nonne autoritate sua abuteretur ? Profecto po-
testatis Episcopalis, alque adeo multo magis prudentiae limites exce-
deret qui everteret quœ usurpantur ab omnibus, qui supprimeret quae
pietatem excitant, et in locum precum earum quae in usu sunt, sub-
stitueret precesquarum sensus prsesentium errorum saporem aliquem
Yideretur referre. Ibidem 1276-1277.
NOTE H.
Nihil erat quo magis novum Missale suspectum redderetur quam hoc
curiose affectata mutatione omnium fere Introuuum, Gradualium,
ceterorumque , quse tota seculis tota in Ecclesia canuntur in Missis so-
lemnibas. An autiquitatem probe noverat autor documenti pastoralis
Trecensis ! An probe noverat verum sanctae Ecclesiae animum ut in
divinis Officiis servaretur uniformitas? Longe aliter antiquitatem no-
verat P. Mabillon, cum statueret axioma e diametro oppositum huic
novo principio, quod autori pastoralis hujusce documenti deperdi!»
causas nécessitas extor.-it. Etenim vir ille doctissimus agens de muta-
tione quae Ciroli Magni temporib..scontigit in Liturgia Gallicana, cum
ab ea tota fere Gallia descivit ut Romanara araplecteretur, sic loquitur
de causis illius mutationis : ffœc semper fuerunt summorum Pontificum
ardentissima sludia , ut Romanœ Ecclesiœ ritus aliis Ecclesiis appro-
barent ac persuadèrent ; rati, id quod res erat, eas faciiius in una fidei
morumque concordia atque in Ecclesiœ Romanœ obsequio perstituras ,
si eisdem cœremoniis eademque saerorum forma confiner entur. Nec
vero hase gratis asserit doctissimus ille Monachus. Sententiam suam
LITURGIQU1S. 2ôê>
gravissimis autoritatibus confirmât. Sic autem pergit : Ma mens fuit
Innocenta I. inEpistola ad Decentium Eugubinum. Eadem etiam om-
nium cujusque Regni aut Provinciœ prœcipuorum Antistitum, quibus
hœc imprimis cm a fuit, ut ai uniformem modum omnes sibi subditœ
Ecclesiœ componerentur. Ita Patribus Concilii IV. Toletani, Braca-
rensis I. et Gerundensis apud Hispanos; atque Venetici et Epaonensis
apud Gallos visum est. ffanc rituum in divinis Officiis concordiam
magnopere curarunt, teste Cassiano, etiam primi vitœ religiosœ Ins-
titutores : verentes scilicet , nequa in quotidianis soleranitatibus inter
viros ejusdem culturae consortes dissonantia vel varietas exorta , quan-
doque in posterum erroris vel aemulationis seu schismatis noxium
germen emitteret , ut ipse scribît in Libro 2°. Institutionum , capile
quint o.
Haec omnia vel ignorât , vel floccifacit auctor documenti pastoralis.
Haec cum sancta Sede concordia uniformisque consensio , cujus adeo
retinentes erant majores nostri , sed quae jam in Diœcesi Trecensi tam
varie violata est, apud hominem hune parvipenditur, quod iterum
postea probabimus.
Hic ut autoritatis aliquid conciliet huic mutationi omnium fere Can-
ticorum quibus in celebratione sanctorum mysteriorum utitur haec
ceterarum mater Ecclesia, adscribit univers» Ecclesiœ sententiam quae
tôt monumentis falsi convincitur ; et audaeter asserit nunquam fuisse
Ecclesiœ animum , ut in Officiis divinis servaretur uniformitas. Uni-
formitatem hanc servavit Ecclesia quoad potuit ; atque hiac est quod
tam mirabilis concordia reperiatur in precibus Ganonis , quae tôt ac
tam variis in Ecclesiis fere eaedem sunt. Ad hanc uniformitatem , cum
potuit , accessit ; ubi non potuit , ad eam ardenter anhelavit ; deside-
rium suum sanctissimis monumentis suis testificata est : certe pretio-
sara illam uniformitatem non deseruit in eis in quibus eam stabilitam
videbat.
, Frustra igitur observât autor documenti pastoralis , uniformitatem
hanc variis in liturgiis lion reperiri ; et singulas Ecclesias habere
quosdam usus sibi proprios ac peculiares. Videbimus mox apud Cardi-
nalem Bona qui ab isto autore infidelissime citatur, varietatem illam
natam esse imprimis ex temeraria quorumdam Episcoporum licentia ,
qui in suo sensu abundantes, propriam sententiam privatique ingenii
commenta praeferebantiisquœ utiliter in aliis Ecclesiis observabanlur ;
parumque curabant sequi exemplum primariae illius Ecclesiae , quae pro
excellenti sua dignitate vocatur Ecclesiarum ceterarum magistra quai
illas docet , mater quae genuit. Ibidem, pag. 1327-1329.
266 INSTITUTIONS
i.,n, ,,:.', , 1 1 1
CHAPITRE XIX.
/
SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIÈRE
MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — PROJETS DE BRÉVIAIRE
a priori, — grancolas. foinard. — bréviaires de sens,
AUXERRE, ROUEN, ORLÉANS, LYON, ETC. — BRÉVIAIRE ET
MISSEL DE PARIS, DU CARDINAL DE NOAILLES. — BRÉVIAIRE
ET MISSEL DE PARIS, DE L'ARCHEVÊQUE VINT1MILLE. AU-
TEURS DE CETTE LITURGIE. VICIER. MESENGUY. COFFIN. —
SYSTÈME SUIVI DANS LES LIVRES DE VINTIMILLE. RÉCLA-
MATIONS DU CLERGÉ. — VIOLENCES DU PARLEMENT DE PARIS.
— TRIOMPHE DE LA LITURGIE DE VINTIMILLE.
Nous avons raconte , au chapitre précédent , les efforts
des Jansénistes pour s'emparer ouvertement de la Liturgie;
leurs tendances vers l'emploi de la langue vulgaire dans les
Offices , vers le dépouillement des autels et les habitudes
calvinistes dans le culte. Tant que la Cour de France mon-
trerait la ferme volonté de soutenir les Constitutions Apos-
toliques contre Jansénius et Qucsnel, la secte ne pouvait
espérer qu'à de rares intervalles et dans des localités très
restreintes, ces moments de liberté dans lesquels il lui serait
possible de faire, à son aise, l'essai de ses coupables théories.
Il ne lui restait donc qu'une seule ressource ; celle de ruiner
sourdement l'unité liturgique, et de tenter pour la France
entière ce qu'elle avait déjà obtenu à Paris, sous François de
Harlay. Que si elle parvenait à préparer un corps de Liturgie
nationale , ou tout au moins à diviser le redoutable faisceau
UTUftûTQUES. 267
d'orthodoxie que formaient les cent trente Diocèses de l'E-
glise de France , elle aurait lieu alors d'espérer avec fonde-
ment qu'on ne pourrait plus l'écraser à l'aide de ces formules
liturgiques que , dans les grands périls de la foi , l'Eglise
Romaine impose aux Eglises. Déjà, elle avait préparé cet
isolement par des systèmes perfides sur la Constitution de
l'Eglise , sur les prérogatives de notre Nation ; elle le con-
somma en flattant le mauvais goût littéraire du temps , en
exagérant les reproches que la critique historique pouvait
faire aux anciens livres , enfin , il faut bien le dire , en faisant
ressortir les avantages d'un Office moins long à réciter, pro-
mettant d'abréger le temps de la prière du Prêtre, à cette
époque où cependant l'Eglise était menacée des plus grands
maux.
On vit donc s'accomplir , au sein de l'Eglise de France ,
une révolution sans exemple dans aucun des siècles précé-
dents. Déjà le Bréviaire de François de Harlay, imité lui-
même en quelque chose de celui de Henri de Villars , Ar-
chevêque de Vienne , avait été imité avec plus ou moins de
hardiesse dans les Eglises de Sens, de Narbonne , d'Or-
léans, etc.; mais, dans ces divers Diocèses, on se borna
d'abord à réformer, suivant les idées modernes , l'ancienne
Liturgie. On n'avait pas songé à régénérer le culte entier de
l'Eglise Catholique ; l'exemple inoui donné par le Bréviaire
de Cluny était jusqu'alors demeuré sans imitateurs. Cepen-
dant , il était naturel de penser que les envahissements de
l'esprit de nouveauté pousseraient bientôt jusque-là , et d'au-
tant plus que toute cette révolution avait été , dès son prin-
cipe, un produit de l'esprit du Jansénisme.
Il fut aisé de juger de la distance qu'on avait franchie en
quarante années , lorsqu'on vit paraître à Paris, en 1720> un
ouvrage portant ce titre : Projet d'un nouveau Bréviaire,
208 IKSTITUTIÔNS
dans lequel V Office divin , sans en changer la forme ordinaire ,
serait particulièrement composé de l'Ecriture Sainte, ins-
tructif, édifiant, dans un ordre naturel, sans renvois, sans
répétitions et très court, avec des observations sur les an-
ciens et sur les nouveaux Bréviaires. L'auteur était Frédéric-
Maurice Foinard, autrefois Curé de Calais, connu d'ailleurs
par plusieurs ouvrages , entre autres par une Explication de
la Genèse, qui fut supprimée à raison des idées hasardées et
singulières qu'elle se trouva contenir. Foinard ne se contenta
pas d'exposer sa théorie aux yeux du public ; il prit la peine
de joindre l'exemple au précepte, et publia, en 1726, un
Bréviaire exécuté d'après son plan , où toute la Liturgie des
Offices divins avait été de nouveau élaborée et soumise au
creuset de son génie particulier. Ne croit -on pas rêver,
en lisant le récit d'une pareille témérité? et peut-on se
défendre d'un sentiment de tristesse, quand on pense que
beaucoup d'Eglises en France , après avoir expulsé les an-
tiques prières , en sont réduites à emprunter dans les divins
Offices la voix de Foinard en la place de celle de saint Gré-
goire? Car le Bréviaire de cet auteur forme, en grande
partie, avec celui de Cluny, le magasin où l'on a puisé la
plupart des matériaux employés dans la confection des Bré-
viaires du dix-huitième siècle. Ce livre , qui ne trouva d'im-
primeur qu'à Amsterdam, était intitulé : Breviarium Eccle-
siasticum , editi jam prospectus executionem exhibens , in
gratiam Ecclesiarum in quibus facienda erit Breviariorum
editio(%\o\. in-8°).
L'année suivante, 1727, le Docteur Grancolas, dans son
Commentaire du Bréviaire Romain, dont nous avons parlé
ailleurs, donna aussi, dans un chapitre spécial, le projet
d'un nouveau Bréviaire (1). Mais le système liturgique déve-
(1) Tome I. ptgt J46-352
LITURGIQUES. 269
loppé dans ce chapitre avait déjà vu le jour en grande partie,
en 1714, dans les cinq dernières pages d'un autre ouvrage
du même auteur, intitulé : Traité de la Messe et de l'Office
divin. Nous allons exposer les principes qui devaient, sui-
vant ces deux personnages, Foinard et Grancolas, prévaloir
dans la Liturgie renouvelée ; mais , auparavant , considérons
la triste situation du culte Catholique , en France , livré ainsi
à la merci de quelques Docteurs particuliers qui osent , au
grand jour , se mettre ainsi à la place de la tradition , cet
élément souverain, et si indispensable dans les institutions
d'une Eglise de dix-huit siècles.
Il fallait, certes, que l'on eût étrangement travaillé les
hommes de cette époque, pour leur faire digérer une pa-
reille anomalie. Aujourd'hui, les gens sérieux déplorent,
comme le principe de toutes nos perturbations sociales, l'im-
prudence de ces publicistes du siècle dernier, qui s'imagi-
nèrent être les sauveurs de la société, parce qu'il leur plaisait
de formuler, sur le papier, des Constitutions à l'usage des
nations qui , disait-on , n'en avaient pas. Joseph de Maistre
les a flétris pour jamais, ces hommes a priori, et l'Europe ,
ébranlée jusque dans ses fondements, atteste assez haut leur
damnable présomption. Ici, c'est bien autre chose. Voici des
hommes qui veulent persuader à l'Eglise Catholique , dans
une de ses plus grandes et de ses plus illustres provinces ,
qu'elle manque d'une Liturgie conforme à ses besoins, qu'elle
sait moins les choses de la prière que certains Docteurs de
Sorbonne , que sa foi manque d'une expression convenable ;
car la Liturgie est l'expression de la foi de l'Eglise. Bien
plus, ces hommes présomptueux qui ont pesé l'Eglise, qui ont
sondé ses nécessités , ne prononcent pas seulement que sa
Liturgie pèche par défaut, ou par excès, dans quelques dé-
tails ; mais ils la montrent aux peuples comme dépourvue
270 INSTITUTIONS
d'un système convenable dans l'ensemble de son culte. Ils
se mettent à. tracer un nouveau plan des Offices, nouveau
pour les matériaux qui doivent entrer dans sa composition,
nouveau pour les lignes générales et particulières. Les voici
donc à l'œuvre : les livres de saint Pie V, .qui ne sont que
ceux mêmes de saint Grégoire , ne valent même pas la peine
d'être nommés désormais ; ceux de François de Harlay,
malgré de graves innovations , sont trop Romains encore.
Il faut que d'un cerveau particulier éclose un système com-
plet qu'on fera imprimer, en faveur des Eglises ( in gratiam
Ecclesiarum ) qui doivent faire une édition du Bréviaire !
Et ces hommes que cent cinquante ans plus tôt la Sorbonne
eut condamnés , comme elle condamna les rédacteurs des
Bréviaires de Soissons et d'Orléans , comme elle condamna
le Cardinal Quignonez lui-même, bien que son œuvre eût
momentanément obtenu l'agrément privé de Paul III , ré^
voqué bientôt par saint PieV; ces hommes sans caractère,
qui ne peuvent être fondés dans leurs prétentions que dans le|
cas où l'Eglise serait moins assurée qu'eux-mêmes de la voie
où les fidèles doivent marcher, ces hommes ne furent point
repoussés; on les écouta , on leur livra nos sanctuaires. En
core Foinardet Grancolas valaient-ils mieux que plusieurs d«
ceux qui vinrent après ; mais ils ont la triste gloire d'avoi
les premiers intenté procès à l'Eglise leur Mère, d'avoir fai
les premiers cette sanglante critique de tous les siècles ce
tholiques , atteints et convaincus désormais d'avoir manqu
d'intelligence dans la prière, d'avoir laissé durant tant d
siècles les mystères sans expression convenable. Nous
craignons pas de le dire , lorsque nos Eglises de France s^
ront revenues à l'unité, à l'universalité , à l'autorité dans 1
choses de la Liturgie, et Dieu leur fera quelque jour cet
grâce, lorsque cette suspension des anciennes prières c
LITURGIQUES. 271
tholiques ne sera plus qu'un fait instructif dans l'histoire,
on aura peine à se rendre compte des motifs qui purent
amener une semblable révolution au sein d'une nation Chré-
tienne. On imaginera que quelques violentes persécutions
enlevèrent alors toute liberté à nos Eglises, et qu'elles se
séparèrent ainsi des prières du Siège Apostolique et de l'anti-
quité, pour échappera de plus grands dangers. Mais lorsque,
éclairés sur les événements, les fidèles verront qu'aucune
coaction ne fut employée pour produire un résultat si étrange,
qu'au contraire on vota , de toutes parts , comme par accla-
mation , la refonte de la Liturgie sur un plan nouveau et tout
humain, que cette œuvre fut confiée à des mains hérétiques;
alors, ils admireront la miséricorde divine envers l'Eglise de
France.
Certes, c'était une chose bien lamentable de voir ainsi se
rompre la communion des prières catholiques, avec Rome,
avec le reste de la Chrétienté , avec les siècles de la tradition ;
mais ce qui n'était pas moins humiliant, ce qui n'accusait
pas moins la triste déviation qui faillit ruiner pour jamais la
foi catholique dans notre patrie , c'est le mesquin Presbyté-
rianisme, dont toute l'œuvre des nouvelles Liturgies demeure
à jamais entachée. La plupart de ces faiseurs étaient des
hérétiques , comme nous l'avons dit , et comme nous le
dirons encore en temps et lieu ; mais de plus , ils étaient
de simples Prêtres, sans caractère pour enseigner, sans
mission pour réformer l'Eglise , sans troupeau à gouverner
en leur propre nom. Jusqu'ici nous avions vu la Liturgie,
soit dans l'Eglise d'Orient, soit dans l'Eglise d'Occident, for-
mulée , disposée , corrigée par des Evoques ; saint Léon ,
j saint Gélase , saint Grégoirc-le-Grand , saint Léon II , saint
J Grégoire VII, Paul IV, dans l'Eglise de Rome ; saint Ambroise
dans l'Eglise de Milan ; saint Paulin , dans l'Eglise de Noie ;
272 INSTITUTIONS
Maximien et Johannicius , dans l'Eglise de Ravenne ; Théo-
dose , dans l'Eglise de Syracuse ; saint Paulin , dans celle
d'Aquilée; Voconius, dans l'Eglise d'Afrique; saint Hilaire,
saint Césaire d'Arles, saint Sidoine Apollinaire, saint Ve-
nantius Fortunat , saint Grégoire de Tours , saint Protadius
de Besançon, saint Adelhelme de Séez, dans l'Eglise des
Gaules; saint Léandre , saint Isidore, Conantius, Jean de
Saragosse, Eugène II de Tolède, saint Udefonse, saint Ju-
lien de Tolède , dans l'Eglise Gothique d'Espagne ; saint
Euslhate d'Antioche, saint Basile, saint Maruthas, saint
Cyrille d'Alexandrie, saint Jean Maron, saint André de Crète,
Come de Maïuma, Joseph Studite, George de Nicomédie, etc.,
dans les Eglises d'Orient. La Liturgie est donc l'œuvre des
Evêques ; ils l'ont rédigée , fixée en établissant les Eglises ;
c'est d'eux qu'elle a tout reçu; c'est par eux qu'elle sub-
siste. Les diverses réformes de la Liturgie n'ont jamais été
autre chose que le rétablissement de l'œuvre liturgique
des Evêques dans son ancienne pureté ; de même que la ré-
forme de la Discipline n'est que le retour aux Constitutions
Apostoliques , et aux Décrets des Conciles. On doit se rap-
ler que le soin donné par Grégoire IX aux Frères Mineurs ne
regardait pas la composition de la Liturgie , mais une simple
épuration , dans le genre de celle qu'accomplirent les Com-
missions Romaines nommées par saint Pie V, Clément VIII
et Urbain VIII; encore ces dernières renfermaient-elles plu-
sieurs membres revêtus de la pourpre Romaine, ou honorés
du caractère épiscopal.
En France, au contraire, il ne s'agit point de corriger, de
mettre dans un meilleur ordre la Liturgie Romaine-Fran-
çaise, ni de rétablir l'antique et vénérable rite Gallican ; il
s'agit de donner de fond en comble une Liturgie à une
Eglise qui n'en a pas, et aucun Evêque ne couvre de la
LITURGIQUES. 275
responsabilité de son travail personnel celte œuvre qui doit
remplacer celle de tant d'Evêques des premiers siècles, de
tant de Souverains Pontifes. Pour opérer cette grande et
inouie révolution, les Evoques Français du dix-huitième
siècle se constituent sous la dépendance de simples Prêtres
qui se sont érigés en législateurs de la Liturgie. Les plus
justes réclamations sont étouffées, comme on va le voir,
et il faut que saint Grégoire disparaisse avec tout l'imposant
cortège de ses Cantiques séculaires, pour faire place à des
Prêtres comme Le Tourneux, de Vert, Foinard, Petitpied,
Vigier, Robinet , Jacob ; bien plus , à des Diacres , comme
J.-B. Santeul ; à des Acolytes, comme Le Brun des Marettes
et Mesenguy ; à des Laïques , comme Coffin et Rondet !
Nous n'ignorons pas qu'il serait possible de montrer dans
la Liturgie Romaine certaines pièces , des Hymnes principa-
lement , qui ont eu pour auteurs non seulement de simples
Prêtres , mais des laïques même , comme Prudence, Charle-
magne, etc. C'est à Elpis, femme de Boëce, que FEgiise Ro-
maine a emprunté les Hymnes de la fête de saint Pierre et de
saint Paul. Mais d'abord, à l'Eglise appartient de choisir avec
une souveraine autorité, parmi les œuvres de ses enfants,
celles qu'elle juge dignes de servir d'expression à ses propres
sentiments dans les divins Offices. Ajoutons encore que ces
adoptions d'Hymnes ont eu rarement lieu du vivant des au-
teurs, mais souvent plusieurs siècles après leur mort; que
l'esprit de parti et de coterie n'y ont été pour rien. Enfin,
quand l'Eglise, pour orner le texte d'un de ses Offices, daigne
emprunter quelque composition à un de ses enfants , elle ne
déroge en rien à l'ensemble de sa Liturgie , qui n'en demeure
pas moins invariable dans sa forme traditionnelle.
L'Eglise , on a dû le voir dans tout ce qui a précédé , ne
renouvelle donc point su Liturgie, suivant les siècles. Elle la
T. U, 18
274 INSTITUTIONS
corrige , elle l'enrichit ; mais le Missel Romain est encore au-
jourd'hui le composé de l'Antiphonaire et du Sacramentaire
de saint Grégoire, comme le Bréviaire demeure toujours le
Responsorial du même Pontife , qui n'avait guère fait autre
chose que mettre en meilleur ordre l'œuvre des Papes ses
prédécesseurs.
Nous avons raconté comment, pour la réforme du Bré-
viaire et du Missel par saint Pie V, on tint surtout à ce que
les correcteurs de ces livres ne s'écartassent point des an-
ciens Bréviaires conservés dans les plus illustres Eglises de
Rome et dans la Bibliothèque Vaticane. C'est le témoignage
rendu par le Pontife, dans les deux Bulles de publication;
témoignage dont nous sommes à même de vérifier toute
l'exactitude, sur les anciens Antiphonaires, Responsoriaux
et Sacramentaires publiés par Pamelius, D. Hugues Ménard,
D. Denys de Sainte-Marthe, leB. Tommasi, D. Gerbert, etc.
11 en devait être ainsi dans l'Eglise Romaine , dont la vie ci
la force consistent uniquement dans les traditions. Foinard e
Grancolas jugèrent , dans leur sagesse , qu'il en pouvait être
autrement dans l'Eglise de France.
Ecoutons ces deux grands législateurs de nos sanctuaires
Foinard est le plus explicite dans ses désirs. Le titre de soi
livre mérite tout d'abord notre attention : Projet d'un nou
veau Bréviaire; ainsi, le Bréviaire est, parmi les institution!
de l'Eglise Catholique , la seule qui n'ait pas besoin d'anti
quitéj qui puisse être refondue , après les siècles, sur le plai
donné par un simple particulier. — d'un nouveau Bréviair
dans lequel l'Office divin, sans en changer la forme; — onconsen
donc à laisser, dans ce Bréviaire , les Matines , les Laudes
les Petites Heures, Vêpres , Complies, avec le même nombr
de Psaumes , d'Hymnes , etc. Il y aura encore un Psautier
un Propre du Temps, un Propre et un Commun des Saints
LITURGIQUES. 275
— dans lequel V Office divin serait particulièrement composé de
l'Ecriture Sainte ; — l'Eglise , jusqu'ici , employait sa propre
voix à célébrer ses mystères; elle se croyait en droit de parier
à son Epoux ; l'élément traditionnel lui semblait divin comme
l'Ecriture; or, le Bréviaire, avec ses Antiennes, ses Répons
et ses Versets, qu'était-ce autre chose que la Tradition? Le
Docteur Foinard , qui sait bien qu'un simple particulier ne,
fait pas de la Tradition , propose de farcir son œuvre de
phrases bibliques qu'il choisira à son loisir et suivant les
convenances. — Instructif; — ainsi, la Tradition n'apprend
rien; l'Eglise, dans ses œuvres , ne sait pas nous instruire,
elle qui a les paroles de la vie éternelle. Il nous faut pour cela
avoir recours à certains Prêtres de doctrine suspecte , qui
nous initieront à la doctrine. — Edifiant; — si l'Eglise ins-
truit mal, elle ne peut guère édifier. Que ceux-là qui vont
nous instruire daignent donc aussi nous édifier. — dans un
ordre naturel , sans renvois ; — plus de ces Rubriques com-
pliquées qui obligent le Prêtre à faire de l'Office divin une
étude sérieuse ; au reste, ces Rubriques sont elles-mêmes des
traditions, il est trop juste qu'elles disparaissent. — sans ré-
pétitions ; — il est pourtant malheureux que ceux qui prient
Dieu ou les hommes soient ainsi faits, qu'ils éprouvent le besoin
de répéter souvent leurs demandes. — Et très court; — voilà
le grand moyen de succès ! C'est peu de tenter les hommes
par la belle promesse de les éclairer et de les édifier ; c'est
peu de les flatter par l'espérance que le livre qui contient la
prière sera désormais réduit à un ordre naturel, sans ren-
vois, que l'on ne perdra plus de temps à lire et étudier des
Rubriques ; la somme des prières sera diminuée, et afin qu'on
puisse désirer un nouveau Bréviaire avec connaissance de
cause , l'engagement de le rendre très court est exprimé en
toutes lettres sur le titre du livre destiné à propager en tous
276 INSTITUTIONS
lieux une si merveilleuse nouvelle ! On prétend donc faire ré-
trograder l'Eglise de France jusqu'au Bréviaire de Quigno-
nez (1). Saint Pie V, les Conciles du seizième siècle, l'Assemblée
du Clergé de 1605 et i606, tout est oublié, méprisé. On veut
un Bréviaire composé d'Ecriture Sainte, et, par dessus tout,
un Bréviaire court ; on l'aura; il se trouvera des Jansénistes,
des hérétiques pour le rédiger.
Entrons maintenant dans le détail des moyens choisis par
notre improvisateur liturgique, pour réaliser le plan qu'il a
daigné concevoir, et qu'il rédigera bientôt à l'usage de l'Eglise.
D'abord, son élément constituant, c'est l'Ecriture Sainte,
ainsi qu'il l'a annoncé sur le titre de son livre. Mais, dit-il,
il ne la prendra que dans des sens autorisés (2). Bien de
plus rassurant qu'une pareille déclaration ; mais si l'esprit de
secte vient à s'emparer de la rédaction liturgique, au milieu de
l'ébranlement général que ces brillants systèmes vont causer
dans l'Eglise de France, quelle sera la garantie? Les séné
autorisés, aux yeux d'un Janséniste , sont tout différents des
sens autorisés à ceux d'un Catholique. Encore, si, dans ce
triomphe de l'Ecriture sur la Tradition, on voulait consentir
à laisser dans nos Bréviaires les nombreuses pièces emprun-
tées à l'Ecriture elle-même par saint Grégoire, nous n'au
rions d'examen à faire que sur les nouvelles pièces substituées
aux Antiennes, Versets et Bépons de style ecclésiastique.
Mais cette retenue n'est pas du goût de Foinard , ni de ses
successeurs. Les parties de l'Office Grégorien qui sont tirées
de l'Ecriture Sainte pourraient ne pas s'harmoniser dans 1<
plan d'Offices inventé au dix-huitième siècle, t II ne faudrai
• donc pas, dit notre Docteur, se faire un scrupule de subs
(t) Encore le bréviaire de Quignonez était-il rempli de formule
traditionnelles
(-2) Projet d'un nouveau Bréviaire, pageQQ.
LÏTURGIOUES. . 277
» tïtuer certains textes de l'Ecriture Sainte à ceux qui sont
• employés dans les anciens Bréviaires, pour composer des
i Antiennes, des Répons, des Capitules, etc. Il semble , en
• effet, que c'est une chose très indifférente en soi-même
» qu'un Répons ou un Capitule soit pris d'un endroit de
• l'Ecriture Sainte plutôt que d'un autre, et que, quand un
• texte convient mieux qu'un autre dont on se servait an-
ciennement, il est fort permis de le prendre (1). » On le
voit, nous n'exagérons rien; au reste , depuis long-temps ,
en France, on n'en est plus aux théories. Les Bréviaires ont
été produits et sont là pour attester le dédain avec lequel
l'œuvre Grégorienne a été traitée sous tous les points.
Foinard dispose , avec une incroyable assurance , l'échelle
de proportion qu'on devra suivre désormais entre les Fêtes
du Christianisme. Ce qui existe à ce sujet dans l'Eglise n'a
que l'autorité du fait; voici donc comme il entend régler pour
l'avenir l'harmonie entre ces nobles parties de la Liturgie
universelle. Former une classe supérieure de Fêtes de Notre-
Seigneur, dans laquelle on ne puisse admettre aucune Fête
de la Sainte Vierge , ni des Saints , ainsi que le pratique
d'une manière si inconvenante le Bréviaire Romain. Telle est
l'idée de Foinard (2), celle aussi de Grancolas (3), et tous
deux , le croirait-on? si on ne le lisait de ses propres yeux ,
si plus d'un Bréviaire de France ne nous l'attestait encore ;
ils osent refuser à la Fête du Saint-Sacrement une place parmi
les grandes Fêtes de Notre-Seigneur ! Languet a-t-il donc si
grand tort de signaler des instincts calvinistes dans toute
cette révolution liturgique , révolution , nous le répétons ,
(1) Ibid. page 178.
(2) Ibid. page 15.
(3) Commentaire du Bréviaire Romain. Tome I. Projet d'un nouveau,
Bréviaire, page 547.
578 INSTITUTIONS
venue d'en bas , entachée de presbytérianisme , et poussée
par des hommes en rébellion contre le Siège Apostolique?
Quant au refus d'admettre aucune fête de la Sainte Vierge
ou des Saints dans la première classe, qu'est-ce autre chose,
à part la leçon faite à l'Eglise Mère et Maîtresse, qu'une
manière d'humilier la piété catholique sous le superbe pré-
texte de venger l'honneur de Dieu, comme si Jésus-Christ
n'avait pas dit : Qui mihi ministrat me sequatur, et ubi sum
ego, illlc sit et minister meus (])?
Foinard et Grancolas consentent néanmoins à ne pas faire
descendre la Fête-Dieu, l'Assomption et la Fête du Patron,
au-dessous de la seconde classe (2); mais, en retour, saint
Jean-Baptiste , et saint Pierre et saint Paul , n'étant pas
jugés dignes de s'arrêter encore à ce second degré, tombent
au troisième qu'on appellera solennel majeur (5). Ainsi ces
Docteurs voulaient-ils étendre à la France entière les auda
cièuses réformes de Le Tourneux etdeDom de Vert. N'est-c<
pas une chose profondément humiliante, et non moins déso
lante pour la piété, que de voir qu'ils y ont réussi?
Toujours à la suitetles auteurs du Bréviaire de Cluny, nou
voyons nos deux Docteurs s'imposer la tache de diminuer
d'une manière encore plus efficace, le culte de la Sainte Vierg
et des Saints, au moyen de certaines mesures liturgiques qt
finirent par devenir propres à tous les nouveaux Bréviaires
C'est d'abord leur grand principe de la sainteté du Dimanch
qui ne permet pas qu'on dégrade ce jour jusqu'à le consacre
au culte d'un Saint, ni même de la Sainte Vierge. Il ne pourr
donc céder qu'à une solennité de Notre-Seigneur. Il sera dé
sonnais privilégié à l'égard même de l'Assomption de la Saint
(1) Joan. XII. 26.
(2) Foinard. page 19. Tïrancolas. page 347.
(3) Foinard. page 20. Grancolas. Ibidem.
LITURGIQUES. 279
Vierge, de la Toussaint, etc. (1). A plus forte raison, les doubles
majeurs, ou mineurs, qui diversifiaient si agréablement pour
le peuple fidèle la monotonie des Dimanches , en lui rappe-
lant les amis de Dieu , leurs vertus et leur protection , de-
vaient-ils être pour jamais renvoyés à des jours de férié dans
lesquels leur fête s'écoulerait silencieuse et inaperçue.
En outre, pour donner au temps du Carême une couleur
sombre et conforme, pensait-il, au génie de l'Eglise primi-
tive , Foinard proposait de retrancher toutes les fêtes des
Saints qui tombent dans ce temps, même l'Annonciation (2).
Grancolas, moins austère, daignait tolérer l'Annonciation et
même saint Joseph (3), et n'admettait pas non plus l'idée qu'a-
vait eue Foinard, de privilégier aussi contre les fêtes des Saints
les fériés du temps Pascal. Cette dernière idée n'a été admise,
que nous sachions, dans aucun Bréviaire : mais toutes les autres
réductions du culte des Saints dont nous venons de parler, sont
encore à l'ordre du jour dans la plupart des Eglises de France.
Une autre manière de relever la primitive Eglise dans le
nouveau Bréviaire, c'est la proposition que fait Foinard d'in-
troduire de nouvelles fêtes de Martyrs, divisées suivant, les di-
verses persécutions. Nous allons bientôt voir cette idée en ac-
tion. Pour achever ce qui a rapport au culte des Saints, nous
citerons cette phrase naïve de Grancolas : « On devra abréger
» l'Office des Dimanches et des fériés; car dès que l'Office de
>la férié ne sera pas plus long que celui des fêtes, comme il
>est plus diversifié et plus affectif que celui des Saints, il n'y a
• personne qui n'aime mieux le dire que celui des fêtes (<4). »
Quant aux fêtes des Saints, voici ce qu'on en fera. Saint Jean-
Ci) Foioard. page 24. Grancolas. 346.
(2) Page 30.
(3) Page 351.
(4) Page 347.
280 INSTITUTIONS
Baptiste, saint Pierre et saint Paul, descendront au solennel
mineur ; les autres Apôtres ne seront que doubles , les saints
Docteurs semi-festifs, les Martyrs simples. « Les fêtes des
> Confesseurs, ajoute notre Docteur, n'auraient qu'une seule
* mémoire dans l'Office férial, et on renverrait leur Office ,
» s'ils sont Evêques, dans leurs Diocèses; s'ils sont Moines,
• dans leur Ordre; et les autres Saints et Saintes, dans les
» lieux où ils se sont sanctifiés; ne faisant aucune fêle d'In-
» vention ou de Translation de Reliques, que dans les lieux
>où l'on croit avoir de ces Reliques (1). » Le Calendrier sera
désormais épuré, comme l'on voit, et puisque le but avoué de
Craneolas et de ses complices, est de faire que le Clergé
préfère l'Office de la féric à celui des Saints , on ne peut niei
qu'il n'ait pris un excellent moyen d'assurer cette préférence
en réduisant à des bornes si étroites cet Office des Saints
Mais aussi, quel lamentable spectacle que de voir pénétrei
dans nos Eglises des maximes entachées de calvinisme, et s
grossièrement opposées à celles du Siège Apostolique, qu
n'a cessé depuis deux siècles de fortifier le Calendrier d
l'Eglise par l'accession de nouveaux protecteurs ! Nous n'a
vons pas besoin de dire que les idées de Foinard se rap
prochent totalement de celles de Grancolas. Il déclar
expressément que l'Office sera de la même longueur au:
fériés et aux fêtes, pour éviter l'ennui (2) , et qu'on devr
diminuer autant que possible le nombre des fêtes à neuf le
çons(3). Quant aux leçons des Saints, nos deux Docteur
s'accordent à dire qu'elles ne devront renfermer que de
histoires bien approuvées (4). Nous verrons bientôt ce qu'o
doit entendre par ces paroles.
(1) Page 348.
(2) Page 83.
(3) Page 188.
(4) Foinard. page 114. Grancolas. page 348.
LITURGIQUES. 281
Le Bréviaire , ainsi réduit, n'est bientôt plus qu'un livre
de lecture privée; il perd son caractère social. C'est pour-
quoi, rétrogradant toujours jusqu'à Quignonez, et jaloux
d'enchérir sur les traditions de François de Harlay, Foinard
ne se borne plus à retrancher de la récitation privée le salut
au peuple Chrétien, Dominus vobiscum, il veut en exclure
la répétition des Invitatoires, des Répons brefs; le Jubé,
Domine, Benedicere, le Tu autem, Domine, miserere nobis,
et même le Benedicamus , Domino, sans doute à cause du
pluriel Benedicamus (1). Il faut pourtant avouer que Foinard
n'a pas été suivi , dans nos Bréviaires , sur tous ces points :
on s'est borné généralement à la suppression du Dominus
vobiscum dans l'Office récité en particulier ; après tout, c'est
accorder le principe et nier la conséquence. Foinard a été
plus heureux dans la proposition de supprimer les Pater,
Ave, Credo, qui précèdent les Heures de l'Office. On lui a,
en grande partie , octroyé sa demande , en cessant de réciter
ces prières en tête des différentes Heures quand on les chante,
ou quand on les récite à la suite les unes des autres.
On voit dans cette dernière innovation, comme dans tout le
reste, le grand désir d'abréger l'Office, la crainte de n'en pas
venir à ses fins, si on n'offrait pour compensation cà la ruine de
toutes les traditions l'appât d'un Bréviaire très court. C'est
dans cette intention qu'un si grand enthousiaste de l'anti-
quité que prétend l'être Maurice Foinard , ne craint pas de
proposer l'établissement d'Offices à six leçons pour les Fêtes
auxquelles on voudra donner un rang médiocre. Nous ne
« connaissons qu'un seul Bréviaire dans lequel cette étrange
forme d'Office ait été admise.
Maintenant, si on se demande en vertu de quel droit nos
(1) Page 53.
282 INSTITUTIONS
faiseurs imaginaient rendre licite un pareil bouleversement
du culte divin, Foinard nous répond, et cette réponse a été
souvent donnée, de nos jours, avec tout autant d'irréflexion et
d'un air tout aussi triomphant, Foinard nous répond que saint
Grégoire écrivit, au sixième siècle, à saint Augustin, Apôtre
d'Angleterre , qu'il le faisait libre d'admettre dans le service
divin les coutumes, soit des Gaules, soit de toute autre Eglise,
si leur fusion avec celles de l'Eglise Romaine pouvait faciliter
et confirmer la conversion des Anglo-Saxons. C'est une bien
étrange distraction que celle-là ; car, outre que, comme nous
l'avons prouvé ailleurs, il ne s'agissait point de l'Office divin
proprement dit, qui fut toujours celui de Rome dans l'Eglise
Anglo-Saxonne (1), mais simplement de certains usages et ob-
servances d'une importance secondaire ; saint Grégoire don-
nait à saint Augustin un pouvoir légitime et spécial, non moins
que personnel. En vertu de quelle extension aurait-on pu se
l'attribuer en France, après tant de siècles, après la destruc-
tion du rite Gallican, après l'établissement du rite Romain,
après le Concile de Trente et la Bulle de saint Pie V, après les
Conciles de France pour accepter cette Bulle, etc.? Est-il
raisonnable, en outre , d'assimiler les usages liturgiques des
Gaules, et autres anciennes Eglises de fondation Aposto-
lique, à ceux dont Foinard ou ses pareils ont pris l'idée dans
leur cerveau? En un motT de ce que saint Augustin aurait
pu licitement, d'après la permission expresse de saint Gré-
goire^le-Grand , unir les rites sacrés de l'Eglise Romaine
avec quelques-uns de ceux, si vénérables, institués parle.'
Pothin, les Irénée, les Hilaire et les Martin, s'ensuivait-i
qu'on pouvait , onze siècles après , remplacer la plus grand*
partie des formules sacrées de l'Office divin par d'autres for
(4) Tome I. page 174 et seq.
LITURGIQUES. 285
mules improvisées par de simples Prêtres ou laïques , les uns
hérétiques , les autres suspects dans leurs relations et leurs
tendances personnelles? Mais en voilà plus qu'il n'en faut sur
la lettre de saint Grégoire à saint Augustin : nous y revien-
drons cependant une dernière fois dans la partie de cet ou-
vrage où nous aurons à traiter du Droit de la Liturgie.
Les utopies liturgiques de Grancolas et de Foinard doivent
aussi être considérées sous le rapport des conséquences
qu'elles amenèrent. Non seulement elles accélérèrent le re-
maniement des Offices divins dans plusieurs Diocèses , et leur
complet renouvellement en d'autres , mais , et ceci n'est pas
moins grave, elles firent descendre la Liturgie au rang vul-
gaire des compositions du génie humain. Chacun se crut en
droit de juger des convenances du Bréviaire, et pendant que
de nombreux amateurs dissertaient sur ce qu'il y avait à faire
pour donner enfin à l'Eglise une expression digue de ses
mystères, des liturgistes de profession se formèrent de toutes
parts. Jusque-là, on avait pensé que la Liturgie, c'était la
Tradition , et que de même qu'on ne fait pas de la Tradition
comme on veut , on ne fait pas non plus de la Liturgie à vo-
lonté, bien que la Tradition et la Liturgie reçoivent Tune et
l'autre, par le cours des siècles , certains accroissements qui
viennent se fondre dans la masse. Alors, car il faut toujours
que des mots soient faits pour exprimer les idées , ou les
nouvelles formes d'idées , alors on vit paraître ces expres-
sions, faire un Bréviaire, l'auteur de tel Bréviaire : le Bré-
viaire de tel Diocèse est bien fait , cet autre est mal fait ,
celui-ci est mieux fait. Etrange renversement d'idées, mais
qui trahissait bien les vues toutes humaines, toutes natio-
nales , toutes personnelles qui avaient présidé à cette œuvre
téméraire ! On ne réfléchissait pas que s'il était encore temps,
que même s'il était devenu nécessaire , après tant de siècles,
284 INSTITUTIONS
de rédiger sur un nouveau plan la forme des prières et de la
confession publique de l'Eglise, de deux choses Tune, ou le
premier besoin de l'Eglise était demeuré si long-temps sans
être satisfait et n'avait pu l'être que par quelques Prêtres et
laïques Français, ou ces Prêtres, ces laïques, en contradic-
tion avec l'Eglise qui dédaignait leur œuvre, avaient assumé
sur eux la plus énorme responsabilité. Or, l'Eglise univer-
selle n'a pas fait un pas vers ces hommes et leur œuvre. Le
Siège Apostolique les a laissés dans leur isolement. Ils sont
des hommes, ils ont fait une œuvre humaine; elle aura le
sort des œuvres humaines.
C'était donc une nouvelle branche de littérature dont Foi-
nard et Grancolas avaient doté le pays. Les auteurs du
Bréviaire de Cluny avaient du moins gardé le secret de leurs
théories; nos deux Docteurs les ébruitèrent , et un grand
mouvement commença dans nos sanctuaires appelés à la ré-
génération. Toutefois, les plus zélés partisans de cette œuvre
sont bien obligés de convenir que le bienfait des nouvelles
Liturgies n'a pas contribué à faire refleurir l'antique foi de nos
pères : il leur faut même convenir, l'histoire en main, que celte
foi antique a subi une décadence proportionnelle aux progrès
de l'innovation. Après tout, il eût été difficile que le mauvais
arbre produisît de bons fruits , que les conceptions des Jan-
sénistes ou de leurs fauteurs donnassent parmi nous des
fruits de piété et d'orthodoxie. Rien n'est plus commun et
plus divertissant en même temps que d'entendre, comme on
en est à même tous les jours , les partisans des nouveaux
Bréviaires convenir ingénuement que h piété et Yonction ne
forment pas le caractère de ces livres de prières qu'ils ont
substitués à ceux de cette Eglise Romaine qui , fondée iné-
branlablement sur la foi et la charité , mue et conduite pai
l'Esprit Saint dont elle est l'épouse , soupire , dans tous le
LITURGIQUES. 285
siècles, cet ineffable gémissement dont noire faible livre cher-
chera à faire sentir la merveilleuse douceur.
Après 1727, nous ne retrouvons plus Grancolas sur la scène
liturgique. Le Commentaire du Bréviaire Romain , dont le
Projet d'un nouveau Bréviaire forme un des chapitres, est
son dernier ouvrage. C'était Tannée précédente, 1726, que
Foinard, joignant l'exemple au précepte, avait fait imprimer
son Breviarium ecclesiasticum, Le coup était hardi de la
part d'un homme qui alors n'avait plus aucune juridiction,
s'étant démis de sa Cure de Calais. Aussi, n'ayant ni Diocèse,
ni Paroisse même à qui le destiner et dont il pût lui donner
le nom , il jugea convenable d'en faire le Bréviaire de l'E-
glise , et l'ouvrage parut sous ce titre : Breviarium eccle-
siasticum , editi jarn prospectus executionem exhibens. Ainsi
sa Liturgie, après avoir été à l'état de prospectus , existait
enfin en réalité.
De si grands avantages émurent plusieurs diocèses , et on
remarqua bientôt un nouveau mouvement dans la Liturgie.
Les Bréviaires qu'on avait réformés dans les dernières années
du dix-septième siècle et dans les premières du dix-huitième,
tout en présentant de fâcheuses imitations de celui de Fran-
çois de Harlay , ne s'étaient pas cependant écartés d'une
manière énorme de l'ancien fonds Grégorien de l'Office (1).
On avait hésité à se lancer tout-à-fait dans la nouveauté :
mais , après 1720 , on osa franchir le pas et embrasser dans
toute son étendue la responsabilité d'une nouvelle création
(1) Parmi ces Bréviaires nous citerons ceux de Senez ( 1700 ) , de
Lisieux (1704) , de Narbonne (1709) , de Meaux (1713), d'Angers (1716),
deTroyes (1718) , etc. Il y a de mauvaises intentions dans plusieurs de
ces Bréviaires. Généralement , celui de Cluny a trop influé sur leur
rédaction ; mais ils sont loin d'être à la hauteur de ceux dont il nous
reste a parler. . .
280 INSTITUTIONS
liturgique. Ainsi, le Diocèse de Sens qui avait reçu, en 1702,
de son Evoque, Ilardouin de la Iloguette, un Bréviaire encore
assez pur, fut obligé, dès 1725 , d'en accepter un autre des
mains de Denys-François Bouthillier de Chavigny. Ce se-
cond Bréviaire, comme nous Pavoue Languet, successeur
de Chavigny, dans sa controverse avec l'Evêque de Troycs ,
avait eu pour rédacteur un homme de parti qui s'était appli-
qué à y faire entrer, à l'aide de passages de l'Ecriture choisis
dans un but suspect , les principes de la secte Janséniste (1).
Daniel-Charles-Gabriel de Caylus , Evoque d'Auxerre , le
même qui, après avoir suivi pendant douze ans la doctrine
Catholique contre le Jansénisme , se déclara pour cette hé
résie, peu de jours après la mort de Louis XIV, et en fu
jusqu'à la fin l'un des plus opiniâtres champions, ne man
qua pas de doter son Diocèse d'une nouvelle Liturgie. L
Bréviaire donné par le Prélat, en 1726, eut pour principa
rédacteur Jean-André Mignot, Grand-Vicaire de Caylus, e
son complice dans les mêmes doctrines.
En 1728, nous trouvons le Bréviaire de Bouen, publié pa
l'Archevêque Louis de La Vergne de Tressan, et rédigé pa
le Docteur Urbain Robinet, personnage de sentiments orthe
doxes, il est vrai , et dont l'œuvre n'a rien qui tende , soit d
rectement , soit indirectement , au dogme Janséniste pre
prement dit , bien qu'elle n'en soit pas moins le produit d't
amour effréné de la nouveauté. Comme nous devons parl<
à loisir , dans un autre endroit, du Docteur Robinet, noi
nous bornerons à mentionner ici son premier essai litu
gique , et nous ferons observer en même temps combien
était déplorable que l'Eglise de Rouen qui , dans le Conci
Provincial de 1581 (2) , avait décrété si solennellement Y
(1) Voyez ci-dessus, page 223.
(2) Vid. tome I. page 460.
LITURGIQUES. 287
doption du Bréviaire de saint Pie V, et qui avait pris soin de
s'y conformer dans les éditions de 1587, 1594 et 1626, se
livrât désormais, pour la Liturgie, à la merci d'un simple par-
ticulier.
Le Diocèse d'Orléans participa au bienfait d'une Liturgie
régénérée. Dès 1693 , il avait reçu du Cardinal Pierre du
Cambout de Coislin , un Bréviaire déjà modernisé , mais qui
gardait cependant !a plus grande partie des prières antiques.
Louis Gaston Fleuriau d'Àrmenonville le dota, en 1751, d'un
nouveau Bréviaire rédigé d'après les principes de Foinard
et de Grancolas. L'auteur de ce travail était Jean-Baptiste
Le Brun Desmarettes, fils d'un libraire de Rouen qui fut
condamné aux galères pour avoir imprimé des livres en fa-
veur de Port-Royal. Le fils élevé par les Solitaires de cette
maison , garda toute sa vie un grand attachement pour ses
anciens maîtres et pour leur doctrine ; attachement qui l'en-
traîna dans certaines démarches par suite desquelles il fut
renfermé à la Bastille durant cinq ans : encore, n'en sortit-il
qu'à la condition de signer le formulaire. Il est vrai qu'il ré-
tracta cet acte d'orthodoxie, en 1717, et se porta appelant
de la Bulle Unigenitus. Etant tombé malade et craignant un
refus de Sacrements , il se traîna à l'Eglise pour faire ses
Pâques, le dimanche des Rameaux 1731 , et mourut le len-
demain. Il avait pris l'Ordre d'Acolythe et ne voulut jamais
entrer dans les Ordres Sacrés (1). Ce fut d'un pareil homme
que l'Eglise d'Orléans consentit à apprendre la manière
de célébrer les louanges de Dieu (2). Il y avait en cela une
humilité sans exemple. Dans tous les cas , c'est une chose
(1) Vid. Biographie universelle , Feller, Picot, etc.
(2) Dès 1729, Le Brun Desmarettes avait pu jouir du succès de son
œuvre liturgique. Le Bréviaire de Nevers , publié cette année-là , était
de sa rédaction.
288 INSTITUTIONS
bien curieuse , mais non pas unique , comme nous venons
bientôt, que le Clergé d'Orléans pût se trouver en même temps
obligé par ses devoirs de refuser les Sacrements à Le Brun
Desmarettes, et d'autre part contraint d'emprunter la voix
du même Le Brun Desmarettes pour satisfaire à l'obligation
de la prière publique. Le Mandement de l'Evêquc d'Orléans,
pour la publication du nouveau Bréviaire , était fort signifi-
catif dans le sens des nouvelles théories. On y faisait ressortir
principalement les grands avantages d'un Bréviaire com-
posé des paroles de l'Ecriture Sainte, c Dans cette réforme
» du Bréviaire , y était-il dit , nous nous sommes proposé de
> faire choix des choses les plus propres à louer Dieu et à
» l'apaiser, en même temps qu'à instruire les Clercs de leurs
» devoirs. Comme rien ne nous a semblé plus capable d'at-
> teindre ce but que l'emploi des propres paroles des divines
» Ecritures ( car, dit le saint Evêque et Martyr Cyprien , c'est
» une prière amie et familière que celle qui s'adresse à Diet
» comme venant de lui ) , nous avons jugé qu'il ne fallait rier
» admettre dans les Antiennes , les Versets et les Répons qu
» ne fut extrait des livres saints, en sorte que dans toute
» ces pièces , ou Dieu nous parle, ou il nous fournit les pa
» rôles que nous lui adressons. Et cette résolution n'a poin
> été chez nous une témérité ; car si , suivant saint Augustin
» Dieu non seulement se loue lui-même dans les Ecritures, afi
»que les hommes sachent comment il doit être loué, mais en
i core s'il a préparé dans les mêmes Ecritures des remèdi
» nombreux propres à guérir toutes les langueurs de notre aro<
» et qui doivent être administrés par notre ministère , quan
ton fait les divines lectures dans V Eglise; quoi de plus digr
» de Dieu et de plus utile pour nous que de pouvoir empruj
> ter aux livres sacrés , c'est à dire à Dieu même tout ce qi
> notre bouche fait entendre , quand nous chantons 1
LITURGIQUES. 289
» louanges de Dieu ? Certes , ces choses ne déplairont point à
»Dieu, puisqu'elles ont Dieu même pour auteur ; elles détrui-
iront l'aveuglement du cœur, elles guériront l'âme, puisque la
i parole de Dieu guérit toutes choses, ayant été écrite pour illu-
i miner les yeux et convertir les âmes (1).
Il était facile de répondre à ces belles paroles , d'abord ,
que Luther, Calvin etQuesnelse sont exprimés en des termes
analogues sur la suffisance de la Bible ; que la Constitution
Unigenitus, véritable palladium de la foi, au dix-huitième
siècle, ne pouvait plus subsister du moment que les Evêques
affecteraient ainsi l'éloge et l'emploi des Ecritures, sans re-
commander avec une égale force l'importance de la Tradi-
tion, qui est divine comme les Ecritures, qui seule constate
leur autorité, seule les interprète; que si les paroles de la
Bible, arrangées en formules liturgiques, ne peuvent dé-
(1) In hujus autem Brevïarii recognitîone hoc nobîs propositum est,
Mt ea, quae ad Deum laudandum simal et placandum, et ad Clericos
Officii admoaendos essent magis idonea, seligerentur. Cum vero ad id
assequendum nihil magis expedire videatur, quam si ipsametdivina-
rura Scripturarum verba adhibeantur ( arnica enim et familiaris est
oratio, inquit sanclus Martyr et Episcopus Cyprianus, Deum de suo
! rogare) , nihil Antiphonis, nihil Versiculis, et Responsoriis inserendum
esse duxinius , quod ex Scripturis Sacris non sit desumptum, ita ut iiîs
omnibus vel Deus ipse nos loquatur, vel verba suppeditet , quibus ip-
* sum alloquamur. ]Nec teinere ad id impulsi sumus. Nam si Deus juxta
sanctum Augustinum non solum in Scripturis se ipsum laudat, ut
sciant hommes, qiiomolo laudandus sit, sed etiam ut curet et sanet
omnem animœ languorcm, multa medicamenta de iisdem Scripturis
profert, quœ per ministerium nostrum adhibenda sunt , cum lectiones
dwinœ in Ecclesia legumur. Quid Deo dignius et nobis esse potest
utilius, quam si quidquid personamus, cum Dei laudes canimus,
quantum iieri potest , ex libris sacris, id est, ab ipso Deo mutuemur?
Quae Deo sine dubio non dispiicebunt, cum Deum autorem habent ; et
cœcitatem cordis avertent, animamque sanabunt; cum sermo Dei sanet
omnia, et ideo scriptus sit ut illuminet oculos, et animas convertat.
T. II. 19
290 INSTITUTIONS
plaire à Dieu, auteur de l'Ecriture, il n'est pas également
évident que Dieu , auteur de la Tradition , doive voir avec
faveur qu'on efface cette Tradition , et, qui plus est, que
d'innombrables passages des Ecritures choisis et employés
depuis tant de siècles, et en tous lieux, dans les divins Of-
fices par l'Eglise, seul juge et interprète de l'Ecriture, cèdent
la place à d'autres passages choisis aujourd'hui ou hier, pour
l'usage de l'Eglise d'Orléans, par un hérétique; que le Bré
viaire d'Orléans, comme tous les autres, renferme un<
grande quantité de passages de l'Ecriture , mis en Antienne
et en Répons, et dans lesquelles le texte sacré n'exprim»
ni un discours de Dieu à l'homme , ni une parole de l'homni
à Dieu ; que la fameuse parole de saint Cyprien , arnica e
faut iliaris oratio est Deum de suo rogare , parole vraie de tou
point quand il s'agit de l'Oraison Dominicale, au sujet d
laquelle il l'a dite ( 1 ) , est complètement sans applicatio
quand il s'agit de la presque totalité des pièces liturgique
empruntées à l'Ecriture par le Bréviaire d'Orléans et 1<
autres ; outre que, Dieu étant l'auteur de la Tradition aus
bien que de l'Ecriture, on peut dire dans un sens que c'e
louer Dieu de suo que de lui adresser les prières que l'Egli:
a composées avec son assistance, et que l'usage des siècles
sanctifiées de plus en plus; enfin que, comme le dit avec u
grande vérité l'Archevêque Languet, les centons bibliqu
dont sont garnis les nouveaux Bréviaires, c ne peuvent av( •
> d'autre autorité que celles d'un Evoque particulier, homi }
» sujet à erreur, et d'autant plus sujet à erreur qu'il est se ,
» qu'il introduit des choses nouvelles, qu'il méprise l'an-
>quité et l'universalité (2). > Nous aurons à revenir sur t<t
(1) Vid. tomel. page 78.
(2) Vid. ci-dessus, page 106.
LITURGIQUES. 291
ceci dans la partie de cet ouvrage où nous traiterons de
l'autorité de la Liturgie : mais, notre rôle d'historien dans
des matières si négligées depuis long-temps, nous oblige par-
fois d'introduire dans notre récit une sorte de polémique. Nous
le faisons à regret , mais la crainte de n'être pas suffisamment
compris nous contraint d'effleurer ainsi la partie doctrinale
de cet ouvrage , avant d'être arrivé à la discussion théo-
rique. Le lecteur voudra bien excuser ces anticipations que
nous ne nous permettons que dans l'intérêt de plusieurs.
De toutes les choses qu'on ignore aujourd'hui , l'histoire
même contemporaine de la Liturgie est peut-être la plus
ignorée. C'est un fait dont nous recueillons de toutes parts
l'ingénue confession.
L'année 4736 est à jamais fameuse dans les fastes de la
Liturgie, par l'apparition du Bréviaire de Paris publié par l'Ar-
chevêque Vintimille. Avant d'entamer le récit de la publication
de ce livre célèbre , nous signalerons , en passant , un autre
événement d'une importance majeure. En 1737, la sainte et
vénérable Eglise de Lyon, qui jusqu'alors avait gardé religieu-
sement la forme auguste de ses Offices , dans lesquels l'an-
i cien rite Romain se mariait à de vénérables réminiscences de
i l'antique Liturgie Gallicane , voyait porter atteinte à ce pré-
cieux dépôt. L'Archevêque Charles-François de Châteauneuf
de Rochebonne inaugurait un Bréviaire dans lequel une
I chose aussi grave que la division du Psautier était sacrifiée ,
, malgré sa forme séculaire , à de nouvelles théories d'arran*
gement , toujours dans le but d'abréger les Offices divins. Le
i (nombre des formules traditionnelles était diminué , les lé-
gendes des Saints soumises à une critique exagérée; enfin, si
l'Eglise de Lyon ne se voyait pas privée dans une proportion
plus considérable du trésor de ses vénérables prières, c'est que,
fort heureusement , le Prélat qui lui donnait le nouveau Bré-
292 INSTITUTIONS
viaire avait été retenu par l'inconvénient qu'il y aurait eu de dé-
roger à cet usage de Lyon, en vertu duquel on chanlait encore
sans livre les Heures Canoniales (1). Nous verrons bientôt un
Archevêque de Lyon que cette considération n'arrêtera pas.
L'Eglise de Paris et son nouveau Bréviaire vont donc nous
occuper maintenant, la même Eglise de Paris qui, au moyen-
àge, communiquait à un si grand nombre d'autres les poé-
tiques et harmonieuses richesses de sa Liturgie Romaine-
Française. Nous allons la voir recueillant, dans une œuvre
trop fameuse, tout ce que renfermaient de nouveautés sus-
pectes, de formes audacieuses, et le Bréviaire de François
de Harlay, et celui de Cluny, et les Projets de Foinard ei
Grancolas, et les essais tentés à Sens , à Auxerre, à Rouen.
à Nevers, à Orléans, etc.
Toutefois, il y eut une transition de la Liturgie de Harlaj
à celle de Vinlimille. Le Cardinal de Nouilles, le même qui
durant sa longue occupation du Siège de Paris, fatigua 5
long-temps de sa mesquine et opiniâtre rébellion le Sicg
Apostolique et la Cour de France, ne pouvait manquer d
laisser dans les livres Parisiens quelques traces de son pas
saçe. Nous trouvons deux éditions du Bréviaire de Par
données par son autorité, celle de 1098 et celle de 1714,
une du Missel, en 170(3. L'édition du Missel paraît avoir é
dirigée par François Vivant, Pénitencier de Notre-Dame
Grand-Vicaire du Cardinal, auquel on doit attribuer la pi
part des Proses qui s'y trouvent (2). Les Lettres Pastoral
(1) Equidem prisca Ecclesiie nostrae lege coarctatis, juxta qu
sine codice Officiuui noeturnum , diurnumque persolvi consnev
nova Responsoria , novasque Antiphoms pluriuaasex Scriptura coin
nandi nobis copia non fuit, ne totinutuionibus inter turbaretur(
ciuoa, et ab aetate teiicrrinaa choro nostro addictis fieret inipo>sil
sacroruui Canticorunrpraxis inexperta.
(2) Picot, dans l'article Vivant, en la Biographie uuiversolle.
LITURGIQUES. 295
placées en tête du Bréviaire et du Missel portent expressé-
ment que l'on n'a voulu faire aucuns changements graves
aux livres de François de Harlay dont on vante la perfection ,
et, en effet, il y a très peu de différences entre les Bréviaires
et Missels de ces deux Archevêques. -
Cependant, nous signalerons quelques traits fortement
caractéristiques. François de Harlay avait répudié les tra-
ditions de l'Eglise Romaine et celles de l'Eglise de Paris, sur
sainte Marie-Magdeleine, et dans l'Office de cette Sainte, il
avait professé expressément la distinction de Marie , sœur de
Lazare, et de Marthe, d'avec l'illustre pécheresse, amante
du Christ. 11 y avait quelque chose de mieux à faire encore ;
c'était, en continuant de céiébrer la fête de sainte Marie-
Magdeleine, le 22 juillet, de consacrer un autre jour à la
mémoire de Marie de Béthanie. Les fidèles ne seraient plus
exposés à s'y méprendre et à retomber dans les préjugés
insoutenables de l'Eglise Romaine. Il est vrai que si, pour-
tant, Marie de Béthanie et Marie-Magdeleine sont une seule
et même personne , l'acte souverain de Louis-Antoine de
Noailles, pour les scinder en deux, ne pouvait avoir d'effet
que dans le Bréviaire; car Dieu même ne pourrait faire
iqu'une personne unique durant sa vie , en puisse jamais for-
mer deux après sa mort. Toutefois, comme le Gallicanisme,
qui refuse à l'Eglise le pouvoir sur les choses terrestres , n'a
pas si généreusement renoncé à l'empire sur les choses cé-
lestes , comme nous le verrons encore ailleurs , le Bréviaire
idu Cardinal portait, sur le Calendrier, au 4 9 janvier, ces mots :
Mariœ Beihanidis, sororis Lazari et Marthœ, en même temps
ju'au 22 juillet, ceux-ci : Mariœ Magdalenœ.
En si beau chemin, il était difficile de s'arrêter. François
le Harlay, dans ses livres liturgiques, avait vilipendé les
glorieuses traditions de l'Eglise de Paris sur l'Aréopagilisme
294 INSTITUTIONS
de son saint Apôtre ; mais il n'en était cependant pas venu
jusqu'à inaugurer à un jour spécial la fête d'un saint Denys
l'Aréopagite qui ne fut pas l'Evêque de Paris. Le Cardinal de
IS'oailles le fit. Son Calendrier portait, au 3 octobre, ces mots:
Dionysii Areopagitœ , Athenarum Episcopi et Martyris , et
plus bas , au 9 du même mois , ceux-ci : Dionysii , primi
Parisiorum Episcopi, et Sociorum ejus Martyrum. Il n'est
pas nécessaire d'être profondément versé dans les antiquités
ecclésiastiques pour savoir que plusieurs anciens Martyro-
loges portent en effet le nom de saint Denys au 3 octobre ;
mais, outre que les partisans de l'Aréopagitisme de saint De-
nys de Paris satisfont à cette objection , était-ce au Bréviaire
de Paris de rétracter et de flétrir d'une manière aussi humi-
liante ses propres traditions, tandis que la presque universaliti
des Eglises t tant de l'Orient que de l'Occident , s'unit encor»
pour la féliciter de ce qu'elle a reçu la foi par le ministère d
l'illustre disciple de saint Paul? C'est une triste condition qu
celle de ces Liturgies locales, et, par là même , mobiles
d'être condamnées à ressentir le contre-coup des révolutior
que la mode introduit et que le retour à des idées plus saine
peut anéantir. L'un des oracles de la critique moderne
dit : « L'opinion qui identifie saint Denys l'Aréopagite ave
» saint Denys de Paris , née du temps de Louis-le-Débonnair*
» est beaucoup moins ancienne que celle qui a rendu sai
» Denys l'Aréopagite auteur de divers ouvrages qui ont coi
» mencé à paraître sous son nom plus de quatre cents a:
» après sa mort. Mais elle ne vivra point apparemment pi
> long-temps , et l'on peut attribuer au siècle de Louis-1
i Grand la gloire de les avoir ensevelies dans le même toi
>beau (1). » Ainsi parlait Adrien Baillet, en 1701 ; mais si
(1) Baillet. Fies des Saints. Tome X. au 3 octobre, page 72.
LITURGIQUES. 295
dix -neuvième siècle voit ressusciter ces deux opinions,
qui sont du nombre des opinions de l'Eglise Romaine , que
deviendra le Calendrier actuel de Paris ? Quels cartons ne
faudra-t-il pas pour le Missel et le Bréviaire de cette Eglise?
Quoique les changements faits au Missel de Harlay par
le Cardinal de Noailles fussent assez légers, on remarqua
néanmoins qu'on avait fait quelques additions. Nous en
signalerons une entre autres dans la fameuse Postcommu-
nion de saint Damase , au 11 décembre , laquelle est entrée
de plein pied au Missel de Vintimille , et de là dans la presque
totalité des Missels français. La voici : Nullum primum nisi
Christum sequentes , et Cathedrœ Pétri communione consocia-
tos , da nos, Deus, Agnum semper in ea domo comedere in
qua Beatus Damasus successor piscatoris et discipulus crucis
meruit appellari.
Ceux de nos lecteurs qui connaissent la fameuse lettre de
saint Jérôme au Pape saint Damase reconnaîtront tout d'a-
bord que cette Postcommunion est entièrement composée de
paroles tirées de cette lettre ; mais en quel sens ont-elles été
détournées ! D'abord , ces mots Nullum primum nisi Chris-
tum sequentes , séparés du reste de cette magnifique Epître
dans laquelle saint Jérôme célèbre si éloquemment la Prin-
cipauté Apostolique, qu'expriment-ils, dans leur isolement du
contexte , sinon que les fidèles n'ont point d'autre Chef que
Jésus-Christ? Certes, si saint Jérôme eût vécu au temps de
Luther ou de Jansénius, il eût marqué avec son énergie or-
dinaire que s'il n'entendait suivre d'autre Chef que Jésus-
Christ, il ne voulait parler que du Chef invisible, sans préju-
dice de cet autre Premier, de ce Chef visible qui est le Pontife
Romain. Et ces paroles Cathedrœ Pétri Communione conso-
ciatos signifiaient-elles uniquement dans la bouche de saint
Jérôme un simple lien extérieur, sans dépendance sous le
296 INSTITUTIONS
double rapport de la foi et de la discipline ? C'est ainsi , on
le sait, que l'entendent les Jansénistes, témoins lesEvêques
de l'Eglise d'Utrecht et ceux de l'Eglise Constitutionnelle de
France, leurs disciples. Mais ce n'est pas là le sens de saint
Jérôme qui , dans la même Epître, inquiet de savoir s'il faut
dire une hypostase ou trois hypostases, demande au Pape de
décider souverainement sur celle question : Decernite, et
non timebo très hypostases dicere; de saint Jérôme, disons-
nous, qui ne se borne pas à dire qu'il est uni de Communion
à la Chaire de Pierre, mais qui entend cette Communion d'un
lien tellement fort, d'une union tellement intime, qu'il ne
craint pas d'appliquer au Pape ces paroles que Jésus-Christ
dit de lui-même : Qui tecum non colligit dispergit.
La dernière partie de la Poslcommunion, moins impor-
tante , il est vrai , offre encore matière à observation. On voit
que l'auteur profite des paroles de saint Jérôme, pour flétrir
à propos de l'humilité de saint Damase, ce que la secte appelle
le faste et l'orgueil de la Cour Romaine. On y demande à Dieu
la grâce de manger l'Agneau dans cette maison où Damase a
mérité d'être appelé le successeur du pêcheur et le disciple de
la Croix. Cependant on pourrait, avec vérité, faire obser-
ver à François Vivant que Clément XI fut le digne successeur
du pêcheur, et un sincère disciple de la Croix , bien qu'il ait
cru devoir écraser l'hydre Janséniste par la Bulle Unigenitus,
et coni amner comme hérétiques ceux qui ne se soumet-
traient pas aux décisions [decernite) Apostoliques, malgré qu'on
les entendît crier de toutes parts qu'ils étaient et voulaient
être toujours unis de communion avec l'Eglise de Rome.
Mais il ne s'agit plus maintenant de quelques altérations
faites aux livres liturgiques de Paris, qui, comme nous l'a-
vons remarqué , sont encore demeurés conformes , pour la
plus grande partie, à ceux de Rome, en dépit des innovations
LITURGIQUES. 297
de François de Harlay, et même de son successeur. L'Eglise
de Paris va voir substituer en masse, aux Offices Grégoriens
qu'elle chante depuis le huitième siècle , un corps d'Offices
nouveaux, inconnus, inouis, fabriqués à neuf par de simples
particuliers, un prêtre , un acolyte , un laïque , et cet événe-
ment va entraîner dans la plus grande partie de la France la
ruine complète de l'œuvre de Charlemagne et des Pontifes
Romains.
Vers l'année 1725, François-Nicolas Vigier, Prêtre de l'O-
ratoire et successeur de Duguet en la charge de Supérieur
du Séminaire de Saint-Magloire , s'étant livré aussi à la com-
position d'un Bréviaire , suivant les idées nouvelles , se
trouvait en mesure de faire jouir le public du fruit de ses
labeurs. Ce personnage obscur devait être l'instrument de
la plus grande révolution liturgique que l'Eglise de France
ait vue depuis le huitième siècle. Il avait enfanté le Bréviaire
de Paris. Cependant , ce n'était point à cette Eglise en par-
ticulier qu'il avait destiné son chef-d'œuvre. Le Cardinal de
Noailles , qui mourut en 1728 , avait refusé de l'adopter.
François Armand de Lorraine, Evêque de Bayeux, avait paru
mieux disposé ; mais son Chapitre s'était retranché dans une
si courageuse opposition , que le Prélat s'était vu contraint
de se désister de son entreprise.
Il n'est pas difficile de comprendre les motifs de cette résis-
tance; c'était le sentiment de la foi qui se révoltait contre
une œuvre suspecte. On savait que le P. Vigier appartenait
à un corps profondément gangrené par l'hérésie Janséniste ,
et , quant à lui-même , bien qu'il n'eût pas appelé de la Bulle ,
sa réputation n'en était pas moins celle d'un homme rebelle
dans le fond de son cœur. Au reste , il le fit bien voir lorsque,
ayant été élu Assistant de son Général , le P. de la Valette ,
en 1746, il composa, pour aider à la pacification des esprits
29$ INSTITUTIONS
dans sa Congrégation, sur le sujet des controverses du temps,
un Mémoire dans lequel il écartait de la Bulle le caractère
et la dénomination de Règle de foi , la qualifiant simplement
de règlement provisoire de police qui n'obligeait qu'à une
soumission extérieure. Le Bréviaire du P. Vigier ne démen-
tait pas trop , comme on va le voir, une pareille manière de
penser dans son auteur : mais il fallait un patron à ce livre.
Dieu permit , dans son impénétrable conduite , qu'il trou-
vât ce patron dans Charles-Gaspard de Vinlimille, qui venait
de succéder au Cardinal de Noailles sur le siège de la capi-
tale. Ce Prélat, qui avait occupé successivement les sièges de
Marseille et d'Aix, parvint à celui de Paris vers sa soixante-
quinzième année. Homme de ménagements et de tolérance ,
il essaya de tenir le milieu entre les Appelants et les partisans
de la Bulle. Toutefois» il fit fermer le cimetière de Saint-
Médard, profané parles honteux miracles du Diacre Paris;
il eut même l'honneur de voir condamné, par le Parlement
de Paris, un Mandement qu'il avait publié contre les Nou-
velles Ecclésiastiques ; mais , en même temps , on savait qu'il
avait écrit, sous la date du 22 mai 1731 , au Cardinal de
Fleury, une lettre fameuse ainsi conçue : « Ma foi, Mon-
» seigneur, je perds la tête dans toutes ces malheureuses
» affaires qui affligent l'Eglise. J'en ai le cœur flétri, et je ne
» vois nul jour de soutenir cette Bulle en France , que par un
»mojen qui est de nous dire, à la franquette, les uns aux
» autres, ce que nous entendons par chacune des propositions,
»quel en est le sens, le bien que nous approuvons, le mal
>que nous rejetons, et après, frapper brutalement sur les
> uns et sur les autres qui ne voudront point nous suivre ; ei
>si Rome ne veut pas se rendre facile à ce que nous avons
» fait , lui renvoyer sa Constitution. Ce projet, je l'avoue, quf
» j'ai fait plus d'une fois, et que mon chagrin me fait faire
LITURGIQUES. 299
» mérite quelque attention : mais en vérité on se lasse de
» battre l'air et l'eau inutilement (1). »
On doit convenir qu'il était difficile de gouverner un Dio-
cèse comme celui de Paris , inondé de Jansénistes , dans la
Sorbonne, dans les Cures, dans les maisons religieuses, dans
le Parlement , et qui , durant les trente années de l'épiscopat
du Cardinal de Noailles, avait été le théâtre des Saturnales
de l'hérésie triomphante. Aussi les actes par lesquels l'Arche-
vêque Vintimille avait signalé le commencement de son gou-
vernement, bien qu'ils fussent compensés par une grande
douceur sur d'autres points , lui avaient aliéné promptement
les Jansénistes : il eut le malheur, en 1736, de les entendre
chanter ses louanges , et faire l'ardente apologie d'une de
ses œuvres. Cette œuvre était l'adoption solennelle du fa-
meux Bréviaire.
Charles de Vintimille s'était laissé persuader que l'Eglise
de Paris ne devait pas rester en retard des autres qui , en
si grand nombre , par toute la France , avaient convolé à
une Liturgie nouvelle. Il avait entendu parler des travaux du
P. Vigier; il y avait souri, et, décidément, cet Oratorien
avait été choisi pour doter l'Eglise d'un nouveau corps d'Of-
fices. On lui avait seulement associé deux hommes dont les
noms seuls rappellent les plus grands scandales de cette
époque. Le premier, François-Philippe Mesenguy, était no-
toirement en révolte contre les décisions de l'Eglise. Re\êtu
de l'ordre d'Acolyte, et, à l'exemple de Le Brun Desmarettes,
n'ayant jamais voulu prendre le Sous-Diaconat , il fut un des
plus ardents, en 1739, à s'opposer à la révocation de l'appel
par la Faculté des Arts. Son Exposition de la doctrine Chré-
tienne (2) , qui avait été mise à Y Index dès 1757, fut condam-
(1) Biographie universelle. Article Vintimille.
(2) 1744. 6 vol. in-12.
300 INSTITUTIONS
née par un Bref solennel de Clément XIII , en date du 14 juin
1761. Ses écrits contre la Bulle et en faveur de Pappel (1)
en faisaient l'un des plus célèbres champions du parti.
Le second des collaborateursdeVigier était un simple laïque.
Charles Coflîn, successeur de Rollin dans l'administration du
collège de Beauvais, à Paris, et Appelant comme son prédé-
cesseur, s'était chargé de composer les Hymnes nécessaires
pour le nouveau Bréviaire. Nous mettons, certes, son mérite
comme hymnographe beaucoup au-dessus de celui de San-
teul ; il est d'autant plus triste pour nous d'avoir à raconter
jusqu'à quel point il le prostitua. Mais si l'hymnographe du
nouveau Bréviaire était supérieur à Santeul pour le véritable
génie de la poésie sacrée ; sous le rapport de l'orthodoxie , il
offrait moins de garanties encore. Le poète Victorin, homme
léger et sans conséquence, était, il est vrai, ami et fauteur
d'héréliques ; Coffîn, personnage grave et recueilli, était hé-
rétique notoire. C'était donc d'un homme étranger à l'Eglise
Catholique , que l'Eglise de Paris , et tant d'autres après elle ,
allaient recevoir leurs Cantiques sacrés. Les poésies d'un
Janséniste contumace allaient remplacer les Hymnes de l'E-
glise Romaine , que François de Harlay et le Cardinal de
Noailles avaient du moins retenues presque en totalité.
Ce fait unique dans les fastes de l'histoire ecclésiastique,
et qui témoigne d'un renversement d'idées sans exemple,
est d'autant plus inexplicable , que l'Eglise de Paris elle-
même, quand son hymnographe fut sur le point de mourir,
en 1749, lui refusa le baiser de sa communion. Coffîn mou-
rut sans Sacrements, et le refus que fit le Curé de Saint-
Etienne-du-Mont de les lui administrer, fut approuvé par
l'Archevêque Christophe de Beaumont. Et l'Eglise de Paris
(1) La Constitution Unigenitus avec des Remarques, in-12. — Lettre
a un anal sur la Constitution Unigenitus, in-12, etc.
LITURGIQUES. 501
continua de chanter et chante encore les Hymnes de Coffin ,
cette même Eglise qui, comme toutes les autres, n'admet
point dans son Bréviaire une seule leçon de Tertullien, d'O-
rigène, ou d'Eusèbe de Césarée, même tirée de leurs ou-
vrages orthodoxes, parce que la pureté de la foi et la sainteté
des Offices divins ne le pourraient souffrir, parce que tous
les siècles chrétiens déposeraient contre une semblable témé-
rité ! Quoi donc ? Charles Coffin est-il plus que Tertullien,
dont presque tous les écrits sont un miroir de doctrine;
plus qu'Origène, dont les intentions paraissent avoir été
toujours pures; plus qu'Eusèbe de Césarée, dont la pa-
role est presque toujours si lumineuse et si éloquente ?
Pour nous, Dieu sait à quel prix nous désirerions, pour la
gloire et l'entière pureté de l'Eglise de France qui nous a
élevé, voir disparaître jusqu'au souvenir de ces désolantes
traces des influences de l'hérésie la plus méprisable qui ait
jamais insulté le Corps mystique de Jésus -Christ. Nous
nous sentons cruellement humilié, quand nous lisons, dans
Je Journal de la secte, ces dures paroles auxquelles il nous
est impossible de répondre autrement qu'en baissant la
tête. € On chante tous les jours dans l'Eglise de Paris la
»foi que professait M. Coffin, contenue dans des Hymnes
»que feu M. de Vintîmille lui-même l'avait chargé de com-
» poser. M. de Beaumont, successeur de M. de Vintîmille
»dans cet Archevêché, les autorise par l'usage qu'il en fait,
>et par l'approbation qu'il est censé donner au Bréviaire
»de son Diocèse. Le P. Bouettin (1) les chante lui-même,
» malgré qu'il en ait ; et les Sacrements sont refusés à la
»mort à celui qui les a composées! Le Curé fait le refus,
» l'Archevêque l'autorise (2) ! » Ce n'est pas tout encore. Le
(1) Génovéfain, Curé de Saint- Etienne- du-Mont.
(2) Nouvelles Ecclésiastiques. 10 juillet 1749.
302 INSTITUTIONS
Parlement de Paris fut saisi de cette affaire. On entendit le
conseiller Angran dénoncer aux Chambres assemblées le refus
de Sacrements fait à Charles Coflin, comme un acte de schisme.
Il partait de ce principe , que c'est un acte de schisme que de
refuser laCommunion à ceux qui sontdans l'Eglise, aussi bien
que de communiquer avec ceux qui en sont séparés ; d'autre
part, disait-il, on ne pouvait pas raisonnablement admettre
que l'Eglise de Paris eût été demander à un excommunié de
lui composer des Hymnes. C'est pourtant ce qui était arrivé !
Angran disait en outre que c les refus de Sacrements étaient
• sagement établis à l'égard des Protestants, des Déistes, etc.;
> mais que ce serait en faire un abus manifeste que de s'en
» servir ù l'égard des fidèles dont la vertu et la catholicité
• sont connues de? tout le monde et justifiées depuis si long-
» temps ( par rapport à M. Coflin en particulier ) , par la con-
» fiance du public et par celle de M. de Vintimille lui-même,
> qui l'avait chargé de composer les Hymnes du Bréviaire de
• Paris (1). » Notre devoir d'historien nous a contraint de ne
pas omettre ces détails vraiment pénibles : mais si nous ne
les produisions pas avec cette étendue, qui, aujourd'hui,
croirait à nos assertions ?
La commission désignée par Charles de Vintimille pour
donner à l'Eglise de Paris un Bréviaire digne d'elle , était
donc composée de ces trois personnages, Vigier, Mcsenguyet
Coffin. Ce choix avait été suggéré à l'Archevêque par Louis-
Abraham d'Harcourt, Doyen du Chapitre de Notre-Dame (2);
il doit nous éclairer sur l'esprit et les principes de cet ecclé-
siastique. Toutefois, nous ne passerons pas outre, sans faire
remarquer au lecteur le contraste frappant qui règne entre la
(i) Nouvelles Ecclésiastiques. 18 septembre 1749.
(2) L'Ami de la Religion. Tome XXV. page 290. Article curieux sur
la réimpression du Bréviaire de Paris.
LITURGIQUES. 505
commission chargée par PArchevêqueVintimillede renouve-
ler de fond en comble la Liturgie Parisienne, et celle qui avait
opéré la simple correction du Bréviaire et du Missel, au temps
de François de Harlay. Dans cette dernière , presque tous les
membres occupent un rang distingué dans l'Eglise de Paris.
Ils sont au nombre de douze et tous revêtus du sacerdoce.
La commission de Vintimille n'était plus composée que de
trois membres ; un seul était Prêtre ; des deux autres , l'un
était simple acolyte, l'autre laïque. Beaucoup de consé-
quences ressortent de ce fait. Nous avons déjà parlé de l'en-
vahissement du Presbytérianisme et du Laïcisme dans les
choses capitales de la religion : nous dirons, de plus, qu'une
si étrange commission pour une œuvre majeure comme la
refonte universelle de la Liturgie , montre clairement que la
Liturgie elle-même avait grandement baissé d'importance
aux yeux du Prélat qui choisit les commissaires , du Clergé
qui accepta le fameux Bréviaire après quelques réclama-
tions , du siècle enfin qui vit une pareille révolution , et ne
l'a pas mise à la tête des plus grands événements qui signa-
lèrent son cours. Nous le répétons , ce n'est pas ainsi que
saint Pie V, Clément VIII et Urbain VIII avaient procédé pour
la simple révision des livres Romains.
Ainsi, l'Eglise de Paris attendait patiemment que nos trois
commissaires eussent enfanté leur œuvre. Une année avant
que cette œuvre fut en état de paraître au jour, Mesenguy,
voulant pressentir l'opinion publique, fit imprimer trois Lettres
écrites de Paris à un Chanoine de l'Eglise Cathédrale de ***,
contenant quelques réflexions sur les nouveaux Bréviaires (1).
Ce petit écrit , tout imprégné des maximes modernes sur la
Liturgie, avait pour but de faire valoir le nouveau Bréviaire ;
0) 1733, In-12 de 80 pages.
!
304 INSTITUTIONS
mais, comme l'observe judicieusement VAmi de la Religion,
dans l'article cité, Mesenguy aurait dû laisser à un autre le
soin de louer d'avance son propre travail.
Enfin , l'année 1736 vit l'apparition de la nouvelle Liturgie.
Le Bréviaire , qui avait été annoncé à tout le Diocèse par un
Mandement de l'Archevêque Vintimille, portait en tête une
Lettre Pastorale du Prélat, sous la date du 3 décembre
1755 (1). Nous parcourrons avec le lecteur ce monument
d'une si haute importance pour notre histoire.
L'Archevêque commence par recommander la nécessité
de la prière en général , et le mérite spécial de la prière pu-
blique, c L'Eglise, dit-il , cette chaste colombe dont les pieux
» et continuels gémissements sont toujours exaucés de Dieu ,
> s'est réservé le soin de régler l'ordre des prières de ses
> Ministres, et de disposer les diverses parties de ce très
> saint ministère. Dans l'Office divin qui renferme toute la
> matière du culte public, elle embrasse les plus augustes
» mystères de Dieu et de la religion , les règles incorruptibles
»de la foi et des mœurs, la doctrine de la tradition consi-
» gnée dans les écrits des saints Pères et dans les décrets des
» Conciles. Elle y propose les plus illustres exemples de toutes
» les vertus dans la vie et la mort des Saints et des Martyrs
• qu'elle vénère d'un culte public, afin de nourrir la piété
>des fidèles, d'éclairer leur foi, d'allumer leur ferveur. Elle
• enseigne que le culte de Dieu consiste dans l'esprit, c'est-
> à-dire dans l'obéissance religieuse de l'esprit et du cœur,
> et dans l'adoration; que les Saints doivent être honorés,
> non par une stérile admiration, mais par une imitation fidèle
> des vertus qui ont brillé en eux. »
Rien de plus incontestable en soi qu'une telle doctrine;
(1) Vid. la note A.
LITURGIQUES. 30o
mais si l'Office divin est, de la part de l'Eglise, l'objet d'une
si juste sollicitude, si c'est à elle de le régler, il devrait être
inviolable comme elle; on ne devrait point, après tant de
siècles, dans un Diocèse particulier, bouleverser, renouveler
une Liturgie fixée par l'Eglise dans l'antiquité, et pratiquée
en tous lieux. Si l'Office divin doit contenir la doctrine de la
Tradition, il ne faudrait donc pas remplacer les formules sé-
culaires dans lesquelles s'exprime si solennellement cette
Tradition, par des Versets de l'Ecriture choisis par de simples
particuliers suspects dans la foi. Si l'Eglise, qui nous propose
dans le Bréviaire les exemples des Saints, a intention de
nourrir la piété, d'éclairer la foi, d'allumer la ferveur, et
non d'exciter en nous une stérile admiration , il faudrait ce-
pendant se souvenir que Y admiration est le principe de la
louange, et que la louange est une des parties essentielles de la
Liturgie. Ainsi, par exemple, en supprimant dans le Bréviaire
de Paris jusqu'à la simple mention des Stigmates de saint
François, Charles deVintimille diminue assurément la somme
des motifs de V admiration que nous serions tentés d'avoir pour
cet ami du Christ; mais si, par cette suppression, il a l'avantage
de mettre saint François plus à portée de notre imitation, il se
sépare avec éclat, non seulement de François de Harlay et du
Cardinal de Noailles , qui avaient laissé le récit des Stigmates
dans la Légende de saint François , mais bien plus encore de
l'Eglise Romaine , qui , non contente d'en parler dans l'Office
pu Patriarche Séraphique , au 4 octobre , en a institué une
ête spéciale du rite double, pour toute l'Eglise , au 17 no-
vembre. Il est vrai que l'Eglise Romaine a fort à cœur de
ious inspirer V admiration des Saints ; car elle trouve que
téjà ce sentiment est un hommage envers Dieu, qui se glo-
ifie d'être admirable dans ses serviteurs.
« Les premiers Pasteurs , continue la Lettre Pastorale ,.
T, H, 20
306 INSTITUTIONS
> ayant considéré toutes ces chosos , se sont proposé spécia-
» lemcnt de réunir dans L'ensemble de l'Office ecclésiastique
«les matériaux nécessaires aux Prêtres pour instruire plus
» facilement dans la science du salut les peuples qui leur sont
» conûés. Tel est le service qu'ont rendu les trois illustres
• Prélats, nos prédécesseurs immédiats; à leur exemple, un
• grand nombre d'Evêques de ce Royaume ont publié de
» nouveaux Bréviaires avec un succès digne d'éloges. » Ainsi,
les trois Archevêques, de Péréfixe, de ILarlay et de Noaiiles,
doivent être considérés comme les auteurs de la révolution
liturgique. C'est donc à Paris qu'est née cette idée de ne plus
faire du Bréviaire qu'un livre d'études sacerdotales, d'ôter à
ce livre son caractère populaire, de n'y plus voir le répertoire
des formules consacrées par la tradition. Jusqu'alors, on
l'avait considéré comme l'ensemble des prières et des lec-
tures qui doivent retentir dans l'assemblée des fidèles; tout
ce qu'il contenait était ordonné pour le culte divin; mainte-
nant, il ne sera plus qu'un livre de cabinet , parsemé de
r>saumes et d'Oraisons, et à cette époque de controverses,
on s'en va choisir de préférence pour le rédiger des gens
naturellement disposés à l'adapter aux maximes de leur
parti , tant par ce qu'ils y inséreront de suspect, que parce
qu'ils trouveront moyen d'en ôler.
t Nous donc, aussitôt que, par le don de la divine Provi-
• dence, nous avons eu pris le gouvernement de cette Eglise
» Métropolitaine , ayant été averti par des hommes sages et
• érudits, nous avons reconnu la nécessité d'un nouveau
• Bréviaire. En effet, l'ordre admirable et le goût exceileni
» de solide piété et doctrine qui brille dans plusieurs de?
» Offices des dernières éditions du Bréviaire , nous a fai
> désirer ardemment de voir introduire dans le reste des Of I
» lices une dignité et une pureté semblables. C'est dans c
LITURGIQUES. 507
»but qu'oN a travaillé , pour rendre ce Bréviaire digne de la
» majesté du culte divin ei conforme à nos vœux, qui ont
* pour objet la sanctification de tous. » Le Prélat ne désigne
point les auteurs du Bréviaire, elaboratum est ; à moins qu'on
ne veuille appliquer à Vigier, Mesenguy et Coffîn, la qualifi-
cation d'hommes sages et érudits ! Il est remarquable aussi
que le Prélat ne convient pas franchement du renouvellement
entier de la Liturgie opéré par la publication du nouveau
Bréviaire. Il n'a voulu autre chose, dit-il, que procurer dans
le reste des Offices le même ordre , le même goût de piété et
de doctrine, la même dignité, la même pureté qui brillaient
dans plusieurs de ceux du Bréviaire précédent. Cependant ,
si l'on en excepte un très petit nombre d'Offices, celui de
sainte Marie Egyptienne , par exemple , qui fut rédigé dans
le Bréviaire de Harlay par Nicolas LeTourneux, tou»; est
nouveau dans le Bréviaire de Vintimille , soit pour le Propre
du Temps, soit pour celui des Saints, les Communs, etc.
Remarquons, en outre, que les parties sacrifiées formaient
principalement ce vaste ensemble que le Bréviaire de Harlay
avait retenu du Bréviaire Romain ; ainsi le reproche indirect
de manquer d'ordre, de piété, de doctrine , de dignité, d'e7e-
gance, s'adresse à la Liturgie de saint Grégoire et de saint
PieV.
Venant ensuite au détail des améliorations que présente le
nouveau Bréviaire, la Lettre Pastorale s'exprime ainsi : « Dans
» l'arrangement de cet ouvrage , à l'exception des Hymnes ,
» des Oraisons, des Canons et d'un certain nombre de Leçons,
» nous avons cru devoir tirer de l'Ecriture Sainte toutes les
> parties de l'Office; persuadés, avec les saints Pères, que
»ces prières seront plus agréables à la majesté divine , qui
> reproduisent non seulement les pensées , mais la parole
même de Dieu, * Les saints Pères dont il est ici question
508 INSTITUTIONS
se réduisent à saint Cyprien , qui , du reste , ne dit pas le
moins du monde ce qu'on lui fait dire ici. Les saints Pères re-
lèvent sans cesse l'autorité de la Tradition , et Ton ne citerait
pas un seul passage de leurs écrits dans lesquels ils aient dit
ou insinué qu'il serait à propos d'effacer dans les Offices
divins les formules de style ecclésiastique, pour les remplacer
par des Versets de l'Ecriture. Si la parole de l'Eglise peut
légitimement trouver place dans les Hymnes et les Oraisons,
en vertu de quel principe l'exclura-t-on des Antiennes et
des Répons ? Voilà le grand problème qu'on n'a jamais résolu
qu'en disant : La chose doit être ainsi, parce qu'elle doit
être ainsi.
La Lettre Pastorale parle ensuite du soin avec lequel les
Leçons des saints Pères ont été choisies et les Légendes des
Saints rédigées. Nous en dirons bientôt quelque chose. On
a retenu les Collectes des Bréviaires précédents , et même
plusieurs Hymnes anciennes. Mais voici quelque chose de ca-
pital : c Pour nous conformer au pieux désir d'un grand
> nombre de personnes, nous avons, d'après l'exemple donné
» déjà par plusieurs Eglises, divisé le Psautier, afin de pou-
» voir assigner des Psaumes propres à chaque jour de la se-
»maine et même à chaque heure du jour, en coupant ceux
> (iui étaient trop longs. Par ce partage , nous avons fait dis-
» paraître l'inégalité des Offices et fait en sorte de moins
» fatiguer l'esprit et l'attention de ceux qui chantent l'Office.
» Saint Basile assure avoir supporté lui-même avec peine les
» inconvénients de cette trop grande prolixité. C'était afin
>de diminuer cette fatigue qu'un Concile de Narbonne avait
» statué, dans l'antiquité, que les Psaumes plus longs se-
i raient divisés en plusieurs doxologies; c'est ce queprescri
» aussi la Règle de saint Benoît. On récitera les Psaumes de li
» férié à toutes les fêtes , à l'exception de ceux qui sont con
LITURGIQUES. 509
» sacrés aux mystères, ou à la Sainte Vierge. Il résultera de
y là que le Psautier sera presque toujours lu en entier dans
d'espace d'une semaine. »
C'était là une grande mesure et qui devait faire taire bien
des répugnances. Foinard avait promis, en tête de son Projet,
que le Bréviaire futur serait très court ; le grand moyen d'a-
bréviation, admis- aussi par Grancolas, était de faire dispa-
raître l'inégalité des Offices. La Lettre Pastorale adopte le
même système. On n'y dit pas , il est vrai , comme ces Doc-
teurs , que le but est de faire qu'on ait plus de plaisir à réciter
l'Office de la Férié que celui des Saints ; mais ce sera pour-
tant le résultat inévitable, surtout s'il s'agit des Saints dont
l'Office sera resté à neuf Leçons. La psalmodie que saint Ba-
sile trouvait excessive , était bien autre que celle du Psautier
Romain; on en peut voir le détail dans les Vies des Pères des
Déserts d'Orient; et si saint Benoît divise les Psaumes en
plusieurs sections , il fallait dire aussi que les Mâtines de son
Office se composent de douze Psaumes, trois Cantiques, douze
Leçons, douze Répons, l'Evangile du jour tout entier, etc.
Certes, c'est un avantage réel de pouvoir parcourir le Psautier
chaque semaine; mais, encore une fois, le Bréviaire de Paris
n'aurait pas obtenu un si brillant succès , si cette division
des Psaumes ne l'eût en même temps renduT&plus court
de tous.
c On a conservé au Dimanche sa prérogative d'exclure
> toutes sortes de fêtes, si ce n'est celles qui ont dans l'Eglise
Ue premier degré de solennité. > Nous sommes ici encore à
la remorque des Docteurs Foinard et Grancolas, qui avaient
suivi eux-mêmes Dom de Vert et Le Tourneux, dans leur
Bréviaire de Cluny. Le but avoué de cette Rubrique est de
diminuer le culte des Saints, sous le prétexte de défendre les
intérêts de Dieu, auquel seul appartient le Dimanche, trop
510 INSTITUTIONS
souvent occupé par la commémoration de quelqu'un de ses Ser
viteurs : il est juste de leur faire céder la place à leur Maître.
< Afin d'assigner à l'Office de chaque jour un but, et aussi
> pour les distinguer les uns des autres , le Dimanche , qui est
>le jour de la création de la lumière, de la i lion de
» Jésus-Christ et de la promulgation de la Loi, oa excite dans
» le cœur des fidèles l'amour de Dieu et de la loi divine. Le
> Lundi, on célèbre la chanté de Dieu et sa munificence en-
j vers les hommes. Les tro's jours suivants, on recommande
:» l'amour du prochain, l'espérance et !a fui. Le Vendredi g
» qui est le jour de la Passion de Jésus-Christ , l'Office a rap-
» port à la patience que i'un doit avoir dans les labeurs et les
i tribulations de cette vie. Enfin , le Samedi , on rend grâces
» à Dieu pour les bonnes œuvres accomplies par les fidèles et
>pour la récompense qui leur est assignée. > C'est ici le seul
endroit des nouvelles Liturgies dans lequel on ait voulu faire
du symbolisme ; mais pour faire du symbolisme , il faudrait
autre chose que de la bonne volonté. On pourrait dire d'abord
qu'il faudrait avoir vécu, il y a dix siècles, surtout s'il s'agit de
bymbolisme sur une matière aussi fondamentale que la signi-
fication des jours de la semaine. Il faudrait , en outre , que le
fonds prêtât à ce symbolisme; car il ne suffit pas d'attacher par
ordonnance une idée à un fait; ce fait doit être par lui-même
forme plus ou moins complète de l'idée. Certes, les fidèles |
du Diocèse de Paris ignorent profondément que le Lundi soit |
consacré à la bonté de Dieu , le Mardi à la charité fraternelle,
le Mercredi à l'espérance, etc. On ne s'occupe guère de le
enseigner, et s'ils veulent eux-mêmes consulter les anc*
liturgistes sur les mystères de la semaine, ils y trouvei
toute autre chose. L'Eglise, comme nous le dirons;
a attaché aux divers jours de la semaine la commémontl
de certains faits , parce qu'elle procède toujours par les fi
UTCRGIQCES. "H
par les abstractions. Nous reviendrons sar cesuj
continuons la lecture de la Lettre Pastoral
t Pour le rite de FOffice Quadragésimal , noos avons jugé
• équitable de rappeler Faacienne coutume de l'Eglise , qui
»ne jugeait pas que la solennité joyeuse des fêtes s'accordât
i assez avec le jeûne et la salutaire tristesse de la pénitence.
«Beaucoup de Diocèses nous avaient déjà précédé en cett^
•voie; c'est à leur exemple que nous avons ôté du Carême
• toutes les fêtes, à rexcepiion de celles dans lesquelles on
• s'abstient d'oeuvres serviles. > Ici, nous ne ferons qu'une
réflexion. Ou le Bréviaire de Paris a atteint par cette mesure
le véritable esprit de FEgiise dans la célébration du Carême,
ou ses rédacteurs se sont trompés sur cette grave matière.
Dans le premier cas , l'Eglise Romaine , qui jusqu'ici avait la
mission de corriger les antres Eglises , reçoit ici la leçon sur
une matière importante, les convenances Quadragésimales ,
de sa mie rEgfise de Paris. Dans le second cas , y a-t-il
donc si grand mal à supposer que Vigier et Mesenguy, bien
qu'appuyés de Foinard et de Grancolas, enfin de Le Tourneux
et D. de Vert , aient failli quelque peu dans une occasion où
3s avaient contre eux l'autorité de la Liturgie Romaine? Quoi
qu'il en soit, Paris s'est déjà relâché quelque peu de celte
sévérité, et Borne, de son côté, a jugé a propos, depuis
RF36, d'ajouter encore de nouveaux Saints dans la partie de
«on Calendrier qui correspond au Carême. Rendons grâces
toutefois anx rédacteurs du Bréviaire de Paris de n'avoir pas
suivi en tout ridée de Foinard ; ce Docteur voulait transférer
F Annonciation an mois de décembre , et , franchement , c'est
un peu loin do jour auquel ce grand mystère s'est accompli.
fl n'est pas besoin , sans doute , de remarquer ici combien la
suppression des fêtes qui tombent dans le cours du Carême
dut changer la physionomie de ce temps de Tannée, et quelle
31$ INSTITUTIONS
froide monotonie en est résultée. On sait bien qu'il en était
ainsi dans les premiers siècles; mais si Dieu , dans les siècles
suivants, a donné de nouveaux Saints à son Eglise, ce n'est
pas, sans doute, pour que nous allions systématiquement
fixer leur fête à un jour autre que celui de leur mort, dans
Je but étrange de maintenir libres les Fériés qui étaient va-
cantes au Calendrier, avant qu'ils vinssent au monde.
La Lettre Pastorale parle ensuite des Canons insérés dans
l'Office de Prime; mesure louable, mais que le Jansénisme ,
comme nous allons le voir, avait trouvé moyen de faire
servir à ses Ons. Elle dit ensuite un mot du Calendrier et
des Rubriques, après quoi, elle proclame l'obligation abso-
lue pour toutes les Eglises , Monastères , Collèges, Commu-
nautés, Ordres , et généralement tous les Clercs qui sont tenus
à l'Office divin , d'user de ce nouveau Bréviaire, à l'exclusion
de tout autre, tant en public qu'en particulier. C'est la clause
que François de Harlay avait mise en tête de son Bréviaire
et qui se trouve répétée, presque mot pour mot, dans toutes
les Lettres Pastorales qu'on lit dans tous les Bréviaires Fran-
çais depuis cette époque. Nous ne connaissons qu'une seule
exception ; elle se trouve dans la Lettre Pastorale de l'E-
vêque Poncet de la Rivière, en tête du Bréviaire d'Angers
de 1716. On y remarque ces paroles qui se trouvent aussi
dans le Missel du même Prélat , excepto Romano Breviario
ou Missali, pro reverentia primœ Sedi débita. C'était bien
le moins, en effet, après avoir expulsé des livres liturgiques
tout l'élément Romain, de laisser aux Clercs, que le désir
d'un Bréviaire plus court ne séduisait pas autant, la liberté de
répéter encore ces vénérables prières, auxquelles personne
\ie saurait enlever le caractère sacré que leur donnent l'anti-
quité, l'universalité; ces prières que l'Assemblée du Clergé
ip 1605 regardait encore comme Ja Liturgie de la France,
LITURGIQUES. 513
Tel était donc le plan du nouveau Bréviaire expliqué par
l'Archevêque Vintimille. L'exécution ne démentait pas les
promesses que nous venons délire. Tout, ou presque tout
était nouveau. Mais la nouveauté seule ne faisait pas le ca-
ractère de cette Liturgie. Elle donnait prise aux plus légi-
times réclamations, et se montrait véritablement digne de
ses auteurs. D'abord , toutes les hardiesses que nous avons
signalées dans le Bréviaire de Harlay s'y retrouvaient fidèle-
ment; puis, on avait enchéri sur l'œuvre de la Commission
de 1680. Si les auteurs de la correction du Bréviaire de
Harlay s'étaient proposé de diminuer le culte et la vénération
des Saints , de restreindre principalement la dévotion envers
la Sainte Vierge, d'affaiblir l'autorité du Pontife Romain , ce
plan avait été fidèlement continué dans le Bréviaire de 1736 ,
mais, de plus, on avait cherché, à infiltrer les erreurs du
temps sur les matières de la Grâce et autres questions atte-
nantes à celles-ci. Nous avons dit que le Bréviaire de Fran-
çois de Harlay avait, du moins, sur ce point, résisté à
l'envahissement des nouveautés , et fortifié même , en plu-
sieurs endroits, les dogmes de l'Eglise attaqués à cette époque.
1° Sur les questions soulevées par Baius, Jansénius et
Quesnel, et diriméespar l'Eglise, le Bréviaire de 1736 insi-
nuait souvent, en paroles couvertes, la doctrine de Vigier,
de Mesenguy et de Coûln. De nombreux retranchements
avaient eu également lieu dans le but de se débarrasser d'au-
torités importunes.
Ainsi, pour infirmer le dogme de la mort de Jésus-Christ
pour tous les hommes, on avait retranché de l'Office du
Vendredi-Saint l'Antienne tirée de saint Paul : Proprio filio
suo non pepercit Deus, sed pro nobis omnibus tradidit illum.
On avait fait disparaître d'une Leçon du Lundi de la Pas*-
sjon ces paroles ; Magnum mim facinus wat cujus confa
314 INSTITUTIONS
deratloillos faceret desperare , sed non debebant desperare pro
quibus in Cruce pendens Dominus est dignatus orare.
Pour favoriser le damnable système qui prétend que les
Commandements ne sont pas toujours possibles, et que Ton
ne résiste jamais à la grâce intérieure, on avait fait dispa-
raître de l'Oifice de saint Jacques le Majeur une Homélie de
saint Jean-Chrysostôme, parce qu'elle contenait ces paroles :
Christus ita locutus est ut indicaret non ipsius esse solius
dare , sed eorum qui decertant accipere. Nam si solius esset il
ipsius omnes homines salvi fièrent , et ad agnitio?iem veritatisl
venirent.
A la fête de sainte Agathe, une autre Homélie du mêmq
saint Docteur avait pareillement disparu , parce qu'on y lisai
ces mots: Quod ideo dixit ,ut ostenderet superiore nobis auxi
lio opus esse ( quod quidem omnibus illud petentibus paratun
est ) si volumus in hac luctatione superiores evadere.
On avait retranché pareillement la deuxième Leçon di
Lundi de la Pentecôte, qui renfermait ces paroles : Erg
quantum in medico est sanare venit œgrotum (Christus). lps
se interimit qui prœcepta medici servare non vult. Salvarino,
vis ab ipso : ex te judicaberis.
Dans la deuxième Leçon de l'Office de saint Léon , de
paroles de ce saint Docteur, qui semblaient mises là ton
exprès pour commander l'acceptation du Formulaire et
soumission à la Bulle, avaient été effacées. Mais aussi com
bien elles étaient expressives ! Damnent ( hœretici ) apert
professionibus sui superbi erroris auctores, et quidquid i
doctrina eorum universalis Ecclesia exhorruit detestentur
omniaque décréta Synodalia quœ ad excisionem hujus hœr
seos Apostolicœ Sedis confirmavit auctoritas , amplecti se et \
omnibus approbare, plenis et apertis ac propria manu su
scriptit protestationibus eloquantur.
LITURGIQUES. 515
Un passage de la troisième Leçon de saint Martin , Pape et
Martyr, avait également disparu. On en devinait sans peine
la raison , quand on se rappelait qu'il y était parlé de l'édit de
l'Empereur Constant , qui prescrivait le silence sur les ques-
tions de la foi , et de la résistance du saint Pape à une mesure
qui compromettait si gravement les intérêts de l'orthodoxie.
Les partisans du Silence respectueux avaient donc retranché
les paroles suivantes : Intérim Constans ut suo Typo ab om-
nibus subscriberetur , silentiumque in eo de quœstione Catho-
licos inter et Monothelitas agitata indictum observaretur, pri-
mum Olympium Exarchum Ravennatem Romam misit; tum
Calliopem Olympii successorem , a quo Martinus cum edicto
impio juxta Lateranense Concilium resisteret , Roma vi ab-
ductus est , etc.
C'était dans le même esprit que l'on avait supprimé , au
26 novembre , l'Office de sainte Geneviève du Miracle des
Ardens, à cause de certaines Leçons tirées de saint Irénée,
et dans lesquelles étaient données les règles pour discerner
les miracles des hérétiques d'avec ceux de l'Eglise Catho-
lique ; ce qui devenait par trop embarrassant, si on en vou-
lait faire l'application aux prodiges du Bienheureux Diacre.
Les additions et insertions faites au nouveau Bréviaire
Parisien , dans un but Janséniste , étaient nombreuses : mais,
en général, elles étaient prudentes, et les précautions avaient
été prises, au moins d'une certaine façon, contre les récla-
mations des Catholiques. C'est le propre de l'hérésie de pro-
céder par équivoques , de se retrancher dans les sinuosités
d'un langage captieux. Languet , dans sa discussion avec
l'Evêque de Troyes , a trop bien démasqué les artifices litur-
giques du Jansénisme pour que nous ayons besoin de faire
ici autre chose que citer des exemples tirés du Bréviaire de
Vigier et Mesenguy,
316 INSTITUTIONS
On sait que durant la première moitié du dix-huitième
siècle, les Jansénistes, déconcertés de leur petit nombre,
comparativement au reste de l'Eglise qui avait accepté la
Bulle, imaginèrent de se (aire un mérite de ce petit nombre,
prétendant que la visibilité de l'Eglise s'était obscurcie, que
la Vérité, c'est le nom consacré par lequel ils désignaient tout
leur système, ne triompherait qu'à l'arrivée d'Elie qui était
prochaine, et qui devait amener la conversion des Juifs et la
régénération de l'Eglise , par ce renfort considérable. Les
plus habiles de la secte entreprirent même de grands tra-
vaux sur l'Ecriture Sainte, pour appuyer ce système. Le
nouveau Bréviaire avait consacré tout le corps des Répons
du VIIe Dimanche après la Pentecôte , à célébrer de si
belles espérances. Comme toutes les paroles de ces Répons
étaient tirées de l'Ecriture Sainte , on se sentait inexpu-
gnable. Voici cette composition :
1er r). Surrexit Elias Propheta quasi ignis , et vcrbum ejus
quasi facula ardebat : * Verbo Dei continuit cœlum. y. Elias
homo erat similis nobis, passibilis : et oravit ut non plueret ,
et non pluit ; et rursum oravit, et cœlum dédit pluviam. *
Verbo Dei, etc.
Ce Répons est le début de l'œuvre toute entière : il n'y
faut pas chercher d'autre intention. Voici maintenant la,
mission du Prophète vers une Veuve désolée :
2e fy Factus est sermo Domini ad Eliam , dicens : Surge
et vade in Sarepta Sidoniorum , et manebis ibi ; prœcepi enim
ibi mulieri viduœ, ut pascat te : * Surrexit et abiit in Sarepta,
y. Multœ viduœ erant in diebus Eliœ in Israël , cum facta
esset famés magna in omni terra ; et ad nullam illarum Mis-
sus est Elias , nisi in Sarepta Sidoniœ, ad mulierem viduam,
* Surrexit.
Cette grande famine qui ravageait toute la terre, est cette
LITURGIQUES. 517
famine spirituelle dont la secte prétendait que l'Eglise était
travaillée; aussi le Prophète s'adressant au peuple, lui re-
proche-t-il de balancer entre la vraie et la fausse doctrine :
3e r). Accedens Elias ad omnem populum , ait : Usquequo
claudicatis in duas partes? * Si Dominus est Deus, sequimini
eum. f. Nemo potest duobus dominis servire. * Si.
Après ce prélude, viennent les Répons du second Noc-
turne, dans lesquels le but des rédacteurs, toujours cachés
derrière le Prophète, devient de plus en plus manifeste. C'est
Israël même qui a rompu le pacte avec Dieu ; Elie se plaint
d'être seul resté fidèle , et encore ses jours sont menacés.
4e ^. Ecce vox Domini ad Eliam ; et ille respondit : Zelo
zelatus sum pro Domino Deo exercituum , quia dereliquerunt
pactum tuum filii Israël : * Prophetas tuos occiderunt gladio ,
derelictus sum ego solus, et quœrunt animam meam ut aufe-
rant cam. f. An nescitis inElia quid dicit Scriptura , quem-
admodum interpellât Deum adversum Israël ? * Prophetas,
Cependant, Elie n'est pas seul. Israël renferme encore
sept mille hommes fidèles. Le nombre n'est pas considérable,
mais aujourd'hui encore, ne voit-on pas que V élection gra-
tuite opère dans la même proportion , jusqu'à ce que vienne
la prédication d'Elie ?
5e ^. Quid dicit Eliœ divinum responsum ? Reliqui mihi
septem millia virorum qui non curvaverunt genua ante BaaL
* Sic ergo et in hoc tempore reliquiœ secundum electionem
gratiœ salvœ factœ sunt, f. Antequam veniat dies Domini
magnus , convertet Elias corpatrum adfXios, et cor fdiorum
ad patres eorum. * Sic ergo.
Maintenant, que fera Elie? Il restituera les tribus de Ja-
cob; il rétablira toutes choses, et ces merveilles auront lieu
bientôt , car le Prophète est sur le point de paraître.
6e ^. Elia, quis potest similiter sic gloriari tibi? Qui re-
518 INSTITUTIONS
ceptus es in turbine ignis , in curru equorum igneorum : qui
script us es in judiciis temporum * Lenire iracundiam Domini ,
conciliare cor patris ad filium , et restituere tribus Jacob.
y. Elias quidem venturùs est et restituet omnia : dico autem
volts, quia Elias jam venit. * Lenire.
Le langage devient plus expressif, au troisième Nocturne.
On y dénonce les faux Prophètes. Ce sont d'abord les Doc-
leurs qui enseignent de faux dogmes : ceux qu'on cherche à
flétrir du nom de Molinistcs.
7° fy Attendite a falsis prophetis , qui* Vcniunt ad vos in
vestimentis ovium , intrinsecus autem sunt lupi rapaces,
f. Non misi eos , et ipsi prophetant in nomine meo mendaciter,
ut pereatis. * Veniunt.
En second lieu , ces faux Prophètes sont les Docteurs de
la morale relâchée ; le lecteur sait quelle école on désigne
ainsi dans le parti.
8° ^. Prophetant de corde suo : * Consuunt pulvillos sub
omni cubito manus, et faciunt cervicalia sub capite ad capien-
das animas, y. A fructibus eorum cognoscetis eos. * Consuunt.
En troisième lieu , ces faux Prophètes sont des hommes
vertueux à l'extérieur, témoin celui que les Molinistes ap-
pellent saint Vincent de Paul et que la secte persiste à vouloir
toujours nommer Monsieur Vincent. Il importe donc de se
prémunir contre cette troisième classe de séducteurs.
9e ^. Non omnis qui dicit mini. Domine, intrabit in reg-
num cœlorum ; sed * Qui facit voluntatem Patris mei, ipse
intrabit in regnum cœlorum. v. Qui custodit mandatum , eus-
todit animam suam. * Qui.
Voilà un échantillon du savoir faire de nos liturgistes. Que
si quelques-uns de nos lecteurs trouvaient nos défiances
exagérées, ou injustes, nous leur conseillerons de lire les
livres du parti, les ouvrages de Duguet, par exemple, les
LITURGIQUES. 313
Nouvelles Ecclésiastiques , etc., iîs ne tarderont pas à de-
venir familiers à ce langage biblique de la secte. A force
de rencontrer, dans les diatribes du parti contre le Pape ,
les Evêques constitutionnaires , les Jésuites, etc. , les textes
que nous venons de citer, iîs les reconnaîtront aisément
dans les Répons du VIIe Dimanche après la Pentecôte , et
dans plusieurs autres endroits du Bréviaire.
Certes, nous ne nous donnerons pas la peine et nous ne
causerons pas au lecteur l'ennui d'une complète énumération
des passages scabreux du Bréviaire de Vintimiile : cependant,
nous en signalerons encore quelques-uns. Prenons, par
exemple, l'Office des Vêpres et des Compîies du Dimanche,
Office populaire, s'il en fût jamais, et voyons comment la
secte s'y était prise pour lui donner une couleur nouvelle et
conforme à ses vues.
Dans la Liturgie Romaine, le Capitule de Vêpres, lecture
solennelle après la psalmodie , a pour but de recueillir la
prière d'action de grâces du peuple fidèle , dans ce jour
du Seigneur dont le repos est à la fois un acte religieux et
une consolation. Quoi de plus touchant et de plus propre
à inspirer la confiance en Dieu , que ces belles paroles de
saint Paul !
Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu-Christi, Pater
misericordiarum et Deus totius consolationis qui consolatur
nos in omni tribulatione nostra !
Ne voit-on pas que le choix de ces divines paroles n'a pu
i être fait que par notre miséricordieuse Mère la sainte Eglise,
qui cherche toujours à nourrir et accroître notre abandon
envers notre Père céleste. Elle n'approuve pas qu'on effraie
les fidèles en mettant trop souvent sous leurs yeux les ter-
iribles mystères de la Prédestination et de la Réprobation,
iinystères à l'occasion desquels plusieurs ont fait naufrage
320 INSTITUTIONS
dans la foi (1). La secte Janséniste, au contraire, ne voit
qu'une chose dans la religion; elle ne parle que de prédes-
tination , d'efficacité de la grâce, de nullité de la volonté hu-
maine, de pouvoir absolu de Dieu sur cette volonté. Voici
donc comment elle a frauduleusement remplacé le sublime
Capitule que nous venons de lire. Remarquons que le pas-
sage qu'elle y a substitué commence à peu près de la même
manière , pour atténuer , autant que possible , le fait du
changement; mais lisons jusqu'au bout :
Benedictus Deus et Pater Domini nostri J esu-Christi , qui
benedixit nos in omni benedictione spirituali in cœlestibus in
Christo, sicut elegit nos in ipso ante mundi constitutionem , ut
csscmus sancti et immaculati in conspectu ejus in charitate.
Le Chrétien qui écoute la lecture du premier de ces deux
Capitules, entendant dire que Dieu est le Père des miséri-
cordes, le Dieu de toute consolation, si, dans ce seul jour de
(i) C'est la pratique générale de tous les temps et de tous les lieux ,
si on excepte l'époque du Pelagianisme, dans laquelle il était néces-
saire de prémunir les fidèles contre Terreur; encore doit-on remarquer
une grande différence entre le ton de saint Augustin dans ses Lettres
et ses Traités, et celui qu'il prend sur les mômes matières dans ses
Discours populaires et ses Homélies. Nous rappellerons ici les Règles
que donne sur cet article saint Ignace de Loyola , à la (in du fameux
livre des Exercices , livre dont la doctrine est formellement approuvée
et garantie par le Siège Apostolique : Décima quarta Régula. Adver-
tendum quoqueest quamquam verissimum sit nemini contingere salutem
nisi prœdestinato ; circumspecte tamen super hoc loquendum esse, ne
forte gratiam seu prœdestinalionem Dei nimis extendentes , liberi arbi-
tra vires et operum bonorum mérita excludere velle videamur. A la Règle
quinzième , il est dit : Stmilem ob causant frequens de prœdestinatione
sermo liabendus non est. A la dix-septième : De gratia ergo ipsa diffuse
quidem loqui fas est , Deo aspirante , sed quatenus in gloriam ejus ube-
riorem redundat , idque juxta modum convenientem, nostris prœsertim
temporibus tam periculosis ; ne et liberi arbitrii usus et operum bonorum
cf/icacia tollalur.
* .
LITURGIQUES. 521
la semaine, où un peu de loisir lui est donné pour réfléchir
sur son âme, il sent en lui-même quelques désirs d'amen-
dement , trouvera dans ces douces paroles un motif de
conversion; il se lèvera, et, comme le prodigue, il ira à son
Père. Le pécheur, au contraire, qui entend lire le second
Capitule et qui sent que dans ce moment il n'est ni saint,
ni immaculé, où prendra-t-il la force de se relever? On
lui dit que, pour parvenir au salut, il faut avoir été élu en
Jésus- Christ avant la création du monde. Quelle garantie
aura-l-ii de celle élection pour lui-même? Dans cette incer-
titude, il ne répondra pas aux avances que la grâce lui fai-
sait au fond de son cœur. Il secouera le joug d'une religion
qui désole, au lieu de consoler. Ou convient assez généra-
lement aujourd'hui que lePrédestinatianisme plus ou moins
triomphant dans la Chaire, et le rigorisme de la morale, ont
été pour moitié dans les causes de l'irréligion, au dix-hui-
tième siècle.
L'Hymne de saint Grégoire, Lucis Creator optime, qui suit
le Capitule, dans l'Office des Vêpres du Bréviaire Romain,
et dans laquelle l'Eglise remercie avec tant de noblesse et
d'onction le Créateur, pour le don sublime de la lumière
physique, et lui demande la lumière des âmes, avait été sup-
primée. En place, on lisait une Hymne de Coftln, pièce d'un
langage élevé et correct, il est vrai; mais, à la dernière
strophe, un vers avait été lancé à dessein. On y demandait
à Dieu qu'tf veuille nous adapter à toute espèce de bien. Ad
omne nos apla bonum. Sans doute, cette expression est de
saint Paul; mais il y a long-temps que saint Pierre nous a
prévenus que les hérétiques détourneraient les paroles de ce
grand Apôtre des Gentils à des sens pervers (1), et ce vers
(l) Sicut et carissimus fraler noster Paulus secundum daiam sibi
sapientiam scripsit vobis, sicut et in omnibus Epi&tolis, Ijqiuns in eis
T. II. 21
/
322 INSTITUTIONS
de l'Hymne ne nous rappelle que trop l'affectation avec la-
quelle le texte dont il est emprunté a été placé dans la Béné-
diction du Lecteur, à l'Office de Prime, en celte manière :
Deus pacis aptet nos in omni bono , ut faciamus ejus volunta-
tem, faciensin nobis quod pîaceat coramse. Ce sont précisé-
ment ces paroles et d'autres semblables que les Jansénistes
nous objectent, pour établir leur système de l'irrésistibilité
de la grâce. On sait bien que l'Ecriture est la parole de Dieu ;
mais on sait aussi qu'elle est un glaive à deux tranchants qui
peut défendre de la mort, ou la donner, suivant la main qui
l'emploie. C'est ici le lieu de se rappeler la remarque de Lan-
guet sur des textes du même genre dans le Missel de Troyes.
Si, au temps de l'hérésie Arienne , quelqu'un se fût avisé de
composer une Antienne avec ces paroles : Pater major me
est; ou, au temps de la Réforme, avec celles-ci : Spiritus
est quivivificat ; caro autem non prorIa>t quidquam, nYÙL-on
pas eu raison de considérer de pareilles Antiennes comme
hérétiques par suite de leur isolement du contexte saeré?
Cependant, l'Ecriture Sainte toute seule en eût fourni la ma-
tière.
A rOfïicc de Complies, l'Eglise Romaine met les Psaumes
sur une Antienne tirée de l'un d'eux, et qui est un cri du
ecrur vers Dieu, au milieu des ombres de la nuit. Miserere
mei , Domine, et exaudi orationem meam ! Le nouveau Bré-
viaire n'avait pas voulu garder celte Antienne. C'était pour-
tant une prière, cl une prière tirée de l'Ecriture Sainte. Or
avait mis en place un Verset du Psaume XC. Scato circum
dabil te veritas ejus ; non timebis a timoré noclurno. Qu'est-ce
que cette Vérité qui sert de bouclier au fidèle? quelle es!
de bis; in quilmssunt qi a dam difficilia iotellectu quae indocti et in*
tabiles dépravant, sicut et caeteras Scripturas ad suam ipsorum pefdi
tiooem. /. in. ///. 15. 16
LITURGIQUES. 3^5
cette Nuit dont il ne faut pas craindre les terreurs ? Les
écrits du parti ne cessent de parler de l'une et de l'autre. La
vérité, c'est la doctrine opposée à la Bulle; la nuit , c'est
Y obscurcissement de l'Eglise.
Ecoutons-les maintenant, dans le Capitule qui vient bien-
tôt après cette Antienne :
Omnes vos filii lucis estis et filii diei ; non sumus noctis ne-
que tenebrarum ; igitur, non dormiamus sicut et cœteri, sed
vigilemus et sobrii simus.
Toujours même esprit : Les enfants de la lumière, et les
enfants des ténèbres ; ne pas dormir comme les autres. Tout
cela serait parfait, en d'autres temps, et dans une autre
bouche ; mais que l'Eglise Romaine a bien un autre esprit. ,
lorsqu'au lieu de placer ici une froide exhortation, elle
s'écrie avec tendresse au nom de ses enfants :
Tu autem in nobis es , Domine , et nomen sanctum tuum
invocatum est super nos ; ne derelinquas nos, Domine Deus
noster !
Vient ensuite le ^. In manus tuas, Domine, commendo
spiritum meum. Le nouveau Bréviaire l'avait gardé ; mais
voyez ici la différence de la véritable Mère d'avec celle qui
n'en a que le nom. L'Eglise Romaine, afin que chaque fidèle
puisse répéter avec confiance ces douces paroles : In manus
tuas commendo spiritum meum, émet tout aussitôt le motif qui
produit cette confiance dans le cœur du dernier de ses enfants.
Tous ont droit d'espérer, car tous ont été rachetés : Rede-
misti nos, Domine, Deus veritatis. Ecoutez maintenant Vi-
gier et Mesenguy : Redemisti me, Domine, Deus veritatis. La
rédemption , suivant eux , n'est pas une faveur générale ; le
Christ n'est pas mort pour tous. L'Eglise ne peut donc pas
dire : Redemisti nos ! Que si vous leur reprochez l'altéra-
tion du Répons , ils vous diront qu'ils n'ont fait que rétablir1
5-2 i INSTITUTIONS
le texte sacré; que dans l'Ecriture, il y a redemisti me. —
Sans doute, et c'est pour cela même que l'Eglise, interprète
de l'Ecriture , craignant qu'on n'en tirât de fausses consé-
quences, avait dit : Redemisti nos. Dans la Liturgie, il arrive
sans cesse que des passages de l'Ecriture sont interprétés,
adaptés pour la nécessité du service divin. Les nouveaux livres
ont eux-mêmes retenu un certain nombre de prières dans les-
quelles les paroles de l'Ecriture ont été modifiées par l'Eglise.
Ils en ont même de nouveaux composés dans le même goût.
Après le Répons bref, le Bréviaire Romain, toujours at-
tentif à nourrir les fidèles de sentiments affectifs et propres à
entretenir la confiance, avait ajouté cette touchante prière
dans le Verset :
Custodi nos , Domine, ut pupillam oculi ; sub umbra ala-
rum tuarum protège nos.
C'est la même intention que dans le Redemisti nos. Le
nouveau Bréviaire, toujours d'après le même système, in-
dividualisant la Rédemption et ses conséquences, avait mis,
sous le même prétexte de l'intégrité du texte sacré : Cus-
todi me , protège me.
Mais voici quelque chose de bien plus fort, et en quoi ap
paraît merveilleusement l'intention des novateurs dans tout
cet ensemble. L'Eglise Romaine , après le Cantique de Si
méon , mettait dans la bouche de ses enfants, prêts à se livre
au repos, une Antienne composée de ces touchantes paroles
Salva nos, Domine, vigilantes ; custodi nos dormientes , v
vigilemus cum Chrislo et requiescamus in pace. Le nouvea
Bréviaire , après avoir expulsé cette pieuse formule, la ren
plaçait par ce Verset de la Bible : Domine, dabispacem nobù
omnia enim opéra nostra operatus es nobis. On en voit l'ir
tenlion. Pendant toute la journée qui va finir, nous n'avo
point agi ; c'est la grâce qui a fait nos œuvres, Que le
LITURGIQUES. 325
gneur maintenant nous donne le repos , comme il nous a
donné l'action. Tel était l'Office des Complies dans le nouveau
Bréviaire. Sous le masque de cette exactitude littérale au
texte sacré, nos faiseurs, comme les appelle Languet, se
sentaient inexpugnables vis-à-vis de gens qui leur avaient
accordé ce principe, qu'on devait composer l'Office divin avec
des passages de l'Ecriture : cette dangereuse opinion, ressus-
citée depuis un demi-siècle, avait prévalu dans la plupart des
esprits. Nous avons vu que tout le zèle de Languet n'avait
pu obtenir que la rétractation de l'Evêque de Troyes portât
sur cet article.
Ce n'était pas seulement l'Ecriture Sainte que les rédac-
teurs du Bréviaire avaient fait servir, à force de la tronquer,
au plan criminel qu'ils s'étaient proposé , de faire de la Li-
turgie un moyen de soutenir le Jansénisme. Dans leurs mains,
l'antiquité chrétienne, soumise au même système de muti-
lation, n'était pas une arme moins dangereuse pour l'ortho-
doxie. Les passages des Pères placés dans les Leçons , loin
d'être dirigés contre les nouvelles erreurs sur la Grâce, ainsi
qu'on avait eu soin de le faire en plusieurs endroits du Bré-
viaire de Harîay, donnaient plutôt à entendre, au moyen de
coupures faites à propos, des sens tout opposés à ceux de la
vraie doctrine. On avait placé une suite de Canons des Con-
ciles à l'Office de Prime, et cette innovation, que d'ailleurs
nous sommes loin de blâmer en elle-même, outre qu'elle ser-
vait le système de ces Docteurs qui depuis tant d'années ne ces-
saient de redemander l'ancienne discipline, avait été conduite
de manière à ce qu'on n'y rencontrât pas une seule citation
des Décrétales des Pontifes Romains , qui ont pourtant dans
l'Eglise une autorité supérieure, pour le moins, à celle d'une
infinité de Conciles particuliers et même de Synodes qu'on
y voit cités. On avait trouvé moyen de placer, au Mardi de la
526 INSTITUTIONS
quatrième semaine de Carême , quelques paroles du XIe Ca-
non du IIIe Concile de Tolède, en »v>89, qui enchérissaient
sur la 87e Proposition de Quesnel. Voici le Canon : Secundum
formant Canonum antiquorum dentur pœnitentiœ , hoc est,
ut prius eum quem sui pœnitet facti , a communione suspen-
sum faclat inter reîiquos pœnitentes ad manus impositioncm
crebro recurrere ; expleto autem satisfactionis tempore, sicuti
sacerdotalis contemplatio probaverit, eum communioni resti-
tuât. Voici maintenant la Proposition de Quesnel : Modus
plenus sapientia , lumine et charitate, est dare animabus tem-
pus portandi eum humilitate, et sentiendi statum peccati ,
petendi spiritum pœnitentiœ et contritionis , et incipiendi ad
minus satisfacere justitiœ Dei, antequam reconcilientur. Il y
avait , certes, en tout cela , de quoi faire ouvrir les yeux aux
moins clairvoyants.
Quant aux Hymnes du nouveau Bréviaire, elles étaient
généralement fort discrètes sur l'article de la Grâce. L'in-
tention secrète était aisée à sentir; mais les mots trahissaient
rarement le poète. Cofïin, si supérieur à Santeul, excellait
à rendre, dans ses strophes, les fortes pensées de l'Epître
aux Romains; son vers cherchait l'écueil avec audace, mais
l'évitait avec une prudence infinie. Chacune de ses Hymnes,
prise vers par vers , était irréprochable pour ce qu'elle di-
sait ; on ne pouvait reprocher à l'ensemble que ce qu'il ne
disait pas. Mais ce silence était la plus complète déclaration
de guerre, de la part d'une secte qui avait écrit sur son
drapeau : Silence , et même silence respectueux. Nous en
avons assez dit sur l'indignité irrémédiable de Coffîn à rem-
plir, dans l'Eglise Catholique , le rôle d'hymnographe. // était
notoirement hors l'Eglise : ceci dit tout. Il n'est donc môme
pas nécessaire de rappeler à son propos les notes fixées par
saint Bernard, dans sa fameuse Lettre a Guy, Abbé de Mon-
LITURGIQUES. 327
tier-Ramey, et dont nous avons fait ci-dessus l'application
à Santeul. Au reste, ce dernier hymnographe triomphait dans
le nouveau Bréviaire , à côté de Coffin ; il y avait obtenu une
plus large place que dans celui de Harlay. On remarquait
surtout son Hymne des Evangélistes, dans l'Office de saint
Marc et de saint Luc, et les Jansénistes se délectaient dans
la fameuse strophe citée plus haut :
Insculpta saxo lex vêtus
Prœcepta, non vires dabat :
Inscripta corcli lex nova
Quidquid jubet dat exequi.
Pour en finir sur les Hymnes du nouveau Bréviaire , nous
dirons que cette œuvre en renfermait un grand nombre; ce
qui prouvait que si les rédacteurs, comme D. de Vert et Le
Tourneux , craignaient la parole humaine dans les Antiennes
et les Répons , comme eux aussi , ils la souffraient bien volon-
tiers dans d'autres compositions. Au reste, on avait retenu un
certain nombre d'anciennes Hymnes dont plusieurs avaient été
retouchées par Coffin ; d'autres enfin appartenaient à Santeul
de Saint-Magloire , La Brunelière, Habert, Pétau, Commïre,
Le Tourneux, Besnault, Curé de Saint-Maurice de Sens, etc.
2° Si maintenant nous considérons la manière dont le nou-
veau Bréviaire avait traité le culte des Saints , on dirait que
les auteurs avaient pris à tâche d'enchérir sur les témérités
de François de Harlay. Déjà , nous avons vu comment le sys-
tème de la prépondérance du Dimanche sur toutes les fêtes
occurrentes, à moins qu'elles ne fussent du premier degré,
système admis dans tous les nouveaux Bréviaires et dans ce-
lui de Paris en particulier, enlevait de solennité au culte des
Saints; combien, sous couleur de rétablir les usages de l'an-
tiquité , il était en contradiction avec l'Eglise Romaine , à qui
528 INSTITUTIONS
il appartient d'instruire les autres Eglises par ses usages.
Encore on ne s'était pas borné à établir une règle aussi dé-
favorable au cuite des Saints, le Calendrier avait subi les
plus graves réduciions. En janvier, on avait supprimé les
Octaves de saint Etienne , de saint Jean , des saints Innocents
et même de sainte Geneviève, la fêle de sainte Emérentienne
et l'antique Commémoration de sainte Agnès, au 28, qui
est regardée comme un des pins précieux monuments li-
turgiques du Calendrier Grégorien. En février, la Chaire de
saint Pierre à Antioche avait disparu. En mars, saint Aubin
n'avait plus qu'une simple mémoire. En avril, la fête de saint
Vital était retranchée, le culte de saint Georges et de saint
Euirope était réduit à une Commémoration. En mai, on avait
effacé les saints Alexandre, Eventien et Théoduîc, sainte.
Domitiîle, la Translation de saint Nicolas, saint Urbain, les.
saints Cantius, Caniiamis, cl Cantianiila. En juin, ornière-'
trouvait plus les saints Uasilide, Cyrinus, Nabor et Kazaire, ,
les saintes Modeste et Crescence, les saints Marc et Mar-
cellien, ni les Octaves de saint Jean- Baptiste et de saint
Pierre et saint Paul. En juillet, étaient effacés saint Thi-
bault, les saints Processe et Martinicn, saint Alexis, sainte
Marguerite, sainte Praxède , les saints Abdon et Sennen.;
En août, avaient disparu sainte Suzanne, saint Cassien ,
saint Eusèbe, saint Agapet, les saints Timotbée et Apolli-
naire, et les saints Félix et Adaucte. Le mois de septembre
ne présentait d'autre suppression que celle de saint iNico-
mède. Saint Marc et saint Caîiixte, Papes, avaient été re-,
tranchés, au mois d'octobre. En novembre, on avait ôté les
Quatre Couronnés, saint Théodore, l'Octave de saint Mar-
tin, saint Véran, saint Mennas, sainte Félicité, sainte Ge-r
neviève du Miracle des Ardens; saint Martin, Pape, élail
réduit à une simple Commémoration. Décembre, enfin , avaiç
LITURGIQUES. 529
vu disparaître sainte Barbe et l'Octave de la Conception;
saint Thomas de Cantorbéry était transféré au mois de juillet,
et saint Sylvestre réduit à une simple Mémoire.
L'Eglise de Paris, comme Ton voit, en acceptant le nou-
veau Bréviaire, se privait, de gaieté de cœur, d'un grand
nombre de protecteurs, et il est difficile d'exprimer quel
avantage elle pourrait tirer d'une si étrange épuration du
Calendrier. Nous allons examiner en détail quelques-unes de
ces suppressions ; mais nous ne pouvons dès à présent nous
empêcher de signaler comme déplorable le système d'après
lequel on privait l'Eglise de Paris de deux des fêtes de sa
glorieuse palrone. En outre, parmi ces divers Saints sacrifiés
à l'antipathie Janséniste , si la plupart , tirant leur origine du
Calendrier Romain, rappelaient d'une manière trop expresse
la source à laquelle l'Eglise de Paris, durant neuf siècles,
avait puisé sa Liturgie , plusieurs de ces Saints qui appar-
tiennent exclusivement à la France , comme saint Aubin ,
saint Eutrope , saint Thibault , saint Véran , n'en avaient pas
moins été honteusement expulsés. On remarquait aussi que le
nouveau Calendrier ne renfermait presque aucun des saints
nouvellement canonisés, quoiqu'ils eussent bien autant de
droit aux hommages de l'Eglise de Paris que ceux des pre-
miers siècles. Mais cette fécondité de l'Epouse du Christ qui lui
fait produire en chaque siècle des fils dignes de sa jeunesse,
démentait trop fortement le système de la secte sur la vieillesse
de l'Eglise , et pouvait devenir gênant dans ses conséquences.
Un bouleversement notable avait eu lieu dans le Calendrier
des mois de mars et d'avril. On cherchait en vain à leurs jours
propres saint Thomas d'Aquin , saint Grégoire le Grand ,
saint Joseph, saint Joachim, saint Benoît, sainte Marie Egyp-
tienne, saint Léon le Grand. Le désir de donner plus de tris-
tesse au temps du Carême avait porté nos réformateurs à les
330 INSTITUTIONS
rejeter à d'autres jours , choisis presque toujours arbitrai-
rement. Par là, les Eglises, les corporations placées sous
le patronage de ces Saints, se voyaient frustrées de leurs
traditions les plus chères; les fidèles, qui ne pouvaient rien
comprendre aux motifs d'une semblable mesure, se trouvaient
pareillement dans l'embarras pour connaître le jour auquel
ils célébreraient désormais les Saints qui étaient l'objet de
leur dévotion particulière. S'ils sortaient du Diocèse de Paris
pour aller dans un autre, ils retrouvaient leurs Saints bien-
aimés aux mômes jours auxquels ils avaient eu coutume
de les célébrer : comment expliqueraient-ils ces variations
inouies jusqu'alors? Et plût à Dieu que les nouvelles Litur-
gies n'eussent contribué, que par ce seul endroit, à dépo-
pulariser en France les choses de la religion ?
Si maintenant nous examinons la manière dont les Offices
des^Saints en eux-mêmes avaient été traités dans le nouveau
Bréviaire, nous sommes bien obligé de dire qu'on avait encore
enchéri sur le Bréviaire de Harlay . La censure de la Sorbonne,
contre le Bréviaire d'Orléansde 1548, était applicable demot
à mot aux nouveaux Offices. Des fêtes de neuf Leçons avaient
été réduites à trois , et des fêtes de trois Leçons n'avaient plus
qu'une simple mémoire. La plupart du temps , on avait re-
tranché les miracles des Saints. Plusieurs traits importants
pour l'édification avaient été élagués , comme le récit des jeûnes,
des macérations des Saints , les fondations et dotations d'E-
glises faites par eux. On avait supprimé leurs Hymnes propres,
leurs Antiennes, etc. (1). Ainsi parlait l'Université de Paris,
en 1548, et elle ajoutait que ces changements étaient une
chose imprudente, téméraire, scandaleuse, et qui donnait même
quelque lieu de soupçonner l'envie de favoriser les hérétiques.
(1) Vid. ci-dessu?. Tomo I. page 458,
LITURGIQUES. 551
Il faudrait un volume entier pour relever toutes les inten-
tions qui ont présidé à la rédaction du corps des Légendes
des Saints, dans le nouveau Bréviaire. C'est là que Fart des
réticences est porté à la perfection ; que la nouvelle critique
s'exerce dans toute son audace et aussi dans toute sa séche-
resse. Nous aurons le loisir d'y revenir jour par jour, dans
l'explication générale de l'Office divin ; mais nous ne pouvons
mieux qualifier toutes ces Légendes , qu'en disant qu'elles
forment, pour l'esprit et la couleur, un abrégé exact desVies
des Saints , malheureusement trop répandues, de l'Acolyte
Mesenguy, qui n'avait ainsi qu'à mettre en latin, en le rétré-
cissant encore , son propre ouvrage.
La Lettre Pastorale nous dit qu'on a évité tout ce qui
pourrait nourrir, à l'égard des Saints, une stérile admiration,
et comme nous l'avons remarqué à ce propos, cette crainte a
été cause que l'on a gardé le silence sur les Stigmates de saint
François. C'est sans doute dans une semblable intention que,
dans la vie du même Patriarche, on avait retranché les célèbres
paroles par lesquelles il exhorte , en mourant , ses disciples
à garder la pauvreté , la patience et la foi de la sainte Eglise
Romaine. On ne saurait croire jusqu'à quel degré cette manie
d'effacer, de cacher, de dissimuler les traditions sur les
Saints, était parvenue. Quel homme, par exemple, enlisant
ces paroles au sujet de la mère de saint Dominique , hune
mater dum utero gestaret quœdam vidisseper quietem traditur,
penserait que cette illustre femme vit un chien tenant dans
sa gueule un flambeau, pour embraser le monde? Tout ce
magnifique symbolisme est rendu par nos faiseurs dans ce
seul mot: Quœdam. Nous citons ce trait entre mille. Réunissez
deux clercs, dont l'un récite le Bréviaire de Vintimille et
l'autre le Bréviaire Romain : supposons qu'ils ne connaissent
l'un et l'autre la vie des Saints, que par les Leçons de leur
332 INSTITUTIONS
Bréviaire. Qu'ils aient maintenant l'un et l'autre à s'expliquer
du haut de la chaire sur les actions , les vertus , les miracles,
les attributs des Saints. Le premier ne pourra rendre raison
que d'un petit nombre de faits et de traditions ; le second sera
à môme de dispenser avec munificence un trésor de lumière
et d'édification. Quand la foi est vive dans un pays, le culte des
Saints , la connaissance de leurs actions et des merveilles que
Dieu a opérées en eux, y sont populaires; quand cette dé-
votion diminue, la vraie piété s'éteint, le rationalisme en-
vahit tout. Or, c'est dans les Eglises que le culte des Saints
se nourrit et se réchauffe ; c'est dans les Hymnes et les An-
tiennes séculaires qu'il se conserve. Gardée à la fois par les
< hanls de l'autel et les vitraux du Sanctuaire, la Légende
sacrée ne s'efface pas et protège la foi des générations. Quand
donc reverrons-nous les merveilles des siècles Catholiques?
Sera-ce quand nous aurons beaucoup de Cathédrales rebâ-
ties dans le style du treizième siècle , beaucoup de pastiches
des arts du moyen-âge? Non , ce sera quand nous aurons
réappris la Vie des Saints, quand nous comprendrons leurs
héroïques vertus, quand nos cœurs auront retrouvé cette
foi naïve qui faisait qu'on était en repos sur ses besoins spi-
rituels et corporels, quand on avait prié devant la châsse
qui renfermait les ossements de ces amis de Dieu. Ces temps
doivent-ils revenir pour nous? Nous ne savons; mais nous
tenons pour assuré que si l'antique vénération des Saints doit
de nouveau consoler notre patrie , les Légendes du Bréviaire
de Paris auront alors disparu du livre des prières du Prêtre.
5° Quant à la manière dont le culte de la Sainte Vierge,
ce culte que îes théologiens , à cause de son excellence
propre, nomment hyperdulie, avait été traité dans le nouveau
Bréviaire, nous n'en pouvons parler qu'avec un profond sen-
timent de tristesse. On peut dire que c'est là la grande plaie
LITURGIQUES. 355
des nouveaux Bréviaires , et les gens les plus bienveillants ,
ou, si Ton veut, les mieux prévenus, sont bien obligés
de convenir que les rédacteurs ont eu V intention expresse
de diminuer les manifestations de la piété catholique en-
vers la Mère de Dieu. Nous avons raconté les attentats
sanctionnés par François de Hariay, dans le Bréviaire de
1680; mais du moins, dans ce livre, on avait gardé des
mesures : on n'en gardait plus dans le Bréviaire de 4756.
Voici d'abord comment avaient été déhonorées les Hymnes
les plus chères à la piété catholique. Commençons par
Y Ave, maris Stella. Cet admirable Cantique qui fait la joie
et la consolation de l'Eglise, exprime avec assurance le
pouvoir de Celle qui n'a besoin que de demander à son Fils
pour obtenir, et qui nous sauve par sa prière, comme Lui
par sa miséricorde. L'Eglise demande ses besoins à Marie ,
parce qu'elle peut les soulager, en les exposant maternelle-
ment au Sauveur :
Sumat per te preces
Qui pro nobis nalus
Tulit esse tuus.
*
Jaloux de ce pouvoir de recommandation accordé à une
pure créature, le farouche Jansénisme avait en horreur cette
Hymne si tendre. Chargé de la réformer, il se livre à cette
œuvre avec joie ; îl se gardera bien de la remplacer par une
autre. Il aime mieux la corriger, la rendre chrétienne, faire la
leçon à l'Eglise Romaine et à toutes celles qui la suivent , in-
sulter enfin l'idolâtrie papiste dans ses derniers et plus sacrés
retranchements. Nous allons placer en regard la leçon catho-
lique , et celle de Coffin , en demandant toutefois pardon à la
Reine du ciel et de la terre, de donner cette publicité à
un des outrages les plus sanglants et les plus froidement
334 INSTITUTIONS
calculés qu'elle ait reçus. Mais nous devons dire la vérité
et faire connaître les hommes qui disposaient alors de la
Liturgie.
Texte de Jt' Eglise Romaine, Texte de Coflin, dans le
conservé par François de Bréviaire de Vintimille
Harlay . ( 1" édition ) .
Ave , maris Stella ,
Dei Mater aima,
Atque semper Yirgo ,
Félix cœli porta.
Sumens illud ave
Gabrielis ore
Funda nos in pace
Mutans Evœ nomen.
Solve vinclà reis ,
Profer lumen cœcis,
Mala nostra pelle ,
Bona cuncta posée.
Monstra te esse matrem
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus
Tulit esse tuus.
Virgo singularis
Inter omnes mitis ,
JNos culpis solutos
Mites fac et castos.
Vitam praesta puram ,
Iter para tutum ,
Ut videntes Jesum ,
Semper collaetemur.
Ave , Maris Stella ,
Dei Mater aima
Atque semper Virgo ,
Félix cœli porta.
Virgo singularis,
Verae vitae parens ,
Quœ mortem invexit
Mutas Evce nomen.
Cadant vincla reis ,
Lux reddatur cœcis ,
Mala cuncta pelli ,
Bona posce dari.
Monstra te esse matrem
Sumat per te preces
Qui pro nobis natus
Tulit esse tuus.
Ce Verset a totalement disparu
dans le travail de Coffin. Il aura
sans doute désespéré d'en pouvoir
faire la parodie.
Vitam posce puram
Iter para tutum ,
Ut videntes Jesum ,
Semper collaetemur.
La doxologie n'avait pas été changée.
On voit que , pour démentir les expressions de la piété
catholique , le poète , d'ordinaire si exact sur le mètre, n'a-
vait pas été exigeant cette fois, Les fautes contre la quan
LITURGIQUES. 355
tité abondent dans ces strophes de nouvelle et Janséniste
fabrique.
Passons maintenant à une autre Hymne de la Sainte Vierge,
non moins maltraitée par Coffîn. C'est celle où l'Eglise ap-
pelle Marie la Mère de la grâce et de la miséricorde , et de-
mande pour ses enfants la faveur d'être reçus par Elle au
moment de leur mort.
Texte de l'Eglise Romaine Texte de Coffin , dans le
conservé par François de Bréviaire de Vintimille,
Harlay. ( lre édition).
Mémento salutis autor Mémento de Deo Deus
Quod noslri quondam corporis Quod matre natus Virgine
Ex illibata Virgine Nosiri misertus, perditi
IN'ascendo furmam sumpseris. Muadi redemptor veneris.
Maria» mater gratiœ, Et nos Dei Virgo parens,
Mater misericordiae, Vultu benigno respice :
Tu nos ab hoste protège Placabilem tua prece
Et hora mortis suscipe. Fac esse nobis filium.
La doxologie est, à peu de chose près, la même.
Ce litre de Mère de miséricorde , que l'amour et la recon-
naissance du peuple fidèle ont donné à Marie, était encore
effacé de l'Hymne de Complies : Virgo, Dei Genitrix. La
troisième strophe ainsi conçue :
Te Matrem pietatis
Opem te flagitat orbis :
Subvenias famulis,
0 benedicta tuis ;
avait été totalement supprimée et remplacée par celle-ci :
Suscipe quos pia plebs
Tibi pendere certat honores :
Annue, sollicita
Qaam prece \ poscit opem,
536 INSTITUTIONS
Si on n'avait pas osé supprimer les Antiennes à la Sainte
Vierge : Aima Redemptoris; — Ave, Rcgina cœîorum; — Regina
cœlij lœtare, et Salve Rcgina; on avait du moins trouvé moyen
de les priver de leurs Versets si populaires et si vénérables,
Angélus Domini ; — Post parluni, Virgo ; — Dignare me lau-
dare te ; — Gaude et lœlare , et même Ora j*ro nobis , sancla
Dei Genitrix. Ces Versets avaient fait plaee à des phrases bi-
bliques dont la plupart n'offraient qu'un sens aecommodatiec
et très froid.
Pour ec qui est des Fêtes même de la Sainte Vierge, on
était à même de voir, à leur occasion, le plan de la secte
se développer sur une plus grande échelle. D'abord, l'Office
du jour de la Circoncision, Octave de Noël, qui jusqu'alors
avait été en grande partie employé à célébrer la divine
Maternité de Marie, avait perdu les dernières traces de i
cette coutume Grégorienne à laquelle le Bréviaire de Ilarlay
lui-même, si peu favorable au culte de la Sainte Vierge,
n'avait pas ciu pouvoir déroger. Non seulement les fa-
meuses Antiennes 0 admirabile commercium — Quando
uatus es — Rubum quem viderat — Germinavit — Ecce
Maria — Mirabile myslerium — Magnum hœreditatis myt-
terium , qui sont au nombre dus plus précieux monuments
de la foi de l'Eglise au mysière de l'Incarnation, ayant été
composées dans l'Eglise Romaine à l'époque des Conciles
(i'Ephèse et de ( halcédoine, avaient disparu jusqu'à la der
nière syllabe; mais, parmi les textes des saintes Ecritures
qu'on avait mis à la place , rien ne rappelait la mémoire
de l'antique solennité qui consacrait depuis tant de siècles k
jour des Kalendcs de Janvier au culte de la Mère de Dieiif
Le deuxième jour de février, quarantième du divin En fan
lement, continuait d'êlre désigné sous ce nom : Ptésentatioi
du Seigneur et Purification de la Sainte Vierge. Cette liar
LITURGIQUES. 537
diesse, qui avait passé du Bréviaire de Cluny dans îa plupart
des autres Bréviaires Français, de 1680 à 1736, se faisait
aussi remarquer dans le nouveau Calendrier. Du moins, la
désignation de cette fête était encore remarquable par le
nom de Marie, qui continuait toujours d'être exclu du titre
de la fête de Y Annonciation. C'était toujours Annuntiatio
Dominica, l'Annonciation de Notre-Seigneur, que bientôt,
dans d'autres Diocèses , on appela l'Annonciation et l'Incar-
nation de Notre-Seigneur, ou l'Annonciation de l'Incarnation
de Notre-Seigneur. La France presque toute entière était donc
destinée à perdre cette magnifique solennité de la Mère de
Dieu , qui lui fut si chère à ce titre dans le passé , et que l'E-
glise Romaine regarde encore et regardera toujours comme le
fondement de la gloire de Celle qui, seule, a détruit toutes les
hérésies dans le monde entier. Au reste, un grand ncmbre de
fidèles de France , ceux qui sont membres des pieuses Asso-
ciations que le Siège Apostolique a enrichies de ses faveurs ,
n'ont point cessé de demeurer en union avec les autres Eglises,
dans îa solennité du 25 Mars. Ils sont avertis par l'annonce des
Indulgences et par de pieux exercices, que cette Fête est une
Fête de Marie. Quand donc elle aura été rendue à notre pa-
trie, cette chère solennité, ces pieuses traditions formeront la
vénérable chaîne à l'aide de laquelle on pourra prouver que
les vœux et les hommages offerts à la libératrice du genre
humain, au jour même où le Verbe s'est fait chair, n'ont
point souffert , en France , une interruption totale.
L'Office de la fête de l'Assomption avait été privé de ses
glorieuses Antiennes si expressives : Assumpta est Maria in
lœlum — MariaVirgo assumpta est — Exaltata est sanctaDei
lenitrix. Les voûtes de Notre-Dame, qui les avaient jus-
qu'alors répétées, même sous l'épiscopat des Harlay et des
Vailles, allaient être condamnées à les oublier pour de
t. n. 22
338 INSTITUTIONS
longues années. On n'entendrait plus lire non plus ces beaux
Sermons de saint Jean Damascène, déjà mutilés par Fran-
çois de Harlay, qui célébraient avec tant d'amour et de ma-
gnificence le triomphe de la Vierge bénie.
La Nativité de Marie avait perdu le brillant cortège de ces
imposantes et mélodieuses Antiennes, dans lesquelles la voix
de la sainte Eglise retentit avec tant d'éclat pour annoncer
aux peuples l'aurore du soleil de justice '.Nativitas gloriosœ—
Nativitas est hodie — Regali ex progenie — Corde et anima
Christo canamus — Cum jucunditate— Nativitas tua, Dei Ge-
nitrix Virgo, etc., etc. Des textes de l'Ecriture, amenés la
plupart dans un sens accommodatice et vides du nom de
Marie, avaient remplacé tout cet ensemble de chants sécu-|
laires.
Et la fête de la Conception, quel soin n'avait-on pas pris
de la dégrader? D'abord , on l'avait maintenue au rang dt
solennel mineur, auquel l'avait abaissée François de Harlay;
mais, de plus, on avait osé supprimer l'Octave de cette
grande fête; cette Octave que Louis XIV avait demandée I
pour la France, à Clément IX, que, depuis, Innocent XII avai
étendue au monde entier, l'Eglise de Paris ne la célébrerai
plus , et elle entraînerait dans cette lamentable défection 1
plus grand nombre des Eglises du Royaume !
4° Il nous semble que nous en avons dit assez pou
dévoiler l'intention expresse qu'avaient eu les auteurs d
nouveau Bréviaire de diminuer le culte de la Sainte \icrgi
Montrons maintenant ce qu'ils avaient fait contre l'autc
rite du Siège Apostolique. D'abord ^jusqu'à la publicatio
du nouveau Bréviaire, l'Eglise de Paris avait célébré, av(
toute l'Eglise, au 18 janvier, la Chaire de saint Pierre
Rome , et au 22 février, la Chaire du même Apôtre à Ai
tioche, pour honorer le souverain Pontificat qui avait eu s<
LITURGIQUES». 539
siège successivement dans ces deux villes. C'était trop pour
Vigier et Mesenguy, d'employer deux jours de Tannée à la
confession d'un dogme aussi odieux à la secte que l'est celui
de la principauté papale. Ils avaient donc réuni les deux
Chaires en un même jour, et brisé encore sur ce point avec
Rome et toutes les Eglises qui la suivent. L'Invitatoire des
Matines était aussi fort remarquable. En place de l'ancien
qui était ainsi conçu : Tu es Pastor ovium , Princeps Aposto-
lorum , tibi tradidit Deus claves regni cœlorum , on avait
substitué celui-ci : Caput corporis EccleMœ Dominum , venite
adoremus. Certes, un Calviniste n'aurait garde de se scan-
daliser d'un tel Invitatoire. Maïs il faut avouer qu'il est par
trop fort d'avoir été choisir le jour de la Chaire de saint
Pierre , Chef de l'Eglise , pour s'en venir taire dans Plnvita-
toire l'objet de la fête, ou plutôt pour donner le change sur
cet objet. On reconnaît là le même génie qui a créé la fa-
meuse Oraison de saint Damase : Nullum primum nisi Chris-
tum sequentes , etc.
Au reste, cet Office de la Chaire de saint Pierre était
remarquable par une Hymne de Coffin , dont une strophe
donnait prise à une juste critique et excita des réclamations.
La voici ; le poète s'adresse à saint Pierre :
Cœlestis intus te Pater addocet,
Hinc voce certa progenitum Deo
Parente Christum confiteris
Ingenito similem parenti.
Il est évident, par l'Evangile, que saint Pierre n'a point
parlé de la sorte. Il n'a point dit que Jésus-Christ fut sim-
plement semblable à son Père ; les Ariens le voulaient ainsi ,
mais le Concile de Nicée condamna cette manière de parler et
obligea les fidèles à confesser explicitement l'unité de subs«
540 INSTITUTIONS
tance dans le Père el le Fils. On conçoit que le Principal
du Collège de Beauvais, quoique fort zélé pour la Dé-
lectation relativement victorieuse, ne fut pas un très fort
théologien. Rien ne l'obligeait à cela : mais on n'était pas
obligé non plus de l'aller chercher pour composer dans le
Bréviaire de Paris les Hymnes destinées à remplacer celles
que la tradition et l'autorité de tant d'Eglises, jointes au
Siège Apostolique, ont consacrées. Sur ce point, comme
sur tous les autres, nous sommes en droit d'exiger, <- s
nouvelles Liturgies, une doctrine pl«spure, une autorité
plus grande, un caractère plus élevé ; autrement, toute
cette levée de bouclier contre la Mère Eglise est un scan-
dale, et rien de plus.
On avait procédé aussi par suppression pour affaiblir la
dignité du Saint Siège. C'était peu que François de Harlay
eût fait descendre la fête de saint Pierre au degré de solennel
mineur; le nouveau Bréviaire, enchérissant sur cette témé-
rité* la dépouillait de son Octave. Le beau Sermon de saint!
Léon, au second Nocturne, l'Homélie de saint Jérôme, au
troisième , avaient été sacrifiés. On cherchait en vain une
autre Homélie de saint Léon sur la dignité du Prince des
Apôtres, qui se trouvait au Samedi des Quatre-Temps du
Carême. L'Evangile même auquel se rapportait cette Ho
mélie avait disparu. Dans la Légende de l'Office de saint Gré
goire le Grand, on avait retranché les paroles dans lesquelle
ce grand Pape se plaint de l'outrage fait à saint Pierre pa
Jean le Jeûneur, Patriarche de Constantinople, qui s'arrogeai
le titre d'Evêque Ecuménique. On a vu plus haut que plu
sieurs saints Papes avaient été effacés du Calendrier, ou ré
duits à une simple mémoire. Au reste , la secte , en cela , n
faisait rien d'extraordinaire : on sait quelle haine elle port
dans tous les temps au Siège Apostolique.
LITURGIQUES. 541
Si, après avoir reconnu quelques-unes des nombreuses
preuves du système suivi au nouveau Bréviaire , dans le but
de comprimer la piété catholique et de favoriser les erreurs
du temps, le lecteur vient à jeter un coup d'oeil sur l'en-
semble de cette Liturgie , il ne saurait manquer d'être cho-
qué par les nouveautés les plus étranges qui s'y rencontrent
de toutes parts. Le Psautier n'est plus distribué suivant l'an-
tique division , qui datait pourtant du quatrième siècle. On
voit que l'amour de l'antiquité qui transporte tous nos mo-
dernes liturgistes, ne les a pas laissés insensibles aux avan-
tages d'un Bréviaire rendu plus court par une distribution
moins pénible du Psautier. Nous le répétons, nous sommes
loin de blâmer l'intention si louable de procurer la récitation
hebdomadaire du Psautier; mais les rédacteurs du nouveau
Bréviaire avaient-ils réussi à donner une solution convenable
de ce grand problême liturgique? Il nous semble qu'un tra-
vail si grave appartenait, avant tout, à des mains catho-
liques ; il intéresse de trop près l'esprit de prière que les
hérétiques ne peuvent connaître. En outre, ne devait-on pas,
même en s'écartant de l'antiquité dans ce nouveau partage
des Cantiques du Roi-Prophète, suivre le génie de l'ancienne
division et en conserver les mystères ? Dans ce cas, on n'eût
point imaginé , par exemple, de dire les Psaumes de Matines
,3n nombre impair, dans les jours de férié ; ce qui est con-
raire aux traditions de l'Eglise toute entière. Etait-il donc
nécessaire de supprimer en masse les belles Hymnes du
Psautier Romain , qui sont toutes des premiers siècles de
Eglise et si remplies d'onction et de lumière? Il va sans dire
|ue Coffîn avait fait les frais de toutes les nouvelles, et quant
la division du Psautier lui-même , elle était, à peu de chose
rès, celle de Foinard, dans son Breviarium Ecclesiasticum.
iu quatrième siècle, saint Damase et saint Jérôme s'étaient
342 INSTITUTIONS
unis pour déterminer la division liturgique du Psautier. L'E-
glise de Paris, douze siècles après, voulant donner une
nouvelle face à cette grande œuvre , se recommandait à Vi-
gier, à Mesenguy, à Coffîn , lesquels , pour toute tradition ,
consultaient le Docteur Foinard !
Parlerons-nous des Absolutions et çles Bénédictions qu'on
avait empruntées à l'Ecriture Sainte , et dont la longueur, la
phrase obscure contrastaient si fortement avec les anciennes
qui étaient de style ecclésiastique, cadencées et si propres
au chant ? Nous avons cité plus haut celle de Prime, comme
un monument des internions des rédacteurs. Le défaut de
clarté que nous signalons se faisait remarquer principalement
dans la Bénédiction de Complies. Dans la Liturgie Romaine,
elle est ainsi conçue : Benedicat et custodiat nos omnipotent
et misericors Dominus , Pater, et Filius , et Spiritus Sanctus.
Rien de plus simple et de plus touchant que ce souhait d<
paix sur l'assemblée des fidèles : Que Dieu nous bénisse, qui
nous garde durant cette nuit : Dieu puissant qui nous gar
dera, Dieu miséricordieux qui nous bénira, le Père , le Fils
le Saint-Esprit ! Ecoutons maintenant Vigier et Mesenguy
Gratia Domini nostri Jesu-Christi , et caritas Dei et commu
nicatio Sancti Spiritus sit cum omnibus vobis ! On voit tou
de suite l'intention des Docteurs. D'abord la Grâce, loujoui
la Grâce; puis, un texte de l'Ecriture Sainte, un texte qi
renferme les trois personnes de la Sainte-Trinité. Voilà lei
pensée , l'objet de leur triomphe. Nous dirons d'abord qu
faut avoir une terrible peur de la Tradition ou une bien vi(
lente antipathie contre elle, pour la poursuivre, à coups d'!
criture Sainte , jusque dans une Bénédiction de deux ligne
Ensuite , le texte biblique qui remplace la formule Romaii
est-il donc si propre à remplir le but qu'on se propose? I
théologien trouvera sans doute le mystère de la Trinité da
LITURGIQUES. 545
cette phrase de l'Apôtre ; mais les simples fidèles , accoutu-
més à faire le signe de la croix pendant que le Prêtre pro-
nonçait ces mots : Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus , com-
ment feront-ils désormais? Voici une formule dans laquelle
on commence par nommer Jésus-Christ , sans la dénomination
de Fils ; vient ensuite le nom de Dieu , sans la qualité de Père,
et placé d'ailleurs au second rang, après le Fils; enfin le
Saint-Esprit, avec le mot communication qui n'est pas des
plus clairs. Il nous semble que l'Eglise Romaine, quoiqu'elle
ne parle pas si souvent de la Grâce, s'entend mieux encore à
instruire et à édifier le peuple fidèle. Ce procédé d'examen
auquel nous venons de soumettre la Bénédiction Parisienne
des Complies, peut être appliqué avec facilité, et presque
toujours avec un résultat aussi favorable à la Liturgie Ro-
maine, dans les nombreuses occasions où les nouveaux Livres
ont remplacé les formules Grégoriennes.
Le Propre du Temps , dans le nouveau Bréviaire , ne pré-
sentait pas un seul Office qui n'eût été refait, et même la
plupart du temps, en entier. Les fêtes de Noël (1), de Pâques,
de la Pentecôte, n'étaient plus célébrées par les mêmes
chants. L'Avent , le Carême , le temps Pascal , avaient vu
sacrifier leurs innombrables Répons , Antiennes , Versets ,
Leçons ; à peine une centième partie avait été conservée.
Mais ce qui était le plus grave et en même temps le plus
affligeant pour la piété catholique , c'est que l'Office des
trois derniers jours de la Semaine Sainte avait été entière-
ment refondu et présentait, dans sa presque totalité, un
aspect différent de cet imposant corps de psalmodie et de
chants qui remontait aux premiers siècles \ et auquel se con-
forment chaque année les diverses Eglises et Monastères qui
(1) Si on excepte quelques Antiennes et un Répons,
344 INSTITUTIONS
ont le privilège d'user, le reste du temps, d'une Liturgie par-
ticulière. IN'avait-on pas aussi le droit de regarder comme
un attentat contre le divin Sacrement de l'Eucharistie, la
suppression de cet admirable Office du Saint Sacrement, dont
la composition, ou, si Ton veut, la disposition, forme une
des principales gloires du Docteur Angélique? Ne serait-il
pas humiliant pour l'Eglise de Paris de répudier saint Tho-
mas d'Aquin, pour accepter en place Vigier et Mesenguy?
Par grâce singulière, on avait pourtant gardé les Hymnes.
Le Propre des Saints, comme on doit déjà le conclure de
ce que nous avons dit, présentait un aspect non moins affli-
geant. Les réductions faites au Calendrier l'avaient appauvri
dans la même proportion. Les Légendes, dépouillées d'une
partie de leurs miracles et de leurs récits pieux ; les anciens
Offices propres de la Sainte Croix , de la Toussaint, de saint
André, sainte Lucie, sainte Agnès, sainte Agathe, saint
Laurent, saint Martin, sainte Cécile, saint Clément, etc.,
supprimés malgré leur ineffable mélodie ; les Octaves , non
seulement de saint Pierre et de saint Paul, mais de saint
Jean-Baptiste et de saint Martin, anéanties; la plupart des
Offices réduits à trois Leçons , afin de rendre l'Office plus
court ; voilà quelques-unes des graves innovations qui cho-
quaient tout d'abord la vue dans le nouveau Propre des
Saints.
Les Communs n'étaient pas moins modernisés. Dans l'an-
cien Bréviaire, cependant, ils étaient presque entièrement
formés des paroles de l'Ecriture Sainte , et c'était à cette
même source que François de Harlay avait été chercher les
Antiennes et les Répons dont il avait jugé à propos de les
augmenter. Dans l'œuvre de Vigier et Mesenguy, tout avait
été renouvelé , Antiennes, Répons, Versets, Hymnes, Ca-
pitules, etc.; à peine avait-on fait grâce à deux ou trois
LITURGIQUES. 545
textes qui, encore, avaient été changés de place. De nou-
veaux Communs avaient été ajoutés ; ce que nous ne voulons
pourtant pas blâmer en soi; mais une grave et déplorable
mesure était la suppression du titre de Confesseur, qui , ce-
pendant , occupe une si grande place dans l'économie de la
Liturgie, et qu'on cherchait vainement indiqué dans le par-
tage des différents Communs.
L'Office de Beata in Sabbato, le petit Office de la Sainte
Vierge lui-même, déjà défigurés par François de Harlay,
avaient reçu le dernier coup dans le nouveau Bréviaire. Hors
les Psaumes qu'on avait conservés , c'était à peine s'ils con-
servaient quelque rapport avec les mêmes Offices tels que
le peuple Chrétien a coutume de les réciter et de les
chanter.
Les prières de la Recommandation de l'âme avaient été
tronquées, et les parlies considérables qu'on avait fait dis-
paraître et qui étaient remarquables par une si merveilleuse
onction et par un langage tout céleste, avaient été rempla-
cées, suivant l'usage., par des Versets et des lectures de la
Bible.
L'Office des Morts, si ancien, si primitif, se montrait refait
sur un nouveau plan. La plupart des Antiennes avaient dis-
paru; les sublimes Répons de Matines, à l'exception d'un
seul, ne se trouvaient plus. Ce nouveau Bréviaire de Paris
n'avait pas même fait grâce aux Répons de Maurice de Sully,
que l'Eglise Romaine et celles qui la suivent gardent encore,
en attendant que l'Eglise de Paris vienne les lui redeman-
der. On avait été jusqu'à faire un nouveau Libéra avec des
morceaux du Psaume LXVIIL L'Office de Laudes avait été
abrégé d'un tiers. Cependant , les morts qui ne sont plus en
voie de profiter des avantages d'une prière plus courte, les
morts qui sont si vite oubliés, auraient bien eu droit qu'on fît
346 INSTITUTIONS
pour eux quelque exception dans cette mesure générale
d'abréviation liturgique.
Enfin , dans le nouveau Bréviaire tout entier, il n'y avait que
deux articles sur lesquels eût été conservée fidèlement l'an-
cienne forme. C'étaient la Bénédiction de la Table et Y Itiné-
raire. On avait été tolérant jusqu'à laisser, dans la première,
les paroles Mensœ cœlestis participes, etc., et Ad Cœnam per-
pétuée vitœ, etc. ;*et, dans le second, l'Antienne tout aussi
peu biblique Inviampacis. Etait-ce oubli, ou préméditation?
Nous ne saurions le dire ; mais nous avons dû faire cette re-
marque pour compléter ce coup d'œil général sur l'œuvre
de Vigier et Mesenguy.
Le nouveau Bréviaire étant tel que nous venons de le dé-
crire, son apparition ne pouvait manquer d'exciter un sou-
lèvement dans la portion du Clergé qui s'était formellement
déclarée contre les nouvelles erreurs. Le Séminaire de Saint-
Sulpice qui, dès 1680, n'avait renoncé au Bréviaire Romain
pour accepter celui de François de Harlay, qu'après une
résistance consciencieuse et sur l'injonction expresse de cet
Archevêque, prolestait contre la nouvelle Liturgie avec une
franchise digne de l'inviolable orthodoxie qu'il avait tou-
jours fait paraître. Le Séminaire de Saint-Nieolas-du-Char-
donnet témoignait les mêmes répugnances ; plusieurs Curés,
entre autres Parquet, Curé de Saint-Nicolas-des-Champs,
manifestaient hautement leur indignation. Le conseil même
de l'Archevêque était divisé. Les Abbés Robinet et Regnauld,
Grands-Vicaires du Prélat, n'avaient qu'un même langage
contre le Bréviaire avec le Docteur Gaillande, filleul de
Tournely et l'un des plus ardents adversaires du Jansé-
nisme.
Tout à coup, on vit paraître un écrit énergique intitulé :
Lettre sur le nouveau Bréviaire, brochure de onze pages
LITURGIQUES. 547
in4°, datée du 25 mars 1756, dans laquelle étaient résumés
avec précision et vigueur les motifs de cette opposition dans
laquelle se réunissaient les corps et les personnes que Paris
et la France entière connaissaient pour être les plus intègres
dans la défense des décisions de l'Eglise contre le Jansé-
nisme. Les Nouvelles Ecclésiastiques attribuèrent cet écrit à
Gaillande; mais, suivant l'Ami de la Religion, il avait pour
auteur le P. Claude-René Hongnant, Jésuite , un des rédac-
teurs des Mémoires de Trévoux (1). Quoi qu'il en soit, le
scandale monta bientôt à son comble , pour le triomphe de
la secte, et aussi, par la permission divine, pour Tinstruetion
des Catholiques. Pendant que l'Archevêché se taisait dans
un moment aussi solennel que celui où un Prêtre orthodoxe
signalait les perfides manœuvres de l'hérésie jusque dans un
livre pour lequel on avait surpris l'approbation d'un Prélat
cassé de vieillesse ; les gens du Roi, par suite de leurs vieilles
prétentions déjuges en matière de Liturgie, prenaient fait et
cause pour le nouveau Bréviaire, et un arrêt du Parlement
de Paris , rendu le 8 juin , sur le réquisitoire de l'Avocat-
général Gilbert de Voisins, condamnait la Lettre sur le nou-
veau Bréviaire à être lacérée et brûlée, au pied du Grand
Escalier, par la main du bourreau. C'était sous de pareils
auspices que s'annonçait la nouvelle Liturgie.
Cependant, une réaction se préparait à l'Archevêché.
Charles de Vintimille , inquiété par les réclamations des deux
Grands- Vicaires, mu aussi par les remontrances du Cardinal
de Fleury, résolut de faire droit, au moins en quelque chose,
aux plaintes qui arrivaient de tous côtés de la part des Prêtres
les plus vénérables et d'ailleurs les plus attachés à sa personne.
Rejeter avec éclat un Bréviaire qu'on avait annoncé au Diocèse
(1) l'Ami de la Religion. Tome XXVI. page 292,
348 INSTITUTIONS
avec tant de solennité, était un parti bien fort et qu'on ne pou-
vait guère espérer d'un vieillard qui, d'ailleurs, eût trouve sur
ce point une vive opposition dans la majorité de son conseil.
Dans le courant du mois de juillet, le Prélat réunit une com-
mission composée de l'Abbé d'Harcourt , Doyen de Notre-
Dame, le même qui avait fait choix de Vigier pour la rédac-
tion du Bréviaire; l'Abbé Couet, autrefois Grand-Vicaire du
Cardinal de Noailles, et connu pour ses liaisons avec la secte
à laquelle avait si long-temps appartenu cet Archevêque; les
Abbés de Romigny, Joly de Fleury, de La Chasse , et enfin le
Père Vigier lui-même. On n'avait pas, sans doute, osé inviter
Mesenguy : les deux Grands-Vicaires, Robinet et Regnauld,
n'avaient pas non plus été convoques. Dans celte réunion,
l'Archevêque proposa la question de savoir ce qu'il pouvait
y avoir à faire dans la conjoncture délicate où l'on se trou-
vait. Les Abbés d'Harcourt et Joly de Fleury, et avec eux le
P. Vigier, étaient d'avis qu'on passât outre, sans se préoc-
cuper des plaintes qui s'étaient élevées. Les Abbés de La
Chasse et de Romigny se retranchèrent dans le silence sur
l'objet de la délibération. Enfin, l'Abbé Couet, qui, si l'on
en croit les Nouvelles Ecclésiastiques , pensait au fond comme
l'Abbé d'Harcourt et les deux autres, étant effrayé des suites
de cette affaire , conseilla à l'Archevêque une demi-mesure
qui consisterait à maintenir le Bréviaire, en plaçant des car-
tons dans les endroits qui avaient le plus révolté les partisans
de la Bulle. Cet avis fut adopté (1).
On commença donc de suite une nouvelle édition du Bré-
viaire, toujours sous la même date de 1736, et on prit des
mesures pour arrêter le débit de la première dont les exem-
(1) Nouvelles Ecclésiastiques. 28 juillet 1736. Ami de la Religion.
Ibidem.
LITURGIQUES. 549
plaires, par suite de cette mesure, sont devenus extrême-
ment rares. Au reste, les corrections ne furent pas très
nombreuses. La plus remarquable fut îa suppression de VAve
maris Stella , arrangé par Coffîn, et le rétablissement de cette
Hymne dans son ancienne forme. On rétablit l'Homélie de
saint Jean-Chrysostôme, qui avait été supprimée dans l'Of-
fice de saint Jacques le Majeur. On fil disparaître le Canon du
troisième Concile de Tolède, placé à Prime du Mardi de la
quatrième semaine de Carême, etc.
Il était aisé de voir que ces légers changements , par les-
quels on voulait donner quelque satisfaction aux Catho-
liques, n'atteignaient point le fond du Bréviaire lui-même,
et laissaient même sans correction plusieurs des passages
qui avaient excité des réclamations spéciales. Il fut im-
possible d'obtenir davantage. Mais aussi de quelle défa-
veur devait être marquée, aux yeux de la postérité, une
œuvre liturgique composée pour une grande Eglise, pro-
mulguée par le premier Pasteur, et qui , après cette pro-
mulgation, était soumise à l'humiliante insertion de cartons
jugés nécessaires pour apaiser le scandale qu'elle produisait
dans le peuple fidèle. Que ceux qui nous ont suivi dans toute
cette longue histoire des formes du culte divin , disent s'ils
ont jusqu'ici rencontré rien de semblable !
Le courageux auteur de la Lettre sur le nouveau Bréviaire ,
ne jugeant pas que la censure du Parlement eût, pour sa
conscience de Prêtre et de Religieux, une valeur réelle, et
espérant encore ouvrir les yeux du Prélat qui venait d'at-
tester si hautement que sa religion avait été surprise, crut
devoir lui adresser une Remontran ce pleine de respect, qui
était en même temps une seconde Lettre sur le nouveau Bré-
viaire. Celte brochure, de douze pages in-4°, éprouva, de
la part des magistrats du Parlement , toujours fidèles à leur
350 INSTITUTIONS
rôle d'arbitres de la Liturgie, le même sort que la précé-
dente (1). Nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en donnant
ici cette pièce en entier. Us y admireront le zèle de la foi
et la liberté sacerdotale admirablement conciliés avec les
souverains égards dus à un personnage tel que Charles de
Vintimille.
€ Monseigneur,
» Ce n'est point ici le langage de l'indocilité et de l'orgueil-
•leuse révolte que vous allez entendre. Enfant respectueux
> de l'Eglise qui demande pour première vertu la soumission,
» je ne sus jamais qu'obéir ; j'eus toujours pour elle et pour
• les oints du Seigneur, nos Pères et nos Maîtres, ce tendre
> respect et cette docilité entière qui caractérisent le vrai fi-
> dèle, et jamais je ne tremperai ma plume dans le fiel amer
>que présente l'erreur ou la séduction.
» Si j'ose aujourd'hui vous faire d'humbles représentations
iet me plaindre de vous-même à vous-même, c'est l'intérêt
» de votre gloire qui m'inspire, c'est le zèle de cette religion
> que vous aimez , que vous soutenez, que vous avez toujours
• si glorieusement défendue. Daignez un moment jeter les I
• yeux sur ces réflexions simples et naïves. Que le litre ordi-
» nairement odieux de Remontrance , sous lequel je l'annonce,
>ne me ferme point, chez Votre Grandeur, une entrée qui
i ne fut jamais refusée à personne.
• lien est de différentes espèces, selon la différence des
• motifs qui font agir, d'intérêt ou de fanatisme. Quoi qu'il
• en soit, daignez lire celle-ci avec cette bonté ordinaire qui
• nous charme. Si par hasard elle n'est appuyée sur aucun
• fondement solide, qu'importe à votre gloire! Regardez-la;
(i) Elle fut condamnée au feu par arrêt du 20 août 1736.
LITURGIQUES. 351
» avec ce noble mépris dont on doit payer un téméraire dé-
alire; tout le public se joindra bientôt à vous. Mais si je suis
k assez heureux pour parler le langage de la raison et de
» l'équité , de la religion et de la piété , il est de votre droi-
» ture et de votre grandeur d'âme de ne pas fermer les yeux
» à la lumière que j'ose prendre la liberté de vous présenter.
» Vous prévenez peut-être déjà ma pensée. Dans tout le cours
» d'une longue carrière, il n'est qu'une seule démarche qui
» n'ait pas obtenu le suffrage de l'approbation publique dont
» je vois toutes les autres marquées. Sans doute qu'elle seule
»peut arracher nos plaintes et suspendre pour un moment
» les justes éloges que vous doivent tous ceux qui savent
» discerner le vrai mérite. Cependant, quand il faut m'expli-
*quer, je sens qu'il me faut faire un violent effort. Au nom
i seul de Bréviaire , je crains de vous contrister, et l'idée de
» votre peine suffit pour m'accabler moi-même de douleur.
» Mais enfin c'est un crime de se taire dans ces circonstances,
»et peut-être un jour me saurez-vous gré de la liberté que
> je prends. Il faut lever ce voile qu'on tache de vous mettre
» sur les yeux, pour vous empêcher de voir ce que tout le
> monde aperçoit.
» Apprenez donc de moi ce que pense tout le public Catho-
dique ; j'ose protester devant Dieu que tous vos bons Dio-
» césains s'expliquent ici par ma plume , et qu'en lisant ce
» qu'elle vous trace , vous lisez les sentiments de leurs cœurs.
>Oui , Monseigneur, le Bréviaire que vous leur avez mis
» entre les mains ne convient ni à leur religion , ni à la vôtre.
> Il détruit ce que vous leur enseignez et ce qu'ils croient. Et
»que faut-il donc enfin pour vous le persuader? Tout parle
«contre lui : son histoire abrégée suffira pour la conviction
»la plus sensible et la plus palpable.
» Le père de cet ouvrage informe est un Prêtre de POra-
352 INSTITUTIONS
• toire, zélé par goût autant que par état pour un parti qu'il
> aurait autrement défendu que par la composition d'un Bré-
>viaire, s'il avait eu plus de lumières et de talents. Il s'est
«associé depuis, pour la composition des Hymnes, un pré-
tendu poète plus connu par son appel au futur Concile que
»par ses poésies, plus occupé à fomenter les nouvelles er-
» reurs dans son collège, qu'à y faire fleurir les bonnes mœurs
»et les belles-lettres.
» Il y a plus de quinze ans que ce fruit conçu dans les tc-
> nèbres était en état de paraître ; mais il fallait trouver un
> protecteur à l'ombre duquel il pût impunément braver le
> grand jour, et quels efforts n'a-t-on pas mis en œuvre pour
ila réussite de ce projet? L'ouvrage était à peine achevé,
» qu'on s'adresse à feu Monseigneur le Cardinal de Noaillcs
» pour le lui faire adopter ; mais nous savons que ce Prélat le
• rejeta avec mécontentement, et qu'il ne Voulut point souf-
» frir qu'on lui en parlât. Feu Monseigneur de Lorraine,
>Evèque de Baveux, se montra plus favorable au Bréviaire;
> il désira d'en introduire l'usage dans son Eglise, mais le
> soulèvement de tout son Chapitre et de tout son Diocèse
> contre lui , l'empêcha de tenter l'entreprise, et Son Altesse
» ne crut pas que son nom ni sa dignité pussent mettre l'ou-
»vrage à couvert de la censure publique. Se serait-on per-
suadé (et qu'on juge par ce seul trait des intrigues du parti)
» qu'un Bréviaire ainsi proscrit dût être un jour à l'abi i d'un
>nom aussi respectable et aussi cher à l'Eglise que l'est celui
» de Vintimille ?
» Voilà, dis-je , un violent préjugé fondé sur la qualité des
» auteurs et capable de jeter sur cette production un soupçon
jplus que légitime, soupçon qui se tourne en preuve con-
» vaincante par les événements qui précédèrent et qui ont
» suivi l'édition.
LITURGIQUES. û55
» Accuser indifféremment tous les examinateurs ; c'est ce
»que l'équité ne nous permet pas. 11 y avait parmi eux des
> Catholiques, et des Catholiques décidés. En quel nombre?
» Monseigneur, vous le savez; mais enfin la conduite qu'ils
»ont tenue, ou que Ton a tenue à leur égard, montre ce
» qu'ils ont pensé. Vous le savez , Monseigneur, la crainte de
ïcontrister V. G. m'empêche de la lui remettre devant les
»yeux. En vain voudrait-on rendre garant de cet ouvrage
» ces hommes respectables et si dignes de votre confiance.
»Le public sait que tous (je ne comprends point parmi eux
jfeu M. Couct, dont toute la fonction a été d'encenser en
» toute occasion et le nouveau Bréviaire et son auteur , et
»dont le suffrage devait rendre l'ouvrage suspect) ont fait
» plusieurs fois , quoiqu'inutilement , de très importantes re-
présentations, tant sur les auteurs que sur le fond et la
» forme de ce Bréviaire. Tout Paris sait qu'on n'eut pres-
» qu'aucun égard à leurs réflexions; de sorte qu'à propre-
» ment parler, on peut dire que tous lés approbateurs du
» Bréviaire ont été ou les auteurs mêmes, ou des hommes
«connus pour être partisans de l'erreur.
» Combien d'autres représentations Votre Grandeur n'a-
»t-elle pas reçues de tous les côtés? Elle a plusieurs fois
Hémoigné qu'elle en était fatiguée; tristes, mais trop sûrs
» garants du bruit que devait faire l'édition , et des alarmes
> qu'elle causerait. Elles sont parvenues jusqu'à vous, Mon-
1 seigneur, et ce sont des faits que vous ne pouvez dissimuler.
Vous n'ignorez pas que l'acceptation du Bréviaire par vos
bons Diocésains , est un sacrifice forcé de leur soumission
au poids de votre autorité. Le Séminaire de Saint-Nicolas-
du-Chardonnet n'a point caché ses justes répugnances;
mais le Curé ayant voulu absolument qu'il fût chanté dans
i json Eglise , il n'a pas été possible de lui résister.
T. il. 25
584 INSTITUTIONS
»Les Prélats qui vous avaient promis de se joindre à vous
> commencèrent a se dégager d'une parole que leur cons-
t> cience ne leur permettait pas de garder. M. l'Evêque de
» Valence comptait d'adopter le nouveau Bréviaire ; il a
> changé de résolution et s'en est assez nettement déclaré. Le
» Chapitre de Lodève était près de l'accepter de la main de
»son Evoque ; aujourd'hui il est déterminé à ne jamais souf-
» frir que le Diocèse en soit infecté , et ce changement est le
i fruit de la lecture que quelques-uns d'entre eux en ont
> fait.
>M. l'Evoque de La Rochelle a avancé 10,000 livres; mais
> on ne doute point qu'il ne les sacrifie généreusement, plutôt!
» que de faire un présent si funeste à ses Diocésains.
«Tandis que les Catholiques, par des plaintes et des d&
» marches publiques, montrent l'idée qu'ils ont conçue di
» nouveau Bréviaire, les sectateurs des nouvelles opinion:
» triomphent publiquement. M. de Montpellier s'en est déclarJ
>le protecteur; il met tout en œuvre pour le faire recevoi
> par son Chapitre très orthodoxe , qui n'en veut pas.
>Les plaintes des uns, le triomphe des autres, font u
» argument dont un magistrat éclairé a senti toute la force
» Voici comment il s'en est expliqué :
»Si Monseigneur l'Archevêque, disait-il, me parlait de se
» Bréviaire, je lui demanderais : Quels sont ceux qui r(
j clament contre ce nouveau Bréviaire? Ce sont tous les boi
» Catholiques , tous ceux qui sont connus par leur soumi
>sion à l'Eglise, par leur attachement sincère à votre p
» sonne et à votre autorité, et qui, depuis votre arri
i Paris, n'ont cessé de la défendre contre' les novateurs.
>sont maintenant ceux qui en prennent la défense, qui
• empressés à le faire chanter, qui disent que c'est un c
» du ciel que ce Bréviaire paraisse sous votre nom? Ces
LITURGIQUES. 355
* ceux qui sont révoltés contre l'Eglise et ses décisions, ceux
» qui n'ont cessé de vous déchirer dans leurs libelles , ceux
» qui ont tout mis en œuvre pour noircir votre réputation et
«déshonorer votre épîscopat^ ceux en un mot que vous avez
«toujours paru regarder comme hérétiques. ïl ne vous con-
fient pas de vous déclarer ni contre les premiers, ni en
» faveur des derniers; et cependant c'est ce que vous parais-
sez faire, lorsque vous soutenez le Bréviaire et que vous
jj5Vous engagez à le soutenir toujours; vous donnez lieu aux
j Appelants de dire, comme ils le disent en effet , que vous
I tournez de leur côté.
» Telles étaient , Monseigneur, les réflexions de ce magis-
jjtrat dont vous estimez la religion, la droiture et les lu-
I I mières.
t> Voilà, ce me semble, pour toutes les personnes non pré-
venues, des preuves assez solides; mais on n'aurait pas
absolumentbesoin de tous ces arguments étrangers, puisque
'ouvrage dont i! s'agit porte dans lui-même sa condamna-
tion, pour quiconque se donne la peine de l'examiner.
,'auteur de la Lettre sur le Bréviaire démontre qu'il ne
eut être que l'ouvrage du parti , et qu'à ce seul tjtre , il
nous doit être odieux. Persuadera-t-on jamais, en effet,
ue des Catholiques aient pu faire les indignes retranche-
nents qu'il cite des passages formels et décisifs contre les
ouvelies erreurs? Il est vrai qu'il ne parle que de peu de
ubstitutions perverses où le dogme soit directement atta-
ué. Quelles que puissent être les raisons qui l'ont empêché
'entrer dans un plus long détail , ce n'est pas la faute du
tréviaire qui s'en trouve rempli.
> Vous-même, oui, Monseigneur, V. G. elle-même s'est
éclarée contre cet ouvrage d'une manière non équivoque.
r es mouvements qu'elle se donne pour le corriger, s'il était
356 INSTITUTIONS
i possible , ces cartons qu'elle fait apposer de toutes parts etl
» qui se multipliant par la recherche des erreurs, sont autanlf
Dde témoins irréprochables, qui justifient nos plaintes et
i condamnent hautement le Bréviaire.
» Réunissons à présent toutes ces preuves : n'en résulte-t-il
ï pas , dans les esprits les plus prévenus , que tout parle efifec-j
Hivernent contre le Bréviaire? La qualité des auteurs juste-
.ment suspects, la difficulté qu'ils ont eu à lui trouver m
» patron, la division des examinateurs, la multitude des re-
» présentations , les plaintes des Catholiques et l'approbatior
»de leurs adversaires, la lecture du Bréviaire lui-même el
» votre propre conduite, en faut-il davantage pour me faim
• dire avec justice qu'il ne convient ni à vous, ni à vos Dio-
césains? et peut-il y avoir des préjugés assez forts qui m
» tombent à la vue de preuves si lumineuses?
» Je ne vois rien qui semble parler en sa faveur que l'arrêj
i du Parlement par lequel on a prétendu flétrir la Lettre quj
«l'attaque; mais j'ose ici vous le demander à vous-même
» Monseigneur, et m'en rapporter aux secrets sentiments d<
i votre cœur; si l'opposition que vous trouvez au Bréviaird
• doit vous causer quelques inquiétudes, cet arrêt sera-t-i
• capable de les apaiser?
• Combien de réflexions judicieuses qu'il ne m'est paj
• permis de mettre ici dans leur jour, doivent se présenter!
i votre esprit pour balancer l'autorité d'un pareil jugement
• TN'a-t-on pas vu souvent?..... Mais je m'arrête, j'oubliai
> que le respect doit conduire ma plume , et qu'il est des vé
• rites sur lesquelles il ne m'appartient pas de m'expliquer
• Au moins, n'avez-vous pas sans doute oublié que l'Avocat|
• Général qui paraît aujourd'hui prendre votre défense, W
»le même qui , plus d'une fois , éleva la voix dans le Parlej
• ment pour flétrir vos ouvrages et les couvrir, s'il étaii pos
LITURGIQUES. 557
» sible , d'une éternelle ignominie? Si les coups qu'il porte
»contre la Lettre ont quelque poids, ils eurent le même effet
> contre vos Mandements r et approuver aujourd'hui son mi-
nistère, c'est souscrire à votre condamnation. Non, son
plaidoyer, ni l'arrêt qui le suit, ne calmeront point les in-
quiétudes d'un Prélat véritablement orthodoxe qui ne re-
connaît que l'Eglise seule pour juge en matière de foi et de
> religion.
» J'ajoute, qu'à ne consulter que l'arrêt lui-même, le Bré-
viaire n'est jamais justifié. J'ai en main le répertoire de
M. Gilbert de Voisins. Que dit-il? et que condamne-t-il?
Entre-t-il dans le fond des matières? examine-t-il les preuves
sur lesquelles la Lettre forme ses accusations? Il n'avait
i garde. Le brillant obscur dont il a coutume d'envelopper ses
tortueuses périodes, n'aurait pu répandre aucuns nuages sur
l'évidence des preuves et des raisons de l'auteur de la Lettre.
» Il s'arrête précisément au détail minutieux de quelques
phrases un peu fortes qu'il accable d'épithètes plus fortes
encore , mais qui , dans le vrai , ne signifient rien , puis-
qu'enfin, avant que de condamner ces expressions préten-
dues trop fortes , il faut prouver qu'elles portent à faux ;
ce qu'il ne fait pas. Le principal motif qu'il apporte pour le
condamner, est l'affectation singulière dés qualités d'héré-
tiques et de Catholiques appliqués à ceux qui vivent dans
le sein d'une même Eglise; c'est-à-dire , Monseigneur, qu'il
pn veut autant à V. G. qu'à l'auteur de la Lettre, puisque
vous avez fait la même distinction dans vos Mandements ,
î'est-à-dire qu'en feignant de vous défendre, il vous attaque
véritablement ; c'est-à-dire qu'il flétrit de nouveau vos Man-
iements avec la Lettre ; c'est-à-dire , en un mot , que son
équisitoire vous est aussi injurieux , qu'il pourrait l'être à
i'auteur inconnu.
358 INSTITUTIONS
• II est donc incontestable qu'en recueillant les voix diffé-
• rentes, il s'élève un espèce de cri général contre le nouveac|
» Bréviaire ; vouloir se cacher cette vérité , c'est se metti
• sur les yeux un bandeau volontaire, pour ne pas apercevoij
> un objet réel qui blesse la vue. Or, dans de telles circons
» tances généralement avouées , comment convient-il à V.
• de se comporter? C'est ce qui doit faire l'objet de ses pli
> sérieuses réflexions , et je m'en rapporterai volontiers à
> décision de sa piété rendue à elle-même et débarrassée d(\
» conseils de la molle condescendance. C'est à ce tribunal qi
•j'en appelle, et je m'assure du triomphe de ma cause. Un]
> a que deux partis à prendre : l'un , de corriger le Bréviai
» et d'en retrancher tout ce qui peut blesser la délicates!)
» catholique ; l'autre , de le repousser absolument et de
> tenir comme non avenu.
» Il paraît que c'est au premier parti que V. G. s'en <|
» tenue ( car on n'est pas venu à bout de lui cacher tout Pa
• tifice de ce mystère d'iniquité) ; mais ce qu'il y a de p
» sonnes autorisées dans votre Diocèse vous proteste ici, u
>mon ministère, que vous tentez une chose impossible. M|
• gré la déclamation non prouvée de r Avocat-Général
• demeure constant parmi eux que tout le Bréviaire est
• masse d'un levain corrompu, de laquelle on n'expnl
•jamais un suc salutaire dont les Catholiques veuille^
• nourrir. Comment, en effet, rétablir tous les retram
• ments des fêtes, des Octaves, des prières à la Sainte Vit
• et de cette immensité de textes de l'Ecriture etdesSS.i
» que les auteurs ont sacrifiés aux mains de Jansénius c
• Quesnel? Comment effacer des Hymnes, des Leçons
• Capitules, des Répons, des Oraisons, cette multitudJ
• phrases captieuses, équivoques, mal sonnantes, pou|
»pasdire hétérodoxes, sous lesquelles on a eu Fadresse
\k
r
m
>fej
LITURGIQUES. 389
>sinuer des erreurs si souvent condamnées? Il faudrait ab-
solument repétrir, refondre toute cette masse impure,
» c'est-à-dire, qu'il n'en coûterait pas davantage pour refaire
i un nouveau Bréviaire.
i>La chose fût-elle possible, ce qui n'est pas , croyez- vous ,
» Monseigneur, que les vrais Catholiques trouveront jamais
» du goût à réciter un Bréviaire composé par des ennemis de
» l'Eglise leur Mère? Non, nous ne voulons point de leurs
» présents ; nos lèvres ne souffriront qu'avec peine des prières
»dont les auteurs ne furent pas nos défenseurs; et le triste
» souvenir que nous les tenons d'Appelants et de fauteurs
» d'hérésie, sera capable de troubler la dévotion de nos
» temples et de répandre l'amertume sur la sainte gaieté de
j>nos plus belles fêtes. Le dirai— je , Monseigneur? nous crai-
j> gnons de prononcer des blasphèmes, en ne récitant que
> des paroles respectables et uniquement tirées de nos saintes
» Ecritures. Un passage isolé , détaché de ce qui le précède
* et de ce qui le suit, souvent ne présente par lui-même au-
> cun sens ; mais l'union artificieuse de plusieurs de ces pas-
> sages leur donne souvent un sens tout-à-fait étranger, et
» c'est ainsi que la parole de Dieu dans la bouche des héré-
» tiques devient le langage de l'erreur. Par exemple , com-
parer l'état présent de l'Eglise à l'état d'Israël séduit par
■ » Jéroboam , faire entendre qu'il ne la faut plus chercher que
I» dans un petit nombre d'élus que la Grâce du Seigneur s'est
• réservé, ji'est-ce pas le langage familier de tous les héré-
tiques? Attendre que le Prophète Elie vienne soutenir la
»foi du petit troupeau persécuté, n'est-ce pas le fanatisme
» dominant de nos jours? Des paroles tirées des saints Livres
» présentent toutes ces horreurs dans plusieurs Répons et
I» plusieurs Versets de l'Office du VIIe Dimanche après la Pen-
Utecôte. Dira-t-on que ce n'est pas là le sens naturel des
360 INSTITUTIONS
• paroles citées dans le Bréviaire? Qu'importe, si les Catho-
» liques ne peuvent douter que ce ne soit là le sens qu'on a
» voulu leur présenter? Les traits de cette nature sont sans
» nombre.
• Reste donc, Monseigneur (ici je sens qu'il faut me faire
» une nouvelle violence ; c'est avec peine que l'amour de la
> vérité l'emporte sur le respect ) , reste donc, puisqu'il faut
»le dire, de reconnaître généreusement que vous avez été
» trompé , et de proscrire hautement un ouvrage qu'une con-
fiance bien excusable dans un Prélat accablé de tant d'oc-
» cupations vous a fait adopter.
» S'il n'y avait que ce premier pas à faire, je crois aisé-
>mcnt que V. G. n'y trouverait point de difficulté; une âme
» élevée comme la vôtre est au-dessus de cette faiblesse or-
gueilleuse qu'un glorieux aveu fait rougir. Vous savez qu'il
• n'appartient qu'à l'élévation d'un noble génie de se croire
» sujet à l'erreur, et que ce qui sépare le grand homme d'a-
* vec l'homme faible n'est pas de ne commettre aucune faute,
» mais de savoir les avouer et les réparer. L'immortel Ar-j
»chevêque de Cambrai ne s'est jamais tant distingué par la
* sublime beauté de ses ouvrages, que par l'humble aveu
» qu'il a fait en chaire de s'être trompé. Et son nom ne sérail
» pas si glorieux dans les fastes de l'Eglise, s'il avait toujours
» été à couvert de tout reproche.
>Le second doit vous coûter beaucoup plus, sans doute
» parce qu'il entraîne après lui de fâcheux embarras. Les frai
» sont faits ; la dépense est énorme ; où trouver des fond:
»pour rembourser le libraire et l'indemniser de ses avances i
*Je conviens que cet article souffre difficulté. Il faudra s«j
» donner des mouvements, lever bien des obstacles et de dif
» férentes espèces ; mais enfin la chose doit-elle être regardé
çcpimne impossible? Les fonds de charité, d'honneur et d(
LITURGIQUES. 561
» bienséance , sont-ils donc épuisés dans la plus riche capitale
»du inonde? ou n'y a-t-il aucune voie à quelque accommo-
> dément? Je conviens encore que , malgré les ressources du
» zèle et de l'ingénieuse piété, différents particuliers pourront
> souffrir quelque perte; mais fût-elle fort au-dessus de ce
* qu'elle pourrait être en effet , des intérêts purement hu-
j mains peuvent -ils arrêter ou suspendre une démarche
» prouvée nécessaire à la religion?
> Rendez-vous donc , Monseigneur, à ce qu'elle vous de-
mande aujourd'hui. Toujours vous vous fîtes un devoir
» capital d'être docile à sa voix et de vous conduire selon la
ï sainteté de ses maximes. Ii n'est qu'un seul trait dans une
» longue suite d'années qui ne soit pas à couvert de la cri-
tique; trait cependant qui sera marqué dans les fastes de
» l'Eglise, trait qui pourra défigurer le glorieux portrait
» qu'on y fera de votre personne : hâtez-vous de l'effacer.
» Vous avez toujours été un de ces murs d'airain, une de ces
> colonnes inébranlables que la religion oppose à l'hérésie.
»Vous êtes encore aujourd'hui son ornement et son appui;
» c'est un éloge que la malignité et l'envie ne peuvent vous
» refuser, et auquel je suis le premier à souscrire. Vous sou-
tiendrez jusqu'à la fin ce noble caractère : vous vous sou-
> viendrez de ces beaux sentiments tracés avec tant d'énergie
» dans la lettre que vous écriviez au Roi, quelque temps
* après que vous eûtes pris le gouvernement de cette Eglise :
» Je ferai mon devoir ( disiez-vous ) , je le ferai avec le zèle et
i
la fermeté d'un Evêque , qui, après avoir, vieilli dans l'épis-
» copat, n'est pas venu dans la capitale pour trahir son minis-
>tère et pour le déshonorer à la fin de ses jours; jours précieux,
» Monseigneur, pour lesquels je me trouverais heureux de sa-
crifier les miens inutiles au monde, et qui s'avancent, hélas!
i pour notre malheur, à pas trop précipités, Il faudra p3-
362 INSTITUTIONS
» raître devant ce Juge redoutable qui trouve des iniquités
» jusque dans ses Saints. \ous porterez à son tribunal des
» œuvres de salut et des vertus dignes d'un zélé ministre du
»Dieu vivant dont vous avez soutenu les autels, mais vous y
> rendrez compte aussi de ce qui fait le sujet de cette humble
» Remontrance. Au nom du Dieu que nous servons , au nom
» de celte religion que nous suivons, examinez sérieusement
>et pesez dès à présent, au poids sacré du sanctuaire, ce
> que vous voudriez avoir fait dans ce moment terrible et dé-
cisif, où la vérité pure brillera sans éclat et débarrassée de
» toutes les préventions humaines. »
Il était plus aisé de condamner au feu la pièce qu'on vient
de lire que de la réfuter. On ne pouvait refuser à son auteur
le zèle de la foi, la connaissance de la matière ; on était obligé
de convenir que c'était un homme dévoué à son Archevêque,
attaché à la hiérarchie, un digne compagnon de Languet
dans la guerre contre les Anti-liturgistes. Nonobstant toutes
ces raisons , l'Archevêque résolut de maintenir le Bréviaire |
avec les corrections ; on pensa que le temps calmerait cette
agitation. Cependant , on eut la prudence de ne rien faire
contre les deux Lettres et la Remontrance. Il n'eût pas été
facile, en effet, de rédiger une censure contre ces pièces
vraiment orthodoxes, et d'ailleurs, c'eût été accroître la
déconsidération du Bréviaire , en provoquant une réplique ;
peut-être même le Siège Apostolique eût -il été contraint
d'intervenir dans cette question épineuse. Quant à l'opposi-
tion des Séminaires de Saint-Sulpice et de Saint-Nicolas, elle
dut céder enfin devant l'injonction expresse de la Lettre
Pastorale, surtout depuis les cartons mis au Bréviaire qui,
tout en attestant l'impure origine de ce livre, donnaient à
l'autorité diocésaine une raison de plus de presser l'accep-
tation de la nouvelle Liturgie. Ainsi l'œuvre de Vigier, Me-
LITURGIQUES. 565
senguy et Coffin, s'implanta pour de longues années dans
l'Eglise de Paris, et par suite dans une grande partie du
Royaume. Les Jansénistes, quoique mortifiés par les cartons,
se rangèrent autour du Bréviaire, et trouvèrent des éloges
pour l'Archevêque Vintimille qui demeurait, malgré tout,
le patron de leur œuvre. Rien n'est plus curieux que le lan-
gage des Nouvelles Ecclésiastiques sur ce Prélat : tour à tour
la feuille Janséniste gémit de son aveuglement et exalte son
zèle providentiel dans la publication du Bréviaire.
Cependant, si on n'osait censurer, à l'Archevêché, les
Lettres sur le nouveau Bréviaire , ce Bréviaire ne demeura pas
néanmoins tout-à-faît sans apologie. Le P; Vigier entreprit
une défense de son travail , sous le point de vue de l'ortho-
. doxie. Son intention était de prouver que le Bréviaire ren-
fermait un nombre suffisant de textes favorables au dogme
catholique de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes,
au culte de la Sainte Vierge et à la primauté du Siège Apos-
tolique. Quand il en eût été ainsi , cette démonstration n'eût
pas infirmé les reproches des Catholiques sur la suppression
de tant de choses respectables, sur la frauduleuse insertion
d'un si grand nombre de particularités suspectes , reproches
d'autant plus fondés, que les cartons étaient là pour attester
l'existence du mal. Il n'en demeurait pas moins évident que
le Bréviaire était une œuvre Janséniste , par ses auteurs , son
esprit et son exécution; que les cartons n'avaient atteint,
après tout, qu'une faible portion des choses répréhensibles,
soit comme exprimant des ambiguïtés sur le dogme, soit
comme renversant, en tant d'endroits, les plus sacrées des
traditions liturgiques. D'ailleurs, pour qui connaît l'histoire
du Jansénisme, rien n'est moins étonnant que ce soin qu'a-
vaient eu les rédacteurs du Bréviaire, d'insérer dans leur
œuvre un certain nombre de textes qu'on aurait à faire va-
364 INSTITUTIONS
loir, en cas d'attaque. Vigier était placé tout à son aise pour
remplir ce personnage : il n'avait point appelé de la Bulle
comme Mesenguy et Coflin ; mais, d'un autre côté, il ne
la regardait que comme simple règle de police. Dans cette
heureuse situation, sa conscience ne lui défendait point de
glisser dans son Bréviaire ses sympathies Janséniennes; et
du moment que des réclamations s'élèveraient, il pouvait,
sans contradiction, en présence du public, revoir son œuvre,
la Bulle Unigenitus en main , et soutenir la thèse de la non
contrariété du Bréviaire avec cette Bulle.
Cependant, le parti ne s'accommodait pas trop de cette
condescendance de Vigier. Les Nouvelles Ecclésiastiques
expriment hautement leur mécontentement sur l'Apologie :
c Tout ce que nous pouvons dire de cet écrit, dit le gazcttcr,
» c'est que, malgré la protection dont M. l'Archevêque a jugé
> à propos de l'honorer, le public (1) ne lui a pas fait un accueil
»bien favorable. Il se sent partout de l'étrange contrainte où
» l'on est, lorsqu'en recevant la Constitution Unigenitus, on se
> trouve obligé de défendre les Vérités que cette même Cons-
> titution condamne , et cette malheureuse nécessité y a ré-
»pandu d'un bouta l'autre une teinture deMolinisme qui a
> fait dire à plus d'un lecteur que cette apologie fait peu
» d'honneur au Bréviaire , qui n'en avait pas besoin et qui se
* défend assez par lui-même. En un mot, on sait que ceux qui
» ont eu le plus départ à la composition du nouveau Bréviaire
» de Paris , n'ont point goûté cette première Lettre (1). » Ces
collègues de Vigier, qui furent mécontents de l'Apologie du
Bréviaire, n'étaient autres que Mesenguy (2) et Coflîn, aux-
(1) Ce public est principalement celui du Journal.
(2) Nouvelles Ecclésiastiques. 24 novembre 1756.
(3) Ami de la Religion. Ibidem, page 293.
LITURGIQUES. 365
quels leur caractère officiel d'Appelants interdisait toute
, rétractation même apparente. Vigier était donc comme l'in-
termédiaire entre le nouveau Bréviaire et les Catholiques.
L'Apologie qu'il avait publiée consistait en trois Lettres de
M. l'Abbé *** à un de ses amis, en réponse aux libelles qui ont
paru contre le nouveau Bréviaire de Paris. Ces trois Lettres,
qui forment ensemble cinquante-quatre pages in-40, sont
datées des 1er et 15 octobre, et du 30 décembre 1736 , et
parurent avec Approbation et Privilège du Roi.
Le courageux Père Hongnant avait publié, vers la fin de
la même année , une troisième Lettre sur le nouveau Bré-
viaire, dans laquelle il s'efforçait de renverser les subter-
fuges de Vigier et de faire voir que l'Apologie , pas plus que
les carions, ne parviendraient à faire du Bréviaire une œuvre
catholique. Nous ignorons si cette troisième Lettre obtint,
comme les deux précédentes , les honneurs d'une condam-
nation au Parlement de Paris (1). Quoi qu'il en soit , la con-
troverse demeura close pour le moment et le Bréviaire resta,
comme sont restées beaucoup d'autres choses, que le dix-
septième et le dix-huitième siècles ont vu naître, et que le
nôtre , peut-être , ne transmettra pas à ceux qui doivent le
suivre.
Le Bréviaire étant inauguré, il devenait nécessaire de don-
ner un nouveau Missel qui reproduisît le même système. On
sent que le Missel de Harlay, revu par ïe Cardinal de Noailles,
était encore trop conforme à la Liturgie Romaine pour se plier
au Calendrier et aux autres innovations du moderne Bré-
viaire; or, il fallait un rédacteur au nouveau Missel. L'Acolyte
(1) VAmi de la Religion parle de Remarques manuscrites sur le nou-
veau Bréviaire , en M pages in- i° qui, dit-il, roulent sur les mêmes
griefs que les Lettres cl'Honguant ; mais elles sont plu; modérées.
366 INSTITUTIONS
Mesenguy fut choisi pour ce grand travail, sans doute par la
protection de PAbbé d'Harcourt, qui disposait totalement
de la confiance de l'Archevêque , dans tout ce qui tenait à la
Liturgie. Ce fut, au reste, une étrange influence que celle de
Mesenguy dans toute cette opération. Il était auteur en partie
du nouveau Bréviaire, et, quand on forma la commission
pour juger des réclamations que ce livre avait excitées , on
ne lui avait pas fait l'honneur de le convoquer. Sans doute,
sa qualité d'Appelant et d'hérétique notoire avait exigé qu'on
rendit du moins cet hommage à la pudeur publique. Mainte-
nant qu'il s'agit d'un livre plus important, plus sacré encore
que le Bréviaire, du Missel , du Sacramentaire de l'Eglise de ,
Paris, on vient chercher cet homme, cet hérétique, étranger
même au caractère de Prêtre; ce sera lui qui déterminera,
pour cette Eglise , les prières , les rites , les mystères avec les-
quels les Prêtres, désormais, auront à célébrer le grand Sacri-
fice. Au reste, cette confiance inouïe donnée à un hérétique
par un Prélat Catholique, Mesenguy continua d'en jouir pen-
dant toute la durée de l'épiscopat de Charles de Yintimille;
car, en 1745, peu avant la mort de l'Archevêque, il présida
à la nouvelle édition du Bréviaire et aux changements, d'ail-
leurs assez légers, qui y furent faits (1).
Il paraît que Mesenguy avait, depuis plusieurs années,
commencé le travail du Missel, car ce livre fut en état de
paraître dès 1738, et fut annoncé par une Lettre Pastorale
de l'Archevêque, en date du 11 mars. Nous allons parcourir
cette pièce importante, qui fut placée en tête du Missel lui-
même (2).
Elle commence par des réflexions sur la dignité du Sa-
(1) L'Ami de la Religion. Ibidem,
(2) Vid. la noie B.
LITURGIQUES. 567
crifice de la Messe, considéré sous ses différents rapports,
et arrive bientôt à parler des efforts tentés dans plusieurs
Diocèses de France pour la correction et le perfectionnement
des Missels. On rapelle ensuite les travaux des Archevêques
de Harlay et de Noailles , qui ont cependant encore laissé
beaucoup à désirer pour l'entière perfection de ce livre ;
mais le nouveau Missel est rédigé d'après des principes to-
talement conformes à ceux que suivirent ces deux Prélats
dans leur réforme liturgique : c'était assez dire que la partie
Romaine avait presque entièrement disparu.
La Lettre Pastorale déclare ensuite que le nouveau Bré-
viaire ayant rendu nécessaire un nouveau Missel , l'Arche-
vêque s'est fait aider dans ce travail, par plusieurs Chanoines
de la Métropole. A leur tête était naturellement le Doyen ,
l'Abbé d'Harcourt , qui ne travaillait pas par lui-même, mais
par son protégé , Mesenguy. Nous ignorons quels sont
les autres Chanoines désignés ici, et la mesure de leur in-
fluence dans la composition du Missel.
Venant au détail des modifications introduites dans ce livre*
l'Archevêque parle ainsi : « On ne trouvera presque aucun
» changement dans les Evangiles et les Epîtres des Dimanches
>et des Fériés, non plus que dans ceux des fêtes chômées
» par le peuple. On a fait davantage de changements dans
îles pièces chantées aux Messes du Propre du Temps; en
» sorte, toutefois, que nous avons retenu ce qu'il y avait de
> meilleur en ce genre dans le Missel précédent , nous réser-
avant quelquefois de le placer plus à propos. »
Charles de Vintimille confesse ici, sans scrupule, une des
plus graves infractions faites à la Liturgie , sous le point de
vue de la popularité du culte divin. Sans parler ici des Gra-
duels, Versets Alleluiatiques , Offertoires et Communions,
choisis par saint Grégoire et ses prédécesseurs, et qu'il eût
568 INSTITUTIONS
pourtant été fort à propos de ne pas perdre , à une époque
surtout où Ton se piquait si fort d'un zèle éclairé pour l'anti-
quité, n'était-ce pas une grande faute d'Oser violemment
changer, dans un grand nombre de Messes, les Introïts eux-
mêmes, qui, de toute antiquité, servaient à distinguer
entre eux les divers Dimanches de l'année ? Comment dé-
sormais lire et comprendre nos chroniques nationales, les
chartes et les diplômes de nos ancêtres, dans lesquels les Di-
manches sont sans cesse désignés par les premières paroles
de cette solennelle Antienne? Il faudra donc, et c'est à quoi on
est réduit aujourd'hui, que le Prêtre lui-même ne puisse plus
expliquer ces monuments, s'il ne s'est muni d'un Missel Ro-
main , à l'effet de comprendre des choses que le peuple lui-
même savait autrefois? Qu'il est pourtant triste de voir l'ardeur
avec laquelle, à cette époque, on se ruait à tout ce qui pouvait
creuser un abîme entre le présent et le passé! Au reste, sous
ce rapport, comme sous les autres, on était tombé dans toutes
les contradictions où entraîne d'ordinaire une conduite arbi-
traire. Ainsi, on avait daigné conserver les ïntroïls : Ad te le-
vavi, du premier Dimanche de l'Avent ; Dominus dixit ad me,
de Noël, à la Messe de Minuit ; Invocavit, Reminiscere, Oculi,
Lœtare, des quatre Dimanches de Carême ;Judica me , delà
Passion ; Domine, ne longe, du Dimanche des Rameaux ; Quasi
modo, de l'Octave de Pâques, et quelques autres encore des
Dimanches après la Pentecôte ; et on avait retranché Populus
Sion, du second Dimanche de l'Avent; le fameux Gaudete,
du troisième Dimanche; Rorate, qui est au quatrième;
Dum médium , au Dimanche dans l'Octave de Noël ; In
excelso trono , au Dimanche dans l'Octave de l'Epiphanie;
Omnis terra, au deuxième Dimanche après cette fête; Ado-
rate Dominum, au troisième et suivants; Resurrexi, au jour
même de Pâques ; Miser icordia, au second Dimanche après
LITURGIQUES. 369
Pâques; Jubilate, au troisième ; Exaudi, Domine, au Di-
manche dans l'Octave de l'Ascension; Factus est Dominus ,
au second Dimanche après la Pentecôte ; Exaudi, Domine,
au cinquième; Omnes gentes, au septième; Suscepimus,
Deus, au huitième; Ecce Deus adjuvatme, au neuvième;
Deus in loco , au onzième; Deus in adjutorium, au dou-
zième; Proteetor nouer, au quatorzième; Inclina , au quin-
zième; Justus es, au dix-septième; Da pacem, au dix-hui-
tième; Salas populi, au dix-neuvième; Omnia quœ fecisti,
au vingtième ; Si iniquitates , au vingt-deuxième ; Dicit Do-
minus , aux vingt-troisième et vingt-quatrième. Outre ces
suppressions, plusieurs des Introïts conservés avaient été
transposés d'un Dimanche à l'autre; ce qui n'était propre
qu'à accroître la confusion et à rendre de plus en plus
impraticable l'étude des Chroniques et des Diplômes,
cident. Ainsi, le Gaudete du troisième Dimanche de l'Avent,
se trouvait transplanté au vingt-quatrième après la Pente-
jcôte; le Vocem jucunditatis , du cinquième Dimanche après
Pâques, était anticipé au troisième, etc. Nous ne parlons pas
des Introïts du Propre des Saints ; comme ils ne sont pas
employés ordinairement dans le style de l'Europe du moyen-
âge, leur suppression n'offensait que les convenances litur-
giques. Quant à ce que disait la Lettre Pastorale, qu'on avait
conservé les Epîtres et les Evangiles des fêtes chômées par le
oeupîe , il eût fallu dire : moins l'Evangile de la fête de saint
Merre et saint Paul. Cet Evangile avait disparu, avec son fameux
iexte : Tu es Petrus, et super hune petram œdificabo Ecclesiam
keam, pour faire place au passage du XXIe chapitre de S. Jean,
ii Jésus-Christ dit à saint Pierre : Pasce oves meas; texte im-
ortant, sans doute, pour l'autorité du Saint Siège, mais moins
lair, moins populaire, moins étendu que Tu es Petrus, qu'on
yait lu pendant mille ans, ce jour-là, à Paris comme à Rome,
T. n. 24
570 INSTITUTIONS
La Lettre Pastorale continue : * Nous avons choisi les pas-
» sages de l'Ecriture qui nous ont semblé les plus propres à
» exciter la piété, les plus faciles à mettre en chant et les
> plus en rapport avec les lectures sacrées qui se font à la
» Messe. Cependant, nous ne nous sommes point tellement
* enchaînés à une méthode quelconque que nous ne nous
» soyons proposé, par dessus tout, de rechercher ce qui
» pouvait élever le cœur à Dieu et l'aider à concevoir le feu
» sacré de la foi , de l'espérance et de la charité. » Saint Gré-
goire s'était bien aussi proposé la même fin dans le choix des
pièces de son Antiphonairc , et passait môme pour y avoir
réussi. Il est étonnant que le dix-huitième siècle ait eu cette
surabondance d'onction et d'esprit de prière , et qu'un Jan-
séniste comme l'Acolyte Mesenguy ait été appelé à devenir
ainsi, pour l'Eglise de Paris , l'organe de PEsprit-Saint. Nous
devons seulement remarquer ici que, dans ce nouveau Mis-
sel, on avait conservé généralement un plus grand nombre de
formes Romaines que dans le Bréviaire, par exemple, la
presque totalité des Epîtres et des Evangiles , et que si on
avait suivi le système de mettre les parties chantées en rap-
port avec ces lectures , en substituant de nouveaux Introïts,
Graduels, etc., quand les anciens ne s'harmonisaient pas,
on n'avait pas cependant pressé , avec la dernière exagéra-
tion , l'application de celte méthode. Nous aurons bientôt à
signaler d'autres Missels fabriqués sur un plan bien plus ri-
goureux. Reprenons la Lettre Pastorale.
« La même raison nous a portés à ajouter plusieurs Pré-
faces propres qui manquaient, savoir pour l'Avent et cer-
taines solennités plus considérables, comme la Fête-Dieu,
ila Dédicace, la Toussaint et autres. Ainsi, nous sornmes-
» nous efforcés de nous rapprocher, autant que nous avons >
ipu, de l'ancienne coutume de l'Eglise Romaine, qui avait
LITURGIQUES. 371
» autrefois presque autant de Préfaces propres que de Messes,
» comme cela est encore d'usage aujourd'hui dans les Eglises
>du rite Ambrosien. >
Pourquoi donc n'avoir pas pris dans les anciens Sacramen-
taires les Préfaces de l'Avent, de la Dédicace, de la Tous-
saint, de saint Denys même? Pourquoi en faire rédiger de
si longues, de si lourdes, par des Docteurs de Sorbonne dont
le style a si peu de rapport avec la phrase châtiée et cadencée
de saint Léon et de saint Gélase ? Pourquoi , surtout , ad-
mettre à l'honneur de composer des prières d'un usage si
sacré, un hérétique comme le Docteur Laurent-François
Boursier, expulsé de la Sorbonne en 1720, pour avoir écrit
contre le Concile d'Embrun ? C'est à un pareil homme que
l'Eglise de Paris doit la Préface de la Toussaint, qui se chante
aussi à la fête du Patron. Dans cette Préface, Boursier dit à
Dieu qu'en couronnant les mérites des Saints , il couronne ses
propres dons, eorum coronando mérita, coronas dona tua ;
[expression très Catholique dans un sens, et très Janséniste
idans un autre. Nous manquerions à notre devoir d'historien
iturgiste, si nous ne disions ici que Boursier mourut le
1.7 février 1749, sur la paroisse de Saint-Nicoîas-du-Chardon-
t jiet, sans avoir rétracté son Appel. Le Curé de cette paroisse,
moique opposé à l'Appel, s'étant montré moins ferme sur la
épique ne le fut plus tard, à l'égard de Coffin, celui de Saint*
ptienne-du-Mont, et ayant cru pouvoir administrer les Sa-
irements à Boursier, fut exilé à Senlis, en punition de cet acte
i Je schisme, par l'Archevêque de Beaumont. Et on a continué
ppuis à chanter la Préface de Boursier !
« Nous avons apporté le même soin , continue la Lettre
w-astorale , aux Oraisons qui sont propres à chaque Messe ,
ît qui tiennent un rang considérable dans la Liturgie ; nous
oulons parler des Collectes , Secrètes et Postcommunions.
572 INSTITUTIONS
» Nous avons tiré des anciens Sacraraentaires la plupart de
» ces Oraisons si remplies de l'onction de la piété. Nous en
savons inséré quelques nouvelles, en très petit nombre,
» composées autant que possible sur le modèle des anciennes,
i et formées en grande partie des paroles même des Sacra-
»mentaires. En effet, si, comme nous en avertit saint Cé-
»lestin, la règle de la Foi dérive de celle de la Prière, avec
> quelle pieuse et affectueuse vénération ne devons-nous pas
j> embrasser ces formules de prières que nous ont laissées ,
» par tradition , ces antiques témoins de la doctrine chré-
> tienne , ces docteurs excellents de la vénérable antiquité !
> Nous voulons parler de ces hommes saints , dans lesquels
» habitait l'Esprit d'intelligence et de prière, les Léon, les
» Géiase , les Grégoire, les Hilaire, les Ambroise, les Salvien,
> les Léandre , les Isidore. Quelle imposante et sainte nuée
» de témoins ! C'est par leur autorité qu'il nous conste que ,
* dans ces anciens temps , on avait la môme foi que nous pro-
> fessons aujourd'hui ; que les mêmes vérités catholiques ont
* été , depuis les siècles les plus reculés , crues et défendues
>à Rome, à Milan, dans les Gaules, en Espagne, en un mot
» dans tout l'Occident. » Cette doctrine liturgique de la Lettre
Pastorale est , il est vrai , celle de tous les siècles chrétiens ;
mais pourquoi faut-il qu'elle ne soit ici qu'une contradiction
de plus ? En effet , si l'on doit embrasser avec une si pieuse et
affectueuse vénération ces formules de prières que nous ont
laissées par tradition ces antiques témoins de la doctrine chré-
tienne, ces Docteurs excellents delà vénérable antiquité , com-
ment justifier le Missel en tête duquel on lit ces belles paroles,
puisqu'il est clair comme le jour qu'un nombre considérable
de formules de ce genre sont abolies par le seul fait de sa
publication? Si saint Célestin doit être loué d'avoir dit que la
règle de la foi dérive de celle de la prière, pourquoi cette règle
LITURGIQUES . 375
de la foi ne dérive-t-elle pas tout aussi pure des paroles d'une
prière appelée Introït ou Graduel, que de celles d'une prière
appelée Collecte ou Post communion? Bien plus, ces Introïts ,
ces Graduels, étant destinés à être chantés par le chœur des
Prêtres, auquel s'unit la voix du peuple, n'aideront-ils pas
plus puissamment encore à la perpétuité du dogme? ne
rendront-ils pas plus solennel et plus éclatant le témoignage
des siècles , que ces Oraisons que la seule voix de l'officiant
fait retentir au fond du sanctuaire ? Si l'on reconnaît que
l'esprit d'intelligence et de prière a animé les Pères de la
Liturgie, les Grégoire et les Ambroise, par exemple, com-
ment se justifiera-t-on d'avoir expulsé leurs Hymnes du Bré-
viaire ? Si les traditions liturgiques de l'Eglise de Milan et de
celle d'Espagne sont dignes de notre respect, n'est-ce pas ,
après cela , se condamner soi-même que de rejeter les for-
mules chantées de style ecclésiastique , quand on sait ( et on
doit le savoir ) que les Bréviaires et les Missels de ces Eglises
gardent avec honneur la plupart de ces mêmes pièces de la
Liturgie Bomaine que François de Harlay, Le Tourneux, de
Vert,Vigier et Mesenguy, ont si lestement effacées? Est-il
permis de parler de la Liturgie de l'Eglise des Léandre et des
Isidore, et d'oublier le fameux Canon du IVe Concile de
Tolède, que nous avons cité ailleurs, et dans lequel sont si
expressément condamnés ceux qui veulent chasser des
Offices divins les formules de composition humaine, pour ne
chanter que des paroles de l'Ecriture (1) ?
Au reste, le nouveau Missel n'avait pas su se défendre
li'une contradiction éclatante avec les principes même de sa
rédaction. Dans la Messe du jour de la Pentecôte , on n'avait
)as osé remplacer, par un texte biblique, l'antique Verset
(1) Vid. ci-dessus. Tome 1. page^lS.
374 INSTITUTIONS
Alleluiatique , bien qu'il ne fût que d'une simple composition
humaine. Soit défaut d'audace, soit respect invincible, soit
injonction de l'autorité supérieure, Mesenguy avait conservé
ces grandes et touchantes paroles : Alléluia. Veni, sancte Spi-
ritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem
accende !
Avec cette seule exception , nous sommes en mesure de
réclamer, ligne par ligne , tout l'Antiphonaire de saint Gré-
goire. Y a-t-il, par hasard, moins de piété ou d'autorité
dans les autres formules si arbitrairement sacrifiées? Il nous
semble que si , dans la Liturgie régénérée , ont peut encore
chanter sans inconvenance : Alléluia. Veni, sancte Spiritus,
reple tuorum corda, etc., on pourrait bien aussi chanter,
pour honorer la Mère de Dieu , l'Introït suivant :
Salve, sancta Parens, enixa puerpera Regem qui cœlum
terramque régit in sœcula sœculorum !
Et le Graduel :
Benedicta et venerabilis es, Tir go Maria, quœ sine tactu
pudoris inventa es Mater Salvatoris.
Et Y Alléluia :
Assumpta est Maria in cœlum : gaudet exercitus angelorum.
Et le Trait :
Gaude , Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti,
quœ Gabrielis Archangeli dictis credidisti, etc.
Et cet autre Alléluia :
Virga Jesse floruit ; Virgo Deum et hominem genuit : pacem
Deus reddidit, in se reconcilians ima summis.
Et l'Offertoire :
Félix namque es , sacra Virgo Maria , et omni laude di-
gnissima : quia ex te ortus est soljustitiœ Christus Deus noster.
Et la Communion ;
LITURGIQUES. 575
Beata viscera Mariœ Virginis quœ portaverunt œterni Pa-
tris Filium !
Mais, qu' est-il besoin d'insister sur la contradiction d'a-
voir conservé le Verset Alleluiatique de la Pentecôte, quand
nous avons si ample matière à un argument adhominem bien
autrement embarrassant ? Le nouveau Missel était rempli de
Proses nouvelles, pour toutes les fêtes possibles. Ces com-
positions n'étaient pourtant ni tirées de l'Ecriture Sainte , ni
empruntées aux anciennes Liturgies. Elles étaient à la fois
une parole humaine et une parole nouvelle. Bien plus, on
ne s'était pas contenté de faire des Proses nouvelles ; une
des anciennes avait été retouchée d'après les idées modernes.
Ainsi on ne lisait plus la première strophe de la Prose des
Morts, comme autrefois :
Dies irœ , diesilla,
Solvet seclum in favilla,
Teste David cum sybïlla :
Mais bien :
Dies irœ, dies illa,
Crucis expandens vexilla,
Solvet seclum in favilla.
Après la fameuse censure de la Sorbonne contre les Jésuites
auteurs des Mémoires de la Chine , Mesenguy ne pouvait plus
souffrir qu'on chantât, dans l'Eglise de Paris, un Verset de
Séquence dans lequel était invoqué le témoignage d'une
SybiHe des Gentils à côté des oracles du peuple Juif. Il est,
en effet , bien étonnant que l'Eglise Romaine et le reste de
l'Occident s'obstinent à chanter toujours cette strophe, même
après le jugement souverain de la Sorbonne !
Mesenguy avait trouvé l'occasion de faire une autre justice
dans le Dies irœ. On y confondait encore, en dépit des progrès
376 INSTITUTIONS
de la critique , sainte Marie-Magdeleine avec Marie sœur de
Lazare :
Qui Mariant absolvisti ;
Mesenguy voulut que Ton chantât et Ton a chanté depuis ;
Peccatricem absolvisti !
Mais revenons à la Lettre Pastorale. « C'est donc à ces
> sources si pures, et principalement dans les Sacramentaires
> de l'Eglise Romaine qui est la Mère et la Maîtresse des
» autres , que nous avons puisé les Oraisons de notre Missel.
> On peut môme dire que ce n'est pas sans une conduite de
» la divine Providence qu'a eu lieu, pour notre grande con-
solation et celle de notre troupeau, la découverte récente
i du plus ancien de tous les Sacramentaires de l'Eglise Ro-
»maine, qui avait été inconnu depuis plusieurs siècles. Ce
» livre d'or, écrit sur un manuscrit en parchemin de plus de
• mille ans, a été publié à l'imprimerie Vaticane, sous les
» auspices du Souverain Pontife Clément XII, qui conduit
> aujourd'hui , avec non moins de sainteté que de sagesse , la
» barque de saint Pierre. C'est à ce monument considérable
> que nous avons emprunté un grand nombre de prières qui
» respirent une piété excellente et rappellent , pour le style
>et la doctrine, saint Léon le Grand, à qui on les attribue
» comme à leur auteur très certain. » Nous avons déjà dit un
mot de ce prétendu Sacramentaire de saint Léon , qui parut
en 1735, à la tête du quatrième tome de l'édition du Liber
Pontifxalis, dit d'Anastase,parBianchini. Nous y reviendrons
dans notre prochain volume. Mais ce manuscrit eût-il été réel-
lement le Sacramentaire de saint Léon, élait-ce, pour l'Eglise
de Paris, une manière bien efficace do témoigner de son ac-
cord parfait avec la Mère et la Maîtresse des Eglises , que de
répudier le Missel qu'elle promulgue et garantit de son au-
torité, pour s'en fabriquer un nouveau, dans la composition
LITURGIQUES. 577
duquel on ferait entrer quelques lambeaux d'un ancien Sa-
cramentaire qui a été l'objet d'une réforme il y a tant de
siècles? Ce n'est pas que nous désapprouvions dans une
Eglise qui, comme celle de Paris , se trouve en droit de ré-
former sa Liturgie, qu'on prenne dans les anciens Sacra-
mentaires certaines prières bien approuvées , pour enrichir
encore le Romain d'aujourd'hui ; mais cette conduite est
toute différente de celle qu'on a tenue. On s'est débarrassé
du Missel Romain, qui est le Sacramentaire et l'Antiphonaire
Grégoriens combinés, et ensuite , parmi les pièces anciennes
que l'on a consenti à recevoir de nouveau , on a daigné re-
monter jusqu'au prétendu Sacramentaire Léonien, conser-
vant même la plupart des Oraisons de saint Gélase et de saint
Grégoire, parce qu'on le jugeait ainsi à propos. C'est une
manière de procéder fort large; mais il ne faudrait pas lui
donner la couleur d'un zélé pour la Liturgie Romaine. Clé-
ment XÏI, en faisant les frais du quatrième tome de l'Anas-
tase de Rianchini , comme ses prédécesseurs avaient fait les
frais des trois premiers, n'avait pas, assurément, la pensée que
le Sacramentaire tel quel , publié parmi plusieurs autres mo-
numents dans ce volume , dût fournir à l'Eglise de Paris un
prétexte de se débarrasser du Missel Romain que les Harlay
et les Noailles avaient encore respecté.
« Nous avons largement distribué partout notre Missel ces
'» richesses liturgiques ; d'où il est arrivé qu'en plusieurs en-
!» droits de ce Missel , on trouvera des Collectes différentes
► des Oraisons qu'on aura récitées dans le Rréviaire ; incon-
vénient léger et même nul en soi. Il nous eût semblé plus
fâcheux de priver notre Eglise de tant d'excellentes prières
des anciens Pères. » On dira ce qu'on voudra, mais ce n'en
j |ist pas moins une chose inouïe dans la Liturgie , que la dis-
cordance de l'Oraison des Heures avec la Collecte de la Messe,
578 INSTITUTIONS
dans un même Office. Ce défaut d'harmonie qu'on voudrait
excuser ici ne montre que trop la précipitation avec laquelle
les nouveaux livres furent fabriqués. Jamais cette Liturgie Ro-
maine dont on s'est défait si cavalièrement ne fournit d'exemple
de ces anomalies, parce que les choses du culte divin sont tou-
jours disposées à Rome avec le sérieux, la gravité, la lenteur,
qui seuls peuvent faire éviter de pareilles fautes.
La Lettre Pastorale contient ensuite ces paroles remar-
quables : t Cependant, nous voulons vous avertir que , dans
i plusieurs Oraisons des anciens Sacramentaires, il a été fait
» certains changements , soit dans le but de les abréger, soit
» dans celui d'ôter l'obscurité et d'aplanir le style , soit enfin
» pour les accommoder à la forme spéciale des Collectes , Se-
» crêtes et Postcommunions. Cet exemple nous était donné
• par toutes les Eglises de tous les temps , dans les livres des-
> quelles on rencontre beaucoup de prières transférées d'une
» Liturgie dans une autre , et qui ont subi quelques légers
» changements dans les paroles , tout en conservant le même
> sens. Nous avons pensé que la même chose nous était per-
»mise, à la même condition, à savoir que le changement ne
» tomberait pas sur le fond des choses , mais seulement sur
» les expressions. Nous pouvons affirmer que les vérités du
» dogme catholique, exprimées dans ces prières, ont été reli-
> gieusement conservées par nous dans toute leur intégrité et
» inviolabilité. » Voilà donc un Evêque Catholique réduit à
affirmer solennellement à son clergé, en tête d'un Missel,
qu'il n'a pas altéré frauduleusement le dépôt de la tradition
sur les vérités catholiques ! Que s'était-il donc passé qui né-
cessitât cette humiliante déclaration ? quel événement avait
excité à un si haut point les susceptibilités du Clergé ortho-
doxe, que le Pasteur fût ainsi obligé de courir au-devant,
sans nul souci des convenances les plus sacrées? Cette décla
LITURGIQUES. 379
ration sans exemple avait pour but de prévenir de nouvelles
réclamations dans le genre de celles qui s'étaient élevées sur
le Bréviaire, et, dans le fait, Ton doit convenir que le Missel
était généralement plus pur que le Bréviaire , bien qu'il ren-
fermât encore une somme immense de nouveautés. On a dû
remarquer plus haut que l'Archevêque , en parlant de la
Commission pour le Missel , ne s'était pas borné, comme dans
la Lettre Pastorale du Bréviaire, à désigner en termes géné-
raux les hommes sages et érudits auxquels il avait confié cette
délicate opération , mais qu'il avoue simplement le concours
de plusieurs Chanoines de la Métropole. C'était mettre tota-
lement hors de cause la coopération de Mesenguy, de Bour-
sier et leurs semblables.
On trouvait encore, dans les clauses de la promulgation du
Missel , une particularité qui faisait voir que le Prélat avait
eu en vue de ménager sur plus d'un point les susceptibi-
lités catholiques. Le lecteur doit se rappeler que la Lettre
Pastorale sur le Bréviaire déclarait ce livre obligatoire pour
toutes les Eglises, Monastères, Collèges, Communautés, Ordres,
enfin 'pour tous les Clercs astreints à l'Office divin, sans excep-
tion aucune ; la Lettre Pastorale du Missel , beaucoup moins
absolue , n'exigeait cette soumission que de ceux qui, par le
droit et la coutume , sont tenus de célébrer et réciter l'Office
Parisien (1).
Nous ne nous appesantirons pas davantage , pour le mo-
ment , sur les particularités de ce nouveau Missel ; il nous
suffira ici d'en avoir exposé le plan, d'après la Lettre
Pastorale qui lui sert comme de préface. Au reste , nous
le répétons , ce livre était en soi moins repréhensible que
le Bréviaire. Les réclamations des Catholiques avaient du
(1) Qui de jure vel consuetudine Parisiense officium celebrare aut
recitare tenentur.
380 - INSTITUTIONS
moins eu l'avantage de réprimer l'audace de la secte qui
s'était vue à la veille de triompher par la Liturgie. Toutefois,
soit lassitude, soit découragement, les répugnances se cal-
mèrent peu à peu : le Bréviaire et le Missel de Vintimille
s'implantèrent profondément , et c'en fut fait de la Liturgie
Romaine dans l'Eglise de Paris.
Bien plus, cette Eglise que Dieu, dans ses conseils impéné-
trables, avait ainsi soumise à la dure humiliation de voir des
mains hérétiques élaborer les Offices divins qu'elle aurait
désormais à célébrer , eut le triste honneur d'entraîner
grand nombre d'autres Eglises du Royaume, dans la malheu-
reuse voie où on l'avait poussée. Déjà l'exemple qu'elle avait
donné au temps de François de Harlay avait été contagieux ;
celui qu'elle offrit au temps de Charles de Vintimille eut bien
d'autres conséquences. Trente ans après l'apparition du
Bréviaire de 1736, la Liturgie Romaine avait disparu des
trois quarts de nos Cathédrales, et, sur ce nombre, cinquante
et plus s'étaient déclarées pour l'œuvre des Vigier et des
Mesenguy. La sainte Eglise de Lyon était de ce nombre. Quel
événement donc que l'apparition des livres de Vintimille!
Comment n'a-t-il pas laissé plus de place dans l'histoire?
C'est que l'indifférence , le mépris, l'oubli même du passé
était la grande maladie qui travaillait les hommes du dix-hui-
tième siècle; et cependant, quand les Jansénistes et les philo-
sophes eurent totalement miné la société religieuse et civile,
beaucoup d'honnêtes gens s'étonnèrent de voir crouler pêle-
mêle, en un instant, tant d'institutions que les mœurs ne
soutenaient plus. Le récit de cette catastrophe n'est pas de
notre sujet : nous avons seulement à raconter comment une
des formes principales de la civilisation religieuse du moyen-
âge, la forme liturgique, a péri en France : poursuivons
notre histoire.
LITURGIQUES. 381
Il serait par trop minutieux d'enregistrer ici successive-
ment les divers Diocèses qui acceptèrent tour à tour les nou-
veaux Livres Parisiens. Il suffira de dire que partout où
cette adoption eut lieu , on fondit le Calendrier et le Propre
Diocésains avec ceux de Paris, et qu'on mit en tête du Bré-
viaire et du Missel le titre diocésain, le nom de FEvêque
qui faisait cette adoption, et une Lettre Pastorale, com-
posée d'ordinaire sur le modèle de celle de Charles de Vinti-
mille. Les premières Eglises qui entrèrent dans cette voie ,
furent celles de Blois, d'Evreux et de Séez. On fit dans ces
Diocèses quelques légères rectifications au Bréviaire , et
même les Nouvelles Ecclésiastiques se plaignent amèrement
qu'à Evreux on ait osé changer quelque chose dans la fa-
meuse strophe de l'Hymne de Santeul , pour l'Office des
Evangélistes. Elle avait été mise ainsi :
Insculpta saxo lex vêtus
Prœcepta , non vires daoat ;
Inscripta cordi lex nova
Bat posse quidquid prœcipit.
On avait donc adouci le dernier vers :
Quidquid jubet dat exequi ;
mais les trois premiers exprimaient encore les Propositions
de Quesnel, 6, 7 et 8.
Le nouveau Bréviaire de Paris fut aussi adopté, en 1764,
par les Chanoines Réguliers de Sainte-Geneviève, dits de la
Congrégation de France. Nous ne ferions que mentionner
-{simplement ce fait, si une des circonstances de son accom-
plissement n'offrait matière à une observation très grave. Le
p. Charles-François deLorme, Abbé de Sainte-Geneviève et
Général de la Congrégation , avait placé en tête du Bréviaire,
uivant l'usage , une Lettre Pastorale adressée à tous les
i^bbés, Prieurs, Curés et Chanoines de sa juridiction, et,
382 INSTITUTIONS
dans cette pièce , il rendait compte des motifs qui avaient
présidé à la rédaction de ce nouveau Bréviaire de Paris, qui
allait devenir désormais celui des Chanoines Réguliers de la
Congrégation de France. Après avoir parlé de la correction
du Bréviaire Romain par saint Pie V, et du mérite de celte
œuvre pour le temps où elle fut accomplie, l'Abbé de Sainte-
Geneviève en venait au détail des inconvénients qui avaient
porté plusieurs Evêques de France à renoncer à ce Bréviaire :
t Autant il était vrai, dit la Lettre Pastorale, que le Bré-
viaire Romain remporte sur tous les autres, autant on
> devait regretter que cette œuvre n'eût pas atteint sa per-
fection, moins par la faute de ses auteurs que par le mal-
>heur des temps. Il y était resté beaucoup de choses qui,
• soumises depuis à un examen sévère, ont été trouvées in-
> certaines et môme fausses. Il s'y était introduit plusieurs
» choses CONTRAIRES AUX MAXIMES DE NOTRE EGLISE GALLI-
>cane (1). » La voilà donc révélée par un témoin grave et
contemporain, l'intention qu'on a eue en se défaisant du
Bréviaire Romain , d'aider à l'établissement du Gallicanisme.
Certes, un pareil aveu n'était plus nécessaire après les faits
que nous avons rapportés : mais il ne laisse pas que de ré-
jouir grandement, surtout à cause de la naïveté avec laquelle
il est produit.
Tandis que le désir de consolider les maximes de notre
Eglise Gallicane portait une grande partie du Clergé du
Royaume à rejeter le Bréviaire Romain, l'esprit catholique,
(l) At quam verum erat caeteris omnibus prsestare Uomanum Offîcii
divini Ordinem, tam dolendum erat opus numeris suis omnibus, vitio
seculi potiusquam auctorum, non fuisse absolutum. Supererant plu-
rima, quae incerta, quae falsa postmodum , adhibito severiori examine
deprehensa sunt ; exciderunt nonaulla nostraî Gallicanae Ecclesiae pla-
citis ad versa.
LITURGIQUES. 585
dont nous avons va les résistances à Paris, se révoltait
dans d'autres Diocèses. Nous avons malheureusement peu
de faits à citer ; mais c'est une raison de plus de les arracher
à l'oubli. Nous dirons donc qu'à Marseille , l'héroïque Evêque
Henri de Belzunce adressa un Mandement à son peuple, pour
l'engager à redoubler de zèle dans le culte de la Sainte
Vierge et des Saints , qui était menacé par de téméraires in-
novations. Des considérations de haute convenance l'empê-
chèrent d'expliquer plus clairement les attentats qu'il avait
en vue ; mais des Curés , tels que ceux des Accoules et de
Saint-Martin, crurent pouvoir annoncer en chaire, à leurs
peuples, que le Prélat avait voulu signaler le récent Bréviaire
de Paris , et l'on ne tarda pas à entendre retentir, dans les
j Nouvelles Ecclésiastiques , tous les sifflets du parti contre
l'illustre Prélat à qui la secte n'a jamais pardonné son zèle
ardent contre les dogmes Jansénistes.
Ceci se passait quelques mois après l'apparition du Bré-
viaire de Yintimille. En 1752, un fait du même genre con-
r.ola les amis des saines doctrines liturgiques. Jean-Georges
le Souillac, Evêque de Lodève, Augustinien zélé, avait été
lu nombre des Prélats qui les premiers adoptèrent le nou-
eau Parisien. Il eut pour successeur, en 1750, un Evêque
élèbre pour la pureté de sa doctrine, et dont nous aurons
irochainement occasion de parler. Ce Prélat était Félix-Henri
e Fumel. Un des premiers actes de son autorité fut de ré-
iblir le Bréviaire Romain et de supprimer le Parisien qu'il
yait trouvé en vigueur. Cet acte de courage lui attira, comme
Belzunce, les injures du parti; mais de pareils outrages
p la part des hérétiques sont la plus noble récompense que
lisse ambitionner un Evêque.
Tirons maintenant les conclusions qui résultent, pour là
octrine liturgique , des faits exposés dans ce chapitre.
384. INSTITUIONS
D'abord, sur les douze caractères que nous avons signalés
dans les œuvres de la secte Anti-llturgiste, dix sont visibles
dans les divers produits de la gra ide révolution que nous
venons de raconter.
1° Eloignement pour les formules traditionnelles. Foinard ,
Grancolas, dans leurs Projets; les bréviaire et Missel de Paris
de 1736, etc. Partout, on crie qu'il faut prier Dieu avec ses
propres paroles : Deum de suo rogare.
2° En conséquence , remplacement des formules de style
ecclésiastique par des passages de la Bible. C'est l'intention
expressément avouée et mise à exécution. C'est le génie de
l'œuvre toute entière.
3° Fabrication de formules nouvelles. Les Hymnes de Cof-
fin, dont nous avons relevé quelques traits. Préface delà
Toussaint, par Boursier. Une immense quantité de Proses
nouvelles.
4° Contradiction des principes avec les faits, rendue pa-
tente dans ces milliers de nouveautés introduites par des
gens qui ne parlent que de rétablir la vénérable antiquité, et
qui non seulement fabriquent de nouvelles Hymnes, de nou-
velles Proses, de nouvelles Oraisons, de nouvelles Préfaces,
mais, de plus, débarrassent le Bréviaire et le Missel d'une
immense quantité de pièces Grégoriennes non seulement an-
ciennes, mais empruntées à l'Ecriture Sainte elle-même.
5° Affaiblissement de cet esprit de prière appelé Onction dans
le Catholicisme, Tout le monde convient que les nouveaux
Bréviaires, avec tout leur art, ne valent pas, pour la piété,
les anciens livres. Continuelle attention de la part de Vigier et
Mesenguy, à introduire dans leur œuvre des phrases bi-
bliques à double sens , comme autant de mots d'ordre pour
le parti : ce serait un grand miracle qu'il fût demeuré beau
coup d'onction dans tout cela.
LITURGIQUES. 385
6° Diminution du culte de la Sainte Vierge et des Saints, II
suffît de jeter un coup d'œil sur les Projets de Foinard et de
Grancoîas , qui sont réalisés dans "le Calendrier et le Propre
des Saints du nouveau Parisien , pour se convaincre que telle
a été l'intention. Les résultats sont venus ensuite, et on ne
doit pas s'en étonner.
7° Abréviation de l'Office et diminution de la prière publique»
On a vu avec quelle impudeur Foinard l'avait affiché jusque
sur le titre de son livre. Dans les nouveaux Bréviaires, rien
n'a été épargné pour cela.
8° Atteintes portées à V autorité du Saint Siège, Qu'on se
rappelle la Collecte de, saint Damase , la réunion des deux
Chaires de saint Pierre en une seule , l'extinction de l'Octave
de la Fête même du Prince des Apôtres, etc.
9° Développement du Presbytérianisme dans l'innovation
liturgique, oeuvre de simples Prêtres, à laquelle ont pris
Dart notable de simples Acolytes, des Laïques même : sujet de
| grande déconsidération pour la hiérarchie , et bientôt pour
I iout l'ordre ecclésiastique.
10° Intervention de la puissance séculière dans l'affaire du
.ouveau Bréviaire de Paris. Sentences contre un Prêtre dont
îs sentiments n'étaient que Catholiques. Nulle réclamation
e l'autorité compétente contre un si énorme scandale.
C'est donc une déplorable forme liturgique que celle à la-
iuelle sont devenues applicables, et en si grand nombre, les
ptes auxquelles on reconnaît la secte Anti-liturgiste. En
ître, c'est une chose bien étrange que le remaniement total
b la Liturgie ait eu pour auteurs et promoteurs des héré-
; mes Jansénistes , séparés de la communion, même exté-
il'ure, de l'Eglise , tels que Le Brun des Marettes, Coffin et
l|ursier, et d'autres non moins déclarés, Appelants des ju-
glîients de l'Eglise , et , malgré cela , par une inexplicable
T. il. 25
586 INSTITUTIONS
contradiction, honorés de la confiance des Prélats qui avaient
promulgué ces mêmes jugements.
C'est aussi un fait bien instructif que celui d'un Arche-
vêque de Paris obligé d'admettre de nombreux cartons dans
un Bréviaire dont il a garanti l'excellence dans une Lettre
Pastorale, et réduit à protester, deux ans après, en tête d'un
Missel, qu'il y a maintenu la foi dans sa pureté , et qu'en re-
touchant le style de certaines Oraisons, il n'a point altéré la
doctrine catholique qu'elles renfermaient.
C'est une chose bien humiliante , qu'en donnant lu liste
des réformateurs de la Liturgie, il nous faille ajouter, aux
noms dé Sainte-Beuve, LeTourneux, de Vert, Santeul, Le-
dieu, Ellies Dupin, Baudouin, Bossuet, Evêque deTroyes,
Petitpied et Jubé, tous Jansénistes, ou fauteurs de cette hé-
résie, ceux de Caylus, Evêque d'Auxerre, Le Brun des
Marettes, Vigier, Mesenguy, Coffin et Boursier, tous fameux
à divers degrés pour leur zèle et leur indulgence envers la
secte. Nous serions injuste de ne pas leur adjoindre l'intrépide |
champion du nouveau Bréviaire Parisien , l'Avocat-général
Gilbert de Voisins, dont nous signalerons encore, au chapitre
suivant , le zèle pour les maximes françaises sur la Liturgie.
Notre impartialité nous oblige, tout en laissant les Docteurs
Foinard etGrancolas au rang des hommes les plus téméraires
qui aient jamais écrit sur les rites sacrés, à ne pas les faire fi-
gurer expressément sur la liste des partisans ou fauteurs du
Jansénisme. Il est prouvé que Grancolas, du moins, avail
accepté sans arrière-pensée les jugements de l'Eglise.
Sur la liste si peu nombreuse des réclamants contre la des
truction de toutes les traditions liturgiques, nous inscriron
à la fin de ce chapitre, à côté de Languet et de Saint-Albin
Belzunce, Evêque de Marseille ; de Fumel, Evêque de Lodève
les Séminaires de SaiHt-Sulpice et de Saint-Niçolas-du-Chai
LITURGIQUES. 587
donnet ; les Abbés Regnauld et Gaillande , et surtout ce cou-
rageux Jésuite, le P. Hongnant, qui confessa, malgré la
rage du Parlement, ces pures traditions Romaines dont sa
Société, toujours fidèle aux enseignements de saint Ignace,
ne s'est jamais départie. Nous ne parlons point de Robinet,
qui a eu trop de part à l'innovation , à Rouen et ailleurs ,
pour être recevable à la condamner à Paris.
388 INSTITUTIONS
NOTES DU CHAPITRE XIX.
NOTE A.
CAROLUS GASPAU GUILLELMUS DE VINTIMILLE , E COMIT1DUS
MASSILIA: DU LUC, MISER ATIONE DIVINA, ET SANCTiE SEDIS
APOSTOLIC^E GRATIA, PARISIENSIS ARCHIEP1SCOPUS ,
CLERO PARISIENSI, SALUTEM IN CHRISTO JESU.
Est assidua pracât&O ita homiai Christiano necessaria , ut sine ea non
magis vigerc pielas poisit, quara sine ducto spiritu corporis vita ser-
vari. Oportet semper or are et non deficere. Ita quippe et supremum in
nos Dei jus ac dominium, et huraanse conditionis intirmitatem ino-
piamque agnoscimus ac profitemur
Ecclesia , castissimi iila columba, cujus pios perpetuosque gemitus
semper exaudit Deus , id in se muneris recipit, ut rainistrorum suorum
preces dirigat, tt singulas sanctis irni ministerii partes ordinet atque
disponat. Iila in Oiïicio divino , quo quidem tola publici cultus materia
coaiinetur, complexa est augustissima Dei ac Religionis mysteria, in-
corruplas tidei moiumque régulas, doctrinam traditionis, sanctorum
l'atrum scriptis, et Conciliorura decretis consignatam. Ibidem claris-
simi vinutum omnium exempla proponit in vita et morte Sanctorum
ac Martyrum, quos publico cultu veneratur ; ea scilicet mente ut fîde-
lium pietatem alat, erudiat iidem, fervorem accendat. Docet eadem Dei
culium spiritu, id est, religioso auimi cordisque obsequio , et adora-
tione constare ; Sanctosque non stjrili admiratione , sed fideli virtu
tum, quibus enituerunt, imitât ione houorari. Quœ cum generatim
spectarunt primi Eccleiiae Paaores, tum illud etiam prœcipue inten-
derunt, ut in Officii ecclesiastici série, ordine, dispositione parata
esseut sacerdotibus subsidia , quibus populos sibi commissos scieutn
salutis facilius possint instruere. Illustrissimorum Antistitum, qu
nobis proxime très decesserunt, felix fuit bac in parte opéra et pro
batus labor : quorum exemplo hujus regni Prœsules non pauci eue
successu ac laude nova ediderunt Breviaria.
ISos vero, statim ut divinae Providentiae dono ad hujus Métropolitain
Ecclesiœ gubemasulum accessimus, noyi Breviarii neçessitatem ,
LITURGIQUES. 589
vins eru dit is et sapientibus admoniti cognovimus. ftam cuni io plu-
ribus proxime prœcedentium Breviariorum Officiis roirus quidam ordo,
et eximius solidae pïetatïs ac doclrinae gustns eluceat ; ut cœteris Offi-
ciis eadem dignitas, idem nitor accederet, veheme&ter concupivimus.
Quo in opère sic elaboratum est, ut illud tandem et divini cultus ma-
jestati , et nostris, quae communem omnium sancub'cationem spectant ,
votis responderet.
In hujus porro operis ordinatione id servandum esse duxiraus, ut,
si excipiantur Hymni, Orationes, Canones, et Lectiones nonnullae,
singuiœ Officii partes e Scriptura Sacra depromerentur; rati videlicet
cum sanctis Pairibus, acceptiores fore Divinae Majestati pièces, quae
Dei ipsius, non sensus modo, scd ipsas etiam voces repraesentarent.
Lectiones autem e Patrum scriptis et vita Sanctorum excerptae, cavi-
mus ut cum delectu fièrent, et Officiis in quibususurparentur, apprime
congruerent; postremo, utomnia incorruptis rerum gestarum monu-
mentis niterentur.
Superiorum Breviariorum, vcteruajque Sacramentel iornm Collectas,
seu Orationes, quod licuit, retinuimus. Imo veteribus Hymnis locus
datusest, nisi quibus ob sententiarum vim , elegantiam verborum, et
teneriores pietatis sensus, récentes anteponi satius visura eu.
Multorum piœ voluntati obsequentes, Psalterium ita divisimus ( quod
quidem pluribus jam in Ecclesiis obtinuit), ut sui singulis hebdomadae
diebus, imo etiam Horis, proprii addicerenturPî-aînn ; prolixioresvero
secarentur. Ejusmodi partitione, Offieiorum inaequalitâtem sustuli-
mus; fecimusque ut canentium spiritus et attentio minus jam grava-
rentur. Hoc nimiœprolixitatisincommodr.mîrgre se olîmtulisse affirmât
sanctus Basilius. Quae molestia ut îevaretur, sanxerat jam antiquilus
Narbonense Conciîium, ut longior quisque Psalwus in plures Doxoîo-
gias dividereiur; quod item sancti Benedicti Reguia prœ cribit.
In omnibus Festis, Feriarum Psalrni recitabmmir, iis tantum diebus
exceptis, qui velMysteriis, \el Virgini Deiparx sacri erunt. Inde fiet
ut omnes fere semper intra unius hebdomadae spaiinm Psalmi perîe-
ganiur.
Servata est sua diei Dominicae praerogativa, ni nempe f-sta q^oelibet
jixcludat, nisi quae principem in Ecciesia honoris ac ceiebritatis gra-
iuoi obtioent.
LU autem cujusque diei suus quidam scopus, certumque discrimcn
ssîgnetur; die Dominica, quaB creatœ lucis, re^urgentis Christi, et
romuigaise novae legis est dies, excitatur in fideliura animis Dei et
ivinae legis amor. Feria secunda, benigoa Dei erga homines carilaa
Ht le beneûcentia célébra tur. Tribus proxime sequentibus Feriis, amor
1
390 INSTITUTIONS
proximi, spes et fides commendantur. Feriae Sextae, quae dies est pis-
sionis Christi, Ofiicium ad patientiam in hujcs vitae laboribus et cerum-
nis refertur. Sabbato denique, propter bona fidelium opéra, iisque
repensam mercedera, grates Deo persolvuntur.
In ritu Quadragesimalis Officii, œquum ceusuimus ut vêtus Ecclesiae
raos revocaretur, quodierum festorura laeia celebriias cum jejunio et
cum saiutari pœnitenti* tristitia non satis congiuere videbalur. Multae
jam Diœceses nobis hac iu re praeiverunt, quarura exemplo a Quadra-
gesimali tempore dies feslos, nisi quibus ab opère servili abstinetur,
amovimus.
Vulgavimus ad totam Diœcesim usum Metropolitanœ nostrœ, ut in
Officio Prima? legantur Ganones; sicque provisum, ut Clerici omnes
perutili EccleMasticae disciplina? notitia imbuti, ad illius normam mores
componere studeant. In Càlendario et Rubricis perlevis est facta mu-
tttio; quam ideo tantura admbsam esse intelligetis, ut Omciorum
dignitati consuleretur.
Quocirca, dj Venerabilium Fratrum noslrorum Ecclesiœ nostraî
Canonicorum consilio, omnibus nostrae Diœceseos Ecclesiis, Monaste-
riis, Collegiis, Communitatibus, Ordinibus, necnon omnibus Clericis
qui ad illud tenentur, raaudamus et pr&cipimus ut hocce Breviario
nostro a nobis, ut sequiiur, digesto et concinnato, nec alio quolibet
inposterum utantur; districte videîicet omnibus Typographis et Bi-
bliopolis , aliisve, quicumque sint, inhibentes, ne vêtus Breviarium
recudere, omnibus vero qui ad Oflicium tenentur, ne aliud quam hoc
noôtrum, sive privaiim, sive publiée recilare ptaesumant.
De cetero liort2mur vos, Fratres cariss mi, ut spiritu et mente psal-
latis. Siorat Psalmus, inquit S. Augustinus, orale; si gémit, gemite;
si gratulatur, gaudete; si sperat, sperate; ut quod ling^a promit,
moribus exprimaiis : postremo ut dum pias ad Deum pacis fundetis
preces, ab omni contentionis et œmulationis spiritu abstineatis. Neque
enim illud oralionis vectigal, doctrioœ et iugenii ostentatione, sed
simplicitate, iide, intimo paupertatis nostrae sensu persolvimus.lt»
precantes, Fratres carissimi, hostiamlaudis, et, ut ait Propheta, »*•
tulos tabiorum offeretis Deo; quod quidem pro vobis a Pâtre miseri-
cordiarum per viscera charitatis Christi enixe flagitamus.
DatumParisiis, in Palatio nostro Archiepiscopali, tertio nonasDe-
cembris anui millesimi septingentesimi trigesimi quinti.
LITURGIQUES. 591
ISOTE B.
CAROLUS GASPAR GUILLELMUS DE VINTIMILLE , E COMIT1BUS
MASSILLE DU LUC , MISERATIONE DIVINA , ET SANCT^E SEDIS
APOSTOLKLE GRATIA PARISIENSIS ARCHIEPISCOPUS.
CLERO PARïSIENSI SALUTEM IN EO QUI EST OMNIUM VERA SALUS.
Supremo Numini, rerum omnium Creatori et Domino, a quo sumus
e nihilo educti, cujus ex ore hausimus hune vit» spiritum quo vivimus
et homines sumus , debemus interiorem cultum , hoc est plane obse-
quentis , seseque ad eum, ex sincero amore referentis animi sacrificium.
In hujus tam augusti Sacrificii celebrationem Episeopi diligentem sem-
per curam intenderunt , caveruntque sedulo , tum ne quid in sacram li-
turgiam irreperet, quod tanti Mysterii majestatem quodam modo defor-
maret, tum etiam ut ei omnem illum decorem conciliarent , qui aptior
videretur, et ad illius excellentiam apud fidèles commendandam , et ad
solidioris pietatis sensus in eorum cordibus excitandos. Hinc est quod
ad mentem Conciliorum quae novissimis temporibus habita sunt , non-
nullae Galliarum Ecclesise certatim allaboraverunt ( illaeso tamen eo
quimultis jam a saeculis apud omnem Ecclesiam Latinam viget , sacrae
Liturgie ritu et ordine ) ut Missalia sua emendarent , ac perficerent.
Atque in tam îaudabili consilio , Parisiensis Ecclesia nostra caeteris
omnibus facem praetulit , edito ab illustrissimo decessore nostro Fran-
cisco Harlaeo , Missali : quo quidem nihil adhuc prodierat eo in génère
perfectius ; adeo ut in tota Gallia ab omnibus doctis piisque viris una-
nimi plausu et admiratione exceptum fuerit , sive quis intueretur
accurate lecta et apte dispensata sacrae Scripturœ loca ; sive excellen-
tiam precationum, quibus exornatum locupletatumqae faerat , partim
ex antiquis Sacramentariorum libris depromptarum , partim recenti
quidem exaratarum stylo, sed quae antiqui coloris sinceritatem ap-
prime retinerent.
In illo tamen quamvts eximio opère , quod et decessor noster Emi-
nentissimas Noallius augendum expoliendumque curaverat , erant
adhuc nonnulla, quibus nondum ultima manus imposita videbatur.
Fecit ipsa quarumdam partiuna , quae diligentissime emendatae erant ,
prsestantia , ut et nos veniremus in partem laboris residui , daremusque
operam , ut et ea quae intacta remanserant , ad eamdem formam , eum-
demque emendationis gustum exigerentur ; unde exurgeret omnibus
numeris , si fieri posset , absolutum opus , et sibi ubique eonstans,
392 INSTITUTIONS
Ad id autem satis fait duces eos qui nobis prseiverant sequi , et mons-
tratam ab illustrissirais Dece^soribus nostris viara insistere.
Accedebat, ut ad id quam primum accingeremur, quaedam nécessi-
tas. Vulgàto enim non ita pridem a nobis novo Breviario, mancum
quodamraodo videbatur opus, nisi adjuugsretur et Missale novum,
quod Breviarii nostri Officiis congrueret. Igitur, adjuli nonnullorum
Ecclesiae nostra Metropolitanae Canonicorum studio et industria, ma-
num operi admovere statuim.'.s : atque hase fuit consilii nostri ratio.
In Evangeliis et Epistolis Dominicarura et Feriarum, quemadmo-
dura et in iis quai leguntur diebus festivatis a populo , nihil fere
immutatum reperietur. Quoe vero iu Missis de Proprio teraporis ad
cantuni pertinent, in iis facta quidem frequentior mutatio est; ita
tanien ut quidquid erat exinaii saporis in ?.Iissali prsecedenti , iu nostro
retineremus, sed interdum aptius collocaretur. Selegimus loca Scrip-
turarum , qu» magis idonea visa sunt ad pietatem eouunoveudam ; qua3
fteiliaG modulationem admitterent , rit quœ sacris Missarum Lectioni-
bus accuratius responderent. INulIi tamen ita serviendum esse methodo
duximus, ut non eam praecipue legem intuereniur, cui alias omnes
cedere oportet, ut nempe mens sursum ad Deuin erigatur, et ad
sacrum fidei, spei et caritatis ignem coneipiendum adjuvetur.
Eadem adducti ratione quasdamPraefationfîs addidimus ubi propriae
deerant , nempe pro tempore Adventus , et quibusdam celebrioribus
anni Soleranitatibus, videlicet Gorporis Christi, Dedicationis, Sanc-
torum omnium, etaliis nonnullis. Sic conati sumus ad morem antiquum
Romanae Ecclesiae, qua licuit, accedere, apud quam, ut et nunc in iis
Ecclesiis quae ritu Ambrosiano utuntur, singulis prope Missis singulae
Praefationes attributs sunt.
Neque miuorem curam adhibuimus circa eas Orationes quœ in sin-
gulis Missis recitantur, qu* quidem non ultimum in sacra Liturgia
locum tenent; Collectis intelligimus, Sécrétas et Postcommuniones.
Earum plerasqueex antiquis Sacramentorura librisexcerpsinms, pie-
tatis unctione plenissimas. INovas inseruimus quam paucissimas, essque
ad vetustarum exemplar, quantum fieripotuit, elaboratas, ctsrepius
ex ipsis Sacramentariorum verbis magnam partem expre*sas. Etenitn
cum Legem credendi, ut monet Cœlestinus, lex statuât supplicandi:
quam pio venerationis afifectu amplecti debemus eas precum formulas,
quas nobis tradiderunt prisci illi doctrinaa Christianae testes, et ve-
rendae antiquitati* praecones eximii! Sanctos illos homines dicimus, in
quibus habitabat Spiritus intelligentiae et precum , Leoncm, Gelasium,
Gregorium , Hilarium , Ambrosium , Salvianum , Leandrum, Isidorum.
Quantam et quam sauctam nubem testiumi quorum auctoritate con
. i
LITURGIQUES. 593
stat priscis illis temporibus , eamdem quametnos hodie profitemur,
viguisse fidem ; easdem Cathoîici dogmatis veritates, Romae, Mediolani,
in Galliis, in Hispanîa, uno verbo per totum Occidentem, a tôt rétro
secîilis testatas fuisse, créditas, ac propugnatas.
His e fontibus limpidissimis , maxime vero ex Sacramentariis Ro-
manae Ecclesioe, quas cœterarum mater est et magistra, Orationes
Missalis nostri deprompsimus. Quin etiam non sine divinae Providentise
nutu ac gubernatione contigit , ad nostrum gregisque nostri grande
solatium , ut non ita pridern repertum f aerit omnium Sacramentario-
rum Ecclesise RomanaB vetustissimum , quod a pluribus seculis ignotum
latitabat. Opus illud aureum, prout erat exaratum in membranisma-
nuscriptis eetatis annorum supra mille, prodwt inlucem typis Vaticanis,
sub auspiciis sunami Pontificis démentis duodecimi , qui non minus
sancte quam sapienter Beati Pétri navem moderatur. Ex illo igitur
spectabili monumento mutuati sumus preces plurimas, eximiam spi-
rantes pieiatem , Magnique Leonis , cui tanquam certissimo auciori
tribuuntur, stylum et doctrinam referentes.
-Has, quse nobis abunde suppeiebant divitias, passim per Missale
nostrum larga manu distribuimus : unde factura est ut alise interdum
in hoc Missali Collecta? legantur, quarn quae in Breviario recitantur
Orationes , parvo sane aut nulîo incommodo. Haec nobis multo futura
major jactura visa est, si tôt egreglis veterum Patrnm precibus Eccle-
sia nostra caruisset.
Illud taman vos admonitos volaraus in nonnullis Sacramentariorum
i veterum Orationibus aliquaudo factas esse quasdam immutationes, sive
j ut consuleretur brevitati, tolleretur obscuritas, leniorique fluerent
stylo; sive etiam ut ad formam Collectarum, Secretarum , vel Post-
I communionum accommodarentur. Id nobis exemplum tradidere oinnes
j omnium temporumEcclesiae, apud quas multx occurrunt precationes,
I quœ dum ex alia in aliarn Liturgiam transferuntur , îevem aliquam
i mutationern in verbis, eodem sensu servato, receperunt. Idem et no-
bis quoque lie are duximus, eadem adhibita cautione, ut, si qua fieret
| mutatio, illa non in res, sed in verba vocesque tantum caderet. Veritates
Catholici dogmatis, quas precationes illa?, prseferebant , affirmare possu-
i mus illaesas a nobis inviolatasque magna esse religione servatas
Quocircr? omnibus nostra Diseceseos Ecclesh's, earumqnc Deeanis et
i R^ctoribus , Ordinibus, Collegiis, Mouasteriis, Uomrauniuiiuus, nec-
non omnibus , quicumque sint,Presbyteris, qui de jure vel consuetu-
idine Parisiense Officium ceiebrare aut recitare tenentur, deVenera-
ibilium Fratrum nostrorum Ecclesise nostree Canonicoruai consilio, in
594 INSTITUTIONS
Domino mandamus ac praecipimus, ut hocce nostr Missali a nobis
digesto , nec alio quolibet imposterum utantur : distr .cte videlicet om-
nibus Typographis et Bibliopolis, aliisve, cujuscumque conditionis exis-
tant, inhibentes ne ullum ex veteribus Missale recudere ; neve deinceps
Presbyteri ullo quolibet alio quam nostro recognito , swe in solemni-
bus, sive in aliis Missis uti praesumant : aliosve inter celebrandum ritus
inducant , alias preces aut ceremouias , quam quae a nobis praescri-
buntur, et volumus ab omnibus observari.
Datum Parisiis , quinto IdusMartii, anno Doaiini millesimo septin-
gentesimo trigesimo octavo.
LITURGIQUES. 395
-
' I ' ■ ====- , ■ ■■ .
-CHAPITRE XX.
SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIÈRE
MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — RÉACTION CONTRE L'ES-
PRIT JANSÉNISTE .DES NOUVELLES LITURGIES. BRÉVIAIRE
D* AMIENS. — ROBINET. — BRÉVIAIRE DU MANS. — CARACTÈRE
GÉNÉRAL DE L'iNNQVATlON LITURGIQUE SOUS LE RAPPORT DE
LA POÉSIE , DUiCHANT ET DE L'ESTHÉTIQUE EN GÉNÉRAL. —
JUGEMENTS (CONTEMPORAINS. SUR CETTE GRAVE RÉVOLUTION
et SE$:^iKîiW#rs,
iiob iii-p { o.cno.fl
Le lectcMmwy.^ms doute avec satisfaction , dans le cha-
pitre précédent, les manifestations de l'esprit Catholique, en
France , à l'occasion des nouveautés qui se produisaient de
toutes parts dans. la Liturgie. Toutefois, une chose doit éton-
ne, c'est ,que de pareilles réclamations , inspirées par des in-
tentions si droites et revêtues de toute l'énergie nécessaire,
n'aient fait tout au pi us que ralentir la marche de l'innovation,
sans la suspendre. Pour se rendre compte de ce fait, il ne faut
que se rappeler les considérations dont nous avons fait pré-
céder notre chapitre XVII. La déviation était universelle dans
les doctrines admises par la plupart des Catholiques Français,
H l'innovation. liturgique, destinée à devenir un si puissant
noyen d'accroître cette déviation , n'en était d'autre part
me le résultat. Ainsi, tandis que certains Jansénistes donnaient
)lus ou moins ouvertement la main aux Calvinistes, il y avait
les fauteurs de la même secte qui n'embrassaient que par-
iellement ses doctrines, et plusieurs même qui ne sympalhi-
aient expressément avec elle que sur des points relatifs aux
596 INSTITUTIONS
institutions ecclésiastiques, lesquels n'avai *U encore fourni
matière à aucune condamnation de la part du Saint Siège. Ces
derniers vivaient assez en paix avec les Catholiques sincères
qui adhéraient aux Bulles et Formulaires, quoique ceux-ci
se crussent en droit de leur reprocher une certaine hardiesse
de sentiment dans des choses qu'ils regardaient pourtant
comme libres. Mais les uns comme les autres gardaient au
fond de leur esprit une conviction , savoir que l'Eglise des
premiers siècles avait joui d'une perfection qui a manqué aux
suivants ; que les institutions ecclésiastiques du moyen-âge
étaient le résultat de principes moins purs que celles de l'âge
primitif; qu'il y avait quelque chose à faire pour mettre les
habitudes religieuses plus en harmonie avec les besoins de la
société; enfin, tranchons le mot , que Rome , qui doit elre
suivie pourtant, était en arrière du mouvement que la France
du dix-huitième siècleavaiteonçu et préparé. Ces idées, nous
les trouvons traduites avec plus ou moins de ménagements;
dans toutes les œuvres de l'autorité ecclésiastique, depuis la
moitié du dix-septième siècle, jusqu'à la veille de la grande
catastrophe qui signala la fin du dix-huitièmê et ouvrit les
yeux d'un si grand nombre de personnes. Cette liberté déju-
ger les institutions actuelles de l'Eglise, liberté d'autant plus
inquiétante qu'elle avait pour base les trop fameuses maximes
qui nous isolaient sur plusieurs points, quoique d'importance
secondaire, du reste de la Catholicité, affaiblissait dans l'opi-
nion non seulement l'autorité du Saint Sié^e, mais même celle
de l'Eglise dispersée qui avait jugé avec Rome dans l'affaire de
Jansénius et de Quesnel ; et c'est ce qui nous explique com-
ment des Evoques non Jansénistes, tels que François de Harlay
et Charles de Vintimille, employaient publiquement des Jan-
sénistes à des missions de haute confiance, comme le remanie-
ment de la Liturgie, et toléraient les autres à la communion
LITURGIQUES. 397
in divinis, pourvu qu'ils fussent simplement réfractaires aux
Bulles , mais non pas séditieux. Il est vrai que l'Eglise de
France renfermait des Evêques plus francs dans leur ortho-
doxie , plus jaloux d'imiter, quant à la fuite des hérétiques ,
cette antiquité dont on pariait tant : mais parmi ceux-là il
s'en trouvait qui , tout en protestant que jamais un hérétique
ne recevrait d'eux la commission de travailler sur la Liturgie,
tout en fermant leur Diocèse au Bréviaire de Paris, son-
geaient néanmoins à remettre à neuf la Liturgie , sans se
demander à eux-mêmes si ce n'était pas donner une atteinte
au principe traditionnel qui fait la seule force de l'Eglise , et
briser un des derniers liens extérieurs qui rattachaient l'E-
glise de France au Siège Apostolique. Il va sans dire que les
Bréviaires renouvelés par des Prélats animés d'un zèle sincère
pour la doctrine de la Bulle, devaient renfermer une confes-
sion énergique des dogmes attaqués parles nouvelles erreurs,
et , par là , contraster grandement avec les nouveaux livres
Parisiens; mais, encore une fois, quelle étrange contradiction
que celle de rompre avec la Tradition sur tant de points, pour
la faire triompher sur un seul !
Le premier Bréviaire qui se distingue par cette bizarrerie
est celui d'Amiens, publié en 1746 par l'Evêque Louis-François
d'Orléans de La Mothe. Ce vénérable Prélat,, qui se montra
toujours si zélé pour la pureté de la foi dans son Diocèse, au-
quel il donna d'ailleurs l'exemple de toutes les vertus , avait
I sacrifié aussi à cet amour universel des nouveautés liturgiques
qui transportait son siècle. Pendant que les Jansénistes s'atta-
chaient à faire disparaître les formes Romaines de la Liturgie,
parce qu'ils les trouvaient incompatibles avec leurs maximes,
il crut apercevoir du danger dans un certain nombre de for-
mules du Bréviaire Romain, à raison des erreurs du moment,
et, sans prendre l'avis du Saint Siège , ou plutôt oubliant que
o
98 INSTITUTl )NS
les formules qui reposent sur la Tradition sont inviolables,
et que quand on parviendrait à les supprimer dans un Diocèse
particulier, l'Eglise, en tous lieux, ne cesserait pas pour
cela de leur prêter son universelle autorité , il osa, dans son
zèle, supprimer une grande partie des Collectes des Di-
manches après la Pentecôte. Cette proscription tomba sur
celles dans lesquelles il est parlé de la puissance de la Grâce.
Le Prélat craignait qu'on n'en abusât auprès de son peuple :
mais , malgré ses intentions toujours droites , il n'en donnait
pas moins une leçon indirecte à l'Eglise Romaine , leçon dont
elle pouvait d'autant moins profiter, qu'elle est inviolablement
attachée à ces belles prières composées par les Léon et les
Gélase , sanctionnées par une tradition solennelle, et dont,
après tout, les hérétiques n'abuseront ni plus ni moins qu'ils
n'abusent des Ecritures. Une entreprise aussi hardie prêtait le
flanc aux Jansénistes , et ils ne manquèrent pas de la signaler
dans les Nouvelles Ecclésiastiques (1). Au reste, c'était la pre-
mière fois que, dans l'Eglise, la vérité se défendait par un
moyen analogue à ceux que les sectaires ont si souvent em-
ployés pour la combattre : mais tel était le jugement de Dieu
sur l'innovation liturgique du dix-huitième siècle, qu'elle de-
vait être tantôt exploitée par des hérétiques , tantôt favorisée
par des Catholiques , et toujours au détriment du respect
dû au langage de l'Eglise.
Dans les nouveaux livres d'Amiens, on avait cherché à
dissimuler les intentions qui avaient amené la suppression
des Collectes dont nous parlons , en rédigeant le Missel sur
un nouveau plan. On avait pris pour base de chaque Messe
des Dimanches , la Leçon de l'Evangile au Missel Romain ,
et , pour le reste , on avait cherché à mettre toutes les
(1) 13 Février 1758.
LITURGIQUES. ' 599
autres formules en rapport avec cette Leçon qui devenait
ainsi lu centre obligé de chaque Messe. Les Introïts, Gra-
duels, Offertoires, Communions, Epîlres même, tout avait
été bouleversé, renouvelé, suivant le besoin. Par suite de
cet arrangement , on conçoit tout de suite que les Collectes
avaient pu aisément être sacrifiées, et sans qu'on eût trop
le droit de s'en plaindre , pour peu qu'on accordât le prin-
cipe (1). Mais ce principe, inouï jusqu'alors, était en lui-
même si contraire à toute tradition liturgique, si subversif
des derniers débris de la Tradition, que le Missel de Vintimille
lui-même était là pour réclamer contre, ainsi que nous
l'avons remarqué au chapitre précédent. Nous retrouverons
ailleurs encore en action le système du Missel Amiénois;
mais le lecteur ne pourra sans doute s'empêcher de trouver
bizarre ce privilège accordé à la leçon de l'Evangile des Di-
manches, aux dépens des autres leçons choisies par la même
autorité et dans une antiquité non moins reculée. Bien plus ,
n'est-ce pas une chose triste de voir de ses yeux que le pieux
Louis de La Mothe, en remuant ainsi arbitrairement la Liturgie
de son Eglise, plaçait sous un rapport son Missel au-dessous
même de celui de l'Eglise Anglicane, qui a jugé à propos de
conserver dans la Liturgie des Dimanches, non seulement
les Evangiles du Missel Romain , mais aussi lesEpîtres et sur-
tout les Collectes. Et nunc intelligite!
Quant à l'aspect général des nouveaux livres d'Amiens, il
jetait semblable en tout à celui du nouveau Parisien. La ré-
forme du Psautier avait été faite dans le même sens. Le Ca-
(1) Quelques-unes de ces Collectes avaient été simplement trans-
posées d'un Dimanche à l'autre; mais un grand nombre, et des plus
belles, avaient été entièrement biffées. On peut voir entre autres les
iMesses des Dimanches 5% 6e, 7% 14% 15% 16% 17% 18% 19% 20% 21%
fe% 24% après la Pentecôte.
400 INSTITUTS S
lendrierr le Propre du Temps, I; Propre des Saints, les
Communs, tout, en un mot, prési itait les mêmes analogies
à la surface : si Ton pénétrait plus avant , on trouvait, il est
vrai, de nombreuses marques des intentions Catholiques qui
avaient présidé au choix ou à la rédaction des différentes
pièces. Enfin, ces livres étaient aussi bons qu'ils pouvaient
Tétre , pourvu qu'on passât condamnation sur le fait de leur
existence et sur les résultats déplorables qu'ils étaient ap-
pelés à produire, tout aussi bien que les autres, en aidant à
la destruction des traditions dans le culte divin , et , par là ,
à la ruine des anciennes mœurs catholiques.
L'année i7li, qui précéda de deux ans celle de la publi-
cation du nouveau Bréviaire d'Amiens, avait été remarquable
dans les fastes de la Liturgie Française , par un fait du même
genre que celui que nous venons de raconter, et qui eut des
suites plus étendues encore. Ce fut en cette année que le
Docteur Urbain Robinet publia son Breviarium Ecclesias-
ticum. Les intentions qui le portèrent à marcher ainsi sur les
traces de Foinard, étaient pures, sans aucun doute. Il voulait
opposer un corps de Liturgie, rédigé dans un sens tout Ca-
tholique, au Bréviaire de Vigier et Mesenguy, contre lequel
nous avons dit qu'il avait éuergiquement réclamé. Au reste,
sur les principes généraux de l'innovation liturgique, c'était
toujours la même doctrine; toujours la manie de refaire le
langage de l'Eglise à la mesure d'un siècle en particulier et
des idées d'un simple Docteur; l'Ecriture Sainte admise
comme matière unique des Antiennes, Versets et Répons ; la
réduction du Bréviaire à une forme plus abrégée. Sous ces
divers aspects, nous livrons Robinet au jugement sévère de
la postérité, avec tous les autres faiseurs de l'époque. Mais ,
ces réserves une fois faites , il faut reconnaître dans ce Doc-
teur un de ces honnêtes Catholiques qui subissaient la loi
LITURGIQUES. 401
que le siècle leur avait faite, et qui, tout en voyant claire-
ment qu'on devait embrasser avec soumission les jugements
du Saint Siège sur les nouvelles erreurs, ne comprenaient
pas également que c'était un mal de se séparer de l'unité et
de l'universalité, dans une chose qui tient de si près aux
entrailles du Catholicisme que la Liturgie.
La carrière de Robinet, comme compositeur liturgiste,
avait commencé de bonne heure. Nous l'avons vu, dès 1728,
rédiger le Bréviaire de Rouen, le même qui est encore au-
jourd'hui en usage dans cette Métropole. Les Nouvelles Ec-
clésiastiques insinuent que ce Docteur n'aurait marqué une
si vive opposition au Bréviaire de Vigier et de Mesenguy,
que par dépit de n'avoir pas été choisi pour composer la
nouvelle Liturgie Parisienne. C'est une pure calomnie. Ro-
binet, sans doute, n'eût pas été fâché de se voir chargé
d'une mission aussi honorable, mais son zèle bien connu
pour la pureté de la foi suffît pour expliquer l'ardeur avec
laquelle il joignit ses réclamations à celles qui se firent en-
tendre , lors de l'invasion du Jansénisme dans les nouveaux
Livres de Paris. Quoi qu'il en soit, Robinet, jugeant qu'il y
avait quelque chose à faire pour arrêter les progrès du Bré-
viaire de Vigier et Mesenguy , et voulant aussi donner au
public ses idées sur un plan de Liturgie , fit paraître son
Breviarium Ecclesiasticum. On trouvait dans ce livre une
)arlie des choses que contenait le Bréviaire de Rouen de
728, avec un grand nombre d'additions et quelques variétés
lans le plan général. Les Hymnes qui étaient de la compa
ition de Robinet lui-même dans le Bréviaire de Rouen,
vaient été avantageusement retouchées, et on en remarquait
lusieurs nouvelles (1). Le Psautier était divisé en la ma-
ju (1) Nous ne faisons aucune difficulté de placer Robinet a côté de
, loffin, en qualité d'hyinnographe , avec cette différence que le Doc-
t. ii. 26
402 INSTITUTIONS
nière du nouveau Bréviaire de Paris. Les Antiennes et les
Répons étaient toujours tirés de l'Ecriture Sainte. Le choix
des Leçons , qui montrait d'ailleurs une rare connaissance
de l'Ecriture dans l'auteur, était empreint d'une bizarrerie
dont on n'avait point encore vu de preuve. Le célèbre Canon
de saint Grégoire VII, qui détermine l'ordre dans lequel
on lira les livres de l'Ecriture clans l'Office , et qu'on avait
respecté, même dans le nouveau Bréviaire de Paris, était violé
de la manière la plus étrange. Ainsi , pour ne citer qu'un
exemple, dans le cours des six semaines après l'Epipha-
nie , Robinet avait placé Tobie , les Actes des Apôtres et Job.
Dans l'Office de la plupart des Dimanches, le second Noc-
turne, au lieu d'être rempli par un Sermon de quelque saint [
Père , suivant l'usage de tous les Bréviaires ( à part celui de
Rouen ) , offrait un ou plusieurs passages de la Bible plus ou
moins parallèles aux Leçons de l'Ecriture occurrente qu'on
venait de lire au premier Nocturne. Le troisième Nocturne pré-
sentait encore le même sujet développé d'une manière plus ou
moins complète, dans les Epîlres des Apôtres. On ne trouvait
d'Homélie des saints Pères que dans la neuvième Leçon. Les
Officesdu Propre des Saints, que Robinet laissait à neuf Leçons,
étaient proportionnellement soumis à la même règle. La sep-
leur, à notre avis, l'emporte sur le Principal du Collège de Beauvaia
sous le rapport de l'onction, autant que sous celui de l'orthodoxie
Les plus belles Hymues de Robinet sont celles de Noël : Jam terri
mutelurPolo.et Umbra sepultis lux oritur nova; de l'Ascension : ClirkU
quem sedes revocant paternœ; de saint Pierre : Pctre , bisseni caput t
senalus; des Saints de l'Ancien Testament: Antiqui canimus lumin
fœderis; de la Présentation de la Sainte Vierge : Quam pulchre graditi
fitia principis! En faisant ainsi l'éloge des Hymnes de Robinet, no\
n'entendons nullement approuver l'usage qu'on en a fait en les I»
troduisant dans l'Office , en place de celles que toute l'Eglise chanta
depuis tant de siècles.
LITURGIQUES. 405
tième et la huitième Leçon étaient de l'Ecriture Sainte , et la
neuvième seulement renfermait l'Homélie, à moins que l'Office
ne fût du nombre de ceux auxquels on lit un Sermon en place
de la Vie du Saint. Enfin , les doubles mineurs étaient réduits
à six Leçons; c'était l'idée de Foinard, et, certes, une des
plus étranges qui pût tomber dans l'esprit de ce novateur.
Ce n'étaient pas là les seules singularités que présentait le
Bréviaire de Robinet, sous le rapport des Leçons. Le Doc-
teur avait trouvé moyen de faire lire, même dans l'Office
férial, plusieurs livres de l'Ecriture à la fois. Ainsi, dans
l'Avent, le temps Paschal, etc., la troisième Leçon était tirée
d'un autre livre que les deux premières , dans le but fort
louable, sans doute, de faire sentir au Prêtre la connexité
des divers livres des Ecritures , et leur accord sur les mêmes
mystères. Quant aux Leçons tirées des ouvrages des Pères ,
jamais aucun Bréviaire n'en avait offert un si petit nombre;
mais , en revanche , on y en rencontrait plusieurs que
Robinet avait empruntées à l'Arien Eusèbe de Césarée.
Encore, parmi celles-ci, s'en trouvait -il que l'historien
Josephe aurait pu revendiquer, attendu qu'elles n'avaient
fautre but que d'amener certains passages des Antiquités
Judaïques, C'étaient là autant de nouveaux produits de
'esprit individuel , au milieu de cette anarchie liturgique,
.e Calendrier , sans être aussi hardi dans ses suppres-
iions que celui du nouveau Parisien , avait avec lui plus
l'un rapport. Les fêtes de la Purification et de l'Annon-
iation de la Sainte Vierge avaient souffert les mêmes alté-
ations dans leur titre. Les deux Chaires de saint Pierre
(aient réduites à une seule ; toutefois , l'Octave de saint
'ierre et saint Paul, et celle de saint Jean, étaient con-
jervées. Les Légendes avaient été rédigées plus ou moins
luivantle goût du Bréviaire de Paris. Les Communs, l'Office
404 INSTITUTIONS
de la Sainte Vierge , celui des Morls, n'oflrai'iit qu'un amas
de nouveautés.
Tant de défauts ne pouvaient être rachetés par les excelç
lentes intentions de Robinet, par ses Hymnes pieuses et or»
ihodoxes , son choix d'Antiennes et de Répons totalement
exempts de Jansénisme , ses passages de l'Ecriture et
Pères recueillis avec intelligence et bonne foi : car, après
tout, un Bréviaire n'est pas simplement un recueil de prières
et de lectures; c'est le livre de l'Eglise, et si jamais il pouj
vait être permis à un particulier de le compiler, ce devrait
être d'abord à la condition de faire celte compilation en har-
monie avec des règles fixes et anciennes. Mais telle était
sans cesse la préoccupation de ces nouveaux iiturgïstes, qu'ils
ne voyaient que leur système, leur siècle, leur pays.
Un seul trait du Bréviaire de Robinet fera voir claire-
ment l'étrange distraction dans lequel l'auteur était plongé.
Dans l'Office de saint Louis, Roi de France, il s'était avise
de composer des Répons et des Antiennes dans lesquels il
supposait que la famille de ce saintRoi demeurerait toujou
et gouvernerait à jamais la France. — Domus servi tui, Deu
Israël, erit stabilita coram Domino. — Nunc ergo, Domine
Deus , benedic domui servi lui ut sit in sempiternum cora
te. — Benedictione tua benedicetur domus servi tui. — Do-
mine Deus, verbum quod locutus es super servum tuum e<
super domum ejus suscita in sempiternum , ut rnagnificetu)
nomen tuum. Que signifiait tout ceci? Dans le cas que If
race de saint Louis eût reçu du ciel la promesse solennelli
de durer autant que l'Eglise , ces prières auraient, il est vrai
un sens très beau et très légitime ; mais dans le cas contraire
dont il faut bien admettre au moins la possibilité, lesim
pirations toutes humaines, toutes mortelles qui avaier
produit l'innovation liturgique, pouvaient-elles se trahir d'ut
LITURGIQUES. 405
manière plus naïve ? C'était , certes , la première fois que les
prières de l'Eglise la laissaient voir inféodée à une dynastie
humaine , et si étroitement que , cette dynastie venant à s'é-
teindre, il deviendrait nécessaire de retoucher le Bréviaire.
Il est vrai que jusqu'alors de simples particuliers ne s'étaient
pas avisés encore de rédiger des prières à l'usage de l'Eglise.
Nous ne signalons ici que quelques particularités du Bré-
viaire de Robinet ; nous aurons le temps de le considérer en
détail dans l'étude générale de l'Office divin. Il nous reste
maintenant à raconter sa destinée. Elle fut loin d'atteindre
à l'éclat de celle du Bréviaire de Vigier et Mesenguy. Ce
(dernier était une œuvre du parti, et d'ailleurs, apparais-
sant aux yeux du public comme le Bréviaire de l'Eglise de
Paris, il semblait appelé à conquérir une plus grande con-
sidération. Quant à la valeur respective de ces deux Bré-
viaires , puisqu'il faut juger du mérite d'un travail de ce
ijenre comme d'une œuvre individuelle, nous pensons que
.'il y avait une meilleure doctrine et une science plus variée
^ans le Bréviaire de Robinet, il y avait aussi moins de formes
franges, plus d'harmonie, plus de goût dans celui de Vi-
cier et Mesenguy. Le Breviarhim Ecclesiasticum ne devait
lonc faire qu'une fortune médiocre. Les seuls Diocèses du
lans, de Cahors et de Carcassonne l'adoptèrent; encore ne
ùt-iî reçu au Mans qu'à certaines conditions qui sont trop
emarquables pour ne pas trouver place dans notre récit.
I Cette Eglise était alors gouvernée par un Prélat zélé contre
b Jansénisme, et dont la mémoire est demeurée précieuse de-
jant Dieu et devant les hommes (1) . Charles-Louis de Froullay,
(1) Nous nous tenons d'autant plus obligé a rendre ce trop juste
imoignage a la mémoire de ce Prélat , que nous habitons un
onastère à regard duquel il donna l'exemple d'une piété et d'une
enérosité qu'on peut considérer comme un véritable prodige, à i'é-
406 INSTITUTIONS
I
bien qu'il eût subi , comme l'Evoque d'Ami* as, l'influence de
son siècle sur les choses de la Liturgie, plus heureux que
ce Prélat , avait goûté les saintes maximes de l'Archevêque
Languet sur l'inimitable valeur de la Tradition dans les
prières de la Liturgie , et sur le danger qu'il y aurait à con-
sidérer l'Ecriture Sainte comme l'unique élément des sacrés
Cantiques. Au milieu de la défection générale, il eut le cou-
rage de faire entendre sa voix en faveur des antiques for-
mules Grégoriennes, et il déposa, dans la Lettre Pastorale
même par laquelle il annonçait à son Diocèse le nouveau Bré-
viaire, un témoignage solennel en faveur de la Tradition
Liturgique. Dans cette pièce, qui est du 25 mars 4748, après
avoir dit qu'on avait puisé la matière des Antiennes et des
Répons dans les passages des Ecritures qui avaient semblé
les plus convenables pour rendre les sentiments de la piété,
Charles de Froullay ajoutait ces paroles remarquables : e Mais
» comme l'Eglise emploie de temps en temps sa propre voix,
i pour parler à son Epoux céleste , nous avons retenu cer-
» taines Antiennes qui n'ont pas été extraites des livres sacrés.
poque où il le fit paraître, Il tenait en Commende l'Abbaye de Saint
Pierre de la Couture du Mans, et avait droit en cette qualité de pour
voir d'un titulaire le Prieuré de Solesmes, qui était la principal*
dépendance de la Couture. La Congrég ition de S'-Maur, introduite
Solesmes en 1663, avait en vain cherché à obtenir la réunion de la Mens
Priorale à la Mense Conventuelle; tout ce qu'elle avait pu faire avai
été de procurer de temps en temps la Collation du Prieuré à quelque
Religieux. Mais, à chaque vacance, la Commende était toujours sur 1
point d'envahir de nouveau le Monastère. Charles de Froullay voulan
user de son autorité pour traiter favorablement le Prieuré de Solesme!
sur la requête des Moines, envoya a!u Roi des lettres de con^entemer
a l'extinction du titre Prioral et à sa réunion a la Mense Conventuell<
Louis XV fit expédier, sous la date du 9 février 1753, un Brevet qu
le Prieuré, aujourd'hui Abbaye de Solesmes, possède encore dans si
archives, et qui autorise le Prieur et les Moines a poursuivre ladi-
extinction.
LITURGIQUES. 407
* mais qu'une piété docte a enfantées et qu'une tradition sans
» tache a consacrées. Par leur secours, les dogmes catho-
> liques cessent de paraître nouveaux ; les fidèles les sucent
»avec le lait, et se les approprient par un usage journalier.
I Insérés dans des formules de prières, ces dogmes s'attachent
» plus fortement au cœur du Chrétien , et se transmettent aux
» générations futures à l'aide de la récitation et du chant (1). »
Voilà bien la doctrine du Concile de Tolède , la doctrine
des Livres Grégoriens, la doctrine de Languet contre l'E-
vêque de Troyes. On conserva donc dans le nouveau Bré-
viaire Manceau quelques traces de l'ancienne Liturgie, et
ces traces, si rares qu'elles fussent, plaçaient ce Bréviaire
dans une classe à part, et demeurèrent comme une récla-
mation en faveur des usages de l'antiquité , dont la sup-
pression ne serait peut-être pas sans retour. Seul entre tous
les nouveaux Bréviaires de France, celui de Froullay garda
donc plusieurs des magnifiques Antiennes de Noël, de la
Circoncision, de l'Ascension, de la Trinité , du Saint Sacre-
ment, de l'Assomption, de la Nativité de la Sainte Vierge;
les Absolutions et Bénédictions romaines, etc.
On y remarquait aussi avec étonnement et édification que,
! dans cette époque de licence liturgique, lorsque tant de me-
sures avaient été prises pour diminuer le culte de la Sainte
Vierge et des Saints, principalement au moyen du privilège
1 affecté au Dimanche de ne céder désormais qu'aux Fêtes
(1) Cum autera Ecclesia specialera aliquando adhibeat vocem qua
jsponsum supernum alloquatur, relents sunt quaedam Antiphona*. quas
|e sacris codicibus licet non deductas, pietas doeta parturiit, et conse-
icravit illibata traditio. Illarum subsidio dogmata Catholica videntur
Inon esse peregrina, sed accepta cum lacté et usu quotidiano recepta ;
jinseruntuf enim precibus, ut animo Christiano fortius inhaereant , et
Ifuturis generationibus recitatione et cantu transmittantur.
<408 INSTITUTIONS
i
de Notre-Seigneur, ou tout au plus qu'à c lies du degré
solennel , les Rubriques du nouveau Bréviaire Manceau por-
taient que le Dimanche céderait à toutes les fêtes du rite
double majeur ( les seules après tout , qu'on eut conservées à
neuf Leçons), ce qui maintenait la célébration populaire,
non seulement des fêtes moins solennelles de la Sainte Vierge,
mais de celles des Apôtres, de la Sainte-Croix, de plu-
sieurs Saints, etc. Il y avait, sous ce rapport, un siècle, entier
de distance entre le Bréviaire de Froullay et ceux qu'on in-
troduisait journellement dans la plupart des Diocèses de
France.
Sous le point de vue de l'orthodoxie dans les matières de
la Grâce, le travail de Robinet non seulement était irrépro-
chable, mais en plusieurs endroits le zélé Docteur avait su ame-
ner des protcstaiions dans le sens des récentes décisions de
l'Eglise. Charles de Froullay avait conservé tous ces détails ;
ce qui fut cause que son Bréviaire fut violemment attaqué
dans les Nouvelles Ecclésiastiques (1). Les Jansénistes repro-
chaient surtout certaines strophes des Hymnes du Psautier,
qui sont toutes de la composition du Docteur Robinet, et,
dans ces slrophes , les vers suivants :
Vtres ministras arduis
Non impares laboribus.
Et encore ceux-ci :
Donis secundans gratiœ
Quem lege justus obligas.
Mais la manière dont la trop fameuse strophe de Santeul ,
dans l'Hymne des Evangéiistes, avait été retouchée, causait
plus de chagrin encore aux sectaires, Au Mans, on ne s'était
pas contenté de la correction d'Evreux ; on avait mis :
(1) 27 Février 1751.
LITURGIQUES. 409
Insculpta saxo lex vêtus
Prœcepta, non vires dabat ;
Inscript a cordi lex nova
Prœcepta dat cum viribus.
Notre but n'étant point , dans ce coup d'oeil sur l'histoire
liturgique, de réunir tous les détails du sujet qui nous
occupe , nous nous bornerons à ^ette brève excursion sur
les Bréviaires d'Amiens et du Mans. Elle suffira pour cons-
tater le fait d'une réaction courageuse, mais impuissante,
contre les efforts de la secte Janséniste sur les principes de
la Liturgie : malheureusement , comme on le voit , cette
réaction n'eut pour théâtre que d'étroites localités , et se
paralysa elle-même, parce que ceux qui la dirigeaient con-
venaient sur la plupart des principes avec leurs adversaires.
Suspendons maintenant le récit des événements de la ré-
forme liturgique, et livrons-nous à quelques considérations
sur le caractère de cette révolution dans ses rapports avec
le goût, la poésie et l'esthétique en général. Chez tous les
peuples, et principalement dans la religion Chrétienne, les
choses du culte divin ont toujours eu une relation intime
avec la poésie et les arts : toute révolution qui les concerne
a dû par conséquent offrir des phénomènes importants à
étudier sous le point de vue de la forme. Tout est poésie
dans la Liturgie , aussi procède-t-elle presque toujours avec
le secours du chant. Si le mètre ne distingue pas toutes ses
formules, le nombre, la cadence, la rime même le supplée ,
et toujours l'enthousiasme lyrique domine l'œuvre toute
entière. C'est cet enthousiasme qui éclate dans les Répons,
après que le chœur a écouté en silence la lecture des Leçons,
dans les Antiennes qui suivent les Psaumes et les Cantiques,
jet réunissent dans un chant à l'unisson les voix jusqu'alors
divisées dans un chant aiternatif. Ces hommes donc qui s'im-
410 INSTITUTIONS
posaient la rude tâche de refaire en masse le répertoire des
chants chrétiens à l'usage des Eglises de France, devaient
être doués d'un miraculeux don de poésie et d'une abon-
dance que rien ne pourrait épuiser. C'était là , certes , l'acte
d'un grand courage, que de se dévouer à remplacer l'œuvre
successive des peuples Chrétiens par les simples ressources
d'une inspiration unique et individuelle. Leur cœur, comme
celui du Prophète , avait sans doute conçu avec plénitude la
Parole toute puissante, et ils sentaient, dans un sacré délire,
que leur diction allait s'élancer rapide comme la plume de
l'écrivain le plus exercé (1). On ne devait pas moins attendre
d'eux , et la gloire du dix-huitième siècle était à jamais fon-
dée au-dessus de tout ce que l'on vît jamais de plus éclatant.
Il en fut néanmoins autrement. Des hommes impuissants à
toute poésie, étrangers par tempérament, par éducation,
par système , à ce mens divinior qui nous ravit non seulement
dans les écrivains sacrés, mais dans les Pères de l'Eglise,
s'étaient imposé la tache dont nous parlons, et se mirent
à refaire la Liturgie de fond en comble, sans s'être jamais
doutés que c'était sur la plus haute poésie qu'ils s'exer*
çaient.
Voyons-les à l'œuvre , mais entendons d'abord leurs juge-
ments sur les monumens de l'ancienne Liturgie. La Provi-
dence a permis que quelque chose de leurs théories nous ait
été conservé dans le fameux Commentaire de Grancolas sur
le Bréviaire Romain, ouvrage d'où nous avons déjà extrait
son Projet de Bréviaire. Voici donc quelques-uns des oracles
rendus par ce grave Docteur, sur un certain nombre de mor-
ceaux caractéristiques de la Liturgie Romaine.
Dans les Matines du jour de Noël, l'Eglise chante les Ré-
(1) Psalm. XUV. 2.
LITURGIQUES. 411
pons suivants en manière d'intermèdes , à la lecture des Pro-
phéties :
Hodie nobis cœlorum Rex de Virgine nasci dignatus est , ut
hominem perditum ad cœlestia régna revocaret : * Gaudet
exercitibus angelorum quia salus œterna humano generi appa-
ruit. f. Gloria in excelsis J)eo, et in terra pax hominibm bonœ
voluntatis. * Gaudet.
Hodie nobis de cœlo pax vera descendit : * Hodie per totum
mundum melliflui facti sunt cœli. f. Hodie illuxit nobis dies
redemptionis novœ, reparationis antiquœ , felicitatis œterna?,
* Hodie.
0 magnum mysterium et admirabiîe sacramentum ut ani-
malia vidèrent Dominum natum , jacentem in prœsepio : *
Beata Virgo cujus viscera meruerunt portare Dominum
Christ um.
Les autres Répons sont tous sur ce ton d'inspiration tendre
et de majestueuse jubilation. Voyons maintenant comment le
Docteur Grancolas les apprécie. « Ces Répons, dit-il, sont
» de pieux mouvements de l'Eglise en considérant la naissance
> de Jésus-Christ. » Ainsi, Grancolas reconnaît que ces Ré-
pons sont la parole de l'Eglise ; c'est la parole de l'Eglise
même qu'il s'agit de juger sous le rapport du bon goût. Il
continue donc : « Tantôt elle y loue Dieu qui nous donne son
» Fils dans sa naissance : quelquefois elle s'adresse à la Sainte
j> Vierge qui l'a mis au monde. Il aurait été à souhaiter que
> ces Répons et les Antiennes des Laudes eussent tous été tirés
>de l'Ecriture, comme le sont les Antiennes des Matines et
» des Vêpres. On voit que ceux qui ont composé cet Office se
j sont abandonnés aux pieux mouvements que leur inspirait
i ce mystère. j> Ceux-là , Grancolas vient d'en convenir, sont
pourtant l'Eglise ; c'est elle qui a ressenti , en présence du
mystère, ces mouvements d'inspiration qui paraissent si dé-
412 INSTITUTIONS
placés au grave Sorbonniste. Sa critique descend ensuite
dans le détail. « On pourrait, dit-il, retoucher le second
i Répons : Melliflui facti sunt cœli, pour exprimer les biens
>que le ciel procure au monde en donnant Jésus-Christ. »
(Grancolas a peur que les fidèles ne se croient à la veille d'être
inondés d'un déluge de miel ; ) c aussi bien que le Verset Dies
» redemptionis novœ , reparationis antiquœ. N'est-ce pas la
• faute qui est ancienne qui demandait à être réparée? et
> cette réparation s'est faite par la Rédemption. » On voit que
le Docteur persiste à ne pas vouloir appliquer les règles du
style poétique aux prières de la Liturgie, sans doute parce
qu'il ne saurait s'imaginer que ce qui n'est pas en vers propre-
ment dits , peut cependant être de la poésie.
t Dans le quatrième Répons, l'auteur ( c'est probablement
> l'Eglise qu'il veut dire ) avait sans doute en but le bœuf et
> l'une , avec lesquels on peint ordinairement la naissance de
» Jésus-Christ, ut animalia vidèrent Dominum natum jacen-
» tem in prœsepio. C'est une imagination qui n'a point d'autre
> fondement qu'un passage d'Isaïe, qui n'a aucun rapport à
»la naissance de Jésus-Christ. L'Evangile, ni les anciens n'ont
> rien dit de ces deux animaux à la crèche ; ce n'est que vers
> le cinquième siècle qu'on trouve celte application au lieu où
> Jésus-Christ est né (1). > Ici Grancolas fait défaut non seu-
lement au sens poétique, mais, qui pis est, à la science de
l'antiquité. Saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de
Nysse, saint Jérôme, le poète Prudence , sont comptés parmi
les anciens et sont des Pères du quatrième siècle ; cependant,
ils rendent témoignage sur la tradition du bœuf et de l'âne à
la crèche du Messie.
(1) Grancolas. Commentaire historique sur le Bréviaire Romain.
Tome IL pag. 71-72.
LITURGIQUES. 413
Nous citerons ici trois des Antiennes de l'Octave de Noël ,
in Circumcisione Domini ; on jugera mieux de l'ingénieuse
critique de Grancolas. Elles ont été composées dans l'Eglise
Romaine, au temps des hérésies de Nestorius et d'Eutychès,
pour confirmer la créance des fidèles , et elles ont été envi-
ronnées de la plus profonde vénération dans tous les âges.
Voici la première :
0 admirabile commercium ! Creator generis humani ani-
matum corpus sumens de Virginenasci dignatus est, et proce-
dens homo sine semine largitus est nobis suam Deitatem.
« Les Pères de l'Oratoire, dit Grancolas qui les approuve
»en cela, changent la fin de l'Antienne 0 admirabile, et au
i>!ieu de procedens homo sine semine, ils disent nostrœ factus
» mort alitât As particeps , qui est une expression plus cha-
» tîée. » Admirez l'extrême pudeur de Grancolas et des Pères
de l'Oratoire. Le siècle de Louis XV était bien choisi pour
une semblable expurgation du langage de l'Eglise!
Le Docteur attaque ensuite en homme de goût les deux
Antiennes suivantes :
Ecce Maria genuit nobis Salvatorem quem Joannes videns
exclamavit dicens : Ecce Agnus Dei, ecce qui tollit peccata
mundi !
Rubum quem viderat Moyses incombiistum , conservatam
agnovimus tuam laudabilem Virginitatem , Dei Genitrix, in-
tercède pro nobis,
« Cette Antienne Ecce Maria*,, quem Joannes Cela est
» bien distant l'un de l'autre , la naissance de Jésus-Christ par
» Marie, et sa manifestation par saint Jean, dans la même
j> Antienne; comme aussi Rubum, l'allégorie entre le buisson
»ei la virginité dans une An tienne \ » Ainsi, dix-huit siècles
après l'accomplissement, on ne peut , sans un anachronisme
qui révolte le Docteur, rappeler, en présence du berceau de
414, INSTITUTIONS
l'Enfant Jésus , sa touchante qualité d'Agneau de Dieu, ni les
rapports qu'il aura avec saint Jean» Grancolas ne se doute
pas qu'il attaque ici l'iconographie chrétienne de tous les
siècles; car la peinture catholique n'est qu'un reflet de la
Liturgie. Quant à sa répugnance à voir le rapport du buisson
qui brûle sans se consumer, avec la virginité de Marie que
sa maternité n'altère pas , on ne peut que plaindre de pareils
hommes et déplorer le sort de la poésie catholique, livrée à
la merci de leur brutalité.
Ecoutons pourtant encore notre critique : rien ne saurait
être plus instructif. C'est à propos de ce beau Répons des
Matines de la Circoncision :
Confirmatum est cor Yirginis in quo divina mysteria An*
gelo nuntlantc concepit : tune speciosum forma prœ filiis ho-
minum castis suscepit visceribus * et benedicta in œternum
Deum nobis protulil et hominem.
Grancolas se croit obligé de prévenir qu'il ne faut pas con-
clure de ces paroles, cor Virginis in quo concepit, que Marie
aurait conçu le Sauveur dans son cœur et non dans ses en-
trailles, et il a le courage d'en appeler aux paroles de
l'Ange : Concipies in utero (1).
Mais voici quelque chose plus pitoyable encore. Le neu-
vième Répons du même Office est formé de ces gracieuses et
nobles paroles :
Nesciens Mater Virgo virum peperit sine dolore Salvatorem
sœculorum : ipsum Regem Angelorum sola Virgo lactabai
ubere de cœlo pleno»
Qui jamais se serait imaginé qu'il fût besoin d'avertir
ceux qui chantent ce Répons, que l'allaitement du divin En
fant n'avait pas lieu au moyen d'un canal de communication
(1) Ibidem, page 121.
LITURGIQUES. 415
par lequel le lait serait descendu du ciel au sein de la Vierge?
C'est pourtant contre cette interprétation burlesque et indé-
cente que Grancolas cherche gravement à prévenir son lec-
teur (1). Ces délicatesses de poésie et de piété le dégoûtent
et le font soupirer sans cesse après le jour où tous ces pieux
mouvements seront remplacés par des phrases de la Bible.
Notre réformateur liturgique ne montre pas plus d'indul-
gence pour les inspirations de l'Eglise sur le mystère de la
Croix, qu'il n'en a fait paraître sur celui de la naissance du
Sauveur. Il dénonce la célèbre strophe : 0 Crux ave, spes
unica ! « Cette expression , dit-il , paraît un peu forte ; on
■» pourrait V adoucir, en disant :
» 0 Christ e , nostrœ victima
iSalutis, et spes unica :
» Servapios, per hanc Crucem
j>Reisque dele crimina (2). »
C'est tout-à-fait le système de Coftîn, quand il adoucissait
l'Ave maris stella. Heureusement, la strophe de Grancolas
n'a été adoptée nulle part. Le sentiment qu'il exprime dans
ces vers ne rappelle que trop le mot de Luther dans sa Li-
turgie : Nous avons en horreur les fêtes de la Croix (3) . Yoici
encore des paroles de Grancolas qui témoignent de son oppo-
sition au culte des instruments delà Passion du Sauveur : « Ne
» serait-il pas à propos de recommander un silence perpétuel
»sur la couronne d'épines, les clous, le suaire et autres
» instruments de la Passion; choses inconnues dans la belle
~\\) Ibid. page 124.
(2) Ibid. page 224.
(3) Le Brun, Explication de la Messe. Tome IV. Liturgie Luthérienne
page 14.
416 INSTITUTIONS
» antiquité , et dont on n'a presque point ouï parler avant le
> douzième siècle (1)? » Ici, au mauvais goût se joint encore
l'ignorance , car les monuments les plus graves et les plus
anciens déposent en faveur de l'existence et de l'authenticité
de la sainte couronne d'épines, des clous, etc. Pour être
juste, nous devons dire que Grancolas ajoute : c On peut
> honorer le saint Sépulcre et la vraie Croix (2). >
Parmi les nombreux monuments de l'inspiration litur-
gique, la Chrétienté admire avec transport le beau chant
connu sous le nom de Prœconium P as chah , et qui, com-
mençant par ces mots : Exultet jam Angelica turba cœlorum,
éclate avec une si ineffable jubilation , à l'Office du Samedi-
Saint. Voici l'avis de Grancolas sur cette magnifique pièce,
qui n'a pas, il est vrai, le mérite d'être composée de Versets
de la Bible : < Cette prière est fort obscure et très difficile
» à expliquer pour lui donner un bon sens (3). »
S'agit-il de L'immortel Office du Saint Sacrement, l'œuvre
du Docteur angéiique, notre critique nous dit avec un im-
perturbable sang-froid : < Quand on voudra examiner de
• près cet Office, on ne trouvera point qu'il mérite de si
» grands éloges; car, outre qu'il ne serait pas difficile d'en
• faire un plus exact , c'est que l'Hymne Pange,lingua, est
> très plate. On y voit Jésus-Christ appelé Fructus ventris gc-
» nerosi ! Le Sacris solemniis est celle où il y a le plus de feu
>et d'élévation. Ces Hymnes n'ont ni pieds, ni cadence, et
» ne sont qu'une pure rime ou rimaille ! La Prose Lauda, Sion,
» serait plus complète, si on en retranchait plusieurs des
> premières strophes (A) ! » Nous espérons qu'on nous dis-
(1) Ibidem, page 286.
(2) Ibidem.
(3) Ibidem, page 294,
(4) Ibidem, page 39i.
LITURGIQUES. 417
pensera d'un commentaire sur ces monstruosités non moins
énormes, en fait de poésie, que scandaleuses en fait de
Liturgie.
Encore un trait : c'est le jugement de Grancolas sur les
Antiennes à la Sainte Vierge, Aima Redemptoris, Ave Regina,
Regina cœli , Salve Regina, « Ces Antiennes, dit-il , faites par
» des Moines et ajoutées à leur Office , ne méritaient guère
» d'entrer dans nos Bréviaires, tant pour leurs expressions
tassez peu mesurées, que pour leur composition, qui était
» des plus plates (1). »
Telle était la critique littéraire sur la Liturgie, au dix-
huitième siècle, non sous la plume de Voltaire, mais sous celle
d'un savant Docteur de Sorbonne, d'un auteur qui a exercé
une influence considérable sur la révolution que nous racon-
tons, d'un auteur dont le livre , fort remarquable d'ailleurs,
a obtenu , au siècle dernier, les honneurs d'une traduction
latine , en Italie. Nous ne pouvions , ce nous semble, prouver
par des faits plus expressifs que sous le point de vue de l'ap-
préciation de la Liturgie antérieure, le sens poétique avait
totalement manqué aux auteurs de l'innovation. Montrons
maintenant qu'ils en ont été tout aussi dépourvus dans leurs
propres compositions.
Dans les Offices , non seulement de l'Eglise Romaine , mais
des Eglises Ambrosienne , Gothique , Orientale , les différents
chants forment un ensemble lyrique et, par conséquent, éloi-
i gné de toute progression calculée. Dans les diverses solennités,
ces Offices ont pour but de célébrer des événements accom-
plis, et jamais saint Grégoire, ni les autres liturgistes anciens,
n'eurent l'intention de les disposer de manière qu'une partie
de l'Office préparât à l'autre. La plupart du temps, l'objet
i (1) Ibidem. Tome l. pagô 263,
T. II. 2?
418 INSTITUTIONS
principal de la solennité éclate dès le début par quelque forte
aspiration et vient tout d'abord ouvrir passage à l'enthou-
siasme que les fidèles gardaient dans leur cœur. Nos graves
Sorbonnistes ne se doutèrent jamais que cette apparence de
désordre fut tout simplement la nature môme, et une de leurs
plus chères préoccupations fut celle de rétablir l'harmonie
dans les Offices divins , et d'en disposer les diverses parties
avec un aussi exact enchaînement que les syllogismes d'une
argumentation ihéologique. Tous les nouveaux Bréviaires
déposent de celte naïve intention des très sages Maîtres :
voyons maintenant leurs théories.
Foinard s'est donné la peine de les exposer de sang-froid
dans son Projet d'un nouveau Bréviaire, et voici la méthode
suivant laquelle il entend à l'avenir faire procéder l'Eglise.
D'abord, dit-il, que tout soit bien lié et se rapporte dans le
corps entier de chacun des nouveaux Offices (1). Que l'en-
thousiasme, l'inspiration n'aient rien à y faire. Tout s'enchaî-
nera , sans qu'il y ait le plus petit intervalle à franchir entre
les Antiennes, les Capitules et les Répons ; rien ne sera plus
tranquille qu'une pareille marche. Malheureusement pour le
système de Foinard , non seulement tous les liturgistes ont
procédé autrement, mais David et les Prophètes qui avaient
pourtant l'Esprit de Dieu , n'ont guère tenu compte de cette
allure compassée.
Pour en venir à l'application du principe, le Curé de Calais
déclare que, dans un Office en particulier, les Antiennes des
premières Vêpres devront être formées de Versets tires des
Prophéties sur le mystère , et suivies d'un Capitule conçu en
forme d'instruction préparatoire. Les Matines et les Laudes
offriront le développement du fait; enfin, les Antiennes des
(1) Foinard, Projet d'un nouveau Bréviuire. page 73.
LIÏURÔIQUES. 419
secondes Vêpres seront composées de réflexions sur la fête (1).
Et comme tout doit être chanté dans l'Eglise, on chantera
des Réflexions ; ce qui sera tout aussi propre à l'enthousiasme
musical , que le bel ensemble que nous promet Foinard sera
conforme aux habitudes lyriques. Aussi, faut-il voir com-
ment le grotesque Docteur, transformé en poète, sans le sa-
voir, fait bon marché de l'Eglise Romaine qui , dans la fête de
l'Ascension , s'écrie étourdiment dès le début des premières
Vêpres : Viri Galilœi , qui aspicitis in cœlum : hic Jésus qui
assumptus est a vobis in cœlum sic veniet, alléluia! et dans
la solennité de l'Assomption : Assumpta est Maria in cœlum ,
gaudent Angeli , laudantes benedicunt Dominum ; et dans la
fête de saint André : Salve, Crux pretiosa ! suscipe discipu-
lum ejus quipependit in te, magister meus Christus (2). Doit-
on s'étonner, après cela, que le siècle qui vit mettre au jour
et s'établir d'aussi plates théories , soit devenu le siècle du
rationalisme et ait cherché, en finissant, à étouffer pour ja-
mais l'esprit sous la matière ?
C'est avec la même ingénuité que Foinard demande qu*ori
ne fasse plus lire dans les Offices divins les passages de l'Ecri-
ture qui renferment les imprécations des Juifs contre le Sau-
veur. Il signale principalement, dans le Bréviaire Romain ,
e Capitule des Laudes, dans l'Office de la Férié, au temps
le la Passion :
Venite mittamus Ugnum in panem ejus , et eradamus
»im de terra viventium, et nomen ejus non memoretur am-
Mus.
Le Docteur trouve de l'inconvenance à mettre ces paroles
ins la bouche de l'Officiant. Il a peur sans doute qu'on ne le
(1) Ibidem, page 93.
[2) Ibidem,
420 INSTITUTIONS
prenne au mot, et que le peuple fidèle ne le confonde avec
ces prêtres Juifs qui criaient : Toile , crucifige (1).
C'est avec une aussi rare intelligence dos nécessités de la
poésie lyrique, dans les Offices divins, que le Docteur Robinet,
dans la composition de son Bréviaire, crut devoir s'interdire
tous les passages de l'Ecriture que celui qui récite ne pour-
rait s'appliquer à lui-même. Son but, tel qu'il l'expose dans
une brochure ratîtulée : Lettre d'un Ecclésiastique à un Curé
sur le plan d'un nouveau Bréviaire, est de choisir pour An-
tiennes cl pour Rép&ns des textes qui, prononcés par ceux qui
récitent l'Office, deviennent des mouvements de leur cœur vers
Dieu {-}). Un texte ne convient qu'autant qu'il s'accommode
aux expressions d'un homme qui croit, qui craint, qui espère;
dur. homme, en un mot, nui EXPRIMÉ SES propres sentiments
et qui, en qualité de suppliant, remplit les devoirs essentiels de
(a prière (3).
Remarquons ici l'aveu précieux du Docteur. Le Bréviaire
est une œuvre si individuelle , qu'on a tout fait pour sa per-
fection, quand on Ta mis en état de servir d'expression
aux sentiments, à la prière personnelle d'un homme. De
plus, quel oubli du génie Ces Livres Saints, du Psau-
tier lui-même, dans lequel on entend tour à tour la voix
majestueuse du Père céieste , les soupirs et îes chants de
triomphe de l'Homme-Dieu, les blasphèmes et les complots
des méchants! Tel est pourtant le système du Docteur Ro-
binet, et il en est si content que , dans son outrecuidance,
il ose dire, en parlant de son propre Bréviaire : « Il a fallu
>pour réussir autant de patience que d'application. Le ira
(1) Ibidem, page 6i.
(2) Robinet. Lettre d'un Ecclésiaiïiqdc à un Curé sur le plan d'ui
nouveau Bréviaire, page 2.
(3) Ibid. page 4.
LITURGIQUES. 421
» vaîl a été adouci par l'espérance que j'ai conçue de ramener
» notre siècle au but que l'Eglise se propose dans ses Of-
» fices ( { ). » Voilà bien , encore , un de ces traits qui prouvent
mieux que tout ce que nous pourrions dire, les intentions
expresses des réformateurs de la Liturgie; habemus confia
tentem reum. lis ne se proposent ni plus ni moins que de
ramener leur siècle au but que l'Eglise se propose dans la
Liturgie. Mais qu'est-ce que leur siècle, si ce n'est l'Eglise
de leur temps, puisque ces nouveaux Bréviaires qu'ils veulent
établir diffèrent totalement non seulement du Bréviaire Ro-
main, mais de tous ceux qui ont été suivis jusqu'alors dans
la Chrétienté?
Robinet, s'apercevant pourtant que son système de n'em*
ployer que des textes formés de prières , appauvrirait par
trop son Bréviaire, et qu'il lui serait difficile d'en remplir îe
cadre, eut recours à un expédient ingénieux, mais peu
sincère. Il imagina d'assimiler aux textes renfermant des
supplications, ceux qui sont en style narratif, et, par là,
i il décupla ses ressources, puisque tous les livres historiques
de la Bible et les passages narratifs des autres livres se trou-
vaient ainsi à sa disposition. Mais quel étrange prosaïsme
! que de s'interdire, à plaisir, les grands effets liturgiques que
produisent au Bréviaire Romain, et môme dans le Parisien
moderne, les Antiennes et les Répons formés soit des paroles
'jde Jésus-Christ enseignant, souffrant, ou triomphant, soit
Ides sublimes monologues de la divine Sagesse dans l'Ancien
Testament! L'œuvre de Robinet était le produit du génie
particulier qui, non content d'avoir jugé la Liturgie de l'E-
Iglise et de l'avoir trouvée au-dessous d'elle-même, voulait
la réhabiliter à lui tout seul, et parler en son nom jusque
(1) Ibid. page 6,
422 INSTITUTIONS
dans la moindre parcelle de son œuvre humaine et nouvelle.
Robinet fut vivement attaqué sur son étrange système , par
un anonyme qui composa une brochure sous ce titre : Lettre
d'un ancien Bénéficier de V Eglise de Saint-Germain-l'Auxer-
rois, à un Chanoine de l'Eglise Cathédrale d'Agen, sur le
nouveau Bréviaire du Mans (1).
Si donc l'on considère les principes généraux de la com-
position liturgique des modernes successeurs de saint Gré-
goire , on voit que le sens poétique leur a manqué complète-
ment. Sur les détails, ils y ont paru tout aussi étrangers :
car nous ne saurions considérer comme un mérite le style
classique et payen d'un grand nombre d'Hymnes de Santeul.
Ces pastiches d'Horace sont hors de leur place dans un Bré-
viaire. Nous conviendrons toutefois qu'un nombre assez
considérable des nouveaux Répons et des nouvelles Antiennes
présente des accidents d'une haute poésie; mais on doit
l'attribuer à la divine magnificence des Livres Saints, dont
les fragments, si mutilés qu'ils soient, gardent souvent en-
core une partie de leur éclat. C'est donc à l'inspiration de
l'écrivain sacré qu'il faut en faire honneur, et non au goût
de nos docteurs , qui en est demeuré totalement innocent.
Leur grand principe décomposition était, comme on sait,
de tirer de l'Ecriture Sainte tous les matériaux des nouveaux
Répons et Antiennes ; mais, pour cela, il eût été bon de sen-
tir la différence des styles de l'Ecriture. Ainsi , il ne pouvait
pas être égal de tirer un Répons de Salomon, d'Isaïe, des
Psaumes, etc., ou de l'emprunter, par exemple, aux endroits
familiers des Epitres des Apôtres dans lesquels le style s'em-
barrasse de conjonctions , d'adverbes , d'inversions qui le
rendent difficile même pour la simple lecture. La pensée que
(1) 34 pages in- 12. 1752. sans lieu d'impression,
LITURGIQUES. 423
tous ces centons ne seraient utiles qu'autant qu'on les
pourrait mettre en chant, et qu'on ne les plierait aux
règles de la musique qu'autant qu'ils en seraient suscep-
tibles, ne leur vint même jamais dans l'esprit (l).Foinard
ne trouvait-il pas tout naturel de faire changer des réflexions
en Antiennes? Comment aurait-il été frappé des différences
du style poétique et musical, avec le style d'une conversa-
tion familière? Comment se serait-il aperçu que toutes les
pièces de l'Antiphonaire Grégorien ont été choisies suivant
les règles dont nous parlons (2) , et que le texte même de
l'Ecriture a souvent été remanié pour être adapté plus
aisément aux nécessités musicales? Mais le sens avec lequel
on juge ces sortes de choses manquait entièrement à ces
hommes aussi obtus que profondément pédans.
Jamais donc ils ne se doutèrent du prosaïsme de leur
compilation, ni de l'impuissance de tous les musiciens du
monde à revêtir d'un chant passable ces bouts de Versets
qu'ils entassaient avec tant de triomphe. Les exemples à citer
seraient innombrables; mais ce n'est pas ici le lieu de nous y
appesantir. Nous citerons cependant comme échantillon du
nouveau Parisien, les Antiennes des secondes Vêpres de la
fête de saint Pierre et de saint Paul. Il serait difficile de
(1) Le lecteur a vu, dans la Lettre Pastorale du Missel de Vintimille,
qu'on avait fini par s'apercevoir de cette distraction des rédacteurs du
Bréviaire. Les musiciens avaient sans doute réclamé sur leur impuis-
sance a noter certains Répons et Antiennes.
(2) Foinard et ses successeurs auraient bien dû se demander pour-
quoi saint Grégoire qui, dans son Responsorial , garde inviolabiement
la coutume d'extraire les Répons de Matines des livres de l'Ecriture
occurrente,a dérogea cet usage durant les semaines après l'Epiphanie
où on lit lesEpîtres de saint Paul. Mais tous ces grands hommes qui
rejetaient si loin l'Office Romain, comme au-dessous des besoins d§
l'Eglise, s'étaient bien gardés d'y comprendre quelque chose.
424 INSTITUTIONS
choisir, dans toute l'Ecriture , des passages moins faits
pour être chantés, tant pour le ton qui y règne que pour la
facture du style. Quand on pense que Vigier et Mesenguy
avaient toute l'Ecriture à leur disposition, on ne peut s'em-
pêcher de reconnaître leur mauvaise intention, d'aller cher-
cher dans une seule Epître la matière de ces cinq Antiennes,
eux qui savent si bien fouiller la Bible toute enlière pour
fournir aux diverses parties des nouveaux Offices. On voit
que, non contents d'avoir supprimé l'antique Octave delà
fête de saint Pierre , ils ont à cœur de retrancher de son
Office tout ce qui pourrait exalter l'enthousiasme des fidèles.
Voyez plutôt:
\. Justum arbitror quandiu sum in hoc tabernaculo , sus~
citare vos in commonitione.
2. Velox est depositio tabcrnaculi mei, secundum quod et
Dominus noster Jesus-Christus significavit mihi.
3. Dabo operam et fréquenter habere vos post obitxim meum,
ut horum memoriam faciatis.
4. Properantes in adventum diei Domini, satagite imma-
culati et inviolati ei inveniri in pace.
5. Domini nostri longanimitatem salutem arbitrcmini ; si-
eut et carissimus f rater noster Paulus , secundum datam sibi
sapienliam scripsit vobis.
Certes, le ton de ces cinq Antiennes n'a rien qui ne soit
parfaitement d'accord avec le style de ces réflexions que Foi-
nard voulait placer aux secondes Vêpres : mais assurément
saint Grégoire lui-même se fût reconnu impuissant à mettre
en chant : Justum arbitror — quandiu sum in hoc — secun-
dum quod et — et fréquenter habere vostpost — immaculati et
inviolati ei inveniri in , etc.
Un trait choisi entre mille dans le Bréviaire de Robinet,
LITURGIQUES. 425
ne sera pas moins propre à réjouir le lecteur. C'est l'An-
tienne solennelle des Laudes du jour même de Noël :
Pastores videntes cognoverunt de verbo quod diçtum erat
Mis de puero hoc.
Après ce puero hoc , il nous semble que nous n'avons plus
rien à ajouter pour le moment.
Voyons maintenant si, sur le fond, nos modernes liturgistes
ont été plus heureux que sur la forme. On sait que leur
prétention était de faire que , désormais , on n'eût jplus à
prier Dieu qu'avec la parole de Dieu même : Deum de suo
rogare. Cela voulait dire que Répons, Antiennes, Versets,
tout serait désormais tiré de la Bible. Sur les mystères dont
l'accomplissement est rapporté dans les saintes Ecritures,
on conçoit encore qu'on pourrait trouver , tant bien que
mal , un nombre suffisant de textes pour remplir les divers
cadres, en bannissant les magnifiques pièces de style ecclésias-
tique qui exprimaient les mystères d'une manière bien plus
précise , ayant souvent été composées contre des hérétiques.
Mais quand il s'agirait de l'Office des Saints, la Bible pourrait-
elle fournir aussi abondamment ? ne serait-elle pas muette
souvent dans ces occasions, en sorte qu'il n'y aurait plus
d'autre ressource que le sens accommodatice ? Mais ce sens ,
qui n'est que dans les mots , est-il la parole de Dieu ? Est-ce
là Deum de suo rogare ?
Aiusi le système croule de lui-même dans toutes les occa-
sions où il s'agit de composer l'Office et même le Commun de
la plupart des Saints , à moins que l'on ne veuille étaler de
simples maximes générales de morale qui ne sont employées
qu'improprement à la louange de ces amis de Dieu. Nos fai-
seurs sentirent cette indigence de leur système et se mirent
à bâtir des Offices avec des textes qui semblaient foire allusion
i aux faits qu'ils voulaient célébrer, mais qui, en réalité, n'y
V
426 INSTITUTIONS
avaient aucun rapport. En cela , ils allaient contre leurs en-
gagements, et bien souvent encore Pirrévérence commise
contre la parole sainte rejaillissait sur les Saints eux-mêmes,
qu'ils avaient prétendu louer mieux que l'Eglise Romaine.
Citons quelques exemples ; nous les tirerons du Bréviaire de
Robinet qui est suivi , comme nous l'avons dit , dans trois
Eglises de France.
Au jour de l'Assomption de la Sainte Vierge , l'Antienne
des premières Vêpres est ainsi conçue : Magna eris et nomen
tuum nominabitur in universa terra. Ce texte paraît fort beau,
et on est tenté d'aller le chercher dans la source d'où il est
tiré , pour en admirer de plus près le merveilleux à-propos.
Qu'on aille donc consulter le livre de Judith, chapitre XI,
verset 21, suivant l'indication que Robinet en donne lui-
même : qu'y trouvera-t-on ? Sont-ce les éloges des An-
ciens de Béthulie à la libératrice de cette ville? Non; c'est
Holopherne qui parle et qui dit à la pieuse veuve , pour la
récompenser de ce qu'il estime être sa trahison : Tu in domo
Nabuchodonosor magna eris, et nomen tuum nominabitur
in universa terra. Certes , si l'application de ces paroles à
la Sainte Vierge n'est pas un blasphème, il faut dire alors que
la parole d' Holopherne est la parole de Dieu, et la maison de
Nabuchodonosor le Royaume des cieux. Que les admirateurs
des nouvelles Liturgies nous expliquent ce qu'il faut en croire.
Au Commun d'un Abbé ou d'un Moine, le Capitule de
Tierce est ainsi conçu : Descenderunt multi quœrentes judi-
cium et justitiam in desertum, et sederunt ibit avec Pindi*
cation suivante : J. Machab. IL 29. Voilà un beau texte :
c'est évidemment une prophétie sur l'état monastique. Cepen-
dant, si nous cherchons au lieu indiqué, nous voyons tout
d'abord que Robinet n'a pas été plus sincère en cet endroit
qu'en celui du livre de Judith j car nous lisons ; Et sederunt
LITURGIQUES. 427
ibi IPSI , ET FILII EORUM , ET MULIERES EORUM ET PECORA
eorum. Voilà d'étranges Moines avec leurs enfants, leurs
femmes et leurs bestiaux ! Encore une fois , ce n'est pas là
de Y Ecriture Sainte sur l'état monastique ; c'est une super-
cherie déplacée et rien autre chose.
Voici quelque chose de pis encore ; car Robinet lance une
grosse hérésie , sans s'en apercevoir. Du moins , on ne dira
pas qu'en cela il abonde dans le sens du Gallicanisme. C'est
dans l'Office de saint Pierre et de saint Paul , au cinquième
Répons.
^. JJrbs fortitudinis nostrœ Sion ; Sahator ponetur in ea *
Murus et antemurale. f. Tu es Petrus et super hanc petram
* Murus et antemurale.
Ainsi, Sion est la cité de notre force , le Sauveur en est la
muraille et le rempart ; saint Pierre est la pierre , et sur cette
pierre est la muraille et le rempart. Jésus-Christ est donc ap-
puyé sur saint Pierre , et non saint Pierre sur Jésus-Christ.
Si le Répons n'a pas ce sens, il n'en a aucun. Et tout cela
s'appelle : Deum de suo rogare !
Disons plutôt que ces hommes , en refaisant ainsi la Litur-
gie à la mesure de leur propre génie , bien qu'ils n'aient pas
senti tout le mal qu'ils nous faisaient , à raison de leur com-
plète ignorance dans les choses du goût , ont fait ce qu'ils ont
pu , en France , pour l'extinction totale de la poésie catho-
lique, en y abolissant les antiques chants de la Chrétienté
et nous jetant en place le décousu prétentieux de leurs An-
tiennes et de leurs Répons bibliques. Nous n'étendrons pas
davantage ces considérations sur l'innovation liturgique sous
le rapport littéraire, puisque nous devons traiter de la langue
et du style de la Liturgie , dans une des divisions de cet ou-
vrage. Passons aux influences de la révolution liturgique sur
Je chant,
428 INSTITUTIONS
C'est encore ici une des plaies les plus profondes que nous
ayons à signaler. On peut envisager la question sous le rap-
port purement esthétique de l'art, et sous celui bien autre-
ment grave du sentiment catholique. Nous dénoncerons
d'abord les barbares anti-liturgistes du dix-huitième siècle,
comme ayant privé notre patrie d'une des plus admirables
gloires de la Catholicité. On a vu ailleurs comment le der-
nier débris des richesses de la musique antique avait été
déposé par les Pontifes Romains , et principalement par saint
Grégoire, dans le double répertoire connu sous le nom dMn-
tiphonaire et. de Responsorial Romain, Ce recueil , formé
de plusieurs milliers de pièces , la plupart d'un caractère
fort et mélodieux , avait accompagné tous les siècles Chré-
tiens dans la manifestation de leurs joies et de leurs dou-
leurs; de lui étaient sorties les inspirations de Palestrina
et des autres grands artistes catholiques; enfin, c'était un
sublime spectacle pour la postérité, que ce génie de conser-
vation inné dans l'Eglise Catholique, au moyen duquel la
fameuse musique des Grecs, l'harmonie des temps antiques,
arrivait ainsi épurée, corrigée, devenue Chrétienne, aux
barbares oreilles des occidentaux qu'elle avait tant contribué
à adoucir et à civiliser.
Or, de la publication des nouveaux Bréviaires et Missels
dans lesquels les anciennes formules étaient presque en to-
talité remplacées par d'autres toutes nouvelles, devait ma-
tériellement s'ensuivre la suppression de toutes ces antiques
mélodies, la perte, par conséquent, de plusieurs milliers de
morceaux antiques, dont un grand nombre était remarquable
par un caractère noble et original. Voilà , certes , un acte
de vandalisme s'il en fut jamais , et qu'on ne s'est pas encore
avisé de reprocher à ce dix-huitième siècle qui avait la rage de
tout détruire. Et quelle excuse donnait-on pour justifier une
LITURGIQUES. 429
si monstrueuse destruction? D'un côté, les faiseurs litur-
gistes, comme Foinard , disaient que rien ne serait plus aisé
que de transporter les motifs des anciens Répons, Antiennes,
etc. (1), sur les nouvelles formules , et nous avons vu com-
ment ils s'entendaient à préparer le thème du compositeur.
D'autre part, il y avait des forgeurs de plain-chant qui
croyaient bonnement qu'en ne sortant point matériellement
du caractère des huit Modes Grégoriens dans la composition
des nouveaux chants, on suffirait à tout; comme si ce n'était
rien que de perdre une immense quantité de pièces des cin-
quième et sixième siècles, vraies réminiscences des airs an-
tiques; comme si , pour être parfaitement dans les règles de
la tonalité Grégorienne, on était assuré de l'inspiration ; car,
encore une fois, il fallait faire mieux que les Romains , ou
ne pas s'en mêler.
Ce fut, certes, une grande pitié que de voir successivement
nos Cathédrales oublier les vénérables Cantiques dont la
beauté avait si fort ravi l'oreille de Cbarlemagne , qu'il en
avait fait, de concert avec les Pontifes Romains, un des plus
puissants instruments de civilisation pour son vaste empire ,
et d'entendre résonner à grand bruit un torrent de nouvelles
pièces sans mélodie , sans originalité, aussi prosaïques , pour
l'ordinaire , que les paroles qu'elles recouvraient. On avait
calqué, il est vrai , un certain nombre de morceaux Grégo-
riens , et plusieurs même assez heureusement ; quelques
pièces nouvelles avaient de l'invention ; mais la masse était
d'une brutalité effrayante , et la meilleure preuve , c'est qu'il
était impossible de retenir par cœur ces chants nouveaux,
tandis que la mémoire du peuple était le répertoire vivant
du plus grand nombre des chants Romains. Assurément,
(1) Projet d'un nouveau Bi^viaîre? page 1SQ,
430 INSTITUTIONS
pour faire passer ces assommantes mélodies , ce n'était
pas irop des serpents, des basses et du contre-point, sous
le bruit desquels disparaissait presque entièrement le fonds ;
tandis que le récit Grégorien, vif, animé, souvent sylla-
bique, étant déclamé avec sentiment, même à r unisson,
produisait de si grands effets et se gravait si avant, avec les
pensées qu'il exprimait, dans l'âme des fidèles.
Mais la suppression des livres de saint Grégoire n'était pas
seulement une perte pour l'art, c'était une calamité pour la
foi des peuples. Une seule considération le fera comprendre
et dévoilera en même temps la responsabilité de ceux qui
osèrent un tel attentat. Les Offices divins ne sont utiles au
peuple qu'autant qu'ils l'intéressent. Si le peuple chante avec
les Prêtres, on peut dire qu'il assiste avec plaisir au service
divin. Mais si le peuple a chanté dans les Offices, et qu'il
vienne tout d'un coup à garder le silence , à laisser la voix du
Prêtre retentir seule ; on peut dire aussi que la religion a gran-
dement perdu de son attrait sur ce peuple. C'est pourtant là
ce qu'on a fait dans la plus grande partie de la France ; aussi
le peuple a-t-il, peu à peu, déserté les Eglises désormais
muettes pour lui, du jour où il ne pouvait plus joindre sa voix
à celle du Prêtre. Et cela est si vrai, que si, dans nos Eglises
toutes retentissantes des chants modernes, le peuple paraît
quelquefois disposé à joindre sa voix à celle du Clergé, c'est
dans les moments où l'on exécute , et souvent encore en les
défigurant, quelques-unes des anciennes pièces Romaines,
comme Victimœ Paschali — Lauda , Sion — Dies irœ, etc. \
certains Répons ou Antiennes du Saint Sacrement, etc. Mais,
pour les Répons nouveaux, les Introïts, les Offertoires, etc., il
les écoute sans les remarquer, ou plutôt il les subit passive-
ment, sans y attacher une idée, ni un sentiment quelconque.
Allez ? au contraire , dans quelqu'une de ces dernières pa-
LITURÔIÔUES. 431
roisses de la Bretagne qui ont encore, au chœur, Pusage du
chant Romain , vous entendrez le peuple entier chanter du
commencement des Offices jusqu'à la fin. Il sait par cœur les
faciles mélodies du Graduel et de l'Antiphonaire. Ce sont
là ses grandes jouissances du Dimanche , et , durant la se-
maine , on les lui entend souvent répéter au milieu de ses
travaux. Oui, certes, ce sera quelque chose de bien grave
que de les lui enlever ; car ce sera diminuer grandement l'in-
térêt qu'il prend aux Offices de l'Eglise.
Si, de ces réflexions affligeantes, nous passons à l'his-
toire de la révolution opérée dans le chant de nos Eglises au
dix-huitième siècle, nous dirons des choses lamentables.
Qu'on se représente l'effroyable tache qui fut imposée aux
compositeurs de plain-chant, du moment que du cerveau de
nos Docteurs furent éclos les nouveaux Bréviaires et Mis-
sels , et que "la typographie , encombrée comme elle ne l'a-
vait jamais été de matières de ce genre , les eut enfin lancés
au grand jour. On ne pouvait inaugurer ces chefs-d'œuvre,
sans prendre en même temps les mesures nécessaires pour
que tout ce corps de pièces nouvelles pût être chanté dans
le chœur des Eglises Cathédrales , Collégiales et Parois-
siales. C'étaient donc des milliers de morceaux qu'il fallait
improviser. Qu'on se rappelle maintenant ce que c'est que
'Antiphonaire Grégorien. Un résumé de la musique antique ,
m corps de réminiscences d'airs populaires graves et reli-
gieux, une œuvre qui remonte au moins à saint Célestin,
ecueillie, rectifiée par saint Grégoire, puis par saint Léon II,
nrichie encore dans la suite à chaque siècle , présentant
me variété merveilleuse de chants , depuis les motifs sévères
e la Grèce, jusqu'aux tendres et rêveuses complaintes du
îoyen-age. Pour remplacer tout cela , qu'avait le dix-hui-
ème siècle? D'abord, c'était déjà, on ne saurait trop le
132 INSTITUTIONS
répéter, une perte immense que celle de tant de morceaux
remarquables, populaires et souvent historiques; mais pas-
sons outre. Combien de centaines de musiciens emploiera-
t-on pour ce grand œuvre? Où prendra-t-on des hommes,
au siècle de Louis XV, pour suppléer saint Grégoire? Suf-
fira-t-il de cinquante années pour une pareille tache? Hélas!
tant d'hypothèses sont inutiles. En deux ou trois années,
tout sera prêt, composé, imprimé, publié, chanté, avec
grand tapage de serpents, de basses, de grosses voix. Et
veut-on savoir comment on s'y prit , dans plusieurs Diocèses,
pour couvrir de grosses notes les Antiennes à réflexions, les
invioîati invcniri in, etc. ? On fit un appel aux gens de bonne
volonté. Ceux qui conduisaient en grand l'opération, étant,
comme on l'a vu , étrangers à tout instinct d'art et de poésie,
ne pouvaient être difficiles ni exigeants sur l'article de la
mélodie. Laissons parler un savant auteur de plain-chant
du dix-huitième siècle , Poisson, Curé de Marsangis, dans
son Traité historique et pratique du Plain-chant appelé Gré-
gorien :
< De toutes les Eglises qui ont donné des Bréviaires , les
>unes, à la vérité, se sont pressées davantage d'en faire!
> composer les chants, et les autres moins : mais chacune
> d'elles aspirait à voir finir cet ouvrage, à quelque prix que et
> fût, et cherchait de toutes parts les moyens de satisfair
> l'empressement qu'elle avait de faire usage des nouvea
» Bréviaires. De là cette foule de gens qui se sont offerts pou
>la composition du chant. Tout le monde a- entrepris d'
> composer et s'en est cru capable. On a vu jusqu'à d
> maîtres d'école qui n'ont pas craint d'entrer en lice. Parc
> que leur profession les entretient dans l'exercice du chant
> et qu'en effet ils savent ordinairement mieux chanter qu
»les autres, ils se sont mêlés aussi de composer. iVest-il p;fi
LITURGIQUES. 455
» étonnant que les pièces de pareils auteurs aient été adop-
» tées par des personnes qui, sans doute, n'étaient pas si igno-
>rantes qu'eux? Car, pour savoir bien chanter, ces maîtres
» d'école n'en ignoraient pas moins la langue latine qui est
> celle de l'Eglise ; et, dès là , chacun voit combien de bévues
» un tel inconvénient entraîne nécessairement après lui.
»On a donc choisi, pour composer les chants nouveaux,
» ceux que l'on a cru les plus habiles , et l'on s'est reposé en-
» tièrement sur eux de l'exécution de ce grand ouvrage. Une
» entreprise de si longue haleine demandait un temps qui lui
» fût proportionné, et on les pressait. Pour répondre à l'em-
» pressement de ceux qui les avaient choisis, ils ont hâté leurs
• travaux. Leurs pièces, à peine sorties de leurs mains, ont
> été presque aussitôt chantées que composées. Tout a été
> reçu sans examen , ou avec un examen très superficiel ; et
» ce n'a été qu'après l'impression sans en avoir fait l'essai , et
» qu'après les avoir autorisées par un usage public, qu'on
» s'est aperçu de leurs défauts , mais trop tard , et lorsqu'il
> n'était plus temps d'y remédier.
» On vit alors avec regret, ou qu'on s'était trompé dans le
• choix des compositeurs de chant, ou qu'on les avait trop
> pressés. On ne put se dissimuler les défauts , sans nombre
! et souvent grossiers , d'ouvrages qui naturellement devaient
plaire par l'agrément de leur nouveauté , et qui n'avaient
pas même ce médiocre avantage.
! » Qui pourrait tenir, en effet, contre des fautes aussi lourdes
-!et aussi révoltantes que celles dont ils sont remplis pour la
plupart? Je veux dire des fautes de quantité , surtout dans
le chant des Hymnes ; des phrases confondues par la teneur
$ istla liaison du chant, qui auraient dû être distinguées, et
1 }ui le sont par le sens naturel du texte ; d'autres mal à pro-
:i\ bos coupées; d'autres aussi mal à propos suspendues; des
T. h. 28
454 INSTITUTIONS
> chants absolument contraires à l'esprit des paroles ; graves,
> où les paroles demandaient une mélodie légère; élevés, où
»il aurait fallu descendre; et tant d'autres irrégularités,
» presque toutes causées par le défaut d'attention au texte.
» Qui ne serait encore dégoûté d'entendre si souvent les
» mêmes chants, beaux à la vérité par eux-mêmes, mais trop
»dc fois imités, presque toujours estropiés, et pour l'ordi-
» naire aux dépens du sens exprimé dans le texte, aux dépens
» des liaisons et de l'énergie du chant primitif, tels que ceux
> de tant de Répons, Graduels et d' Alléluia?
»Que dire encore des expressions outrées ou négligées,
>des tons forcés, du peu de discernement dans le choix des
» Modes, sans égard à la lettre; de l'affectation puérile de
>les arranger par nombres suivis, en mettant du premier
»Mode la première Antienne et le premier Répons d'un Of-
fice ; la seconde Antienne et le second Répons du second
» Mode , comme si tout Mode était propre à toutes paroles et
>à tout sentiment (1). »
Ainsi est jugée l'innovation liturgique sous le rapport du
chant, par un homme habile dans la composition, nourri des
meilleures traditions , et , d'autre part , plein d'enthousiasme
pour la lettre des nouveaux Bréviaires. C'est donc un témoin
irrécusable que nous produisons ici. Nous n'ajouterons |
qu'un mot sur les nouvelles compositions de chant, c'est que
si l'on était inexcusable de livrer à la merci de la multitude
la fabrication des nouveaux chants dans certains Diocèses,
il n'était pas moins déplorable d'imposer à un seul homme
la mission colossale de couvrir de notes de plain- chant
trois énormes volumes in-folio. C'est cependant ce qui
(i) Poison. Traité théorique et pratique du plain chant appelé Gré- \
gorien. pages 4 et o.
LITURGIQUES. 455
eut lieu pour le nouveau Parisien. On chargea de ce travail
herculéen l'Abbé Lebeuf, Chanoine et Sous-Chantre de la
Cathédrale d'Auxerre, homme érudit, laborieux, profond
même sur les théories du chant ecclésiastique et versé dans la
connaissance des antiquités en ce genre. C'était quelque
chose ; mais l'étincelle de génie qui était en lui eût-elle été
plus vive encore , devait être étouffée de bonne heure sous
les milliers de pièces qu'il lui fallut mettre en état d'être
chantées, en dépit de leur nombre et de leur étrange facture.
Au reste, il s'acquitta de sa tache avec bonne foi , et comme
il goûtait les anciens chants , il s'efforça d'en introduire les
motifs sur plusieurs des nouvelles pièces. « Je n'ai pas tou-
jours eu intention, dit-il, de donner du neuf. Je me suis
» proposé de cenîoniser, comme avait fait saint Grégoire. J'ai
j>déjà dit que centoniser était puiser de tous côtés et faire
»un recueil choisi de tout ce qu'on a ramassé. Tous ceux qui
» avaient travaillé avant moi à de semblables ouvrages , s'ils
» n'avaient compilé, avaient du moins essayé de parodier;
»j'ai eu intention de faire tantôt l'un, tantôt l'autre. Le gros
*et le fond de PAnliphoniçr de Paris est dans le goût de
j l'Anliphonier précédent, dont je m'étais rempli dès les an-
nées 1703, 1704 et suivantes : mais comme Paris est habité
• par des Ecclésiastiques de tout le Royaume, plusieurs s'a-
• j percevaient qu'il y avait quelque fois trop de légèreté ou
1 1 de sécheresse dans PAntiphonier de M. de Harlay. J'ai donc
rendu plus communes ou plus fréquentes les mélodies de
jnos symphoniastes français du neuvième, dixième et on-
Jzième siècles, surtout dans les Répons (i). »
Ces intentions étaient louables et méritent qu'on leur rende
(1) Leusuf. Traité historique et pratique sur le Chant Ecclésiastique,
jtges 49 et 50.
436 INSTITUTIONS
justice; mais les résultats n'ont pas répondu aux intentions»
A part un bien petit nombre de morceaux dont une partie
encore appartient à l'Abbé Chastelain , il faut bien avouer
que le Graduel et l'Antiphonaire Parisiens sont complètement
vides d'intérêt pour le peuple, que les morceaux qui les com-
posent ne sont pas de nature à s'empreindre dans la mémoire,
que l'on a grande peine à saisir une mélodie d'ensemble dans
les nouveaux Répons, Introïts, Offertoires, etc. Les imita-
lions, les fit-on note pour note (ce qui ne saurait être ) sont
pour l'ordinaire impuissantes à reproduire l'effet des mor-
ceaux originaux qui, étant dépourvus de rythme, n'ont dû
leur caractère qu'aux sentiments exprimés dans les paroles,
aux paroles elles-mêmes, au son des voyelles qui s'y trouvent
employées. Ajoutez encore que les syllabes n'étant pas me-
surées, il est comme impossible de trouver deux pièces
parfaitement semblables pour le nombre du style : il faut
donc retrancher, ou ajouter des notes, et par là même sa-
crifier l'expression entière de la pièce. Nous avons parlé
ailleurs de l'Introït de la Toussaint, Accessistis , si heureuse-
ment imité, par Chastelain, du Gaudeamus Romain : Lebeuf
a bien rarement approché de ce modèle dans ses imitations ,
et quant aux morceaux de son invention, on le trouve
presque partout pauvre, froid, dépourvu de mélodie. Les
nombreux chants d'Hymnes qu'il lui fallut composer sont
aussi d'une tristesse et d'une monotonie qui montrent qu'il
n'avait rien de cette puissance qui suggéra à Chastelain le
chant du Stupcte gentes. Enfin, Lebeuf ne sut pas affranchir le
chant Parisien de ces horribles crochets appelés pèriélèses, qui
achèvent de défigurer les rares beautés qui se montrent, par-
fois, dans sa composition. Peut-on se rappeler sans indignation
que le Verset Alleluiatique Veni, Scinde Spiritus , cette tendre
et douce mélodie Grégorienne qui a été sauvée comme par
LITURGIQUES. 457
miracle dans le Missel de Vinlimille, est déchirée jusqu'à
sept fois par ces crochets ; on eût dit que Lebeuf craignait
que cette pièce, si on la laissait à sa propre mélodie, ne
fît un contraste par trop énergique avec cet amas de mor-
ceaux nouveaux et insignifiants dont elle est encombrée.
La fécondité de Lebeuf lui fit une réputation. En 1749 ,
étant plus que sexagénaire , il accepta l'offre qu'on lui fit de
mettre en chant la nouvelle Liturgie du Diocèse du Mans, et
vint à bout , dans l'espace de trois ans , de noter les trois
énormes volumes dont elle se compose. Ainsi, le même com-
positeur était en état de fournir un contingent de six vo-
lumes in-folio de plain-chant à l'innovation liturgique ! on
remarqua , toutefois , que la dernière œuvre de Lebeuf était
encore au-dessous de la première. La lassitude l'avait pris à
la peine ; mais on ne dit pas qu'il ait jamais ressenti de re-
mords pour la part si active qu'il prit au vandalisme de son
siècle.
C'est assez parler des nouveaux livres de chant par les-
quels furent remplacées les mélodies Grégoriennes ; nous
n'ajouterons plus qu'un mot au sujet du trop fameux plain-
chant figuré, que nous avons signalé ailleurs à l'animad-
version de nos lecteurs , et qui prit une nouvelle vogue à
cette époque de débâcle universelle des anciennes traditions
sur le chant. On vit éclore une immense quantité de com-
positions en ce genre ; d'abord des centaines de Proses
nouvelles, fades pour la plupart, quand elles n'étaient
pas de pures chansonnettes, à la façon de la Régence.
Cette époque produisit aussi l'insipide recueil connu sous
le nom de la Feillée, qui est encore regardé comme le
type du beau musical dans plusieurs de nos Séminaires
de province. Nous nous bornerons à insérer ici le jugement
de Rousseau sur cette ignoble et bâtarde musique don
438 INSTITUTIONS
le charme malencontreux a si tristement contribué à dis-
traire les chantres Français de la perte désolante du répertoire
Grégorien : « Les Modes du plain-chant, tels qu'ils nous ont
» été transmis dans les anciens chants ecclésiastiques , y con-
» servent une beauté de caractère et une variété d'affections
» bien sensibles aux connaisseurs non prévenus, et qui ont
» conservé quelque jugement d'oreille pour les systèmes mé-
» lodieux établis sur des principes différents des nôtres : mais
» on peut dire qu'il n'y a rien de plus ridicule et de plus plat
»que ces plains -chants accommodés à la moderne, pretin-
» taillés des ornements de notre musique, et modulés sur les
» cordes de nos Modes : comme si l'on pouvait jamais marier
> notre système harmonique avec celui des Modes anciens ,
>qui est établi sur des principes différents, On doit savoir
> gré aux Evoques, Prévôts et Chantres qui s'opposent à ce
> barbare mélange, et désirer, pour le progrès et la perfec-
» tion d'un art qui n'est pas , à beaucoup près , au point où
» on croit l'avoir mis, que ces précieux restes de l'antiquité
» soient fidèlement transmis à ceux qui auront assez de talent
>et d'aulorilé pour en enrichir le système moderne (1). »
Nous avons dit ailleurs que tous les arts sont tributaires
de la Liturgie , et qu'ils prêtent à l'envi leur secours à ses
pompes sublimes. On vient de voir ce que l'innovation du dix-
huitième siècle sut faire du chant ecclésiastique ; les autres
arts suivirent la Liturgie dans sa dégradation. Déjà nous
avons signalé une décadence dans la dernière moitié du dix-
septième siècle; elle fut plus profonde et plus humiliante
encore quand les Eglises de France, en si grand nombre,
eurent abjuré les traditions antiques de la Liturgie, pour se
créer des formes dans le goût du siècle. La peinture reli-
(1) J.-J. Rousseau. Dictionnaire de Musique. Tome II. page 96.
LITURGIQUES. 459
gieuse, que le dix-septième siècle avait vue descendre de
Le Sueur à Poussin et à Mignard, s'abrita sous les ateliers
de Boucher et de son école , et on vit les mêmes pinceaux
qui décoraient le boudoir des Pompadour et des Dubarri , au
temps des petits vers de l'Abbé de Bernis , dégrader, par les
grimaces de l'afféterie et la mollesse des poses, la sévère
majesté et le suave mysticisme des sujets Catholiques. La
statuaire, non moins appauvrie et tout aussi matérialisée,
n'avait plus, pour représenter Marie, que les attitudes niaises
de la Vierge de Bouchardon , ou la grasse et forte prestance
que Bridan a su donner à la Reine des Anges jusque dans sa,
céleste Assomption.
Mais comment de pareilles œuvres ( et nous citons ici, par
pudeur, ce que cette époque produisit de moins grossier ) ,
comment de pareilles œuvres pouvaient-elles être acceptées
pour l'ornement des Eglises , par les graves personnages qui
se délectaient dans ces nouveaux Bréviaires si sévèrement
expurgés de toutes les licences charnelles du Bréviaire Ro-
main? C'est ici qu'il faut admirer les jugements de Dieu. Il
est écrit que quiconque s'élève indiscrètement par l'esprit
tombera dans la-chair; c'est la loi universelle. Seulement,
comme les partisans de l'innovation ne sentirent pas toute
l'étendue de leur faute, à raison de leur complète impuis-
sance sur les choses de la poésie , Dieu , en permettant que le
sens du beau s'éteignît en eux, et les livrant à la merci des
artistes dégradés du siècle de Louis XV, ne permît pas
qu'ils eussent la conscience des profanations qu'ils leur
laissèrent s'accomplir. Ils se livrèrent si complètement et avec
une telle abnégation à ces artistes de chair, que le Bréviaire
Parisien de 1736 lui-même montra sur son frontispice d'i-
gnobles courtisannes affublées des attributs de la Religion.
On avait même trouvé moyen de les varier à chacun des
440 INSTITUTIONS
quatre volumes, eomme pour montrer la richesse du pinceau
abruti de ce temps-lù. Le Missel de 1738 offrait aussi à son
frontispice une virago lourdement assise sur des nuages et
chargée pareillement de représenter la Religion. La collection
de ces diverses gravures deviendra précieuse un jour, et
comme monument de l'horrible familiarité avec laquelle les ar-
tistes d'alors traitaient les sujets religieux, et comme preuve
de l'indifférence du Clergé pour tout ce qui tenait auxartsdans
leurs rapports même avec le culte divin. Mais nous devons
signaler, comme le dernier effort du scandale, le frontispice
du Missel de Chartres de 1782, dans lequel la Vierge imma-
culée , qui fait la gloire de cette ville et de son ineffable Ca-
thédrale, a été outragée avec une impudeur qui nous interdit
toute description.
Celte indifférence pour la forme, dont nous venons de signa-
ler quelques-uns des désolants effets, entraîna aussi, dans les
Missels et Bréviaires nouveaux, la suppression de ces riches et
nombreuses gravures qui ornaient jusque-là ces livres, à l'en-
droit de l'Office des Fêtes solennelles. L'usage s'en était con-
servé jusqu'au dix-huitième siècle, comme un souvenir des
riches miniatures qui animaient les anciens Missels et Antipho-
naires. Le nouveau Missel Parisien de 1738 avait encore les
images des fêtes, mais composées de nouveau par les artistes
du temps. Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, les
Missels du reste de la France gardèrent à grande peine un fron-
tispice gravé, et la plupart se bornèrent au Crucifix, dont on
n'osa pourtant déshériter la première page du Canon ; heu-
reux encore quand on ne s'avisa pas , comme au Parisien de
1738 , de rapprocher les bras du Christ au-dessus de sa tête ,
pour l'empêcher d'embrasser tous les hommes. On sait que
c'était un symbole cher aux Jansénistes, et quelle influence ce
parti exerçait, en France, sur le culte divin à cette époque,
LITURGIQUES. 4H
Pour l'architecture, le plus divin des arts liturgiques, on
s'imagine bien quel dut être son sort , dans ce malheureux
âge. Il déchut encore de ce qu'il avait été à la fin du dix-
septième siècle. On n'éleva plus de dômes comme celui des
Invalides ; car l'Eglise Italienne , avec le luxe de ses pein-
tures et de ses marbres , bien que déplacée sous notre climat
froid et brumeux, est toujours, quoi qu'on en dise, une
Eglise Chrétienne. Saint-Sulpice si muet , si nu, si dépourvu
d'âme et de mystères , se trouva bientôt trop mystique.
Louis XV posa la première pierre de deux nouvelles Eglises.
L'une , Sainte-Geneviève , dut recevoir encore une coupole ;
mais à la condition que le portique du Panthéon d'Agrippa ,
bâti devant la porte , donnerait le change aux passants, en
leur annonçant un temple pay en. L'autre, qu'on doit ouvrir
incessamment , semble préparée pour Minerve ; Louis XV
avait entendu la dédier à sainte Marie-Magdeleine ; il est vrai
cependant que le plan primitif était totalement différent de ce-
lui qu'on a adopté de nos jours. Qu'est-il besoin de parler de
Saint-Philippe du Roule , qu'on bâtit un peu plus tard , sur le
modèle parfait d'un temple antique, et de tant d'autres Eglises
qui n'ont ni le caractère payen , ni le caractère chrétien ?
Mais tel était l'oubli des traditions sacrées, que pas une voix
ne s'éleva , pas une réclamation n'eut lieu ; tant la religion ,
telle que la comprenaient les Français , était devenue étran-
gère à la forme ; tant était profonde la scission qu'on avait
faite avec les siècles de foi !
De là vint aussi cette dégradation des habits sacerdotaux ,
mais surtout du surplis , dont les manches , déjà fendues et
renvoyées par derrière, vers le'milieu du dix-septième siècle,
s'allongèrent et se séparèrent entièrement du corps du sur-
plis lui-même , au dix-huitième siècle , et prirent le nom
$ ailes y en attendant que le dix -neuvième s'amusât à les
442 INSTITUTIONS
plisser de cette façon ridicule et incommode qu'elles ont de
nos jours. Quant au bonnet de chœur qui, au commence-
ment du règne de Louis XIII, était encore tel en France que
dans les autres Eglises de la Catholicité, le dix-septième
siècle, en finissant , avait effacé la saillie de la partie supé-
rieure, et l'avait allongé d'un tiers; en attendant que le dix-
huitième siècle, appointissant celte partie supérieure et al-
longeant encore le corps du bonnet, préparât cette coiffure
ridicule et gênante qui, de nos jours, affectant la forme
d'un éteignoir , compromet la gravité des fonctions sacer-
dotales , et fournit gratuitement aux esprits-forts l'occasion
de déclamer contre le mauvais goût de l'Eglise Catholique.
Cet oubli de l'esthétique religieuse de la part du Clergé r
devait aussi être attribué à l'esprit rationaliste dont Claude
de Vert, organe de son siècle, s'était fait l'apôtre. Aux yeux
d'une religion spiritualiste , il n'y a qu'une seule chose qui
puisse relever la forme, c'est le mysticisme. Mais quand on a
ôté aux cérémonies leur objet propre , qui est de sanctifier
la nature visible en la faisant servir à signifier expressément
les mystères du monde invisible , il est facile de concevoir
comment le Clergé, privé d'ailleurs de l'élément poétique
de l'ancienne Liturgie , peut en venir à l'indifférence sur l'art
dans ses rapports avec le culte. C'est la raison inverse de ce
qui arrivait au moyenûge, alors que le Catholicisme spiri-
tualisait la nature matérielle , comme il divinisait la science
par le contact de la théologie, et sanctifiait le gouvernement
de la société par les conséquences de la royauté du Christ.
Nous pourrions étendre beaucoup ces considérations ;
mais l'occasion se présentera d'y revenir. Maintenant , nous
allons recueillir quelques jugements contemporains sur
les nouvelles Liturgies Françaises , et montrer que les
illustres Prélats , Languel, de Saint -Albin, de Belzunce,
LITURGIQUES. 443
de Fumel etc. , ne furent pas les seuls , au dix-huitième
siècle, à réclamer en faveur des traditions et à juger avec
sévérité l'œuvre des réformate uis.
Le premier que nous avons à produire est , le croirait-on ?
Foinard lui-même : il sera d'autant moins suspect. Dans son
Projet d'un nouveau Bréviaire , ayant à s'expliquer sur les
nouveaux essais liturgiques tentés avant 1720, il les flétrit
par ces observations qui ne s'appliquent pas moins aux Bré-
viaires des années suivantes.
« 11 ne paraît pas , dit-il , que ce soit l'onction qui domine
» dans les nouveaux Bréviaires. On y a, à la vérité, travaillé
* beaucoup pour l'esprit, mais il semble qu'on n'y a pas au-
tant travaillé pour le cœur (1). » Plus loin, il ajoute ces
paroles remarquables : « Ne pourrait-on pas dire que l'on a
» fait la plupart des Antiennes dans les nouveaux Bréviaires,
> seulement pour être lues des yeux par curiosité et hors
% l'Office (2)?»
Ecoutons maintenant l'Abbé Robinet, auteur des Bréviaires
de Rouen, du Mans, Carcassonne etCahors. Voici un aveu
qui n'est pas sans prix : « Ceux qui ont composé le Bréviaire
» Romain , dit-il , ont mieux connu qu'on ne fait de nos jours
île goût de la prière et les paroles qui y conviennent (3). »
Le témoignage qui vient après celui de Robinet, dans
l'ordre des temps, est celui de Collet, dans son Traité de
l'Office divin, dont la première édition est de 1763. Parlant
de certains Ecclésiastiques qui se faisaient autoriser par leurs
Evêques à dire d'autres Bréviaires que celui qu'on suivait
(1) Foinard. Projet d'un nouveau Bréviaire, page 64.
(2) Page 93.
(3). Robinet. Lettre d'un Ecclésiastique à un Curé sur le plan d'un
nouveau Bréviaire, page 2.
444 INSTITUTIONS
dans leur Diocèse, sous le prétexte que les nouveaux Bré-
viaires étaient mieux faits, il montre la futilité de ces sortes
de caprices : < L'Ecriture, dit-il, les Psaumes, la plupart des
> Homélies, sont les mêmes dans tous les Bréviaires. Si, pour
» nourrir sa dévotion , on a besoin des Légendes , ou de
» quelques autres semblables morceaux d'un Bréviaire étran-
> ger, on peut s'en faire une lecture spirituelle. Mais combien
• d'Antiennes paraissent la plus belle chose du monde, quand
» elles sont détachées ; et la plus pitoyable , quand on les rap-
» proche de la source (1) ! »
Plus loin, il ajoute ces paroles pleines de sens et de fran-
chise : t Un jeune Prêtre dira tout haut qu'il récite avec plus
> de piété le Bréviaire de Paris que celui de son Diocèse :
> mais il dira tout bas que celui de son Diocèse est beaucoup
>plus long que celui de Paris, et que, quoiqu'on ne chan-
> geât ni Versets , ni Bépons , il retournerait au sien , si on le
> rendait beaucoup plus court que celui où il trouve tant de
• matière à sa dévotion. Après tout, et nous l'avons déjà
»dit, la vraie piété ne méconnaît point l'ordre. Une pensée
» commune lui sert d'aliment : moins elle frappe l'esprit, plus
» elle touche le cœur. Les Antiennes de l'Office de saint
» Martin ne sont , je crois , tirées que de Sulpice Sévère. En
» est-il une seule qui ne puisse servir de méditation pendant
»une année? Quelle force de sentiment dans ces paroles :
» Oculis ac manibus in cœlum semper intentus, invictum ab
*oratione spiritum non relaxabat.... Domine, si adhuc populo
*tuo sum necessarius , non recuso laborem 0 viruminef-
tfabilem, nec labore victum , nec morte vincendum; qui nec
>mori timuit, nec vivere recusavit, etc. (2). »
(1) Collet. Traité de l'Office divin, page 92.
(2) Ibidem, page 106,
LITURGIQUES. 445
VAmi de la Religion, dans son vingt-sixième tome déjà
cité par nous plusieurs fois, et la Biographie universelle,
mentionnent un Doyen du Chapitre de la Cathédrale de Mon-
tauban , nommé Bertrand de la Tour, homme fort attaché
au Saint Siège et zélé pour le bien de V Eglise (1) , qui lors de
la publication du Bréviaire de Montauban par l'Evêque Anne-
François de Breteuil, en 1772, attaqua l'innovation liturgique
et publia, sur les nouveaux Bréviaires, un recueil en XXI
articles , formant en tout 397 pages in-4°. L'auteur y traite
spécialement des Bréviaires de Paris, de Montauban et de Ca-
hors (2). Nos recherches pour nous procurer ce recueil ont
été jusqu'ici infructueuses ; nous nous bornerons donc à in-
sérer ici le jugement de VAmi de la Religion, qui nous dit
que l'Abbé de la Tour n'est pas généralement favorable aux
nouveaux Bréviaires , et regrette qu'on s'écarte de la simpli-
cité du Romain (3).
Nous n'avons pas d'autres témoignages d'auteurs français
du dix-huitième siècle à produire contre les nouveautés dont
nous faisons l'histoire; mais ces quelques lignes prouveront
du moins que la révolution ne s'accomplit pas sans récla-
mations de la part de plusieurs personnes zélées qui unirent
leurs voix à celles des illustres Prélats dont nous venons de
rappeler les noms. Les aveux de Foinard et de Robinet ne
aissent pas non plus d'avoir leur mérite. Si , d'un autre côté,
îous voulons rechercher quels jugements on porta, dans les
)ays étrangers, sur les graves changements que le dix-
mitième siècle vit s'introduire dans le culte divin , chez les
(1) L'Ami de la Religion. Tome XXVI. Sur la réimpression du Bré-
viaire de Paris, page 294.
(2) Où se rappelle que le Bréviaire de Cahors est celui de Robinet ,
uivi aussi a Carcassonne et au Mans.
(3) L'Ami de la Religion. Ibidem.
446 INSTITUTIONS
Français , nous avons peine à rassembler quelques témoi-
gnages exprimant ce jugement. La raison en est claire ; d'a-
bord, parce que les étrangers ne sont pas obligés d'être au fait
de toutes les fantaisies qui nous passent dans l'esprit ; ensuite,
parce que, entendant parler d'usages liturgiques particuliers
à la France, et n'ayant, la plupart, jamais eu entre les
mains les nouveaux Livres, ils s'imaginent, ainsi que nous
avons été à portée de le voir nous-même chez plusieurs per-
sonnes d'un haut mérite , et à Rome même, que ces usages
sont, non seulement antérieurs à laBullede saint Pie V, mais
remontent à l'antiquité la plus reculée. Néanmoins, nous
sommes en mesure de produire l'avis de trois savants étran-
gers, deux Italiens et un Espagnol.
Le premier est l'immortel Lambertini, depuis Pape sous
le nom de Benoît XIV. Dans son grand ouvrage de la Cano-
nisation des Saints (1), il juge lçs nouveaux Bréviaires sous
le rapport de la compétence des Evoques qui les ont pro-
mulgués, et reprend sévèrement Percin de Monlgaillard,
Evêque de Saint-Pons, Grancolas et Pontas, d'avoir soutenu
d'une manière absolue qu'il est au pouvoir des Evoques de
changer et de réformer le Bréviaire, sans distinction des
Diocèses où le Bréviaire Romain a été suivi et de ceux dans
lesquels la Bulle de saint Pie V n'a point été reçue. Cette
question ayant rapport principalement au Droit de la Litur-
gie, nous réservons l'explication et le développement de
ce passage de Benoît XIV, pour la partie de notre ouvrage
où nous devons traiter spécialement cette matière.
Catalani , dans son savant Commentaire du Pontifical Ro-
main, publié en 1756 , s'exprime avec une sévérité que nous
(1) De Servorum Dei Beatificatione et Éealorum Canonizatioae.
Lib. IV. pari. II. cap. XIII.
LITURGIQUES. 447
ne saurions traduire , au sujet des Evêques qui eurent le
malheur de donner leur confiance à des hérétiques , pour
rédiger le Bréviaire de leurs Eglises : <r Jam prœsertim pro
» auctoritate Breviarii Romani plura possent afferri testimo-
* nia quibus abunde ostendi posset, quanta fuerit nuper quo~
trumdam Episcoporum insignis audacia atque insolentia,
j> dum illud, inconsulto Romano Pontifice , non modo immu-
» tarunt, sed et fœdarunt , hœreticisque ansam dederunt cons-
>tabiliendi suas pravas sententias (1). »
Enfin, l'illustre Jésuite Espagnol , Faustin Arevalo, dans
a curieuse dissertation de Hijmnis Ecclesiasticis qu'il a placée
m tête de son Hymnodia Hispanica, après avoir rapporté
a doctrine de Benoît XIV sur le droit des Evêques en matière
le Liturgie, ajoute : « J'ai feuilleté plusieurs de ces nouveaux
Bréviaires Français, et j'y ai trouvé beaucoup de choses
qui m'ont semblé dignes d'approbation et de louanges ; ce-
pendant, ces choses ne m'ont point fait prendre en dégoût
le Bréviaire Romain ; j'ai même commencé à l'en estimer
davantage, depuis que j'ai parcouru plusieurs de ces di-
vers Bréviaires , et je ne sais comment il se fait que les
parties les plus excellentes dans ces derniers sont tirées du
Bréviaire Romain lui-même , ou composées sur son mo-
dèle (2). v
Le langage d'Àrevaîo est un peu moins doux sur le§
(î) Catalan!. Commentarius in Pontificale Romanum. Tom. I. p. 189.
(2) INoimulla ego istinsmodi Breviaria pervolutavï, ac muîta reperi
i eis, quœ approbatione , et laude digna mini visa sunt ; non idcirco
men Breviarii Romani me taedet , imo pluris hoc liabere cœpi , ex
Ijia diversa alia perlegi, ac nescio quo pacto partes illse , quse in ceteris
>tissimum eminent , aut ex Breviario Romano cTesumptae sunt , aut
Mîjus siffiilitudinem efîicîae. Jrevalo , Hymnodia ffispan. pag. 211.
assert, de ffymnis Ecoles. § XXXI I.
448 INSTITUTIONS
nouveaux Bréviaires , dans cette critique des Hymnes de San-
teul que nous avons placée à la fin du présent volume. « Il a
> paru en France, dit-il, dans le cours de ce siècle, tant de nou-
> veaux Bréviaires, et on indique dans le Mercure de France,
> dans le Journal de Dinouart et dans la Bibllotheca Ritualis
>de Zaccaria, un si grand nombre d'opuscules et de disser-
tations sur des Offices particuliers, des formes d'Heures
> Canoniales , des Litanies et des Hymnes récentes à la Vierge,
• qu'on serait tenté de craindre qu'en France, de même que
> les femmes inventent sans cesse de nouvelles modes pour
> leurs habits , ainsi les Prêtres inventent chaque année de
» nouveaux Bréviaires qui leur plaisent par le seul attrait de
» la nouveauté »
Mais il est temps de mettre fin à ce chapitre par les con-
clusions suivantes :
1° Tel fut donc le bouleversement des idées au dix-hui-
tième siècle , qu'on vit des Prélats combattre les hérétiques,
et en même temps, par un zèle inexplicable, porter atteinte
à la Tradition dans les prières sacrées du Missel ; confesser
que l'Eglise a une voix qui lui est propre , et faire taire cette
voix pour donner la parole à quelque Docteur sans autorité.
2° Telle fut la naïve outrecuidance des nouveaux litur-
gistes, qu'ils ne se proposèrent rien moins, et ils en conve-
naient, que de ramener l'Eglise de leur temps au véritable
esprit de la prière ; que de purger la Liturgie des choses
peu châtiées, peu exactes, peu mesurées, plates , difficiles à
prendre dans un bon sens, que l'Eglise, dans les pieux mou'
vements de son inspiration , avait malencontreusement fabri-
quées, ou adoptées (1).
(1) Tôt nova Bfeviaria hoc seculo in Gallia prodierunt, tôt opuscula,
et dissertationes de Officiis singularibus , de Precibus Horariis uni"
LIÏUÏIG1QUES. 449
5° Telle fut, par le plus juste de tous les jugements, la
barbarie dans laquelle tombèrent les Français sur les choses
du culte divin , l'harmonie liturgique étant détruite , que la
Musique, la Peinture, la Sculpture, PArchitecture, qui sont
les arts tributaires de la Liturgie, la suivirent dans une déca-
dence qui n'a fait que s'accroître avec les années.
4° Telle fut la situation fausse dans laquelle les novateurs
placèrent la Liturgie en France, qu'on les entendit eux-
mêmes rendre témoignage contre leur œuvre, et s'unir aux
partisans de l'antiquité qui regrettaient la perte des Livres
Grégoriens.
verse, de Lîtaniis, Hyranisque recentibusDeiparae, ia Mercurîo Gallico,
in Diario Dinouartii , ia Bibliothecâ Rituali Zacfaariœ indicantur, ut
possit aliquis subvereri ne in Gailiis , ut feminae novas vestium formas ,
ita Sacerdotes , nova Breviaria quotannis inveniant , in quibus vel sola
novitas placeat.
T. II.
29
450 INSTITUTIONS
CHAPITRE XXI.
SUITE DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE, DURANT LA PREMIÈRE
MOITIÉ DU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — AFFAIRE DE LA LÉGENDE
DE SAINT GRÉGOIRE VII.
Nous plaçons ici un épisode liturgique du plus haut intérêt
pour l'histoire que nous écrivons. L'affaire de la Légende de
saint Grégoire VII est tout aussi ignorée aujourd'hui que la
plupart des faits qu'on a lus dans les précédents chapitres,
et nous ne donnerions au lecteur qu'une connaissance im-
parfaite du siècle que nous avons à faire connaître sous le
rapport liturgique, si nous passions sous silence un fait d'une
si haute portée. Cet épisode étant d'une dimension considé-
rable , nous l'avons entièrement détaché du récit principal,
qu'il eût entravé d'une manière gênante; nous ne doutons
pas cependant que la grande scène que nous allons dérouler
n'intéresse ceux qui auront eu le courage de nous suivre
jusqu'ici.
Un des noms les plus glorieux de l'histoire est sans contre-
dit aujourd'hui le nom du grand Pontife saint Grégoire VII.
Une justice tardive, mais éclatante, a été rendue à ce héros
de l'Eglise et de l'humanité , et l'on peut même dire que sa
gloire croît encore tous les jours. Pour aider à mettre dans
toute son évidence ce phénomène providentiel , nous avons
voulu , dans le présent chapitre , raconter une faible par-
tie des outrages que ce grand homme, que cet admirable
Saint a essuyés , non de la part des Protestants et des phi*
îosophes du dernier siècle (ceci serait moins instructif) , mais
LITURGIQUES. 451
de la part de plusieurs qui , prétendant appartenir toujours
à l'Eglise Romaine , n'ont pas craint de récuser, comme inté-
ressé, l'auguste jugement par lequel elle inscrivait au rang
des Saints et proposait à la vénération universelle , ce Pon-
tife véritablement Apostolique. Il est bon que certains faits
caractéristiques d'une époque, et propres à montrer en ac-
tion certains principes , soient impartialement enregistrés et
publiés, dans la crainte que ces mêmes faits, venant à se
perdre, les leçons importantes qu'on en peut tirer ne soient
en même temps perdues. Que si quelque défaveur devait ,
de nos jours encore, poursuivre celui qui ose plaider une
pareille cause; nous l'acceptons d'office, tout indigne que
nous en sommes, et nous nous levons sans crainte pour ven-
ger celui qui , avec son auguste prédécesseur saint Gré-
goire Ior, est et demeurera le plus grand des Papes que
l'Ordre Bénédictin ait fournis à l'Eglise (1).
Nous ne donnerons point ici l'histoire de saint Grégoire VII.
Elle est écrite partout ; dans ses admirables lettres conservées
fem si grand nombre par les soins d'une Providence toute
(1) Nous oserons dire ici quelque chose des motifs personnels qui
ous obligent à défendre et a honorer la mémoire de saint Grégoire VII.
i nos lecteurs se souviennent que ce grand Pontife , Moine de Saint-
ierre-de-Cluny, est une des gloires delà France Bénédictine , et
■ l'avant de monter sur la Chaire de saint Pierre, il occupa le siège
Ibbatial de l'insigne Monastère de Saint-Paul extra mœnia Urbis, ils
I /«prendront la nature des sentiments que nous dûmes éprouver lors-
Ii'en 1837 , appelé , malgré notre indignité , par le Souverain Pontife
l'égoire XVI , successeur de Grégoire VII et enfant de saint Benoît ,
^recueillir la succession des Abbés de Cluny , nous émettions notre
Ipfesftion solennelle entre les mains de l'Abbé de Saint-Paul, suc-
[jiseur, lui aussi, de l'héroïque Hildebrand, Puisse le glorieux Pon-
Iî, devenu si particulièrement notre père , allumer dans notre faible
i(ur quelques étincelles de son ardent amour pour l'Eglise de Jésus-
"ist , et nous donner quelque part a cette complète abnégation ave*
belle il la servit toujours !
452 INSTITUTIONS
particulière ; dans ses œuvres généreuses qui ont sauvé l'E-
glise, et sur lesquelles elle s'appuie encore aujourd'hui ; dans
les récils pleins d'admiration et, certes, aussi de désintéres-
sement que lui consacrent aujourd'hui tant d'écrivains non
suspects. Tout le monde la sait aujourd'hui cette histoire.
Nous nous proposons donc seulement ici de traiter la question
liturgique de saint Grégoire VII, c'est-à-dire, le culte dé-
cerné par l'Eglise à cet illustre Pontife, et les divers inci-
dents qui se sont rencontrés dans son établissement et dans
son progrès.
L'idée de la haute sainteté de Grégoire VII était déjà ré-
pandue de son vivant , et ne fit que s'accroître après sa mort.
En vain les schismatiques fauteurs de l'Empereur Henri IV,
ayant à leur tête le fougueux Bennon, Archi-Prêlre Cardinal
de F Anti-Pape Guibert, s'efforcèrent de llétrir sa mémoire :
en vain , pour expliquer la supériorité de son génie , ils l'ac-
cusèrent d'avoir commerce avec Satan, au point, disaient-
ils , que lorsqu'il agitait ses manches, des étincelles de feu en
tombaient avec abondance; en vain, ils le traitèrent de faux
Prophète et l'accusèrent de n'avoir point assez ménagé l'Em-
pereur ; le silence qu'ils gardent sur ses mœurs n'en atteste
que plus énergiquemsnt, suivant la remarque de Fleury lui-
même (1) , l'intégrité morale du saint Pape et la haute estime
qu'on faisait de sa vertu.
Du reste , le témoignage des hommes pieux qui l'avaient
connu ne manqua point à sa défense. Le courageux saint
Anselme de Lucques, son ami fidèle, vengea sa mémoire
dans le livre qu'il a dirigé contre FAnti-Pape Guibert (2).
(1) Hist. Ecclés. Livre 63. XXVI.
(2) Roccaberti. Bibliotheca Pontificia. Tom. IV. — Margaiïn de la
Bigae. Bibliolheça maxioia Patrum. Tom, XVIII.
LITURGIQUES. 455
Saint Pierre Damien, qtri Ta vait connu durant de longues
années , le qualifie un homme très pur et très saint dans ses
conseils (1). Saint Alphane , Archevêque de Saïerne, dans une
Ode remplie de la plus maie poésie , le compare aux saints
Apôtres (2). Le B. Victor III qui, après avoir professé comme
lui la Règle de saint Benoît , fut son successeur sur la Chaire
de saint Pierre, atteste qu'# illustra l'Eglise du Christ autant
par ses exemples que par ses vertus (3). Saint Anselme, Ar-
chevêque de Cantorbéry; saint Gébchard, Archevêque de
Saltzbourg , et un autre saint Gébehard , Evêque de Cons-
tance, tous personnages contemporains, s'unissent à ceux
que nous venons de nommer avec un accord admirable ; en
sorte que Ton trouverait difficilement un Saint dont la sain-
teté soît attestée par un si grand nombre de Saints contem-
porains (4). Il semble que la sagesse divine, prévoyant les
outrages dont il devait être l'objet, se soit plue à entourer
son nom des plus augustes témoignages , préparant ainsi à
l'avance la meilleure de toutes les réponses aux blasphèmes
qui devaient plus tard être proférés.
Consultons maintenant les historiens contemporains de
Grégoire VII , et recueillons les expressions par lesquelles ils
terminent le récit de ses travaux et de ses tribulations. Le
premier que nous citerons est Paul , Chanoine de Bernried,
qui écrivit, vers 1131 , la vie du saint Pape. « Ainsi, dit-il,
* rempli delà grâce septiforme, l'esprit du septième. Gré-
(1) Sanctissimi ac purissimi consilii virum. S.PetriDamian. Epist.7.
lib. I.
(2) Nous donnons a la fin du présent chapitre (note A ) cette pièce
peu connue, et remarquable comme toutes les poésies de saint Alphane,
par une élégance et une richesse de style surprenantes,.
(3) Verbis simul et exemplis illustrasse. Mabillon. Àcta SS. Ord,
S. Benedidi. Sœc. 4. part. 2.
(4) Vid. Papebroch. Acta SS. Maii. die XXV.
454 INSTITUTIONS
>goire qui avait repris le monde et ses Princes sur le pé-
>ché, l'injustice et le jugement, fortifié de la nourriture
i divine qu'il venait de recevoir, s'élançant dans la voie cé-
» leste, et porté , comme Elie, sur le char de feu à cause de
>son zèle pour les intérêts divins, dans le jour même consa-
cré à la mémoire d'Urbain, son prédécesseur, augmenta
* d'une manière excellente l'allégresse de ce saint Pontife et
» celle de tous les Bienheureux qui , avec le Christ, se ré-
jouissent dans la gloire du ciel ; en même temps qu'il laissait
» abîmée, dans une douleur profonde, l'Eglise qui poursuit
>sur la terre son pèlerinage (1). »
« A la mort de Grégoire , dit Bertold , également contem-
porain , dans sa Chronique, les fidèles des deux sexes
^ furent dans le deuil, mais principalement les pauvres ; car
til était le très zélé Docteur de la religion Catholique , et le
» défenseur le plus intrépide do la liberté ecclésiastique. Il ne
» voulut pas que l'ordre du Clergé restât avili aux mains des
* laïques, mais qu'il occupât, au contraire, le premier rang,
» par la sainteté des mœurs comme par sa dignité sacrée (2). »
(1) Itaque septiformi gratia plenus septimi Gregorii spiritus , qui
mundum et principes ejus arguebat de peccato et de injustitia et de
judicio, in fortitudine cœlestis cibi nuper accepti cœlestem viam arri-
piens , meritoque divini zeli , velut igneo curru , instar Eliae subvectus,
Urbani praedecessoris sui, cujus ea die festivitas exstitit, omniumque
beatorum lœtitiam in cœlesti gloria cum Christo gaudentium excel-
lenter ampliavit; in terris vero peregrinantem ecclesiam discessu suo
non parvo mœrore consternavit. Pauli Bernrieden. S. Gregorii VII
vita. Cap. XII. 102.
(2) De cujus obitu omnes religiosi utriusque sexus , et maxime pau-
peres , doluerunt : erat enim Catholicae religioois ferventissimus insti-
tutor, et Ecclesiasticae libertatis strenuissimus defe,nsor. Roluit sane
ut Ecclesiasticus ordo manibus laïcorum subjaceret, sed eisdecn et
morum sanctitate , et ordinis dignitate praeemineret. Bertholdi Chro-
me, ad annum 1085.
LITURGIQUES. 455
«Cependant, dit le poète Domnizone , témoin de l'événé-
> ment , des cris de douleur se font entendre ; ils sont causés
«par le trépas du Pontife Grégoire, que le Seigneur Christ
» vient d'enlever aux cieux, sept jours avant la fin de Mai.
ïLes Moines le pleurent, parce qu'il était Moine lui-même;
» les Clercs sont dans les larmes, et plongés dans le deuil sont
» aussi les Laïques dont la foi est pure de tout contact avec
*les schismaliques (1). »
Hugues de Flavigny, dans sa précieuse Chronique, termine
ainsi l'histoire de noire grand Pontife, qui l'avait honoré de
son amitié : «Ainsi, Martyr et Confesseur, l'an de l'Incar-
» nation du Seigneur mil quatre-vingt-cinq , il rendit son âme
]>au Créateur (2). »
' Tel apparaît le jugement des contemporains de Grégoire
dans les diverses relations qu'ils nous ont laissées de sa vie
et de ses actes. Il est clair, d'après cela, que la vénération
publique ne devait pas tarder à se manifester envers lui , et
à préparer les bases de ce culte immémorial que plus tard le
Siège Apostolique devait reconnaître et sanctionner.
Au reste , les prodiges qui, plus d'une fois pendant sa vie,
avaient rehaussé la grandeur de ses actions, éclataient encore
à son tombeau. Paul de Bernried les rapporte avec toute
(1) Interea planctus de prsesule nascitur altus
Gregorîo, gestat Dominus quem Christus ad œtkra,
Ante dies septem Madii quam finis adsset.
Hune Monachi défient , Monachus quia noscitur esse ,
Hune clerici flebant , valde laïcique doîebant ,
Pura iides quorum procul est a schismaticorum.
Domnizon. Vita Mathildis.
(2) Sic spiritum Creatori tradens, anno ab Incarnatione Domini
1LXXXV obiit, martyr et confessor. Chronicon Firdunense Hugonis
laviniacensis, in Biblioth, nova MSS Labbei. Tom. I.
456 INSTITUTIONS
l'autorité et aussi la simplicité d'un témoin oculaire (1).
Lambert de Schafnabourg, qui ne conduit sa Chronique que
jusqu'à la quatrième année de Grégoire, atteste l'existence
de faits miraculeux qui servaient, dit-il, puissamment à
confondre les ennemis du saint Pontife (2). Orderic Vital,
dans son Histoire Ecclésiastique, parle, comme d'un fait
avéré, de la guérison de plusieurs lépreux au moyen de
l'eau qui avait touché le corps de Grégoire (3). Enfin, on
peut voir sur cet article la discussion assez brève , mais lu-
mineuse, de Benoît XIV , en son Traité de la Canonisation
des Saints (4).
Mais croirait-on que des écrivains Catholiques aient pu se
rencontrer, dans ce siècle même, qui ont tiré scandale des
épreuves par lesquelles la divine justice purifia l'âme de son
serviteur, et dont la foi vacillante n'a pas vu toute la portée
de ces adversités précieuses qui, en sauvant la sainte cause
de la liberté de l'Eglise, assuraient au Pontife expirant la
récompense et la gloire des Martyrs. J'ai aimé la justice et
j'ai haï l'iniquité ; c'est pourquoi je meurs dans l'exil! disait
Grégoire sur son lit de mort. Mais le Sauveur lui-même, qui
avait passé en faisant le bien, et guérissant toute langueur
et toute infirmité, ne s'est-il pas senti abandonné de son
Père , au point qu'il criait : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi
m'avez-vous délaissé ? Cependant ses ennemis , témoins de
(1) Vita Gregorii VII. Cap. 1. 2. 3. 13.
(2) Signa etiaoi et prodigia, quae per orationes Papœ frequentius
fiebant, et zelus ejus ferventissimus pro Deo et pro Ecclesiasticis legi-
bus, satis eum contra venenatas detraciorum linguas communiebant.
Jd annum 1077. Scriptores rerum Germanicarum. Tom. I.
(3) Leprosi de aqua , unde corpus ejus ablutum fuerat, petierunt,
quaconsecuta fideliter loti sunt, etopitulanto Deo, protinus mundati
sunt. Part. 2. Lib. VIII. pag. 677.
(4) Lib. I. Cap, XLI. §. X. 16.
LITURGIQUES. 457
son agonie , disaient en branlant la tête : S'il est le Fils de
Dieu , qu'il descende de la Croix. Ils croyaient peut-être que
le salut du monde pouvait s'opérer sans l'immolation de la
Victime. Ceux dont nous parlons ne savaient pas non plus
apparemment que la liberté ecclésiastique ne pouvait être
i sauvée sans qu'il en coûtât la vie et l'honneur de son défen-
seur. Grégoire devait succomber pour le salut de plusieurs;
son nom devait donc être maudit; car le disciple n'est point
au-dessus du maître (1).
Qu'on ne nous dise donc plus : La cause de Grégoire VII
n'était pas celle de Dieu ; car ses entreprises hardies ne re-
çurent point la consécration du succès. Nous , nous répon-
drons par ces paroles du grand Baronius, qui terminent le
récit de la mort sublime de notre héros : « Ainsi , c'est par
i des persécutions sans fin, des angoisses de tout genre, sou-
!J > vent même par le meurtre de ses Prêtres, que l'Eglise reçoit
i j> une heureuse paix , que la liberté ecclésiastique s'acquiert
3» et se consolide, que le salut des âmes est opéré. Ainsi, le
! » Christ a instruit ses Pontifes à combattre et à vaincre, lui
I > dont les souffrances et les infirmités font la force et le cou-
1 » rage des fidèles , lui dont la mort est leur vie. Je me trompe,
j » ou l'expérience des siècles a démontré jusqu'au temps pré-
i » sent que c'est aux travaux de Grégoire qu'il faut rappor-
1 » ter et les investitures des Eglises arrachées aux mains des
i Princes, et la libre élection des Pontifes Romains restituée,
» et la discipline ecclésiastique relevée de ses ruines , et tant
» d'autres avantages innombrables assurés à l'Eglise (2). »
(1) Matth. X. 24,
(2) Ita plane persecutionibus indesinentibus , diversi generis aerum-
nis atque saepe cœdibus sacerdotum multo felicius paritur Ecclesiae
pax, libertas acquiritur atque confirmatur Ecclesiastica , et salus quae-
ritur animarum. Sic sacerdotes suos puguare et vincere Christus do-
cuit, cujus passionibus et infirmitatibus robur ac fortitudo, ac morte
458 INSTITUTIONS
Oui, certes, Grégoire a été vaincu suivant la chair; comme
le Fils de PHomme, il 's'est vu n'ayant pas où reposer
sa tête ; il s'est éteint dans l'humiliation , tellement que les
hommes l'ont réputé frappé de la main de Dieu (I) ; mais pour
lui aussi, la mort, d'abord victorieuse, est demeurée ense-
velie dans son triomphe. Son nom, sa gloire, ses mérites ont
inspiré, ont soutenu dans la défense laborieuse des libertés
ecclésiastiques, non seulement l'incomparable Thomas de
Cantorbéry, dans sa lutte contre un Hoi d'Angleterre, mais
tant d'illustres Papes qui ont su se poser comme un rem-
part pour la maison d'Israël ; Pascal II contre l'Empereur
Henri V; Innocent IV contre Frédéric II ; Bonifaee VIII contre
Philippe-le-Bel ; Grégoire XIII , Sixte-Quint, Grégoire XIV et
Clément VIII , contre Henri de Bourbon ; Innocent XI contre
Louis XIV ; Clément XIII contre les Cours de Madrid, de Lis-
bonne , de Naples , de Parme ; Pie VII contre Napoléon ;
Grégoire XVI contre Frédéric-Guillaume.
Nous venons d'entendre le témoignage des historiens con-
temporains , sur l'opinion de sainteté qui environnait Gré-
goire VII durant sa vie, et après sa mort; suivons maintenant
à travers les siècles les différentes manifestations de cette
persuasion qui, plus tard, devaient motiver le jugement in-
faillible du Saint Siège.
Soixante ans s'étaient à peine écoulés depuis le jour où le
glorieux athlète de l'Eglise expirait dans l'exil , que déjà un
denique vita est fidelibus comparata. Mentiar nisi ista jam experimento
rerum praesentium monstrari possint , per Gregorium nempe vindica-
tas e manibus principum Ecclesiarum investituras , libéra m electionem
Romaooruin Pontificum post liminio restitutam, disciplinant Ecclesias-
ticam collapsam penitus reparatam, et alia immunera bona parta.
Ad annum 1085. n° 13.
(1) Isaias. LUI.
LITURGIQUES. 459
de ses successeurs qui a laissé une mémoire vénérable, Anas-
tase IV, plaçait son image parmi celles des Saints , sur la
mosaïque de la Chapelle de Saint-Nicolas, au palais Patriachal
de Latran (1). Le corps de Grégoire avait été enseveli parles
soins de Robert Guiscart , ou de Roger, son fiîs (2) , dans un
tombeau de marbre, et placé dans la Cathédrale de Salerne,
déjà célèbre comme possédant les reliques de l'Apôtre et
Evangéliste saint Matthieu. Orderic Vital, historien du on-
zième siècle, que nous avons cité plus haut, parle de l'affluence
des pèlerins au tombeau du saint Pape , et des grâces de
santé que l'on y recevait (3). Une Chronique, rédigée par
dre de Cencius Savelli, Camérier Apostolique, qui fut Pape
en 1226 , sous le nom d'Honorius III , atteste pour son temps
la continuation du culte de saint Grégoire VII et des prodiges
opérés par son intercession (A) ; et lorsque , vers la fin du
ême siècle , Jean de Procida dota et fit décorer avec ma-
gnificence la Chapelle dite de Saint-Michel , dans la Cathé-
Irale de Salerne, il est naturel de penser, avec Papebrok,
ju'il avait en vue de manifester sa dévotion envers le Pontife
mi reposait dans cette même Chapelle, où il était l'objet du
ïulte des peuples attirés par le bruit des merveilles qui s'y
>pér aient (5).
ILe corps de saint Grégoire VII continuait toujours d'être
objet de la vénération des habitants de Salerne, sans pour-
(1) Papebrok. Acta SS. Maii. Tom. VI. Conatus histor. de Rom. Pont,
art. I. Appendix. pag. 208. Bened. XIV. de Canonizat. Lib. I. cap. 41.
(2) Papebrok. Ibidem.
(3) Meritis ejus, fidei petentium miraculorum copia divinitus ostensa
st. Hist. Ecclesiast. Part. 2. Lib. 8. Ibid.
(4) Ad cujus utique corpus, in B. Matthœi Basilica honorificetumu-
tum , mirabilis Deus multa miracula operarî digaatus est. Ex Libro
TSS censuali Centii Camerar. in Gregorium VII. ad finem.
(5) Papebrok. Ibidem.
460 INSTITUTIONS
tant que cette vénération se répandît beaucoup au dehors de
la province du Royaume de Naples où est située cette ville,-,
lorsqu'en 1574, le Cardinal Marc-Antoine Marsile Colonna
monta sur le siège qu'avait occupé saint Alphane , l'ami de
notre saint Pontife. La Providence avait dessein de se servir
de lui pour accroître encore le culte jusque-là décerné au
serviteur de Dieu, et pour en préparer les développements.
Le Prélat fit l'ouverture du tombeau, et il y trouva les pré-
cieux restes du saint Pontife conservés presque en entier,
avec les ornements Pontificaux dont on l'avait revêtu lors de
sa sépulture. C'est ce qu'il atteste par une inscription qui se
lit encore dans la Cathédrale de Salerne , et qui est conçue
en ces termes :
Gregorio VII Soanensi P. 0. M. Ecclesiasticœ libertatis
vindici acerrimo t assertori constantissimo : qui dum Rom.
Pontificis auctoritatcm , adversus Henrici perfidiam strenue
tuetur, Salemi sancte decubuit , anno Domini M LXXXV,
V1I1 Kal. Junii. Marcus Antonius Columna Marsilius, Bo-
noniensis , Archiepiscopus Salernitanus , cum illius corpus,
post quingentos circiter annos , sacris amictum et fere inte-
grum reperisset , ne tanti Pontificis sepulchrum memoria
diutius careret. Gregorio X1I1 Bononiense sedente. Anno
Domini M D LXXV1I1. Pridie Kalendas Quintilis (1).
Le pieux Cardinal mourut en 1585 , et n'eut pas la conso-
lation de voir consommée l'œuvre de la Canonisation du saint
Pontife. Elle eut lieu deux ans après , par l'autorité de Gré-
goire XIII, qui inséra le nom de Grégoire VII au Martyrologe
Romain, avec cet éloge : Salemi, Depositio B. Gregorii Papcv
septimi qui Alexandro secundo succedens , Ecclesiasticam Li-
(1) Ciacconi. Vit» et res gestae Pontificum Romanorum. Tom. /.
page 853.
LITURGIQUES. 461
bertatem a superbia principum suo tempore vindicavit, et
viriliter Pontificia auctoritate défendit.
Cette sorte de Canonisation , sans procès préalable , est
distincte de la Canonisation appelée formelle, et est désignée
sous le nom (TEquipollente. Elle a lieu lorsque le Souverain
Pontife décerne le culte public à un personnage déjà en pos-
session d'honneurs religieux que lui rend la piété des fidèles,
en même temps que l'héroïsme de ses vertus et la vérité de
ses œuvres miraculeuses sont certifiés par le témoignage
d'historiens dignes de foi. Cette Canonisation a la même au-
torité que la Canonisation formelle, et outre que le culte de
presque tous les Saints qui ont vécu dans l'Eglise avant l'insti-
tution des procédures aujourd'hui en usage, ne repose que
sur un jugement du même genre ; il est un grand nombre de
Saints parmi ceux qui ont fleuri dans l'Eglise, depuis que le
Siège Apostolique s'est réservé les causes de Canonisation ,
qui n'ont cependant été inscrits au Catalogue des Saints que
de cette manière equipollente ; tels sont , par exemple , saint
Romuald, saint Norbert , saint Bruno, saint Pierre Nolasque,
saint Raymond Nonnat, saint Ferdinand III, saint Jean de
Matha , sainte Marguerite d'Ecosse , saint Etienne de Hon-
grie, etc. L'ignorance des règles de l'Eglise Romaine a donc
pu seule faire dire à certains auteurs Jansénistes, et non Jan-
sénistes, que saint Grégoire VII était honoré par l'Eglise,
sans avoir été canonisé , puisque l'on en devrait dire autant
des illustres Saints que nous venons de nommer : conséquence
à laquelle , sans doute , ces auteurs se refuseraient.
Quant à ce que l'on a prétendu , que Grégoire XIII avait
voulu diriger l'effet de cette Canonisation contre Henri
de Bourbon , qui poursuivait alors la couronne de France ,
recommandant ainsi la mémoire d'un Pontife qui avait foulé
sous ses pieds un autre Henri , aussi Quatrième du nom; il
462 INSTITUTIONS
semble qu'il n'est pas besoin de recourir à cette explication.
La translation du corps de saint Grégoire VII, par l'Arche-
vêque de Salerne, dans un moment où Grégoire XIII s'occu-
pait de l'édition du Martyrologe, était suffisante, avec la
possession du culte antérieur, pour engager ce dernier Pape
à définir enfin la sainteté du glorieux Confesseur de Salerne.
Sixte-Quint, successeur de Grégoire XIII, fit quelque
changement à la formule consacrée par son prédécesseur, à
notre saint Pape , dans le Martyrologe ; il adopta cette phrase
qui est restée dans l'édition de Benoît XIV, et les suivantes :
Salerni, Depositio B. Gregorii Papœ septimi, ecclesiasticœ li-
bertatis propugnatoris ac defensoris acerrimi.
Bientôt après , sous Clément VIII, en 1595, le corps de
saint Grégoire VII fut tiré du sépulcre que lui avait consacré
le Cardinal Colonna, et placé sous un autel, toujours dans
la même Chapelle de Saint-Michel. Il parait même que ce fut
alors, Mario Bolognini étant Archevêque, que le chef fut sé-
paré du reste du corps pour être renfermé dans un reliquaire
spécial (1).
Sous le pontificat du même Clément VIII , Baronius fit pa-
raître le onzième tome de ses Annales, où il célébra et vengea
tout à la fois, avec son éloquente érudition , la mémoire de
saint Grégoire VII. Un peu avant lui, Bellarmin, dans ses
Controverses, et spécialement au livre quatrième, de Romano
Pontifice, avait eu pareillement l'occasion de faire cette grande
justice. Ainsi, les deux plus illustres écrivains du Catholi-
cisme, à celte époque de géants, se montraient préoccupés
de la gloire du saint Pontife : mais jusque-là les hérétiques
seuls s'étaient levés pour la flétrir.
Du moment où le nom de saint Grégoire VII fut inséré au
(1) Papebrok. Ibidem.
LITURGIQUES. 463
Martyrologe, le Chapitre de la Cathédrale de Salerne, que
le saint Pape avait autrefois comblé de privilèges, accordante
ses membres la chappe rouge et la mître, fut autorisé à célébrer
solennellement son Office. Mais d'abord il ne fut récité que sui-
vant le rite commun des Confesseurs Pontifes, jusqu'à ce qu'en
1609, à la prière du même Chapitre et de l'Archevêque Jean
Beltramini, Paul V, par un Bref qui commence ainsi : Do-
miniJesu-Christi, accorda un Office propre dont les Leçons
se retrouvent en grande partie dans celles qui furent publiées,
en 1728, par Benoît XIII , et dont nous allons bientôt parler.
L'Archevêque Beltramini fit, vers le même temps, ériger
une statue remarquable du saint Pape dans la Cathédrale
de Salerne, et, ayant été transféré à un autre siège, il eut
pour successeur le Cardinal Lucius San Severino , non moins
zélé que lui pour la garde du saint dépôt confié à son
Eglise. Il en donna une preuve solennelle en 1614, faisant
onstruire un nouvel autel à saint Grégoire VII , et y plaçant
olennellement son corps ; ce que Ton doit compter pour la
roisième translation de ces précieuses reliques (1). Ce fut
)eut-être à cette occasion , ou du moins peu auparavant (2),
ju'un bras du saint Pape fut distrait pour être donné à la
ille de Soana , en Toscane , patrie de saint Grégoire VII , la-
melle avait député deux ambassadeurs vers le Chapitre de
(1) La première par le Cardinal Marsile Colonna ; la seconde par Mario
îolognini ; enfin , celle dont nous parlons ici , accomplie par le Cardinal
an Severino, laquelle est attestée par une inscription conçue en ces
3rmes , qu'il fit placer dans la Cathédrale de Salerne :
Ego Lucius Sanseverinui , Archkpiscopus Salernitanw , altare hoc
i honorent B. Gregorii Papœ VII consecravi; ejusque sacrum corpus
i eo inclusi; prœsentibus , annum unumy anniversaria deinceps conse-
rationis die , ipsum pie visitantibus , quadraginta dies verœ indulgen-
ce, deEcclesiœ more, concessi. A, D. MDCXIF, die IVmensis Mail,
(2) Papebrok, Ibidem.
464 [institutions
la Cathédrale de Salerne , avec les lettres de recommandation
du Grand-Duc , qui joignait ses instances à celles de la ville.
Vers la môme époque, le savant Jésuite Jacques Gretser,
dont les immenses travaux ne sont point assez appréciés
aujourd'hui, publia une docte apologie des actions et de la
personne de saint Grégoire VII. Dans cette importante dis-
cussion , il n'allègue pas moins de cinquante écrivains à
l'appui des éloges qu'il donne au Pontife, et le venge d'une
manière victorieuse des imputations qu'avaient lancées contre
lui et les schismaliques du onzième siècle, et les hérétiques
du seizième.
Vers le milieu du dix-septième siècle, Alexandre VII éta-
blit l'Office de saint Grégoire VII dans les Basiliques de Rome,
sans cependant l'insérer encore au Bréviaire de l'Eglise Ro-
maine (1). Mais ce siècle devait être fameux par les attaques
portées au saint Pontife, non plus seulement de la part des
Protestants, mais de la part des Juristes, et surtout des
Théologiens et Canonistes Gallicans. Nous nous contenterons
de rappeler le trop fameux Edmond Richer, dans son livre
de Ecclesiastica et politica potestate ; Ellies Dupin, dans son
Traité de la puissance ecclésiastique , et Bossuet , dans sa
Défense de la Déclaration de 1682, ouvrage dont le grave et
impartial Benoît XIV a dit : « Il serait impossible de trouver
» un livre qui soit plus opposé à la doctrine reçue en tous lieux ,
^excepté en France, sur l'infaillibilité du Souverain Pontife,
» définissant ex Cathedra , sur sa supériorité à l'égard de tout
» Concile écuménique, sur le domaine indirect qu'il a sur les
» droits temporels des souverains , quand l'avantage de la
• Religion et de l'Eglise le demande (2). >
(i) Gretseri. Opéra. Tom. VI.
(2) Difficile profecto est aliud opus reperire quod aeque adversetur
doctrine extra Galliam ubique receptae de summi Pontiflcis ex Cathe-
i
LITURGIQUES. 465
Cependant, de tous les auteurs Gallicans du dix-septième
siècle qui écrivirent contre saint Grégoire VII, celui dont la
hardiesse fit le plus d'éclat à raison du châtiment qui lui fut
infligé par le Saint Siège , est le P. Noël Alexandre. Il avait
[publié les dix premiers siècles de son Histoire Ecclésias-
tique, et mérité jusque-là les éloges du Pape Innocent XI,
|qui occupait alors la Chaire de saint Pierre , et qui avait
daigné lui faire parvenir le témoignage le plus flatteur de sa
ikatisfaction pour l'érudition et l'orthodoxie qui , jusqu'alors,
levaient présidé à cette œuvre (1). Arrivé aux événements du
Jmzième siècle , Noël Alexandre consacra deux dissertations
|i faire ressortir les torts qu'avait eus , selon lui , un Pontife
iléjà placé sur les autels. Innocent XI , celui qui n'avait pas
léchi devant le grand Roi , crut devoir manifester énergi-
uement l'indignation que lui inspirait une semblable con-
uite de la part d'un Religieux. Il rendit un Décret, en date
lu 13 juillet 1684, par lequel il condamnait le volume qui ren-
îrmait ces Dissertations, et , afin de témoigner plus énergi-
uement encore le déplaisir que le Saint Siège avait ressenti,
dus les écrits du même auteur furent proscrits, avec défense
e les lire , retenir, ou imprimer, sous peine d'excommunica-
on (2). Ce fut ainsi qu'un Pontife , déclaré Vénérable par la
Congrégation des Rites , à cause de ses grandes vertus, se
entra jaloux de l'honneur de son saint Prédécesseur, dont
a definientis infallibilitate , de ejus excellentia supra quodcumque
îicilium œcumenicum , de ejus jure indirecto, si potissimum Reli-
pnis et Ecelesiae cooimodum id exigat, super juribus temporalibus
lincipum supremorum. Epist* pro Card< H. Norisio apologet, ad su-
J?m. Hispan. Inquisitorem. Inter opusc. Bened. XIV. pag. 117.
t[i) Touron. Htst. des Hommes illustres de l'Ordre de saint Domi-
ifue. Tom. V. pag. 814.
;tv f 2) Touron. Ibidem. Benoît XIV. De Canonfaat. Sanctorum. Lib. /.
Ii>. XLI. Papebrok. Ad diem XXV Mail.
t. il. 50
466 INSTITUTIONS
la mémoire allait bientôt êlre en butte à de nouveaux ou-
trages, en attendant les honneurs que lui réservait le 19e siècle.
Au reste, Noël Alexandre n'attendit pas long-temps la »
réfutation de ses thèses Gallicanes; un Religieux, Domi-
nicain comme lui, François d'Enghiel, publia peu après un
livre très solide, au jugement de Benoit XIV (1) , et intitulé :
Auctoritas Sedis Apostolicœ pro Grcgorio Papa Vil vindi-,
cala, adversus Nataîem Alexandrum Ordinis Prœdicatorum
Doctorem Thcologum.
Dom Mabillon , dans la publication des Acta sanctorum Or-
dinis sancti Benedicli, eut aussi à produire la vie et les
actes de notre saint Pape. Le deuxième Tome du VIe Siècle
Bénédictin parut en 1701 ; mais l'illustre éditeur sut franchir
ce pas devenu difficile , sans manquer ni à la prudence , ni à
la fidélité de l'historien Catholique.
Cependant Clément XI , à la prière du Cardinal Gabrielli,
dont la conduite avait été si ferme dans l'affaire de la Régale ,
accorda, en 1705, à l'Ordre de Cîteaux le privilège de faire
l'Office de saint Grégoire VII, et cinq ans après, le même >
Pontife concéda la même grâce à l'Ordre de saint Benoît, sur
les instances du Procureur Général de la Congrégation du
Mont-Cassin. Ces différentes concessions d'Office ne firent
aucun bruit; mais lorsque, par un Décret du 25 septembre
1728 , Benoît XIII eut ordonné d'insérer la fète de saint Gré-
goire VII au Missel et au Bréviaire, et enjoint à toutes les
Eglises du monde de la célébrer, un grand orage s'éleva dans
plusieurs Etats de l'Europe, et particulièrement en France.
Il est évident, sans doute, que dans l'établissement de
cette fête et la promulgation universelle de la Légende si re-
marquable qui devait se lire dans l'Office, Rome se proposait
(1) Bened.XIV. /fo'dewi.
i
*l
LITURGIQUES. 467
un but; nous n'avons garde d'en disconvenir. Mais nous
dirons, en premier lieu , que c'est un assez beau spectacle
pour nous, hommes de ce siècle, devoir, au moment où
d'absurdes préjugés commençaient à éclipser toute vérité
historique sur le moyen-âge , où une philosophie menteuse
et sans intelligence foulait aux pieds les plus salutaires en-
seignements du passé; de voir, disons-nous, Rome arracher
par un acte courageux à ce naufrage universel , le nom vé-
îérable d'un héros de l'humanité, en qui le siècle suivant
levait saluer, avec enthousiasme, le vengeur de la civili-
sation et le conservateur des libertés publiques , aussi bien
[ue des libertés ecclésiastiques. C'était là, certes, un pro-
ms, et d'autant plus méritoire que le Pontife qui s'en por-
ait l'auteur ne pouvait ignorer que l'autorité du Saint Siège,
léjà si affaiblie , allait encore devenir à cette occasion même
objet de nouvelles attaques.
i Nous dirons en second lieu , et sans détour , que Rome
vait bien , par cet acte , quelque intention de pourvoir à
m honneur outragé dans la fameuse Déclaration de l'As-
jmblée du Clergé de 1682 , et dans tout ce qui s'en était
livi en France, de la part des deux autorités. Le Roi
Duis XIV avait , il est vrai , promis de révoquer son
Ht pour l'enseignement des quatre Articles, et , tant qu'il
ait vécu, on avait tenu à l'exécution de cet engagement,
li , joint à la lettre de réparation des Evêques de l'Assem-
îe au Pape, avait été la condition nécessaire de l'Institution
nonique des Prélats nommés depuis plus de dix ans aux
ges vacants. Mais déjà les promesses n'étaient plus exé-
tées ; les Universités faisaient chaque jour soutenir dans
r sein des thèses dans lesquelles les doctrines Romaines
ient attaquées , l'autorité Apostolique circonscrite dans
bornes arbitraires, la conduite des plus saints Papes
468 INSTITUTIONS
taxée de violence aveugle, et signalée comme contraire au
droit naturel et divin. Il était temps que la grande voix du
Siège Apostolique se fit entendre , et qu'elle protestât du
moins contre l'audace sans cesse croissante de ces Docteurs
toujours prêts à restreindre les limites du pouvoir spirituel,
en même temps qu'ils enseignaient avec tant de complai-
sance l'inamissibililé du pouvoir royal. Heureusement , PBfl
glise a eu de tout temps, dans sa Liturgie, un moyen de
répression contre les entreprises téméraires qu'on a osées
sur sa doctrine ou contre son honneur. Ce qu'elle confesse
dans la prière universelle , devient règle pour ses enfants, et
CQflDUHe nous l'avons l'ait voir dans celte histoire, si quelques-
uns ont cherché à s'isoler des formules qu'elle consacre*
c'est qu'ils sentaient avec quelle irréfragable autorité elle
impose, dans ce Bréviaire, dansée Missel si odieux, ses ju-
gements sur les doctrines, sur les personnes et sur les insti-
tutions. Benoît XIII eut donc intention, en étendant à l'Eglise
universelle l'Office de saint Grégoire VII, de faire un contre-
poids aux envahissements du Gallicanisme qui, de jour en
jour, augmentaient de danger et d'importance , à raison sur-
tout des efforts d'une secte puissante et opiniâtre qui menaçait
de plus en plus l'existence de la foi Catholique au sein du
Royaume de France. Si Home laissait llétrir plus long-temps
la mémoire des plus saints Pontifes des siècles passés, elle
donnait gain de cause à ces hommes audacieux qui criaient
sur les toits qu'elle avait renouvelé ses vieilles prévarications,
et qu'Innocent X , Alexandre VII , Clément XI , n'étaient ni
plus ni moins coupables que Grégoire VII, Innocent III et tant
d'autres. Ecoutez plutôt un des fidèles organes de la secte :
€ Au premier coup d'œil, on saisit la connexité de doc-
Hrine entre les Brefs d'Innocent XI et d'Alexandre VIII,
» contre l'Assemblée de 1682; la Proposition quatre-vingt-
%
LITURGIQUES. 469
onze, concernant l'excommunication, censurée par la Bulle
i Unigenitus, et cette Légende contraire aux vérités révélées
> qui enjoignent aux Papes comme aux autres individus de
»la société, la soumission à l'autorité civile (1). »
Mais il est temps de révéler au lecteur cette monstrueuse
jdégende qui mettait ainsi en péril les vérités révélées. Les
>ages que l'on va lire sont belles sans doute, pleines de no-
blesse et d'une éloquente simplicité : elles sont pourtant
noins énergiques dans les éloges qu'elles donnent au Pon-
ife, que certaines pages qu'on peut lire tous les jours
;ans les écrits de plusieurs historiens , ou publicistes Pro-
estants. Voici la Légende en son entier.
IN FESTO S. GREGORII VIL PAPiE ET CONFESSORIS.
IN SECUNDO NOCTURNO.
LECTIO IV.
« Gregorius Papa septimus antea Hildebrandus , Soanse
in Etruria natus, doctrina, sanctitate omnique virtutum
génère cum primis nobilis, mirifice universam Dei illustra vit
Ecclesiam. Cum parvulus ad fabri ligna edolantis pedes,
jam litterarum inscïus , luderet , ex rejectis tamen segmen-
tis ilia Davidici elementa oraculi : Dominabitur a mari usque
id mare, casu formasse narratur, manum pueri ductante
Rumine, quo significaretur ejus fore amplissimam in mundo
jiuctoritatem. Romam deinde profectus , sub protectione
ancti Pétri educatus est. Juvenis Ecclesise libertatem a
i) Grégoire. Essai historique sur les Libertés de l'Eglise Gallicane.
.98.
470 INSTITUTIONS
» laïcis oppressant ac depravatos Ecclesiasticorum mores vc-
» hementius dolens, in Cluniacensi Monasterio, ubi sub Régula
» sancti Benedicti austerioris vitse observantia eo tempore
» maxime vigebat, Monachi habitum induens, tanto pietatis
» ardore divinas Majestati dcserviebat, ut a sanctis ejusdem
» Cœnobii Patribus Prior sit electus. Sed divina Providentia
» majora de eo disponente in salutem plurimorum, Cluniaco'
» eductus Ilildcbrandus , Àbbas primum Monasterii sancti
» Pauli extra muros Urbiseleclus, ac postmodum Romanae
» Ecclesiœ Cardinalis creatus, sub summis Ponlificibus, Leone
» nono, Victore secundo, Stephano nono, Nieolao secundo, ,
ï> et Alexandro secundo, prsecipuis muneribus , et legationi-
» bus perfunctus est, sanctissimi , et purissimi consilil vir a
» Beato Petro Damiani nuncupatus. A Victore Papa secundo
» Legatus a latere in Galliam missus, Lugduni Episcopum Si-
» moniaca labe infectum ad sui criminis confessionem mira-
» culo adegit. Berengarium in ConcilioTuronensi ad iteratam
» haeresis abjurationem compulit. Cadolai quoque schisma
» sua virtute compressit. »
LECTIO V.
« Mortuo Alexandro secundo, invitus, etmœrens unanimi
» omnium consensu , decimo Kalendas Maii , anno Christi
» millesimo septuagesimo tertio, summus Pontifex electus,
» sicut sol effulsit in Domo Dei ; nam potens opère et sermone,
y> Ecclesiasticse disciplinae reparandse , fidei propaganda3 , li-
» bertati Ecclesise restituenda3 , extirpandis erroribus et
» corruptelis, tanto studio incubuit, ut ex apostolorum œtate
» nullus Pontificum fuisse tradatur, qui majores pro Ecclesia
LITURGIQUES. 471
» Dei laboros, molestiasque pertulerit, aut qui pro ejus liber-
jd tate acrius pugnaverit. Aliquot Provincias a Simoniaea labe
»expurgavit. Contra Henrici Imperatoris impios conatus
»fortis per omnia athleta impavidus permansit, seque pro
» muro domui Israël ponere non timuit, ac eumdem Henri-
» cum in profundum malorum prolapsum, fidelium commu-
» nione, regnoque privavit, atque subditos populos fide ei
» data liberavit. »
LECTIO VI.
a Dum Missarum solemnia perageret , visa est viris piis co-
» lumba e cœlo deîapsa, humero ejus dextro insidens, aîis
» extensis caput ejus velare, quo significatum est, Spiritus
» Sancti afflatu, non humanse prudentias rationibus ipsum
» duci in Ecclesise regimine. Cura ab iniqui Henrici exercitu
» Romae gravi obsidione premeretur, excitatum ab hostibus
» incendium signo crucis extînxit. De ejus manu tandem a
» Roberto Guiscardo Duce Northamno ereptus , Casinum se
» contulit ; atque inde Salernum ad dedicandam Ecclesiam
» sancti Matthaei Apostoli contendit. Cum aliquando in ea
» civitate sermonem habuisset ad populum, serumnis confec-
» tus, in morbum incidit quo se interiturum praesoivit. Pos-
» tréma morientis Gregorii verba fuere : Dilexijv,stitiam, et
» odivi iniquitatem: propterea morior in exilio. Innumerabilia
» sunt quaa vel fortiter sustinuit, vel muitis coactis in Urbe
» Synodis sapienter constituit, vir vere sanctus, criminum
» vindex , et acerrimus Ecclesiae defensor. Exactis itaque in
» Pontificatu annis duodecim,migravitincœlum, annosalutis
472 INSTITUTIONS »
» millesimo octogesimo quinto, pluribus in vita, et post mor-
» tem miraculis clarus, ejusquc sacrum corpus in Cathedrali
» Basilica Salernita est honoriflce conditum. »
L'Oraison qni complète et résume POflice de saint Gré-
goire VII, au Missel et au Bréviaire, est ainsi conçue :
Deus in te sperantium fortitudo , qui Beatum Gregorium
Confessorem tuum atque Pontificem , pro tuenda Ecclesiœ li-
bertate virtute constantiœ roborasti; da nobis, ejus exemplo et
intercessione , omnia advcrsantia fortiter superare.
Maintenant que nous avons mis sous les yeux du lecteur
cette pièce si fameuse , avant d'entrer dans le récit des évé-
nements qui suivirent sa promulgation, nous nous permet-
trons quelques réflexions sur la portée de ce manifeste pon-
tifical.
Que suit-il du récit que nous venons de lire des actes et
des vertus d'un Pape du onzième siècle ? Cela veut-il dire que
Rome se prépare à fondre, comme l'aigle, sur les Etats Eu-
ropéens, à disposer arbitrairement de la couronne des Princes
qui les gouvernent , en un mot, à ébranler le monde entier du
bruit de ses foudres? Nous qui vivons un siècle après l'appa-
rition de celte redoutable Légende, trouvons-nous beaucoup
d'exemples depuis lors de cette omnipotence temporelle des
Pontifes du moyen-age, exercée par Benoît XIII, ou ses
successeurs? Nous semble-t-il que la couronne de France,
pays où la Légende a été proscrite , ait été l'objet de moins
d'attaques que celle des Souverains dans les Etats desquels
elle a été admise par le Clergé? Et si par hasard, chez nous,
depuis cette époque, les Rois ont souffert la mort , l'exil , ou
l'humiliation , est-ce Rome qui s'est montrée envers eux si
impitoyable? Ne perdons pas ce point de vue dans les diverses
parties du récit qui va commencer. Beaucoup de gens
LITURGIQUES. 473
vont jeter les hauts cris , comme si la puissance royale
était au moment d'expirer dans l'univers entier, par le seul
fait de la Légende. La haine de Rome les aveugle : et Dieu
les a donnés en spectacle à notre siècle , qui sait enfin que
Rome n'en veut pas à la puissance des Monarques, qui
semble même comprendre que si, dans les âges Catholiques,
elle exerça effectivement une influence temporelle sur la
société, elle fut alors l'unique sauve-garde de la liberté
des peuples , comme le plus solide appui de l'autorité dont
elle réprimait les excès. La Légende est donc tout simple-
ment le bouclier sous lequel Rome met à couvert son hon-
neur compromis par tant de sophismes et de déclamations.
Par ce manifeste solennel , elle neutralise le mouvement
aveugle qui entraîne certaines écoles sur les pas de ces
auteurs hétérodoxes qui n'ont souci de l'honneur des Pon-
tifes Romains', mais ont, au contraire, tout à gagner, s'ils
les peuvent faire considérer comme des violateurs des lois
divines et de l'ordre naturel de la société.
L'Office de saint Grégoire VU parvint en France, peu après,
sa publication à Rome, comme il arrive encore aujourd'hui,
quand le Souverain Pontife impose de nouveaux Offices;
seulement à cette époque ou l'usage de la Liturgie Romaine
î était encore presque universel en France , les décrets de ce
genre devaient occuper davantage et les Ecclésiastiques et
les fidèles qu'il n'arrive maintenant. Comme aujourd'hui,
l'Office était imprimé sur une feuille volante destinée à être
jointe au Bréviaire , en attendant son insertion en sa place
dans la prochaine édition de celui-ci. Les Nouvelles Ecclé-
siastiques , journal du Jansénisme , signalent le libraire Cpi-
gnard fils, à l'enseigne du Livre d'Or, comme ayant eu
'audace de tenir en vente, à Paris, le feuillet in-8° qui re-
celait la Légende,
474 INSTITUTIONS
c Dès que parut celte Légende , dit le Républicain Gré-
goire, elle excita I'horreur de tous les hommes attachés
»aux libertés Gallicanes (4). »
A peine le Parlement de Paris, juge souverain en ma-
tières liturgiques , eut-il eu connaissance de cette séditieuse
manifestation des prétentions Romaines , qu'il se réunit pour
rendre, le 20 juillet 1720, sur les conclusions de l'Avocat-
Général Gilbert de Voisins, le môme qui devait, sept ans plus
tard, prendre sous sa protection le Bréviaire Parisien de
Vigier et Mesenguy, un arrêt portant suppression de la feuille
contenant l'Office de saint Grégoire VII, avec défense d'en
faire aucun usage public, sous peine de saisie du temporel.
Nous citerons seulement quelques phrases du Réquisitoire ;
elles suffiront pour constater l'esprit de la première Magis-
trature du Royaume , dans cette circonstance mémorable.
L'Avocat-Général , déguisant mal la haine dont lui et son
Corps étaient animés contre Rome, veut faire croire que,
par le seul fait de la publication de l'Office de saint Gré-
goire VII , la nation française est à la veille de secouer le
joug de ses anciens Rois. Il est vrai que ceci est arrivé avant
même la fin du siècle dans lequel parlait l'honorable Magis-
trat; mais il est fort douteux que la Légende y ait été pour
quelque chose.
« On savait assez, dit l' Avocat-Général , que Grégoire VII,
» si célèbre par ses différents avec l'Empereur Henri , est
» celui qu'on a vu porter le plus loin ses prétentions ambi-
» tieuses, inouïes dans les premiers siècles de l'Eglise, qui
» causèrent de si longs troubles , et allumèrent des guerres
» si cruelles de son temps.
» Mais, qu'il soit permis de le dire, ajoute-t-il, on n'avait
(t) Essai sur les libertés de l'Eglise Gallicane, page 99.
LITURGIQUES. 475
» pas lieu de s'attendre de voir entrer dans son éloge , et cé-
» lébrer dans un Office ecclésiastique , Pexcès où le condui-
» sirent enfin des principes si dangereux. Est-ce donc le
» chef-d'œuvre de son zèle , d'avoir entrepris de priver un
» Roi de sa couronne et de délier ses sujets du serment de
» fidélité? Et pouvons-nous voir, sans douleur, qu'on appuie
» sur un fait si digne d'être enseveli dans l'oubli , les titres
» qu'on lui donne de défenseur de V Eglise, de restaurateur de
» sa liberté, de rempart de la Maison d'Israël?
» Pourquoi faut-il que les vestiges d'une entreprise, dont
» le temps semblait affaiblir la mémoire, reparaissent aujour-
» d'hui jusque sous nos yeux, qu'ils viennent encore exciter
» notre devoir et notre zèle ? Souffririons-nous qu'à la faveur
» de ce prétendu supplément du Bréviaire Romain , on mît
» dans les mains des fidèles , dans la bouche des Ministres de
» la Religion , jusqu'au milieu de nos saints temples et de la
» solennité du culte divin , ce qui tend à ébranler les prin-
» cipes inviolables et sacrés de l'attachement des sujets à leur
» souverain (1) ? »
Le 24 du même mois de juillet , Daniel-Charles-Gabriel
(1) Nous avons puisé une partie des pièces que nous devons citer en
ce chapitre, dans un Recueil publié en 1743 sur toute cette affaire. Il
est intitulé : L'avocat du Diable , ou Mémoires historiques et critiques
sur la vie et sur la Légende du Pape Grégoire VII , avec des Mémoires
de même goût sur la Bulle de Canonisation de Vincent de Paul, Insti-
tuteur des Pères de la Mission et des Filles de la Charité ( trois volumes
in-12). I/auteur est Adam, Curé de Saint-Barthélerm de Paris, Ap-
pelant fameux. Il est remarquable que les Jansénistes poursuivaient de
la même haine saint Vincent de Paul et saint Grégoire VII ; comme
pour faire mieux comprendre aux gens distraits que la même Eglise
Romaine , qui produit des Vincent de Paul pour le soulagement des
misères corporelles de Phumanité, est aussi celle qui produit, suivant le
besoin, des Grégoire VII pour remettre la société Chrétienne sur ses
véritables bases.
476 INSTITUTIONS
de Caylus, Evoque d'Auxerre, qui venait de donner, en 1726,
le nouveau Bréviaire dont nous avons parlé, fidèle à l'impul-
sion de la Magistrature , signala son zèle contre la Légende ê
dans un Mandement épiscopal adressé au Clergé et aux fidèles
de son Diocèse. Appelant de la Constitution Unigenitus, il
s'était déjà essayé dans la résistance au Saint Siège : il saisit
donc avec empressement l'occasion d'outrager cette Rome,
dont il ne portait le joug qu'en frémissant. Du reste , aussi
zélé pour le pouvoir absolu et inamissible du prince tem-
porel, que haineux envers l'autorité Apostolique, il donna,
comme tous ceux de ses confrères dont nous citerons ci-
dessous des extraits de Mandement, le plus solennel démenti
à certains écrivains de notre temps, qui s'obstinent à voir
dans la secte de Port-Royal la première manifestation des
idées soi-disant libérales.
a Ce n'est qu'avec peine, dit le Prélat, que nous rappelons
» ici le souvenir des entreprises de Grégoire VII. Il serait à
d souhaiter que ses successeurs eussent fait connaître , par
» leur conduite , qu'ils étaient très éloignés de les approuver,
» et encore plus de les renouveler Nous serions dis-
» pensés par là de prendre de nouvelles précautions pour nous
» y opposer et en démontrer l'injustice. Nous les regarderions
» comme une tache effacée, et nous n'aurions garde d'aller
d rechercher dans l'histoire ecclésiastique des faits qui ne
» sont propres qu'à déshonorer leurs auteurs, et que la sainte
» Eglise désavouera toujours (1).
» Mais nous ne pouvons nous taire, continue M. d'Auxerre ;
d ce que nous devons à l'Eglise universelle, au Roi Très-
» Chrétien , à l'Etat , aux fidèles de notre Diocèse et à nous-
(1) Admirez cette profonde intelligence de l'histoire des institutions
du moyen-àge.
LITURGIQUES. 477
» mêmes, nous force de parler à l'occasion de l'Office de
» Grégoire VII.
» Ne nous arrêtons pas à remarquer ici que la sainteté de
» Grégoire VII n'est point reconnue dans l'Eglise; qu'il ne
» paraît pas qu'on ait fait pour lui , à Rome , ce qui s'observe
» dans la Canonisation des Saints , et que l'histoire de son
» Pontificat est difficile à accorder avec l'idée d'une sainteté
» formée sur l'esprit et sur les règles de l'Evangile, et digne
» de la vénération et du culte public des fidèles.
» Tenons-nous donc , poursuit le Prélat , inviolablement
» attachés à la doctrine de la sainte antiquité, qui apprend
» aux sujets que personne ne peut les dispenser de la fidélité
» qu'ils doivent à leurs légitimes souverains, et qu'il n'y a ni
» crainte , ni menace qui doive les empêcher de remplir ce
» devoir, que la loi de Dieu leur impose ; et aux Papes comme
» aux Evêques , qu'ils n'ont pas le pouvoir de donner ni d'ô-
» ter les Royaumes, et que, quant au temporel, les Rois ne
» leur sont point soumis et ne dépendent pas d'eux , mais de
» Dieu seul. »
Assurément , c'est un grand avantage pour les souverains
de ne dépendre ni du Pape , ni des Evêques ; mais quand
l'Evêque d'Auxerre leur garantit qu'ils ne dépendent ici-bas
que de Dieu, il exprime son désir, sans doute, mais non
ce qui existe réellement ; car il n'est point d'homme ici-bas
qui ne se soit rencontré, et souvent même, face à face
avec son supérieur. Si les Rois d'aujourd'hui n'ont plus à
craindre la puissance du Pape ( et cependant voyez comme
plusieurs la redoutent encore, cette Rome désarmée), ils
ont, en revanche, de dures querelles et contestations à vider
avec les peuples, qui à coup sûr sont moins justes et plus
intéressés dans l'affaire que ne le seraient les Pontifes Ro-
mains.
478 INSTITUTIONS
Quoi qu'il en soit, M. d'Auxerre termine son Mandement
en déclarant que , pour remplir toute justice , en donnant au
Roi de nouvelles preuves de sa fidélité et de son zèle pour la
tûreté de sa personne sacrée, et pour la tranquillité de son
Royaume, qui pourraient être encore exposés aux derniers
malheurs, si les maximes autorisées par l'Office du Pape
Grégoire VII trouvaient créance dans les esprits , il défend à
toutes les Communautés et personnes séculières et régulières
de l'un et de l'autre sexe de son Diocèse, se disant exemptes
ou non exemptes , qui se servent du Bréviaire Romain, ou
qui reçoivent les Offices des nouveaux Saints qu'on insère
dans ce Bréviaire, de réciter soit en public , soit en particu-
lier, l'Office imprimé , etc.
Ainsi, le Pape enjoint à toute l'Eglise de réciter l'Office de
saint Grégoire VII, et il se trouve un Evoque qui défend à
ses diocésains de se soumettre à cette injonction. Evidem-
ment, l'un des deux est dans son tort; car autrement que
deviendrait une société qui renfermerait dans son sein des
pouvoirs contradictoires, et néanmoins toujours légitimes,
dans tous les cas?
Le Mandement de l'Evêque d'Auxerre fut incontinent suivi
d'un autre, publié le 51 juillet, par Charles-Joachim Colbert,
Evèque de Montpellier, si fameux par le Catéchisme auquel
il a donné son nom , et par son obstination dans les principes
des Appelants. On se rappelle, sans doute, son zèle à faire
adopter dans son Diocèse le nouveau Bréviaire de Paris, et la
courageuse opposition du Chapitre à cette mesure. Nous ne
fatiguerons point le lecteur de toutes les déclamations que ce
Mandement renferme contre les prétentions Romaines; nous
extrairons seulement les qualifications qu'il applique à un acte
du Souverain Pontife. Lu Légende de saint Grégoire VII est con-
damnée comme a renfermant une doctrine séditieuse, con-
LITURGIQUES. 479
» traire à la parole de Dieu, tendante au schisme, dérogeante
» à l'autorité souveraine des Rois , et capable d'empêcher la
» conversion des Princes infidèles et hérétiques (1). » Il en
défend l'usage, sous les peines de droit; ordonne, sous les
mêmes peines , qu'on en porte les exemplaires à son Secré-
tariat , et ii exhorte son Clergé à demeurer inviolablement
attaché à la doctrine des quatre Articles de l'Assemblée
de 1682.
Ce n'était pas assez encore. Le 16 août , parut le Mande-
ment publié sur la même matière par Henri-Charles de
Coislin, Evêque de Metz, connu aussi pour son attachement
aux principes de la secte qui troublait alors l'Eglise de
France, et qui avait mis sa plus chère espérance dans les
-doctrines de la Déclaration de 1682.
Après un sombre tableau des malheurs qui ne manquèrent
pas d'ensanglanter le monde, chaque fois qu'il arriva à un
Souverain Pontife de faire usage de l'autorité spirituelle ,
pour venger certains grands crimes sociaux , tableau qu'on
oourrait comparer, avec assez d'avantage, à ceux qu'on ren-
contre de temps en temps dans Y Essai sur les Mœurs , de
Voltaire ; même intelligence de l'histoire , même équité en-
rers l'Eglise : l'Evêque de Metz ajoute, avec une gravité
.olennelle :
» L'expérience de tant d'événements funestes, qui avaient
pris leur source dans les entreprises de Grégoire VII, sem-
blait avoir depuis long-temps arrêté le cours de cet em-
brasement : mais il en a paru depuis une étincelle qui serait
capable de le rallumer, si chacun de ceux que le Père ce*
leste a mis à la garde de sa maison n'accourait , pour en
(i) Rien n'est beau comme ce zèle d'un Evêque hérétique pour la
ropagation de ta foi chez les infidèles et les hérétiques. 11 est évident
iie le Pape et sa Propagande n'y entendent rien.
480 INSTITUTIONS
» prévenir la communication dans la portion du troupeau
» qui lui a été confié. »
Ainsi , il est bien démontré que c'est le Pape qui met le feu
à l'Eglise, tandis que Messieurs d'Auxerre, de Montpellier,
de Metz , et plus tard Messieurs de Verdun , de Troyes , de
Castres, et d'autres encore, font tout ce qu'ils peuvent pour
l'éteindre.
a II vient de se répandre , dit encore l'Evêque de Metz ,
» une feuille imprimée pour servir de supplément au Bré-
» viaire Romain , et dans cette feuille qui contient un Office
d consacré à la mémoire de Grégoire VII, les Prélats, et les
d premiers Magistrats du Royaume, ont aperçu ce qu'il y a
d de plus capable d'inspirer l'excès des prétentions ultra-
» montaines. On lit , dans la cinquième leçon de cet Office,
» que ce Pape résista courageusement, etc.
» La connaissance que nous avons , nos très chers frères ,
» de votre zèle pour la personne du Roi , et de votre fidèle
» attachement au service de Sa Majesté , et à l'obéissance que
» vous devez a vos souverains , ne nous laisse aucun lieu de
» douter, que vous ne soyez touché aussi sensiblement que
» nous l'avons été , en voyant dans ce peu de paroles un des-
» sein formé de proposer au Clergé et aux peuples, comme
» un éloge destiné à rendre croyable la sainteté d'un Pape,
» ce qui , suivant les principes de la foi , et les lumières de la
» raison, ne devrait servir qu'à la condamnation de son gou-
» vernement. Votre piété , sans doute , s'est sentie d'autant
» plus blessée, que cet étonnant Office a été rendu public,
» sous les apparences d'une autorité empruntée de celle du
» Saint Siège. Mais cette vue ne doit point alarmer votre vé-
» nération pour ce premier Siège de l'Eglise. Le saint Pon-
» tife, que la Providence a placé sur la Chaire de Saint Pierre,
» n'a eu nulle part à la composition , encore moins à la pu-
LITURGIQUES. 481
blication de cet artificieux ouvrage. Il a appris, dans Pé-
cole de ce chef des Apôtres, le respect et l'obéissance qui
est due aux souverains. Il préfère à cet égard les instruc-
tions et l'exemple de saint Grégoire-le-Grand, à la con-
duite et aux entreprises de Grégoire VII. L'humilité du
serviteur des serviteurs de Dieu, éloigne de son cœur les
pensées de maître des sceptres et des couronnes , et sa sa-
gesse est trop éclairée , pour ne pas voir qu'une prétention
si mal fondée n'est capable que d'aigrir les Princes et d'in-
disposer les peuples. »
On ne disconviendra pas que ces leçons données au Chef
î l'Eglise, par un simple Evêque , ne dussent produire un
es grand effet sur les peuples auxquels était adressé le
andement; quant à Benoît XIII lui-même, que M. de Metz
pelle un saint Pontife , jugement que l'histoire a du moins
•nfirmé , il ne parut pas fort disposé à laisser croire que
> actes les plus importants de son gouvernement s'accom-
ssaient à son insu. Nous verrons bientôt l'énergique ré-
nse qu'il fit à ces insolentes provocations.
En attendant, le Prélat déclare que, voulant, dans une
wsîon aussi importante, donner au Roi des preuves de la
élite qu'il lui a vouée; à l'Empereur, à S. A. R. de Lorraine
aux autres souverains qui ont quelque portion de leurs
ats dans son Diocèse, de l'attention qu'il aura toujours
ir ce qui les intéressera , et pour préserver les âmes
MISES A SA CHARGE DES ILLUSIONS QUE LE PRÉTEXTE D'UNE
TÉ MAL ENTENDUE POURRAIT LEUR FAIRE, il a défendu et
end à toutes les Communautés et à toutes les personnes
l'un et l'autre sexe de son Diocèse , de réciter, soit en
•lie, soit en particulier, l'Office de Grégoire VII. Il défend
sillement à tous imprimeurs, etc., de publier le même
e. Il ordonne , de plus , que les exemplaires en seront
T. II. 31
482 INSTITUTIONS
rapportés au Greffe de sa Chambre Episcopale. Le tout, sous
les peines de droit.
Les réflexions seraient ici superflues : nous continuerons
donc notre récit. Encouragé par le zèle des trois Prélats, le
Parlement de Bretagne s'empressa de suivre les traces de
celui de Paris. Le 17 août , il rendit un arrêt pour supprimer
la Légende. On remarquait les phrases suivantes dans le ré-
quisitoire du Procureur-Général :
< Permettez-moi de vous rappeler, Messieurs, que Gré-
goire VII est le premier de tous les Papes qui ait osé faire
» éclater ses prétentions sur le temporel des Bois , en s'attri-
>buant ouvertement le droit imaginaire de pouvoir les dé-
> poser, et délier leurs sujets du serment de fidélité. Imagi
> nation fatale, qui ne s'est que trop perpétuée au-delà
>des Monts, parmi des esprits à qui l'ignorance et une
» soumission aveugle tiennent presque toujours lieu de sa-
> voir,
i C'est cette chimère contre laquelle on ne peut être tro
» en garde dans ce Royaume, qu'on veut réaliser aujourd'hui
» en insinuant aux peuples qu'elle a servi de degré à ce Pap(
>pour parvenir à la sainteté : moyen inconnu avant lui. E
ivous ne verrez, sans doute, qu'avec indignation, que ce
» paroles séditieuses : Contra Henrici Imperatoris , etc.
» marchent sur la même ligne que les paroles de vie et d
>paix qui sont sorties de la bouche de Jésus-Christ même.
»Quel assemblage, et que peut-on penser de cet élog
» monstrueux? si ce n'est qu'on a cru, en l'insérant dans u
• livre de prières, qu'il aurait plus d'effet, et ferait respect*
» comme permises, ces foudres que les Papes se croient <
» droit de lancer contre les Monarques; puisque, dira-t-oi
isi c'était un crime, ou que cela passât leur pouvoir, >
i n'eût pas relevé une pareille action dont les Ministres
I
Ki
LITURGIQUES. 485
i nos Autels ne peuvent que trop abuser dans leurs instruc-
ptions. >
Comme Ton voit , les magistrats , fidèles d'ailleurs à leur
omnipotence liturgique , ne se dissimulaient pas plus que les
ïlvêques d'Auxerre, de Montpellier et de Metz, la valeur et
'autorité d'une pièce insérée au Bréviaire Romain. Il était
isé de prévoir que le jour n'était pas loin où l'on chercherait
i rompre le lien liturgique avec Rome pour s'affranchir,
insi qu'on l'a vu précédemment, de plusieurs choses con-
°aircs aux maximes de notre Eglise Gallicane (1). Le Jan-
misme , sans doute , était pour beaucoup dans les scandales
lue nous racontons ; mais le simple Gallicanisme y avait bien
issi sa part. On le vit clairement, lorsque le 21 août parut
Mandement de Charles-François d'Hallencourt , Evêque
î Verdun. Ce Prélat avait adhéré à la Bulle Unigenitus, et
ns le Mandement même que nous citons , il disait expres-
ment que l'obéissance au Pape et aux Evêques, dans ce qui
ncerne la religion , est la seule voie sûre pour le salut, Ecou-
ns maintenant ce que la doctrine de 1682 lui inspirait au
jet de la Légende :
« Non, Nos très chers Frères, quelles que puissent être les
mtes de l'Empereur Henri Quatrième , le Pape n'était pas
\ droit de lui enlever sa couronne, ni de délier les noeuds
crés qui attachaient ses sujets à son service. Ce fait dans
quel ce Pape a si injustement excédé son pouvoir, ce fait
'il est à présumer quil expia par la pénitence, ne peut
e un des motifs de sa canonisation; et, si l'on ne le re-
nirde que comme un fait historique , ce n'est pas dans une
igende de Saint, ni au milieu d'un Office divin , qu'il doit
f «ire cité. »
ti\oi
li) Vid. ci-dessus, page 582.
}0
;
4S4 INSTITUTIONS
Voilà bien la naïveté de certains honnêtes Gallicans , qui
seraient tout aussi éloignés d'admettre les conséquences du
système à la manière des Parlements , que de ménager les
jirétentions ultr amont aine s. L'Evêque de Verdun , plus Ca-
tholique que celui de Montpellier, consent donc à recon-
naître Grégoire VII pour Saint ; mais, pour se rendre compte
à lui-même de la valeur de sa canonisation , il suppose ingé-
nuement que ce grand Pape a tait pénitence de la déposition
de Henri IV. Toutefois, cette distinction ne l'empêche pas de
conclure son Mandement par la môme prohibition que ses
trois collègues : f Dans la crainte , dit-il , que celte Légende
» ne fasse illusion à quelques esprits faibles, et les Evoques ne
• pouvant veiller de trop près à la sûreté des Rois; pour en
y sevelir autant qu'il est en nous, dans un éternel oubli, cette
» entreprise du Pape Grégoire VII , nous avons défendu efï*
» défendons par ces présentes de réciter, soit en public , soi'
> en particulier, l'Office contenu dans ladite feuille , le touifr
i sous les peines de droit. >
Après cela, on ne dut pas être étonné d'entendre publie]!
un Arrêt du Parlement de Metz, en date du 1er septembre|h
qui condamnait la Légende comme l'avaient condamnée \e\
Parlements de Paris et de Bretagne. Celui de Bordeaux n
tarda pas non plus à se déclarer par un Arrêt, sous la dat
du 12 du même mois, et on entendit même l'Àvocat-Générc
Dudon demander à la Cour, clans son Réquisitoire1, qu'ilh
plût de prendre certaines précautions qui pourvoient à l'aveni
à ce qu'il ne se glisse rien dans les livres destinés au servit
divin , et autres livres de piété, qui puisse blesser les droits à
Roi et troubler la tranquillité de l'Etat.
L'affaire était bien loin d'être terminée par ces scandaleu
Arrêts : de nouveaux troubles se manifestèrent encore e
plusieurs lieux. A Paris, un certain nombre de Curés de
LITURGIQUES. 485
ville, faubourgs et banlieue, présentèrent Requête à l'Ar-
jchevêque Vintimille, le 14 septembre , et lui dénoncèrent la
Légende. Nous ne citerons rien de cette pièce, analogue pour
le fond et les termes aux Mandements et Arrêts que nous
iivons cités. Les Curés concluent à supplier l'Archevêque
lie joindre son autorité spirituelle à celle du Parlement ,
)Our ordonner « ce que la religion, la justice, la fidélité
au Roi, et V amour de la patrie, ne peuvent manquer d'ins-
pirer à PEvêque de la capitale du Royaume, en pareilles
occasions, et singulièrement de prescrire que la Déclara-
tion du Clergé de France, de 1682, soit inviolablement
maintenue et exactement observée dans les Communautés
Séculières et Régulières, et dans toute l'étendue de ce Dio-
cèse, conformément aux lois si nécessaires qu'a établies le
feu Roi : que, par une action si glorieuse, il rendra un
service essentiel à l'Eglise et à l'Etat. »
L'Archevêque , qui sentait que les Jansénistes n'excitaient
ut ce bruit que pour déconsidérer, s'il eût été possible , le
îiége Apostolique, dont les prérogatives leur étaient d'au-
l.nt plus odieuses qu'ils en avaient éprouvé les effets, eut la
fudence de ne faire aucune démonstration publique contre
LLégende , et affecta de la passer sous silence dans une Ins-
Iction Pastorale qu'il publia , le 29 du même mois de sep-
Inbre , sur les querelles religieuses du temps. Les Curés
inataires de la Requête dont nous avons parlé, présentèrent
■'Archevêque un nouveau Mémoire, dans lequel ils se
■lignaient amèrement de la rigueur du Prélat envers le
P'ti, et revenaient encore sur la Légende. Ce fut alors que
l'Irchevêque, si l'on en croit les Nouvelles Ecclésiastiques, leur
diavec sévérité : « Je condamne ce qu'on a fait à Rome, et je
luis aussi bon serviteur du Roi que vous; mais puisque le
»!oi l'a fait condamner par son Parlement, il était inutile
486 INSTITUTIONS
» d'en parler. Si quelqu'un remue sur cela, M. l' Officiai fera
» son devoir, et, s'il le faut, on abrégera les procédures en
» envoyant à la Grève , » ce que le Prélat répéta deux fois.
MM. les Curés se levèrent , disant « qu'ils n'avaient point des-
ï> sein de lui faire de la peine, mais de lui représenter l'état
» de leurs paroisses, et le scandale que cause la Légende qui
» est entre les mains de plus de la moitié des Prêtres du Dio-
x> cèse, qui récitent le Bréviaire Romain (I). »
Pendant que ces choses se passaient en France , Rome
outragée dans ce qu'elle a de plus cher, l'honneur des Saints
qu'elle invoque , et sa propre dignité qui n'étant pas de ce
monde ( non est de hoc mundo) , ne doit pas être sacrifiée
aux considérations humaines et personnelles, Home se
en devoir de se défendre par les armes que le Roi des rois
mis entre ses mains. En vain, les Mandements que nous
avons cités, les arrêts des Parlements eux-mêmes, en condam
nant la Légende, avaient fait leurs réserves sur la complicité
de Benoît XIII, prétendant qu'il avait ignoré cet attentat,
qu'il était trop vertueux, trop animé de l'esprit aposto-
lique des premiers siècles de V Eglise, pour s'être permis de
contrarier si violemment les maximes françaises, le saint
Pontife eut à cœur de donner un solennel démenti à ces ré-
serves infamantes. Dès le 17 septembre, on affichait dans la
Ville Sainte un Bref énergique qui commençait par ces mots:
« Comme il est parvenu à la connaissance de notre Apos
» lolat qu'il s'était répandu dans le vulgaire certains feuillets
» en langue française , avec ce titre : Mandement deMonsel
d gneur l'Evêque d'Auxerre , qui défend de réciter t'Oftict
» imprimé sur une feuille volante qui commence par ces mots
» Die 25 Maii. In Festo sancti Gregorii VII , Papae et Confes-
(I) 7 octobre 1729.
LITURGIQUES. 487
» soris. Donné à Auxerre , le vingt-quatre du mois de juillet
» mil sept cent vingt-neuf ; Nous avons choisi pour faire
» l'examen de ces feuillets plusieurs de nos vénérables frères
» les Cardinaux de la sainte Eglise Romaine , et d'autres
» Docteurs dans la sacrée Théologie , lesquels , après une
» mûre discussion , nous ont rapporté ce qu'il leur semblait
» sur cette affaire. Ayant donc entendu les avis desdits Car-
» dinaux et Docteurs , Nous déclarons de la plénitude de
» l'autorité Apostolique , les injonctions contenues dans les
» susdits feuillets, nulles, vaines, invalides, sans effet, attenta-
» toires, et de nulle force pour le présent et pour l'avenir. »
« Et néanmoins , pour plus grande précaution et en tant
» que besoin est, nous les révoquons, cassons , irritons, an-
» nulons, destituons entièrement de toutes forces et effet,
» voulant et ordonnant qu'elles soient à jamais regardées
» comme révoquées , cassées, irritées, nulles, invalides et
» abolies. Défendons en outre, par la teneur des présentes, de
» lire ou retenir lesdits feuillets, tant imprimés que manus-
» crits, et en interdisons l'impression , transcription, lecture,
d rétention et usage , à tous et chacun des fidèles Chrétiens,
d même dignes d'une mention spéciale et individuelle , sous
o peine d'excommunication encourue ipso facto par les con-
f> trevenants , et de laquelle nul d'entre eux ne pourra être
o absous que par Nous , ou par le Pontife Romain pour lors
) existant , si ce n'est à l'article de la mort. Voulant et man-
) dant d'autorité Apostolique, que ceux qui auraient ces
> feuillets en leur possession , aussitôt que les présentes
> Lettres parviendront à leur connaissance, les livrent et
> consignent aux Ordinaires des lieux, ou aux Inquisiteurs
de l'hérétique perversité , lesquels auront soin de les livrer
incontinent aux flammes (1). »
(1) Vid. la note B.
488 INSTITUTIONS
Telle fut la première sentence du Siège Apostolique contre
les oppositions françaises à la Légende de saint Grégoire VII.
Rome faisait voir assez , sans doute , qu'elle n'avait pas lancé
à la légère cet éloge d'un si illustre Pontife , et qu'elle ne re-
culerait pas dans la ligne qu'elle avait adoptée. Le Gallicanisme
n'avait cependant pas encore atteint la mesure de son audace,
en France. Le 30 septembre vit paraîlre un Mandemeut co-
lossal de Jacques-Bénigne Bossuet, Evcque de Troyes, qui
venait se joindre à ses collègues d'Àuxerre , de Montpellier et
de Metz , et affronter les redoutables hasards d'une lutte avec
l'Eglise Romaine. Ce Mandement, qui était tout un gros livre,
avait été facile à rédiger. L'auteur s'y était tout simplement
proposé d'établir la doctrine (\u premier article de la Décla-
ration de 1682, et pour cela, il avait cru suffisant de traduire
en fiançais assez lourd , plusieurs des pages que son oncle a
consacrées à celle matière, dans la Défense encore inédile
de la Déclaration du Clergé de France. Nous ne citerons que
quelques lignes de cet énorme factum tout rempli d'injures
brutales contre les Souverains Pontifes :
a Vous senlez , mes chers frères , à ce simple exposé, dit le
» Prélat , tout le poison dont celte feuille est remplie ; vous en
» comprenez tout le danger, vous apercevez sans peine les
» maximes qu'on voudrait vous inspirer, en vous proposant de
» célébrer dans vos jours de Fêtes des actions qui auraient
» dû demeurer ensevelies dans un éternel oubli , et qui m
» peuvent que déshonorer leurs auteurs ; de consacrer par
» un culte public la mémoire d'une sanglante tragédie, et de
» canoniser dans les Offices de l'Eglise , comme inspirée par
» le Saint-Esprit, une conduite entièrement opposée à l'E-
» vangile, à l'Esprit de Jésus-Christ et de la sainte Eglise. »
L'Evêque de Troyes finissait par défendre , dans tout son
Diocèse, l'usage de la Légende, pour donner au Roi de non-
LITURGIQUES. 489
velles preuves de son attachement à sa personne sacrée, de son
zèle pour la défense des droits de sa couronne et pour le main-
tien de la tranquillité de son Royaume; enfin, pour préserver
le troupeau de Jésus- Christ des illusions d'une fausse piété,
Rome ne pouvait demeurer impassible à ces nouveaux ou-
trages. Un second Bref, portant condamnation du Mandemeni
de l'Evêque de Metz , et conçu dans les mêmes termes que
celui qui avait été lancé contre l'Evêque d'Auxerre, fut so-
lennellement publié et affiché dans Rome, le 8 octobre.
En France, ces actes Apostoliques ne ralentissaient pasl
zèle des ennemis de Rome. Le scandale d'un nouveau Man-
dement contre la Légende éclatait à grand bruit. Voici en
quels termes Honorât de Quiquerand de Beaujeu , Evêque de
Castres, s'exprimait sur la Légende, dans une Lettre Pastorale
du H novembre 4729 : « Je ne puis me résoudre de traduire
» ici des paroles plus propres à scandaliser les bons Français,
»qu'à édifier les bons Catholiques. » Nous ne le suivrons
pas dans le cours de ses banales déclamations, au milieu
desquelles il cherche à insinuer que des motifs humains
pourraient bien avoir dicté seuls la Canonisation de Gré-
goire VII , et nous nous hâtons d'arriver à la conclusion, dans
laquelle le Prélat déclare que, pour prévenir autant qu'il
dépend de lui les impressions qu'une fausse maxime pourrait
faire sur les esprits de toutes les personnes qui, avec beaucoup
de piété, manquent de lumières , il défend de réciter le nouvel
Office , soit en public , soit en particulier, ordonnant que les
exemplaires en soient rapportés au Greffe de son Offîcialité :
le tout sous les peines de droit.
Quelques semaines après, le 6 décembre, Rome, pour la
troisième fois, répondait à ces grossières insultes par un
Bref qui flétrissait avec énergie le Mandement de l'Evêque de
Montpellier , et ce Bref ne tarda pas d'être suivi d'un qua-
490 INSTITUTIONS
trième, par lequel Benoît XIII, sous la date du 19 du même
mois, infligeait enfin, par son autorité Apostolique, aux Par-
lements de Paris et de Bordeaux , le châtiment qu'ils avaient
mérité par leurs Arrêts attentatoires à l'autorité du Saint
Siège et à l'honneur d'un glorieux serviteur de Dieu. Dans
ce Bref remarquable, le Pape ne se contentait pas de déclarer
abusifs et nuls pour la conscience , les arrêts et injonctions
de ces Parlements , mais il les cassait et annulait de sa propre
autorité, en la manière que dans les jours même où nous
écrivons ces lignes, Grégoire XVI vient de casser et d'annuler
tous les actes de la Régence d'Espagne qui sont contraires
aux droits et à la liberté de l'Eglise.
a Comme il est parvenu à nos oreilles, disait Benoît XIII,
» que plusieurs Magistrats, Officiers et Ministres séculiers,
» se sont élevés, dans des édits, arrêts, résolutions, or-
» donnances, mandats et autres règlements et provisions,
» sous quelque nom que ce soit , contre le Décret récemment
» publié par nous pour l'extension de l'Office de saint Gré-
» goire VII à toute l'Eglise ; Office qui , en vertu des Induits
» de Paul V, Clément X , Alexandre VIII et Clément XI , nos
» Prédécesseurs d'heureuse mémoire, se célébrait déjà pu-
bliquement et solennellement dans beaucoup d'Eglises du
» monde Chrétien, et que nous avons rendu obligatoire pour
» tous ceux qui sont tenus aux Heures Canoniales, à l'effet
» d'accroître le culte de ce saint Pontife et Confesseur qui a
» travaillé avec un courage si infatigable au rétablissement
» et au renouvellement de la discipline ecclésiastique, et à
» la réforme des mœurs ;
» Voulant, conformément au devoir de la charge Pasto-
i> raie que la divine Miséricorde a confiée à notre bassesse,
j> et qui est si fort au-dessus de nos mérites et de nos forces,
» défendre et conserver sans diminution et sans tache notre
LITURGIQUES. 491
» autorité et celle de l'Eglise , attaquées dans les pernicieuses
» entreprises de ces laïques, et ayant présente à notre esprit
» toute la suite de toutes et chacunes des choses qui se sont
» passées.. ; du conseil de plusieurs de nos vénérables
» frères les Cardinaux de la sainte Eglise Romaine, par l'au-
» torité apostolique, delà teneur des présentes, nous décla-
» rons les édits , arrêts , résolutions , décrets , ordonnances ,
» promulgués par les Magistrats même suprêmes , et tous
» Officiers ou Ministres séculiers de quelque puissance laïque
» que ce soit , contre notre susdit Décret d'extension de
» l'Office de saint Grégoire VII , nuls, vains, invalides,
» dépourvus à perpétuité de toute force , ni valeur, ainsi que
» toutes les choses qui en sont suivies ou suivraient ;
x> Et de plus, pour plus grande sûreté, et en tant que
» besoin est, par les présentes, nous les révoquons, cassons,
» irritons , annulons et abolissons à perpétuité , les privant
» de toute force et effet, et voulons qu'ils soient à jamais
» tenus pour révoqués , cassés , irrités , annulés , inva-
» lidés , abolis , et privés entièrement de toute force et
» effet, etc. (1). »
La nouvelle de ce Bref arriva bientôt en France et ne
tarda pas d'exciter la fureur des suppôts du Gallicanisme.
Le Parlement de Paris rendit, en date du 25 février 1730,
un arrêt contre la publication , distribution et exécution de
ce Bref, ainsi que de ceux qui avaient été lancés contre les
Evêques. Cette Cour exhalait son indignation par le minis-
tère de son fidèle organe, Gilbert de Voisins, qui s'exprimait
ainsi dans le début de son réquisitoire :
« Après l'arrêt solennel que la Cour rendit, au mois de
» juillet dernier, sur nos conclusions , à l'occasion de l'Office
(1) Yid. la note G.
49Î INSTITUTIONS
> de Grégoire VII , nous avions lieu de croire que nous n'au-
» rions plus d'autre devoir à remplir sur cet objet, et que la
» Cour de Rome nous en laisserait insensiblement perdre la
» mémoire.
» Mais nous reconnaissons, avec douleur, combien nos es-
» pérances ont été trompées, à la vue d'un Bref de Rome,
» que nous avons entre les mains , et dont on peut dire qu'il
» réduit en pratique la doctrine répandue dans l'Office de
» Grégoire VII , en cassant, par l'autorité Pontificale, tous
» édits, arrêts, ordonnances, et autres actes émanés à ce
» sujet des puissances séculières , même souveraines. Ce
» Bref entreprend de soumettre au Sacerdoce l'Empire tem-
» porel des souverains. Il exerce une autorité suprême sur
» des actes revêtus du caractère de leur pouvoir. Il attaque
» leur indépendance jusque dans ses fondements, et tend à
» leur ôter la voie de la défendre. »
Toutefois, l'arrêt du 23 février 1730, quoique rendu dans
les formes et imprimé , ne fut pas publié : défense expresse
en fut intimée au Parlement de la part du Cardinal de Fleury.
Déjà, dès les premiers jours du mois de décembre 1729, le
Chancelier avait écrit aux gens du Roi de tous les Parlements,
de ne faire aucun réquisitoire concernant les libertés de l'E-
glise Gallicane, sans avoir auparavant consulté la Cour; il
avait même déclaré en termes exprès , à l'Avocat-Général du
Conseil supérieur de Roussillon, qu'il fallait aller doucement
et qu'on n'était pas en position de soutenir cette affaire.
Cette conduite du Gouvernement, opposée au vœu de la
Magistrature , s'expliquera facilement , si l'on se rappelle la
situation du pouvoir royal à cette époque. Sans doute , les
maximes qui avaient prévalu depuis long-temps à la Cour de
Versailles, ne permettaient pas qu'on tolérât dans les Eglises
du Royaume l'usage de la Légende de saint Grégoire VII; mais,
LITURGIQUES. 495
d'autre part , un éclat contre Rome eût ameuté le parti Jan-
séniste , qui ne demandait qu'à se ruer contre cette autorité
sacrée que la couronne de France trouvait encore bonne à
conserver. Les pamphlets Jansénistes du temps retentissent
des accents de jubilation du parti qui se croyait à la veille de
voir rapporter, par le fait de la suppression de la Légende,
l'odieuse condamnation de la proposition XCI de Quesnel ;
mais la Cour avait besoin de la Bulle Unigenitus pour conte-
nir la séditieuse phalange des nouveaux Calvinistes, tandis
que , d'autre part , les quatre articles de 1682 , en vain révo-
qués par Louis XIV, lui semblaient le palladium de l'autorité
royale. Ce n'était donc ni des Mandements déclamatoires,
ni des arrêts fanatiques qu'il lui fallait : mais tout simplement
une résolution prise à l'amiable par le Clergé, de supprimer
sans bruit la Légende (1). Ainsi la Cour l'entendit; ainsi fut-
elle docilement comprise dans toute l'Eglise de France; en
sorte que jusqu'à la destruction de l'ancienne société, en
1789 , pas une Eglise séculière ou régulière n'avait pu inau-
gurer le culte du grand Pontife Grégoire VIL Donnons en-
core quelques traits de cette déplorable histoire.
L'Evêque d'Auxerre , toujours ardent à la défense de la
double cause Gallicane et Janséniste , sentant aussi la fausse
position de la Cour et de l'Episcopat dans leur résolution
(1) L'Archevêque de Yinlimille était trop prudent pour s'être mis
en avant a'une manière éclatante dans cette affaire. Le 6 février 1730,
il écrirait au Pape pour le prier de fermer les yeux sur ce qu'il croirait
être son affaire dans la question de la Légende, et le priait de consi-
dérer combien il lui avait fallu de courage pour ne la pas prohiber,
comme d'autres, par un Mandement. (Nouvelles Ecclésiastiques, l-r mai
1751. ) Dans le fait, pour les Prélats attachés k la doctrine de 1682 , la
position était bien difficile. Leur réserve dans une occasion si délicate
ne tarda pas k leur attirer le reproche de contradiction , de la part des
Jansénistes.
494 INSTITUTIONS
d'ensevelir la Légende sans éclat, s'agitait en désespéré pour
accroître le bruit. Il présentait requête au Parlement de Paris
contre le Bref qui avait Qélri son Mandement, ayant préala-
blement pris l'avis d'un conseil auquel ne siégeaient pas
moins de cent avocats. Peu de jours après, le 11 février
1730, il adressait ses doléances au Roi, dans une longue
lettre où il cherche à exciter le zèle du Monarque contre les
entreprises de la Cour de Uome (1). Il n'obtint cependant pas
l'éclat qu'il désirait ; car, le 18 lévrier, le Cardinal de Fleury
écrivit aux gens du Nui la lettre suivante, qui montra que
la politique du moment était de s'en tenir à la paix :
« Je n'ai rien a ajouter, Messieurs, à ce que j'écris à M. le
> premier Président ; et je m'en remets aussi aux ordres du
• Roi, que M. le Chaneelier vous communiquera. 11 suffit,
» dans les conjonctures présentes, que l'essentiel, c'est-à-dire
» les maximes du Royaume , soient à couvert : et la prudence
• demande qu'on ne cherche pas à irriter le mal, plutôt que
i de le guérir. Le Roi Veut , surtout , qu'il ne soit fait aucune
• mention de la Requête, ni du Mandement de M. l'Evêque
» d'Auxerre. Il devait savoir qu'avant de le publier, il conve-
> nait qu'il sût les intentions de S. M. sur une matière aussi
• délicate, et concerter la manière dont il s'expliquerait; et
> il est encore plus indécent qu'il fasse signer sa Requête par
> une foule d'avocats. Ce procédé tient beaucoup plus d'une
• cabale, que d'un véritable zèle. >
Or, l'année 1730 devait voir réunie l'Assemblée géné-
rale du Clergé, et chacun pensait en soi-même combien
(1) Dès le 31 décembre précédent, l'Evoque de Montpellier avait
écrit uue première Epîlre au Koi, pour lui dénoncer le danger que cou-
rait sa personne, et pour le supplier de faire faire à la prochaine Assem-
blée du Clergé une nouvelle Déclaration des quatre articles de 1682,
et de pourvoir h ce qu'elle fût lue désormais tous les ans dans l'Eglise.
LITURGIQUES. 495
alors serait embarrassante la situation des Prélats dans cette
conjoncture délicate. S'élèveraient-ils contre la Légende? la
passeraient-ils entièrement sous silence ? Tel était le pro-
blême difficile qui restait à résoudre. En attendant, soit
hasard , soit intention , l'Assemblée s'ouvrit à Paris le 25
mai, jour même de la fête de saint Grégoire VII. Le 22 juin
suivant, le Cardinal de Fleury s'étant présenté à l'Assem-
blée, et ayant pris la place du Président, SonEminence,
dans un discours sur la situation des affaires ecclésiastiques,
dit , entre autres choses , c< que personne n'ignorait avec
» quel artifice et quelle mauvaise foi les novateurs cher-
» chaient à répandre d'injustes soupçons contre le Clergé
» de France , comme si , en se déclarant aussi solennellement
» qu'il a fait en faveur de la Bulle Unigenitus, il eût eu in-
» tention secrète de favoriser des opinions aussi injurieuses
» à l'indépendance du pouvoir temporel de nos Rois, qu'op-
» posées aux anciennes maximes que les Evêques de France
» avaient, dans tous les siècles, si constamment défendues;
| que , quoique cette indigne accusation ne fut pas revêtue
» de la plus légère ombre de vraisemblance, il lui paraissait
» cependant que , pour ôter à leurs ennemis le dernier re-
» tranchement qu'ils avaient imaginé pour affaiblir l'autorité
» des jugements prononcés contre eux, il était de l'honneur
» du Clergé de s'expliquer sur cette calomnie d'une manière
» à leur fermer la bouche et à découvrir toute leur mali-
» gnité (î). »
L'Archevêque de Paris, Charles de Vintimille, dans sa ré-
plique au Cardinal, répondit en ces termes sur l'article en
question :
« A l'égard de nos maximes sur le temporel de nos Rois
(1) Procès-Verbaux du Clergé. Tome VII. page 892.
496 INSTITUTIONS
» et la fidélité que nous leur devons, qui est-ce qui les a plus
x> à cœur et qui les annonce avec plus de zèle que le Clergé
»de France? Vous savez , Monseigneur, et j'avais eu l'hon-
» neur de vous le dire en particulier, ce que pensent tous
» ceux qui composent cette illustre Assemblée , qui avait
» résolu de ne point se séparer sans s'expliquer d'une ma-
» nière à fermer la bouche à un parti opiniâtre qui , dans le
» temps qu'il méconnaît l'autorité de l'Eglise et celle du
»Roi, ose se couvrir d'un prétendu zèle pour ces mêmes
> maximes (1). »
Nous ne tarderons pas à voir comment l'Assemblée se tira
de ce pas difficile : mais, en attendant la décision, un incident
remarquable la força de prendre position sur le fait môme de
la Légende. L'Evéque d'Auxerre avait imaginé d'adresser
une lettre à l'Assemblée , pour lui remontrer l'obligation où
elle était de sévir contre la scandaleuse entreprise de Rome ,
et ramenait dans l'affaire la condamnation de la proposi-
tion XCl de Quesnel. L'Assemblée, ayant refusé d'entendre
la lecture de la lettre , prit les résolutions suivantes que nous
empruntons à son Procès-verbal :
« La Compagnie a unanimement témoigné qu'elle avait un
ajuste sujet de se plaindre de la conduite de Monseigneur
» l'Evêque d'Auxerre, qui croyait devoir exciter le zèle de
» l'Assemblée pour le maintien des droits sacrés attachés à
» l'autorité royale , comme si elle méritait d'être soupçonnée
» d'en manquer.
)> Que cette conduite de Monseigneur l'Evoque d'Auxerre
» était d'autant moins convenable, que ce Prélat s'ingérait à
» faire des exhortations à une Assemblée qui n'en avait pas
» besoin, et dont il ne pouvait ignorer les sentiments; tandis
(1) Procès- Ver baux du Clergé. Ibid, page 894.
IITURGlQtfES. 497
» qu'il était lui-même dans une désobéissance ouverte à Pau*
»torité de l'Eglise, dont il rejetait les décisions; qu'il se
» trouvait par là réfractaire aux ordres du Roi, qui, comme
» protecteur de l'Eglise , employait son autorité à en faire
j> exécuter les lois.
» Que l'Assemblée comprenait, sans peine, que le motif
» qui avait porté Monseigneur l'Evêque d'Auxerre à lui écrire,
ï> n'était que pour se donner la liberté de s'élever contre la
» Constitution Unigenitus ; mais que ce n'était pas sans in-
» dignation que l'Assemblée voyait à quels excès il s'était
» ci-devant porté contre un Jugement dogmatique de l'Eglise
» universelle, auquel tout Evêque, comme tout fidèle, doit
» adhérer de cœur et d'esprit.
» Que l'Assemblée , au surplus, était justement scandalisée
» de ce que ce Prélat prétend qu'il y a une liaison entre la
» Constitution Unigenitus et l'opinion qui combat l'indépen-*
» dance de nos Rois et de leur couronne , en ce qui concerne
» le temporel : enfin que, par toutes ces raisons, l'Assemblée
» ne devait point permettre qu'on lût la lettre que Monsei-*
» gneur l'Evêque d'Auxerre lui avait adressée (1). »
Peu de jours après, l'Assemblée eut à s'occuper de la
lettre que l'Evêque de Montpellier avait écrite au Roi , le 31
décembre 1729, au sujet de la Légende , et dans laquelle il
cherchait à jeter des nuages sur les intentions des Prélats qui
n'avaient pas jugé à propos de prohiber, par Mandements,
le culte de saint Grégoire VIL Jalouse de se justifier du soup*
çon d'indifférence pour les droits de Sa Majesté, l'Assemblée
arrêta le plan d'une Adresse à Louis XV, qui fut rédigée et si-
gnée sous la date du 11 septembre. Les Prélats s'y plaignaient;
amèrement des insinuations de l'Evêque de Montpellier contrç
(1) Procès-Verbaux. Ibid. page 1062.
T. U. 5?
498 INSTITUTIONS
leur fidélité, et disaient entre autres ces paroles remar-
quables :
a C'est par de vaines déclamations et par des imputations
» calomnieuses, que 31. l'Evêquc de Montpellier croit pou-
» voir faire oublier ses excès , et couvrir, à l'ombre d'un zèle
D amer et déplacé, les erreurs qu'il débite, et le scandale
» qu'il cause dans l'Eglise. Cet artifice n'est pas nouveau ;
» tous les sectaires l'ont mis en usage ; les ennemis de l'unité
» s'en servent aujourd'hui , et leur dessein est aisé à péné-
» trer. Occupés depuis seize ans à soulever les Magistrats et
» les peuples contre l'autorité de la Constitution , et à rendre
» méprisables ceux qui l'ont reçue , ils ont saisi l'occasion de
» la Légende de Grégoire VII ; Légende qui n'a été adoptée
» rfan? votre Royaume par aucun Evêque , et dont l'usage
» n'a été et ne sera permis dans aucun de nos Diocèses : ils
» ont cru pouvoir, par des réflexions malignes et captieuses,
» rompre l'union et le concert qui régnent entre les deux
d puissances , et , à la faveur des divisions qu'ils tentent
d d'exciter, se mettre à couvert de l'une et de l'autre ; ils
» ont voulu , par une diversion sur les contestations qu'ils
» s'efforcent de réveiller, faire perdre de vue l'intérêt com-
* mun de l'Eglise et de l'Etat , qui consiste à conserver
» l'unité de la Foi , et à ramener ou à soumettre ceux qui la
» violent.
» On affecte, Sire , de mettre une différence entre la puis-
psance de Louis XIV et la vôtre : c'est un trait également
» injurieux à Votre Majesté et à votre auguste bisaïeul : hé-
x> ritier de son trône et de ses vertus, devenu l'amour de vos
x> peuples en naissant, sans avoir jamais éprouvé aucune
* contradiction , ni domestique , ni étrangère , que pourrait-
» il manquer à Votre Majesté , pour soutenir ses droits ,
» comme il soutenait les siens? Mais, en les soutenant , ce
LITURGIQUES. 499
» grand Roi n'oublia jamais les sages ménagements que la
x> religion inspire (4). »
Voilà sans cloute quelque chose de positif. Point de Man-
dements contre la Légende de saint Grégoire VII , que l'E-
glise Gallicane appelle ici simplement Grégoire VII, dans une
occasion où il s'agit 'précisément du culte décerné à ce saint
Pontife, protestant ainsi contre le Martyrologe et contre
l'autorité qui promulgue le Calendrier Catholique ; point de
Mandements individuels et passionnés ; mais la résolution
prise, en corps, froidement et d'autorité, par l'Assemblée,
d'étouffer ce culte , d'arrêter l'effet des volontés Aposto-
liques ; de se mettre , par une désobéissance flagrante au
Saint Siège, dans une situation analogue à celle de l'Evêque
d'Auxerre , dont on signalait l'esprit de révolte. Sans doute ,
cette désobéissance de l'Assemblée aux ordres du Pape, n'a-
vait lieu que sur un point de simple discipline; mais croyait-
on pouvoir conserver long-temps dans le Clergé les liens de
la subordination , quand on les brisait si aisément à l'égard
du Pontife qui, d'après la doctrine même de 1682, rend des
Décrets qui obligent toutes les Eglises? Rome dissimula l'ou-
trage; mais elle maintint courageusement la Légende. Un
siècle s'est écoulé depuis, et voilà qu'une auréole de gloire
environne le nom de ce Grégoire VII que l'Assemblée
refusa d'appeler Saint , et la voix publique salue avec ac-
clamation celui dont les Prélats de 1750 se faisaient hon-
neur d'avoir banni la mémoire de leurs Diocèses (2). Certes,
si la patience de Dieu est d'autant plus imposante qu'il en
(t) Procès-Verbaux du Clergé. Md. page 1074.
(2) Et remarquez qu'en condamnant simplement a Poubli la mémoire
de saint Grégoire VII, l'Assemblée prêtait le flanc a ses adversaires les
Jansénistes, qui étaient en droit de lui reprocher de ne prendre que des
mesures négatives à l'égard d'une entreprise Romaine contre laquelle
500 INSTITUTIONS
puise le motif dans son éternité , combien est sublime celle
de sa noble Epouse, notre Mère, la sainte Eglise Romaine,
dont le temps vengea toujours l'injure !
Cette Adresse déplorable était signée de quatorze Arche-
vêques et Evêques de l'Assemblée , et de dix-neuf Députés
du second ordre. Un seul nom y manquait. C'était celui de
Jean-César de La Parisière , Evêque de Nîmes. Ce Prélat ,
zélé contre le Jansénisme et honoré de la haine de la secte ,
fut un de ceux qui osèrent maintenir le Bréviaire Romain
dans leurs Eglises, au milieu de l'innovation liturgique. Dans
l'Assemblée de 1750, il vit de bonne heure tout ce que la
conduite de ses collègues contre la Légende de saint Gré-
goire VII renfermait de contraire à l'honneur du Siège Apos-
tolique , et malgré tout l'éloignement qu'il professait pour
la personne et les doctrines de l'Evèque de Montpellier, il osa
refuser de prendre part à la délibération qu'on tint au sujet
de la lettre de ce Prélat au Roi, et dans laquelle on concerta
l'Adresse dont nous venons de parler. Son isolement à l'é-
gard de tout ce qui se passa dans celte affaire est expres-
sément attesté dans le Procès-Verbal de l'Assemblée (!)•
Nous ignorons comment il se put faire que ce Prélat , qui
avait refusé de partager avec ses collègues la responsabilité de
l'Adresse qu'ils présentèrent à Louis XV pour l'assurer de la
fidélité qu'ils lui garderaient aux dépens même de l'obéis-
sance jurée au Saint Siège, fut néanmoins choisi pour rédi-
ger et prononcer la Harangue au Roi, par laquelle se termi-
elle croyait pourtant devoir réclamer. Le Parlement de Paris prépara
donc un arrêt contre l'Adresse, et l'on vit paraître peu après une bro-
chure sanglante intitulée : La cause de l'Etat abandonnée par le Clergé
de France, ou Réflexions sur la Lettre de l'Assemblée du Clergé au
Roi, du 11 septembre 1730. Iu-4°, de 68 pages.
(1) Page 1073.
LITURGIQUES. 501
liaient d'ordinaire les Assemblées du Clergé. Quoi qu'il en
soit, cette Harangue courageuse et indépendante roulait uni-
quement sur les maux de l'Eglise. L'Evêque de Nîmes y si-
gnalait avec une éloquence apostolique les entreprises des
Magistrats contre la liberté ecclésiastique et l'insolence de la
secte Janséniste, enhardie par une tel!e protection; et, rap-
pelant l'obligation pour un Roi Chrétien de défendre le Clergé,
il disait ces belles paroles :
t C'est pour cela, Sire, que votre trône, qui, depuis
> qu'un saint Pontife le consacra, en arrachant le grand
>Clovis au Paganisme, n'a jamais été profané par l'erreur,
» est une ressource si sûre et si nécessaire pour nous, et que
>le droit qu'il vous a donné de nous protéger, est le plus
• auguste de tous vos litres. Nous venons à vous pour main-
tenir l'ouvrage de Jésus-Christ même, et pour nous con-
server la liberté d'un ministère dont l'usurpation et la
> violence peuvent bien arrêter l'exercice, mais qu'on ne
saurait essentiellement nous ravir,
• Tout ce qui n'est qu'humain, peut être à la merci des
> hommes; mais, pour le dépôt de la Foi, et notre juri-
diction qui en est une suite nécessaire, c'est notre trésor,
notre gloire , notre engagement : nous ne pouvons jamais
consentir qu'on nous l'enlève; nous en sommes redevables
à Dieu , à l'Eglise, aux peuples, à Votre Majesté, dont le
RÈGNE FST FONDÉ SUR LA CATHOLICITÉ , et doit tOUJOUrS SC
soutenir sur les mêmes principes (1). »
C'était le dernier soupir de l'antique liberté qui s'exhalait
ms ces fortes paroles : Votre Majesté, dont le régné est
mdè sur la Catholicité. Jamais plus un seul mot dans les
:tes du Clergé Français ne rappela cet axiome de l'ancien
!(î) Procès- Verbaux , page 1229.
502 INSTITUTIONS
Droit de la Chrétienté, qn'une nation Catholique ne pouvait
être goucei née que par un Prince Catholique.
Ce mot si court , si simple, mais si profond que l'Evèque
de Nimes avait jeté dans sa Harangue, était d'ailleurs la seule
allusion qu'elle renfermât à l'affaire de la Légende de saint
Grégoire VII ; mais on ne pouvait désavouer avec plus de dé-
licatesse tout ce qui s'était lait contre l'héroïque Pontife qu'eu
rappelant , en présence du Roi même , qu'il y avai encore
qmlque chose au-dessus île sa couronne : l'intérêt de la Ça-
thoicitc. Orl< s, la Harangue ferait oublier l'Adresse , si on
n'était contiaint de voir dans la Harangue le fait d'un seul
Evéquc , et dans l'Adresse la résolution prise et observée,
jmqu'ù la fin , par les représent; nts du Clergé d'alors, d'a-
néantir le culte de saint Grégoire VII. Or, ceci se passait en
1750î et avant la fin du même siècle, celle Royauté qui avait
\oi.Iu eue. inamisaible , était déclarée abolie à jamais. Le
Mi> i •» -sur de Louis XV, atteint du vertige dont Dieu semblait
avoir frappé c< u\ de sa race, api es s'être vu entraîné à sanc-
tionner des ach s qui anéantissaient l'Eglise, montait sur un
échafaud, sans que sa loyauté, sa vertu, ni son repentir, fus-
sent eaj ables de sauver les principes monarchiques éclipsés
p )i:r de longues ; ni;ci s encore, tandis que, ramené en
triomphe, saint Grégoire VII reparait avec une majeslé
inouïe et partagera désormais avec Cuarlcmagnele titie su-
blime de Fondateur de la Société Européenne.
Il nous tarde de finir le houleux récit des outrages qu'eut
à subir en France, au dix-huitième siècle, la mémoire de
l'incomparable Pontife. Ilâlons-nous donc de dire que VEr
vèque de M, n peilier, dans son courroux contre l'Assemblée
qui avait refuse* de s'associer à ses fureurs, attaqua violem-
ment son collègue l'Evoque de Mines, dans une Lettre Pas-
torale, en date du 50 novembre 4730, où il s'efforce de
LITURGIQUES. SOS
montrer la contradiction, évidente en effet, entre la Harangue
du Prélat et l'Adresse de l'Assemblée au Roi. « Dans la Ha-
» rangue , dit-il , on donne pour maxime que le règne de
» Sa Majesté est fondé sur la Catholicité , et qu'il doit toujours
» se soutenir sur les mêmes imncipes ; d'où il est aisé de
» conclure que si un Prince avait le malheur de tomber dans
» l'hérésie, le Pape serait en droit de le déposer, et les
» peuples seraient dispensés de lui obéir ! » D'un autre côté,
le Parlement de Paris soulevé d'indignation , préparait
une procédure contre la Harangue, et faisait faire, par
son Président, des remontrances au Roi sur les principes
attentatoires à la Majesté Royale que l'orateur y avait pro-
fessés : tout faisait présager un orage. L'esprit pacifique du
Cardinal de Fleury parvint , cette fois encore, à l'apaiser,
et le Roi s'en tint à déclarer au Parlement qu'il évoquait
l'affaire à son Conseil. Tout se termina là (1) ; les vagues
tombèrent peu à peu ; mais la France demeura en dehors
de la Catholicité, quant au culte d'un saint Pape. On put
voir alors tout le chemin qu'on avait fait depuis 1682.
(1) Nous ne pensons pas devoir ennuyer le lecteur du récit des cla-
meurs que poussèrent les Jansénistes au sujet d'un tableau que le
iCardinal de Bissy avait placé dans sa Cathédrale de Meaux , repré-
sentant un Pape assis sur son trône , revêtu pontificalement et remet-
tant un globe à un Empereur découvert et incliné. Ce Pape était
Benoît VIII, et cet Empereur saint Henri II, Patron du Cardinal de
îissy. I/Evêque de Montpellier , qui revient sans cesse sur ce sujet
lans sa volumineuse Correspondance, voulait voir dans ce Pape saint
ïrégoîre VII, et dans cet Empereur Henri IV. On ne saurait s'imaginer
outes les extravagances que cette idée lui fait dire , et que le parti
épéta sur tous les tons. Quand enfin ils eurent reconnu que ces cla-
aeurs étaient ridicules, attendu qu'il n'est dans toute la vie de saint
Jrégoire VII aucune circonstance à laquelle le tableau pût faire al-
ision, on se retrancha dans l'accusation de mauvais citoyen, contre le
'rélat qui osait mettre sous les yeux du peuple un tableau où la ma»
îsté royale était ainsi abaissée devant un Pape.
504 INSTITUTIONS
Si nous recherchons maintenant ce qui se passa clans plu-
sieurs autres contrées de l'Europe, au sujet de la Légende,
nous rencontrons des faits singulièrement humiliants pour
nous autres Français; il est triste, en effet, de voir les
adversaires de l'Eglise et les hérétiques eux-mêmes, s'unir
à nous pour anéantir le culte d'un Saint.
Naples avait eu la gloire de porterie premier coup au Siège
Apostolique dans cette déplorable circonstance. Cette ville
et son État appartenait alors à l'Empereur, qui y entretenait
un Vice-Roi. Ce personnage, nommé le Comte de Harrach,
ayant eu connaissance de l'entrée de la Légende dans
ce Royaume , s'empressa d'en dénoncer la publication au
Tribunal Napolitain dit du Collatéral, où on ne manqua pas
de la traiter comme un délit, et le Vice-Roi , le 5 mars 1729,
adressait à son Souverain un long rapport, dans lequel, après
avoir discuté longuement les graves dangers qui s'ensui-
vaient tout naturellement pour laCouronne Impériale du seul
fait de la Légende , il s'exprimait en ces termes :
t De tous ces grands et insuportables préjudices, qui
> naissent en général de la publication des susdites Leçons
> contre l'indépendance de la souveraineté, et en particulier
» contre les droits royaux de Votre Majesté , comme Empe-
» reur, il nous paraissait s'ensuivre naturellement qu'il était
* du devoir de notre charge qu'imitant la coutume et l'adresse
>de la Cour Romaine, nous eussions défendu ces Leçons,
> ordonnant aux Evêques de ne les point insérer dans les Bré-
viaires. Mais ayant fait réflexion que nonobstant cette dé-
i fense , les Ecclésiastiques auraient continué de les réciter,
» et que la prohibition d'un Office aurait causé du scandale à
» ce peuple trop superstitieux, et que la Cour de Rome, pro-
>fitant de ce mécontentement, aurait suscité d'autres incon-
» vénients qui nous auraient après obligés à prendre de plus
LITURGIQUES. 503
» grands engagements , le Tribunal du Collatéral fut d'avis de
» ne point défendre de réciter les Leçons , et qu'il était même
» plus à propos de ne faire paraître aucun ressentiment, pour
» ne pas faire connaître aux simples et aux ignorants le venin
» caché qu'elles renferment , et qu'il suffirait d'ordonner que
> les imprimeurs fussent emprisonnés et tous les exemplaires
» fussent supprimés ; et cela , sur le seul motif qu'on avait
i introduit , réimprimé , vendu ces Leçons sans ma permis-
• sion, et celle du Collatéral, contre la Pragmatique de ce
» Royaume , d'autant plus qu'elles étaient imprimées avec la
» permission des supérieurs Ecclésiastiques , quoiqu'on n'eût
» pas permis de la donner. »
Après la prohibition de la Légende de saint Grégoire Vïl ,
parle Vice-Roi de Naples, vient celle que fit, peu de jours
après , l'hérétique Archevêque d'Utrech , Corneille-Jean Bar-
chman, par un Mandement en date du 12 mai 1750. Il tient
dans cette pièce scandaleuse le même langage que nous
avons remarqué dans les Mandements desEvêques d'Auxerre,
de Montpellier, de Troyes. Ce sont les mêmes injures gros-
sières contre le chef de l'Eglise , le même mépris de ses or-
donnances. « Si la loi de la Prière , dit Barchman , doit éta-
» blir celle de la Foi , les Evêques sont obligés de veiller pour
» empêcher que rien ne se glisse dans les prières publiques
» qui puisse corrompre insensiblement la loi de la Foi, Si on
» lit dans l'Eglise l'histoire des Saints , afin qu'en considérant
» la fin de la vie de ceux qui nous ont annoncé la parole de
» Dieu, nous imitions leur foi et nous suivions leurs exemples,
• d'autant plus dignes d'être imités, que la piété y paraît
> d'une manière plus excellente ; il faut prendre garde de ne
>rien louer dans les divins Offices, que nous ne devions ap-
» prouver et imiter même, lorsque l'occasion s'en présen-
» tera. >
806 INSTITUTIONS
Le Mandement se termine par ces paroles : c A ces causes,
>pour défendre la doctrine de l'Eglise Catholique par rap-
>port à la distinction des deux puissances; pour conserver
» autant qu'il est en nous , à la puissance civile , son indé-
» pendance de la puissance spirituelle : pour donner à Nos-
»seigneurs les Etals-Généraux , suprêmes Modérateurs de
» notre République, des preuves de la fidélité que nous leur
» devons , sans affaiblir en rien le respect que nous devons au
» Saint Siège Apostolique, nous défendons de réciter l'Office
> de saint Grégoire YII , tant publiquement dans les Eglises
i qu'en particulier, à tous ceux qui sont obligés aux Heures
> Canoniales. La grâce de Dieu soit avec vous tous. Ainsi
» soît-il. >
Lorsqu'un Prélat qui se prétendait Catholique , malgré
l'Eglise , se livrait à de pareils excès , il n'y a plus lieu de
s'étonner qu'un gouvernement Protestant ne voulût pas de-
meurer en retard et se ruût avec violence contre la mémoire
du saint Pape. Ce n'est donc pas là ce qui doit nous sur-
prendre ; mais ce qui est humiliant,c'est d'être forcé de recon-
naître que ce gouvernement Protestant , dans ses mesures
hostiles à notre foi et aux objets de notre vénération, ne se
montre pas plus hostile que diverses puissances de la Com~
rntmion Romaine, Voici l'Arrêt que les Etats-Généraux des
Provinces-Unies firent publier et afficher, dans toutes les
villes de la Confédération. Il est daté du 20 septembre 1750.
« Les Etats de Hollande et de West-Frise , à tous ceux qui
» ces présentes verront, salut.
» Comme nous avons appris qu'on abuse de notre indul-
» gence à conniver l'exercice du service divin des Catholiques
» Romains, sans faire exécuter à divers égards les placards
» émanés ci-devant contre cet exercice, jusqu'au point qu'on
» imprime publiquement , dans notre pays de Hollande et de
LITURGIQUES. 507
» West-Frise, pour l'usage des Eglises Romaines, soit sépa-
» rément, soit avec ou à la fin de ce qu'on appelle Directo-
» rium ou Bréviaire , l'Office ainsi nommé du Pape Gré-
» goire VII , arrêté à Rome par l'autorité papale , le 25
» septembre 1728 ; quoique ledit Office exalte comme une
» action louable l'entreprise de ce Pape , pour avoir excom-
» munie un Empereur des Romains, privé ce Prince de son
» Royaume et absous ses sujets de la fidélité qu'ils lui avaient
» promise , et qu'on ne puisse ignorer que diverses puis-
» sauces de la communion Romaine regardent cette entreprise
» de Grégoire VII comme si séditieuse, si contraire à la tran-
» quillité publique, et d'une suite si dangereuse , qu'elles ne
» permettent pas qu'on en fasse aucun usage dans leurs
» Royaumes et Etats.
» A ces causes , après une mûre délibération, nous avons
» jugé à propos, pour la conservation de la tranquillité corn-
» mune , et pour la sûreté de la Régence et de la véritable
» Religion Réformée , de statuer et d'ordonner contre les
» entreprises et les machinations des adhérents du Siège de
» Rome , comme nous statuons et ordonnons par la pré-
» sente :
•
» Premièrement , qu'on ne pourra faire le moindre usage
» dans notre pays de Hollande et de West-Frise , soit en pu-
» blic, soit en particulier, dudit Office du Pape Grégoire VII,
» sous peine que les Prêtres Catholiques Romains qui y con-
» treviendront, seront punis sans aucune rémission comme
a perturbateurs du repos public, et que les Eglises de la Re-
» ligion Romaine, Chapelles ou autres assemblées dans les-
) quelles on fera à l'avenir usage dudit Office, seront fermées
> pendant six mois.
» En second lieu, qu'on ne pourra réimprimer dans nolre-
» dit pays, ou y apporter du dehors ledit Office, pour y être
608 INSTITUTIONS
» débité ou vendu, soit séparément, ou tel qu'il est imprimé
» à la fin dudit Directorium de la Messe et autres cérémonies
» de l'Eglise Romaine, et qu'on ne pourra faire aucune men-
» tion dudit Office dans les éditions suivantes dudit Directo-
fc rium ; le tout sous peine d'une amende de mille florins
» contre celui qui y contreviendra , dont la moitié appar-
ia tiendra à l'Officier, et l'autre au dénonciateur, et d'être
j> privé de son trafic.
» Chargeant et ordonnant à tous Officiers, Juges et Justi-
» ciers de nolredit pays , d'exécuter et de faire exécuter
» notre présent placard et Commandement , et de procéder
» et de faire procéder sans aucune grâce , faveur ou dissi-
» mulation, contre ceux qui y contreviendront ; nous voulons
» qu'il soit publié et affiché partout où besoin sera. Fait à
j) La Haye, le 20 septembre 1730 (1). »
Nous trouvons, en 1750, une circulaire partie du cabinet
impérial , et adressée aux Evoques des Pays-Bas , leur en-
joignant de supprimer au Bréviaire l'Office de saint Gré-
goire VII. Le Clergé de Belgique, déjà mécontent du joug
Autrichien , ne paraît pas avoir mis une grande importance
à celle prohibition, puisque , suivant l'Abbé Grégoire (2) , le
Gouvernement de Vienne fut obligé de renouveler la pros-
cription de la Légende , en 1774. Il est inutile , sans doute ,
de faire observer que Joseph II se montra impitoyable contre
le culte du fougueux Hildebrand ; au reste , saint Grégoire VII
ne fut pas le seul saint Pontife qu'il poursuivit an Bréviaire.
On cite, sous la date de 1787, une Ordonnance de la Régence
de la Basse-Autriche, supprimant, au Bréviaire des Chanoines
Réguliers , divers passages de l'Office de plusieurs saints
(1) Gazette de Hollande, 3 octobre 1730.
(2) Essai sur les Libertés de l'Eglise Gallicane, page 110.
LITURGIQUES. 509
Papes, entre autres celui-ci dans la cinquième Leçon de saint
Zacharie, au 15 mars : Consultus a Francis, regnum illuda
Chilperico viro stupido et ignavo, ad Pipinum pietate et for-
titudine prœstantem auctoritate Apostolica transtulit. Cet
Office de saint Zacharie n'est pas au Bréviaire Romain pro-
prement dit, mais fait simplement partie des Offices propres
du Clergé de la ville de Rome.
Pour en revenir à la Légende de saint Grégoire VII , elle a
néanmoins fini par triompher, en Autriche, du mauvais vou-
loir des gouvernants, à la condition toutefois de subir, de
par la police, une ridicule formalité. Nous ignorons à
ijquelle époque précise a été statuée cette condition ; mais tous
les Bréviaires Romains imprimés dans les Etats de l'Autriche
depuis le commencement de ce siècle, qui nous sont tombés
< entre les mains, sont remarquables par une mutilation très
curieuse. Elle consiste d'abord dans la suppression de ces
woles qui terminent la cinquième Leçon : Contra Henrici
Imper atoris impios conatus, fortisper omnia athleta impavi-
lus permansit , seque pro muro domui Israël potière non ti-
• nuit, ac eumdem Henricum in profundum malorum prolap-
um , fidelium communione , regnoque privavit, atque subditos
opulos fide ei data liberavit.
Enfin, la Censure Impériale, franchissant toutes mesures,
on contente d'avoir à jamais assuré la couronne des Césars
Dntre les entreprises de la Papauté, et garanti ainsi l'ina-
issibilité du trône de tout envahissement de la Liturgie;
Censure, disons-nous, a décrété en même temps l'impec-
.bilité impériale ; ce qui a bien aussi son mérite pour ce
onde et surtout pour l'autre. La sixième Leçon est donc
aintenue dans son entier, sauf un seul mot : l'épithète iniqui
pliquée à Henri de Germanie ! Rome et toutes les Eglises
i obéissent à ses Décrets sur la Liturgie , Usent curn ab
540 INSTITUTIONS
iniqui Benrici exercitu Romœ gravi obsidione pretneretur;
dans les Etats d'Autriche, il faut imprimer et lire simple-
ment : Cum ab Henrici exercitu Romœ, etc. Ceci ne rappelle-
t-il pas tout naturellement ce qui se passa à Milan , il y a
quelques années, quand on vit un Mandement du Cardinal
Archevêque, à l'occasion de la mort de l'EmpereurFrançois II,
repris par la censure , parce que le Prélat y exhortait les fi-
dèles de prier pour un souverain bien-aimé qui , malgré
toutes ses vertus, pouvait néanmoins avoir contracté quelques
taches de l'humaine faiblesse?
Nous voyons encore, au dix-huitième siècle, la mémoire
de saint Grégoire VII outragée dans un Etat Catholique, en
Portugal. Il ne paraît pas cependant qu'on y ait proscrit la
Légende ; mais un homme plus que téméraire , Antoine Pe-
rcira de Figueiredo, entre les nombreux écrits qu'il publia
contre les droits de l'Eglise et du Saint Siège, consacra une
dissertation spéciale à combattre la personne et les écrits de
notre grand Pontife, sous ce titre : De gestis et scriptis Gre-
gorii Vil. C'était, assurément, un outrage parti de bien bas,
que celui qui provenait d'un homme auquel son attachement
à la cause du Saint Siège avait d'abord valu la disgrâce de
Pombal, et qui devenu, sans transition, l'enthousiaste prô-
ncur de ce Ministre, l'un des plus infâmes persécuteursdel'E*
glise, se montra l'ignoble flatteur d'un aussi pauvre souverain
que le fut Joseph Ier. Non ; le caractère apostolique de saint
Grégoire VII n'avait rien de commun avec l'ex-Oratorien qui
applaudit à l'atroce supplice de Malagrida,et dont la plume vé-
nale écrivit les fades pamphlets intitulés : Parallèle d'Auguste
César et de Don Joseph, Roi magnanime de Portugal, et Vœux de
la nation Portugaise àl Ange Gardien du Marquis de Pombal(i)l
(1) Lisbonne. 1775.
LITURGIQUES. Sli
Le dix-neuvième siècle a bien fourni aussi quelques in-
sultes à la mémoire du saint Pontife. Sans parler des blas-
phèmes qui plus d'une fois , au Parlement Anglais , sont
partis du banc des Pairs Ecclésiastiques, contre la personne du
fougueux Hïldebrand , il en est dont les pays Catholiques ont
été le théâtre. Commençons par l'Italie.
Jusqu'en 1810, l'Office de saint Grégoire VII n'avait cessé
d'être célébré dans les Eglises des divers Diocèses dont se
composait le Royaume d'Italie. L'excommunication encourue
ipar Napoléon, en 1809, le rendit inquiet à l'excès, et l'on
sait en général combien de mesures persécutrices pesèrent
>ur le Clergé à cette époque. Mais ce que l'on sait moins,
:'est que le grand Empereur, en même temps qu'il élevait sa
nain contre Pie VII , osa défier aussi la majesté d'un Pontife,
utrefois , comme Pie VII , assiégé et captif, mais depuis et
jamais couronné par Celui qui le premier a bul'eau du tor-
ent , avant d'élever la tête (1). Une lettre du Ministre des
ultes, Bigot de Préameneu, écrite en février 1810, enjoi-
nait aux Evêques d'Italie d'imiter le silence de l'Eglise
allicane sur le nom et les actes d'Hildebrand. Nous ne sau-
rons dire les noms des Prélats Italiens ( il y en eut plu-
sieurs) qui préférèrent obéir à César plutôt qu'à l'Eglise; mais
iiuis avons entre les mains , et nous gardons comme un rao-
nment , la lettre autographe dans laquelle Hyacinthe de La
!mr, Archevêque de Turin, envoie au Ministre le Mande*
mt qu'il s'est fait un devoir de donner pour interdire l'Office
J saint Grégoire VII , et dont il déclare que copie est affichée
ans toutes les Sacristies des Eglises de son Diocèse. La lettre
I du 1er mars 1810.
\ peine échappé aux violences de l'aigle redoutable
II) Psalm. CIX.
512 INSTITUTIONS
qui étreignait l'Europe , mais toujours debout à la même
place, l'héroïque Hildebrand tomba en proie à ces anar-
chistes dont les désirs sont aussi des désirs de tyrannie.
En France , on vit le régicide Grégoire , dans son Essai his-
torique sur les libertés de l'Eglise Gallicane , publié en 1818 ,
accumuler contre le saint Pape et sa Légende tous les blas-
phèmes des Protestants et des Jansénistes. En Espagne , au
mois de mars 1822, on faisait aux Cortès la proposition de
supprimer une partie de V Office de Grégoire VII , comme at-
tentatoire aux droits des nations (1)! Certes, c'était là
une bien amère dérision de ces Rois et de ces Evoques cour-
tisans, occupés depuis si long-temps à poursuivre le culte
du saint Pontife , et qui l'avaient noté comme coupable de
lèse-majesté rojale ! Elle fut donc bien droite, bien pure,
la politique de ce grand homme; Dieu avait donc placé en
lui une notion bien haute du droit public, si tous les
hommes à excès se sont donné le mot pour faire de son
nom et de sa mémoire l'objet de leurs attaques. Jouissez
de cette gloire, saint Pontife : jusqu'ici nul mortel ne l'a
partagée avec vous.
Encore un outrage: ce sera le dernier. Au commencement
de l'année 1828, une nouvelle édition du Bréviaire Romain
paraissait à Paris chez le libraire Poussielgue-Rusand. L'édi-
teur avait cru pouvoir y insérer l'Office de saint Grégoire VII :
encore ne l'avait-il placé qu'à la fin du volume , ne se sentant
pas pleinement rassuré par la promesse de cette liberté reli-
gieuse garantie à tous parla Charte de 1815. Peu de jours (
après la publication du Bréviaire, certaines feuilles se disant
Libérales, et fraternisant en toutes choses avec les Cortès
Espagnoles de 1822 , se prirent à crier à l'ullramonta-
(i) L'Ami de la Religion, 15 avril 1822. Tome XXXI.
LITURGIQUES. 515
nîsme qui débordait chez nous, jusque-là, disaient-ils, qu'on
osait, en 4828, imprimer et mettre en vente la Légende de
Grégoire VII. Leurs clameurs furent entendues, et on vit, à
Paris, en 1828, la Légende de saint Grégoire Vil, soumise,
par ordre de l'Archevêché , aux mutilations que lui inflige
l'Autriche dans ses Etats, sans oublier la suppression chari-
table de J'épithète iniqui, si justement assignée à Henri IV
i par l'Eglise (1) ! Depuis dix ans, plusieurs éditions du Bréviaire
Romain ont été données , tant à Lyon qu'à Paris ; l'Office de
i saint Grégoire VII s'y lit à sa place et dans son entier, et Pe-
rdition parisienne de 1828 va s'épuisant de jour en jour, gar-
dant jusqu'ici la trace de cette dernière faiblesse que nous
n'aurions pu taire sans partialité.
Hâtons-nous de franchir quelques années difficiles; l'heure
le la réhabilitation a sonné. Le Dieu qui est admirable dans ses
iaints, a résolu enfin de venger son serviteur Grégoire. Ce n'est
lus la voix des Leibnitz, des Jean de Muller, des Voigt, etc.,
ui va retentir; ce n'est plus même celle de Joseph de Maistre,
rophète du passé , annonçant à l'Europe que le moment est
*nu d'adorer ce qu'elle a brûlé , de brûler ce qu'elle avait
ioré. Toutes les barrières sont tombées ; c'est maintenant
église de France qui proclamera saint Grégoire VII sauveur
i la société , restaurateur de la science, de la vertu et de la
stice; et l'organe de l'Eglise de France, dans l'accomplis-
ji) «Certains journaux reprochent à un Prélat illustre une édition
Bréviaire Romain , où se trouve une Légende de Grégoire VII ;
V'is l'accusateur n'ajoute pas que ce n'est point M. l'Archevêque qui
a it faire cette édition du Bréviaire Romain , qu'il a seulement auto-
ri la réimpression avant qu'elle ne se fît, qu'il n'a ni dirigé, ni sur-
vt lé l'exécution de cette eatreprise, et qu'étant averti qu'il s'était
g|;é dans la Légende de Grégoire VII une phrase en opposition avec
Imaximes , il a exigé qu'on fît en cet endroit un carton ; ce qui a eu
li| » L'Ami de la Religion, Tome LVI. page 87. 31 mai 1828.
T. il. 35
514 INSTITUTIONS
sèment de ce devoir sacré, sera ce pieux et savant Evêque,
fils , par l'intelligence autant que par le sang, du grand phi-
losophe Catholique à qui Dieu donna d'approfondir la Légis-
lation primitive des sociétés , et de comprendre dans toute
son étendue le rôle sublime du Législateur Pontife. Or, ce fut le
4 mars 1838, que fut donnée au Puy, par Monseigneur Louis-
Jacques-Maurice de Ronald, aujourd'hui Cardinal de la sainte
Eglise Romaine, Archevêque de Lyon, Primat des Caules, cette
magnifique et courageuse Lettre Pastorale sur le Chef visible
de l'Eglise, qui restera dans les annales de l'Eglise de France,
comme un des événements les plus graves qu'ait vu notre
siècle, qui en a vu un si grand nombre. C'est en ce jour mé-
morable qu'on entendit professer, avec non moins d'élo-
quence que de doctrine , du haut de la Chaire Episcopale , la<
foi dans l'infaillibilité du Pontife Romain parlant aux Eglises,
et proclamer la haute mission imposée par la Providence à
saint Grégoire VII, et si dignement accomplie par sa grande
âme.
t L'irruption des barbares, disai t le Prélat, n'était que l'image
» d'une invasion plus dangereuse pour l'Eglise et pour le monde
» civilisé ; ce n'était que la figure de cette triple coalition de
* l'ignorance , du vice et de la cupidité , ligués pour éteindre
> toute lumière, flétrir toute vertu et étouffer toute justice.
>Le moyen-âge vit cet abîme dilater ses entrailles pouren-
» gloutir la société toute entière. Et la société, où ira-t-elle
» se réfugier dans sa détresse? Encore aux pieds de la Chaire
> de saint Pierre. Là, elle trouvera son appui et son salut, dans
»un pauvre Moine élevé au souverain Pontificat, mais qui
» cachait, sous le vêtement grossier du Cloître, une âme dont
> l'élévation n'a pas été comprise, et qui le serait difficilement
* dans nos jours de spéculation et d'indifférence. Hildebrand
» mesure la profondeur de la plaie du corps social. A tout
LITURGIQUES. 515
» autre , les obstacles pour la guérir paraîtraient insurmon-
» tables ; pour Grégoire VII , c'est dans ces obstacles mêmes
» qu'il puise un nouveau courage, et va ranimer l'énergie de
»son caractère. Armé d'une force inébranlable et d'une rec-
» titude inflexible de volonté ; cédant aussi aux maximes
> de ses contemporains et à l'esprit de son temps , il en-
» treprend une lutte terrible contre son siècle et toutes les
» puissances de son siècle. La science a déserté le Sanctuaire;
» il l'y ramènera. La vertu semble être bannie de tous les
> coeurs; il la rétablira dans ses droits. La justice est foulée
9 aux pieds ; il la fera triompher. Il se croit envoyé pour op-
» poser un front d'airain au vice , qu'il le trouve à l'autel ou
>sur le trône. Toujours inaccessible à la crainte, toujours
» au-dessus des considérations mondaines, Grégoire ne don-
> nera point de repos à son zèle , jusqu'à ce qu'il ait réformé
le palais des grands, le sanctuaire de la justice, le cloître
des Cénobites, et la maison de Dieu; jusqu'à ce qu'il ait
rallumé le flambeau du savoir, les flammes célestes de la
» piété; fait passer dans les cœurs des souverains et des
> Prêtres, cet amour de la justice, cette haine de l'iniquité
qui , de son âme , où ces vertus surabondent , se répandent
avec une sainte profusion dans ses écrits , dans ses actions $
dans ses paroles, dans tout son Pontificat. Peu lui importent
les calomnies , les persécutions et la mort , pourvu qu'il
abaisse toute hauteur et fasse fléchir le genou devant les
lois éternelles de la justice et de la vérité. Dans ses démêlés
avec les Princes de la terre , on n'a voulu voir que des em-
piétements injustes; on a appelé comme d'abus des saintes
entreprises de ce grand Pape. Que pouvait-il faire, quand
les peuples , broyés sous le pressoir du despotisme insensé
de leurs maîtres , venaient réclamer à genoux , comme un
dernier secours et un extrême remède à leurs maux, Texeri
516 INSTITUTIONS
>cice sévère de sa juridiction et les foudres de ses sentences
> spirituelles? Ce qui nous étonne et presque nous scanda-
> lise , n'était aux yeux du moyen-Age que l'exercice d'un
>juste droit et l'accomplissement nécessaire d'une mission
» divine. Or, combattre pour établir partout le règne de la
» justice, de la science et de la vertu, qu'est-ce autre chose
> que de combattre pour civiliser le monde ? Ce furent là les
» combats de Grégoire VII, et le sujet pour lui d'une gloire
> immortelle. >
En lisant ces lignes si calmes , si épiscopales , dans les-
quelles est béni avec tant d'amour le nom de ce Grégoire
que nous avons vu poursuivi avec tant d'acharnement dans
les pages qui précèdent , ne semble-t-il pas au lecteur Ca-
tholique qu'il se repose avec suavité dans une paix qui ne
sera plus troublée? Après ce Mandement, on peut le dire,
la bataille est gagnée ; il n'y a plus d'Alpes ; Rome et la
France sont unanimes à célébrer la gloire et les vertus de
Grégoire , père de la Chrétienté. Tout est oublié, renouvelé;
le Christ est glorifié dans son serviteur. Mais espérons que
bientôt la louange de Grégoire ne retentira plus seulement
dans des discours et des Instructions Pastorales; que bientôt
des autels s'élèveront à sa gloire dans cette France qu'il aima
et qui le méconnut trop long-temps ; qu'enfin , le jour viendra
où nous chanterons tous à l'honneur de Grégoire ce bel éloge
que Rome et toutes les autres Eglises Latines entonnent dans
la solennité de ces saints Pontifes qui, pour leur fidélité, ont
mérité d'échanger la tiare contre la couronne de l'immorta-
lité : Dum es set summus Pont if ex terrena non metuit ; sed ad
cœlestia régna gloriosus migravit.
Si maintenant , selon notre usage , nous en venons à tirer
les conséquences des faits consignés au présent chapitre, elles
se présentent en telle abondance, qu'il nous faudrait consa-
LITURGIQUES. 517
crer un chapitre entier à les recueillir; mais nous nous borne-
rons à celles qui rentrent directement dans notre sujet.
La première, que nous offrons à ceux de nos lecteurs qui
ne comprendraient pas encore toute l'importance de la science
liturgique, est que néanmoins, ainsi qu'ils ont pu le voir, un
seul fait liturgique a suffi pour mettre en mouvement la plus
grande partie de l'Europe et pour occuper la plupart des
gouvernements, au dix-huitième siècle ; en sorte que, pour
raconter, de la manière la plus succincte, l'histoire d'une
page du Bréviaire Romain, il nous a fallu ajouter soixante
pages à cette histoire déjà si abrégée de la Liturgie.
En second lieu, on a pu remarquer avec quel soin la divine
Providence s'est servie de la Liturgie comme du seul moyen
qui restât au Saint Siège de sauver l'honneur d'un de ses plus
grands Pontifes, à une époque où tout autre moyen que la
rédaction officielle de sa Légende eût été impuissant à pré-
venir la prescription contre sa gloire.
En troisième lieu, on a été à même de voir comment un
Clergé, isolé de Rome , même dans des choses d'une impor-
tance secondaire , porte toujours la peine de cet isolement
)ar les contradictions en lesquelles il se précipite, victime de
a position fausse où il s'est placé.
En quatrième lieu, c'est un spectacle instructif de voiries
lagistrats séculiers s'arroger tout naturellement, sur les
hoses de la Liturgie, le pouvoir qu'ils refusent à Rome
ur ce point , et raisonner d'ailleurs avec justesse sur
autorité que donne immanquablement à un fait et à une
laxime, son insertion dans les Livres Liturgiques de l'Eglise
omaine.
;i8
INSTITUTIONS
NOTES DU CHAPITRE XXI,
NOTE A.
Quanta gloria publicam
Rem tuentibus indita
Sxpe jam fuerit , tuam
Hildebrande scientiam
Nec latere putavimus ,
Et puiarous. Idem sacra
Et Latina refert via ,
Illud et Capitolii
Culmen eximium, thronus
Pollens Imperii docet.
Cordis eiimius vigor
Vitae nobilis optimas
Res secuta probant quidem
Juris ingenium modo
Gujus artibus uteris.
Ex quibus Gaput urbium
Roma justior, et prope
Totus Orbis eas timet
Saeva barbaries adhuc
Clara stemmate regio.
Sed qnid istius ardui
Te laboris, et invidiœ
Fraudis aut piget, aut pudet?
Id bonis etenim viris
Vlus peste subita nocet.
Hic et Ârchiapostoli
Fervido gladio Pétri
Frange robur, et impetus
Illius, vêtus ut jugum
Usque sentiat ultimum.
Virus invidke latens
Rébus in miscris suam
Ponit invaletudincm ,
Hisque non aliis necem
Et pericula confert.
Quanta vis anathematis?
Quicquid et Marius prius
Quoique Julius egerant
Maxima nece militum
Voce tu modica facis.
Sed ut invidearis, et
Non ut invideas , decet.
Te peritia quam probi
Et boni fecit unice
Compotem meriti sui.
Omni judicio tuo
Jus favet, sine quo mihi
Nemo propositi mei
Tel favoris inediam
Praemiamve potest dare.
Roma quid Scipionibus
Ceterisque Quiritibus
Debuit mage, quam tibi
Cujus est studiis suae
Nacte via potentiae.
Qui probe quoniam satis
Multa contulerant bona
Patriae, prohibentur et
Pace perpétua frui
Lucis et regionibus.
LITURGIQUES. 519
Tu quidem potioribus Vita, civibus , ut tuis
Prœditum meritis manet Compareris Apostolis.
Gloriosa perenniter
S, Alphani Carmina. (Italia Sacra. Jnecdota Ughelliana.
Tom. X. EdiU 1722. pag. 77. )
NOTE B.
BENEDICTUS PAPA XIII,
AD PERPETUAM REI MEMORIÀM.
Cum ad Apostolatus nostri notitiam pervenerint quaedam foliaGallico
idiomate typis impressa sub titulo : Mandement de Monseigneur l'Evêque
d'Àuxerre , qui défend de réciter l'Office imprimé sur une feuille volante,
qui commence par ces mots : Die 25 maii, in Festo sancti Gregorii vu
Va* je et Confess..., Donné à Auxerre, le vingt-quatrième de juillet
mil sept cent vingt-neuf. — Nos quamplures ex Venerabilibus Fratri-
bus nostris sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalibus , aliosque in sacra
Theologia Magistros ad illorum examen delegimus , qui post maturam
eorumdem foliorum discussionem , quid sibi ea super re videretur, No-
bis retulerunt. Auditis itaque memoratorum Cardinalium , et in sacra
Theologia Magistrorum sententiis, de Apostolicae potestatis plenitu-
dine, Ordinationes in praefatis foliis contentas, nu lias, inanes, inva-
lidas , irritas, attentatas , nuliiusque omnino roboris , et momenti esse,
Bt perpetuo fore, tenore prsesentium declaramus.
Et nihilominus ad majorem cautelam , et quatenus opus sit harum
série revocamus, cassamus , irritamus, annulamus, viribusque, et
iffectu penitus, et omnino vacuamus, ac pro revocatis, cassatis, ir-
•itis , nullis , invalidis , et abolitis , viribusque , et effectu penitus
>mnino vacuis semper haberi volumus, et mandamus; folia vero pra>
licta tam impressa , quam etiam manu scripta legi, seu retineri tenore
>ariter praesentiuna prohibemus , illorumque impressionem , descrip-
ionem , lectionem, retentionem , et usum omnibus , et singulis Christi-
idelibus, etiam spécifies, et individua mentione, et expressione dig-
is, sub pœna excommunicatiohis per contrafacientes ipso facto absque
lia declaratione incurrenda , a quo nemo a quoquam , praeterquam a
[obis, seu Romano Pontifice pro tempore existente, nisi in mortis
rticulo constitutus, absolutionis beneficium valeat obtinere, omnino
uoque interdicimus. Volentes, et auctoritate Apostolica mandantes,
t quicumque folia hujusmodi pênes se habuerint , illo statim , atque
rœsentes litterœ eis innotuerint, locorum Ordinariis, vel hœreticœ
ravitatis Inquisitoribus tradere , atque consignare teneantur; ni vero
520 INSTITUTIONS
ea sibi sic Iradita illico flammis aboleri curent : in contrarium facien-
tilms non obstantibus quibuscumque.
Ut au te in eaedera présentes litterae ad omniiim notitiam facilius
perveniant, nec quisquam illaruin iguorantiam allegare possit, vo-
lumus etiam, et auctoritate prcefata decernimus, ut illre ad valvas
Basilicae Principis Apostolorum, ac Canceîlariae Apostolicae, Curiaeque
generalis in Monte Citatorio , et in Acie Campi Florai de Urbe per
aliqueni ex Cursoribus nostris, utmorisest, publicentur, illarumque
exempla ibidem affixa relinquantur, et sic publicatre omnes, et sin-
gulos quos conceruunt, perinde afficiant, ac si unicuique illorum per-
sonaliter notificaue, et intimât» fuissent.
Utque ipsarura praesentiura litterarum transumpiis, seu exemplis
etiam impressis , maou alicujus Notarii pub'ici subscriptis , et si-
gil!o personae in Ecclesia dignitate constituée munitis, eadem prorsus
lides tam in Judicio, quam extra illud ubique locorum habeatur, quœ
eisdem prxsentibus liaberelur, si forent exhibitae, vel ostensae.
Datum Romre apud Sanctuin Petrum , sab Annulo Piscatoris, die
XVII Septemb. M DGC XXIX. Pontificatus nostri Anno sexto.
NOTE C.
BENEDICTUS PAPA XIII ,
AD PERPETUA M RhI MEMORIAM.
Cum ad aures nostras pervenorit, nounullos Magistratus, seu Offi-
ciâtes, et Ministros seculares, quibusdam Edictis, Decretis, Senatus-
< onsultis, Praeceptis, Mandatis, aut id genus, aliisve quocumque no-
mine nuncupatis ordinationibus, seu Provisionibus adversusdecretum
extensionis ad universos Christi fidèles, qui ad Horas Canonicas tenen-
tur, Officii S. Gregorii Papae VII, quod prius ex Indultis fel. rec.
Pauli V, démentis X , Alexandri VIII, et démentis XI, Romanorum
Pontificum Praedecessorum nostrorum,in pluribusjamCbristianiOrbis
Ecclesiis passim recitabatur, atque publiée, et solemniter celebrabatur,
a Nobis ad augendum cultum S. Pontifias et Confessons , qui in extir-
pandis erroribus, Ecclesiastica disciplina restituenda, et instauranda,
corrupiisque moribus reforrnandis strenue, ac indefesse elaboravit,
novissime editum, iosurrexisse:
Hinc est, quod nos ex debito Pa^toralis officii , quod humilitati nos-
trse, meritis licet, et viribus longe impari, commisit divina dignatio,
nostram, et Ecclesiasticaui auctoritatem a perniciosis hujusmodi lai-
corum ;conatibus illaesam, et illibatam tueri, et conservare volentes,
necnon omnium , et singulorum, quae in praemissis, seu eorum occa-
LITURGIQUES. 521
sione quovis modo, acta, etgesta fuerunt , seriem , aliave quaecumque
etiam specificam, et individuam mentionem, et expressionem requi-
rentia, praesentibus pro plene, et sufficienter expressis, et exacte
speciflcatis habentes, de qmmpluriura venerabilium fratrum nostro-
rum, S. R. E. Cardinalium consilio, Edicta, Décréta, Senatusconsulta,
Praecepta , Mandata , et quasvis alias quocumque nomine nimcupatas
ordinationes, sive provisiones per Magistratus, etiam supremos, seu
oflSciales , et Ministros seculares aut alias a quacumque laicali po-
testate, ejusque nomine adversus Decretum extensionis Officii ejus-
dem S. Gregorii Papas VII, per Nos, sicut praemittitur, editum, quomo-
documque, et ubicumque, promulgata, et promulganda , ac quaevis
alia in praemissis , seu eorum occasione quomodolibet acta, gesta,et
ordinata, cum omnibus, et singulis inde secutis, et quandocumque
secuturis, penitus et omninonulla, inania, invalida, irrita, et de facto
praesumpta, nulliusque prorsus roboris, et momenti esse, et perpetuo
bre , Apostolica auctoritate tenore praesentium declaramus.
Et nihilominus ad majorem cautelam , et quatenus opus sit , illa
•mnia, et singula harum série itidem perpetuo revocamus, cassamus,
rritamus, annullamus, etabolemus, viribusque, et effectu penitus, et
mnino vacuamus, ac pro revocatis, cassatis, irritis, nullis, invalidis,
t abolitis, viribusque, et effectu penitus, et omnino vacuis semper
: aberi volumus : sicque et non aliter in praemissis per quoscumque
i udices ordinarios , et delegatos , etiam causarum Palatii Apostolici
udiiores, ac S. R. E. praefatae Cardinales, etiam de Latere Legatos,
liosve quoslibet quacumque praeeminentia , et potestate fungentes, et
incturos, sublata eis, et eorum cuilibet quavis aliter judicandi , et
iterpretandi facultate et auctoritate , judicari, et definiri debere; ac
rit uni, et inane si secus super his a quoquam quavis auctoritate
ienter, vel ignoranter contigerit attentari , decernimus , in contra-
um facientibus non obstantibus quibuscumque.
Ut autem eaedem présentes litterae ad omnium notitiam facilius de-
' niant , nec quisquam illarum ignorantiam allegare possit , volumus ,
: pariter decernimus, ut illae ad valvas Basilicae Principis Apostolo-
ILm , ac Cancellariae Apostolicae , Curiaeque generalis in Monte Cita-
rio , et in Acie Gampi Florae de Urbe per aliquem ex cursoribus
sstris, ut moris est publicentur, illarumque exempla ibidem affixa
llinquantur, et sic publicatae omnes, et singulos quos concemunt pe-
nde afficiant, ac si unicuique illorum personaliter notificatae , et in-
natse fuissent.
Utque ipsarum praesentium litterarum transumptis, seuexemplis,
am impressis manu alicujus INotarii publici subscriptis , et sigillo
s
522 INSTITUTIONS
personne in Ecclesiastica dignitate constitua munitis , eadem prorsus
tides tam in Judieio, quam extra illud , ubique locorum habeatur, quae
©isdem praesentibus haberetur, si forent exhibitae , vel ostensae.
Dttum Romae apud S. Petrum, sub Annulo Piscatoris, die XIX De-
cemb. fil DGC XXIX. Pontiûcatus nostri Anno sexto.
LITURGIQUES. 523
CHAPITRE XXII.
FIN DE L'HISTOIRE DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ
DU DIX-HUITIÈME SIÈGLE. — TRAVAUX DES SOUVERAINS PON-
TIFES SUR LA LITURGIE ROMAINE. — AUTEURS LITURGISTES
DE CETTE ÉPOQUE.
Dans le cours des cinq chapitres que nous venons de con-
sacrer à Phistoire de la Liturgie , dans la première moitié du
dix-huitième siècle , nous n'avons eu à nous occuper que de
la France. Ce pays tout seul a été le théâtre de la triste
révolution dont nous avons eu à retracer le désolant tableau.
Le reste de la Catholicité demeurait fidèle aux traditions an-
tiques, à l'unité Romaine de la Liturgie. Le Siège Apostolique
y réglait toujours les formes du culte ; ses décrets y étaient
reçus avec obéissance , et les livres Grégoriens continuaient
d'y servir d'expression à la piété du clergé et des fidèles.
Mais, durant les cinquante années de ce demi-siècle, la
Liturgie Romaine ne fut pas sans recevoir de précieux ac-
croissements. Pendant que l'Eglise Gallicane procédait par
voie de destruction , les Pontifes Romains , si jaloux de con-
server l'antique dépôt de saint Grégoire , l'enrichissaient de
nouveaux Offices et de nouvelles Fêtes.
Le grand et pieux Clément XI , dans sa sollicitude pour
les besoins temporels du peuple Chrétien , remplit une lacune
importante dans les livres de la Liturgie. Parmi les prières
que l'Eglise adresse à Dieu dans les diverses calamités, les
siècles précédents n'en avaient point offert pour détourner le
redoutable fléau des tremblements de terre. En l'année 1705 ,
524 INSTITUTIONS
l'Italie ayant été désolée par de nombreuses catastrophes de
ce genre, Clément XI composa et plaça dans le Missel les
trois magnifiques Oraisons qui portent en tête cette Rubrique:
Tempore terrœ motus. Au Bréviaire, dans les Litanies, il pres-
crivit désormais cette invocation : A flagello terrœ motus, li*
bcra nos , Domine.
Ce fut le même Pape qui étendit à l'Eglise universelle la
solennité du très saint Rosaire, du rite double majeur, en com-
mémoration de la victoire de Lépante. Il donna un nouvel Of-
fice de saint Joseph , établit iomUêi la fête de saint Anselme
ave île titre de Docteur, et celle de saint Pierre dWIrantara;
ai semi-doubles (elles de saint Pie V, de saint Jean de Dieu et
de sainte Hedwlge. Il créa semi-doubles d'obligation les fêtes
de saint Vincent Ferrier, de saint Anlonin et de saint Ubalde,
dont roiïice était précédemment ad libitum. Enfin, il établit
la Commémoration de saint Liboire, Evêque du Mans, au
23 juillet , en reconnaissance du soulagement qu'il avait
éprouvé par l'intercession de ce saint dans une infirmité pour
laquelle on l'invoque dans toute l'Eglise.
Innocent XIII institua la fête du très saint Nom de Jésus,
du degré double de seconde classe, et celle de saint Isidore de
Séville , double mineur avec le litre de Docteur. Il éleva au
même rang dédouble mineur, de semi-doubles qu'ils étaient,
les Oflices de saint Paul, Ermite, et de saint Jean de Dieu,
et créa semi-double d'obligation celui de sainte Elisabeth de
Portugal, qui auparavant était ad libitum.
Benoît XIII, outre la fête de saint Grégoire VII dont nous
avons parlé, institua celle des Sept Douleurs de la Sainte
Vierge, celle de Notre-Dame du Mont-Carmel , et celle de
Notre-Dame de la Mercy, toutes trois du degré double majeur.
Il établit du rite double mineur les fêtes de saint Pierre Chry-
sologue, avec le titre de Docteur; de sainte Seholaslique,
LITURGIQUES. 525
de saint Jean de Sahagun, et de sainte Rose de Lima. Il éleva
au même degré les Offices de saint Vincent Ferrier, des saints
Jean et Paul, et de sainte Brigitte, qui n'étaient que semi-
ioubles auparavant. Saint Eusèbe de Verceil et saint André
i'Avellino, furent admis au Bréviaire avec le degré semi-
\iouble par le même Pontife, qui créa semi-double d'obligation
ta fête de saint Wenceslas, qui jusque-là jouissait de ce degré
f>eulement ad libitum.
Ces travaux sur le Bréviaire Romain ne sont pas les seuls
Inérites de Benoît XIII à l'égard de la Liturgie. Le Céré-
monial desEvêques, fut, de sa part, l'objet d'une révi-
lion minutieuse et obtint d'importants accroissements , par
ras soins personnels du Pontife et de la Commission qu'il
Institua à cet effet. Le Cérémonial , ainsi réformé , fut an^
lOncé à l'Eglise Catholique et promulgué par un Bref du
mars 1727.
Aucun Pape n'a surpassé Benoît XIII , et bien peu l'ont
lijalé dans son zèle pour les Fonctions saintes. On compte
| ir centaines les autels qu'il dédia solennellement , soit à Bé-
iîvent, pendant qu'il en était Archevêque, soit à Rome, dans
cours de son Pontificat : la seule Basilique de saint Pierre
[1 renferme douze consacrés par lui. Le nombre des Eglises
|i'il dédia n'est pas moins étonnant. On le vit, entre autres,
urant son Pontificat, se transporter au Mont-Cassin, pour y
|ire la Dédicace de la nouvelle et magnifique Eglise de Saint
moît, qu'il érigea en Basilique. Désirant honorer la mémoire
| Gavant!, il créa pour l'Ordre des Barnabites, à perpétuité,
ie charge de Consulteur de la Congrégation des Rites.
i Clément XII éleva au rite double majeur la fête de sainte
me, mère de la Sainte Vierge, et transféra celle de saint
lichim au Dimanche dans l'Octave de l'Assomption. Il ins-
lia , du rang double mineur, l'Office de saint André Corsini,
526 INSTITUTIONS
à la famille duquel il appartenait ; de saint Vincent de Paul
et de sainte Gertrude. Il éleva au même degré les fêtes semi-
doubles de saint Stanislas de Cracovie et de sainte Monique,
et établit semi-doubles celles de saint Jean de la Croix et de
sainte Julienne de Falconieri.
Enfin , Benoît XIV monta sur le Siège Apostolique. Il dut
nécessairement s'occuper du culte divin, lui qui ne fut étran-
ger à aucune des nécessités de l'Eglise , et que ses doctes
écrits ont placé à la tête des liturgistes de son temps. Versé
profondément dans la connaissance des usages de l'antiquité,
ce Pontife ne vit pas avec indifférence la modification grave
qu'avait subie le Calendrier du Bréviaire Romain, depuis
l'époque de saint Pie V. Les Fériés se trouvaient diminuées
dans une proportion énorme, par l'accession de plus de cent
Offices nouveaux; le rang de doubles, assigné à la plupart de
ces Offices, entraînait de fait la suppression d'une grande
partie des Dimanches. Il était bien clair que l'antiquité n'avait
pas procédé ainsi. D'autre part, cet inconvénient de la multi-
plicité des fêtes des Saints avait été exploité par les novateurs
Français : devait-on continuer à laisser subsister un prétexte
à l'aide duquel ils avaient rendu tolérable à bien des gens
leur divorce avec les livres Romains ?
Le Pontife commença par prendre une résolution à la-
quelle il se montra fidèle dans tout le cours de son Pontificat
de dix-huit ans; ce fut de n'ajouter aucun nouvel Office au
Bréviaire (1). Seulement, il attribua à saint Léon-le-Grand le
titre de Docteur, par une Bulle solennelle; mais ce saint Pape
était déjà au Calendrier Romain depuis de longs siècles. On
aime à voir cette réclamation en faveur des usages antiques
(1) Emmanuel de Azcvedo. De Divino Officia exercîtationes selectœ.
Pars /. page 45.
LITURGIQUES. 527
cette répugnance à entrer dans des voies nouvelles qui ca-
ractérise les opérations du Saint Siège. Mais la Providence
ne tarda pas à manifester ses volontés sur cette grande
question, par l'organe des successeurs de Benoît XIV, qui
reprirent tout aussitôt l'usage d'insérer, à chaque Pontificat,
de nouveaux Saints au Bréviaire.
Benoît XIV ne chercha pas seulement à garantir l'Office du
Dimanche et celui de la Férié contre l'invasion des Fêtes nou-
velles; il projeta même une réforme du Bréviaire. Il croyait,
en effet, que si, dans le Bréviaire Romain , la partie Grégo-
rienne devait être réputée inviolable, la partie mobile, à
savoir les Leçons introduites par saint Pie V, pouvait être sus-
ceptible d'une révision. L'œuvre du seizième siècle était, sans
doute , un chef-d'œuvre pour son temps ; mais deux siècles
après, n'était-il pas possible de remplacer certaines Homélies
des saints Pères que la science moderne avait démontrées
apocryphes? de retoucher quelques Légendes, bien qu'en
très petit nombre (1) qui avaient besoin d'être mises en har-
monie avec les exigences d'une critique plus sévère? En
Conséquence , il chargea le P. Fabio Danzetta , Jésuite , de
faire un travail sur cet objet. L'ensemble des notes de Dan-
zetta sur la correction du Bréviaire Romain, ne formait pas
(1) Il ne s'agit ici que de quelques traits seulement; car on doit sa-
voir que le docte Benoît XIV était bien loin de mépriser l'autorité des
Légendes du Bréviaire Romain. Il dit même expressément , dans son
Traité de la Canonisation des Saints, qu'il n'en est pas une qui ne soit
I susceptible d'être défendue d'après les principes de la science ecclésias-
tique. Il était donc bien loin d'abonder dans le sens de nos modernes
Uturgistes , qui ont sacrifié en masse les traditions Catholiques sur
la plupart des Saints du Calendrier. Nous aurons ailleurs occasion de
juger leur travail, jour par jour ; comme aussi , nous traiterons spécia-
lement de l'autorité des Légendes du Bréviaire Romain , en général et
en particulier.
52S INSTITUTIONS
moins de quatre volumes in4° (1). Nous avons cherché en
vain ce curieux manuscrit, durant notre séjour à Rome.
Zaccaria atteste en avoir vu un exemplaire entre les mains
du Prélat, depuis Cardinal Gabrielli. Quoi qu'il en soit, loi
travail de Danzetla resta à l'état de Remarques sur le Bré-
viaire Romain , et Benoît XIV, après avoir considéré atten-
tivement les difficultés de plus d'un genre qui s'opposaient à
celte réforme du Bréviaire, finit par renoncer à son projet;
sans doute , le temps n'était pas venu encore de tenter ce
grand œuvre, peut-être parce que les inconvénients qu'on
voulait éviter n'étaient pas réels, ou encore que les principes
qui auraient présidé à ce travail n'étaient pas de nature à
l'amener à une fin heureuse et convenable.
Au reste, Benoît XIV, s'il n'opéra pas la réforme du Bré-
viaire Romain, n'en porta pas moins sa sollicitude efficace
sur un grand nombre de matières liturgiques qui la récla-
maient impérieusement. Le Martyrologe Romain dont nous
avons raconté ailleurs la réforme par Grégoire XIII, et au-
quel les Pontifes Romains avaient successivement ajouté les
noms des Saints nouvellement canonisés, fut spécialement
l'objet des travaux de Benoit XIV. Il en prépara une édition
qui parut à Rome , par son autorité, en 1748. Plus tard, il
adressa à Jean V, Roi de Portugal, des Lettres Apostoliques
dans lesquelles il rend compte , avec moins de dignité peut-
être que d'érudition, des motifs qu'il a eu d'admettre ou de
n'admettre pas certains personnages dans ce Martyrologe.
Cet immense Bref est du 1er juillet 1748.
Le Pontife s'occupa aussi du Cérémonial des Evêques, sur
lequel Benoît XIII avait déjà travaillé, ainsi que nous venons
(I) Albergotti, Evùque d'Arezzo. La Divina Salmodia. page 251.—
Il Breviarîo Romano difeso e giustificato. Anonyme. 1790. page 82.
— Zaccaria. Bibliotheca Bilualis. Tome III. pagecccxxxviij.
LITURGIQUES. 529
de le dire. La publication définitive de ce livre , dans la
forme qu'il garde encore aujourd'hui, fut faite par un Bref
du 25 mars 1752.
Le Bullaire de Benoît XIV présente de nombreuses preuves
du zèle qui l'animait pour la conservation des Rites sacrés ,
et nous aurons occasion d'y revenir souvent dans le cours
de cet ouvrage. Nous indiquerons seulement ici en passant
les nombreuses Constitutions et Règlements sur les rites des
Grecs et des autres Orientaux unis; les Bulles et Brefs, sur
la célébration de l'Octave des saints Apôtres, à Rome; sur la
défense faîte aux Evêques de j amais obéir aux Princes qui leur
enjoignent des prières publiques ; contre les Images supers-
titieuses; sur la Bénédiction des Palliums ; pour accorder
à tous les Prêtres des Royaumes d'Espagne et de Portu-
gal la faculté de célébrer trois Messes le jour de la Commé-
moration des Morts; contre la musique profane dans les
il Eglises; sur la Rose d'or; contre l'abus des Chapelles pri-
vées ; pour l'érection de l'Eglise de Saint-François, à Assise,,
I-m Basilique patriarchale , etc.
Le même Pontife, jaloux d'imiter la conduite de Benoît XIII ,
[ui avait voulu , comme nous l'avons rapporté ci-dessus, ho-
lorer la mémoire de Gavanti, créa aussi, pour l'Ordre des
"héatins, à perpétuité, une charge de Consulteur dans la Con-
régation des Rites, en reconnaissance des services rendus à
i science liturgique par le B. Joseph-Marie Tommasi et par
î savant Gaétan Merati. Peu de temps après , il fit la même
liose en faveur de la Compagnie de Jésus, et nomma Consul-
mr l'illustre P. Emmanuel Azevedo. On trouvera ci-dessous
notice des travaux de Merati et d' Azevedo.
Enfin, Benoît XIV, voulant procurer plus efficacement
icore l'avancement de la science liturgique, érigea dans le
ollége Romain, qui est en même temps une Université tenue
t. », 54
£30 INSTITUTIONS
par les Pères de la Compagnie de Jésus, une Ecole spéciale
des Rites sacrés, qui a été depuis transférée au Séminaire
Romain. On ne tarda pas à ouvrir dans différentes villes d'Italie
des Ecoles de Liturgie sur le modèle de celle de Rome. Nous
croyons faire plaisir à ceux de nos lecteurs qui s'intéressent
au progrès de la science ecclésiastique, en insérant, dans
une note, à la fin de ce chapitre, les règlements de l'Ecole
Romaine. Qui sait si quelque jour il ne nous prendra pas fan-
taisie, à nous autres Français, de nous livrer enfin à l'étude
raisonnée des Rites sacrés (1) ?
Tels furent les travaux des Pontifes Romains sur la Litur-
gie, durant la première moitié du dix-huitième siècle. Il
n'est pas rare d'entendre des personnes, graves d'ailleurs,
témoigner leur étonnement de ce que ces mêmes Pontifes,
si zélés pour le dépôt des traditions liturgiques, n'aient pas
fulminé contre les nouveautés dont les Eglises de France
étaient le théâtre à celte époque. Nous avons même été à
portée de nous apercevoir que plusieurs semblaient disposés
à regarder ce silence comme une sorte d'approbation.
Cependant, si ces personnes voulaient se donner la peine
de parcourir les Collections imprimées des Décrets des Con-
grégations du Concile de Trente et des Rites, elles y trou-
veraient des preuves multipliées des intentions persévérantes
du Saint Siège sur l'observation des Constitutions de saint
Pie V, pour le Rréviaire et le Missel Romains. Toutes ques-
tions adressées sur ce sujet , à Rome , ont été et seront tou-
jours résolues dans ce sens.
Maintenant, est-il nécessaire que le Siège Apostolique
entreprenne de faire le procès à toutes les Eglises qui, n'é-
tant pas dans le cas d'exception admis par saint Pie V, ont,
(1) Vid. la note A.
LITURGIQUES. 551
nonobstant ce, abjuré les usages Romains? D'abord , pour
cela, il faudrait qu'on eût gardé à Rome une Statistique de la
Liturgie des Eglises d'après les règles fixées dans la Bulle
Quod a nobis , afin d'être en mesure de poursuivre celles qui
se seraient écartées de leur devoir. Mais cet Etat, quand a-t-il
été dressé? par qui l'a-t-il été? Il est visible qu'avant de lancer
sa Constitution , le saint Pape n'avait même pas un rapport
exact de la situation des Eglises, quant à la Liturgie Romaine,
puisqu'il était contraint d'adopter la moyenne de deux cents
|ans de possession. De plus, il n'exigeait même pas que les
Eglises instruisissent le Saint Siège du parti qu'elles auraient
)ris; il s'en rapportait , comme on l'a vu , à la conscience des
îvêques et des Chapitres. Les Archives Pontificales ne pos-
èdent donc aucun titre de conviction contre les Eglises qui
uraient violé la Bulle. Il est vrai que le défaut de ce titre
le conviction ne saurait faire que ce qui , au seizième siècle,
ût constitué un grave délit, soit devenu légitime au dix-'
uitième.
Il y a long-temps que des novateurs ont prétendu s*auto-
ser du silence du Saint Siège dans leurs sentiments, ou leurs
raiiques audacieuses. On leur a toujours répondu que le si-
nce du Saint Siège ne devait pas plus être invoqué par eux
nnme une approbation, qu'il ne devait non plus être regardé
mime la confirmation de certaines sentences rendues dans
étroites localités. Le Pontife Romain a reçu la mission d'en-
igner ; il est le Docteur de tous les Chrétiens. Quand il a
lié, la cause est finie. Tant qu'il n'a pas parlé, on doit s'abs-
lir d'arguer quelque chose de son silence. Admettons donc,
me part, qu'il ne s'est pas expliqué sur les nouvelles Li-
^gies Françaises; mais convenons , d'autre part, qu'il n'a
> manqué une occasion pour déclarer que les Eglises as-
intes au Bréviaire et au Missel de saint Pie V n'ont point
552 INSTITUTIONS
la liberté de se donner un autre Bréviaire et un autre Missel.
Que si nous voulons chercher les raisons de la grande ré-
serve que le Saint Siège a gardé dans l'affaire des nouvelles
Liturgies, il nous suffira de nous rappeler la maxime fonda-
mentale du Gouvernement Ecclésiastique , maxime suggérée
par le Dieu fort et miséricordieux : Il n'éteindra pas la mèche
qui fume encore; il n'achèvera pas de rompre le roseau déjà
brisé (l). Est-ceà dire pour cela que Rome doit approuver l'af-
faiblissement de la lumière dans cette lampe qui devait tou-
jours luire avec splendeur , ou qu'elle devra se réjouir des
fractures imprudentes qui ont compromis la solidité du ro-
seau ? Autant vaudrait dire que Dieu , qui dissimule les péchés
des hommes à cause desla pénitence qu'ils en feront (2) , est de
connivence avec ces mêmes péchés. Et pour ne parler que des
matières contenues dans ce volume, quand Benoît XIV nous
dit, en parlant de la Défense de la Déclaration de 1682, par
Bossuet (5) , qu'il serait difficile de trouver un ouvrage aussi
opposé à la doctrine reçue partout sur les droits du Pontife
Romain, et que cependant on s'est abstenu, à Rome, de le
censurer ; quels motifs donne le Pontife pour expliquer cette
tolérance ? Met-il en avant les égards dus à la mémoire du
grand Evêquede Meaux qui a, d'ailleurs, si bien mérité de la
religion, ex tôt aliis capitibus de religione bene meriti? — N$-
dum , répond Benuii XIV. Ce fut uniquement pour éviter de
nouvelles discordes : Sed ob justum novorum dissidiorutn
timorem. Quand les Parlements Français et l'Assemblée du
Clergé de 1730 s'entendaient , chacun à sa façon , pour
supprimer le culte de saint Grégoire VII , dira-t-on que le
(1) Is. XLIII. 5. — Matth. XII. 20.
(2) Sap. XI. 24.
(ô) Vid. ci-dessus, pages 186 et 464.
LITURGIQUES. 533
silence que garda Benoît XIII signifiait qu'il renonçait à son
Décret universel pour le culte de ce saint Pontife? qu'il te-
nait pour abrogés les cinq Brefs qu'il avait rendus contre les
opposants à ce Décret? Il faut bien convenir qu'il n'en est
pas ainsi, puisque la fameuse Légende a été maintenue au
Bréviaire Romain, comme de précepte strict, pour le 25 mai,
sub pœna non satisfaciendi (1). Apprenons donc à connaître
la raison sublime de cette patience du Siège Apostolique , et
souvenons-nous que ce n'est pas la sagesse humaine , mais
la divine et éternelle Sagesse qui a donné ce conseil à ceux,
qu'elle envoyait au milieu des hommes : Soyez prudents comme
le serpent : estote prudentes sicut serpentes (2) .
Il est temps enfin de mettre sous les yeux du lecteur la
Bibliothèque des auteurs liturgiques de la période que nous
avons parcourue.
(1701). Notre liste s'ouvre par Lazare-André Bocquillot ,
Chanoine d'Avallon, qui a laissé un ouvrage assez curieux T
mais écrit avec les préjugés de son temps, intitulé : Traité
historique de la Liturgie sacrée, ou de la Messe. Paris, 1701,
in-8°. Il rédigea aussi le Rituel du Diocèse d'Autun,
(1701). Alain, Chanoine de Saint-Brieuc, a donné un vo-
lume in-12, rare et curieux , sous ce titre : Devoirs et Fonc*
tions des Aumôniers des Evêques.
(1701). Prosper Tinti , personnage que nous ne connais-
sons que par Zaccaria , est éditeur du volume intitulé : Séries
(i) Nous pouvons même attester, de science certaine , que l'Evêque
ie New- York, en 1830, ayant demandé a Rome s'il pouvait, dans son
Diocèse, omettre rofflee de saint Grégoire VII , par ce seul motif de ne
?as fournir un prétexte de plus aux continuelles déclamations contre
'Eglise Romaine , dont les journaux protestants des Etats-Unis reten-
Issent trop souvent , il lui fut répondu qu'il ne devait rien innover,
nais célébrer, comme par le passé, la fête du saint Pontife.
(2) Matth. X. 1Q.
534 INSTITUTIONS
sacrorum Rituum in aperitione portée Basilicœ Patriarchalis
sancti Pauli. Rome. in-4°.
(170-2). François-Antoine Phœbeus, publia cette année,
à Rome, trois dissertations : De sacris Liturgiœ Ritibus.
1702. in-8°.
(1702). Jean-Christophe Battelli, Bénéficier delà Basilique
Vaticane, et plus tard Archevêque d'Amasie, a laissé un
savant traité sous ce titre : Ritus annuœ ablutionis altaris
majoris Basilicœ Yaticanœ in die Cœnœ Domini, explicatus
ac illustratus. Rome. 4702 et 1707. in-8°. Il a laissé aussi :
Brevis enarratio sacrorum Rituum servatorum in aperiendo
et claudendo portam sanctam Patriarchalis Basilicœ Libe-
rianœ. Cet ouvrage, continué par Antoine-Dominique Norcia,
Chanoine de Saint-Laurent in Damaso, parut à Rome , in-f°,
en 1756.
(1703). Adrien Baillet, critique scandaleux et téméraire,
a complété ses Vies des Saints par une Histoire des Fêtes
mobiles. Paris, 1703, in-8°.
(1703). R. Vatar, auteur du livre intitulé : Des Processions
de l'Eglise , de leurs antiquités, utilités et des manières d'y
bien assister (Paris, 1703, in-8°) , ne nous est connu que par
son livre.
(1706). Jean Pastricio, Professeur de Théologie polémique
au Collège de la Propagande , a publié une dissertation sous
ce titre : Patenœ argenteœ mysticœ , quœ Foro-Cornelii in
Cathedrali Ecclesia colitur descriptio et explicatio. Rome,
4706, in-4°.
(1708). Dom Benoît Bacchini, Abbé Bénédictin de la Con-
grégation du Mont-Cassin, mérite une place distinguée parmi
les liturgistes de son temps, pour les savantes notes dont il a
enrichi son édition du Liber Pontificalis , sive vitœ Pontifi-
cum Ravennatum. Modène, 1708, 2 vol. in-4°.
LITURGIQUES. 535
(1708). Joseph Bingham, Docteur de l'Université d'Oxford
et Curé Anglican, ne saurait être oublié ici sans injustice,
ayant si grandement mérité de la science des antiquités ec-
clésiastiques et liturgiques en particulier, par le bel ouvrage
dont il publia le premier volume à Londres, en 1708, sous
ce titre : Origines Ecclesiasticœ, or tho antiquities of the
Christian Church. Cet ouvrage , grandement utile , malgré
les innombrables erreurs protestantes dont il est souillé, a
été traduit en latin par J. H. Grichow, et publié à Hall, en
onze volumes in-4°. 1724 — 1738.
(1709). Antoine Baldassari, Jésuite Italien, a publié les
ouvrages suivants : 1° Il Sacerdote sacrificante a Dio nelV
Altare > con la norma délie Rubriche, cioè il Sacerdote reso t?s-
perto nelle Cerimonie délia Messa. Pistoie. 1699. — 2° La sacra
Liturgia dilucidata. Forli et Urbin. 1697-1G98. 3 vol. in-12.
— 3° 1 Pontificii Agnus Dei dilucidati. Rome, 1700, in-12.
— 4° La Rosa d'oro, che si benedice nella quarta Domenica di
Quaresima dal sommo Ponte fice. Venise , 1709 , in-8°. — 5° Il
Pallio Apostolico dilucidato. Venise, 1719, in-8°.
(1709). Dom Thierry Ruinart, savant Bénédictin de la Con-
grégation de Saint-Maur, a laissé manuscrit l'ouvrage inti-
tulé : Disquisitio historica de Pallio Archiepiscopali , qui a
été publié parmi les ouvrages posthumes de Dom Mabillon.
1724. in-4°.
(1710). François Orlendis, Dominicain, a laissé un savant
traité : De duplici lavacro in Corna Domini. Florence, 1710,
in-4°.
(1710). Jean-Baptiste Frescobaldi, personnage qui ne nous
est connu que par Zaccaria , a laissé : Pedilavium sive de
numéro pauperum quibus lavandi sunt pedes, in feriaVCœnœ
Domini, Lucques, 1710, in-4°.
(1715). C'est l'année en laquelle mourut Jean-François de
536 INSTITUTIONS
Percin de Montgaillard, Evêque de Saint-Pons , Prélat qui
xx reçu les plus grands éloges de la part des Jansénistes et
qui les méritait. Nous avons déjà eu l'occasion de mention-
ner son zèle pour les maximes françaises sur la Liturgie.
Il publia un Traité du droit et du pouvoir des Evêques de ré-
gler les Offices divins dans leurs Diocèses» 1686. in-8°. Be-
noît XIV flétrit ce livre avec énergie et désapprouve hautement
la doctrine qu'il contient , dans son Traité de la Canonisation
des Saints, à l'article où il parle du Bréviaire Romain.
(1714). Dom Simon Mopinol, Bénédictin de la Congré-
gation de Saint-Maur, a composé des Hymnes remarquables;
on admire surtout celles d'un Oflice de l'Enfant Jésus.
(1715). D. J. Grandet, Curé de Sainte-Croix d'Angers, a
donné le curieux livre intitulé : Dissertation apologétique sur
l'apparition miraculeuse de N. S. J. C. arrivée au Saint-
Sacrement, en la paroisse des Vîmes de Saint-Florent, près
de Saumur, le 2 juin de l'année 1008. Chûteau-Gontier, 1715,
in-12. On trouve dans cet ouvrage les plus précieux détails
sur la fameuse procession de la Fête-Dieu, dite le Sacre
d'Angers.
(1715). Christophe-Matthieu Pfaff, Chancelier de l'Univer-
sité de Tubingue, entre plusieurs dissertations qu'il a lais-
sées sur des matières liturgiques, et dans lesquelles il a
répandu une érudition qui fait regretter qu'un homme aussi
distingué ait dépensé, hors de la vraie Eglise , les trésors de
sa science , a composé celle que nous avons citée ailleurs
sous ce titre : Disquisitio de Liturgiis , Missalibus , Agen-
dis, etc. Tubingue. 1721.
(1716). Philippe Buonarotli, Sénateur de Florence, illustre
archéologue, est connu par un ouvrage célèbre, indispensable
à ceux qui se livrent à l'étude des Antiquités Chrétiennes, et
intitulé : Osservazioni sopra alcuni frammentidi vasi antichi,
* LITURGIQUES. 557
ornati di figure, trovati nei Cimiterj di Roma. Florence,
1716, in-4°.
(1716). Eusèbe Renaudot, un des plus savants Ecclé-
siastiques de son temps, appartient à notre Bibliothèque
liturgique par le magnifique ouvrage qu'il publia sous le
titre de : Liturgiarum Orientalium collectio. Paris, 1716,
2 vol. in-4°.
(1717) . Jean-Baptiste Halden , Jésuite , a laissé cet ouvrage
pratique : Ephemerologion Ecclesiastico-Rubricisticum no*
vum. Brescia, 1717, in-4°
(1717). Honoré de Sainte-Marie, Carme déchaussé, dans
son célèbre traité sur l'Usage et les Règles de la Critique,
tomes II et III , traite un grand nombre de questions d'Anîi-
quité Liturgique.
(1718). Le Brun Desmarettes, Acolythe, auteur des Bré-
viaires d'Orléans et de Nevers , a laissé, sous le pseudonyme
de Sieur de Moléon , d'intéressants Voyages Liturgiques de
France, ou Recherches faites en diverses villes du Royaume.
Paris, 1718, in-8". C'est à cet auteur Janséniste que nous de-
vons la dernière édition du livre de Officiis Ecclesiasticis , de
Jean d'Avranches.
(1718). Dom Jacques Bouillart, Bénédictin de la Congré-
gation de Saint-Maur, fit paraître , cette année , une édition
in Martyrologe d'Usuard , sur le manuscrit original de cet
mteur, qui fut Moine de Saint-Germain-des-Près. Le volume
îst intitulé : Usuardi San-Germanensis Monachi Martyrolo-
tium sincerum , ad autographi , in San-Germanensi Abbatia
ervati fidem editum, et ab observationibus R, P. Sollerii 5o-
ietatis Jesu vindicatum. Paris. in4°.
(1719). Sébastien Paulli, Clerc Régulier des Ecoles Pies,
laissé une dissertation curieuse : De Ritu Ecclesiœ Ncri-
mœ eocorcisandi aquam in Epiphania. Naples, 1719, in-4%
<J
38 INSTITUTIONS
Il a traité aussi de la fameuse patène de saint Pierre Chryso-
logue, sous ce titre : De Patena argentea Foro-Corneliensi.
Naples, 1745, in-8°. Il laissa, en manuscrit, deux ou-
vrages fort importants : 1° Lexicon sacrorum Rituum Eccle-
siœ Grœcœ et Latinœ. Libri duo, in quibus Ritus utriusque
Ecclesiœ exponuntur et elucidantur ; nec non plura ad eos
spectantia, sacra vasa , vestes, libri cantus , Festivitates ,
munera Ecclesiastica, Officia, sacrorum ordinum coîlationes,
Monachorum antiquorum consuetudines , vestes , et quidquid
sacram Liturgiam spectat, ex probatissimis Auctoribus re-
censentur. 2 vol. in-fol. — 2° Collectio quarumdam precum ,
quasin sacris Liturgiis, aliisque Ecclesiasticis Ojficiis quon-
dam adhibitis, partim ex MSS. , partim ex editis vetustis Co-
dicibus eruit, notis illustravit Sebastianus Paulli. 2 vol. in-fol.
(1719). Joseph-Simon Assemani, Maronite, Archevêque
de Tyr, a rendu un éminent service aux amateurs de la Li-
turgie orientale, par la publication de sa fameuse Bibliotheca
Orientalis, où il mentionne un grand nombre de pièces con-
cernant les Offices divins. Elle parut à Rome, de 1719 à 1728.
Son édition de saint Ephrem est aussi d'un grand prix, pour
les nombreuses Hymnes de ce saint Moine, qui jusqu'alors
étaient demeurées inédites, au moins pour la plupart. Enfln,
Joseph-Simon Assemani a publié les six premiers volumes
d'un grand ouvrage , malheureusement resté imparfait ,
comme tant d'autres , et qui porte ce titre : Kalendaria Eccle-
siœ universœ. Rome, 1755-1757, 6 vol. in-4°.
(1720). Philippe Bonanni, Jésuite, est auteur du livre
intitulé : La Gerarchia Ecclesiastica considerata mile vesti
sacre e civili, usate da quelli quali la compongono, espresse,
e spiegate con le immagini di ciascun grado délia medesima.
Rome. 1720. In-4°.
(1720). Thomas Brett, Docteur Anglican , fit paraître en
LITURGIQUES < 539
cette année , à Londres , une Collection des principales Li-
turgies de l'Eglise Chrétienne usitées dans la célébration de la
sainte Eucharistie, Cette collection , en langue anglaise , se
compose : 1° De la Liturgie tirée des Constitutions Aposto-
liques; 2° de celle de saint Jacques ; 5° de celle de saint Marc ;
4° de celle de saint Jean-Chrysostôme ; 5° de celle de saint
Basile ; 6° de la Liturgie de l'Eglise Ethiopienne: 7° de celle
de Nestorius ; 8° de celle de Sévère ; 9° des fragments du
Missel Gothique de D, Mabillon ; 10° des fragments du Missel
Gallican, du même ; 11° de certaines parties du Missel Moza-
rabe; 12° du Missel Romain, édition de Rome, 1747 ; 13° delà
Liturgie d'Edouard Yï et du livre des Prières Communes ,
édition de Londres, 1749 ; 14° de la formule de communion
de l'Eglise Anglicane ; 15° du fragment de la première Apo-
logie de saint Justin, sur l'Eucharistie; 16° de la Catéchèse
cinquième de saint Cyrille de Jérusalem.
(1720). François Oudin, Jésuite, est connu par des Hymnes
en l'honneur de saint François-Xavier , qui le mirent en telle
réputation , qu'il fut prié d'en composer d'autres pour le
Bréviaire d'Autun.
(1720). Le Comte Ortensio Zago , de Vicence, l'un de ces
lavants italiens que l'on voit cultiver les sciences Ecclésias-
iques conjointement avec les sciences profanes, a laissé
leux Dissertations , savoir : De veterum Christianorum ins~
riptionibus et de Liturgiarum in rébus Theologicis usu,
>adoue, 1720, in-4\
(1720). Marc-Antoine Boldetti, Chanoine de Sainte-Marie
prans Tiberim, et Custode des Sacrés Cimetières , occupe
me place distinguée parmi les investigateurs de Rome Sou-
erraine , par son bel ouvrage qui enrichit de nouvelles dé-
ouvertes les mémoires si précieux de Bosio et Aringhi. Il
st intitulé : Osservazioni sopra % cimiterj de* Sancti Mar«
540 INSTITUTIONS
tiri, ed' Antichi Cristiani di Roma. Rome, 1720, in-fol.
(1721). Joseph-André Zaluski, Evêque de Kiow , fonda-
teur de la fameuse bibliolhèque de Varsovie, et l'un des plus
généreux défenseurs de la nationalité polonaise , est auteur
d'un livre intéressant, intitulé : Analecta historica de sa-
cra, in die Natali Domini, a Romanis Pontificibus quotan-
nis usitata ceremonia ensem et pileum benedicendi , eaqut
munera principibus Chrittianis mittendi. Varsovie, 1721,
in-4°.
(1721). Dom Ange-Marie Quirini, Bénédictin de la Congré-
gation du Mont-Cassin, Evêque de Brescia et Cardinal, ne
fut pas moins versé dans la science liturgique que dans les
autres branches de Pantiquilé ecclésiastique. Jl a laissé ,
entre autres: Oflicium Quadragesimale Grœcorum t recogni-
tum et castigatum , ad fidem prœstantissimi codicis Barberini
in latinum sermonem conversum , atque diatribis illustratum.
Borne, 1721 , in-4°. Les Dissertations que renferme ce vo-
lume, qui n'a pas été suivi du second que l'auteur avait
promis , roulent sur les objets suivants : 1° De origine et
antiquitate sacrœ Grœcorum Synaxeos ; 2° De authoribus
O/ficiiproprii Quadragesimalis Grœcorum ; 3d De Dominicis,
hebdomadibus Quadragesimalibus Grœcorum ; 4° De errori-
bus quibus édita Officii proprii Quadragesimalis Grœcorum
exemplaria conspurcantur, quibusque omnino vacant veteret
codices MSS. ; 5' De Triodicis et Theotociis Quadragesimali-
bus ; 6' De veteri Quadragesimali Grœcorum Typico.
En 1743, le même Cardinal adressa une lettre de cin-
quante-deux pages in-folio à Dom Laneau , Supérieur géné-
ral de la Congrégation de Saint-Maur , De priscis hymnogra-
phis Grœcœ Ecclesiœ (Brescia), à l'occasion des travaux
que Dom Toustain et Dom Tassin avaient entrepris sur
saint Théodore Studite. Les deux Bénédictins Français ré-
LITURGIQUES. 541
pondirent par une lettre de cinquante-deux pages w-4°, en
date du 19 avril 1744 (Paris) , dans laquelle ils proposent
des difficultés au savant Cardinal sur quelques points de sa
Dissertation.
Parmi les lettres latines du Cardinal Quirini, publiées a
Rome, il en est une où il combat sur plusieurs points la
célèbre Dissertation, en forme de Bref, que Benoît XIV a mise
en tête de son édition du Martyrologe Romain. Dans le cata-
logue que le Cardinal a dressé lui-même de ses ouvrages , il
mentionne une Dissertation De nulla Ecclesiœ N. consecra-
tione ex non rite facta duodecim crucum unctione. Il a donné
aussi, sous le titre iïEnchiridion Grœcorum (Bénévent, 1725,
m-8° ) , une collection des décrets des Pontifes Romains sur
les Dogmes et les Rites des Grecs , depuis le schisme.
(1721). Dom Dominique Fournier, Bénédictin de la Con-
grégation de Saint-Maur , est auteur des Offices de saint
Germain d'Auxerre, saint Anselme, saint Laumer de Blois,
»aint Phalier et sainte Scholastique , imprimés à Rouen , en
1721. Les Hymnes de l'Office de sainte Scholastique sont de
a composition de D. Gabriel Guérin , confrère de Four-
rier.
(1721). Pierre Moretti, Chanoine de Sainte-Marie Trans
riberim , a composé les traités suivants , dans lesquels il a
ut preuve du plus rare savoir : 1° De ritu ostensionis sa-
rarum reliquiarum , dissertatio historico-ritualis. Rome,
721 , in-4°; — 2° De ritu variandi chorale indumentum in
>lemnitate Paschali. Rome, 1722. Cet ouvrage renferme un
ipplément à la Dissertation sur TOstension des reliques;
-Z°Ritus dandi Presbyterium Papœ, Cardinalibus et Clericis
mnullarum Ecclesiarum Urbis , nunc primum investigatus
explanatus. Rome, 1741,in-4°; — 4° Parergon ad lucubra-
mem de ritu dandi Presbyterium , etc. , Sive de festo in ho«
542 INSTITUTIONS
norem Principis ApoHolorum Romœ ad dlem XXV Aprilis
instituto enar ratio. Rome, 17 42, in-4°.
(1722). François-Marie Galluzi, Jésuite, a laissé un ou-
vrage précieux sous ce titre : // rito di consecrare le Cltiese
con la sua antichità, significato , convenienza , prérogative.
Rome, 1722.
(1722). L'illustre Prélat Romain, François Bianchini, n'est
pas une des moindres gloires de la science liturgique au
dix-huitième siècle. Nous citerons ses deux savantes Dis-
sertations De Kalendario et cyclo Cœsaris ac de Paschali
Canonc Sancti llippoliti Martyris ( Rome, 1705, in-fol.) ; mais
surtout la magnifique édition du Liber Pontificalis attribué
à Anastasc le Bibliothécaire , dont il publia trois volumes en
1718, 1725 et 1728; ouvrage dont les Préfaces, les Disser-
tations et les Noies sont du plus haut intérêt pour les ama-
teurs de la science des Rites sacrés.
(1722). Michel Amati , Prêtre [Napolitain, est auteur d'une
Dissertation De opobalsami specie ad sacrum Chrisma confî-
ciendutn requisita. Naples, 1722.
(1725). Jean-Frédéric Bernard, savant libraire d'Amster-
dam , n'est point un personnage assez sérieux sous le rap-
port liturgique pour avoir droit à une place dans cette Bi-
bliothèque; nous l'y admettons cependant à raison de l'im-
portance que les gravures de Bernard Picart ont données à
son ouvrage sur les Cérémonies et coutumes religieuses de tous
les peuples du monde. Ce grand ouvrage, dans la composition
duquel il fut aidé par Bruzen de la Martinière, et dont l'esprit
protestant et superficiel n'a pas entièrement disparu dans
l'édition postérieure qu'en ont donnée les Abbés Banier et
Le Mascrier , se compose de huit tomes , en neuf volâmes in-
folio, dans la première édition de Jean-Frédéric Bernard
(Amsterdam, 1723-1745) ; elle en a onze dans celle de 1759-
LITURGIQUES. 543
1743 (Amsterdam). L'édition française est de 1741, et n'a que
sept volumes in-fol. La fortune surprenante de cet ouvrage
n'est due qu'aux dessins du célèbre graveur, et nous avons
eu plus d'une fois l'occasion de nous affliger en voyant l'im-
portance que lui attribuaient des personnes graves d'ailleurs.
(1724). C'est l'année où Benoît XUI monta sur le Siège
Apostolique : nous y rattacherons aussi ses divers travaux
liturgiques. Etant Archevêque de Bénévent, il rédigea le
Memoriale Rituum majoris kebdomadœ pro functionibus per-
solvendis , Archiepiscopo célébrante vel assistenie , ad usum
Beneventanœ Ecclesiœ. Bénévent, 1706 , in-8°. Après la mort
)îu Poniife, on fit paraître à Rome, 1756, in-4°, sous le titre
YOpera Liturgica , plusieurs opuscules qu'il avait laissés
nédits.
I (1724). Eusèbe du Très-Saint-Sacrement, Espagnol, de
Ordre des Trinitaires Déchaussés , est auteur d'un livre de
wtinentibus ad celebrationem jejunii Ecclesiastici Quatuor
nni Temporum scilicet Quadragesimœ , Pentecostes , Septem-
ïs et Decembris (Rome, 1724, in-4°), dans lequel il ex-
ique avec beaucoup d'étendue l'Office de l'Eglise pour les
urs des Quatre-Temps.
(1724). Jacques de la Baune , Jésuite , paraît être l'auteur
un ouvrage contre les innovations du fameux Curé Jubé :
est intitulé : Réflexions sur la nouvelle Liturgie d'Anières ,
24, in-12.
(1725). Nicolas Anlonelli , Cardinal, a laissé sur les ma-
ires qui nous occupent les ouvrages suivants, qui méritent
kr réputation : 1° De Titulis quos S. Evaristus Presbyteris
Imanis distribuit. Rome , 1723, in-8°. — 2° Vêtus Missale
Ëmanum Monasticum Lateranense cum Prœfationibus, notis
eêippendice. Rome, 1752, in-4°.
i!726), Pierre Lebrun , Oratorien, dont nous avons déjà
oU INSTITUTIONS
cité plusieurs fois le bel ouvrage sur la Messe, est un des
derniers écrivains liturgistes vraiment dignes de ce nom que
la France ait produits. Son savoir égala son orthodoxie.
l'Explication littérale , historique et dogmatique des Prières
et Cérémonies de la Messe est en quatre volumes in-8' , pu-
bliés à Paris , de 1716 à 1726. Cet ouvrage a été traduit en
italien, et a paru à Vérone, en 1752, in-i°. Nous avons
encore du P. Lebrun, 1° Une lettre touchant la part qu'ont
les fidèles à la célébration de la Messe. 4718, in 8°. — 2° Manuel
pour assister à la Messe et autres Offices de l'Eglise. 1718 ,
in-16. — 5" Défense de l'ancien sentiment sur la forme de la
Consécration de l'Eucharistie. M*!!, in-8 . — 4° Lettre quidé-
couvre l'illusion des journalistes de Trévoux dans le jugement
delà Défense de l'ancien sentiment sur la forme de la Consé-
cration de l'Eucharistie. 1728, in-8°. Ces deux derniers écrits
sont une réponse à la critique que le P. Bougeant, Jésuite,
avait faite d'une des Dissertations de l'Explication de la
Messe. Celle controverse qui tient aussi à la théologie sera
touchée ailleurs dans cet ouvrage.
( 1 72G) . Dom Pierre-Marie Giustiniani, Bénédiclin de la Con-
grégation du Mont-Cassin, et successivement Evêque deSa-
gone, en Corse, et de Vintimille, a laissé, au rapport d'Armel-
lini, une Dissertation, De variis Gentilium ritibus quos Chris-
tiana Ecclesia sanctificavit, atque in suum usum convertit.
(1726). Jean -Baptiste Memmi , Jésuite, est auteur du
livre intitulé : Il rito di canonizare i santi spiegato. Rome,
1726, in-8c.
(1727). Juste Fonlanini, savant Prélat Romain , a laissé:
1° Disais argenteus votivus veterum Christianorum Perusiœ
repertus , et commentario illustratus. Rome, 1727, in-4°.
2° Codex Constitutionum quas summi Pontifces ediderunt in
sokmni Canonizatione sanctorum a J vanne XV, adBenedic~
LITURGIQUES. 545
tum XIII. Rome, 1727, in-folio. 3° Note soprala Corona
Chericale degli Ordini Monastici e de' Vescovi. 4° De vcra
forma Consecrationis Corporis et Sanguinis Domini Nostri
Jesu Christi. Ces deux opuscules se trouvent dans les mé-
moires sur la vie de Fonlanini, publiés à Venise en 1736.
(1727). Jacques-Joseph Duguet, Prêtre de l'Oratoire,
dont il sortit plus tard, écrivain Janséniste fameux , a com-
posé une Dissertation théologique et dogmatique sur les Exor-
nsmes et autres Cérémonies du Baptême. Paris, 1727 , in-12.
(1727). Guillaume-Hyacinthe Bougeant, Jésuite , est connu
lans la science liturgique par les deux ouvrages suivants :
° Réfutation de la Dissertation du P. Lebrun sur la forme
'e la Consécration Eucharistique. Paris , 1727. — 2° Traité
héologique de la forme de l'Eucharistie. Lyon , 1729.
(1729). On publia cette année, à Venise, sous le titre de
Hbliotheca selecta de ritu Azymi ac Fermentât i , les Disserta-
ons de Bona, Macedo, Ciampini et Mabillon, sur la ques-
on des Azymes, réunies en deux vol. in-8°. La même com-
lation fut réimprimée à Bologne en J750.
(1731). Jérôme Baruffaldi, Archiprêtre d'une collégiale
liltalie , s'est rendu célèbre par ses Commentaria ad Rituale
maiium, imprimés pour la première fois à Venise, en 1731,
•fol.
J(l73lj. Joseph-Augustin Orsi, Dominicain, puis Cardi-
n , célèbre par son Histoire Ecclésiastique , doit être
anis dans cette Bibliothèque pour les trois ouvrages sui-
vtits : 1° Dissertatio historica , qua ostenditur Catholicam
E:lesiam tribus prioribus sœculis capitalium criminum reis
pêem et absolutionem neutiquam denegasse, et plures aliœ
imdentes quœstiones ad eorumdem temporum Chronologiam
Wesiasticam pertinentes quibusdam digressionibus data
ofta examinantur. Milan, 1730, in-8\ — 2" Dissertatio theo~
t. û. 35
546 INSTITUTIONS
logica de intocatione Spiritus Sancti in Liturgiis Grœcorum
et Orientalium. Milan, 1731 , in-4°. — 3° Dissertatio Historico-
Theologica de Chrismate confirmatorio. Milan, 1754, in-4°.
(1731). Dominique Georgï, l'un des Chapelains de Be-
noît XIV, est auteur du rare et précieux traité : De Liturgia
Romani Pontificis in solemni ceiebratione Missarum. Rome,
trois volumes in-4°. 1731 , 1743, 1714. Il a laissé aussi : Gli
àbiti sacri dcl Romano Pontefce paonazzi c neri in alcune
soknni Funzioni délia Chiesa giustificati. Rome, 1724, in-4°.
Enfin, nous avons de lui une magnifique édition du Marty-
rologe d'Adon. Rome, 1745, in-folio.
( 1 7*20) . Jean Pinius, l'un des continuateurs de Bollandus,
a donné, en tôte du sixième tome de Juillet des Actd Sanc-
torum, l'importante dissertation de Liturgia Mozarabica,
que nous avons citée ailleurs. Nous profiterons de l'occasion
pour mentionner les divers travaux liturgiques des Jésuites
d'Anvers. D'abord, leur magnifique compilation, si importante
sous tant de rapports , est avant tout une œuvre liturgique.
De plus, il n'est pas rare de rencontrer, en tête des divers
volumes, des Dissertations spéciales sur les choses du culte
divin. Le deuxième tome de Mars est remarquable par un
travail sur le Martyrologe de Bède. Le premier tome de Mai
offre , sous le titre de : Ephemcrides Grœcorum et Moscorum,
un curieux travail sur le Calendrier de l'Eglise Grecque, par
le P. Papebrok. Le deuxième tome de Juin est accompagne
d'une dissertation non moins utile du P. Nicolas Rayaeus:
De Acoluthia Oflïcii Canonici Grœcorum. Les tomes VI et VII
de Juin renferment la célèbre édition du Martyrologe dT-
suard, suivie d'un grand nombre d'autres inédits, parle P. du
Sollier. Le premier tome de Septembre présente une excel-
lente dissertation de Diaconissis, par le Père Pinius , etc.
(1729). Simon Gourdan, Chanoine Régulier de l'Abbaye
LITURGIQUES. 54^7
de Saint-Victor, personnage de grande piété et sincère or-
thodoxie , qui mourut celte année , a composé des Hymnes
et des Proses, dont plusieurs sont employées dans les livres
Parisiens actuels. Nous regrettons que le défaut de rensei-
gnements sur ce point ne nous permette pas de les désigner
autrement à nos lecteurs.
(1735). Remy Breyer, Chanoine de la Cathédrale deTroyes,
l'un des auteurs du Bréviaire de ce Diocèse, a laissé une
Nouvelle Dissertation sur les paroles de la Consécration,
Troyes, 1755, in-8°, dans laquelle il combat le sentiment du
P. Le Brun. Le lecteur se rappelle sans doute d'avoir vu le
nom de Breyer parmi ceux des Chanoines opposants au Mis-
sel de Troyes.
(1754). Le Journal des Savants de 1754 , page 641, donne
'analyse d'un ouvrage du P. de Boncrueil, intitulé : L Esprit
le l'Eglise dans la récitation de cette partie de l'Office qu'on
xppelle Complies. Imprimé à Paris, la même année , in-12.
(1755). Joseph Bianchini, neveu de François Bianchini , de
'Oratoire de Rome, a rendu de grands services à la science
titurgique, en publiant le Sacramentaire ait Léonien, qu'il fit
iaraître d'après un manuscrit de Vérone, en tête du IVe tome
le la superbe édition d'Anastase , commencée par son oncle,
t dont le cinquième et dernier volume n'a pas paru. Là
*rêface de l'Ordre Romain publié par François Bianchini,
ans son IIIe volume d'Anastase, appartient pareillement à
ioseph. Nous avons parlé, à l'article du B. Cardinal Tom-
îasi , de l'édition des OEuvres de cet illustre Liturgiste, que
oseph Bianchini avait entreprise et qu'il n'acheva pas. Il
nporte de détailler ici les matières contenues dans le seul
'orne qui parut de cette collection, à Rome, 1741 , en deux
arties. Après une préface remplie d'érudition, Bianchini
roduit les matières suivantes : 1° Johannis Pinii tract atus
548 INSTITUTIONS
de Liturgia Uispanica. 2° Nctitia Brcviarii Mozarabici.
3° Ordo divini Oflicii Gothici Mozarabici. 4° Libellus oratio-
num Ecclesiasticorum Officiorum Gothico-Hispanus , nunc •
primum in lucem éditas ex incomparabili et plusquam mille-
nario MS. codice, in fol, major is forma? , amplissimi Capiluli
Veronensis. Nous mentionnerons ici , comme tenant à notre
sujet, la belle publication projetée par François Bianchini et
commencée par son neveu, sous le titre de : Demonstratio
Jlistoriœ Ecclesiasticœ quadripartites , monumentis ad /idem
temporum et gestorum. Rome, 1752, grand in-folio.
(I7r>(i). Joseph Catalani, de la Congrégation des Iliérony-
mites de Rome , est un des plus importants lilurgistcs des
temps modernes. Ses divers ouvrages sur les Rites sacrés
sont : 1° De Codice sancti Evangclii atque servatis in ejus lec-
tione et usu variis ritibus. Rome, 1735, in-4°. — 2° Commen-
taria in Pontificale Romanum. Rome, 1730, trois volumes
in-fol. — 3° Carc moniale Episcoporum commentariis illustra- •
tum. Rome, 1744 , deux, volumes in-fol. — 4° Sacrarum Cœ-
remoniarum sive Rituum Ecclesiasticorum S, R. E. libri très
ab Augustino Patricio ordinati et a Marcello Corctjrensi Ar-
chiepiscopo primum editi, commentariis aucti. Rome, 1730,
deux volumes ÎD-fol. — 5° Rifuale Roman um Bencdicti Papœ
XIV jussu editum et auclum, perpeluis commentariis exor-
natum. Rome, 17o7, deux vol. in-fol.
(173G). Jean de Johannc, Chanoine de la Cathédrale tic
Païenne , a travaillé sur la Liturgie des Eglises de Sicile, an-
térieure au Bréviaire de S. Pie V, et qui n'était autre que la
Liturgie Romaine-Française , introduite en Sicile par les Ducs
d'Anjou. Son livre est intitulé : De dicinis Siculorum Officiis.
Palerme, 173G, in-4\
(1736). Gaétan-Marie Mciati, Théatin, est fameux par ses
nouvelles observations et additions au Thésaurus sacrorum
LITURGIQUES. 549
Rituum de Gavonti. Elles parurent d'abord en quatre volumes
in-4% à Rome, en 173G, 1737, 1738, et sont dans les mains
de tous ceux qui s'occupent de Liturgie sous le point de vue
pratique. Merati entreprit son travail à la sollicitation du
Cardinal Lambertini, qui, devenu Pape, témoigna la plus
grande estime pour les travaux et la personne de ce litur-
giste, au point qu'il alla lui rendre visite dans sa dernière
maladie. Merati préparait une collection des Liturgies Occi-
dentales, dont il avait concerté le plan avec le B. Tommasi,
son confrère. Il mourut en 1745, laissant une bibliothèque
considérable en livres liturgiques, et dont Benoît XIV voulut
enrichir la sienne.
(1737). C'est l'année où mourut le P. Antoine-Marie Lupi,
auteur de la célèbre Dissertation sur l'Epitaphe de sainte
Sévère, et de tant d'autres travaux archéologiques. Il a traité
avamment des Baptistères anciens et de plusieurs autres
natières liturgiques. Ces divers mémoires ont été recueillis
>ar Zaccarîa, sous le titre de : Disscrtazioni, lettere ed altre
pperette, con giunteed annotazioni. Faenza, 1755, in-4° en
!eux parties.
(1737). Agnello Onorato, Chanoine d'Aversa, fit paraître
Lucques, en 1737, in-4°, neuf Dissertations sur diverses
lèses de l'antiquité Ecclésiastique, dont plusieurs ont trait
la science liturgique. Nous citerons en particulier la qua-
ième qui est intitulée : Dell' estrema unzione : dell' antico
ia lodevol rito di santa Chiesa n'elV amministrare agl'in-
rmi la sacra unzione prima di dar loro il viatico.
(1757). Dom Léger Mayer, Bénédictin de l'Abba je de Mûri,
I Suisse, est connu par son Explicatio compendiosa litteralit
storica cœremoniarum , earum prœcipue quœ ad S. Litur-
nm spectant. Tugii. 1757, in-12.
|(1737). Jean Bottari, Prélat Romain, a complété la série
550 INSTITUTIONS
des ouvrages qui traitent des monuments de Rome Souter-
raine, si importants pour la science liturgique, par son beau
travail intitulé : Sculturc e pitture sacre estratte da Cimeteri
di Roma, publicate gia dagli Autori délia Roma Sotterranea
nuovamente date in luce colle spiegazioni. Rome. 3 volumes
in-folio. i757, 1746 et 1754.
(1759). Dora Germain Cartier, Bénédictin d'Ettenhci-
munster, au Diocèse de Strasbourg, a composé un ouvrage
très utile à ceux que leur vocation appelle à célébrer l'OAice
divin; il est intitulé: Psalmodiœ Ecclesiasticœ dilucidatio*
Strasbourg, 1759, in-8°.
(1741). Jean Lebeuf, Sous-Chantre de la Cathédrale
d'Auxerre, personnage grandement érudit, mais qui eut le
malheur de fabriquer durant sa vie une trop grande masse
de plain-chant, a laissé un Traité historique et pratique sur
le Chant Ecclésiastique. Paris, 1741, in-8°. Il est auteur du
Martyrologium Autisiodorcnse.
(1740). Jean-Chrysoslome Trombelli, Chanoine Régulier,
l'un des hommes les plus versés dans la science liturgique
qu'ait eu l'Italie au dix -huitième siècle, a laissé, entre
autres ouvrages, trois magnifiques traités : De cultu sanc-
torum dissertationes decem quibus accessit appendix de Cruce.
Bologne, 1740. Cinq volumes in -4° et six avec les Vin'
diciœ — Mariai Sanctissimœ Vita ac gesta , cultusque illi
adhibitus per dissertationes descripta, Bologne, 1761. Six
volumes in-4°. — Tract atus de Sacramentis per polemicas et
Liturgicas dissertationes dispositi. Bologne, 1775. Douze vo-
lumes in-4°. Cet illustre liturg'ste a donné une édition de
YOrdo Ofliciorum Ecclesiœ Senensis ab Oderico ejusdem Ec~
cle&iœ Canonico compositus, ouvrage inédit, et dont Mura-
tori avait indiqué l'existence au tome Ve de ses Antiquitates
Italicœ. L'édition de Trombelli est de Bologne , in-4°.
LITURGIQUES. 551
(1745). Jacques Merlin, Jésuite, a composé un Traité his-
torique et dogmatique sur les paroles ou les formes des sept
Sacrements de l'Eglise. Paris, 1745, in-I2.
(1745). Joseph-Michel Cavalieri, Augustin, est célèbre
parmi les auteurs pratiques sur la Liturgie , par ses savants
Commentaires sur les Décrets de Congrégations des Rites,
dont la meilleure édition parut après la mort de Fauteur, en
1758, Venise, cinq tomes in-folio, sous ce titre : Cavalieri
opéra omnia Liturgica, seu commentaria in authentica S. R. C.
Décréta. Cavalieri se montre, en beaucoup d'endroits, hostile
à Merati, et le combat avec affectation ; ce qui lui attira une
réplique assez énergique de la part d'un certain Charles de
Ponivalle, qui publia des Mémoires en Italien sur la vie et
les écrits de Merati , à Venise , 1755, in-4°.
(1745). DomBennon Lôbel , Bénédictin Allemand, Abbé de
Sainte-Marguerite de Prague, a composé une savante dis-
sertation sur la fameuse Médaille de Saint Benoît , qui a été
l'objet des sarcasmes de J.-B. Thiers, comme aussi des naï-
vetés de plusieurs] personnes contemporaines. Elle est inti-
tulée : Disquisitio sacra numismatica de origine , quidditate,
nrtute, pioque usu Numismatum t seu Crucillarum Sancti
Benedicti Abbatis,per SS. D. iV. Benedictum %1V. P. M. ins*
•aurato. Vienne, 1745, in-8°.
(1744). Jean Marangoni , Adjoint à Boldetti dans la garde
les sacrés Cimetières, a laissé un ouvrage d'une valeur inap-
>réciable pour l'archéologue et le liturgiste. Il porte ce titre :
")elle cose gentilesche e profane trasportate ad uso e ad orna-
unto délie Chiese. Rome, 1744, in-4°. Il y a aussi des choses
rès importantes pour la science liturgique, dans le savant
uvrage du même auteur sur la chronologie des Papes,
ntitulé ; Chronologia Romanorum Pontificum superstes in
552 INSTITUTIONS
fariete australi Basilicœ S. Pauli viœ Ostiensis. Rome, 1751,
ïn-folio.
(1744). Dom Charles-François Toustain et Dom René-Pros-
per Tassin , Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur,
auteurs du Nouveau Traité de Diplomatique, appartiennent
à notre Bibliothèque, non seulement par la Lettre au Car-
dinal Quirini dont nous avons parlé plus haut, mais aussi
par leurs grands travaux, malheureusement restés manus-
crits, pour l'édition de saint Théodore Studite, l'un des
principaux hymnographes de l'Eglise Grecque. Dans la Lettre
au Cardinal Quirini, ils démontrent qu'il y a une véritable
poésie imitée des anciens poètes dramatiques, dans les Tro-
paires , Stichères, Odes et Cantiques du saint Abbé de Stude.
Il est fâcheux qu'ils n'aient pas étendu cette observation aux
autres monuments du même genre , tant de l'Eglise Grecque
que de l'Eglise Latine. Dom Toustain a laissé manuscrit un
ouvrage intitulé : Recherche sur la manière de prononcer les
paroles de la Liturgie chez les Grecs et les Orientaux, où l'on
prétend réfuter la Dissertation du P. Le Brun sur le même
sujet. Nous n'avons pas besoin de signaler l'esprit qui a
présidé à la composition de cet ouvrage.
(1745). Antoine Martinetli a laissé un livre important sous
ce titre : Depsalterio Romano. Rome, 1745, in-folio.
(1745). Dom Charles Chardon , Bénédictin de la Congré-
gation de Saint- Vannes, est connu avantageusement par un
ouvrage plein de recherches, intitulé : Histoire des Sacre-
ments, ou de la manière dont ils ont été célébrés et adminis-
trés dans l'Eglise , et de l'usage qu'on en a fait depuis le temps
des Apôtres jusqu'à présent. Paris, 1745. Six volumes in-12.
Celte histoire a été traduite en Italien.
(1646). Jean-Baptiste Gattico, Chanoine Régulier de La-
tran, est connu par les ouvrages suivants : 1° De Oratoriis
LITURGIQUES. 555
domesticis et de usu Altaris portatilis, juxta veterem ac recen-
tem Ecclesiœ disciplina m. Rome, 1746, în-fol. — 2° Epistola
Apologetica ad amicum , dans laquelle l'auteur défend ce qu'il
a avancé au chapitre XXIX du précédent ouvrage , au sujet
de l'administration du Sacrement de l'Eucharistie dans les
Oratoires privés. Bergame, 1751. — 3° Acta selecta Cœremo-
nialia sanctœ Romanœ Ecclesiœ ex variis MSS. Codicibus
et Diariis sœculi XV. XVI. XV1L Rome, 1753, in-folio; un
volume et demi , l'impression du second n'ayant point été
achevée. Cet ouvrage renferme des détails du plus grand
prix pour l'histoire domestique de la Cour de Rome, autant
que pour la Liturgie.
(1747). C'est l'année où parurent à Rome, en douze vo-
lumes in-folio, les œuvres du grand Pontife Benoît XIV,
dont le nom seul rappelle la plus vaste science liturgique
dont jamais un homme ait été orné. Il suffira sans doute
de désigner ici en abrégé les divers ouvrages de ce grand
homme , puisqu'ils sont entre les mains de tout le monde.
1° De servorum Dei Beatificatione et de Beatorum Canoniza-
tione. — 2° De Sacrosancto Missœ Sacrificio. — 3° De Festis
D. N. J. C. et B. M. V. Le Bullaire et les Institutiones Ec-
clesiasticœ renferment une infinité de question liturgiques
que l'illustre auteur discute et approfondit toujours. Nous
avons parlé de son édition du Martyrologe.
(1747). Robert Sala, Cistercien de la Congrégation des
Feuillans d'Italie, personnage dont nous avons déjà parlé
à propos du Cardinal Bona , son confrère , a enrichi de notes
précieuses les deux livres Rerum Liturgicarum du pieux et
docte Cardinal. Cette édition , dédiée à Benoît XIV, est en
trois volumes in-folio. Turin, 1747. Ils ont été suivis d'un
quatrième , contenant les lettres de Bona.
(1748). L'illustre Louis-Antoine Muratori, dont le nom
554 INSTITUTIONS
seul rappelle les prodiges de la science la plus colossale, ne
dédaigna pas les études liturgiques, et s'est acquis le droit
de figurer dans notre Bibliothèque par sa Liturgia Romana
vêtus tria Sacramentaria complectens. Venise, 1748. Deux
volumes in-folio. On dit cependant que le fonds de ce tra-
vail appartient au savant Dom Benoît Bacchini , Bénédictin
de la Congrégation du Mont-Cassin.
(1749). Thomas-Marie Mamachi , Dominicain fameux, mé-
rite aussi une place dans ce catalogue , pour le magnifique
ouvrage qu'il voulut opposer aux Origines Christianœ de
Bingham. Il est intitulé : Originum et Antiquitatum Christia-
narum libri viginti. Rome, 1749-1755, cinq volumes in-4°.
Malheureusement, cet ouvrage, quelque peu gûté par cer-
tains traits échappés à un esprit de corps injuste , est resté
incomplet. Nous citerons encore , parmi les écrits de Mama-
chi : De' costumi de* primitivi Cristiani. Rome , 1755-1757,
trois volumes in-8°.
(1749). Léonard Cecconi, Evêque de Montai te , est connu
par sa Dissertazione sopra l'origine , signifcato , uso e morali
ammaestramenfi per la divota recita dell' Alléluia. Velletrj,
1749, in-8°.
(1749). Joseph- Aloyse Assemani, neveu de Joseph Simon,
est à jamais illustre par sa magnifique collection liturgique,
intitulée : Codex Liturgicus Ecclesiœ universœin XV Libros
distributus, in quo continentur Libri Rituales , Missales,
Pontificales , Officia, Diptycha, etc., Ecclesiarum Qccidentis
et Orientis. Le premier volume parut à Rome, en 1749,
in-4°. Cet œuvre , comme tant d'autres , est demeurée ina-
chevée, neuf volumes seulemement ayant paru. Vingt au-
raient à peine suffi à remplir le plan de fauteur. Il a
laissé , en outre , une Dissertation de Sacris Ritibus, Rome ,
LITURGIQUES. 555
1757, in-4° ; et un Traité de Eccïesiis , earum reverentia et
asylo. Rome, 1756, in-fol.
(1749). Cousin de Contamine, séculier, employé dans les
Fermes Royales, fit paraître, sous le voile de l'anonyme, une
brochure intitulée: Traité critique du plain-chant usité aujour-
d'hui dans l'Eglise, contenant les principes qui en montrent
les défauts et qui peuvent conduire à le rendre meilleur. Paris,
1749, in-12 de 69 pages. On remarque , en tête du volume,
une vignette sur laquelle est représenté un bœuf piqué par
un cousin; ce qui signifie assez que l'auteur, en faisant allu-
sion à son propre nom, a eu en vue d'attaquer l'Abbé Lebeuf.
(1750). Poisson, Curé de Marchangis, a laissé, sur le Chant
Ecclésiastique, un intéressant ouvrage dont nous avons cité
quelque chose ailleurs , et qui porte ce titre : Traité théo-
rique et pratique du Plain-chant appelé Grégorien. Paris, 1750,
in-8°. Il est également auteur d'un livre sur les Règles de la
composition du Plain-chant t que nous n'avons pu nous
procurer. La brochure de Cousin , dont il est question au
précédent article, est adressée à Poisson.
(1750). Dominique-Marie Manni, célèbre imprimeur de
Florence, a publié : 1° Vlstoria degli atini santi dal loro
yrincipiosino al présente del M DCCL. Florence. — 2° Délia
disciplina del Canto Ecclesiastico antico ragionamento. Flo-
rence, 1756, in-4°.
(1750). Paul-Marie Paciaudi, ïhéatin, antiquaire distin-
gué, a laissé sur les matières liturgiques les ouvrages sui-
vants : 1° De sacris Christianorum Balneis. Venise, 1750,
ïn-4°. — 2° De cultu S, Joannis Baptistœ. Rome, 1755, in-4°.
(1750). Antoine-François Gori, Prévôt du Baptistère de
Florence , antiquaire non moins illustre , appartient à notre
Bibliothèque par une grande partie de ses travaux Ar-
chéologiques. Nous citerons en première ligne le Jhesaurus
556 INSTITUTIONS
veterum Diptycorum Consularium et Ecclesiastîcortim que la
mort lui empêcha d'achever, et qui ne parut qu'en 1759 par
les soins de J. B. Passeri. Florence, 1759, trois vol. in-foî.
On trouve plusieurs Dissertations curieuses sur les matières
liturgiques dans un recueil d'Opuscules de divers auteurs que
Gori fil paraître en 1 748 à Florence et à Rome, sous le titre de
Symbolœ Literariœ. On a encore de Gori une Dissertation de
Antiquis Codicibus MSS. quatuor Evangeliorum, deque inter-
nis externisque eorumdem Codicum ornamentis. Ce savant
homme , lorsqu'il fut atteint par la mort , préparait des tra-
vaux importants sur les matières suivantes : 1° De antiquis
Ecclesiarum Hierothecis ; 2° Vetusti Ambonis Ecclesiœ Flo-
rentinœ Sancti Pétri sacra emblemata nunc primum prolata
et illustrata ; 3° Liturgia antiqua Sanctœ Ecclesiœ Florentinœ
cum observationibus ; h? De forma, cultu , ornatuque veterum
Baptisteriorum apud Christianos ; 5° Vetusta monumenta
Liturgica, ad Basilicam reconciliandam ; 6° De ritu attollendi
faces in sacris Ecclesiœ Mysteriis.
(1750). Emmanuel de Azevedo , Jésuite Portugais, ami
particulier de Benoît XIV, dont il publia les OEuvres, sur
lesquelles il exécuta des travaux analytiques du plus haut
mérite, fut pendant plusieurs années professeur à l'Ecole
Liturgique du Collège Romain. C'est au zèle d'Azevedo à
remplir les fonctions de sa charge , que nous sommes rede-
vables de ses précieuses Exercitationes Liturgicœ de Divino
Oflicio et Sacrosancto Missœ Sacripcio , dont quelques-unes
parurent à Rome, en 1750, in-4°, et qui ont toutes été re-
cueillies dans l'édition de Venise , in-folio en deux parties,
1785. Cette dernière édition renferme aussi un ouvrage inédit
du même auteur, intitulé : De Çatholicœ Ecclesiœ pietate erga
animas in Purgatorio retentas. Azevedo avait projeté la pu-
blication d'une Collection Liturgique , dont il lança le Pros-
LITURGIQUES. 557
pectus dans le public , en 1749. Elle devait être intitulée :
Thésaurus Liturgicus , et atteindre au moins le nombre de
douze volumes, bien qu'Azevedo n'eût dessein d'y renfermer
que les Livres Liturgiques de l'Eglise Latine.
Notre Bibliothèque Liturgique , toute incomplète qu'elle
e?t, le serait encore davantage si nous omettions de men-
tionner ici , en terminant cette période , divers Recueils
qui renferment un grand nombre de Mémoires sur les ma-
tières liturgiques , mais d'une dimension trop restreinte
pour qu'on ait pu songer à les imprimer à part. Nous con-
seillerons donc à nos lecteurs de feuilleter le Journal des
Savants > les Mémoires de Trévoux et surtout le Mercure de
France. Ils y trouveront de véritables richesses, et souvent
des éclaircissements précieux sur les questions les plus diffi-
ciles et les plus inattendues. Ils feront bien aussi de consulter
les diverses publications de ce genre qui ont paru en Italie,
et, en particulier, l'immense Collection du P. Ange Calo-
gera, Camaldule, dans laquelle ce savant a recueilli sous le
litre de Raccolta d'Opuscoli scientifici e fdologici ( cinquante-
un volumes in-12 , 1729 et années suivantes) une grande
quantité de Dissertations des savants Italiens sur les ques-
tions les plus curieuses de l'Archéologie Liturgique. Calo-
gera commença en 1755, une Nuova Raccolta qui fut conti-
nuée après sa mort par le P. Fortuné Mandelli, Camaldule.
Passons maintenant aux conclusions des faits contenus
dans ce chapitre.
La marche de la Liturgie Romaine continue de s'opérer
avec majesté. En môme temps que l'antique fonds de saint
Grégoire est maintenu, le culte des Saints continue de
prendre de nouveaux accroissements.
Si , un moment, Benoît XIV semble hésiter, comme préoc-
cupé du désir d'arrêter un développement inconnu aux siècles
558 INSTITUTIONS
précédents, la lenteur avec laquelle il procède, les précau-
tions dont il s'entoure, la résolution de ne traiter qu'avec
toute sorte d'égards l'œuvre séculaire de la Liturgie, tout,
jusqu'à l'abandon de ce projet de réforme, atteste avec quelle
gravité l'Eglise entend procéder dans les améliorations de ce
qui touche au culte divin.
Pourtant, cette Italie, si lente à prendre un parti dans
l'amélioration du Bréviaire, ne fut jamais plus richement
pourvue d'hommes versés dans l'érudition liturgique. Une
seule période de cinquante ans nous donne, entre autres,
Buonarotli, Boldetti, Bottari, les Assemani, Quirini, Moretti,
Georgi, les Bianchini, Benoît XIV, Catalani, Merali, Cava-
lieri, Trombelli, Marangoni, Galtico, Sala, Muratori, Ma-
inachî, Paciaudi, Gori, Azevedo, etc.
En France , si l'on excepte Renaudot et Le Brun , les
noms que nous avons cités n'appartiennent, pour la plu-
part, qu'à des liturgistes du second ou du troisième ordre,
et encore nous a-t-il fallu un zèle tout patriotique pour
les découvrir. Cependant, à celte époque, de toutes parts
en France , on voyait éclore Bréviaires et Missels, sur un
plan perfectionné : comment , au milieu d'une si prodi-
gieuse fécondité, la science liturgique se montrait-elle ainsi
aux abois? Par une raison toute simple : c'est que la science
liturgique, comme toutes les branches de la science ecclé-
siastique, est avant tout une science de Tradition ; d'où il suit
que nous avons encore huit ou neuf cents ans à patienter,
d'ici que les Bréviaires et Missels de Vigier, Mesenguy, Le
Brun des Marettes, Robinet et les autres, soient de nature à
devenir l'objet d'une science véritablement liturgique.
LITURGIQUES. 559
NOTE DU CHAPIîKË XXIÎ.
METIIODUS m SCHOLA SACROttUM RITUUM SERVANDAi
I. Singulis annis typis edetup volumen ducentas ad minimum com-
plectens paginas, in quo sequentia contineantur : nimirum 1. Titulus
materiae , de qua agendum eo anno erit , et ipsius operis dedicatio.
2. Syllabus Auditorum, qui Scholae nomen dederint usque ad Kalendas
Jànuarias. 3. Materia eo anno proposita, et viginti aliœ quaestiones,
vel de eodem argumenta , vel potius de aliis in Sacra Rituum Congre-
gatione agitari solitis. 4. Epistola Summo Pontifici quotannis exhibenda.
5. Demum , duplex libellus pro totidem publicis disputationibus,
II. Quoniam vero volumen hoc ducentas circiter paginas complectens
in Auditorum praesertim utilitatem cedere débet, hinc plura illius
edentur exemplaria , quae divisa per folia, ita dispertientur , ùt exaeto
annuo Scholae curriculo , ducenti ex Auditoribus, qui Scholse assidu i
iriterfuerint , totumsingulivokimen gratis obtirieant.
III. Porro ex 200 iis paginis satis erit, si Professor 100 quotannis
repleat locubrationibus a se de novo elaboratis ; reliquas vero vel suis ,
Vel alierum iterum cusis,prout utiliusjudicaverit, supplere poterit ;
imo Auditorum laboribus uti , si qui fortasse sui ingenii , atque studii
spécimen praebere meruerint.
IV. Quotannis igitur duas exhibebit disputationes publicas ; quarum
altéra versetur circa materiam, de qua illo anno actum in Scholafue-
rit, vel totam comprehendendo, vel aliquam illius parlem elucidando ;
altéra vero circa materiam aliquam ex iis quœ in Sacra Rituum Con-
gregalione agitari soient , quœ plerumque ex 20 ultimis Exercitationi»
bus primo anno proposais desume'ur. Et huicduplici materia duplex
respondebit libellus, qucm supra innuimus.
V. Siquando occasio tulcrit , ut inter privatas Scholce exercitaliones
agendum sit de peculiari aliqua re , ut ita dicam , cxira ordinern ; non
id fiet , nisi aliquot diebus ante Auditores prœmoneantur, ut nempe
tractâri pro dignitate possit.
VI. Viginti illsc quaestiones, si veexercitatione?, quas addendas duxi-
mus aliis octoginta circa materiam in titulo quotannis propositam dis-
cutiendîs , tractabuntur privatim , cum iis scilicet Auditoribus , qui-
bus major erit sui progressus cura , quibus etiam folia in ordinaria
560 INSTITUTIONS
Sacrorum Rituum Congregatione imprimi solita communicabunlur, et
negotia ibidem contenta , atque Sacrse Congregationis décréta.
VII. Tempus integrum octoginta propositis quaostionibus tribuen-
dum totidem dies complectitur , numerandos a festo Praisentationis
beatissimœ Virginis , usque ad festum S. Aloysii Gonzagœ.
VIII. Scbolae vero exercitium incipit hora 22 cum dimidio , usque
ad 23. In primo quadrante iiet explicalio, in secundo unusex Audito-
ribus aliquid ex proposita quasstione deducet , et argumenta ab alio
Auditore objecta confutabit ; ex qualitate vero qasestionum décade
una pro disputalione semîpublica , sive, ut aiunt, menstrua selige-
lur, quam aliquisex Auditoribusin primo quadrante elucidabit, et in
secundo objectionibustum Piseceptoris, tum alicujus Auditorîs satis-
faciet.
IX. Ante S. Aloysii Gonzagae festum, ut supra innuimus, Epistola
Summo Pontitici exhibebitur, in qua Scholce ratio reddatur, designe-
lurque , quos eo anno progressus fecerint Auditores.
X. Denique Sacrorum Rituum Professor, in rébus ad Scholam perti-
nentibus, non tam pioprire eruditioniset doclrinse laudem, quam Audi-
torum utiliutem prae oculis habebit. Cum praesertim in Thesauri
LUurgici collectione, quam curare débet, magnam sit habiturus ma-
teriam , in qua ingenium tum suum , tum amicorum exerceatur ; si qui
forte erunt, qui operi utilis^imo adjutrices manus praestare velint.
XI. Materia singulis annis discutienda : 1. De Sacrosanclo Missœ
Sacri/icio. 2. De Dioino Officio. 5. De Sacramentorum administratione.
i. De Benedictionibus, et Precibus ; vel potius , de Missali Romano : de
Breviario Romano : de Riluati Romano : de Pontificali Romano. In
primis duobus argumenlis non solum Missale et Breviarium , sed
etiam Cœremoniale Episcoporum, et Martyrologium Romanum eluci-
dari possunt ; siqiidem praefixus Scholac finis est, virum Ecclesiasti-
cum optime instructum reddere in intelligentia librorum Liturgico-
rum , quibus Ecclesia Romana nunc utitur. Hujusmodi vero argumenta
Exercitationes nostrœ Liturgicœ pertractant , ad quas magno praesidio
nobis sunt Opéra Bcnedicti XI 7, in quibus de Missa , de Fcstis , et de
omnibus fere rébus ad Ecclesiasticam disciplinam pertinentibus fuse
disseritur. Pro viginti tamen Exercitalionibus de rébus in Congreg.
S. Rituum agitari solilis , peculiarcs Scholae nostrœ facimusocto tomos
De Canonizatione Sanctorum , quos unico volumine in synopsim redjo
tos complexi sumus.
XII. Tbesaurus Liturgicus, et peculiarcs in eo Disserta liones
Ue rébus, quas Ecclesiastica, vel profana hhtoria, Conciliaresque
LITURGIQUES. 561
Sanctiones ad Sacrorum Rituum illustrationem suppeditabunt, non
ad Scholae exercitium, neque ad ejusdem Auditores spectant, sed eas
peculiari titulo dedicamus Sacrorum Rituum Academicis dignitate et
scientia clarissimis , quorum plurimos vel Codices et Disse rtationes
nobis transmittendo , vel suppeditaudo materiam , vel protectione sua
studia nostra provehendo , benevolentissimos nobis maguo litterarise
reipublicae boiio experti sumus.
t. 11. 36
562 INSTITUTIONS
±san
CHAPITRE XXIII.
DE LA LITURGIE DURANT LA SECONDE MOITIE DU DIX-HUITIÈME
SIÈCLE. DERNIERS EFFORTS POUR LA DESTRUCTION DES
USAGES ROMAINS EN FRANCE. RONDET ET SES TRAVAUX.
— BRÉVIAIRE DE POITIERS. JACOB. — BREVIAIRE DE TOU-
LOUSE. LOMÉNIE DE BRIENNE. — BRÉVIAIRE DE LYON. MON-
TAZET. — RÉVISION DU PARISIEN* SYMON DE DONCOURT. —
ASSEMBLÉE DES ÉVÈQUES DE LA PROVINCE DE TOURS. — BRÉ-
VIAIRE DE CHARTRES. SIÉYES. — MISSEL DE SENS. MONTEAÙ.
— DÉSORGANISATION DE LA LITURGIE DANS PLUSIEURS ORDRES
RELIGIEUX EN FRANCE. — SITUATION DE L'ÉGLISE DE FRANCE,
SOUS LE RAPPORT LITURGIQUE, AU MOMENT DE LA PERSÉCU-
TION. — ENTREPRISES ANTI-LITURGIQUES DE JOSEPH II , EN
ALLEMAGNE ET EN BELGIQUE; DE LÉOPOLD , EN TOSCANE. —
RICCI. SYNODE DE PISTOIE. — CONSPIRATION GÉNÉRALE DE LA
SECTE ANTI-LITURGISTE CONTRE LE CULTE ET L'USAGE DE l'eU-
CHARISTIÊ. — RÉACTION CATHOLIQUE PAR LE CULTE DU SACRÉ-
COEUR DE JÉSUS. — TENTATIVES ANTI-LITURGISTES DE LA
SECTE CONSTITUTIONNELLE EX FRANCE, APRÈS LA PERSÉ-
CUTION, — TRAVAUX DES PAPES BUR LA LITURGIE ROMAINE,
Durant la derrière moitié du xvni' siècle, bulle
AUCTOREM FI DEL — auteurs liturgistes de cette
ÉPOQUE.
Rentrons en France pour y être témoins des efforts désor-
ganisateurs de* ennemis de la Liturgie Romaine. Encore
quarante ans , et les débris de l'ancienne société française
seront épars sur le sol. Le vertige est dans toutes les têtes;
ceux-là même qui veulent conserver quelque chose de ce qui
fut, sacrifient d'autre part à la manie du jour. L'école des
LITURGIQUES. 565
nouveaux lilurgistes, recrutée principalement jusqu'ici dans
les rangs du Jansénisme, se renforce de philosophes et
d'incroyants. La Liturgie Romaine est menacée dans toute
la France , et comme la foi elle-même s'en va , on se met
peu en peine que ses antiques manifestations disparaissent
avec elle. Traçons le rapide, mais lamentable tableau de
cette effrayante dissolution.
Nous avons fait voir ailleurs comment l'innovation litur-
gique avait été une œuvre Presbytérienne dans ses instiga-
teurs et ses agents, et comment même de simples Acolythes
se trouvèrent appelés à y prendre une part majeure. En at-
tendant le jour où des laïques présenteraient à l'Assemblée
Constituante la Constitution civile du Clergé, voici qu'un
autre laïque, un disciple de Jansénius, un dévot du Diacre
Paris, un visionnaire apocalyptique, Laurent-Etienne Ron-
det , en un mot , se trouve placé à la tête du mouvement litur-
gique. Ce personnage est appelé, dans dix Diocèses différens,
pour diriger l'édition des nouveaux livres qu'on veut se
donner. Les Bréviaires de Laon, du Mans, de Carcassonne,
de Cahors, de Poitiers, de Noyon et de Toulouse ont l'hon-
neur de passer sous sa direction. Les Missels de Soissons,
du Mans, de Poitiers, de Noyon, de Toulouse et de Rheims,
le proclament leur infatigable patron; le Rituel de Soissons
l'avoue pour son rédacteur ; les Processionnaux de Poitiers
et de Rheims lui ont les plus grandes obligations, etc. (1). En
un mot, cet homme est partout ; les Eglises l'appellent à leur
secours comme celui en qui s'est reposé l'esprit qui anima
les Le Tourneux, les Le Brun des Marettes, et les Mesen-
guy. Les Pasteurs des peuples à qui il appartient d'enseigner
(1) Feller et Biographie Universelle, article Rondet. Ami de la Re«
liyion. Tome XXVI.
564 INSTITUTIONS
par la Liturgie, après avoir renoncé à l'antique tradition
Grégorienne, s'inclinent devant un séculier, sectateur avoué
de dogmes qu'ils réprouvent, et livrent plus ou moins à sa
censure les prières de l'autel. Non , certes, il ne se vit jamais
rien de pareil, et nous ne le croirions pas , s'il n'était attesté
par des témoins oculaires et, du reste, pleins d'enthousiasme.
Dirons-nous un mot des influences de Rondet sur les livres
dont nous parlons? Les détails n'appartiennent pas à cette
rapide histoire liturgique ; ils viendront assez tôt ailleurs.
Toutefois , observons que tous les Bréviaires et Missels à la
publication desquels Rondet prit part, présentent deux ca-
ractères particuliers qui les distinguent des livres Parisiens
de Vigier et Mesenguy. Le premier est l'affectation d'employer
l'Ecriture Sainte d'après la Vulgate actuelle, en faisant dis-
paraître les phrases, les mots, les syllabes mêmes qui , prove-
nant de l'ancienne Italique , rappellent encore , quoique bien
rarement, dans le Parisien actuel, l'origine Grégorienne de
quelques Répons ou Antiennes. On sait que Rondet se piquait
d'érudition Biblique; mais il est fâcheux qu'il ait cru de-
voir en faire un usage si barbare. Au reste , la question de
savoir si l'en devait conserver dans la Liturgie les paroles
de l'ancienne Italique, avait clé agitée à Rome, dès le sei-
zième siècle. Mais de bonne heure , Clément VIII fixa toutes
les incertitudes, en déclarant qu'on devait maintenir l'an-
cienne version dans toutes les pièces chantées. Le Pontife cen-
sura même avec énergie la témérité et l'audace des novateurs,
ne voulant pas qu'on pût dire qu'une atteinte, si légère
qu'elle fût, aurait été portée à la tradition par les Pontifes
Romains (I). On doit, après tout, savoir gré à Rondet, qui
(1) Progressu temporis, sive typographorura , sive aliorum temeritas
et audacia effecit ut multi in ea quœ in his proximis annis excusa sunt
LITURGIQUES. 56S
n'avait pas les mêmes intérêts que l'Eglise Romaine au main-
tien des traditions, de n'être pas allé jusqu'à remplacer le
Venite exultemus du Psautier Italique, par celui du Psau-
tier Gallican.
Le second caractère des livres liturgiques sortis de ses
mains, est d'avoir un Commun des Prêtres. Nous discuterons
ailleurs les motifs et les avantages de cette nouvelle création.
Il faut dire cependant que les livres publiés par Rondet ne
sont pas les premiers qufla présentent ; mais, quoiqu'on l'eût
déjà inaugurée au Rréviaire de Rouen, dès 1726, Vigier et
Mesenguy n'avaient pas cru devoir imiter cet exemple. La
Congrégation des Chanoines Réguliers de Sainte-Geneviève ,
en adoptant leur Rr/éviaire , y introduisit tout d'abord le nou-
veau Commun qui bientôt devait être accueilli en tous lieux,
par acclamation , à cette époque où les Pouvoirs du Second
Ordre étaient proclamés si haut. La révolution était donc
partout, et d'autant plus voisine de son explosion, que ceux-
là même qu'on avait trouvé moyen d'y intéresser, étaient
ceux qu'elle devait atteindre les premiers. Quoi qu'il en soft,
le nouveau partage des Communs produisit encore un dé-
plorable renversement des traditions liturgiques , dans les
Rréviaires modernes, savoir, la suppression absolue du
titre de Confesseur, sans lequel il est impossible cepen-
dant de rien entendre au système agiologique de l'Eglise
Catholique. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer des Prêtres,
instruits d'ailleurs , qui ne donnent au titre de Confesseur
d'autre acception que de signifier un personnage qui a souf-
fert l'exil, la prison , ou les tourments, pour la Foi.
Missalia errores irrepserint, quibus vetustissima illa sacrorum Biblio-
rum versio quœ etiam aiÉe S. Hieronymi tempora celebris habita est
in Ecclesia , et ex qua omnes fere Mûsarum Inlroïtus et quae dicimtur
Gradualia et Offertoria accepta sunt, omnino sublata est. Clément VIII.
Bref du 7 juillet 1604 , pour la révision ctu Missel Romain.
566 INSTITUTIONS
L'année 1765 vit paraître un Bréviaire, et Tannée 4766 un
Missel, qui dépassaient peut-être encore tout ce qu'on avait
vu jusqu'alors. Ces deux livres, destinés au Diocèse de Poi-
tiers, avaient été rédigés par un Lazariste nommé Jacob, et
portaient en tête le nom et l'approbation de Martial-Louis
de Beaupoil de Saint-Aulaire. D'abord, tout ce que nous
avons énuméré jusqu'ici de nouveautés étranges dans les
livres de Paris et autres, s'y trouvait reproduit fidèlement;
mais avec quelle incroyable recherche l'auteur avait en-
chéri sur tant de singularités! Nous ne parlerons pas de
l'usage inouï de placer, à certains jours, une Légende de
Saint dans l'Office des Laudes ; mais peut-on voir quelque
chose de plus étrange que de consacrer le Dimanche, ce pre-
mier jour de l'Opération Divine, ce jour de la Création de la
Lumière, de la Résurrection du Christ, de la Promulgation
de la Loi Evangélique , de le consacrer, disons-nous , à célé-
brer le repos de Dieu achevant l'œuvre de la création (1)?
Pouvait-on démentir d'une manière plus énorme tous les
siècles Chrétiens, qui n'ont qu'une voix sur les Mystères de
la Semaine, et qui jamais ne confondirent le jour de la Lu-
mière avec le Sabbat du Seigneur. A l'effet d'étayer ce beau
système, Jacob n'avait eu rien de plus pressé que de débar-
rasser les Vêpres du Dimanche de ces belles et populaires
Antiennes, conservées cependant à Paris et partout ailleurs:
Bixlt Dominus — Fidelia, etc. , pour amener, comme dans
tout le reste de son Psautier, de nouvelles Antiennes plus ou
moins décousues et tirées des divers livres de la Bible ; en quoi
il avait rompu non seulement avec Rome, Milan, l'ancienne
(1) Dies Dominica Dei complentis opus creationis requiem célébrât,
Christi resurgentis commémorât triumphum, varia describit pietatis
officia quibus obligantur fidèles, et seternœ requiei desiderium exci-
tât et accendit.
LITURGIQUES. 567
Eglise Gallicane , l'Eglise Gothique d'Espagne , mais même
avec tous les nouveaux Bréviaires, dont aucun n'avait encore
été puiser hors des Psaumes eux-mêmes les Antiennes du
Psautier. Dans la voie des nouveautés, quand on a franchi un
certain degré, on ne s'arrête plus. Nous nous bornerons, pour
le moment, à ces traits du Bréviaire de Jacob, en signalant
toutefois les indignes gravures dont on avait prétendu l'orner.
Le Missel Pictavien était digne du Bréviaire auquel il cor-
respondait. La place nous manque pour une analyse qui sera
suppléée ailleurs. Disons seulement que la rage de sacrifier
les formules Grégoriennes, au profit d'un misérable système
individuel , avait amené la suppression de la plupart de ces
Introïts dont les premiers mots étaient pour nos pères le flam-
beau de l'Année Ecclésiastique et Civile, et dont une partie,
du moins, avait survécu aux violences de Vigier et Mesenguy.
De tous ces Introïts , un surtout était resté dans la mémoire
du peuple, celui de l'Octave de Pâques : Quasi modo geniti.
Jacob le biffa comme les autres , pour mettre en place Beata
gens, etc., paroles du Psaume XXXII ; car Jacob, qui, dans
le Psautier, ne souffrait pas d'Antiennes tirées des Psaumes,
se fit une loi d'emprunter exclusivement au Psautier les In-
troïts de son Missel, à la condition, toutefois, d'expulser
sans façon la plupart de ceux que saint Grégoire avait puisés
à la même source. Aveugle novateur, qui ne savait probable-
ment pas qu'aujourd'hui encore , dans l'Allemagne Protes-
tante , le peuple , après trois siècles de Luthéranisme, après
trois siècles de langue vulgaire dans les Offices, n'a encore
oublié ni le Dimanche Quasimodo t ni le Dimanche Jubilate, ni
le Dimanche Vocem Jucunditatis, etc., etc. Certes, si un jour
l'Eglise de saint Hilaire, qui, plus qu'une autre, devrait être
jalouse des traditions saintes, vient à replacer sur ses antiques
autels les livres de saint Grégoire, et à reléguer sur les rayons
568 INSTITUTIONS
des bibliothèques humaines les œuvres du Lazariste Jacob ,
nous doutons qu'après trois siècles , la mémoire des Poite-
vins garde un souvenir aussi fidèle du Dimanche Beata
gens.
L'Eglise de Toulouse , en 1771 , vint aussi abjurer les tra-
ditions Romaines. Elle avait alors le malheur d'être gouver-
née par son trop fameux Archevêque Etienne-Charles de
Loménie de Brienne , qui croyait en Dieu , peut-être , mais
non en la révélation de Jésus-Christ. Il mérita du moins ,
pour sa réforme liturgique, les éloges du gazetier Janséniste :
c On sait, dit-il, que M. l'Archevêque de Toulouse et MM. les
» Evêques de Montauban, Lombez, Saint-Papoul, Aleth, Bazas
» et Comminges , ont donné l'année dernière à leurs Diocèses
» respectifs un nouveau Bréviaire qui est le même que celui
> de Paris, à quelques changements près, qui n'intéressent
» point le fond de cet ouvrage immortel (1). » En effet, ce
n'était pas un médiocre triomphe pour le parti , de voir un
si grand nombre d'Eglises venir chercher , sur la tombe de
Vigier et de Mesenguy, les livres destinés à remplacer désor-
mais, pour elles, les usages surannés de l'Eglise Romaine. Il
faut dire pourtant qu'à Toulouse on avait cherché, au moyen
d'un très mauvais vers, à rendre Catholique la fameuse strophe
de Santeul, déjà remaniée diversement, comme on l'a vu, à
Evreux et au Mans. Le Bréviaire de Loménie disait donc :
Insculpta saxo lex vêtus
Nil virium per se dabat ;
Inscripta cordi lex nova
Quidquid jubet dat exequi.
C'était du moins avouer une fois de plus que l'orthodoxie de
(i) Nouvelles Ecclésiastiques. 16 avril 1772.
LITURGIQUES. 569
l'Hymnographe Gallican et de ses œuvres n'avait rien de trop
rassurant.
Mais les innovations dont nous venons de parler n'offraient
rien d'aussi lamentable que celle qui, en 1776, désola la
sainte Eglise de Lyon , premier Siège des Gaules. Depuis lors,
on peut dire qu'elle a perdu son antique beauté, veuve à la
fois des cantiques apostoliques de son Irénée et des mélodies
Grégoriennes que Charlemagne lui imposa ; n'ayant plus rien
à montrer au pèlerin qu'attire encore le souvenir de sa
gloire, hors le spectacle toujours imposant des rites célèbres
qu'elle pratique dans la solennité du sacrifice. La splendeur
orientale de ces rites suffirait, sans doute encore, à ravir le
voyageur catholique, si , par le plus cruel contraste , il ne se
trouvait tout à coup arracbé à l'illusion par le bruit de ces
paroles nouvelles, par le fracas de ces chants modernes,
et inconnus aux voûtes de l'auguste Primatiale des Gaules,
jusqu'au jour où elle vit Antoine Malvin de Montazet
s'asseoir, et avec lui l'hérésie, au centre de son Abside. Le
Chapitre insigne de la Primatiale, qui avait souffert, sans ré-
clamation, que Charles de Rochebonne, en 1757, portât la
main sur l'antique Bréviaire , accepta , par acte capitulaire
du 15 novembre 1776, la substitution de la Liturgie Pari-
sienne à celle de Lyon , dernier débris de nos saintes tradi-
tions Gallicanes. Il humilia ainsi l'Eglise de Lyon devant celle
de Paris , comme celle de Paris s'était humiliée devant Vigier
et Mesenguy. Les cérémonies restèrent , nous en convenons ,
mais la parole avait disparu, la parole qui devait rester,
quand bien même les rites extérieurs eussent subi quelques
altérations. Donc , les yeux du peuple n'y perdirent rien ;
mais les Chanoines y gagnèrent de réciter désormais un Bré-
viaire plus court; les chantres ne furent plus contraints
d'exécuter par cœur des mélodies séculaires; tous leurs ef-
570 INSTITUTIONS
forts tendirent désormais à déchiffrer les nouveaux chants, si
pauvres , si vides d'expression. Ainsi fut changée la face de
cette Eglise qui se glorifiait autrefois de ne pas connaître les
nouveautés. Mais il était écrit que la déviation serait uni-
verselle , parce que de toutes parts on avait dédaigné la
règle de Tradition.
Cependant, comme toujours, une opposition courageuse,
quoique faible, se manifesta. Une minorité dans le Chapitre
Primatial fit entendre ses réclamations. On vit même paraître
un écrit intitulé : Motifs de ne point admettre la nouvelle Litur-
gie de M. l'Archevêque de Lyon ( I ) . Mais bientôt le Parlement de
Paris, fier de ses succès dans l'affaire du Bréviaire de Vigier
et Mesenguy, condamna le livre au feu , par un arrêt du 7
février 1777 (2) , et après la sentence de ce tribunal laïque ,
mais juge en dernier ressort sur les questions liturgiques
dans l'Eglise de France, le silence se fit partout. On accepta
sans réplique les Bréviaire et Missel de l'Archevêque Mon-
tazet, lequel, pour compléter son œuvre, faisait élaborer, à
l'usage de son Séminaire , une Théologie qui est restée au
nombre des plus dangereuses productions de l'hérésie du
dix-huitième siècle.
Ce n'est point dans ce rapide coup d'œil sur l'histoire gé-
nérale des formes de l'Office divin , que nous pouvons nous
arrêter en détail sur ce que les nouveaux livres Lyonnais
présentaient d'offensant pour les traditions de la Liturgie Ca-
tholique et de la Liturgie Lyonnaise en particulier. L'occasion
ne s'en présentera que trop souvent ailleurs. Nous ne cite-
rons donc ici qu'un seul fait : c'est la suppression d'un des
plus magnifiques Cantiques de l'Eglise Gallicane , d'uû Can-
(1) In-12 de 136 pages.
(2) VAmi de la Religion, Tome XXII. page 168.
LITURGIQUES. 571
tique qui ne se trouvait plus que dans la Liturgie Lyonnaise,
et que Monlazet en a chassé , pour le remplacer par un fade
mélange de textes bibliques. Or, voici les paroles pleines de
suavité et de majesté par lesquelles l'antique Eglise des Gaules
conviait les fidèles au festin de l'Agneau, dans la solennité de
Pâques, paroles revêtues d'un chant dont la sublimité avait
frappé l'Abbé Lebeuf (1). Cette Antienne se chantait pendant
la communion du peuple (2) , et semblait la grande voix de
l'hiérophante appelant les élus à venir se plonger dans les
profondeurs du mystère.
Yenite , populi, ad sacrum et immortaîe mysterium, et
libamen agendum cum timoré et fide.
Accedamus manibus mundis ,
Pœnitentiœ munus communicemus ;
Quoniam Agnus Dei propter nos Patri Sacrificium propo-
situm est.
Ipsum solum adoremus ,
Ipsum glorificemus ,
Cum Angelis clamantes :
Alléluia.
Voici maintenant ce que l'Eglise de Lyon chante aujour-
d'hui , par ordre de Montazet :
Gustate et videte quoniam suavis est Dominus ; properate
et comedite , et vivet anima vestra : hic est panis qui de cœlo
descendit, et dat vitam mundo : confortetur cor vestrum, omnes
qui speratis in Domino : cantate ei canticum novum : bene
psaUiteeiin vociferatione , alléluia, Ps. 33. Is. 54. Joan. 6.
Ps. 50. Ps. 32.
(1) Lebeuf. Traité historique du Chant Ecclés. pag. 40.
(2) Il ne faut pas coufoadre cette pièce avec l' Antienne dite Com-
munion , que Ton chantait ensuite , comme dans les autres Eglises
Latines.
572 INSTITUTIONS
Nous transcrivons fidèlement, y compris les indications
des sources à l'aide desquelles les faiseurs au service de
Montazet ont bâti ce centon décousu. Voilà ce qu'on faisait
alors de la tradition et de la poésie ; voilà le zèle avec lequel
ces soi-disants Gallicans traitaient les débris de la Liturgie de
saint Lénéeet de saint Hilaire. On voit, au reste, qu'ils ont
eu quelque velléité d'imiter l'ancien Cantique , ne serait-ce
qu'en cherchant un rapprochement quelconque entre les der-
nières paroles de l'Hymne Gallican : CumAngelis clamantes :
Alléluia, et ces mots : Bene psallite ei in vociferatione , allé-
luia. Voilà assurément de la mélodie Janséniste : Psallite ei
in ; et le vociferatione n'est-il pas ici d'un grand effet, et
surtout d'une grande justesse ?
A Paris , en 1775 , les libraires associés pour la publication
des usages du Diocèse, ayant donné une édition du Missel
remplie de fautes, l'Archevêque Christophe de Befeumont
leur enjoignit de ne rien imprimer dans la suite qui n'eût été
revu par MM. de Saint-Sulpice. Ainsi , cette Compagnie res-
pectable qui s'était distinguée en 1756 par son opposition à
l'œuvre de Vigier et Mesenguy , l'avait ensuite acceptée si
cordialement , que l'autorité diocésaine n'avait rien de mieux
à faire que de la préposer à la garde de ce dépôt. Les Abbés
Joubert et Symon de Doncourt furent spécialement chargés
de diriger l'édition du Missel de 1777, et celle du Bréviaire
de 1778. Ils introduisirent quelques améliorations légères ;
par exemple, en faisantdisparaître la divergence des Oraisons
de la Messe et de l'Office , dans une même fête ; inconvénient
qui rappelait la précipitation avec laquelle on avait procédé,
au temps de l'Archevêque Vintimille. Malheureusement,
toutes les améliorations introduites par Joubert et Simon de
Doncourt n'étaient pas aussi dépourvues d'esprit de parti ;
autrement , on ne s'expliquerait pas la faveur inouïe qu'ob-
LITURGIQUES* 573
tint le travail des deux Sulpieiens de la part des Jansénistes,
qui jusqu'alors n'avaient jamais manqué une occasion de
s'exprimer contre leur Compagnie dans les termes les plus
grossiers et les plus méprisants. Ce fut donc merveille de
voir successivement trois feuilles des Nouvelles Ecclésias-
tiques (I) consacrées, presque en entier, à reproduire avec
une faveur complète le Mémoire dans lequel Joubert et Sy-
mon de Doncourt rendaient compte de leur opération au
public.
Une des raisons de cette haute faveur apparaît en particu-
lier dans une des améliorations de l'édition du Missel de 1777,
signalée par Symon de Doncourt lui-même avec la plus naïve
complaisance , dans une lettre de cet Ecclésiastique insérée
au Journal Ecclésiastique du Janséniste Dinouart (2). Le cor-
recteur du Missel se félicite d'avoir été à portée de rectifier
une grave erreur qui s'était glissée dans la fameuse Oraison
de saint Pierre : Deus qui beato Petro Apostolo tuo , collatis
clavibus Regni cœlestis animas ligandi atque solvendi Pontifi-
cium tradidisti. La Cour de Rome, suivant l'auteur de la lettre,
aurait, dans les temps postérieurs, retranché a dessein le
mot animas, comme faisant obstacle à ses prétentions sur
le temporel des Rois (5). Malheureusement pour Symon de
Doncourt , les Jansénistes et les Constitutionnels ont tant re-
battu depuis lors cette anecdote liturgique (4), qu'il serait
difficile aujourd'hui de la réfuter sans dégoût. Disons donc
(1) 20 août, 29 octobre et 5 novembre 1784.
! (2) Tome LXYI. page 266.
(3) Page 269.
(4) Voyez les Annales de la Religion, journal de l'Eglise Constitution-
lelle; la Chronique Religieuse dirigée par Grégoire; les ouvrages de
îrégoire lui-même ; Tabaraud, etc. Il n'est peut-être pas d'histoire qui y
oit plus souvent ressassée que cette prétendue supercherie Romaine.
574 INSTITUTIONS
seulement que si les Missels Romains actuels ne portent pas
le mot animas, les divers manuscrits du Sacramentaire de
saint Grégoire, publiés par Pamélius, D. Hugues Ménard et le
B. Tommasi, ne le portent pas non plus. Est-ce donc une
honte à l'Eglise Romaine de s'en tenir à la Leçon de saint
Grégoire ? Quant à l'honorable intention de fermer l'entrée du
Missel de Paris aux doctrines ultramontaines, en exprimant
fortement cette maxime , que le pouvoir de lier et de délier
donné à saint Pierre s'exerce sur les âmes ( animas ) , cela
est bien puérile. Qui ne sait, en effet, que la puissance 1)3-
riiuelle est spirituelle de sa nature , en sorte que si elle atteint
les choses temporelles, elle ne les peut atteindre que par les
âmes, par les intérêts spirituels, par la conscience? D'autre
part , Symôn de Doncourt , ainsi que l'Abbé Grégoire et
consorts , prétendrait-il que l'Eglise n'a de pouvoir à exercer
que sur les âmes? Mais , comment demeurer Catholique avec
une pareille doctrine qui renverse d'un seul coup toutes les
obligations extérieures, les seules que l'Eglise puisse pres-
crire par des lois positives ? Mais c'est assez ; il nous en coû-
terait trop de prolonger cette apologie de l'Eglise Romaine,
et nous voulons croire pieusement que Symon de Doncourt,
s'il vivait aujourd'hui , Serait le premier à réfuter sa propre
découverte, dont le résultat final n'a profilé jusqu'ici qu'à
des hérétiques et à des schismatiques.
Les influences de Saint-Sulpice sur la Liturgie Parisienne
eurent du moins cet avantage de procurer l'insertion d'un
Office et d'une Messe du Sacré-Cœur de Jésus, dans les nou-
veaux Bréviaire et Missel : cet Office et cette Messe étaient
de la composition de Joubert et de Doncourt. Ainsi, une
solennelle réclamation contre l'esprit Janséniste qui avait
inspiré l'œuvre de Vigier et Mesenguy, venait s'implanter au
milieu de cette œuvre elle-même. Quelques années aupara-
LITURGIQUES. 575
Vant, en 1770, Christophe de Beaumont avait approuvé un
Office du saint Rosaire qui n'était pas, il est vrai, destiné à
être inséré au Bréviaire, mais qui pourtant était aussi une
réclamation contre cet isolement dans lequel on tenait les
Catholiques Français à l'égard de Rome et de la Chrétienté, en
leur interdisant la Commémoration d'une des plus magnifiques
victoires que le nom Chrétien^ sous les auspices de Marie, et
par les efforts du Pontife Romain , ait jamais remportée sur
le Croissant.
Anfoine-Eléonor-Léon Leclerc de Juigné; qui siégeait
saintement et glorieusement dans l'Eglise de Paris, quand la
tempête si longuement et si complaisamment préparée s'en
vint mugir avec tant de rage contre les institutions de notre
foi , avait senti pareillement la portée des outrages faits à la
piété Catholique par la Liturgie des Jansénistes. Dans l'édition
du Bréviaire de Paris qu'il préparait, mais qui n'eut pas lieu,
il songeait à introduire l'Office de Notre-Dame du Mont-Car-
mel; mais les temps n'étaient pas accomplis. La route n'était
pas parcourue dans son entier ; l'heure n'était donc pas venue
de revenir sur ses pas. On le vit bien d'ailleurs, quand le même
Prélat, ayant besoin de huit Hymnes nouvelles (1) pour
rendre plus parfaite l'édition de son Bréviaire, trouva tout
simple de les commander à des littéral eurs, comme on ferait
d'un discours académique. Lisez plutôt : i D'après les in-
> tentions de l'Archevêque , le Recteur de l'Université ( c'était
• alors Dumouchel) indiqua un concours pour travaillera
» ces Hymnes, et adressa, le 2 décembre 1786, un Mandement
» latin aux professeurs et aux amis de la poésie latine , pour
>les engager à s'occuper de cet objet. On dit que Luce de
(1) Trois pour la Commun des Prêtres , deux pour le Patron , et trois
pour sainte Clotilde.
576 INSTITUTIONS
»Lancival, alors professeur de rhétorique au Collège de Na-
>varre, concourut et obtint le prix pour les Hymnes de
» sainte Clotilde (1). » Cependant, si nous nous en souvenons
bien, il nous semble que saint Bernard exige tout autre chose
de Phymnographe Chrétien , que la qualité de professeur ou
d'ami de la poésie latine. La persécution qui renversa les autels
suspendit l'édition du Bréviaire projeté; mais n'eût-il pas été
bien déplorable de voir réunis dans le même livre des prières
cléricales, les Psaumes de David, les Cantiques des Prophètes
et les fantaisies latines d'un personnage erotique qui , après
avoir cultivé en auteur du troisième ordre le tragique et le
comique du Théâtre Français, mourut à quarante-quatre ans
d'une maladie honteuse (2) ? Et pourtant , mieux vaut encore
pour hymnographe un libertin qu'un hérétique.
L'Archevêque de Juigné, s'il ne renouvela ni le Missel , ni
le Bréviaire, accomplit néanmoins une œuvre liturgique bien
grave dans le Diocèse de Paris : ce fut la publication d'un nou-
veau Rituel. Nous ne parlerons pas ici du Pastoral, ou recueil
dogmatique et moral qui ne concerne que la pratique du saint
ministère. Le Rituel proprement dit doit nous occuper uni-
quement. On remarqua dans la nouvelle édition de ce livre une
hardiesse qui dépassait , sous un rapport , tout ce qu'on avait
vu jusqu'alors. Sans doute , les Jansénistes , auteurs des nou^
veaux livres, s'étaient exercés à mettre du nouveau dans
tout l'ensemble de la Liturgie, mais du moins ils ne s'étaient
pas avisés de retoucher pour le style les pièces de l'antiquité
qu'ils avaient jugé à propos de conserver. Les prières pour
i
(1) L'Ami de la Religion. Tome XXVI. page 296.
(2) Le nouveau Bréviaire de Paris de 4822 renferme trois Hymnes
de sainte Clotilde, sans nom d'auteur. Ne seraient-elles point celles de
Luce de Lancivâl? Que d'autres nous le disent. Jusque-là nous nous
abstenons.
LITURGIQUES. 577
l'administration des Sacrements n'avaient souffert aucune
variation; et, jusque-là, le dix-huitième siècle ne s'était pas
cru en droit de donner des leçons de langue latine à saint
Léon et à saint Gélase. Dans le Rituel Parisien de 1786, le
Clergé s'aperçut que l'ensemble de ces vénérables for-
mules avait été soumis à une nouvelle rédaction , sous
le prétexte d'y introduire une plus grande élégance ! Ainsi,
ce n'étaient plus les Hymnes, les Antiennes, les Répons
qui manquaient de dignité et qu'il fallait refaire , au risque
de sacrifier la Tradition qui ne se refait pas ; c'était l'en-
seignement dogmatique des premiers siècles , le plus pur, le
plus grave, le plus universel, qui devait disparaître pour faire
place aux périodes plus ou moins ronflantes de Louis-Fran-
çois Revers, Chanoine de Saint-Honoré ; d'un Abbé Plunkett,
Docteur de Sorbonne ; et enfin d'un Abbé Charlier, Secré-
taire de l'Archevêque. Encore un pas , et le Canon de la
Messe aurait eu son tour , et on l'aurait vu disparaître pour
faire place à des phrases nouvelles , et débarrasser enfin les
Protestants de l'invincible poids de son témoignage séculaire.
Encore un pas , et la raison de ne pas admettre la langue
vulgaire dans la Liturgie, tirée de l'immobilité nécessaire
des formules mystérieuses , aurait disparu pour jamais. Il
fallait des faits semblables pour constater l'étrange déviation
que les Anti-liturgistes avaient opérée de longue main dans
l'esprit des Catholiques Français. Cinquante ans et plus ont
dû s'écouler avant que l'on ait songé sérieusement à restituer,
dans le Rituel Parisien , les formes antiques de la tradition.
Les Evêques de la Province ecclésiastique de Tours se réu-
nirent dans cette ville, en 1780, sous la présidence de l'Ar-
chevêque François de Conzié. Dans cette Assemblée Provin-
ciale qui n'eut cependant pas la forme de Concile, on
décréta la suppression de plusieurs fêtes dont l'observance
T. H. 57
578 INSTITUTIONS
était générale dans l'Eglise ; le Mardi de la Pentecôte , entre
autres. Pour corroborer cette mesure, des Lettres-Patentes
du Roi furent sollicitées et obtenues. C'était peu cependant
pour autoriser une dérogation à la discipline générale , dont
les lois ne peuvent être relâchées que parle pouvoir Aposto-
lique, le seul qui ait droit de dispenser des Canons reçus uni-
versellement. En 1801, Bonaparte fut mieux conseillé. Quoi
qu'il en soit , dans le Mandement qu'ils publièrent en nom
collectif, sous la date du 8 mai 1780, pour annoncer aux fi-
dèles les motifs de cette suppression des Fêtes , les Prélats ,
faisant allusion à certaines Fêtes locales qu'ils avaient cru
devoir abolir, proclamaient en ces termes les principes de
tous les siècles sur l'unité liturgique : « Les Fêtes seront, à
» l'avenir, uniformément célébrées dans nos différents Dio-
» cèses. On ne verra plus les travaux permis dans un lieu et
» interdits dans un autre. Une sainte uniformité , l'image de
» l'unité de l'Eglise et l'un des plus beaux ornements du culte
p public , va se rétablir dans toutes les parties de cette vaste
» Province. »
Les Pères du Concile de Vannes, rassemblés en 461 sous
la présidence de saint Perpetuus, Evêque de Tours, n'avaient
pas tenu un autre langage : « Il nous a semblé bon, disaient*
» ils, que dans notre Province il n'y eût qu'une seule coutume
» pour les cérémonies saintes et la psalmodie ; en sorte que
»de même que nous n'avons qu'une seule foi, par la confes-
sion delà Trinité, nous n'ayons aussi qu'une même règle
j> pour les Offices : dans la crainte que la variété d'observances
» en quelque chose ne donne lieu de croire que notre dévo-
» tion présente aussi des différences (1) . »
Il était naturel que, dans une conjoncture pareille, après
(!) Voyez ci-ctou», tome I, page 131,
LITURGIQUES, 579
avoir parlé de l'uniformité du culte public , image de l'unité
de l'Eglise, Y Assemblée de 1780 s'occupât des moyens de
faire cesser la discordance de la Liturgie dans la Province.
L'Archevêque convia ses collègues à embrasser le nouveau
Bréviaire de Tours, qui n'était, pour le fond , que le Parisien
de Vigier et Mesenguy ; mais il était difficile qu'après s'être
affranchi des règlements du Concile de Tours de 1583, qui
prescrivaient l'usage du Bréviaire Romain de saintPie V, on
consentît à reconnaître l'autorité liturgique du Métropolitain.
Les Evêques du Mans et d'Angers déclarèrent donc s'en tenir à
leurs livres ; l'Evêque de Nantes se décida pour la Liturgie Poi-
tevine, du Lazariste Jacob ; les Evêques de Vannes et de Saint*
Brieuc conservèrent leur Parisien pur et simple. L'Evêque de
Rennes fut le seul qui se sentit touché du désir d'embrasser les
nouveaux usages de la Métropole; encore ne voulut-il rece-
voir les livres de Tours que dans sa Cathédrale , déclarant la
Liturgie Romaine obligatoire dans le reste du Diocèse, comme
par le passé. Quant aux Evêques de Dol , de Saint-Malo , de
Tréguier, de Quimper et de Saint-Polde Léon, ils protestèrent
être dans l'intention de maintenir dans leurs Eglises l'usage de
la Liturgie Romaine. Nous ajouterons même , sur l'autorité
d'un témoin respectable, que les Evêques de Saint-Malo et de
Saint-Pol de Léon , qui n'avaient assisté à l'Assemblée que
par Procureur, écrivirent à l'Archevêque : Nous ne tenons à
Rome que par un fil :il ne nous convient pas de le rompre. Hon-
neur donc à ces Pontifes dont le cœur épiscopal ne fléchit
pas alors que tout cédait à l'entraînement de la nouveauté !
En 1782, on imprimait pour l'usage de l'Eglise de Chartres
un Missel, et en 1785 un Bréviaire. Ces deux livres, dont
le fond était emprunté du nouveau Parisien , paraissaient
par l'autorité de l'Evêque Jean-Baptiste-Joseph deLubersac.
Dix ans après, le Vicaire-Général, Chanoine et Chancelier
580 INSTITUTIONS
de la Cathédrale, qui avait eu la plus grande part à cette
destruction de la Liturgie Chartraine, s'exprimait ainsi,
au milieu de la Convention Nationale, dont il était membre :
« Mes vœux appelaient depuis long-temps le triomphe de
» la raison sur la superstition et le fanatisme : ce jour-là
» est arrivé ; je m'en réjouis. Quoique j'aie déposé depuis
» un grand nombre d'années tout caractère ecclésiastique ,
» et qu'à cet égard ma profession soit bien ancienne et bien
j> connue , je déclare encore , et cent fois s'il le faut , que je
»ne reconnais d'autre culte que celui de la Liberté, d'autre
» religion que l'amour de l'humanité et de la patrie. » Or, ce
liturgiste-législateur s'appelait l'Abbé Siéyes. Epuré par ses
soins, le Bréviaire de l'Eglise des Yves et des Fulbert dissi-
mula comme par honte les saintes et patriotiques traditions
sur la Vierge des Druides , et l'on cessa de chanter, sous les
voûtes même de Notre-Dame de Chartres, ces doux et gra-
cieux Répons dont Fulbert composait les paroles , et dont
Robert le Pieux créait la mélodie. Quelques années plus tard,
l'auguste Cathédrale vit s'accomplir, sous son ombre sacrée,
le plus hideux de tous les sacrilèges, quand l'image de la
Vierge encore debout sur l'autel profané, transformée en
Déesse de la Liberté ou de la Raison, parut la tête couverte
du bonnet ignoble dont l'Abbé Siéyes et ses pareils avaient
fait pour la France un symbole de terreur. C'est par degré
sans doute et non tout à coup que de semblables excès de-
viennent possibles chez un peuple.
Nous avons parlé ailleurs du Bréviaire de Sens, dont les
intentions Jansénistes sont dénoncées par l'Archevêque Lan-
guet. Ce Bréviaire reçut son complément en 4785, dans la
publication d'un nouveau Missel, promulgué par l'autorité
du Cardinal de Luynes, Archevêque de cette Métropole.
L'auteur de ce Missel fut l'Abbé Monteau , Lazariste , Supé-
LITURGIQUES. 581
rieur du Séminaire ; son travail est célèbre par la multiplicité
des traits d'esprit qui scintillent de toutes parts dans les Col-
lectes , Secrètes et Postcommunions, en sorte qu'on les croi-
rait taillées à facettes. L'Abbé Monteau avait cela de particu-
lier, qu'on le jugeait plutôt philosophe que Janséniste. Quoi
qu'il en soit, il prêta le serment à la Constitution Civile du
Clergé, et, ce qui est le plus déplorable, il enlraîna dans le
schisme , par l'autorité de son exemple, la plus grande partie
du Clergé du Diocèse (1).
Nous ne prolongerons pas davantage cette revue fort in*
complète des variations liturgiques de nos Eglises (2). Au
milieu de tant d'innovations, il nous a suffi de choisir quelques
traits propres à initier le lecteur aux principes qui les ont
(1) Il se rétracta cependant après la révolution.
(2) Le besoin d'en finir avec cette histoire générale de la Liturgie,
nous oblige à réserver, pour une autre occasion , les détails que nous
avions rassemblés sur les rapports de la Liturgie avec l'art, en France,
durant la seconde moitié du dix-huitième siècle. Il suffira de dire que
la dégradation alla toujours en croissant jusqu'à la catastrophe qui vit
crouler, en si grand nombre, nos Eglises modernisées, et engloutit
leurs tableaux , leurs statues et leur ameublement dégénérés. L'Abbé
Lebeuf est encore une merveille , en comparaison des compositeurs de
plain-chant que la fin du siècle produisit. Si la première condition,
pour exécuter la plupart de ses pièces, est d'être muni d'une vigou-
reuse paire de poumons , il y a du moins quelque apparence de variété
dans ses motifs ; il a centonisé, comme il le dit lui-même. ïl en est tout
autrement, par exemple, de Jean-Baptiste Fleury, Chanoine de la
Collégiale de Sainte-Magdeleine de Besançon, qui se chargea de com-
poser les chants du nouveau Graduel et Antipkonaire de ce Diocèse. Sa
phrase ne manque pas d'une certaine mélodie ; mais elle revient sans
cesse , molle et commune jusqu'à la nausée. Les mélodies de ses Proses
portent le même caractère. Il y eut des Diocèses où les compositeurs
s'exercèrent à refaire , d'après eux-mêmes , les rares pièces de la Li-
turgie Romaine qu'on avait conservées. Ainsi, à Amiens, on refit à
neuf le Lauda, Sion ; à Toul, on refit jusqu'aux grandes Antiennes
de l'A vent, etc. , et Dieu sait quels pitoyables chants on substitua.
582 INSTITUTIONS
toutes produites, et de montrer quelle espèce d'hommes en
ont été les promoteurs et les exécutants. C'est donc à des-
sein que nous nous sommes abstenu , pour le moment , de
faire mention des Bréviaires de Rheims , Bourges , Besançon,
Toul, Clermont, Troyes, Beauvais, Langres, Bayeux, Li-
moges , qui , avec ceux dont nous, avons parlé , savoir de
Vienne , Senez , Lisieux, Narbonne, Meaux, Angers, Sens,
Auxerre, Rouen , Orléans, le Mans et Amiens, forment à peu
près la totalité de ceux que produisit en France la fécondité
du dix-huitième siècle.
Disons cependant un mot des Ordres Religieux , bien qu'il
nous en coûte d'aborder ce sujet sur lequel nous voudrions
n'avoir à produire que des faits conformes au génie tradi-
tionnel du Catholicisme, dont ces nobles familles ont été
constituées les gardiennes. Mais, hélas! on dut se rappeler
cette antique sentence : Optimi pessima corruptio, en voyant
les tristes fruits de l'innovation liturgique dans le Cloître,
Nous avons parlé de l'Ordre de Cluny et signalé la malheureuse
influence de son trop fameux Bréviaire. La Congrégation de
Saint-Vannes , en 1777, se donna à son tour un Bréviaire et
un Missel dans le goût du nouveau Parisien. Nous n'avons pu
en connaître l'auteur. L'Ordre de Prémontré renonça, en
1 782, à son beau Bréviaire Romain-Français, pour en prendre
un nouveau publié par l'autorité de Lécuy , dernier Abbé-
Général de cette grande famille religieuse, et rédigé, ainsi que
le nouveau Missel, par Rémacle Lissoir, Prémontré, Abbé de la
Val-Dieu, personnage qui avait publié un abrégé en français
du livre de Fébronius , et qui , ayant prêté le serment à la
Constitution civile du Clergé, fut Curé de Sedan et siégea au
Conciliabule de Paris, en 1797 (1). Enfin, la Congrégation de
(1) Biographie JrdennaUe, par l'Abbé Boulliot. Tome II. pag, 106.
LITURGIQUES. 585
Saint-Maur eut aussi son Bréviaire particulier, publié en 1787,
ouvrage beaucoup trop vanté et qui eut pour auteur prin-
cipal Dom Nicolas Foulon, convulsionniste passionné, qui
se maria en 1792 et mourut en 1815, après avoir été suc-
cessivement huissier au Conseil des Cinq-Cents, au Tribunat
et au Sénat de l'Empire (1) !
Ainsi donc, sur cent trente Eglises, la France, en 1791,
en comptait au-delà de quatre-vingts qui avaient abjuré la
Liturgie Romaine. Elle s'était conservée seulement dans
quelques Diocèses des Provinces d'Alby , d'Aix , d'Arles ,
d'Auch , de Bordeaux, de Bourges, de Cambray, d'Embrun,
de Narbonne , de Tours et de Vienne. Strasbourg, qui était
de la Province de Mayence, l'avait gardée. Aucune Province,
si ce n'est celle d'Avignon , ne s'était montrée unanime à la
retenir, et elle avait entièrement péri dans les Métropoles de
Besançon , de Lyon , de Paris, de Rheims , de Sens et de Tou-
louse. De tous les Diocèses qui, à l'époque delà Bulle de saint
Pie V, n'avaient pas pris le Bréviaire Romain , mais avaient sim-
plement réformé, à l'instar de ce Bréviaire, leur Romain-
Français, pas un n'avait retenu cette magnifique forme litur-
gique. Les novateurs avaient donc poursuivi l'élément Fran-
çais dans la Liturgie, avec la même rigueur qu'ils avaient
déployée contre l'élément Romain, parce que tous deux
étaient traditionnels. Il n'y eut que l'insigne Collégiale de
Saint-Martin de Tours qui, donnant en cela la leçon à nos
Cathédrales les plus fameuses , osa réimprimer, en 1748, son
beau Bréviaire Romain-Français , et qui , seule au jour du
désastre, succomba avec la gloire de n'avoir pas renié ses tra-
ditions. Nous rendons ici , avec effusion de cœur, cethommage
à cette sainte et vénérable Eglise , et à son illustre Chapitre.
(1) L'Ami de la Religion. Tome LV. Notice sur Dom Foulon et ses
ouvrages, pages 305-311.
584 INSTITUTIONS
Mais c'est assez rappeler de tristes souvenirs : puisse du
moins l'innovation liturgique du dix-huitième siècle , appa-
raissant telle qu'elle est, .dans ses motifs, dans ses auteurs,
dans ses agents , être jugée de nos jours, comme elle le sera
par devant tout tribunal qui voudra juger les institutions du
Catholicisme d'après le génie même du Catholicisme ! L'Eglise
de France est donc arrivée à la veille d'une effroyable persé-
cution ; ses temples vont être fermés par les impies, ses fêtes
ont cessé de réunir les peuples, et les nouveaux chants qu'elle
a inaugurés, à la veille d'un si grand désastre, n'ont pas eu
le temps de remplacer dans la mémoire des fidèles ceux
qui retentirent dans les âges de foi. Naguères , cette Eglise
n'avait qu'une voix dans ses temples, et cette voix était
celle de toutes les Eglises de la langue Latine; aujourd'hui,
la confusion est survenue; vingt dialectes, plus discordants
les uns que les autres , divisent cette voix et en affaiblissent
la force. Prête à descendre aux catacombes , l'Eglise Gal-
licane a perdu le droit de citer désormais aux peuples la
parole des Livres de l'Autel et du Chœur, comme l'oracle de
l'antiquité , delà tradition, de l'autorité. En alléguant le texte
des nouveaux Missels et Bréviaires , on ne peut donc plus
dire désormais : L'Eglise dit ceci ; et ce coup fatal, ce n'est
point la main d'un ennemi qui l'a porté. Les hommes de nou-
veautés et de destruction ont trouvé le moyen de faire mou-
voir en leur faveur le bras qui ne devait que les foudroyer. Or,
voilà ces jurisconsultes, ces mêmes gens du Palais qui décré-
tèrent l'abolition du Bréviaire Romain et firent brûler, par la
main du bourreau , les Remontrances ou Réclamations que le
zèle de la Tradition Catholique, aussi bien que de l'Unité de
Confession , dictait à quelques Prêtres courageux ; les voilà
qui s'apprêtent à mettre au jour la Constitution nationale ,
et non Romaine, qu'ils ont préparée au Clergé de France.
LITURGIQUES. 585
Dans leur attente sacrilège , ils comptent sur les peuples qui,
dans beaucoup de Provinces, ont déjà commencé à perdre
le respect envers leurs Pasteurs , à l'occasion des change-
ments introduits dans les formes du culte. Déjà dans de nom-
breuses Paroisses , la Dîme a été refusée aux Curés qu'une
injonction supérieure contraignait de supprimer les anciens
livres et d'inaugurer les nouveaux. Mais avant d'étudier les
doctrines liturgiques des nouveaux Evêques et des nouveaux
Prêtres de cette monstrueuse aggrégation qu'on appela
l'Eglise Constitutionnelle, arrêtons-nous à considérer les at-
taques dont les saines doctrines liturgiques se trouvent être
l'objet dans plusieurs pays Catholiques.
Nous avons tracé ailleurs la théorie d'après laquelle l'hé-
résie Anti-liturgiste , c'est-à-dire ennemie de la Forme reli-
gieuse , a procédé depuis les premiers siècles , et les faits
que nous avons produits dans tout le cours de celte histoire
ont dû mettre dans un jour complet les intentions des secta-
teurs de cette doctrine maudite. On a dû remarquer que
son caractère principal est de procéder avec astuce , et de ne
jamais reculer devant les contradictions dans lesquelles ce
système doit souvent l'entraîner. Destinée par sa propre
nature à s'attacher comme le chancre à la religion des peu-
ples, elle sait produire ou dissimuler ses progrès en pro-
portion des risques qu'elle pourrait courir d'être exiirpée
par la main des fidèles et de leurs Pasteurs. Souvent, il lui
suffira d'exister à l'état de virus caché, et d'attendre la
chance d'une éruption ; dans d'autres lieux, au contraire,
elle osera tout à coup éclater sans ménagement. Ainsi , en
France, elle se glissa sous couleur d'un perfectionnement des
prières du culte , d'un plus juste hommage à rendre à l'Ecri-
ture Sainte dans le service divin, d'une plus parfaite appré-
ciation des droits de la critique ; elle sut flatter l'amour-propre
586 INSTITUTIONS
national , les prétentions diocésaines, et au bout d'un siècle,
elle avait trouvé moyen de détruire la communion des prières
Romaines dans les trois quarts de la France, d'anéantir
l'œuvre de Charlemagne et de saint Pie V, d'infiltrer de mau-
vaises doctrines dans les livres de l'Autel, enfin de faire agréer,
pour rédacteurs de la prière publique, des hommes dont les
maximes étaient flétries comme hérétiques par l'Eglise uni-
verselle.
C'étaient là sans doute de grands résultats; mais on
n'avait pu y parvenir que par degrés, et sous prétexte de
perfectionnement autant littéraire que religieux. Il avait
fallu dissimuler le but auquel on tendait , parler beaucoup
d'antiquité tout en la violant, et surtout éviter de s'adres-
ser au peuple par des changements trop extérieurs dans
les objets visibles; car la nation, en France, a été et sera
toujours Catholique avant toutes choses , et plus elle se sen-
tira refoulée à une époque sous le rapport des manifestations
religieuses, plus elle y reviendra avec impétuosité, du mo-
ment que l'obstacle sera levé.
Il en était tout autrement en Allemagne. La réforme de
Luther avait été accueillie par acclamation , au seizième
siècle , dans une grande partie des États de cette vaste
région , comme l'affranchissement du corps à l'égard des
pratiques extérieures et gênantes qu'imposait le Catholi-
cisme. Dans les pays demeurés Catholiques, le zèle des
Anti-liturgistes du dix- huitième siècle s'inspira de ces
favorables commencements, et quand il voulut tenter une
explosion , il se garda bien d'aller perdre un temps précieux
à falsifier des Bréviaires et des Missels. Il appliqua tout fran-
chement et tout directement sur les formes, pour ainsi dire,
plastiques du culte Catholique ses perfides essais de réforme.
Il savait le rationalisme allemand moins subtil que l'esprit
LITURGIQUES. 587
français , et vit tout d'abord que Ton pouvait bien laisser
le Bréviaire Romain intact entre les mains d'un Clergé qu'on
saurait amener peu à peu à ne plus vouloir réciter aucun
Bréviaire. Les premières atteintes de cet esprit Anti-litur-
giste, au sein même des Catholiques, avaient déjà percé
dans les Canons de ce fameux Concile de Cologne de 1536 ,
dont nous avons parlé ailleurs (1). Mais ce fut bien autre
chose, vers la fin du dix-huitième siècle, quand Joseph II
s'en vint étayer de l'autorité impériale les plans Anti-lilur-
gistes que lui suggérait la triple coalition des forces du
Protestantisme , du Jansénisme et de la Philosophie. Déjà ,
on avait miné le Catholicisme dans une grande portion du
Clergé Allemand , en dissolvant la notion fondamentale de
l'Eglise, l'autorité du Pontife Romain, au moyen des écrits
empoisonnés de Febronius, et plus tard, d'Eybel. Joseph II
passant à la pratique , ouvrit , dès 1781 , la série de ses Rè-
glements sur les matières Ecclésiastiques. Il débuta, comme
on a toujours fait, par déclarer la guerre aux Réguliers aux-
quels il enleva l'exemption et les moyens de se perpétuer, en
attendant qu'il lui plût de porter la main sur la Jurisdiction
Episcopale elle-même. Mais le vrai moyen d'atteindre le Ca-
tholicisme dans le peuple était de réformer la Liturgie. L'Em-
pereur ne s'en fit pas faute , et l'on vit bientôt paraître ces
fameux Décrets sur le service divin , dont le détail minutieux
porta Frédéric II à désigner Joseph sous le nom de mon frère
le sacristain, La chose était cependant bien loin d'être plai-
sante. Les conseillers de Joseph , et surtout le détestable
Prince de Kaunitz , dont le nom appartient à cette histoire ,
comme celui d'un des plus grands ennemis de la forme catho-
lique, les conseillers de Joseph, disons-nous , et sans doute
(1) Tomel. page 429.
588 INSTITUTIONS
l'Empereur lui-même , sentaient parfaitement la portée de
ce qu'ils faisaient en préparant l'établissement d'un Catho-
licisme bâtard, qui ne serait ni garanti par des corporations
privilégiées, ni régi exclusivement par la hiérarchie, ni basé
sur un centre inviolable , ni populaire dans ses démonstra-
tions religieuses.
On vit paraître , entre autres , sous la date du 8 mars 1785,
un ordre impérial qui défendait de célébrer plus d'une Messe
à la fois dans la même Eglise. Le 26 avril suivant , fut pro-
mulgué un règlement très étendu , dans lequel l'Empereur
supprimait plusieurs Fêtes , abolissait des Processions , étei-
gnait des Confréries, diminuait les Expositions du Saint-
Sacrement , enjoignait de se servir du Ciboire au lieu de
l'Ostensoir dans la plupart des Bénédictions, prescrivait
l'ordre des Offices , déterminait les Cérémonies qu'on aurait
à conserver et celles qu'on devrait abolir, et fixait enfin jus-
qu'au nombre des cierges qu'on devrait allumer aux divers
Offices. Peu après, Joseph fit paraître un Décret de. même
sorte portant injonction de faire disparaître les images les
plus vénérées parla dévotion populaire. Cependant, quelque
philosophiques et libéraux que voulussent être les règlements
de l'Empereur, il s'y trouvait dès l'abord une disposition non
moins anti-philanthropique qu'anti-liturgique. Joseph statuait
que l'on ferait désormais dans les Eglises , les Dimanches et
Fêtes , deux Sermons distincts , l'un pour les maîtres ,
l'autre pour les domestiques ; en quoi il se conformait , sans
le savoir peut-être , au génie du Calvinisme qui se retrouve
plus ou moins au fond de tout système Anti-liturgiste. Il y a
long-temps que l'on a observé , pour la première fois , que
le peuple qui se presse avec tant d'enthousiasme sous les
voûtes étincelantes d'or d'une Eglise Catholique, trouve ra-
rement cette hardiesse dans le Temple Calviniste. C'est que
LITURGIQUES. 589
dans l'Eglise Catholique, la pompe révèle la présence de
Dieu qui a fait le pauvre comme le riche, tandis que le
Prêche Protestant offre simplement l'aspect d'une froide et
cérémonieuse réunion d'hommes. Pour en revenir aux édits
de Joseph II, on sait avec quelle obéissance passive ils
furent accueillis dans la plupart des Provinces Allemandes
de l'Empire : mais la Belgique toujours fidèle , la Belgique
que le voisinage de la France n'a jamais fait dévier du
sentier Romain de la Liturgie , prit les armes pour résister
aux innovations de Joseph II, et préluda, sous l'étendard
de la foi, à ces glorieux efforts qui devaient , quarante ans
plus tard, après bien d'autres souffrances, fonder son indé-
pendance et l'établir au rang des nations. Puisse-t-elle n'ou-
blier jamais que le principe de sa liberté politique à l'inté-
rieur et à l'extérieur est la Liberté même du Catholicisme !
Tandis que Joseph II travaillait à déraciner la foi de l'Eglise
Romaine dans l'Empire , cette Mère et Maîtresse de toutes
les Eglises n'avait pas à souffrir de moindres atteintes de la
part des Princes Ecclésiastiques de l'Allemagne. Les Arche-
vêques Electeurs de Cologne , Trêves et Mayence , avec
l'Archevêque Prince de Saltzbourg, signaient à Ems, le
25 août 1786 , ces trop fameux Articles dont le but était
d'affranchir, disait-on , la hiérarchie , en anéantissant l'au-
torité suprême du Siège Apostolique. Or, les maxirnesAnti-
liturgistes avaient pénétré dans le cœur de ces Prélats* et
s'ils poursuivaient le Christ en son Vicaire , ils cherchaient
aussi à restreindre son culte dans l'Eglise. L'un d'eux,
Jérôme de Collorédo , Archevêque de Saltzbourg , avait
donné, dès 1782, une Instruction Pastorale , dans laquelle il
s'élevait contre ce qu'il nommait le luxe des Eglises, décla-
mait contre la vénération des images, et prétendait, entre
autres choses, que le culte des Saints n'est pas un point essen-
590 INSTITUTIONS
tiel dans la Religion. C'était bien là , comme Ton voit , l'es-
prit de nos Novateurs Français, mais fortifié de toute l'au-
dace qu'on pouvait se permettre en Allemagne.
Mais ce qui parut le plus étonnant à cette époque , fut
l'apparition des mêmes scandales , en Italie , où tout sem-
blait conspirer contre les développements, et même contre
les premiers symptômes de l'hérésie Anti-liturgiste. Cette im-
portation manifesta à la fois les caractères de l'esprit français
plus subtil , plus cauteleux , et de l'esprit allemand plus
hardi et plus prompt à rompre en visière. On s'expliquera
aisément ce double caractère , si on se rappelle les efforts
inouïs que les Jansénistes Français avaient faits pour in-
filtrer leurs maximes en Italie, et aussi l'influence que devait
naturellement exercer sur Léopold , Grand-Duc de Tos-
cane, l'exemple de son frère Joseph II. Toutefois, avant
d'oser réformer le Catholicisme dans la portion de l'Italie
qui était malheureusement échue à son zèle , Léopold avait
besoin de se sentir encouragé par quelque haut person-
nage Ecclésiastique de ses Etals. Ce personnage fut Scipion
de Ricci , Evêque de Pistoie et Prato, l'ami intime du trop fa-
meux Professeur Tamburini, le disciple fidèle des Àppellants
Français, et l'admirateur fanatique de toutes leurs œuvres,
mais spécialement de leurs brillants essais liturgiques.
Le 18 septembre 1786, s'ouvrit à Pistoie, sous les aus-
pices du Grand-Duc , ce trop fameux Synode dont les Actes
firent dans l'Eglise un éclat si scandaleux , mais aussi, il faut
le dire, si promptement effacé. Ricci était venu trop tôt;
peut-être même la mauvaise influence s'était-elle trompée
tout-à-fait sur la contrée où un pareil homme aurait dû
naître. Quoi qu'il en soit, le malheureux Prélat survécut aux
scandales qu'il avait causés , et il a fini ses jours dans la com-
munion de l'Eglise dont il avait déchiré le sein. Il n'est point
LITURGIQUES. 591
de notre sujet de dérouler ici le honteux système de dégra-
dation auquel le Synode de Pistoie , dans sa sacrilège outre-
cuidance, prétendait soumettre tout l'ensemble du Catholi-
cisme ; la partie liturgique de ses opérations est la seule que
nous ayons le loisir de mettre sous les yeux de nos lecteurs.
Ainsi , nous ne nous arrêterons pas à signaler l'audace de
cette Assemblée, promulguant la doctrine hérétique et con-
damnée de Baius et de Quesnel , sur la Grâce ; adoptant
scandaleusement la Déclaration de 1682 contre les droits du
Pontife Romain ; abolissant l'exemption des Réguliers pour
étaler ensuite dogmatiquement le plus dégoûtant Presbyté-
rianisme ; mais nous citerons d'abord ces mémorables pa-
roles de la Session sixième :
« Avant tout, nous jugeons devoir coopérer, avec notre
» Prélat, à la réforme du Bréviaire et du Missel de notre
» Eglise, en variant, corrigeant et mettant dans un meilleur
» ordre les Offices divins. Chacun sait que Dieu , qui est la
> Vérité, ne veut pas être honoré par des mensonges; et
» d'autre part, que les plus savants et les plus saints per-
sonnages, des Papes même, ont dans ces derniers temps
» reconnu dans notre Bréviaire , spécialement pour ce qui
» regarde les Leçons des Saints, beaucoup de faussetés, et
»ont confessé la nécessité d'une plus exacte réforme. Quant
ià ce qui regarde les autres parties du Bréviaire, chacun
i comprend qu'à beaucoup de choses ou peu utiles , ou moins
» édifiantes , il serait nécessaire d'en substituer d'autres
d tirées de la parole de dieu, ou des ouvrages originaux
» des saints Pères; mais, sur toutes choses, on devrait dis-
i poser le Bréviaire lui-même de façon que, dans le cours de
» l'année, on pût lire toute entière la Sainte Ecriture (1). >
(1) Prima di tatto pero noi gîudichiamo di dovere cooperare col
nostro Prelato alla ri forma del ttreviario et dol Messale délia noitrâ
592 INSTITUTIONS
Ainsi donc, nous entendrons les Anti-liturgistes tenir par-
tout un langage uniforme, de Luther à Ricci, en attendant
le tour de nos Constitutionnels Français. Toujours l'Ecriture
Sainte, en place des prières de la Tradition ; toujours la guerre
au culte des Saints, l'oubli infligé à leurs œuvres merveil-
leuses , sous le prétexte d'épurer la vérité de toutes les sco-
ries apocryphes dont l'ont souillée les Légendaires (1). D'où
vient donc cette affectation de copier si servilement les
fades déclamations des Foinard, des Grancolas, desMesen-
guy, des Baillet, etc.? Le digne interprète de Scipion Ricci,
l'éditeur de ses Mémoires, de Polter le Voltairien, nous
l'explique quand il nous dit , en parlant des plans liturgiques
de l'Evêque de Pîstoie : < Ses amis de France, entre autres
» les Abbés Maultrot , Leroy et Clément , et les Italiens qui
» professaient les mêmes principes , s'étaient hâtés de lui
p communiquer leurs idées et leurs lumières pour opérer
Chiesa , variando correggendo e ponendo in migliore ordine i divini
Uiizi. Ognun' sa , che Iddio il quale e la verita , non vuole essere ono-
rato con menzogne ; e che per altra parte i piu dotti e santi uomini , e
i Pontefici medesimi in questi uhimi tempi hanno riconosciuto nel
nostro Breviario, specialmente per quel che riguarda le lezioni dei
santi , moite falsita , ed hanno confessato la nécessita d'una più esatta
riforma. Per quelle- che riguarda poi le altre parti del Breviario, ognun
comprende, che a moite cose o poco utili o meno edificanti sarebbe
necessario sostituirne altre lolte dalla parola di Dio o dalle opère ge-
nuine dei Patri ; ma soprattutto che dovrebbesi disporre il Breviario
medesimo in maniera , che nel corso d'un anno vi si leggesse tutla in-
tiera la Santa Serittura. MU e decreti del Concilio Diocesano di Pis-
toia. Sessione VI. page 205.
(1) Nous n'avons pas besoin de réfuter ici ce que dit le Synode sur
les Papes qui ont réprouvé les Légendes du Bréviaire. Comme il s'agit
ici principalement de Benoît XIV, il suffira de rappeler encore une
fois ce qu'il dit à ce sujet , savoir qu'il n'est aucune de ces Légendes
qui ne soit susceptible d'être défendue.
Liturgiques. 595
»tïne réforme complète du Bréviaire et du Missel (1). »
Au reste, la prédilection de Ricci pour cette école liturgique
paraît assez clairement dans le choix de livres que le Synode
prescrit aux Curés. On se garde bien d'y oublier Y Année Chré-
tienne de Nicolas Le ïourneux, ni Y Exposition de la Doctrine
Chrétienne de Mesenguy. Ces deux chefs-d'œuvre des fameux
compilateurs des Bréviaires de Cluny et de Paris figurent
dignement sur le Catalogue à côté du Rituel d'Aleth et des
Réflexions Morales de Quesneî.
Mais voyons plus avant l'œuvre du Synode et ses glorieux
efforts pour s'élever dans la réforme liturgique à la hauteur
des vues de Joseph II et de son digne frère. Observons d'a-
bord que les Pères du Concile Diocésain, comme ils s'ap-
pellent, sont d'avis qu'on évite dans les Eglises les décorations
trop variées et trop précieuses , parce qu'elles attirent les sens
et entraînent Vaine à l'amour des choses inférieures ; sur quoi
les Pères déclarent embrasser la doctrine de l'Instruction
Pastorale de Jérôme de Collorédo, Archevêque de Saltz-
bourg (2).
Dans le chapitre sur la réforme des Réguliers, ils émettent
le vœu que ceux-ci n'aient point d'Eglises ouvertes au public;
qu'on y diminue les Offices divins , et qu'il n'y soit célébré
qu'une, ou, tout au plus , deux Messes par jour, les autres
Prêtres se bornant à concélébrer (5).
Dans la même session, il plaît aux Pères d'abolir les Pro-
'essions qui avaient lieu pour visiter quelque image de la Sainte
Vierge ou d'un Saint , et de prescrire aux Curés de la cam-
tagne de restreindre le plus possible la longueur et la durée de
! (1) De Potter. Mémoires de Scipion de Ricci, Evêque de Pistoie et
yato , réformateur du Catholicisme en Toscane , sous le règne de Léo-
\old. Tome II. page 220.
1(2) SessionelV. page 129.
||(3) Sessione VI. pages 258-239.
t. il. 58
594 INSTITUTIONS
celles des Rogations. Le but de ces suppressions, disent-ils, est
d'empêcher les rassemblements tumultueux et indécents, et les
repas qui accompagnaient ces Processions. Quant aux fêtes ,
les Pères se plaignent de ce que, par leur multiplicité, elles
sont aux riches une occasion d'oisiveté, et aux pauvres une
source de misère, et sont résolus de s'adresser à S. A. S. le
Grand-Duc, pour obtenir une réduction dans le nombre de
ces jours consacrés aux devoirs religieux (1). C'est, sans
doute , pour honorer en Léopold la qualité de Prince de la
Liturgie, que les Pères décrètent qu'on ajoutera désormais
au Canon ces paroles : Et pro Magno Duce nostro N. (w2). On
voit que l'esprit des Anti-liturgistes est partout le même, en
Italie comme ailleurs : la seconde Majesté profite toujours
des dépouilles de la première.
« Pour ce qui regarde les pratiques extérieures de la dé-
»volion envers la Sainte Vierge et les autres Saints, disent
j> les Pères, nous voulons qu'on enlève toute ombre de supers-
itition, comme serait d'attribuer une certaine efficacité à un
t> nombre déterminé de prières et de salutations dont , la plu-
s>part du temps , on ne suit pas le sens, et généralement à tout
i autre acte, ou objet extérieur ou matériel (5). »
Après cette flétrissure infligée au Rosaire et aux diverses
Couronnes ou Chapelets approuvés et recommandés par le
Saint Siège, les réformateurs de Pistoie devaient naturelle-
ment en venir à poursuivre les Images. C'est pourquoi, im-
médiatement après, ils enjoignent d'enlever des Eglises toutes
les Images qui représentent de faux dogmes, celles par exemple
du Cœur de Jésus, et celles qui sont aux simples une occa-
(1) Ibid.pag 207-209.
(2) Ibid. page 20*.
(3) Ibid. page 201.
LITURGIQUES. 595
sion d'erreur, comme les Images de l'incompréhensible Trinité.
On enlèvera de même celles dans lesquelles il paraît que le
peuple a mis une confiance singulière , ou reconnaît quelque
vertu spéciale. Le Synode ordonne pareillement de déraciner
la pernicieuse coutume qui distingue certaines Images de la
Vierge par des titres et noms particuliers , la plupart du,
temps vains et puériles , comme aussi celle de couvrir d'an
voile certaines Images ; ce qui , en faisant supposer au peuple
qu'elles auraient une vertu spéciale, contribue encore à anéan-
tir toute l'utilité et la fin des Images (1).
La réforme dans le culte delà Sainte Vierge et des Saints,
n'était pour le Synode qu'une conséquence de la réforme à
laquelle, toujours à la remorque de Joseph îl, il avait cru
devoir soumettre le culte même du Saint-Sacrement, et le
Sacrifice de la Messe.
Ainsi, les Pères du Concile Diocésain décrètent qu'on ré-
tablira l'antique usage de n avoir qu'un seul autel dans la
même Eglise (2). On ne placera sur cet autel ni reliquaires ,
ni fleurs (5). La participation à la victime, disent-ils un peu
plus loin, est une partie essentielle du sacrifice ; toutefois, on
veut bien ne pas condamner comme illicites ies^Hesses aux-
quellcsles assistants ne communient pas sacramentellement (4).
En effet, cette hardiesse aurait semblé par trop Luthérienne;
mais on déclare qu'excepté dans les cas de .grave nécessité,
Us fidèles ne pourront communier qu'avec des Hosties consa-
crées à la Messe même à laquelle ils auront assisté (5).
Quant à la langue à employer dans la célébration des saints
(1) Ibid. page 202.
(2) Sessione IV. page 130.
(3) Ibidem.
(4) Ibidem.
(5) Ibidem.
596 INSTITUTIONS
Mystères , on découvre les internions du Synode dans ces
paroles expressives : Le saint Synode désirerait qu'on rédui-
sit les rites de la Liturgie à une plus grande simplicité; qu'on
l'exposât en langue vulgaire , et qu'on la proférât toujours à
haute voix (1) ; car, ajoutent plus loin les Pères avec Quesnei
leur Patron : Ce serait agir contre la pratique Apostolique et
contre les intentions de Dieu, que de ne pas procurer au
simple peuple les moyens les plus faciles pour unir sa voix à
celle de toute l'Eglise (2).
Ailleurs , on enseigne que c'est une erreur condamnable de
croire qu'il soit en la volonté du Prêtre d'appliquer le fruit
spécial du sacrifice à qui il veut (3).
Quant à la vénération à rendre au mystère de l'Eucharis-
tie, le Synode ordonne de réduire l'Exposition du Saint-
Sacrement à la seule Fôte et Octave du Corpus Domini ,
excepté dans la Cathédrale où l'Exposition sera permise une
fois le mois; dans les autres Eglises , aux jours de Dimanches
et de Fêtes , on donnera seulement la Bénédiction avec le
Ciboire (4). Le nombre des Cierges allumés en présence du
Saint-Sacrement exposé dans l'Octave du Corpus Domini ,
ne pourra ^xcéder trente à la Cathédrale et vingt-quatre
dans les Paroisses (S).
Ailleurs, les Anti-liturgistes de Pistoie poursuivent la
dévotion au Sacré Cœur de Jésus et à la Passion de Nolrc-
Seigneur, sous l'affectation d'une Orthodoxie dont la pré-
tention est surtout ridicule dans des hérétiques. Attendu,
disent-ils, que ce serait une erreur dès long-temps anathé-
(1) Ibidem, page 131,
(2) Ibidem, page 203.
(3) Sessione IV. page 132.
(4) Ibidem, page 12G.
(o) Appendice al Siaodo. K° IV.
LITURGIQUES. 597
matisée dans l'Eglise que d'adorer en Jésus-Christ l'huma-
nité, la chair, ou toute portion de cette chair, séparément de
la Divinité, ou avec une séparation sophistique; ainsi serait-
ce également une erreur d'adresser à celte humanité nos
prières, au moyen d'une semblable division ou abstraction.
C'est pourquoi, souscrivant pleinement à la Lettre Pastorale
de notre Evêque , du 3 juin 1781 , sur la dévotion nouvelle au
Cœur de Jésus , nous rejetions cette dévotion et les autres
semblables , comme nouvelles et erronées, ou tout au moins
comme dangereuses (1). Dans cette Lettre Pastorale , Scipion
de Ricci avait dit en propres termes, confondant la vérité et
l'erreur : Ni la très sainte chair de Jésus- Christ , ni un petit
moyceau ( un pezzelto) de celte chair , ni son humanité toute
entière, avec séparation de la Divinité, ni aucune qualité ou
perfection de Jésus-Christ , ni son amour, ni le symbole de cet
amour, ne peuvent jamais être l'objet du culte de Latrie (2).
Quant au Mystère de la Passion , dit le Synode , s'il
doit particulièrement occuper notre piété , il faut aussi dégager
celte piété elle-même de toutes les inutiles et dangereuses ma-
térialités auxquelles ont voulu l'assujétir les dévots supersti-
tieux des derniers siècles. L'esprit de componction et de ferveur
ne peut pas certainement être attaché à un nombre déterminé
de Stations , à des réflexions arbitraires , souvent fausses,
plus souvent encore capricieuses, et toujours périlleuses (3).
On voit que nos réformateurs du Catholicisme allaient
vite en besogne , et que si, à la façon des Novateurs Fran-
çais, la refonte des livres liturgiques sur un plan Janséniste
leur paraissait un moyen important d'avapcer l'œuvre , ils
(1) Sessione VI. page 198.
(2) Appendice. N° XXXII.
(3) Sessiene VI. page 199.
598 INSTITUTIONS
voulaient mener de front , à la manière de Joseph II, la ré-
duction extérieure des formes du Culte Catholique. Ils s'é-
taient trompés en prenant ainsi l'Italie pour l'Allemagne; car
si c'était un avantage pour la Toscane d'être régie par un
Prince de la maison d'Autriche , c'était du moins une grande
faiblesse de jugement dans Léopold , que de vouloir régir les
populations au rebours de leur génie et de leurs habitudes.
Le Synode de Pistoie fut imité par ceux que présidèrent
peu après dans leurs Dioeèses, Sciarelli , Evêque de Colle, et
Marani, Evêque d'Arezzo, lesquels tinrent à honneur de mar-
cher à la suite de Ricci et de ses Curés. Dès-lors, le parti
Janséniste ne put contenir la joie de son triomphe , et le
Grand-Duc se crut assuré de la victoire sur les préjugés suran-
nés d'un Catholicisme bigot. Dès le 26 janvier 4786, voulant
s'assurer de la coopération du Clergé dans la réforme reli-
gieuse qu'il projetait , il avait adressé à tous les Préials
de son Duché cinquante-sept articles de consultation. Les
principaux de ces articles roulaient sur la réforme indispen-
sable du Bréviaire et du Missel ; sur l'abolition de toute
aumône pour les Messes ; sur la réduction du luxe des
temples ; sur la défense de célébrer plus d'une Messe par
jour dans chaque Eglise ; sur l'examen à faire de toutes les
reliques; sur le dévoilement des images couvertes; sur l'ad-
ministration des Sacrements en langue vulgaire ; sur l'ins-
truction à donner au peuple touchant la Communion des
Saints et les suffrages pour les défunts ; sur l'urgence de
soumettre les Réguliers aux Ordinaires , etc. , etc. On y
insistait spécialement sur la nécessité de tenir des Synodes
Diocésains , à l'aide desquels Léopold espérait faire péné-
trer dans le Clergé du second ordre les maximes qu'il lui
tardait tant de voir adoptées par ses Evêques. Ces Points
Ecclésiastiques ( Punti Ecclesiastici ) avec les réponses des,
LITURGIQUES. 599
Archevêques et Evêques de Toscane furent publiés à Flo-
rence, en 1787. On voit au frontispice du livre le portrait
du Grand-Duc soutenu parla Renommée et entouré de figures
allégoriques de la Justice, du Commerce, de l'Abondance et
du Temps. Au-dessous, est un génie qui lient un livre ouvert,
sur lequel est écrit en grandes lettres et en français , le mot :
Encyclopédie. C'était sans doute assez pour montrer les in-
tentions ultérieures des Anli-liturgistes.
Le Voîtairien de Potier, qui nous a conservé de précieux
détails dans ses ignobles Mémoires de Scipion de Ricci, nous
apprend en détail quelle fut la réponse des Evêques de Tos-
cane aux cinquante-sept Points (1) . Ricci , dont les influences
avaient élé pour beaucoup dans les résolutions de Léopold,
et qui se préparait à tenir son Synode , fit telle réponse qu'on
pouvait souhaiter ; en quoi il fut imité par Sciarelii, Evêque
de Colle ; Pannilini , Evêque de Chiusi , et Santi , Evêque de
Soana. Marani et Ciribi, Evêques d'Arezzo et de Cortone,
s'expliquèrent dans le même sens , mais avec plus de modé-
ration. Les autres Prélats, Martini, Archevêque de Florence ;
Costaguti, Vannucci, Pecci, Yincenti, Bonaccini, Evêques
de Borgo San-Sepolcro, Massa , Montaïcino , Pescia, et Vol-
terra, se déclarèrent avec courage, dans leurs réponses
contre les innovations proposées ; mais nous devons une
mention spéciale aux intrépides Prélats Franceschï et Bor-
ghesi, Archevêques de Pise et de Sienne; Mancini, Fazzi,
Franci et Franzesi, Evêques de Fiesole, San Miniato, Gros-
seto et Montepulciano, qui manifestèrent parles termes les
plus énergiques, dans leurs réponses, toute l'horreur que
leur inspiraient les propositions Anti-liturgisles qu'on avait
osé leur faire.
(1) Tome IV. pages 289-264.
600 INSTITUTIONS
Ce fut après la réception de ces diverses lettres , et aussi
après la célébration des Synodes de Pistoie, de Colle et d'A-
rezzo, les seuls dont Léopold put obtenir la tenue, que ce
Prince convoqua une Assemblée générale des Evoques de Tos-
cane, qui s'ouvrit à Florence le 25 avril 1787. Si l'on en croit
les Mémoires de Ricci (1) , les Prélats qui s'étaient montrés
si fermes dans leur réponse aux Points Ecclésiastiques, au-
raient manifesté, dans l'Assemblée, une moindre opposition
aux volontés du Grand-Duc, sur certains points de doctrine
liturgique, notamment sur la réforme du Bréviaire et du
Missel Romains, dont les trois Archevêques auraient accepté
la commission. L'auteur des Mémoires sur l'Histoire Ecclé-
siastique, au XVIIIe siècle, ajoute môme qu'il fut arrêté
qu'on traduirait le Rituel en Italien , pour ce qui concerne
l'administration des Sacrements, excepté les paroles sacra-
mentelles qui se diraient toujours en latin (2). Quoi qu'il en
soit, de Potier est obligé de convenir que des réclamations vio-
lentes s'élevèrent à toutes les séances, de la part des Evêques,
contre les principaux fauteurs de l'innovation, Ricci, Scia-
relli, Pannilini et Santi. Et, d'ailleurs, la discussion roula
sur un grand nombre d'autres articles de droit ecclésias-
tique , à l'occasion desquels la majorité se montra animée de
la plus courageuse énergie pour les droits du Saint Siège.
L'Assemblée tint sa dix-neuvième et dernière session, le 5
juin 1787, et s'étant présentée à l'audience du Grand-Duc,
elle reçut les témoignages les plus significatifs de mécon-
tentement de la part du Prince , pour le peu d'harmonie
qui avait régné dans son sein , pour l'esprit de préjugé et
de parti qui avait constamment guidé le plus grand nombre
(1) Tome IV. pages 216-249.
(2) Mémoires. Tome III. page 88.
LITUÏIGIQUES. G01
des Prélats (1). Léopold, toujours poussé par le parti Jan-
séniste, décréta plusieurs Edits propres à accroître et à
consolider le scandale. 4 Sans aucun égard pour la Cour
» de Rome , dit de Polter , on soumit le Clergé Régulier
»aux Ordinaires; on déclara qu'à l'avenir la doctrine de
* saint Augustin devrait êlre suivie dans l'enseignement ec-
» clésiastique ; on ordonna la réforme des Missels et des Bré-
iviaires , etc. (2). »
Toutefois , ainsi que nous l'avons dit , cette levée de bou-
cliers n'eut pas de suites. La dislocation sociale qui, en France,
avait couronné les efforts persévérants du parti anarchiste,
ouvrit les yeux de Léopold. Il eut le bon esprit de comprendre
que l'Evêque du dehors commet un acte impolitique dont le
châtiment, tôt ou tard, retombe sur sa tête, toutes les fois
que , convié par les sacrilèges flatteries d'un Pasteur lâche ou
corrompu , il ose mettre la main à l'encensoir. Mais il est fa-
cile de comprendre comment les instincts du despotisme ont
si souvent conduit les Princes à tenter ou à seconder les atten-
tats des Anti-lilurgistes. Les démonstrations liturgiques sont
éminemment populaires; elles tendent à réunir les masses
dans le temple Catholique, comme dans le centre de leur vie
sociale ; elles resserrent le lien qui les attache au Sacerdoce.
Donc , les ennemis du spiritualisme dans les peuples, doivent
les avoir en horreur. Et voilà pourquoi chez nous, en ce
moment, les ennemis des Processions, sol-ùïsaiils libéraux,
se ruent à la suite des Joseph II et des Léopold , Monarques
du bon plaisir. Heureuse la France de n'avoir pas de ces vils
Pasteurs dont toute la gloire était d'enchaîner l'Eglise au
marche-pied du trône, comme les Ricci, les Pannilini , les
(1) De Potter. Ibid. page 247.
(2) Ibid. page 248.
602 INSTITUTIONS
Sciarelli î Ajoutons encore un trait pour faire connaître ces
dignes coryphées de l'hérésie Anti-liturgiste.
Franzesi, Evêque de Montepulciano, dans un Mémoire
contre la prétention des Novateurs, de réduire à un seul les au-
tels de chaque Eglise, avait osé faire remarquer que le Grand-
Duc lui-même, qui poussait avec tant de chaleur l'adoption
de cette mesure, faisait alors bâtir des Eglises à plusieurs
autels. Ricci et ses deux dignes collègues répondirent à cette
objection : « Que prétend donc le théologien (consulleur du
i Prélat), par cette assertion vague et téméraire? Que le
» Souverain s'est contredit, ou qu'il a changé d'opinion? Ce
userait un sacrilège d'en avoir la pensée (1). > Voilà ce que
la secte Anti-liturgiste sait faire de la liberté ecclésiastique
et de la dignité humaine. Considérons maintenant ce qu'elle
voudrait faire du Catholicisme lui-même.
Nous pourrions nous contenter de renvoyer le lecteur au
XIVe chapitre de cette histoire, dans lequel nous avons traité
de l' Hérésie Anti-liturgiste et de la Réforme Protestante du sei-
zième siècle, dans ses rapports avec la Liturgie ; mais comme il
est utile de déduire les enseignements qui résultent du récit
que nous avons fait dans les chapitres précédents, nous nous
arrêterons quelques instants à résumer le système des ennemis
de la foi catholique, tel qu'il apparaît dans l'ensemble des
(1) Che prétende dunque il teologo in quellâ vaga e temeraria asser-
zione? Che il sovrano siassi contradetlo, o che abbia mutato senlimento!
Sarebbe sacrilegio il sospettarlo. Mémoires de Ricci. Tome IV. pag. 27t.
— La brutalité de ce servilisme contraint le Voltairien de Potter à faire
cette curieuse observation , en dépit de ses préventions fanatiques pour
Ricci et consorts : « Ce passage démontre bien quelles sont les funestes
conséquences d'avoir une opposition fanatique, les personnes raison'
nables, pour vaincre le fanatisme, sont forcées de se jeter dans ïabsur*
dite de ï ultramonarchisme, et le peuple devient nécessairement le jouet
et la victime, ou de ses prêtres , ou de son gouvernement. »
LITURGIQUES. 605
lois et règlements à l'aide desquels ils ont espéré d'étouffer
cette divine foi, C'est l'esprit Protestant lâchement caché
sous des dehors catholiques que nous voulons démasquer,
et notre intention est de faire voir ce que ces perfides Phari-
siens ont tenté pour anéantir, autant qu'il était en eux , l'a-
dorable mystère de la très sainte Eucharistie.
Auparavant , si le temps et l'espace nous le permettaient,
nous aimerions à montrer en détail toute la portée des em-
bûches qu'ils ont tendues à la foi des peuples , dans ce qui
touche le culte de la glorieuse Vierge Marie et des Saints. Nous
dirions comment ils les ont livrés , ces peuples sans défense ,
au souffle glacé du rationalisme, en expulsant de la Liturgie,
et, partant, de la mémoire des fidèles, la plupart des miracles
et des dons merveilleux accordés aux Saints, sous le vain
prétexte des droits de la critique; comme s'il ne dépendait
que de la volonté d'un pédant pour faire reconnaître comme
incontestables les stupides affirmations du pyrrhonisme his-
torique. Nous dirions comment ils ont retranché du Bréviaire,
et bientôt des Vies même des Saints, le récit des actes de vertu
extraordinaire inspirés par l'Esprit de Dieu à ses membres ,
sous la futile apparence que ces faits ne seraient pas imi-
tables; comme si l'Esprit de Dieu , dans les livres qu'il a dictés
lui-même , n'avait pas accumulé pour sa gloire les actes les
plus extraordinaires, aussi bien que les actes les plus vulgaires
en apparence (1). Nous dirions comment il était inévitable au
peuple d'oublier les actions, les mérites, les services et jus-
(1) Qu'on se rappelle ici la sévère censure de la Sorbonne de 15i8,
contre le Bréviaire d'Orléans donné à cette époque, et dans lequel on
commença a faire subir aux Légendes des Saints les mutilations dont
nous parlons. La Faculté ne fait nulle difficulté de trancher le mot.
Nova ista mutatio imprudent , temeraria et scandalosa, neque carens
suspkione favendi hœreticis» Voyez ci-dessus, tome I, pages 458, 4Ô9,
et 509 et 510.
604 INSTITUTIONS
qu'au nom des Saints Patrons, du moment qu'on abolissait
les antiques Répons et Antiennes où ces noms sacrés, avec
les merveilles qu'ils rappellent, étaient consignés et si sou-
vent embellis par les plus gracieuses mélodies, pour mettre
en place quelques phrases de la Bible, bien froides, bien
décousues ; comme si des paroles générales tirées de l'Ecri-
ture Sainte, et amenées à grands frais pour célébrer tel
Saint auquel elles n'avaient pas plus de rapport qu'avec tel
autre Saint, pouvaient servir dans un degré quelconque à
maintenir des traditions. Nous dirions comment la guerre
qu'on a faite jusqu'à nos jours dans une grande partie de
l'Europe Catholique, aux images miraculeuses, aux sanc-
tuaires révérés, aux pèlerinages, aux processions extrordi-
naires, était une hostilité flagrante contre le Seigneur et contre
ses Christs (1) ; puisque, si îe Concile de Trente enseigne
qu'il ne faut pas croire qu'il y ait dans les images une vertu
qui vienne d'elles, on n'en doit pas conclure que celte au-
guste Assemblée ait voulu contester à Dieu îe droit de choisir
certains lieux de ce monde qui est à lui , pour y manifester
plus directement sa gloire dans la Vierge Marie , ou dans les
Saints. Nous dirions qu'en supprimant avec violence les fêtes
populaires dans lesquelles les habitants des villes et des cam-
pagnes se livraient à une joie, quelquefois abusive, nous en
convenons , Joseph II , Léopold , Jérôme de Collorédo ,
Ricci, etc., voulaient bien plus éteindre les influences reli-
gieuses puisées dans le culte des Saints, que favoriser, ainsi
qu'ils le prétendaient , la réforme des mœurs et l'avancement
des saines doctrines de l'économie politique ; comme si les
mœurs étaient meilleures et la nation plus heureuse, quand
le motif des réjouissances publiques ne provient plus d'une
(1) Nolite tangere Christos meos. Psalm. CIF. 15.
Liturgiques. 603
source religieuse, mais tout simplement des habitudes gros-
sières d'un peuple inaccessible d'ailleurs à l'idée de morale
qui ne lui vient pas par l'organe de la religion. Nous dirions
enfin qu'on a grandement nui à la foi des peuples qui tire
un si puissant accroissement de la vénération des Saints, en
répétant sur tous les tons , et avec toute l'exagération de
Port-Royal , que la Sainte Vierge et les Saints repoussent
tout hommage de la part de ceux qui n'imitent pas leurs
vertus; qu'il est inutile de songer à leur plaire par des
prières, des vœux, des chants, des démonstrations exté-
rieures , si l'on n'est pas déjà vivant de la vie de la grâce et
de la sainteté ; comme si la simple louange n'était pas déjà
iwr acte surnaturel et excellent de la religion; comme si
celui qui rend hommage à la sainteté ne protestait pas déjà
contre le péché qui est dans son cœur ; comme si tout acte
religieux , pour n'être pas parfait , n'était pas un acte con-
forme à l'ordre ; comme si , enfin , ïa miséricordieuse Mère
du Sauveur et les Amis de Dieu ne devaient pas se trouver
inclinés à demander à Dieu 1* entière conversion de ces pauvres
âmes qui , trop charnelles encore dans leurs espérances et
leurs vœux , n'ont jusqu'ici compris, comme la Samaritaine,
que dans un sens matériel , cette Eau qui jaillit jusqu'à la vie
. éternelle. Le fait est que depuis le triomphe de toutes ces
théories perfectionnées, nous ne connaissons plus la vie des
Saints, et qu'après un siècle et demi de rationalisme, là
simple explication des Légendes de nos vitraux et de notre
antique peinture et statuaire catholiques est devenu l'objet
d'une science. Dieu fasse que cette science ne soit pas de
longue durée, par notre retour aux antiques traditions de
la foi de nos pères, aux livres vénérables qui l'ont gardée
toujours vierge et pure , tandis que nous allions boire à
d'autres sources ! •
600 INSTITUTIONS
Mais arrêtons-nous à considérer l'outrage insigne dont
l'adorable Mystère de l'Eucharistie a été l'objet au sein même
de plusieurs nations Catholiques. C'est ici qu'éclate la malice
de Satan. Nous avons montré ailleurs comment les Albigeois
et les Vaudois parvenaient à éluder la divine miséricorde du
Sauveur présent sous les espèces Eucharistiques, en prê-
chant partout que le Prêtre, s'il n'est en état de grâce, ne
consacre pas ; d'où il s'ensuivait que Dieu seul connaissant
le cœur de l'homme , le fidèle n'aurait pu croire à la pré-
sence du Christ dans l'Hostie qu'il recevait à la Communion,
qu'autant qu'il eût été associé à la science même de Dieu. Nos
Anti-liturgistes n'osèrent non plus nier la divine Eucharistie;
mais comme elle est l'objet de la foi des fidèles , le sacrifice
propitiatoire du salut du monde, la nourriture vivifiante du
Chrétien sur la terre, il leur sembla bon de la poursuivre
sous ce triple rapport. En effet, s'ils eussent été si jaloux de
voir le Sauveur des hommes recueillir l'hommage de la piété
publique dans le Mystère de son amour, pourquoi cesEdils,
ces Décrets Synodaux pour interdire l'exposition du Saint-
Sacrement, pour éteindre les lumières qui se consumaient,
en signe populaire de joie et d'amour, sur l'autel; pour en-
joindre de se servir du Ciboire qui voile l'hostie, plutôt que
de l'Ostensoir qui la montre et l'entoure d'une couronne ra«
clieuse , vrai triomphe pour la pieté ? Pourquoi tant d'écrits,
de règlements hostiles au rite de l'Exposition du Saint-Sacre-
ment, dans divers pays, mesures dont les motifs semblent
puisés dans le livre condamné du trop fameux J.-B. Thiers?
Pourquoi avoir humilié à un degré inférieur, dans un si
grand nombre du nouveaux Bréviaires et Missels , la Fête
du Corps du Seigneur, qui, jusqu'alors, était mise au rang
des plus grandes solennités? Quel siècle , quels hommes que
ceux qui trouvèrent qu'il y avait en cela de l'excès !
LITURGIQUES. 607
Quant au Sacrifice Eucharistique lui-même, que n'ont pas
fait les Anti-liturgistes, pour en amoindrir la notion dans
l'esprit des peuples? L'autel les gêne ; ils voudraient n'y voir
plus qu'une table. Ils en ôteront, comme à ïroyes et à As-
nières, la croix et les chandeliers; les reliques et les fleurs,
comme en Toscane , poursuivant ainsi le Christ jusque dans
ses Saints, et voulant que l'autel de Dieu soit nu et glacé
comme leur cœur. Autour de cet autel, sur les dons sacrés,
des rites augustes, apostoliques, mosaïques même, s'ac-
complissent; ils en conserveront une partie, après les avoir
purgés de tout symbolisme, pour qu'ils ne soient plus que
des usages vulgaires et vides de réalité. Une langue sacrée
environnait comme d'un nuage la majesté de cet autel et des
mystères qu'il porte ; on préparera l'abolition de cet usage vé-
nérable, en initiant le vulgaire aux plus profondes merveilles
du Sanctuaire par des traductions, en invitant le Prêtre, au
nom d'une chimérique antiquité, à rompre le silence du Ca-
non, en attendant qu'en certains temps et en certains lieux,
on ose décliner enfin la prétention qu'on a de proclamer,
comme Calvin, la langue vulgaire. Déjà, n'a-t-on pas fait
admettre que la Bible seule doit fournir la matière des Of-
fices divins, aux dépens de la Tradition? Ne Pa-t-on pas mise
en pièces à coups de ciseaux, pour en faire une mosaïque à
l'aide de laquelle on décrira telles figures que l'on voudra ?
Maïs , pour en revenir au divin Sacrifice, voyez avec quelle
affectation on répète cette vérité incontestable en elle-même,
niais dont il est si facile d'abuser à celte époque de Calvi-
nisme déguisé, que le peuple offre avec le Prêtre , afin d'étayer
d'autant ce Laïcisme, frère du Presbytérianisme, qui ap-
parut peu d'années après, avec un si éclatant triomphe,
dans la Constitution Civile du Clergé. Toutefois, ce n'est
point encore assez pour la secte. Elle peut insulter le Sa-
608 INSTITUTIONS
crifice Catholique , mais elle ne peut l'abolir. Dès-lors , toute
son adresse tendra à en rendre la célébration plus rare.
D'abord, elle inculquera au Prêtre timoré qui, par le plus
étrange travers, s'en vient mettre sa conscience à la dispo-
sition de quelqu'un de ses adeptes, elle lui inculquera (1)
qu'il y aurait de l'imprudence à un Prêtre, même pieux, de
célébrer la Messe plus de trois ou quatre fois par semaine.
Que si enfin il ose monter à l'autel, il trouvera jusque dans
le Mibsel la condamnation de sa témérité; car la secte a souillé
jusqu'au Missel (2). Bientôt, soutenue dans son audace par
les Joseph II et les Léopold, on la verra interdire la célé-
bration simultanée des Messes dans une même Eglise; elle ira
même jusqu'à réduire le nombre des autels à un seul. Eclairée
par les prescriptions de Ricci, clic trouvera un nouveau moyen
de restreindre encore l'oblation de ce Sacrifice qui lui est
si odieux : ce sera en rétablissant l'usage de l'Eglise primitive,
suivant lequel tous les Piètres d'une Eglise concélébreraient
à une seule Messe. Quant aux Réguliers, on saura bien les y
forcer, en ne tolérant qu'un Prêtre ou deux dans chaque Mo-
nastère : d'ailleurs, les Eglises des Réguliers seront interdites
au peuple. Enfin , et nous achèverons par ce dernier trait,
afin d'empêcher la célébration de la Messe plus efficacement
encore, le Synode de Pisloic enseignera dogmatiquement
que c'est une erreur de penser que !e sacrifice de la Messe
profite davantage à celui pour lequel le Prêtre a l'intention
(1) Du Guet. Traité sur les dispositions peur offrir les saints Mtjs-
lères. page 32.
(2) Eu la Messe de saint Jérôme, au Missel de l'Archevêque Vinii-
mille, rédigé par l'Acoiyihe Mesenguy, on a lu pendant bien des années
cette Secrète, digne pendant de certaine Postcommunion de saint
pamase qu'on y lit encore : Sacrificium salutis nostrœ fac nos tibi,
Domine, cum timoré ac tremore offerre , quod sanctus Pr esby ter Hier o-
nymus pr<,e vereçundia, et liumilimte verHuç est exercere.
LITURGIQUES. 609
particulière de l'offrir. Que lui importe de mentir à la tra-
dition catholique, si par là il est à même de porter à la foi
du Sacrifice dans l'esprit des peuples, une atteinte digne de
Calvin ?
Si nous en venons à l'Eucharistie , considérée comme
nourriture du Chrétien, nous la voyons poursuivie sous ce
rapport avec le même acharnement par les Anti-liturgistes*
Ici, comme toujours, les théories viennent de France; l'ap-
plication brutale et audacieuse aura lieu dans d'autres pays.
Le livre de la Fréquente Communion , d'Antoine Arnaud, le
Rituel d'Aleth, ces deux productions du parti qui ont exercé
et exercent encore sourdement une si grande influence sur
la pratique des Sacrements en France , donnent , comme l'on
sai(^ pour maxime fondamentale , que la Communion est la
récompense d'une piété avancée et non d'une vertu commen-
çante. Qui oserait calculer jusqu'à quel degré cette maxime
toute seule a produit la désertion de la Table sainte ! Les
Novateurs d'Italie, toutefois, ne s'arrêteront pas là; ils s'ap-
pliqueront à fatiguer la piété des fidèles , en décrétant qu'on
ne devra plus communier les fidèles qu'avec des hosties con-
sacrées à la Messe même à laquelle ils auront assisté, ou
du moins qu'on ne devra plus administrer la Communion hors
! le temps de la Messe (1) ; double ruse qui , étant bien con-
(1) Telle fat la rage des Novateurs sur ce dernier point, qu'il devint
! nécessaire que Benoît XIV publiât une Constitution adressée aux
JEvêques de toute l'Italie, pour décider solennellement que, quelqua
louable que soit l'intention de participer, par la Communion, au sacri-
fice même auquel on assiste, il n'y a pour les Prêtres aucune sorte
d'obligation de distribuer, infra ipsam actionem, la Communion à tous
ceux qui la demandent. Cette Constitution est du 13 novembre 1742.
La question avait été violemment agitée, d'abord dans le Diocèse de
iCrêma, par Joseph Guerrieri , Chanoine de la Cathédrale, qui enseigna
'publiquement qu'on devait improuver la coutume de communier les
T. il. 39
610 INSTITUTIONS
duite, suffira pour priver de la Communion un grand nombre
de personnes, à raison des embarras et des prétextes qu'il
est facile d'alléguer dans une grande Eglise. C'était dans le
même but que le Missel de Troyos supprimait les prières qui,
dans le rite actuel de l'Eglise, accompagnent l'administration
de l'Eucharistie. Le Docteur Peiitpicd et ses pareils préten-
daient par là faire considérer la Communion des fidèles comme
une partie inséparable de la Messe ; d'où il serait facile de
conclure, avec Luther, que les Messes où personne ne com-
munie sont contraires à l'institution de l'Eucharistie, tandis
que, d'autre part, étant certain que les fidèles ne doivent
communier que quand ils en sont dignes, ce qui n'arrive
guère, le Sacrement divin, mémorial delà Passion du Sau-
veur, centre de la Religion et nourriture de l'Eglise, se trouve
à peu près réduit à l'état d'abstraction. Et voilà les œuvres
de la secte qui, comme un chancre, s'était glissée parmi
nous. Nous le demandons , n'avait-elle pas pris , sous l'ins-
piration de Satan, tous les moyens de faire périr dans ses
racines l'arbre qu'elle désespérait d'abattre ?
Mais, la bénignité et l'humanité de notre Dieu et Sauveur ont
iidèles avec des particules consacrées à une Messe précédente. Il fut
bientôt suivi par Michel-Marie ftannsroni, Dominicain, qui enseigna
la môme doctrine dans un Catéchisme spécial sur la Communion, qu'il
fit paraître a jNaples en 1770. fSannaroni ne tarda pas d'être réfuté dans
une Dissertation Theologko-Critique , publiée à Naples en 1774 , par
Joseph-Marie Elefmte, aussi Dominicain, et abjura bientôt son senti-
ment. Enfin, en vit paraître, à Pavie, en 1779, une Dissertation de
iHcruentinovœ legis Sucrificii communions , dont l'auteur était un Sfr-
vite nommé Chéries- Marie Traversari. Eile éiait dans le sens des
Novateurs, et ne tarda pas d'être mise à Y Index , ain.i que le livre
de Nannaroni. On peut lire, sur cette controverse, l'ouvrage de Benoît
Vulpi, sous ce titre : Storia délia celcbre covtroversia di Crema sopra
il pubbUco dtoiii dirailo aili communia ne Eucaristica nella Itftssa, con
nna dissent azione ëullo stesso argumenlo. Venise, 4790.
LITURGIQUES. 611
apparu (1) , et nous avons été préservés. Ces hommes, qui
voulaient nous faire oublier que Dieu a tant aimé le monde (2),
ont été confondus, et aujourd'hui, comme Caïn, ils sont
marqués au front, ceux qui voulaient substituer dans le cœur
des fidèles la terreur à la charité. Arrière donc ces doctrines
fatales qui , réduisant tout le Christianisme au dogme de la
Prédestination interprété par une raison sauvage , ne se
pouvaient compléter que par le rigorisme d'une morale im-
praticable , ni s'exprimer au dehors que par les formes sèches
et prosaïques d'une Liturgie dont la Synagogue elle-même
eût détesté la froideur. De même qu'à l'apparition de ces
erreurs manichéennes et rationalistes en même temps , qui
matent la chair et pour qui la divine Eucharistie était une
chose impure ou une idolâtrie , le Sauveur ordonna à son
Eglise de proclamer avec une pompe nouvelle le mystère de
son Corps, paria Fête, la Procession et l'Exposition du
Saint-Sacrement ; ainsi , quand l'audace pharisaïque des
Anti-liturgîstes, n'osant s'attaquer à la réalité de ce Corps
divin, s'appliquait avec une infernale opiniâtreté à montrer
dans le Fils de Dieu celui qui juge le monde et non celui qui
le sauve, à écarter de ses autels les Chrétiens effrayés au
bruit de cette affreuse maxime, que le sang de la Rédemption
n'a point été répandu pour tous, le Sauveur des hommes
daigne calmer ces terreurs en invitant les fidèles à se repo-
ser sur son Coeur , c'est-à-dire sur son amour, en permettant
qu'ils honorent d'un culte spécial le divin organe de la cha-
rité dans la personne de l'Homme-Dieu. Il ne fallait pas moins
pour rassurer les Chrétiens effrayés de la dureté des pré-
ceptes, de la difficulté du salut, de la rigueur des décrets
(i) Tit. III. 4.
(2) Joan. III. 16.
612 INSTITUTIONS
dont on leur disait qu'ils étaient l'objet. Le culte du Sacré
Coeur de jésus fut donc la forme que devait prendre et que
prit, en effet, l'Espérance Chrétienne échappée au naufrage.
Elle se jeta dans le Cœur de celui qui a dit lui-même être venu
pour les pécheurs et non pour les justes, et qui n'abandonne
Jérusalem que parce qu'elle n'a pas voulu connaître le temps
de sa visite.
Grande fut la colère du Jansénisme , à la nouvelle que
toutes ses tentatives allaient échouer contre la confiance que
les peuples mettraient dans le Cœur de leur Sauveur. Ces sec-
taires qui, pour perfectionner l'homme, voulaient commencer
par lui arracher le cœur, voyant que le Cœur de l'Homme-
Dieu, à la fois symbole et organe de son amour, recevait les
adorations de la Chrétienté , se prirent à nier le cœur dans
l'homme, pour le nier ensuite dans le Christ lui-même. Don-
nant un brutal démenti à l'humanité toute entière, qui plaça
toujours dans le cœur le siège des affections, ils ne craignirent
point de poursuivre ce noble organe jusque dans la poitrine
de l'Homme-Dieu. Nous avons vu comment Ricci appela le
Cœur de Jésus-Christ un petit morceau de chair ( un pezzetto
di carne) ; Grégoire n'y reconnut qu'un muscle (1) ; un de
ses amis , digne de lui , Veiluva , Chanoine d'Asti, ne voit dans
un tableau du Sacré Cœur qu'tm grand foie tout rayon-
nant (2). Mais à ces blasphèmes ignobles et furibonds, il était
facile de voir que la secte se sentait atteinte dans le principe
même de son existence. L'amour chasse dehors la crainte, a dit
le disciple bien-aimé (5), celui qui, dans la Cène, se reposa sur
le Cœur du Sauveur ; le culte du Sacré Cœur de Jésus chasse
(1) Histoire des sectes Religieuses. Tome II. Article Cordicoles.
page 246.
(2) Jbid. pog. 269.
(3) LJoann. IV. 18,
LITURGIQUES. 615
dehors l'affreux Destin, idole implacable, que la secte avait
substitué à la douce image de Celui qui aime toutes les œuvres
de ses mains, et veut que tous les hommes soient sauvés.
Nous aurons ailleurs l'occasion de parler de la Fête du
Sacré Cœur de Jésus ; toutefois, les nécessités de notre récit
nous obligent à toucher ici quelque chose des circonstances
de son institution. Elle fut d'abord révélée à une humble
Religieuse, et cette révélation fui le secret du ClGÎtre , avant
d'être la grande nouvelle dans l'assemblée des fidèles. L'ins-
titut vénérable de la Visitation, fondé par saint François de
Sales, fut celui que Dieu choisit pour y faire connaître l'œuvre
de sa douce puissance , par le moyen de la vénérable Mère
Marguerite-Marie Alacoque, comme pour glorifier davantage,
par ce moyen, la doctrine du saint Evêque de Genève, si éloi-
gnée du pharisaïsme de la secte, et il voulut aussi que la
servante de Dieu fût aidée dans ce grand œuvre par le P. de
la Colombière, Jésuite, comme pour manifester sa divine
satisfaction à l'égard d'une Société dont les membres firent
paraître, dans les luttes de la foi, à cette époque de scandales,
un courage d'autant plus précieux à l'Eglise, qu'alors même
elle voyait fléchir momentanément plusieurs milices sur la
fidélité desquelles elle avait eu droit de compter.
Ce fut en 1678 , dans le Monastère de la Visitation de Mou-
lins, que le culte extérieur du Cœur de Jésus commença ; il
ne fut inauguré à Paray même que huit ans plus tard. De-
puis, l'Eglise entière, province par province, l'a reçu, et
cette admission libre et successive offre un spectacle plus
attérant peut-être pour les Novateurs, que l'adhésion simul-
tanée qu'eut produit un Décret Apostolique.
Enregistrons les principaux faits qui signalèrent cette
marche triomphante du culte de l'Amour de Jésus-Christ
pour les hommes. C'est d'abord la France , principal foyer
614 INSTITUTIONS
des manœuvres Jansénistes, qui se trouve être à la fois
le lieu d'origine et le théâtre principal de l'éiablissement de
la nouvelle Fête; présage heureux des intentions divines qui
destinent ce Royaume à triompher, au temps marqué, du
virus impur qui agite son sein. Or, dès Tannée 1688, Charles
de Brienne, Evêque deCouiances, inaugurait dans son Dio-
cèse la Fête du Sacré Cœur de Jésus (1). Six ans après, en
4694, le pieux Antoine-Pierre de Grammont, Archevêque de
Besançon, ordonna que la Messe propre de cette Fête serait
insérée dans le Missel de sa Métropole. En 1718, François de
Yilleroy, Archevêque de Lyon , en prescrivait la célébration
dans son insigne Primatiale. Cette Fête disparut, comme on
devait s'y attendre, devant le Bréviaire de Montazet. Tout le
monde sait en quelles circonstances mémorables, Henri de
Belzunce, Evêque de Marseille, inaugura, en 1720, le culte
ju Sacré Cœur de Jésus, au milieu de sa ville désolée. La
confiance du Prélat fut récompensée parla diminution instan-
tanée, et bientôt la cessation du fléau. Le lecteur se rappelle
aussi le zèle que le saint Prélat fit paraître quelque années
après, au sujet des attaques des Anti-liturgistes de Paris,
contre le culte de la Sainte Vierge et des Saints. A l'exemple
de Belzunce, les Archevêques d'Aix , d'Arles et d'Avignon ,
et les Evêques de Toulon et de Carpenîras, s'empressèrent de
donner des Mandements pour l'établissement de la Fêle (2).
En 1729, l'illustre Languet, encore Evêque de Soissons, faisait
paraître la Vie de la vénérable Mère Marguerite-Marie Ala-
coque, et se plaçait au nombre des plus zélés promoteurs du
culte du Sacré Cœur de Jésus.
(1) Nous n'avons point a parler ici de la fête du saint Cœur de Marie.
Nous traiterons de cet intéressant sujet en son lieu , dans le corps
même de cet ouvrage.
(2) L'Ami de la Religion, Tome XXII. pag. 337 et suiv.
LITURGIQUES. 615
Cependant le Siège Apostolique , dès long-temps sollicité,
tardait à sanctionner l'érection de la nouvelle Fête. Des obs-
tacles inattendus, au sein de la sacrée Congrégation des
Rites, s'opposaient à cette approbation, qui avait été postulée
dès l'année 1797. En 1726, Constantin Szaniaw&ky, Evêque
de Cracovie, adressait à cet effet, à Benoît XHÏ, une sup-
plique à laquelle souscrivit bientôt Frédéric-Auguste, Roi de
Pologne. Un refus solennel et fameux, notifié le 50 juillet
1729, par la Congrégation des Rites , sur les conclusions de
Fonlanini , Archevêque d'Ancyre, Promoteur de la Foi, fut
une épreuve sensible pour les adorateurs du Sacré Cœur
de Jésus, et pour les Jansénistes l'objet d'un triomphe
mal avisé ; car, après tout, il n'y avait rien de si surprenant
dans les délais que la prudence du Saint Siège exigeait
avant de statuer sur un sujet si important. Les ennemis du
Sacré Cœur de Jésus répandaient les bruits les plus étranges
sur la manière dont cette dévotion était pratiquée. Ils
osaient dire que c'était au Cœur de Jésus-Christ , consi-
déré isolément du reste de sa personne divine, que les ado-
rations s'adressaient; d'autre part, ils incidentaient sur la
question physiologique des fonctions du cœur dans l'orga-
nisme humain, prétendant que Rome ne pouvait prononcer
en faveur de la nouvelle Fête , sans décider, ou préalable-
ment ou simultanément , une thèse de l'ordre purement
naturel. Nous aurons ailleurs l'occasion d'entrer dans le
fond de la question ; qu'il suffise de dire ici que le refus
d'approuver la Fête n'entraînait aucune défaveur sur la
dévotion au Sacré Cœur de Jésus, considérée en elle-même.
L'ardeur de la controverse engagée sur la matière, et dans la-
quelle plusieurs Catholiques sincères semblaient pencher vers
les préventions que nourrissait le parti Janséniste, soit par suite
de quelques préjugés, soit aussi parce que plusieurs des par-
616 INSTITUTIONS
tisans de la Fête s'étaient, quoique innocemment, permis
quelques expressions peu exactes; la nouveauté de cette dé-
votion qui demandait , comme toute chose récemment intro-
duite, l'épreuve du temps; l'absence d'un examen sérieux
sur les révélations qui avaient accompagné et produit son
institution (1) ; c'était plus qu'il n'en fallait pour motiver la
résolution de la sacrée Congrégation. Toutefois, on continua
à Rome de donner des Brefs pour l'érection des Confréries
sous le litre du Sacré-Cœur de Jésus, jusque-là que, dès
1754, on en comptait déjà quatre cent quatre-vingt-sept.
Rome même en vit établir une, sous le titre d'Archiconfrérie,
dans l'Eglise de Saint-Théodore, par Bref de Clément XII,
du 28 février 1732 (2). On n'eût point accordé ces nom-
breuses faveurs aux associations réunies sous le vocable du
Sacré Cœur de Jésus, si , au fond , le Siège Apostolique n'eût
gardé, pour la dévotion elle-même, un fonds de bienveillance.
Celui que la Pi ovidencc avait choisi, pour consommer l'œuvre,
fut le pieux Cardinal Rezzonico , dont le nom vénéré était
dès long- temps inscrit au registre de PArchiconfrérie de
Saint-Théodore (3) , lorsqu'il fut appelé par TEsprit-Saint à
s'asseoir sur la Chaire de saint Pierre, où il parut avec tant
de force d'âme sous le nom de Clément XIII.
Le saint Pontife reçut de nouvelles instances de la part des
Evêquesde Pologne, qui demandaient, presqu'à l'unanimité,
qu'il fût permis à la Chrétienté d'honorer d'un culte public
le Cœur du Rédempteur des hommes. C'était assurément un
(1) Nous empruntons une partie de ces raisons à Benoît XIV lui-
même, qui n'était pas favorable à la Fête, bien qu'il ne parle du culte
du Sacré Cœur de Jésus qu'avec toute sorte d'égards. Voyez son traité
de Canonhat. Sanctorum. Lib. IV. Part. II. N° 21.
(2) L'Ami de la Religion. Ibidem, page 341.
(3) Ibidem.
LITURGIQUES. 617
spectacle bien touchant que celui de cette nation héroïque ,
à la veille d'être effacée du nombre des nations de l'Europe ,
travaillant à faire jouir la Chrétienté des richesses du Cœur
du Sauveur des hommes. Ce Cœur, le plus fidèle de tous,
ne saurait oublier que les instances de la Pologne sont, avec
celles de l'Archiconfrérie de Saint-Théodore, les seules men-
tionnées dans le Décret qui vint enfin consoler la piété des
fidèles. Plusieurs Evêques de France avaient, il est vrai, pris
l'initiative en établissant la Fête ; mais, quoi qu'il en soit de
leur pouvoir en cette matière, il n'y avait là qu'un fait louable,
sans doute , et l'Eglise Catholique attendait toujours le ju-
gement de Rome.
Il fut rendu le 6 février 1765, et on disait dans les motifs
du Décret, qu'il était notoire que le culte du Sacré Cœur de
Jésus était déjà répandu dans toutes les parties du monde
Catholique, encouragé par un grand nombre d' Evêques, en-
richi d'Indulgences par des milliers de Brefs Apostoliques pour
l'érection des Confréries devenues innombrables. En consé-
quence , sur les instances du plus grand nombre des Rêvé-
rendissimes Evêques du Royaume de Pologne, et sur celles de
V Archiconfrérie Romaine (1 ) , la sacrée Congrégation , ouïes
les conclusions du R. P. Gaétan Forti , Promoteur de la Foi ,
déclarait se désister de la résolution prise par elle le 30 juillet
1729, et jugeait devoir condescendre aux prières desdits
Evêques du Royaume de Pologne et de ladite Archiconfrérie
Romaine. Enfin , elle annonçait l'intention de s'occuper de
l'Office et de la Messe , devenus nécessaires pour solenniser
la nouvelle Fête.
L'un et l'autre ne tardèrent pas à paraître, et ils étaient
(t) Instantibus plerisque Reverendissimis Episcopis Regni Polo*
niœ, etc. Décréta authent. S. R. C. Tom. V. N° 4175.
618 INSTITUTIONS
dignes de leur sublime objet, qui est, suivant les termes
du Décret , de renouveler symboliquement la mémoire de ce
divin amour, par lequel le Fils unique de Dieu s'est revêtu de
la nature humaine, et, s étant rendu obéissant jusqu'à la
mort, a dit qu'il donnait aux hommes l'exemple d'être doux
et humble de cœur (1). Clément XIII, qui confirma le Décret
de la Congrégation des Rites, ne tarda pas de donner de nou-
velles preuves de son zèle pour le culte du Cœur de Jésus.
Par ses soins , la Fête fut célébrée dans toutes les Eglises de
Rome , et faculté générale fut attribuée à tous les Ordinaires
de l'introduire dans leurs Diocèses. Pie YI maintint cette
précieuse dévotion , et l'enrichit même de nouvelles Indul-
gences, lesquelles s'accrurent encore par l'effet de la pieuse
munificence de Pie VII, qui, dérogeant à toutes les règles
reçues, a statué, par un Rescrit du 7 juillet 1815, que les
Indulgences attachées à la célébration de la Fête seraient
transférées à tel jour qu'il aurait plu à l'Ordinaire de la fixer.
Rien n'eût pu exprimer d'une manière plus significative le
désir qu'éprouvait le Siège Apostolique de voir se propager
en tous lieux la nouvelle Fête : aussi, pouvons-nous dire que
si les rameaux du Jansénisme ont cessé de faire ombre au
champ du Père de famille, ses racines elles-mêmes, au sein
de la terre, s'en vont même se desséchant tous les jours.
Le bruit de la sanction Apostolique donnée au culte du
Cœur de Jésus, vint réjouir les Catholiques de France. La
pieuse Reine Marie Lecksinska, dans cette circonstance, ne
fit point défaut à sa qualité de fille du Royaume Orthodoxe.
Elle témoigna aux Evêques réunis à Paris pour l'Assemblée
(2) Symbolice renovari memoriam illius diviaï amoris quo unlgenitus
Dôi Filius humaaam suscepit naturam , et factus obedîens usqua ad
mortem, praebere se dixit exempluui hominibus, quod esset mitis et
liumilis corde. Jbidem.
LITURGIQUES. 619
de 1765 le désir devoir la Fête introduite dans les Diocèses où
elle ne Tétait pas encore. Ses pieuses intentions furent rem-
plies, et les Prélats, après une délibération tenue le 17
juillet, résolurent d'établir dans leurs Diocèses respectifs la
dévotion et l'Office du Sacré Cœur de Jésus, et d'inviter, par
une Lettre-circulaire, les autres Evêque du Royaume d'en faire
de même dans les Diocèses où cette dévotion et cet Office ne
sont pas encore établis (1). Le vertueux Roi de Pologne, Sta-
nislas, père de Marie Lecksinska, avait, dès 1763, écrit à
Claude de Drouas, Evêque de Toul , une lettre de félicitation
de ce qu'il avait institué la Fête dans son Diocèse (2). Tous les
Evêques du Royaume ne se rendirent pas, il est vrai, aux
vœux de l'Assemblée de 1765; mais, parmi ceux qui témoi-
gnèrent de leur zèle envers le culte du Sacré Cœur de Jésus,
nous aimons à citer Félix-Henri de Fumel, Evêque de Lo-
dève, le même que nous avons vu rétablir le Bréviaire Ro-
main dans son Diocèse , et faire disparaître le Parisien de
Vigier et Mesenguy, que son prédécesseur Jean-Georges de
Souillac y avait introduit. Le pieux Evêque ne se contenta
pas d'établir la Fête ; il fit paraître un ouvrage spécial pour
l'expliquer et la défendre. Christophe de Beaumont, ainsi
que nous l'avons rapporté, inséra l'Office du Sacré Cœur de
Jésus dans la nouvelle édition des Livres Parisiens de 1770,
et il est à remarquer que le Prélat, en fixant la Fête au Di-
manche après l'Octave du Saint-Sacrement , donnait un
premier et solennel démenti aux Rubriques de Vigier et Me-
senguy, si sévères pour maintenir l'inviolabilité du Dimanche.
Ce fait valait la peine d'être noté. La publication de cet Office
dans le Diocèse de Paris, outre les clameurs obligées du
(1) Procès- Verbaux du Clargé. Tome VIII. page Mil.
(2) L'Ami de la Religion. Ibidem, page 3i3.
620 INSTITUTIONS
Gazelier Ecclésiastique , occasionna un double scandale. On
vit les Marguilliers de Saint-André-des-Arcs faire opposition
à leur Curé, pour empêcher la célébration de la Fête dans
cette Paroisse, et le grand tribunal liturgique de France , le
Parlement de Paris, saisi de l'affaire, donna, le 11 juin 1776,
un Arrêt portant défense de célébrer la Fête (1). Ce fut le
dernier que cette Cour rendit en matières liturgiques. Ce
qui vint après fut la Constitution civile du Clergé , élaborée
dans les arsenaux de cette compagnie.
Il n'est point de notre sujet de faire ici l'histoire du schisme
constitutionnel. Nous nous hâtons d'arriver à l'année 1797.
Elle est fameuse dans les fastes du Jansénisme , par le Con-
ciliabule que tinrent, à Notre-Dame de Paris, les tiistes
restes du Clergé intrus, décimé par l'apostasie, le supplice
et même la conversion de plusieurs de ses membres. Ils
étaient, de compte fait, vingt-neuf Evêques, sans comp-
ter six Procureurs d'Evêques absents , et les Députés du.
second ordre, le tout sous la présidence de citoyen Claude
Lecoz, Evêque Métropolitain d'Ille-et-Villaine. Convoquée
pour relever les ruines de l'Eglise avortée de 1791 , l'Assem-
blée des Evêques réunis ( c'est ainsi qu'ils s'intitulent dans
leurs propres actes), devait nécessairement s'occuper des
progrès de la Liturgie. On a vu que Ricci ne s'en était pas
fait faute dans son Synode de Pistoie, digne précédent des
prétendus Conciles de 1797 et 1801.
Déjà , dans le Journal de la secte , il avait été question de
réunir la France dans une seule Liturgie, et les livres de Vi-
gier et Mesenguy avaient été mis en avant , comme dignes à
tous égards de servir d'expression aux besoins religieux de
l'Eglise Gallicane régénérée (2). Le Concile de 1797, dans sa
(1) L'Ami de la Religion, page 387.
(2) Annales de la Religion. Tome I. 9 Messidor an III. pag. 206-212.
LITURGIQUES. 621
Lettre synodique aux pères et mères et autres chargés de l'é-
ducation de la jeunesse, avait témoigné de sa vénération pour
les auteurs de la récente Liturgie Parisienne, en recomman-
dant, comme Ricci, parmi les livres les plus intéressants
pour la foi et les mœurs, l'Année Chrétienne de Le Tourneux
et l'Exposition de la doctrine Chrétienne de Mesenguy (1).
Toutefois, les Evoques réunis ne bornèrent pas leur sollicitude
à recommander solennellement la mémoire et les écrits des
réformateurs liturgistes Parisiens; ils s'occupèrent de dresser
plusieurs Décrets sur la matière du culte divin. Le premier
commençait ainsi : « Le Concile national, considérant qu'il im-
» porte d'écarter du culte public les abus contraires à la reli-
ï> gion, et de rappeler sans cesse les Pasteurs à l'observation des
» saintes règles, décrète : Article 1er. Les Messes simultanées
/f sont défendues. » Nous venons de montrer le but de celte
défense dans le plan des Anti-liturgistes ; observons seulement
ici ce zèle à copier Joseph II et Léopold, bien remarquable
dans des Evêques républicains. Au second Décret, on lit :
« Article 111. Dans la rédaction d'un Rituel uniforme pour
» l'Eglise Gallicane, l'administration des Sacrements sera en
• langue française. Les formules sacramentelles seront en
» latin. — Article IV. Dans les Diocèses où des dialectes par-
» ticuiiers sont en usage , les Pasteurs sont invités à redoubler
• leurs efforts pour répandre la connaissance de la langue
» nationale (2). » C'était, comme l'on voit, marcher à grands
pas vers la sécularisation du culte. On jugera encore de l'es-
prit progressif des Pères, par ces paroles du citoyen Gré-
goire, sur les opérations du Concile : « Un pays où l'on
• écrit tant ( l'Allemagne ), est un pays où on lit beaucoup,
(1) Lettre Synodique, etc., page 18.
(2) Journal du Concile National de France, on 1797, pag. 163 et 167.
622 INSTITUTIONS
>où conséquemment la masse des lumières fera bientôt
> explosion. Les Actes du Congrès d'Ems, les écrits de M. Dal-
»berg, Coadjuteur de Mayence ; l'excellent Traité de la
> tolérance, par M. de ïrautmansdorf, Evêque de Kcenigs-
»grats; la magnifique Instruction Pastorale de M. de Collo-
j> rcdo, Archevêque actuel de Saltzbourg, touchant l'abolition
i>des pompes religieuses inutiles, l'exhortation à la lecture de
ila Bible, l'introduction d'un recueil de Cantiques en aile-
imand, etc., etc., sont autant de monuments qui attestent
»la marche de l'esprit public dans cette contrée, vers une
» amélioration dans l'ordre des choses religieuses (1) » Ainsi
ie masque était levé de toutes parts; le temps des ménage-
ments était passé, et les Anti-liturgistes s'entendaient et s'a-
vouaient par toute l'Europe.
Trois ans après , en 1801, à la veille du fameux Concordat,
l'Eglise de Notre-Dame vit encore réunis dans son sein les
Pontifes de l'Eglise Constitutionnelle, dans leur second et
dernier Concile. Entre autres choses qui occupèrent la solli-
citude des Prélats, dans ce moment suprême, le projet d'une
Liturgie universelle pour l'Eglise Gallicane revint sur le ta-
pis, et Grégoire lut un long rapport sur cet objet, dans le-
quel il fit entrer, ù sa manière accoutumée, une immense
quantité d'anecdotes grotesques et de détails superficiels,
sans rapport les uns avec les autres, mais de manière à faire
preuve de cette érudition superficielle et mal digérée qui
fait le fond de tous ses écrits. II ne manqua pas d'insul-
ter, comme inconvenante , la dévotion au Sacré Cœur de
Jésus, dont il attribua l'invention à un Protestant (2); dé-
(1) Compte rendu par le citoyen Grégoire, au Concile national , des
travaux des Evêques réunis, page 64.
(2) Actes du second Concile national de France. Tome II. page 158.
LITURGIQUES. 6^3
dama contre les Messes privées (1) ; reprocha au Bréviaire
Romain de dire à la Sainte Vierge : Solve vincla reis , et aux
Apôtres : Qui cœlum verbo solvitis (2) ; dit , en parlant de
saint Grégoire VIï : Pour le repos du monde et l'honneur de
la religion, que le ciel nous préserve de pareils Saints (3) ! se
plaignit que Rome n'eût pas encore canonisé Gerson et Clé-
ment XIV (4) ; réclama en faveur de la prétention de réciter
le Canon à haute voix (5); répéta les fadaises accoutumées
sur l'omission du mot animas dans l'oraison de saint Pierre (6) ;
proposa l'admission du tam-tam chinois, pour remplacer
l'orgue (7), etc., etc.
De tout ceci, Grégoire concluait à l'établissement d'une
Liturgie universelle pour toute l'Eglise Gallicane. Il est cu-
rieux d'insérer ici les motifs qu'il allègue de celle proposi-
tion. On y verra un schismatique affectant le langage de l'or-
thodoxie, et s'agitant pour se créer un fantôme d'unité, en
la manière que nous avons dit ailleurs, au sujet du Patriarche
Melchite de Constaotinople, qui, dès le douzième siècle, était
venu à bout d'abolir toute autre Liturgie que la sienne dans
les Patriarchats qui reconnaissaient son autorité (8). Quelle
leçon nouvelle et inattendue pour ceux qui persisteraient à
regarder la variété des Liturgies comme un perfectionnement !
« Dans l'Eglise de Jésus-Christ, dit Grégoire, tout doit se
î rapporter à l'unité; c'est donc entrer dans son esprit que
» d'adopter une même manière de célébrer les saints Offices
(1) Jbid. page 401.
(2) Page 409.
(3) Page4i0,
(4) Page 4M.
(5) Page 413.
(6) Page 417.
(7) Page 447.
(8) Voyez tome I, page 2?8.
624 INSTITUTIONS
» et d'administrer les Sacrements. L'identité des formules est
» un des moyens les plus propres à garantir l'identité de la
» foi, selon le principe du Pape saint Céleslin : Legem credendi
» lex statuât supplicandi.
» Quand les vérités à croire, les vertus à pratiquer sont
» invariables , pourquoi la méthode d'enseignement est-elle si
» variée? Pourquoi cette multitude d'Eucologes, d'Offices
» divins, de Catéchismes qui, lorsqu'un individu passe d'un
» Diocèse dans un autre, dérangent pour lui et pour ceux
»qui doivent le diriger, tout le plan des instructions pu-
obliques et domestiques? Si des erreurs et des vices à com-
battre exigent, dans certains cantons, une instruction plus
» étendue, ne peut-on pas en faire l'objet d'un travail parti-
culier, sans intervertir l'ordonnance d'un plan général?
«Toutes les villes et les provinces, renonçant à leurs privi-
lèges civils ou politiques, ont désiré se fondre dans l'unité
» constitutionnelle, pour être régies parles mêmes lois. En
» ramenant à l'unité le Code Civil , le système monétaire, les
» poids et les mesures, etc., on a fait un grand pas pour
» donner à la nation un caractère homogène ; mais rien ne
»peul y contribuer plus puissamment que l'uniformité du
> culte public et de l'enseignement religieux : vous aurez bien
» mérité de la religion et de la patrie, par des opérations
«analogues pour la France ecclésiastique (1). »
Non seulement Grégoire entendait ramener en France
l'unité liturgique, mais, entraîné parles nécessités de la si-
tuation, il ne faisait plus un doute de l'obligation de retenir
la langue latine. Les essais du Concile de 1797 n'avaient pas
été heureux. On craignait le scandale des fidèles, et une
division se préparait à éclater sur ce point entre les divers
(1) Page 386.
LITURGIQUES. 623
membres dix Cierge constitutionnel. En effet, et pour en finir
avec toute celte lie du parti Janséniste et Ànti-Iiturgisle, le
citoyen Duplan, Prêtre de l'Eglise de Genlilly, près Paris,
ayant, dès 1798, imaginé de faire chanter les Vêpres en
français, mais sur le ton ordinaire des Psaumes (1), un des
Evoques réunis qui se permit de répondre à l'invitation que
Duplan lui avait faîte d'assister à cet Office, fut vivement
blâmé par plusieurs de ses collègues. En 1799, Royer, Evêque
de la Seine, en vint même jusqu'à condamner l'usage d'ad-
ministrer les Sacrements en français, ainsi qu'on le prati-
quait déjà dans la Cathédrale de Versailles (2). Mais le plus
étrange de tout ceci fut ce qui arriva à Ponsignon, Prêtre du
Doubs, qui avait élé chargé, parle Concile de 1797, du soin
de travailler au Rituel. Ce véritable homme de progrès n'a-
vait pas cru pouvoir mieux faire que de rédiger tout simple-
ment un Sacramentaire Français, et il attendait en patience
les témoignages de haute satisfaction des Pères du Concile,
lorsque tout à coup il se vit attaqué dans le Journal de là
secte parSaurine, Evêque des Landes, qui exhalait son mé-
contentement dans une dissertation expresse contre l'usage
de la langue vulgaire dans la Liturgie (5). Bientôt les Annales
publièrent l'adhésion de Royer, Evêque de la Seine, et de
Desbois, Evoque de la Somme, à la dissertation de Saurine,
et enregistrèrent peu après les protestations, dans le même
sens, de Lecoz, Villa, Font, Blampoix, Delcher, Becherel,
Dcmandre, Prudhomme, Etienne, Aubert, Reymond, Fla-
vigny, Berdoîet et Nogaret, Evêques d'Ille-et-Villaine, des
Pyrénées-Orientales, de l'Arriére, de l'Aube, de la Haute-
(1) Annales de la Religion. Tome VII, 18 Thermidor an VI.
(?) Ibid. Tome IX. An VII. page 461.
.(3) Jbid. TomoX. An VIII.
t. ii. 40
026 INSTITUTIONS
Loire, de la Manche, du Doubs, de la Sarthe, de Vaucluse,
de l'Isère , de la Haute-Saône, du Haut-Rhin et de la Lozère.
Ce fut en vain que Ponsignon répliqua et chercha à démas-
quer la conduite pleine de contradiction de ces Pères du
Concile de 1797, qui reculaient devant leurs propres prin-
cipes (1); l'Eglise Constitutionnelle se renia elle-même en
expirant. Les forces lui manquèrent pour s'élever jusqu'à la
triste et sacrilège audace de sa digne alliée, l'Eglise d'Utrecht.
Détournons enfin nos regards de cet ignoble spectacle , et
considérons les Pontifes Romains fidèles à la garde du dépôt
séculaire de la Liturgie Romaine, et présidant aux accrois-
sements qu'elle devait prendre dans le cours des cinquante
dernières années du dix-huitième siècle.
Le pieux successeur de Benoît XIV, Clément XHI, à qui
nous sommes redevables de l'institution de la Fête du Sacré
Cœur de Jésus, trancha la question dont la solution avait
arrêté son prédécesseur. Après dix-huit années d'immobilité,
le Calendrier Romain fut appelé à recevoir de nouveaux ac-
croissements. Par l'autorité du saint Pontife, la fête de saint
Camille de Lcllis fut instituée du rite double mineur, et celle
de saint Laurent Justinien, du rite semi-double. Enfin, sainte
Julienne de Falconieri passa du degré semi double au rang
des doubles mineurs.
Clément XIV vint ensuite. Il éleva la fête des Stigmates de
saint François au degré double mineur d'obligation , et créa
celles de saint Fidèle de Sigmaringen, et Joseph de Cupertino,
du même rite. On lui doit aussi les Offices des saints Jérôme
Emiliani, Joseph Calasanz et Jean de Kenty, et celui de sainte
Jeanne-Françoise de Chantai, tous du degré double mineur.
Enfin , il éleva au même rang des doubles mineurs la fêle de
(i) Tome Xl. p3g. 5î>3 et suiv,
LITURGIQUES. 027
saint Venant, Martyr, qui n'était auparavant que semi-double.
Pie VI, Pontife zéSé plus qu'aucun autre pour les pompes
delà Liturgie, trouva moyen d'enrichir encore le Calendrier
Romain. Sans compter les Décrets par lesquels il éleva au
rang des doubles majeurs la Décollation de saint Jean-Bap-
tiste ret au degré double mineur les fêtes de saint Pie V et de
saint Jean de Kenty, il en rendit encore deux autres, savoir
pour établir les fêtes de saint Guillaume, Abbé du Mont-
Vierge , et de saint Pischaï Baylon , du rite double mineur.
Nous avons parlé ci-dessus du projet de Benoît XIV pour
la reforme du Bréviaire Romain, projet qui n'eut point d'exé-
culion , parce que, dit un pieux Evoque, telles et si grandes
furent les raisons du contraire, si graves et si justes en furent
les motifs, que le Souverain Pontife estima un bien de sus-
pendre le travail qu'on avait préparé (!). Pie VI , à son tour,
revint sur ce projet; le plan de la réforme du Bréviaire fut
rédigé et présenté à la sacrée Congrégation des Rites; mais,
quelle que fût en cela l'intention de la divine Providence, de
nouveaux obstacles se présentèrent. Ce fut , dit l'auteur que
nous venons de citer, ce fut un principe de prudence, tout-à*
fait compatible avec l'étendue du génie , qui porta Pie YI à se
{rendre aux considérations qui avaient fait impression à son
grand prédécesseur et maître Benoît XIV, et l'engagea à sus*
pendre toute réforme (2). Pie VI se borna donc, pour tout
(1) Taii e tante furono le ragîoni in contrar'o e cause si gravi, e
giuste, che ii somrao Pontefice stimô bene di sospendere il ineditato
lavoro. Albergotti. La divina Salmodia secondo l'anlica e nu,va disci-
plina délia Clùesa. page 231.
(2) Ma siceome nella vastita del genio nel présente S. Pontefice , cor-
responde perfettainente la prudenza, inerendo aile raassime del suo
gran Predecessore e Maestro Benedetto XIV, ha creduto anch'esso
per ora di sospendere qualunque riforma. Albergotti. Ibidem.
Gv28 INSTITUTIONS
progrès liturgique, à étendre le culte des Saints par de nou-
veaux Offices, à l'époque même où ce culte était l'objet de si
\iolentes restrictions de la part des Anli-Iiturgistes.
Quelque portée que pussent avoir ces nouveaux Décrets
du Siège Apostolique en faveur du culte des Saints , surtout
après le Pontificat de Benoît XIV, dont la réserve avait été si
grande au sujet du Calendrier, un acte solennel de la puis-
sance Pontificale vint attester bien plus fortement encore la
doctrine de l'Eglise Romaine, à propos des controverses que
les dix-septième et dix-huitième siècles avaient soulevées sur
les matières liturgiques. Nous voulons parler de la Bulle
Auctorem fidei, par laquelle Pie VI, le cinq des Kalendes de
Septembre de l'année 1794 , condamna à jamais le Synode de
Pistoie , ses actes et sa doctrine. Il serait grandement à dé-
sirer que la connaissance explicite de celte Bulle, incontes-
table jugement de foi , fût plus répandue qu'elle ne l'est : on
entendrait moins souvent des personnes, bien intentionnées
d'ailleurs, répéter et soutenir avec une incroyable bonne foi
plusieurs des Propositions condamnées d'une manière irréfra-
gable par cette Constitution, dont on peut dire qu'elle a vé-
ritablement tranché Terreur dans le vif.
Sur les doctrines et prétentions des Anti-liturgistes de
Pistoie , Pie VI condamne explicitement la Proposition
XXVIIIe , qui donne à entendre que les Messes auxquelles
personne ne communie manquent d'une partie essentielle au
Sacrifice ; la XXXe , qui qualifie d'erreur la croyance au
pouvoir du Prêtre d'appliquer le fruit spécial du Sacrifice
à une personne en particulier ; la XXXIe, qui déclare conve-
nable et désirable l'usage de n'avoir qu'un seul Autel dans
chaque Eglise ; la XXXIIe, qui défend de placer sur les Autels
les Rtliques des Saints , ou des fleurs ; la XXXIIIe, qui émet le
désir de voir la Liturgie- ramenée à une plus grande simplicité,
LITURGIQUES. 629
et de la voir aussi traduite en langue vulgaire et proférée à
haute voix ; la LXI% qui affirme que l'adoration qui s'adresse
à l'humanité de Jésus-Christ , et plus encore à quelque partie
de cette humanité , est toujours un honneur divin rendu à la
créature ; la LXII% qui place la dévotion au Sacré Cœur de
Jésus parmi les dévotions nouvelles, erronées, ou au moins dan-
gereuses; la LXIlïe, qui prétend que le culte du Sacré Cœur de
Jésus ne peut être exercé qu'autant que l'on sépare la très
sainte Chair du Christ, ou une de ses parties, ou même son
humanité toute entière, de la divinité ; la LXIV% qui note de
superstition l'efficacité que l'on mettrait dans un nombre dé-
terminé de prières et de pieuses Salutations ; la LXVI% qui
affirme qu'il est contraire à la pratique des Apôtres et aux des-
seins de Dieu , de ne pas fournir au peuple le moyen le plus
facile de joindre sa voix à la voix de toute l'Eglise; la LXlXe,
qui place les Images de la Très Sainte Trinité au rang de celles
qu'on doit faire disparaître des Eglises ; la LXX% qui réprouve
le culte spécial que les fidèles ont coutume de rendre à certaines
Images ; la LXXXI% qui défend de distinguer les Images de la
Sainte Vierge par d'autres titres que ceux qui font allusion
aux mystères rapportés dans l'Ecriture Sainte ; la LXXXII%
qui ordonne d'extirper comme un abus la coutume de couvrir
d'un voile certaines Images; enfin la LXXXIV0, qui prétend
qu'on ne doit point élever les Réguliers aux Ordres sacrés , si
ce n'est un ou deux au plus par chaque Monastère, et qu'on
ne doit célébrer, par jour, dans leurs Eglises, qu'une ou deux
Messes, tout au plus, les autres Prêtres se bornant à concé*
lèbrer.
Nous nous contenterons de cet aperçu de la Bulle Auctorem
fidei, considérée sous le point de vue de la doctrine liturgique,
omettant un grand nombre d'autres traits dirigés contre l'en-
semble du damnable système dont la révolution liturgique du
650 INSTITUTIONS
dix-huitième siècle n'a été qu'un des résultats. Toutefois, il
est de notre sujet de rapporter ici les paroles générales qui
viennent à la suite de la censure : « Au reste, dit le Pontife, par
» celte expresse réprobation des susdites propositions et doc-
trines, nous n'entendons nullement approuver les autres
» choses contenues dans le livre, d'autant plus qu'on y découvre
jun grand nombre d'autres propositions et doctrines, les
> unes approchantes de celles qui sont condamnées ci-dessus,
»les autres inspirées par un mépris téméraire de la doctrine
» communément reçue et de la discipline en vigueur, et prin-
cipalement par une haine violente contre les Pontifes Ro-
umains et le Siège Apostolique (1). »
Il est temps enfin de clore cette histoire liturgique du dix-
huitième siècle, et de donner le catalogue des écrivains que
les cinquante dernières années ont produits sur la matière du
culte divin.
(1751). Alexandre Politi, Clerc Régulier des Ecoles Pies,
a laissé un grand travail sous ce titre : Martyr ologium Ro-
manum castigatum ac commentariis iliastratum. Florence,
4751, in-folio. Nous doutons que cet ouvrage ait été achevé,
n'ayant eu entre les mains que le premier tome, qui ne con-
tient que le mois de Janvier.
(1752). Benoît Monaldini, Moine Basilien de Grotta-Fer-
rata, prêta un concours éclairé à Joseph-Aloyse Assemani ,
dans la rédaction de son Codex Liturgicus , et nous a laissé
une lettre érudite adressée à ce savant homme , sur un ma-
nuscrit important de la Liturgie Jacobile.
(I) Cœterum per hanc expressam prœfatarum propositîonum et doc-
trinarum reprobatioaem, alia in eodem libro contenta nullatenus ap«
probare intendimus , cum prsesertim in eo complures depreliens»
fuerint. propos;itiones et doctrinse, sive illisquae supra damnatae sunt
affines, sive quse com munis ac probatae cum doctrinse et disciplina? te-
merarium contemptum , tuai maxime infonsum in Rommos Pontiîices ,
et Apostoiicam sedem animum pr^e sa feraut.
LITURGIQUES. 651
(1755). Le Comte Frédéric Salvaroli , a laissé l'ouvrage
suivant : De Kalendariis in génère et speciatim de Kalenda-
rio Ecclesiastico. Venise, 4755, in-8°. Ce volume renferme
plusieurs monuments agïologiques inédits, et trois opuscules
intitulés : 1° Iter Liturgicum Forojuliense ; 2° Baptismale
Bieroglyphieum ejristolica dissert atione explanatum ; 5° In
quoddam Altare portât ile epistolaris dissert atio,
(1755). Sébastien Donati, Recteur de l'Eglise de Saint-
Alexis, à Lucques, est célèbre par son savant travail : De'
dittici degli Antichi profani e sacrij coll' appendice di aïcuni
Necrologj,et Calendarj finora nonpubblicati. Lucques, 1755,
in-4°.
(1755). Jean Vignoli , Gardien de la Bibliothèque Vaticane,
a donné la dernière édition du Liber Pontificalis, Inférieure
ù celle de Bianchini, elle a du moins sur celle-ci l'avantage
d'être achevée. Elle est en trois volumes in-4°. Rome, 1724,
1755, 1755.
(1754). Alban Butler, savant et zélé Prêtre Catholique
Anglais, s'est fait un nom par ses fameuses Vies des Saints,
ouvrage véritablement érudit , et qui a été traduit en français
par l'Abbé Godescard. Elles parurent en Angleterre , de
1754 à 1760, et furent suivies de onze Traités sur les Fêtes
Mobiles, qui furent imprimés après la mort de l'auteur, et
ont été traduits en français par l'Abbé Nagot, Supérieur du
Séminaire de Baltimore.
(1754). Fortuna de Brescia, Mineur Observantin, a laissé
une dissertation de Oratoriis domesticis , qui a été rémpri-
mée à la fin du traité de Ecclesiisy de Joseph-Aloyse Assemani.
(1755). Alexandre Lesley, Jésuite Ecossais , fidèle compa-
gnon des travaux de son illustre confrère Azevedo, a rendu un
des plus importants services à la science liturgique, en publiant
le fameux Missale miœtum secundum Regulam Beati hidori,
I
632 INSTITUTIONS
dictum Mozarabes, prœfalione , notis et appendice ornatum.
Rome, 1755, in-4° en deux parties. Lesley se proposait de
publier aussi le Bréviaire Mozarabe, avec un travail analogue
à celui du Missel. Il préparait aussi une réponse à la fameuse
lettre de l'Anglais Middleton, dans laquelle cet auteur prétend
prouver que l'Eglise Romaine a emprunté ses cérémonies au
Paganisme.
(1755). Antoine Zanolini, orientaliste distingué, a laissé
une dissertation de Eucharisliœ sacramento cum Christia-
norum Orientalium Ritibus in eo conficiendo et administrando,
Padoue, 1755, in-8°.
(1756). Dom Herman Scholliner, Bénédictin Allemand, a
laissé un savant traité : De disciplina arcani suœ antiquitati
restituta , et ab heterodoxorum impugnationibus vindicata,
Typis Monasterii Tegernseensis.
(1756). Joseph Allegranza, Dominicain , a publié des Spk-
gazioni et riflessioni sopra alcuni sacri monumenti antichi di
Milano. Miian, 1756, in-4°.
(1756). Joseph Garampi , Chanoine de Saint-Pierre au
Vatican, archéologue célèbre, est auteur du livre suivant :
Notizie, regole e orazioni in onore de' SS. Martin délia Ba-
silica Vaticana per l'esercizio divolo solito praticarsi in tempo
chestaivi esposta la loro sacra Coltre. Rome, 1756, in-12.
(1756). Gaëtan-Marie Capece, Théalin, a donné un sa-
vant ouvrage intitulé : De vetusto altaris pallio Ecclesiœ
Grœcœ Christianorum ex Cimeliarchio Clericorum Régula-
rium domus SS. Apostolorum Neapolitanœ. Naples, 1756,
in-4°.
(1756). François- Antoine Vitale est auteur de trois Dis-
sertations Liturgiques , publiées à Rome, 1756, in-4°. Elles
traitent des matières suivantes : 1° Dell'antichita, origine,
ed ufizio de1 Padrini nella Confermazione. — 2° Dell'antico
LITUÎIGIQUES. 653
costume di ritenersi dcC Fedeîi VEucaristia nelleprivate case,
c di Irasmetlerla agli Assenti. — 3° Délia Communione Cris-
tiana, cosa stata fosse, e di quante manière.
(1758). Pierre Pompilius Rodola, Professeur de langue
grecque à la Bibliothèque Valicane, est auteur du grand
traité : Dell' origine, progresso, e staio présente del rito greco
in Italia osservato da Grecir monaci Basiliani e Albanesi.
Rome, 1758, trois volumes in-4°.
(1758). Dom Pierre-Louis Galelti, Bénédictin de la Con-
grégation du Mont-Cassin, archéologue fameux, appartient
à notre Bibliothèque par son savant traité del Vestarario
délia santa llomana Chiesa. Rome, 1758.
(1759). Dom Martin Gerbert, illustre Abbé Bénédictin de
Saint-Biaise, dans la Forêt Noire, a excellé dans les matières
liturgiques, comme dans toutes les branches delà science
ecclésiastique. Nous avons de lui : 1° Principia Theologiœ
Liturgicœ, quoad divinum Offcium, Dei cultum et Sanctorum.
Saint-Biaise, 1759, in-12. — 2° Un Appendix de arcanis
Ecclesiœ traditionibus , à la fin du volume intitulé : Principia
Theologiœ exegeticœ. Saint-Biaise, 1757, in-12, — 5° DeFes-
torum dierum numéro minuendo, celebritate amplianda. Saint-
Biaise, 1765, in-8°. — 4° De cantu et musica sacra a prima
Ecclesiœ œtate usque ad prœsens tempus, Saint-Biaise, 1774,
deux volumes in-4°. — 5° Vêtus Liturgia Alemannica dis-
quisitionibus prœviis, notis et observât ionibus illustrata. Saint-
Biaise, 1776, deux parties in-4°. — 6° Monumenta veteris
LiUirgiœ Alemannicœ , ex antiquis manuscriptis codicibus,
Saint-Biaise et Ulm, 1777-1779, deux parties in-4°. — l°Scrip-
tores Ecclesiastici de Musica sacra, potissimum ex variis
Italiœ, Galliœ et Germaniœ codicibus collecti. Saint-Biaise et
Ulm, 1784, trois volumes in-4°. Nous nous restreignons à ce
simple catalogue , tant parce que les bornes que nous nous
634 INSTITUTIONS
sommes tracées dans cette Bibliothèque nous interdisent les
longs détails, que parce que la réputation de Dom Gerbert
est suffisamment établie, comme celle du plus savant litur-
giste que l'Allemagne ait jamais possédé, et qui ait illustré
l'Ordre de Saint-Benoît, au dix-huitième siècle.
(1760). Joseph-Antoine-Toussaint Dinouart, Chanoine de
Saint-Benoît de Paris, écrivain attaché aux doctrines du
Jansénisme, est principalement connu par le Journal Ecclé-
siastique , qui parut sous sa direction, de 1760 à 1786, et dans
lequel on trouve un grand nombre de questions singulières
sur la Liturgie. Le trop fameux Rondet, en particulier, a
inséré dans ce journal un grand nombre d'articles. A l'époque
où ce recueil paraissait , le Journal des Savants et le Mercure
de France avaient cessé de servir d'organes aux sciences ec-
clésiastiques.
(1761). Joseph de Bonis, Barnabite, a donné l'ouvrage
suivant : De Oraioriis Publicis tractatus historico-canondcus.
Milan, 1761.
(1761). Pierre Gallade, auteur dont l'existence et les tra-
vaux nous sont révélés par Zaccaria, est auteur de trois dis-
sertations savantes qui parurent à Heidelberg en 1761 et
1762. 1° Templorum Catholicorum antiquitas et consecratio.
—2° Sanctitas Templi ritibus Catholicis consecrati. — 3° Sanc-
titas Templorum Catholicorum dotata ac ornata.
(1763). Dora Grégoire Zallwein , Bénédictin Allemand,
l'un des premiers canonistes de son siècle, dans ses Princi-
pia juris Ecclesiastici universalis et particularis Germaniœ
( Augsbourg, 1763, quatre volumes in-4° ) , au tome second,
traite avec érudition deLiturgiis, libris liturgicis, et studio
liturgico.
(1766). C'est l'année où mourut Jean-Laurent Berti, cé-
lèbre Augustin , assez connu d'ailleurs. Il a laissé deux dis-
LITURGIQUES. 638
sertalions en langue italienne sur des matières liturgiques.
La première traite des Titres que saint Evariste distribua
aux Prêtres de Rome, et la seconde du Pallium. Elles ont
paru dans un recueil spécial des Opuscules de Berti , à Flo-
rence, en 1759, et ont été depuis recueillies dans l'édition
complète de ses œuvres, publiée à Venise.
(1766). Paschal Copeti, Chanoine, a donné huit disser-
tations sous ce titre : Discorsi di Liturgia recitati allapre-
senza di Benedetto XIV Ponte fice Massimo, nella sala Aposto-
lica dell Quirinale. Rome, 1766, in-4°.
(1766). André-Jérôme Andreucci, Jésuite, dans son ou-
vrage intitulé : Hierarchia Ecclesiastica in varias suas partes
distribut a et canonico-theologice exposita (Rome, 1766, in-4°),
a donné un traité spécial : De observandis ab Episcopo in
authenticandis Reliquiis. Il a laissé aussi un traité de Ritu
Ambrosiano , dans le second volume du même ouvrage.
(1769). Alexis-Aurèle Pellicia, savant Prêtre Napolitain,
publia d'abord une dissertation célèbre, qui fut traduite par
ordre de l'Impératrice Marie-Thérèse, en Allemand et en
Latin , et qui est intitulée : Délia disciplina délia Chiesa, e
delV obbligo de' sudditi intorno alla preghiera del proprio So-
vrano , dissertazione lstorico-Liturgica. Naples, 1769, in-4°.
Mais le plus important ouvrage de Pellicia est son savant
traité : De Christianœ Ecclesiœ primœ, mediœ et novissimœ
œtatis Politia, qui parut à Naples en 1777, et a acquis une
si grande réputation dans le monde liturgique.
(1769). Joseph Novaès, Portugais, est auteur du livre in-
titulé : // sacro rito antico e moderno délia elezione, corona-
zione, e solenne possesso del Sommo Pontefice. Rome, 1769,
in-8°.
(1769). Vincent Fassini, Dominicain, a publié, sous le
pseudonyme de Dominique Sandelli, deux ouvrages remplis
636 INSTITUTIONS
d'érudition. Le premier est intitulé : De singularibus Eucha-
ristiœ usibus apud veteres Grœcos. Brescia, 1769. Le second :
De priscorum Christianorum synaxïbus extra œdes sacras,
Venise, 1770.
(1770). Jean-Pérégrin Pianacci publia l'ouvrage suivant:
Dell' O/ficio divino, trattato istorico-critico~morale.
(1771). Thomas Declo', Pénitencier d'Ancône , est au-
teur de ce livre : Dichiarazioni di tutto cio che vi ha, o dif-
ficile da intendersi j o intéressante in ogni parte nel Breviario
Romano dal principio sino al fine, Ancône , 1771*1772, deux
volumes in-4°.
(1771). Camille Blasi, Avocat Romain, a publié l'ouvrage
suivant : De Festo Cor dis Jesu Dissertatio commonitoria , cum
notis et monumentis selectis. Rome, 1771, in-4°. Celte Dis-
sertation, dont l'auteur est contraire au culte du Sacré Cœur
de Jésus, fut attaquée par un écrivain de Florence dont
nous n'avons pu découvrir le nom, et qui publia deux
Lettres en réponse. Elles furent suivies d'une réplique par le
P. Giorgi, Augustin, sous ce titre : Christotimi Ameristœ,
adversus epistolas duas ab anonymo censore in Dissertationem
commonitoriam Camilli Blasii de Festo Cordis Jesu vulgatas,
Antirrheticus : accedit mantissa contra epistolium tertium nu-
perrime cognitum. Rome, 1772, in-4°. Giorgi paraît aussi être
auteur de Lettres italiennes qui font suite à Y Antirrheticus,
sous le litre d'Antropisco Teriomaco ( in-4° ). On peut voir
dans Y Ami de la Religion, à qui nous empruntons ces détails
bibliographiques, la notice de divers autres écrits dans le
même sens, qui furent publiés de 1773 à 1781 , à Naples,
Gênes et Bergame (1). Le même recueil donne aussi la notice
des écrits qu'on opposa aux ennemis de la dévotion au Sacré
(1) Tome XXII. pages 38a-389.
LITURGIQUES. 657
Cœur de Jésus. Nous remarquons en particulier une Disser-
tation latine sur cette dévotion, publiée à Venise, 1775, par
un Jésuite nommé Pubrana. Quant aux pamphlets des Jan-
sénistes Français, nous ne fatiguerons pas le lecteur de leur
insipide énumération.
(1772). Jules-Laurent Selvaggi, Prêtre Napolitain, mort
en cette année, avait donné un ouvrage classique très impor-
tant sous ce titre : Antiquitatum Christianarum institution
nés nova methodo in quatuor libros distributœ, ad usum Semi-
narii Neapolitani. Naples, 6 vol. in-12 souvent réimprimés :
notre exemplaire est de 1794. On a quelques reproches à
faire à cet ouvrage ; il porte en plusieurs endroits la trace
trop visible des préjugés qui dominaient à Naples à cette
époque.
(1772). Jean-Baptiste Gaîlicioli, savant Prêtre Vénitien,
dans son excellente réimpression du saint Grégoire-Ie-Grand
de Dom Denis de Sainte-Marthe, a placé, au tome IX, un
important travail liturgique qu'il a intitulé : Isagoge institulio-
num Uturgicarum. On doit toutefois regretter que cet illustre
éditeur ait cru devoir retrancher le Sacramentaire de Dom
Hugues Ménard, et le Responsorial de Dom Denis de Sainte-
Marthe , ainsi que les notes de ces deux illustres Bénédictins.
La préférence donnée aux originaux publiés par le B. Tom-
mnsi n'est pas équitable dans une édition de saint Grégoire,
où l'on désirerait voir rassemblé tout ce qui peut contribuer
à compléter ses œuvres.
(1775). Laurent-Etienne Rondet, laïc, l'un des plus zélés
réformateurs de la Liturgie , a laissé , outre de nombreux
articles dans le Journal de Dinouart, un livre intitulé : Or-
dinaire de la Messe avec la manière de V entendre , quand on
la dit sans chant, et quand on la chante. Paris, 1773, in-12,
lia laissé aussi un Avis sur les Bréviaires, et particulière-
058 INSTITUTIONS
ment sur une nouvelle édition du Bréviaire Romain, Paris,
1775, in-12.
(1775). Philippe-Laurent Dionigi, Bénéficier de la Basi-
lique Vaticane, a publié le précieux ouvrage intitulé : Sacra-
rum Vaticanœ Basilica Cryptarum monumenta œreis labulis
incisa et commentariis illustrata. Borne, 1775, in-folio. Il à
donné aussi : Antiquissimi Vesperarum Paschalium Ritus
expositio ; de sacro in ferions atatis Processu , Dominica Re-
surrectionis Chrisli, ante Vesperas, in Vaticana Basilica usi-
tato conjectura. Borne, 1780, in-8°.
(1773). Joseph Heyrcnbach , Jésuite, est auteur d'une
dissertation de Salutatione Angelica , ejusque in sancta Eccle-
sia usu. Vienne, 1773, in-8°.
(1774). Pierre Lazeri, savant Professeur Bomain, a
donné trois dissertations : 1° De sacra Veterum Christiano-
rum Romana Pérégrinations Borne , 1774 , in-4°. — 2° De
Liminibus Apostolorum disquisitio historica. Borne, 1775,
in-4°. — 5° De fais a veterum Christianorum Riluum a ritibus
Ethnicorum origine Diatriba. Borne, 1777, in-4°.
(1775). Etienne Borgia, Cardinal, Préfet de la Propagande,
antiquaire fameux , s'est exercé sur plusieurs matières li-
turgiques. Il fut d'abord l'éditeur d'un opuscule du Cardinal
Augustin Valeri : De Benedicihne Agnorum Dei. Il donna
ensuile, sous son propre nom, les deux ouvrages suivants :
1° De Cruce Vaticana , ex dono Juslini Augusti in Parasceve
majoris hebdomadœ publicœ veneraiioni exhiberi solita. Borne,
1779, in-4°. — 2°. De Cruce Velitcrna commentarius. Borne,
1780, in-4<>.
(1775). Nicolas Collin , Prémontré, a laissé : 1° Traité du
Signe de la Croix, fait de la main, ou la Religion Catholique
justifiée sur l'usage de ce signe. Paris, 1775, in-12. — 2° Traité
de l'Eau bénite, on l'Eglise Catholique justifiée sur l'usage de
LITURGIQUES. 659
VEau bénite. Paris, 1776, in-12. — 2° Traité du Pain béni,
ou l'Eglise Catholique justifiée sur l'usage du Pain bénit. Paris,
1777, in-12.
(1775). François-Antoine de Lorenzana, Cardinal, Arche-
vêque de Tolède, Prélat illustre par sa charité envers le
clergé français déporté, mérite ici une place distinguée pour
la magnifique édition qu'il a donnée des livres de la Liturgie
Gothique. Il en a accompagné l'édition de savantes Lettres
Pastorales, qui sont de véritables Traités. Le Bréviaire parut
en 1775, sous ce titre : Breviarium Gothicum, secundum re-
gulam Beatissimi lsidori, Archiepiscopi Hispalensis , jussu
Cardinalis Francisci Ximenii de Cisneros prius editum ; nunc
opéra Excni D, Francisci Antonii Lorenzana sanctœ Eccle-
siœ Toletanœ Hispaniarum Primatis Archiepiscopi recogni-
tum. Madrid, in-folio. Le Missel, qui porte un titre analogue
à celui du Bréviaire , parut à Rome, 1804, in-folio.
(1776). François-Antoine Zaccaria, Jésuite, est sans con-
tredit l'homme le plus versé dans toutes les branches de la
science ecclésiastique qu'ait vu la période que nous décri-
vons dans ce chapitre. Ses ouvrages imprimés s'élèvent au
nombre de cent six. Celui qui occupe le premier rang parmi
les travaux liturgiques du savant religieux, est la Bibliotheca
Ritualis, publiée à Rome ( 1776, 1778, 1781 ), en trois vo-
lumes in-4\ Zaccaria voulut compléter la série des collections
bibliographiques des Lelong, des Mayer, des Fabricius, des
Banduri, etc. , par la publication d'un ouvrage du même
genre sur la science liturgique. Corneille Schulting, dont nous
avons parlé ailleurs (1) , avait ébauché ce grand travail dans
sa Bibliotheca Ecclesiastica; mais les omissions et les erreurs
étaient sans nombre dans cet ouvrage déjà vieux de près de
(1) TomeL page 497.
040 INSTITUTIONS
deux siècles , au moment où Zaecaria entreprenait sa Biblio-
theca Ritualis. Le travail du Jésuite n'a d'autre défaut que
ceux qui sont inséparables des ouvrages de ce genre, dont le
meilleur sera toujours celui qu'on trouvera le moins inexact
et le moins incomplet. Nous confessons volontiers ici que nous
sommes grandement redevables à Zaecaria, pour la punie
bibliographique de cette histoire, bien que nous ayons eu
souvent l'occasion de suppléer ses omissions et de rectifier
ses méprises. Un autre nous rendra le môme service.
En 1787, Zaecaria publia à Faenza (deux tomes in-4°) son
Onomasticon Riluale selectum , ouvrage d'une haute portée
scientifique, et accessible à un plus grand nombre de per-
sonnes que la Bibliolheca Ritualis, bien qu'il soit encore
moins connu en France. On a encore de lui , sur les matières
liturgiques, la célèbre dissertation de Usulibrorum Liturgi-
corum in rébus Thcologicis , réimprimée souvent; le traité
Dell' Anno Santo ( Rome, 1775 , deux volumes in-8° ) ; les
annotations au livre des Mœurs des Chrétiens, de l'Abbé
Fleury, traduit en latin et publié à Venise (1761, deux vo-
lumes in-4°) ; de nombreux et savants articles dans plusieurs
journaux scientifiques d'Italie.
(1777). Annibal Olivieri de Abbalibus, gentilhomme de
Pesaro, est célèbre par son beau livre , Dell' antico Battistero
délia S. Chiesa Pesarese. Pesaro, 1777, in-4°.
(1778). François-Michel Fleury, Curé dans le Diocèse du
Mans, ayant été suspendu de ses fonctions parl'Evèque Louis-
André de Grimaldi , pour son obstination a vouloir se faire
répondre et servir la Messe par la sœur de son Vicaire, publia,
dans le Journal Ecclésiastique de Dinouart (juin 1774), une
Dissertation sur cette question : Si une femme , au défaut
d'homme, peut répondre la Messe? Une critique manuscrite
LITURGIQUES. Biî
ayant couru le pays du Maine , Fleury fit imprimer la bro-
chure intitulée : Réponse de ta Messe par les femmes, en ré-
ponse à une lettre anonyme, 1778, in-8°.
(1779). Jean-Baptiste Graser, docte Professeur Allemand,
a composé une savante dissertation : De Presbyterio et in eo
sedendijure. Trente, 1779, in-4°.
(1779). Dom Nicolas Jamin, Bénédictin de la Congrégation
de Saint-Maur, auteur de plusieurs ouvrages estimés, paraît
être l'auteur du livre intitulé : Histoire des Fêtes de l'Eglise
(in-12) , dont la plus ancienne édition, venue à notre con-
naissance, est de 1779. Il a été traduit en allemand et pu-
blié à Bamberg , en 1784.
(1779). Ferdinand Tetamo, Prêtre Sicilien , est justement
célèbre par le bel ouvrage de Liturgie pratique qu'il a inti-
tulé : Diarium Liturgico-Theilogico- Morale , sive sacri Ritus*
Institutiones Ecclesiasticœ , morumque disciplina, notanda
singulis temporibus atque diebus anni Ecclesiastici et Civilis.
Venise, 1779-1784, huit volumes in-4° en deux séries.
(1779). François-Xavier Holl, Jésuite Allemand, illustre
Professeur de droit canonique dans l'Université d'Heidelberg,
a publié le premier volume d'un ouvrage remarquable inti-
tulé : Statistica Ecclesiœ Germanicœ , 1779,in-8°. Ce volume,
le seul qui ait paru, renferme une dissertation infiniment
précieuse : De Liturgiis Ecclesiœ Germanicœ»
(1781). Joseph-Marie Mansi, Clerc Régulier des Ecoles Pies,
fit paraître cette année, à Lucques, un opuscule rempli d'é-
rudition, sous ce litre : Lettera ad un Ecclesiastico, nella
quale si dimostra , che non e lecito ad ogni Sacerdote celebrare
la Messa privata nella notte del santo Natale. 1779.
(1784). Jean Sianda , Cistercien de Monl-Réal , a laissé un
ouvrage trop superficiel et trop abrégé pour le sujet qu'il
T. il. kl
642 INSTITUTIONS
traite. II porte ce titre : Onomasticon sacrum : opuscuitiM
tripartitum. Rome, 1774, în-8°.
(1786). Faustin Àrevalo, illustre Jésuite Espagnol, si digne
de toute la reconnaissance des amis de la science ecclésias-
tique par ses excellentes éditions de Prudence et de saint
Isidore de Séville , a publié , sous le titre d'Hymnodia Hts-
panica, un ouvrage remarquable surtout par la célèbre dis-
sertation de Hymnis ecclesiasticis , que nous regardons
comme un des plus précieux monuments de la science litur-
gique. Le livre a paru à Rome, 1786, in-4°.
(1786). Joseph Cuppini, Cérémoniaire de la Cathédrale de
Bologne, a laissé, sur plusieurs questions de Liturgie pra-
tique , des Instructiones Liturgicœ, qui présentent un grand
intérêt. Bologne, 1786, in-4°.
(1786). François Cancellieri, savant Prélat Romain, est
récrivain le plus important sur les matières liturgiques qui
ait paru à la fin du dix-huitième siècle. Il débuta par son
magnifique ouvrage de Secretariis Basilicœ Vaticanœ veteris
ac novœ. Rome, 1786 et années suivantes, quatre volumes
in-4.°. Il donna ensuite successivement : \° Descrizione délia
BasilicaVaticana.RomeinSS, in-12. — 2° Notizieintomo alla
Novena, Vigilia, Notte e Festa di Natale. Rome, 1788, in-12.
5° Descrizione de' tre Pontificali che si celebrano nella Ba-
silica Vaticana, \per le feste di Natale , di Pasqua et di san
Pietro. Rome, 1788, in-12. — 4° Descrizione délie funzioni
délia Settimana santa nella Cappella Pontificia. Rome, 1789,
in-12. — 5° Descrizione délie Cappelle Pontificie e Cardinali-
zie di tuttol'annq. Rome, 1790, quatre volumes in-12. Nous
n'avons pu , malgré tous nos efforts, nous procurer ce der-
nier ouvrage. — 6° Storia de' solenni possessi de sommi Pon-
tefici, detti anticamente Processi o Processioni , dopo laloro
coronazione , nella Basilica Yaticana alla Lateranmf da
LIÏUÏlGîQtJLS. 64â
ieone III a Pio VIL Rome, 1802, in4°. — 7° Memorie délie
sacre Teste de* santi Apostoli Pietro e Paolo e délia loro solenne
recognizione nella Basilica Lateranese. Rome, d806, in-4°.
— 8° Le due Nuove Campane di Campidoglio benedette dalla
Santitadi N. S. Pio VIL P. 0. M. e descritte, con varie No~
tizie sopra i Campanili. Rome, 1806, in-4°. — 9° Disserta-'
zione Epistolare sopra le Iscrizioni délie Martiri Simplicia
madré di Orsa, et di un altra Orsa. Rome, 1819, in-12. — •
10° Notizie sopraVorigine e Vuso delV Anello Pescatorio, e degli
altri Ànelli Ecclesiastici. Rome, 1823, in-8°.
(1787). François-Antoine Mondelli, Ecclésiastique Romain,
a publié une excellente dissertation intitulée : Délia légitima
disciplina da osservarsi nella pronuncia del Canone délia
Messa. Rome, 1787, in-8°.
(1786). Augustin Kraser, Docteur Allemand, a laissé un
ouvrage remarquable sous ce titre : De Apostolis necnon
antiquis Ecclesiarum Occidentalium Liturgiis, illarum ori-
gine, progressu, ordine , die , hora et lingua, cœterisque rébus
ad Liturgiam antiquam pertinentibus , liber singularis. Augs-
bourg, 1786, in-8°.
(1787). Jacques-Denys Cochin, Curé de Saint-Jacques-du-
Haut-Pas, à Paris, composa des Prônes ou lnstructionè
familières sur toutes les parties du saint Sacrifice de la Messe,
qui n'augmentent pas beaucoup la somme des notions scienti-
fiques de la Liturgie, mais que nous citons cependant comme
ouvrage français de celle époque.
(1788). Elienne-Antoine Morcelli, Jésuite si connu par ses
travaux archéologiques, a laissé : 1° Kalendarium Ecclesiœ
Constantinopolitanœ mille annorum vetustate insigne , primi-
tus e Bibliotheca Romana Albanorum in lucem editum , et
veterum monumentorum comparatione diurnisque commenta-
nts illustratum. Rome, 1 788, deux volumes in-4°. — 2° Aga*
641 iNsïtïtmoNà
peaMichaelia ettesserœPaschates. 1816, 1818. Ces Opuscules*
d'un style trop classique peut-être , ont été réimprimés en-
semble, à Bologne, 1822, in-8°.
(1790). Il Breviario Romano difeso > e giustificato contro il
libro intitolato : Letlera risponsiva di un parroco Fiorentino
alla Lettera di un parroco Pistoiese. — Cet ouvrage anonyme,
publié en 1790|, sans lieu d'impression, est dirigé contre le
Curé Scaramucci, l'un des fauteurs du Synode de Pistoie.
(1797). Jean Marchelti, savant Prélat Romain, si connu
par son excellente critique de Fleury, a laissé l'ouvrage sui-
vant : Del Breviario Romano , o sia dell'Officio divino e del
modo di recitarlo. Rome, 1797, in-12.
(1798). Jean Gonzalès Villar, Chanoine de la Cathédrale de
Léon , a donné le livre intitulé : Tratado de la sagrada lumi-
naria , en forma de disertacion , en el que se demuestra la
antiguedad , y piedad de las vêlas , y lamparas encendidas a
honra de Dios, y en obsequio de las santas Imagenes , y Reli-
quias. 1798, in-8°. sm
Tirons maintenant les faciles conclusions des faits contenus
au présent chapitre.
Il est clair, en premier lieu, qu'une conjuration a été
formée au sein même des pays Catholiques, dans le but d'in-
sinuer l'esprit du Protestantisme , à la faveur des innova-
tions liturgiques.
11 est clair, en second lieu , que le parti Anti-liturgiste a
constamment procédé en affaiblissant l'autorité du Saint
Siège, en opérant la destruction de la Liturgie Romaine, en
procurant à ses adeptes, par toutes sortes d'intrigues, l'hon-
neur de rédiger les livres destinés à remplacer ceux que la
tradition catholique avait formés dans le cours des siècles.
Il est clair, en troisième lieu , que si tous nos liturgistes
Français n'ont pas été aussi loin dans leur audace que les
LITURGIQUES. G4B
Ricci, les Grégoire, etc., ceux-ci les ont hautement avoués
et recommandés comme des hommes qui possédaient leurs
sympathies.
11 est clair, en quatrième lieu, que l'abolition de l'ancienne
Liturgie a été une œuvre à laquelle ont pris part les hommes
qui ont eu le plus à cœur de répandre le Jansénisme, le Pro-
testantisme, le philosophisme et les maximes anarchistes.
Il est clair, enfin , qu'au moment où finissait le dix-hui-
tième siècle, l'Eglise Gallicane avait laissé périr une des
branches de la science ecclésiastique ; qu'en se séparant de
la Liturgie ancienne, elle s'était séparée dans le culte divin
non seulement de l'Eglise de Rome, mais de toutes les autres
Eglises Latines , et cela sans pouvoir rétablir dans son
propre sein celte unité qu'elle avait sacrifiée à un vain désir
de perfectionnement, en renonçant avec une facilité sans
exemple à cetle glorieuse immutabilité qui est la gloire de
la Liturgie, et qui a inspiré cet axiome de tous les siècles :
Legem credendi statuât lex supplicandi. Gloire et actions de
grâces soient donc rendues au Seigneur, qui n'a point aban-
donné cette Eglise au jour de la tribulation !
646
INSTITUTIONS
CHAPITRE XXIV.
DE LA LITURGIE AU DIX-NEUVIÈME SIÈCLE. — EN FRANCE ,
RÉTABLISSEMENT DU CULTE CATHOLIQUE. PROJET D'UNE LI-
TURGIE NATIONALE. ACTES DU LÉGAT CAPRARA. SACRE DE
NAPOLÉON. PIE VII DANS LES EGLISES DE PARIS. SITUATION
GÉNÉRALE DE LA LITURGIE SOUS L'EMPIRE. — CARACTÈRE DES
OEUVRES LITURGIQUES SOUS LA RESTAURATION ET DEPUIS.
DESTRUCTION PRESQUE TOTALE DE LA LITURGIE ROMAINE.
MOUVEMENT INVERSE ET FAVORABLE AUX USAGES ROMAINS.
NOUVELLE MODIFICATION DU PARISIEN EN 1822. EFFORTS
DIVERS DANS LE MÊME SENS. DIFFICULTÉS DE LA SITUATION,
ET SON REMÈDE. — EN ALLEMAGNE , SCANDALES DES ANTI-
L1TURGISTES. ORDONNANCE DE L'ÉVÈQUE DE ROTTENBOURG.
AFFAIRE DE COLOGNE. — EN ANGLETERRE, TENDANCES FAVO-
RABLES AUX FORMES CATHOLIQUES, ET AU BRÉVIAIRE ROMAIN
EN PARTICULIER. — EN RUSSIE, INFLUENCE DÉSASTREUSE DE
LA LITURGIE GRECQUE. — A ROME , TRAVAUX DES PAPES
SUR LA LITURGIE ROMAINE. — BIBLIOTHÈQUE DES AUTEURS
LITURGISTES DU XIXe SIÈCLE.
Le dix-huitième siècle, en finissant, voyait s'éteindre la
cruelle persécution dont l'Eglise de France avait eu à sup-
porter les rigueurs pendant dix années. Dès Tannée 4799,
des Oratoires publics, des Eglises même se rouvraient de
toutes parts. Les Prêlres se montraient avec plus de sécu-
rité, les autels dépouillés revoyaient comme une ombre des
anciennes pompes. On osait enfin exposer au jour ces quelqu es
vases sacrés, ces ornements, ces reliquaires, derniers et
LITURGIQUES. 647
rares débris de l'opulence catholique, soustraits à la cupidité
des persécuteurs , par le mâle courage de quelque Chrétien
qui jouait sa tête. Rien n'était sublime comme ces premières
apparitions des symboles de la foi de nos pères, comme
ces Messes célébrées au sein de nos grandes villes, dans
ces Eglises dévastées, violées, mais toujours chastes, et tres-
saillant de revoir encore le doux Sacrifice de l'Agneau, après
les orgies des fêtes de la Raison et les parades de la Théophi-
lantropie.
Dans Paris même, il advint que, tandis que les restes de
l'Eglise Constitutionnelle s'agitaient encore dans la Métropole
de Notre-Dame , l'étroite , mais à jamais vénérable Eglise des
Carmes de la rue de Vaugirard s'ouvrait à la piété des fidèles
Catholiques. Le sang des Pontifes, des Prêtres et des Religieux
martyrs, épanché si abondamment dans son enceinte et ses
alentours, l'avait marquée pour le rendez- vous sublime des
Pasteurs décimés par i'échafaud et les misères de l'exil. A
Lyon, dès 1801, la Procession de la Fête-Dieu traversait les
rues, aux acclamations des peuples enivrés de joie. « Quelle
• est, écrivait à ce sujet, dans le Mercure de France, celui
» qui s'apprêtait à raconter le Génie du Christianisme, quelle
»est cette puissance extraordinaire qui promène ces cent
» mille Chrétiens sur ces ruines? Par quel prodige la Croix
» reparaît-elle en triomphe dans cette même cité où naguère
»une dérision horrible la traînait dans la fange ou le sang?
>D'où renaît cette solennité proscrite? Quel chant de misé-
ricorde a remplacé si soudainement le bruit du canon et les
»cris des Chrétiens foudroyés? Sont-ce les pères, les mères,
» les frères, les sœurs, les enfants de ces victimes qui prient
• pour les ennemis de la foi , et que vous voyez à genoux de
» toutes parts aux fenêtres de ces maisons délabrées, et sur
» les monceaux de pierres où le sang des Martyrs fume en-
6 58 INSTITUTIONS
» core? Ces collines chargées de Monastères, non moins reli-
jgieux, parce qu'ils sont déserts; ces deux fleuves où la
* cendre des confesseurs de Jésus-Christ a si souvent été je-
j tée ; tous ces lieux consacrés par les premiers pas du Chris-
tianisme dans les Gaules; cette grotte de saint Polhin, ces
* catacombes d'Irénée , n'ont point vu de plus grand miracle
ique celui qui s'opère aujourd'hui. »
C'est que l'amour des pompes sacrées est profondément
enraciné au cœur des Français, et que l'alliance de la foi et
ue la poésie, qui constitue le fond de la Liturgie Catholique,
a pour eux un si grand charme, qu'il n'est ni souffrances,
ni intérêts politiques qu'ils n'oublieraient dans les moments
où de si nobles et si profondes émotions traversent leurs âmes.
Combien donc avaient été coupables ou imprudents ceux qui
avaient eu le triste courage, durant un siècle entier, de tra-
vailler par tous les moyens à dépopulariser les chants reli-
gieux, à ruiner les pieuses traditions qui sont la vie des
peuples croyants ! C'était , certes , un triste contraste que
celui qui s'était offert mille fois dans le cours de la persé-
cution , lorsqu'au fond de quelque antre ignoré, à la faveur
des ombres de la nuit et du mystère, les fidèles, réunis à tra-
vers mille périls , entouraient l'autel rustique, et qu'alors le
Prêtre, Confesseur et peut-être Martyr dans quelques heures,
plaçait sur cet autel non le Missel des âges de foi, mais ce
moderne Missel rédigé par les mains impures d'un sectaire,
et promulgué avec le concours des Parlements , aux beaux
temps de la Régence ou de Madame de Pompadour, alors
qu'on travaillait de toutes mains à préparer l'affreuse catas-
trophe qui avait enfin éclaté. Et n'était-ce pas aussi un pi-
toyable spectacle que celui qui s'était offert dans la rade
de Rochefort, en 1798, lorsque les neuf cents Prêtres, Con-
fesseurs de la foi , réunis dans la même fidélité et dans
LITURGIQUES. 649
les mêmes souffrances, ne pouvaient s'unir dans une même
psalmodie, parce que le petit nombre des Bréviaires qu'on
avait pu introduire dans ces prisons flottantes représen-
taient, pour ainsi dire, autant de Diocèses différents qu'ils
formaient d'exemplaires (1). Certes, si la persécution qui
faillit dévorer l'Eglise de France , eût été avancée d'un siècle,
on eût du moins entendu s'élever du fond des cachots la
prière uniforme des Confesseurs, la prière Romaine que
l'univers Catholique tout entier fait monter vers le ciel sept
fois le jour. Il est vrai que le sang des Martyrs suppléait à
tout. L'Eglise de France puisa dans ce bain glorieux une
nouvelle naissance. Mais il fallut que toute entière elle fût
offerte en holocauste : la charité pastorale, fécondée par
l'obéissance au Pontife Romain , immola ceux que le glaive
avait épargnés. Le Concordat de 1801 fut conclu et bientôt
ratifié par Pie VIL La Bulle pour la nouvelle circonscription
des Diocèses fut donnée à Rome : la nouvelle Eglise de France
devait donc tout au Siège Apostolique. Les antiques préjugés
ne pouvaient tout au plus que se débattre en expirant.
Le Concordat de 1801 avait une grande portée liturgique.
Il garantissait l'exercice du culte Catholique; aussi fut-il
accepté comme un immense bienfait, par une nation qui
avait tressailli de joie au retour de ses Prêtres. Rien ne pour-
rait dépeindre l'enthousiasme des Parisiens, lorsqu'enfin , le
(1) Nous devons ce détail , qu'il était du reste bien facile de pressen-
tir, au vénérable Abbé Ménochet , Chanoine de Saint- Julien du Mans ,
et Vicaire-Général, décédé en 1834. Il était du petit nombre de ces glo-
rieux Confesseurs que la mort épargna , afin qu'ils pussent rendre té-
moignage des scènes sublimes de Rochefort. La mémoire de ce saint
Prêtre est précieuse à Solesmes : nous ne saurions jamais oublier qu'il
eut la bonté de venir présider a l'installation de ce Monastère, en 1833,
alors qu'une pareille démarche était un acte de courage.
650 INSTITUTIONS
18 avril 1802, le Concordat fut promulgué, au milieu d'une
cérémonie religieuse et civique. C'était le jour même de
Pâques ; en sorte que les fidèles avaient à solenniser en même
temps le Passage du Seigneur quand les Israélites sortirent
de l'Egypte , la Résurrection triomphante du Christ , et la
restauration miraculeuse de cette religion que , neuf ans au-
paravant, un décret sacrilège avait déclarée abolie, comme
si le sang pouvait autre chose que fertiliser le champ de l'E-
glise. Le bourdon de Notre-Dame , muet depuis douze ans,
ébranlait encore la cité; et, comme enivrés du bruit de cet
airain sacré dont la seule destination semblait être désormais
de donner le signal du carnage, les citoyens s'embrassaient
dans les rues sans se connaître. Les Consuls se rendirent en
pompe à Notre-Dame, et Ton vit les étendards français se
balancer encore une fois autour du Sanctuaire. Jean-Bap-
tiste Caprara , Cardinal de la sainte Eglise Romaine , Légat
Apostolique, célébra pontificalement sous ces voûtes récon-
ciliées qu'ébranlaient par moments le roulement triomphal
des tambours et les fanfares belliqueuses. La France retrou-
vait son antique amour pour la foi Catholique , et le premier
Consul pouvait s'applaudir d'avoir deviné les instincts de la
nation : heureux s'il eût su toujours y attacher sa fortune !
Un livre d'une haute portée, publié à cette époque, avait
grandement servi à préparer les esprits à un retour si mer-
veilleux. Toute la France s'était émue à l'apparition de l'é-
pisode fameux d'un poème américain, et dans lequel l'auteur
faisait valoir, avec un talent inouï, l'harmonie des cérémonies
religieuses avec les grands aspects de la nature. L'ouvrage
annoncé dans la préface de cet opuscule, le Génie du Chris-
tianisme parut enfin, au mois d'avril 1802, et ce livre, qui
s'attachait à prouver que le Christianisme est vrai parce qu'il
est beau , avança plus la réconciliation des Français avec
LITURGIQUES. 65J
l'ancien culte , que cent réfutations de l'Emile ou du Dic-
tionnaire philosophique. Sans doute, la poétique nouvelle
révélée par Chateaubriand n'était pas à la portée de tous les
lecteurs de ce livre ; on peut même dire ( surtout aujour-
d'hui que nous voilà pour jamais délivrés des Grecs et des
Romains ) , qu'elle laisse quelque peu à désirer ; mais la
partie liturgique du Génie du Christianisme, c'esl-à-dire la
description des fêtes, des cérémonies, les riches peintures des
Cathédrales et des Cloîtres du moyen-âge, tout cela formait la
partie populaire de l'ouvrage. Certes, si, quarante ans après,
il est vrai de dire que notre littérature , nos arts et notre
poésie sont la réfraction plus ou moins riche de l'éclat que
jeta alors ce merveilleux météore ; quel ne dut pas être l'em-
pressement de la nation , fatiguée des courses desséchantes
qu'elle avait été contrainte de faire dans les champs du maté-
rialisme, lorsqu'une main bienfaisante vint ouvrir pour elle
une source intarissable de poésie , là même où d'invincibles
instincts lui révélaient qu'était toujours pour elle la véritable
vie? Et n'y avait-il pas aussi toute une réaction féconde dans
celte promulgation solennelle du Christianisme comme la re-
ligion éminemment poétique , un siècle et demi après Boileau,
qui, digne écho des Anti-liturgistes de son Port-Royal, ne
voyait dans la foi du Chrétien que des mystères terribles , et
dans la poésie que des ornements égayés ? C'était bien en leur
qualité de littérateurs classiques, que les Foinard etlesGran-
colas avaient donné les belles théories que nous avons vues,
faisant une chasse impitoyable à tous ces Répons et Antiennes
surannés , composés dans un latin si différent de celui de Ci-
céron, et fourrant toute leur œuvre nouvelle de pastiches à la
façon d'Horace, comme pour faire pardonner le cliquetis peu
agréable de leurs centons, pillés dans la Bible à tort et à travers,
d'après tout autre système que celui de l'harmonie. Le Génie
65$ INSTITUTIONS
du Christianisme, en posant comme fait la poétique du Chris-
tianisme considéré en lui-môme (I), a donc exercé une action
vaste, et ce sera un jour une longue histoire que celle des
résultats sortis de ce livre, qui, entre beaucoup d'avantages, a
celui d'être venu en son temps. L'œil d'aigle de Napoléon en
vit dès l'abord toute la portée, et il chercha à s'attacher l'au-
teur; Pie VII témoigna sa satisfaction de la manière la plus écla-
tante; Dussault, de Fontanes, le grand philosophe de Donald,
s'unirent à l'Abbé de Boulogne pour célébrer l'importance
de cette victoire remportée sur les ennemis de la forme re-
ligieuse.
Mais au fort même de ce triomphe , comme il est de néces-
sité en ce monde que les tribulations accompagnent toujours
fidèlement les succès de l'Eglise, des obstacles inattendus
vinrent tempérer la joie du Pontife Romain et de l'Eglise de
France. Sans doute , le Concordat avait été publié à Notre-
Dame ; mais quelques jours auparavant , le 5 avril 1802
( 18 germinal an X ) , jour même où ce traité avait été porté
au Corps Législatif, et inauguré comme loi de la Repu*
blique, on avait promulgué en même temps, sous le nom
d'Articles Organiques, soixante- dix-sept articles dont le plus
grand nombre avait été conçu et rédigé dans le but d'amor-
tir l'influence du Catholicisme, et d'arrêter le développement
de ses institutions renaissantes. Il n'est point de notre sujet
de développer ici toute la série des dispositions de ce Décret
tyrannique, contre lequel le Siège Apostolique ne tarda pas
à faire entendre les plus explicites réclamations. Nous nous
(1) Les Martyrs vinrent plus tard , et fournirent , malgré quelques
défauts, l'irrécusable preuve d'un fait que la postérité s'étonnera qu'on
ait pu contester une minute. Elle aura peine à comprendre le dix-
huitième siècle , siècle prosaïque qui se mêla de tout refaire , parce
qu'avant lui la poésie était partout.
bornerons à relever quelques-unes des dispositions du titre III,
intitulé : Du Culte.
La première avait une portée immense , malgré sa briè-
veté , et elle était ainsi conçue : « Il n'y aura qu'une Litur-
» gie et un Catéchisme pour toutes les Eglises Catholiques de
» France. » Laissant de côté le Catéchisme , bornons-nous à
ce qui tient à la Liturgie. On conçoit aisément que , par
suite de la nouvelle circonscription des Diocèses, l'Eglise de
France devait se trouver dans une déplorable confusion sous
le rapport de la Liturgie. Le nombre des Diocèses ayant été
réduit de plus de moitié , et par conséquent les nouveaux
Evêchés se trouvant formés, en tout ou en partie, du terri-
toire de trois ou quatre et quelquefois jusqu'à sept des an-
ciens Diocèses, il arrivait , par suite des changements arrivés
au dix-huitième siècle , que la Liturgie de l'Eglise Cathé-
drale, loin de réunir les autres Eglises du Diocèse dans l'unité
de ses formes , se voyait disputer le terrain par cinq ou six
autres Liturgies rivales. Certes, un si étrange spectacle était
inouï dans l'Eglise; jamais en aucun temps, en aucun pays,
la communion des prières publiques n'avait présenté l'aspect
d'une si étrange anarchie ; bien plus, pour qu'elle fût devenue
possible par suite d'un remaniement des Diocèses, il avait
fallu qu'il existât déjà, dans un seul pays qui ne compte pas
trois cents lieues d'étendue , plus de diverses formes d'Office
divin qu'il n'en existe dans le monde entier, sans oublier
même les Eglises d'Orient.
Les conciliabules de 1797 et de 1801 avaient déjà senti
l'inconvénient de cette situation; car bien que l'Eglise Cons-
titutionnelle comptât un Evêché par département, la division
de la France en départements avait déjà grandement boule-
versé la circonscription des Diocèses. Mais lesEvêques réunis,
comme ils le disent fort bien, trouvaient surtout dans le pro-
654- ïfoSîîTtiïiôtfâ
jet d'une Liturgie uniforme pour la France ( idée qui leur
appartient en propre) , un moyen efficace de perpétuer leur
secte, si elle fût née viable, en rattachant cette organisation
liturgique au système de nivellement et de centralisation
sur lequel avait été fondée la République (1). On conçoit
parfaitement cette idée dans une Eglise schismatique repous-
sée par toutes les autres Eglises, et qui ne peut avoir de
vie qu'en se nationalisant; mais quel machiavélisme impie
que celui de ces législateurs qui, dans le moment où la
France venait de rentrer dans l'unité catholique, décrétaient
que le moment était venu de travailler sérieusement à élever
pour jamais un mur de séparation entre l'Eglise de France et
toutes les autres? Telle n'avait pas été la politique de Charle-
magne, ni celle de saint Grégoire VII, ni celle d'Alphonse VI
de Castille, ces grands civilisateurs qui voyaient le salut et la
gloire des Etats européens dans l'unité générale de la Chré-
tienté, et qui brisaient de si grand cœur tout retranche-
ment derrière lequel la religion universelle eût tendu à de-
venir chose nationale. Et cependant nous avons entendu des
gens honorables, mais d'une insigne imprudence, former en-
core ce souhait d'une Liturgie nationale ; ne pas sentir quelle
honte c'eût été pour la France, de se retrouver, après
mille ans, dans l'état où elle était lorsqu'elle préludait à ses
destinées de nation très Chrétienne, ayant perdu et l'anti-
quité vénérable de la Liturgie Gallicane , et l'autorité sou-
veraine de la Liturgie Romaine, sans autre compensation
que des traditions qui eussent daté du dix-neuvième, ou
du dix-huitième siècles»
Dieu ne permit pas que cette œuvre anti-catholique reçût
son accomplissement. Une commission fut nommée pour la
(1) Voyez çi-dessus, page 620,
rédaction des nouveaux livres de l'Eglise de France \ mais le
résultat de ses travaux ne fut même pas rendu public. On
sait seulement que plusieurs des membres cherchèrent a faire
prévaloir, l'un la Liturgie Parisienne, l'autre celle de tel ou
tel Diocèse, un autre enfin un amalgame formé de toutes
ensemble. Personne n'osa proposer de revenir à l'ancien rite
Gallican , seul projet pourtant qui eût été sensé , le principe
étant admis; mais projet impraticable, puisque les monuments
de ce rite ont péri pour la plupart. Il en fut donc de ce projet
de Liturgie nationale, comme de la réédifîcation du temple de
Jérusalem au quatrième siècle; ou si l'on veut remonter plus
haut , comme de la tour de Babel ; et le grand homme qui
parlait de son prédécesseur Chariemagne, fut atteint et con-
vaincu de n'avoir pu s'élever à la hauteur des vues de cet
illustre fondateur de la société européenne. Au reste, qu'on
y regarde bien, on verra que toutes les fautes de Napoléon
étaient là. Il n'est tombé de si haut que pour avoir voulu
faire de l'Eglise et du Pape une chose française. Est-ce l'er-
reur de son esprit ? est-ce le crime de son cœur? Dieu seul
lésait bien.
Le reste des Articles Organiques du tilre XIII est employé à
détailler maintes servitudes auxquelles l'Eglise sera soumise
en France. Nous citerons le XLVe Article, si tyrannique, que
les Protestants eux-mêmes ont plusieurs fois réclamé contre :
« Aucune cérémonie religieuse n'aura lieu hors des édifices
» consacrés au culte Catholique, dans les villes où il y a des
t> temples destinés à différents cultes. » Ainsi avait-on cherché
à atténuer la victoire du Catholicisme , en prolongeant le
règne de cette intolérance qui n'était plus sanglante , il est
vrai , comme celle de la Convention, mais qui allait chercher
ses traditions dans les annales des Parlements et dans les
fastes anti-liturgistes de Joseph II et de Léopold
636 INSTITUTIONS
d'érudition. Le premier est intitulé : De singularibus Eucha-
ristiœ usibus apud veteres Grœcos. Brescia, 1769. Le second :
De priscorum Christianorum synaxibus extra œdes sacras,
Venise, 4770.
(1770). Jean-Pérégrin Pianacci publia l'ouvrage suivant:
Dell' Offîcio divino, trattato istorico-critico-morale.
(1771). Thomas Declo', Pénitencier d'Ancône , est au-
teur de ce livre : Dichiarazioni di tutto cio che vi ha, o dif-
ficile da intendersi, o intéressante in ogni parte nel Breviario
Romano dalprincipio sino al fine, Ancône , 1771-1772, deux
volumes in-4°.
(1771). Camille Blasi, Avocat Romain, a publié l'ouvrage
suivant : De Festo Cordis Jesu Dissertatio commonitoria, cum
notis et tnonumentis selectis. Rome, 1771, in-4°. Cette Dis-
sertation, dont l'auteur est contraire au culte du Sacré Cœur
de Jésus, fut attaquée par un écrivain de Florence dont
nous n'avons pu découvrir le nom, et qui publia deux
Lettres en réponse. Elles furent suivies d'une réplique par le
P. Giorgi, Augustin, sous ce titre : Christotimi Ameristœ,
adversus epistolas duas ab anonymo censore in Dissertât ionem
commonitoriam Camilli Blasii de Festo Cordis Jesu vulgatas ,
Antirrheticus : accedit mantissa contra epistolium tertium nu~
perrime cognitum. Rome, 1772, in-4°. Giorgi paraît aussi être
auteur de Lettres italiennes qui font suite à Y Antirrheticus,
sous le titre d'Antropisco Teriomaco (in-4°). On peut voir
dans Y Ami de la Religion, à qui nous empruntons ces détails
bibliographiques, la notice de divers autres écrits dans le
même sens, qui furent publiés de 1773 à 1781 , à Naples,
Gênes et Bergame (1). Le même recueil donne aussi la notice
des écrits qu'on opposa aux ennemis de la dévotion au Sacré
(1) Tome XXII. pages 383-389.
LITURGIQUES. 657
Cœur de Jésus. Nous remarquons en particulier une Disser-
tation latine sur cette dévotion, publiée à Venise, 1775, par
un Jésuite nommé Pubrana. Quant aux pamphlets des Jan-
sénistes Français , nous ne fatiguerons pas le lecteur de leur
insipide énumération.
(1772). Jules-Laurent Selvaggi, Prêtre Napolitain, mort
en cette année, avait donné un ouvrage classique très impor-
tant sous ce litre : Antiquitatum Christianarum institution
nés nova methodo in quatuor libros distributœ, ad usum Semi-
narii Neapolitani. Naples, 6 vol. in-12 souvent réimprimés :
notre exemplaire est de 1794. On a quelques reproches à
faire à cet ouvrage ; il porte en plusieurs endroits la trace
trop visible des préjugés qui dominaient à Naples à cette
époque.
(1772). Jean-Baptiste Gailicioli, savant Prêtre Vénitien,
dans son excellente réimpression du saint Grégoire-le-Grand
de Dom Denis de Sainte-Marthe, a placé, au tome IX, un
important travail liturgique qu'il a intitulé : Isagoge institution
num Uturgicarum. On doit toutefois regretter que cet illustre
éditeur ait cru devoir retrancher le Sacramentaire de Dom
Hugues Ménard , et le Responsorial de Dom Denis de Sainte-
Marthe , ainsi que les notes de ces deux illustres Bénédictins.
La préférence donnée aux originaux publiés par le B. Tom-
masi n'est pas équitable dans une édition de saint Grégoire,
où l'on désirerait voir rassemblé tout ce qui peut contribuer
à compléter ses œuvres.
(1775). Laurent-Etienne Rondet, laïc, l'un des plus zélés
réformateurs de la Liturgie, a laissé, outre de nombreux
articles dans le Journal de Dinouart, un livre intitulé : Or-
dinaire de la Messe avec la manière de X entendre , quand on
la dit sans chant, et quand on la chante. Paris, 1775, in-12.
Il a laissé aussi un Avis sur les bréviaires, et particulière*
vr
658 INSTITUTIONS
Le Sacre de Napoléon avait été aussi un grand acte litur-
gique : mais, en cette qualité même, il exprimait d'une
manière bien significative toute la distance qui séparait le
nouveau Charlemagne de l'ancien. On pouvait, certes, com-
prendre que la Liturgie est l'expression de la Religion dans
un pays, quand on vit le Pontife Romain, accouru, par le plus
généreux dévouement, pour prêter son ministère à unsi'grand
acte , attendre , en habits Pontificaux , sur son trône , à
Notre-Dame , pendant une heure entière , aux yeux de toute
la France , l'arrivée du nouvel Empereur ; quand on vit Na-
poléon prendre lui-même la couronne, au lieu de la recevoir
du Pontife, et couronner ensuite de ses mains profanes le front
d'une Princesse sur lequel, il est vrai, le diadème ne put tenir;
quand on vit enfin l'Evêque du dehors, sacré de l'huile sainte,
s'abstenir de participer aux Mystères sacrés , terrible présage
de l'arrêt qui devait , cinq ans plus tard , le retrancher de la
Communion Catholique. Ce ne fut donc qu'en faisant violence
aux règles les plus précises de la Liturgie ( dérogation d'ail-
leurs légitimée par la plénitude d'autorité qui résidait dans
le Pontife ) , que l'antique rite du Sacre put être accompli à
l'égard de Napoléon : nous verrons encore ailleurs que la
royauté de nos jours, absolue ou constitutionnelle, n'est
plus taillée à la mesure des anciens jours. Les peuples, au
contraire, ne demandent qu'à se nourrir des plus pures
émotions de la Liturgie.
Rien donc ne pourrait rendre l'enthousiasme des fidèles de
Paris et des provinces, durant les quatre mois que Pie VII
passa dans la capitale de l'Empire. Il n'y avait cependant
rien d'officiel ni de cérémonieux dans cette affluence qui
inondait les Eglises où le Saint Père venait célébrer la Messe.
Les fidèles se pressaient par milliers autour de la Table sainte,
dans l'espoir de recevoir l'Hostie du salut des mains mêmes du
LITURGIQUES. 659
Vicaire de Jésus-Christ, et c'était un spectacle ineffable que
celui qu'offrait cette multitude, chantant d'une seule voix le
Credo entonné par le Curé, environnant comme d'un atmos-
phère de foi le pieux Pontife qui, dans un recueillement pro-
fond, célébrait le sacrifice éternel, et rendait grâce de trouver
encore tant de religion au cœur des Français. Saint-Sulpice
fut la première Eglise de Paris honorée de la visite du Pon-
tife, le quatrième Dimanche de l'Avent. Notre-Dame le pos-
séda le jour même de Noël; mais il n'y célébra qu'une Messe
basse, parce qu'on n'aurait pu réunir les conditions litur-
giques d'une Fonction Papale. Le jour des Saiûts Innocents,
il favorisa Saint-Eustache de sa présence Apostolique , et le
50 décembre , Saint-Roch reçut le même honneur. Saint-
Etienne-du-Mont accueillit le Pontife, le 12 janvier 1805, et
Sainte-Marguerite , le 10 février. Il visita Saint-Germain-
PAuxerrois le 17 février; Saint-Merry, le 24 ; Saint-Germain-
des-Près , le 30 mars , et Saint-Louis en l'île , le 10 du même
mois. Nous ne parlons ici que des Eglises où Pie VII célébra
la Messe et donna la Communion aux fidèles, et nous nous
sommes complu dans cette énumération, afin que la mémoire
de ces faits si honorables à ces Eglises ne périsse pas tout-à-
fait (1). Il y aurait un beau livre à faire sur le séjour de Pie Vil
en France , à cette époque ; mais rien peut-être ne serait plus
touchant à raconter que les visites que le Pontife faisait à ceg
Eglises qui portaient encore les traces de la dévastation
qu'elles avaient soufferte, et dans lesquelles il célébrait
la Messe avec le recueillement angélique si admirable-
ment empreint sur sa noble et touchante figure. Les Pari-
(1) On peut voir sur cela les journaux du temps, mais surtout le
précieux recueil intitulé : Jnnales philosophiques et littéraires , rédigé
alors par l'Abbé de Boulogne, qui fut depuis Evêque de Troyes.
660 INSTITUTIONS
siens, dont il était Pidole , disaient sur lui ce beau mot, qu'il
priait en Pape. Entre autres spectacles liturgiques qui frap-
pèrent leurs regards , il en est deux qui firent une plus
profonde impression. L'un fut la tenue d'un Consistoire pu-
blic , le 1er février 1805, dans lequel les Cardinaux de Belloy
et Cambacérès reçurent le chapeau de Cardinal ; après quoi,
Pie VII présida un Consistoire secret dans lequel furent préco-
nisés dix Archevêques ou Evêques. Les murs de l'Archevêché,
qui depuis ont croulé sous les coups d'une fureur sacrilège,
furent témoins de cette scène imposante qui, depuis bien des
siècles, s'était rarement accomplie hors de l'enceinte de Rome.
Le lendemain, jour de la Purification, une autre pompe
émut les Catholiques de respect et d'enthousiasme : elle se
déploya en l'Eglise de Saint-Sulpice. Le Pape y consacra les
nouveaux Evêques de Poitiers et de La Rochelle, et l'on vit
en ce moment la grâce du caractère épiscopal découler de la
même source que la mission canonique.
Tels étaient les riches et féconds moyens que la divine
Providence avait choisis pour rattacher les Français au centre
de l'unité Catholique, à la veille des malheurs inouïs qui
se préparaient à fondre sur l'Eglise Romaine , au grand péril
de l'unité et de la foi. Pie VII partit enfin de Paris le 4 avril,
et son voyage à travers la France fut un triomphe conti-
nuel. Il s'arrêla le Dimanche des Rameaux à Troyes, bénit
les palmes et célébra une Messe basse dans la Cathédrale.
L'ancienne Cathédrale de Châlons-sur-Saône eut la gloire de
le posséder, les trois derniers jours de la Semaine Sainte , et
le vit, le jour de Pâques, célébrer le saint Sacrifice dar s son
enceinte. Le Ponlife ne put encore dire qu'une Messe basse,
par la même raison qui avait privé Notre-Dame de Paris de
l'honneur de servir de théâtre sacré à une solennité Pap:;le.
Mais le moment le plus triomphal du voyage du Pontife
LITURGIQTJES. 661
fut peut-être celui de son séjour à Lyon, en cette ville si juste-
ment appelée la Rome de la France. Pie VII y entra le 16 avril.
Le lendemain, il célébra la Messe dans la vieille Primatiale,
qui a vu deux Conciles écuméniques et la réunion de l'Eglise
Grecque avec l'Eglise Latine. L'affluence était extrême, et
la vaste Basilique ne pouvait contenir la multitude condensée
des fidèles Lyonnais. On vit une foule de personnes qui
n'avaient pu pénétrer dans son enceinte qu'après la sortie
du Pontife, se précipiter avec enthousiasme et baiser le siège
où il s'était reposé, le prie-Dieu où il avait fait ses prières,
le tapis sur lequel il avait posé ses pieds. Le 18 avril, Pie VII
revint célébrer la Messe dans la Primatiale, et ce ne fut
qu'après avoir donné la Communion à douze cents fidèles ,
ce qui dura trois heures , que ses bras apostoliques se repo-
sèrent. Le même jour, dans l'après-midi, il les étendit en-
core , en présence de la cité toute entière , réunie sur l'im-
mense place Bellecour, et ce fut pour bénir, avec une pompe
magnifique , les drapeaux de la garde Lyonnaise.
Toutefois, ce spectacle fut moins sublime encore que celui
qui s'était offert la veille, lorsque le successeur de saint
Pierre, assis sur une barque, parcourait les alentours de la
ville enivrée de joie. Le peuple fidèle couvrait , à flots
pressés, les deux rives; le Pontife, comme Jésus-Christ lui-
même , bénissait la foule du sein de la nacelle , et le Rhône,
fier d'un si noble fardeau, semblait atteindre à la gloire du
Tibre. Mais n'affaiblissons point , par des récits incomplets
et sans couleur, le charme et la grandeur de cette sublime
apparition de la majesté Apostolique qui se révéla soudain
aux Français. Bientôt Pie VII rentre dans Rome pour quatre
années encore : voyons ce que devenaient en France les
traditions du culte divin , subitement ravivées par un évé-
nement si merveilleux.
662 INSTITUTIONS
On était en 1806; le projet d'une Liturgie Nationale
était encore dans toutes les bouches ; mais la Commission
préposée à cette œuvre ne produisait rien. Le fameux projet
avorta donc , et il n'en resta plus de mémoire que dans les
Articles Organiques. D'autre part, cependant, Napoléon étant
Empereur, et Empereur sacré parle Pape, il devenait né-
cessaire qu'il eût une Chapelle Impériale, et aussi que
cette Chapelle célébrât l'Office divin suivant les règles d'une
Liturgie quelconque. L'ancienne Cour, comme on l'a vu
ailleurs, observait l'Usage Romain, depuis Henri III; Napo-
léon, si jaloux de faire revivre en toutes choses l'étiquette
de Versailles , y dérogea sur ce point. Il abolit la Liturgie
Romaine, et décréta que les Livres Parisiens seraient les
seuls dont on ferait usage en sa présence. Grand honneur
assurément pour Vigier et Mesenguy; mais preuve nouvelle
de l'antipathie que le grand homme, si clairvoyant, avait
conçue pour tout ce qui pouvait gêner ses rêves d'Eglise
Nationale.
Dans toute la durée de l'Empire, nous n'avons découvert
aucune nouvelle composition liturgique à l'usage d'un Dio-
cèse particulier. Il y eut sans doute des utopies , comme au
siècle précédent ; mais le temps n'était pas propice à en faire
parade. Cette époque ne produisit même pas une nouvelle
édition parisienne des livres de Yintimille. Nous ne connais-
sons guère que le Diocèse de Lyon qui ait alors réimprimé les
livres de son Montazet. La guerre absorbait tout, et d'ailleurs
le moment était peu favorable pour songer à faire du neuf
sur la Liturgie, quand la Catholicité de la France était elle-
même en péril, et que le Pontife triomphateur de 1805, tra-
versait la France sous les chaînes de sa glorieuse confession.
Le Fort armé qui avait refusé le rôle de Charlemagne ,
tomba avant le temps, et les Eglises respirèrent; toutefois,
LITURGIQUES. 663
la liberté du Catholicisme ne fut pas restaurée avec l'ancienne
Dynastie. Il n'est point de notre sujet de raconter ce que
l'Eglise souffrit durant quinze années , ni ce qu'elle a pûti
depuis : nous n'avons qu'à raconter le sort de la Liturgie.
D'abord, Louis XVIII rétablit, dès son arrivée, l'usage de
la Liturgie Romaine dans les Chapelles Royales : la simple
raison d'étiquette l'eût demandé, et nous ne nous arrêterons
point à chercher dans cet acte une valeur, ou une signification
qu'il ne saurait avoir.
Mais, avant d'entrer dans quelques détails sur cette époque,
nous rappellerons ici deux grands faits qui la dépeignent
assez bien, du moins sous le point de vue qui nous occupe. Le
premier est le Sacre de Charles X , à Rheims. En cette cir-
constance, la Liturgie fut encore l'expression de la société.
On ne se servit point du Pontifical Romain dans la cérémonie,
comme on avait fait au Sacre de Napoléon; mais bien
du Cérémonial usité de temps immémorial dans l'Eglise
de Rheims, et dont les formules remontent probablement à
l'époque de la seconde race de nos Rois. Or, ce fut ce véné-
rable monument , dont la teneur fut discutée en Conseil des
Ministres, et dont les formules furent trouvées incompa-
tibles avec nos mœurs constitutionnelles et gallicanes. On le
vit donc bientôt sortir des presses de l'Imprimerie Royale,
portant, en dix endroits, la trace des plus violentes muti-
lations. Nous donnerons ailleurs le détail de cette opération
libérale ; mais tout d'abord une réflexion se présente à notre
esprit, et nous ne pouvons nous empêcher de la produire ;
c'est que si la cérémonie du Couronnement d'un Roi
est devenue , de nos temps , si difficile à concilier avec
la forme qu'on lui donna lors de son institution, il eût été
mieux, ce semble, de s'abstenir de la renouveler. Il avait
été également convenu, en Conseil des Ministres, que le Roi
664 INSTITUTIONS
ne toucherait pas les écrouelles ; tant on cherchait à décli-
ner toute la portée d'un acte qu'on croyait pourtant de-
voir offrir en spectacle à l'Europe ! Il advint néanmoins qu'à
Rheims même , cette détermination fut changée. S'il était de
notre sujet d'entrer ici dans les détails , nous dirions des
choses étranges. Quoi qu'il en soit , le pieux Roi toucha les
écrouelles; car sa foi était digne d'un siècle meilleur, et si
la couronne posée sur son front , après tant de discussions
politico-liturgiques , n'y put tenir long-temps , il a été du
moins au pouvoir de Dieu de la remplacer par une autre
plus solide et plus inattaquable.
Une autre pompe de la même époque qui montra le grand
besoin qu'on avait alors de fortifier, même dans les choses
de pur extérieur, les traditions liturgiques de tous les temps,
fut la Translation des Reliques de saint Vincent de Paul. Sans
doute, cette cérémonie dans son objet essentiel dut être et
fut, en effet, un sujet de consolation pour l'Eglise, et de
triomphe pour les fidèles ; mais si le procès-verbal détaillé
de la Fonction parvient à la postérité, et que la postérité
veuille juger de cette Translation d'après les règles observées
dans toutes les autres, elle en conclura que nos mœurs, à
cette époque, étaient grandement déchues de cette solennité
qui se trouve à l'aise dans les formes liturgiques. Le dix-sep-
tième et le dix-huitième siècle lui-même, eussent mieux fait,
et tout dégénérés qu'ils étaient, ils eussent jeté des chappes et
des tuniques sur les épaules de ces six cents Clercs qu'on vit
circuler en rangs mille fois brisés , couverts de surplis étri-
qués et plissés , avec l'accompagnement d'un bonnet pointu ;
ils eussent revêtu pontificalement ces dix-sept Archevêques
et Evêques qu'on vit marcher à la suite des Chanoines, en
simple rochet, mozette, et croix pectorale, au rang des Di-
gnités du Chapitre de Notre-Dame ; mais surtout ils n'eussent
LITURGIQUES. 665
pas laissé à des ouvriers affublés d'aubes, le soin exclusif de
porter la châsse du Saint. On eût préparé pour cela des
Diacres couverts des plus riches dalmaliques, des Prêtres
ornés de chasubles somptueuses, enfin les Evêques, mitre
en tête, auraient à leur tour partagé le fardeau, suivant
l'ancien terme des récits de Translation , succollantibus Epis-
copis. Ainsi s'accomplissaient autrefois les Fonctions litur-
giques; ainsi les reverrons-nous encore, dans l'avenir, éton-
ner les peuples par la majesté et la pompe qui caractérisent
en tout l'Eglise Catholique. Elle doit tenir à cœur de mériter
les reproches de ses ennemis les Rationalistes, qui croient
la déshonorer en l'appelant la Religion de la Forme, comme
si le premier de ses dogmes n'était pas de croire en Dieu
créateur des choses visibles aussi bien que des invisibles, et
dont le Fils unique s'est fait chair et a habité parmi nous.
L'époque de la Restauration , à la différence de celle de
l'Empire , fut remarquable par le grand nombre d'opérations
liturgiques qui la signalèrent. De nombreux Rréviaires, Mis-
sels et Rituels, furent réimprimés, corrigés, refondus, créés
même de nouveau. On ne peut nier que des travaux dans ce
genre ne fussent assez à propos à cette époque de paix et de
prospérité universelle. C'était le moment de venir enfin au
secours des Diocèses fatigués de l'anarchie liturgique et de
la bigarrure que présentait la plus grande partie d'entre eux.
Que s'il faut maintenant faire connaître ce que nous pensons
de cette nouvelle crise, nous dirons, avec tous les égards dus
à des contemporains, qu'elle nous semble n'avoir fait autre
chose qu'accroître la confusion déjà existante; tout en nous
réservant d'ajouter qu'au milieu de cette confusion même, les
indices d'un retour prochain à de meilleures théories se ma-
nifestent de toutes parts.
Comment , en effet , au dix-neuvième siècle , eût-il été
666 INSTITUTIONS
possible de réussir dans une réforme liturgique , quand il
est évident pour tout le monde que la science liturgique a
totalement cessé parmi nous? S'il en est autrement, qu'on
nous cite les ouvrages publiés en ce siècle qui attestent le
contraire ; qu'on rende raison de tant de règles violées , de
tant de traditions anéanties , de tant de nouveautés inouïes
mises à l'ordre du jour. Certes, les voies de fait commises,
sous le prétexte de restaurations et d'embellissements, contre
les monuments de l'architecture catholique , donnent assez
l'idée des ruines d'un autre genre que l'on a su accumuler.
Jusqu'en 1790, les débris du passé empreints dans les ins-
titutions, les corps ecclésiastiques, conservateurs de leur
nature, la Liturgie Romaine célébrée encore dans un grand
nombre de Monastères et autres lieux exempts; l'éducation
d'alors plus empreinte de formes extérieures que celle d'au-
jourd'hui , tout cela contribuait à amortir la chute des an-
ciennes mœurs liturgiques. De nos jours, au contraire, où
l'Eglise avait perdu la plus grande partie de ses moyens
extérieurs ; où le loisir manquait pour lire les saints Pères ;
où le Droit Canonique n'était plus enseigné que par lam-
beaux dans des cours rapides de Théologie Morale; qui son-
geait à sauver les traditions liturgiques déjà si amoindries,
et faussées, comme on l'a vu, sur tant de points?
De là sont venus (et nous éviterons constamment de nom-
mer des personnes vivantes) , de là sont venus , disons-nous ,
ces changements de Bréviaire qui se sont répétés jusqu'à
deux et trois fois en vingt ans pour un même Diocèse ; de
là ces usages vénérables maintenus par une administration,
supprimés par celle qui la suivit, rétablis avec modification
par une troisième ; de là ces cérémonies transportées sans
discernement d'un Diocèse dans l'autre , sans nul souci de la
dignité respective des Eglises, qui s'oppose à de pareils
LITURGIQUES. 667
emprunts; de là ces réimpressions de Bréviaires en contra-
diction avec le Missel , de Missels en contradiction avec le
Bréviaire; de livres de Chœur sans harmonie entre eux; de
là ces Rubriques inouïes , ces Fêtes sans antécédents , ces
plans généraux de Bréviaires qui ne ressemblent à rien de
ce qu'on a vu , même au dix-huitième siècle , et dans les-
quels on a si largement appliqué le système de la diminution
du Service de Dieu ; de là l'interruption presque univer-
selle de l'Office Canonial dans les Cathédrales , et il en est
où la bonne volonté ne suffirait pas, attendu que les livres de
Chœur ne sont encore ni rédigés , ni imprimés ; de là , en
plusieurs endroits, la suppression de fait ou de droit, quel-
quefois l'une et l'autre , de cérémonies historiques et popu-
laires, de rites et bénédictions inscrits pourtant au Rituel
Diocésain; de là, tant de milliers de tableaux et d'images
des Saints commandés et chèrement payés , sans qu'on
prenne soin d'y faire représenter ces Amis de Dieu et du
peuple Chrétien , avec les attributs, les couleurs et autres
accessoires qui les caractérisent expressément. Nous ne pous-
serons pas plus loin , mais certainement nous ne disons rien
ici que nous n'ayons entendu mille fois de la bouche des Curés
les plus vertueux et les plus éclairés; nous dirons mieux,
de la bouche même de plusieurs de nos premiers Pasteurs.
Tous, il est vrai, attendaient de meilleurs temps, et nous
avons bien aussi cette confiance.
Ajoutons encore un mot pour signaler tout le malaise
de notre situation liturgique. Qui n'a entendu parler des
vexations dont la France entière a été le théâtre depuis
dix ans , quand le nouveau Gouvernement exigea l'addition
expresse du nom du Roi à la prière Domine, salvum? N'a-
vons-nous pas alors porté la peine d'une trop grande com-
plaisance à l'égard des Souverains? Sans rappeler l'insertion
!!!
668 INSTITUTIONS
irrégulière du nom du Roi au Canon de la Messe, entrepris*
qu'on peut regarder comme prescrite aujourd'hui , quelk
n'eût pas été notre indépendance à l'égard des Circulaire* |
Ministérielles, si nous eussions accepté dans son temps
sage Constitution de Benoît XIV, du 25 mars 1755, qui déJ
fend aux Supérieurs Ecclésiastiques d'accéder aux volonté?
des Princes qui leur enjoignent de faire célébrer des priera
publiques? Pourquoi, dans certains Diocèses, en est-ot
venu jusqu'à prescrire à toutes les Messes chantées des
Dimanches et Fêtes, l'usage d'une Oraison solennelle,
Rege, laquelle Oraison se retrouve encore comme une partie
obligée des prières qui se font au Salut du Saint Sacrement,
tandis qu'il est inouï dans ces mêmes Diocèses que les Ru
briques prescrivent jamais une Oraison pour le Pape? Enfin,f
s'il arrivait, ce que nous ne souhaitons pas, que le Gouver-1
nement de notre pays vînt à tourner totalement à la démo
cratie, quelle Messe chanterait-on dans certains Diocèses,
le XXIIe Dimanche après la Pentecôte (1)?
Il est vrai que ces entraves imposées à la liberté de l'E
glise ont été fabriquées dans d'autres temps. Notre tort,
si nous en avons un , est simplement de n'avoir pas secoué!*'1
assez tôt un joug que les dix-septième et et dix-huitième i[
siècles nous ont légué : il faut même reconnaître que toutes
les fautes que nous avons pu faire en notre époque ont été
comme nécessaires. Nos pères nous ont laissé, avec leurs'
préjugés, la succession de leurs œuvres, et si la Liturgie est
aujourd'hui une science à créer de nouveau ; c'est qu'elle
est tombée sous les coups de nos devanciers. Tout le mal de
notre situation vient donc d'eux ; le bien qui reste à raconter
est de nous seuls.
(t) Voyez les Missels de Lyon, de Bourges, du Mans, de Poitiers, etc
\
LITURGIQUES. 669
Mais avant de tracer le tableau , si incomplet qu'il soit, de
régénération liturgique, nous manquerions à la fidélité
l'histoirien, si nous ne signalions pas ici les entreprises
logées de nos jours, dans plusieurs Diocèses, contre la Li-
Ifgie Romaine. Les remarques que nous avons faites jusqu'ici
Ment sur les Diocèses qui, à l'ouverture du siècle présent
«trouvaient déjà nantis d'un nouveau Bréviaire : car nous
«sons toujours de côté la question de droit, et nous ne
fceons les innovations que d'après les principes généraux
èla Liturgie. Il en est tout autrement de l'expulsion vio-
le du Bréviaire et du Missel Romains; attentat qui a eu
| plusieurs fois depuis 1815, dans des Diocèses où cette
t^irgie avait survécu à tous nos désastres, à toutes nos
Inrs. Nous ne craignons pas de nous faire ici le cham-
A de la Liturgie Romaine, et nous demanderons volontiers,
*jme les Evêques de Saint-Malo et de Saint-Pol-de-Léon à
Révoque de Tours, en 1780 , quelle peut être l'utilité de
^pre, de nos jours, un lien si sacré avec la Mère des Eglises?
j était aussi la manière de penser du plus saint Prélat de
(je temps, Charles-François Daviau du Bois de Sanzay,
iiûevêque de Bordeaux, qui maintint avec tantdezèle dans
diocèse la Liturgie Romaine, en même temps qu'il don»
i en 1826, comme en 1811, de si glorieux témoignages
en attachement aux prérogatives du Siège Apostolique,
niruit se répandit dans ces derniers temps, que l'Eglise
iardeaux était menacée de voir les Livres de saint Gré-
a| remplacés par ceux de Vigier et Mesenguy ; mais cette
>i|j?lle, sans doute, n'était qu'une fausse alarme,
^heureusement, il n'en a pas été ainsi en tous lieux. Il
'S que trop certain que plusieurs autres Diocèses ont
•» le pas. Il en est même où on est allé jusqu'à défendre
ife des Livres Romains, et nous pourrions même citer un
670 INSTITUTIONS
Diocèse où PEvêque, pour ne pas fulminer cette défense,
a eu à lutter contre ses conseillers. Il est vrai que depuis,
dans ce même Diocèse, de graves casuisles ont décidé que la
récitation du Bréviaire Romain n'était dès-lors qu'un péché
véniel ! Et qu'on ne croie pas qu'il s'agisse ici de quelqu'un
de ces Diocèses où l'on est en possession d'une Liturgie
vieille au moins de cinquante années ; non ; dans le Diocèse
dont nous parlons , les Livres Romains sont encore à peu
près les seuls qu'on trouve dans les Sacristies et sur les
pupitres du Chœur.
Que dirons-nous de la Bretagne? Cette belle et catholique
Province, toute Romaine encore jusqu'en 1770, a vu s'effacer
par degrés cette couleur qui annonçait si expressivement
sa qualité de pays d'Obédience; mais du moins en 1790, et
long-temps encore depuis, les Diocèses de Nantes, de Rennes,
de Vannes et de Saint-Brieuc, avaient conservé l'extérieur
de la Liturgie Romaine. Le Clergé récitait ses Heures sui-
vant Jacob, Vigier et Mesenguy; mais le peuple était de-
meuré en possession de ses chants séculaires dans les Eglises
Paroissiales. Depuis , on a imprimé à grands frais d'autres
livres; les anciennes mélodies, l'ancien Calendrier, ont dis-
paru pour faire place, ici au Parisien, là au Poitevin ; mais
si, dans quelques portions plus civilisées de la Bretagne, ces
changements ont été accueillis avec quelque indifférence , il
n'en a pas été de même dans les Diocèses peuplés par cette
race énergique et forte de croyances qu'on appelle du nom
de Bas-Bretons. L'œuvre nouvelle jusqu'ici ne les tente pas,
et quand ils y seront faits, on pourra dire que l'indifférence
religieuse les aura gagnés aussi : car on ne s'imagine pas ,
sans doute , que ces braves gens deviendront capables d'ap-
prendre par cœur les nouveaux chanls, par cela seul qu'on
les aura forcés d'oublier les anciens. Ils oublieront en même
LITURGIQUES. 671
temps le chemin de l'Eglise où rien ne les intéressera plus.
Nous le disons avec franchise, la destruction de la Liturgie
Romaine en Basse-Bretagne, combinée avec la proscription
de la langue jusqu'ici parlée dans cette contrée, amènera
pour résultat de faire de ce peuple grossier le pire de tous.
Si vous lui ôlez la langue de ses pères, si vous le lancez,
tout sauvage qu'il est , dans nos mœurs corrompues , et que
vous ne le reteniez pas enchaîné à son passé au moyen des
pompes et des chants religieux, vous verrez, au bout de
trente ans, ce que vous aurez gagné aux nouvelles théories.
En attendant, l'esprit Catholique de ces populations simples
se débat contre les entraves qu'on lui impose. On rencontre
sur les routes des familles entières qui , après avoir vu célé-
brer dans leur paroisse les funérailles d'une personne chère,
i avec des chants jusqu'alors inconnus pour elles, s'en vent
i à trois et quatre lieues faire chanter, dans quelque autre
! paroisse dont les Livres Romains n'ont pas encore été mis
au pilon, une Messe de Requiem; ils veulent entendre encore
i une fois ces sublimes Introït, Offertoire et Communion,
I qui sont demeurés si profondément empreints dans leur
i mémoire, comme l'expression à la fois tendre et sombre
de leur douleur. Aux fêtes de la Sainte Vierge, après avoir
I écouté patiemment chanter les Psaumes sur des tons étran-
I gers, quand vient le moment où devrait retentir l'Hymne des
I marins, Y Ave maris stella, merveilleux Cantique sans lequel
! l'Eslise Romaine ne saurait célébrer les solennitésde la Mère
I o
I de Dieu, et que le chantre vient à entonner ces Hymnes nou-
1; velles dont pas une syllabe jusqu'ici n'avait frappé l'oreille de
i ce peuple, vous verriez dans toute l'assistance le déplaisir peint
sur les visages; vous entendriez les hommes et jusqu'aux
enfants trépigner d'impatience, et bientôt, après l'Office, se
répandre en plaintes amères de ce qu'on ne veut plus chanter
672 INSTITUTIONS
ce beau Cantique qu'ils ont appris sur les genoux de leurs
mères, et dont le matelot mêla si souvent les touchants
accents au bruit des vents et des flots dans la tempête.
Quand le Curé, du haut de la chaire, faisant son Prône, le
Dimanche, au lieu de cette belle liste de Saints protecteurs
qu'offrait par chaque semaine le Calendrier Romain, donne
en quatre paroles le bref détail des Saints qu'on a bien voulu
conserver; quand la monotone série des Dimanches après la
Pentecôte se déroule pendant cinq à six mois, sans que les
yeux de ces hommes simples voient déployer les cou-
leurs variées des Confesseurs et des Martyrs, sans qu'ils
entendent chanter cette autre Hymne, qu'ils aimaient tant
et qu'ils savaient tous, Ylste confessor, avec son air tan-
tôt champêtre, tantôt triomphal; alors ils se prennent à
demander à leurs Recteurs quel peut être l'avantage de tous
ces changements dans la manière d'honorer Dieu ; si les
Chrétiens du temps passé qui chantaient Ave maris Stella et
lste confessor, ne valaient pas bien ceux d'aujourd'hui ; si les
livres de notre Saint Père le Pape ne seraient pas aussi bons
que les nouveaux qu'on a apportés tout à coup ; et souvent les
Recteurs sont dans un grand embarras pour leur faire saisir
tout l'avantage que la religion devra retirer de ces innova-
tions. Dans ces contrées, et nous parlons avec connaissance
de cause, l'ancien Clergé a tenu jusqu'à la fin pour le Ro-
main, et c'est parce que ses rangs s'éclaircissent de jour en
jour, que les changements deviennent possibles : mais, nous
le répétons , si la religion vient à perdre son empire sur
les Bretons, elle ne le regagnera pas si tôt, et on sentira
alors qu'il était plus facile de retenir ces hommes dans l'E-
glise, que de les y faire rentrer quand une fois ils en seront
dehors.
Restait encore jusqu'en 1835, au fond de la Bretagne,
LITURGIQUES. 675
un Diocèse qui,garanti par son heureuse situation à Pextrémité
de cette province, par Pintégrilé des mœurs antiques de ses
habitants, n'avait point pris part à la défection universelle.
Quimper avait conservé le Romain, comme Marseille le con-
serve avec sa foi méridionale, comme Saint-Flour au sein de ses
pauvres et stériles montagnes; lorsque tout à coup on apprit
qu'un nouveau Bréviaire allait prendre la place que le Romain
occupait dans cette Eglise depuis le Concile de Tours de 1583.
Nous ne dirons que la vérité, si nous disons que cette mesure a
profondément affligé les personnes les plus respectables dans
le Clergé ; mais il nous faut ajouter, ce qui est tout-à-fait
affligeant, que la propagande Protestante a trouvé dans cette
déplorable innovation des armes contre la foi des peuples et
qu'elle s'est hâtée de s'en servir, c Vous changez donc aussi,
» a-t-eîle dit ; il vous est donc libre de prendre et de quitter
»ies formules sacrées de l'Eglise de Rome? Vos dogmes qui
«reposent sur la tradition, suivant votre dire, sont-ils à l'é-
j> preuve des variations , du moment que vous êtes si faciles
» à changer les prières qui les expriment ? Vous avouez donc
» qu'il y a de l'imparfait, de la superfétation, des choses inad-
i missibles dans les livres de Rome , puisque , après les avoir
>eu en main pendant des siècles, vous les répudiez aujour-
» d'hui? Comme il est certain que ces mêmes livres vous sont
» imposés par les Bulles Papales et que vous n'avez aucune
j autorisation de leur en substituer d'autres, le Pape, contre
»la volonté duquel vous agissez directement, n'exerce donc,
j>de votre aveu, qu'une suprématie purement humaine, à la-
» quelle vous pouvez désobéir sans que votre conscience de
* Catholiques vous fasse entendre ses reproches, etc., etc.? »
Tels sont les discours que des Protestants Anglais et Français
ont tenus et tiennent encore aux fidèles du Diocèse de Quim-
per, et il faut bien convenir que si Jeur argumentation n'est
t. il ^3
674 INSTITUTIONS
pas irréprochable en tout , il est des points aussi sur les-
quels elle se montre irréfutable ; outre qu'il est souveraine-
ment déplorable d'y avoir fourni un semblable prétexte. Au
reste , la révolution liturgique n'est pas encore totalement
consommée à Quimper. Le Missel qui devait compléter le
nouveau Bréviaire n'est pas imprimé; les Offices publics se
célèbrent encore au Romain : Dieu soit en aide au nouvel
Evêque de cette Eglise affligée , et lui donne de consoler
les ruines du Sanctuaire î
Nous croyons devoir, en achevant cette pénible partie de
notre récit, ajouter quelques mots sur ce Breviarium Cori-
sopitense, dont tout le monde sait, dans le Diocèse de Quim-
per, que la publication fut extorquée au vénérable Evêque
octogénaire qui gouvernait encore cette Eglise en 1840. Nous
ne citerons que deux traits pris au hasard dans ce livre. On
trouve, en tête de la partie du Printemps, une notice des Hym-
nographes qui ont été mis à contribution pour tout le Bré-
viaire. Or, voici une de ces notices :
N, T. Le Tourneux ( Nicolaus ) Presbyter Rothomagensis,
Breviario Cluniacensi operam dédit , multosque libros de theo-
logia et pietate vulgavit, quorum alii damnati sunt, alii caute
legendi. Obiit Parisiis anno 1686.
C'est maintenant au compilateur du nouveau Bréviaire de
Quimper de nous expliquer les raisons de sa sympathie pour
Nicolas Le Tourneux , et de nous dire aussi quelle idée il se
forme du Clergé de Quimper, pour s'en venir lui étaler d'une
façon si crue les mérites de son étrange Hymnographe.
S'est -il proposé de donner à entendre que, pour rem-
placer saint Ambroise et saint Grégoire dans les nou-
veaux Bréviaires , il n'est pas nécessaire qu'un poète latin
soit Catholique? Jamais encore un si naïf aveu n'était
échappé aux modernes liturgistes. Ceux du dix-huitième
LITURGIQUES. 678
siècle avaient du moins cela de particulier qu'ils cachaient
soigneusement l'origine impure de certaines pièces mo-
dernes.
Mais voici quelque chose qui a bien aussi son prix. En la
partie d'Eté, on trouve un Office sous ce titre : Officium pro
ANNIVERSARIA COMMEMORATIONS ORDINATIONIS. — SemidupleX.
Ce titre est suivi d'une Rubrique qui porte que cet Office se
récitera au premier jour non empêché , après la Fête de la
Sainte-Trinité, et qu'on y fera Mémoire d'un Simple occur-
rent. Ainsi, depuis l'origine de l'Eglise jusqu'aujourd'hui,
les Evêques, le Souverain Pontife lui-même, en l'Anniver-
saire de leur Consécration , s'étaient contentés de célébrer
une Messe en mémoire de cette solennité personnelle , ou
encore d'ajouter simplement une seule Oraison à la Messe du
jour, dans le cas où le degré de la Fête occurrente n'en eût
pas permis davantage ; mais jamais ils n'auraient osé inter-
rompre l'Office public de l'Eglise pour y insérer la célébration
particulière d'un fait personnel ; et voilà qu'à l'extrémité de
la Bretagne, tous les Prêtres sont appelés, bien plus sont
obligés à faire ce que n'ont jamais fait ni les Evêques des plus
grands Sièges, ni le Pape lui-même. Les voilà qui s'isolent
de l'Eglise avec laquelle on prie, même dans l'Office férial,
pour se célébrer eux-mêmes tout vivants ; à moins qu'on ne
suppose, ce qui est tout aussi ridicule, que l'Eglise est censée
faire avec eux la fête de leur ordination. Un Saint du degré
simple , et dans le nouveau Calendrier on en a fait un grand
nombre aux dépens des Doubles du Romain, un Saint de
ce degré, disons-nous , est désormais condamné à n'avoir
qu'une Commémoration dans cet étrange Office, ou le récitant
se célèbre lui-même ; comme aussi, si lelendemain est une fête
double , le récitant fera commémoration de seipso aux se-
condes Vêpres, dans les premières du Saint; car enfin il faut
676 INSTITUTIONS
pourtant convenir qu'on a encore assez de modestie pour
ne se pas déclarer semi-double privilégié.
Nos optimistes conviendront-ils pourtant de l'esprit presby-
térien qui anime plus ou moins ces faiseurs? Et ces derniers où
s'arrêteront-ils, si on les laisse faire ? Car ils ne se sont pas con-
tenlésde fabriquer ainsi un Office pour l'Ordination des Prêtres
du Diocèse, ils ont osé l'adapter par des leçons particulières
aux Diacres et même aux Sous-Diacres ; rien n'a été oublié,
si ce n'est I'Evéque. Pour lui, il devra se contenter de réciter
l'Office de l'Eglise, au jour de sa Consécration, comme font au
reste tous les autres Evêquesdu monde : le privilège d'inter-
rompre la Liturgie universelle pour le fait d'un individu qui
n'est même pas assuré d'une place dans le ciel après avoir paru
ainsi chaque année dans le Calendrier, ce privilège n'a point
été étendu aux Evêques. Certes, nous ne voudrions point
d'autre preuve de cet esprit de Presbytérianisme qui fermente
sourdement, que l'indifférence avec laquelle une si incroyable
nouveauté a été accueillie. Plusieurs causes déjà anciennes
ont contribué à nourrir et à fortifier cet esprit; mais, as-
surément, comme nous l'avons dit ailleurs, l'influence des
rédacteurs des nouvelles Liturgies depuis cent cinquante ans,
tous exclusivement choisis dans les rangs du second ordre,
quand ils n'étaient pas laïques , a grandement servi à le fo-
menter dans le Clergé. Toutefois, pour rendre possible un
aussi monstrueux abus de l'Office divin que l'est celui que
nous signalons, il fallait plus que les prétentions presbyté-
riennes ; il a fallu dans plusieurs l'extinction totale des plus
simples notions de la Liturgie.
Mais la divine Providence fera sortir le bien de l'excès
même du mal ; et le retour à de meilleures traditions vien-
dra par le dégoût et la lassitude qu'inspireront de plus
en plus ces œuvres individuelles. Déjà, on ne peut le nier,
LITURGIQUES. 077
un sentiment général du malaise de la situation liturgique
règne dans les rangs du Clergé. L'attention commence à se
porter de ce côté, et il est difficile de croire que, long-temps
encore , on consente à demeurer si redevable au dix-hui-
tième siècle. Les variations continuelles , le désaccord des
livres liturgiques entre eux , le retour aux études tradition-
nelles, l'impuissance de fonder une science sur des données si
incohérentes , la difficulté de satisfaire aux questions des fi-
dèles; toutes ces choses préparent une crise. Déjà l'innova-
tion n'est plus défendue qu'à travers de maladroites et iné-
vitables concessions. Si on excepte les personnes , en petit
nombre, qui ont fabriqué de leurs mains les Bréviaires de
Quimper et autres lieux , il n'est pas un homme aujourd'hui
parmi les amateurs du genre français en Liturgie , qui ne
soit en voie de reculer sur plusieurs points; encore nos ré-
cents faiseurs sont-ils loin de s'entendre entre eux et d'offrir
un centre de résistance. Rien ne se ressemble moins pour
les principes généraux de rédaction , et pour l'exécution
elle-même , que les Bréviaires Français du dix-neuvième
siècle. Les auteurs de ces Bréviaires daigneront donc nous
pardonner, si nous éprouvons de la difficulté à goûter leurs
œuvres , tant en général qu'en particulier. Au reste , nous
ferons connaître en détail ces œuvres, et nous laisserons nos
lecteurs libres de prononcer.
Outre ce malaise généralement senti, il est une autre cause
du peu d'enthousiasme qu'inspire au Clergé d'aujourd'hui
l'avantage de ne plus réciter l'Office dans un Bréviaire uni-
versel, de ne plus célébrer la Messe dans un Missel qui soit
pour tous les lieux. C'est le besoin universellement reconnu
d'être en harmonie avec l'Eglise Bomaine, besoin qui aug-
mente sans cesse , et devant lequel s'efface de jour en jour
toute la résistance de nos soi-disant maximes. Après tout, il
678 INSTITUTIONS
est assez naturel que Ton trouve meilleur de tenir la Liturgie
de saint Grégoire et de ses successeurs, plutôt que d'un
Prêtre obscur et suspect du dix- huitième siècle; tout le
monde est capable de sentir que si la loi de la foi dérive de
la loi de la prière, il faut pour cela que cette loi de la prière
soit immuable , universelle , promulguée par une autorité
infaillible. En un mot , quand bien même les tendances Ro-
maines dont l'Eglise de France se fait gloire aujourd'hui ne
seraient pas le résultat naturel de la situation si particulière
que lui a créée le Concordat de 1801, le simple bon sens suf-
fisait à lui seul pour produire ces tendances.
D'autre part, la piété française s'affranchit de plus en plus
des formes froides et abstraites dont le dix-septième et le
dix-huitième siècle l'avaient environnée» Elle est devenue,
comme avant la Réforme , plus expansive, plus démonstra-
tive. Elle croit davantage aux miracles, aux voies extraordi-
naires; elle n'exige plus autant que l'on gaze la vie des Saints
et qu'on couvre certaics actes héroïques de leur vie comme
d'un voile de pudeur. Le culte des Reliques prend un nouvel
accroissement , et c'est aux acclamations des fidèles que
Rome, fouillant encore ses entrailles, en retire ces corps des
saints Martyrs qu'elle envoie de temps à autre remplir les
trésors dévastés de nos Eglises. L'abord de cette Cité sainte
n'est plus défendu à nos Evêques par de prétendues et dé-
risoires Libertés, et le nombre de Prêtres Français qui la
visitent chaque année en pèlerins est de plus en plus consi-
dérable. De là ce goût renaissant pour les pompes de la
Liturgie, ces importations d'usages Romains, cet affaiblisse-
ment des préjugés français contre les démonstrations reli-
gieuses des peuples méridionaux , qui sous ce rapport , ne
sont, après tout, que ce qu'étaient nos pères dans les siècles
de foi. 11 fut un temps où un homme zélé pour les fonctions
LITURGIQUES. 679
du service divin courait risque de s'entendre appliquer le
sarcasme français : Il aime à jouer à la Chapelle; aujour-
d'hui, on semble commencer à comprendre que le zèle et la
recherche dans l'accomplissement des actes liturgiques pour-
rait bien provenir de tout autre chose que de manie, de
prétention, ou de faiblesse d'esprit. Mais produisons en détail
quelques-uns des faits à l'aide desquels on est à même de
constater la révolution liturgique qui s'opère.
Nous trouvons d'abord, dès 1822, l'éclatante rétractation
de plusieurs des principes des Anti-liturgistes, par la nou-
velle édition du Bréviaire et du Missel de Paris. Qu'on lise la
Lettre Pastorale de l'Archevêque Hyacinthe-Louis de Quélen,
en tête dudit Bréviaire , on y trouvera la preuve de ce que
nous avançons.
1° La Fête du Sacré-Cœur de Jésus, que Christophe de
Beaumont avait plutôt montrée à son Diocèse qu'instituée vé-
ritablement, s'y trouve établie de précepte, et placée au rang
des Solennités.
2° La Fête de saint Pierre et de saint Paul, si elle ne re-
couvre pas encore le rang que lui assigne l'Eglise universelle,
est rehaussée d'un degré, et cel*a dans le but expressément
déclaré de donner un témoignage de dévouement au Siège
Apostolique (1). Une Prose nouvelle est substituée', dans le
Missel, à l'ancienne, dont l'unique intention semblait être
d'égaler en toutes choses saint Paul à saint Pierre. La nou-
velle qui a pour auteur un Prêtre moins distingué encore par
la pureté de son talent que par son obéissance filiale au Pon-
tife Bomain (2) , exprime avec élégance les prérogatives du
(1) Ut inagis a cmagis pateat quam arctis nexibus Eeclesiarum om-
nium Matri ac Magistrœ devinciamur. Lettre Pastorale pour la nou-
velle édition du Bréviaire Parisien, page VII.
(2) M. l'Abbé de Salinis.
680 INSTITUTIONS
Siège Apostolique, et en particulier l'inerrance que la prière
du Christ a obtenue à saint Pierre. Au Calendrier, la fête de
saint Léon-le-Grand a été élevée du degré semi-double au
rang des doubles mineurs, et la fêle de saint Pie V apparaît
pour la première fois dans un Bréviaire Français.
Les deux grands moyens dont les Anti-liturgistes s'étaient
servis pour déprimer le culte des Saints, savoir la suppres-
sion de toutes leurs fêtes dans le Carême, et le privilège as-
suré au Dimanche dans toute Tannée contre ces mêmes fêtes;
ces deux stratagèmes de la secte sont jugés et désavoués :
la Saint-Joseph est replacée au 19 mars, et désormais le Di-
manche cédera, comme autrefois, ut olim, aux fêtes des
Apôtres et aux autres doubles majeurs.
Outre cette mesure toute favorable au culte des Saints,
on remarquait dans le Bréviaire de 1822 un zèle véritable
pour cette partie de la religion Catholique. Ainsi, la fête
de la Toussaint y a été relevée d'un degré ; plusieurs Saints
ont été l'objet d'une mesure semblable, et quelques-uns
même ont obtenu l'entrée du Calendrier qui leur avait été
fermé jusqu'alors.
Les témoignages de la dévotion envers la Sainte Vierge se
montraient aussi plus fréquents dans certaines additions au
Propre de ses Offices. On avait même, par un zèle qui n'était
peut-être pas trop selon la science, inséré dans l'Oraison de
la fête de la Conception , l'énoncé précis de la pieuse et uni-
verselle croyance au privilège insigne dont la Conception de
Marie a été honorée. Mieux eûtvalu, sans doute, rétablir l'Oc-
tave de cette grande Fêle, ou rendre à la Sainte Vierge le titre
des Fêles du 2 Février et du 25 Mars. Dans tous les cas,
c'est au Siège Apostolique tout seul qu'appartenait de dé-
cider s'il était à propos de concéder à l'Eglise de Paris un
privilège accordé jusqu'ici seulement à l'Ordre de sain
LITURGIQUES. 681
François et au Royaume d'Espagne, et que l'Eglise de Rome
n'a pas encore jugé à propos de se conférer à elle-même.
C'est ainsi que les maximes qui, avaient présidé à la ré-
daction du Bréviaire de Paris, sous les Archevêques de
Harlay et de Vintimille, étaient reniées en 1822 , par le suc-
cesseur de ces deux Prélats (1). Le parti Janséniste s'en émut,
(1) La Compagnie de Saint-Sulpice eut la principale part à cette
réforme telle quelle du Bréviaire de Paris, et on aime à la voir signaler
dans cette occasion le zèle de religion que son pieux instituteur avait
déposé dans son sein. Fidèle à sa mission, elle avait résisté à l'Arche-
vêque de Harlay en 1680 , et n'avait admis le trop fameux Bréviaire
qu'après avoir épuisé tous les moyens de résistance que la nature de sa
constitution lui pouvait permettre. Plus tard, en 1736, le Bréviaire de
l'Archevêque Vintimille fut l'objet de ses répugnances, et elle ne dis-
simula pas l'éloignement qu'elle éprouvait pour une œuvre qui portait
les traces trop visibles des doctrines et des intentions de la secte.
Elle mettait alors en pratique le précieux conseil de Fénélon , dans
une de ses lettres a M. Leschassier : La solide piété pour le Saint Sa-
crement et pour la Sainte Vierge , qui s'affaiblissent et qui se dessèchent
tous les jours par la critique des novateurs, doivent être le véritable hé'
ritage de votre Maison. (19 novembre 1703. ) Elle ne pouvait donc voir
sans douleur, dans le nouveau Bréviaire , la fête du Saint-Sacrement
abaissée à un degré inférieur a celui qu'elle occupait auparavant, et
l'Office dans lequel saint Thomas traite du Mystère Eucharistique avec
une onction et une doctrine digne des Anges , supprimé , sauf les
Hymnes, et remplacé par un autre élaboré par des mains jansénistes.
Elle ne pouvait considérer de sang-froid les perfides stratagèmes em-
ployés par Vigier et Mesenguy pour affaiblir et dessécher la piété envers
Marie; entre autres, cette falsification honteuse de l' dve maris Stella,
a laquelle on porta remède, il est vrai, mais sans rendre à cette Hymne
incomparable la place qui lui convient aux fêtes de la Sainte Vierge.
Plus tard, les choses changèrent; Symon de Doncourt et Joubert s'ap-
privoisèrent au point de prêter leurs soins au perfectionnement de
l'œuvre de Vigier et Mesenguy ; ils trouvèrent que tout était bien
au Bréviaire pour le eu! e du Siint Sacrement et de la Sainte Vierge :
nous avons vu comment, pour la plus grande gloire de saint Pierre, ils
améliorèrent une Oraison du Sacramentaire de saint Grégoire, et
comment leur Mémoire obtiit, comme il était juste, l'honneur de fi-
682
INSTITUTIONS
et quoique Pœuvre de Vigier et Mesenguy demeurât encore
malheureusement en son entier, à part ces corrections sug-
gérées par un esprit bien différent , et qui s'y trouvaient
implantées désormais comme une réclamation solennelle;
on vit néanmoins paraître une brochure de l'Abbé Taba-
raud (1), dans laquelle ce Vétéran du Sacerdoce protestait
avec violence contre la plupart des améliorations que nous
venons de signaler. Un Journal ecclésiastique du temps (2)
présenta aussi ses réclamations, et la nouvelle Prose de saint
Pierre fut plusieurs fois rappelée dans les feuilles libérales],
comme un document irrécusable des progrès scandaleux
de PUltramontanisme au XIXe siècle.
Peu de temps avant sa mort, l'Archevêque de Quélen pré-
para une édition du Rituel de Paris. Cette publication fut en-
core l'occasion d'une nouvelle manifestation de la tendance
générale vers un retour aux anciennes formes liturgiques.
Dans ce nouveau Rituel, en effet, qui a paru depuis la mort
du Prélat, on a rétabli les prières pour l'administration des
Sacrements , dans la forme du Rituel Romain , et fait dispa-
raître les périodes plus ou moins sonores qui avaient été
fabriquées au temps de PArchevêqne de Juigné (3).
gurer avec éloges dans les Nouvelles Ecclésiastiques. Ces aberrations ,
dont l'histoire de plusieurs Congrégations ne présente que trop de
preuves, à l'époque où la secte Anti-liturgiste avait prévalu, ne seraient
plus possibles aujourd'hui, et nous ne les rappelons que pour faire res-
sortir davantage la portée de cette réaction romaine que notre but est
de constater dans le présent chapitre.
(1) Des Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, précédés de quelques
observations sur la nouvelle édition du Bréviaire de Paris , par un vé-
téran du Sacerdoce. Paris, 1823, in-8°.
(2) Tablettes du Clergé. N° de juin 1822.
(3) L'Ami de la Religion. 21 mars 1840. — Nous n'entendons , au
reste, aucunement approuver plusieurs choses qui se remarquent dans
LITURGIQUES. 680
L'exemple donné par l'Eglise de Paris devait naturelle-
ment avoir de l'influence au loin, mais avant de poursuivre ce
récit, faisons une remarque importante sur la situation ac-
tuelle de la Liturgie en France. On se rappelle ce que nous
avons dit au sujet de l'introduction du Bréviaire et du Missel
deVintimille dans plusieurs Diocèses, aussitôt après leur ap-
parition. Ces nouveaux livres y furent reçus avec enthou-
siasme, et tout d'abord on travailla à les réimprimer avec le
Propre du Diocèse. Dès l'année 1745, l'Archevêque Vintimille
donna une nouvelle édition de son Bréviaire, dans laquelle il
fit plusieurs changements qui , sans être très notables, exi-
gèrent le remaniement d'une centaine de pages et plus. Il eût
été incommode aux Diocèses qui, les premiers, avaienladopté
le nouveau Parisien, de se soumettre à cette réforme qui, en
droit , ne les obligeait à rien. Ce fut donc déjà ie principe
d'une divergence, non seulement avec l'Eglise de Paris dont
on avait voulu se rapprocher, en adoptant son Bréviaire ,
mais aussi avec les autres Diocèses qui se vouèrent au Pa-
ce Rituel , et sur lesquelles nous aurons occasion de nous expliquer
dans la suite de cet ouvrage. Nous disons la môme chose du Bréviaire
Parisien de 1802 : certainement, les tendances romaines que nous
avons relevées font de cette édition le monument précieux d'une réac-
tion salutaire ; mais il est dans l'ensemble de cette réforme beaucoup
de choses qui nous paraissent repréhensibles, tant dueôié du goût que
sous le point de vue des convenances liturgiques. En attendant l'examen
que nous aurons lieu d'en faire, nous féliciterons du moins ici les auteurs
de celle correction paris;eune d'avoir, entre aulresserviees rendus à la
piété des fidèles , débarrassé les Complies du temps de Noël de cette
Antienne déplante , au moyen de laquelle Vigîer et Mesenguy cher*
chèrentà arrêter l'élan des cœurs chrétiens vers l'amour du divin En-
fant, à l'heure même où le fidèle , prêt à se livrer au sommeil, a plus
besoin de nourrir sa coufiance. Depuis 1822 , PEgiise de Paris ne
chante plus a l'Office du Soir ces terribles paroles : Jn judicium in
hune mundum vent; ut qui non vident videant, et qui vident cœci fiant.
t>84
INSTITUTIONS
risien postérieurement à -1745. Ces derniers, à leur tour,
s'ils s'étaient rangés sous la Liturgie de Vigïcr et Mesenguy
antérieurement à 1778, se trouvèrent bientôt en désaccord,
sur des points assez légers , il est vrai, avec l'Eglise de Pa-
ris, qui, en cette- année , sous Christophe de Beaumont , fit
encore quelques améliorations à sa Liturgie. Enfin, les Dio-
cèses qui adoptèrent le Parisien, de 1778 à 1790, et de 1801 à
1822, sont parla même en contradiction plus ou moins notable
avecles Eglises qui suivent la première édition de 1736,et avec
celles qui se servent des livres de 1745, mais bien davantage
encore avec l'Eglise de Paris depuis la correction de 1822.
Cette dernière correction a été si considérable, qu'on forme-
rait, en réunissant les diverses additions et changements, un
volume fort raisonnable. C'est le Parisien de celte dernière
réforme qu'ont choisi les Diocèses qui , postérieurement à
1822, ont jugé à propos de renoncer à leurs anciens usages,
pour venir s'enrôler bénévolement sous les lois de Vigier et
Mesenguy. Nous pourrions môme citer un Diocèse qui, dans
ces vingt dernières années, a adopté de si bon cœur le Pa-
risien de 1822, qu'il ne s'est pas fait grâce même du Calen-
drier , jusque là que , sans Bulle ni Bref, il a pris la Fête de
la B. Marie de l'Incarnation. Douze ans après, on s'est aperçu
de la très grave irrégularité avec laquelle on s'était arrogé
ainsi, sans aucune formalité, le droit de canoniser cette Bien-
heureuse Servante de Dieu , et dès lors, il est juste de le
dire , on a cessé de marquer son Oflice dans YOrdo du
Diocèse, la laissant ainsi sans utilité dans le Bréviaire. Tel
est donc , dans les Diocèses même qui suivent le Pari-
sien, l'état dans lequel se trouve l'œuvre de 1736; encore
faut-il tenir compte des changements, modifications, amé-
liorations dont ce Bréviaire a été l'objet de la part des cor-
recteurs particuliers des Diocèses où il s'est établi depuis
LITURGIQUES. 685
cette époque. On peut donc dire, et nous le montrerons en
détail dans cet ouvrage, que le Bréviaire de Vintimille a plus
subi de changements et de remaniements en un siècle, que
le Bréviaire Romain lui-même depuis saint Pie V : car les
additions d'Offices faites à ce Bréviaire ne constituent pas de
véritables changements; et nous ne comptons pas non plus
ces additions entre les variations du Bréviaire Parisien. Mais
reprenons notre récit.
L'exemple donné par l'Eglise de Paris, en 1822, étendit son
influence au dehors. La fête du Sacré-Cœur de Jésus s'établit
enfin dans les Diocèses qui jusqu'alors avaient tardé à fournir
ce témoignage de leur éloîgnement pour les tendances Jan-
sénistes. On a même vu dans ces dernières années plusieurs
Eglises, Rennes et Nantes, par exemple, reprendre l'Office
du saint Rosaire; ce que l'Archevêque de Quélen lui-même
n'avait pas fait. Certains Diocèses, Versailles, Nantes, etc.,
ont établi une fête collective en l'honneur de tous les saints
Papes. Il serait mieux sans doute de les fêter en particulier
avec l'Eglise Romaine ; mais c'est déjà une démarche signi-
ficative que de consacrer d'une manière quelconque la mé-
moire de ces saints Pontifes qu'on expulsait du Calendrier,
en si grand nombre, au dix-huitième siècle.
Déjà, dans plusieurs Diocèses , les Evêques ont manifesté
hautement le désir de rétablir les Usages Romains , autant
que les difficultés matérielles pourraient le permettre. Nous
avons entendu de nos oreilles, nous avons lu de nos yeux
cette assurance ferme et positive. En attendant, plusieurs
Evêques ont donné ordre d'emprunter à la Liturgie Romaine
toutes les parties qui manquent dans les livres Diocésains.
Au Puy, l'illustre Evêque, depuis Cardinal de Bonald, &pj es
avoir exprimé le regret de ne pouvoir changer le Bréviaire
et le Missel que le dix-huitième siècle imposa à ce Diocèse,
686 INSTITUTIONS
a donné en 1850 un excellent Cérémonial puisé en grande
partie aux sources Romaines les plus pures et les plus au-
torisées, et remarquable par la précision, la clarté et l'a-
bondance des règles qu'il renferme.
Nous devons sans doute compter parmi les indices les plus
significatifs d'un retour vers les Usages Romains, le Moni-
tum placé à la fin du Missel de Lyon de 1825, page CXCIV.
Dans la réimpression du Missel de l'Archevêque Montazet,
on était déjà parvenu à la page 330, lorsqu'il vint en idée à
l'Administrateur Apostolique de l'Eglise de Lyon, qu'il serait
plus conforme à l'ancien usage Lyonnais, à l'usage Romain
et même à celui de tous les lieux (1) , de rétablir, en tête des
Evangiles de la Messe, la préface In illo tempore, et en tête
des Epîtres, les mots Fratres, ou Carissimi, ou In diebus
illis, onHœc dicit Dominus , que les Jansénistes avaient fait
disparaître comme l'impur alliage de la parole de l'Eglise
avec la parole de la Bible. En conséquence, il fut ordonné
qu'à partir de ladite page 330, on imprimerait désormais le
mot d'introduction convenable et usité autrefois, en tête des
Epîtres et des Evangiles, et une Rubrique fut créée au moyen
de laquelle les Prêtres pourraient, tant bien que mal, inter-
caller ce mot dans les endroits où il manquerait. On ne jugea
pas à propos de réimprimer les 330 pages, pour ne pas rendre
inutiles le temps, la dépense et le travail (2). Certes, de pa-
reilles humiliations, subies devant tout un public, sont un
(1) Sed tune D. D. de Pins, Administrator Apostolicus, antiquae
Lugdunensis Liturgige protector et defensor, superveniens, hanc re-
centem Liturgiam cum nostro antiquo usu, cum Romano, et alio quo-
cumque unique diffuso, in ea re conciliavit , etc. Missale lugdunense.
1825. Ad Calcem. pag. CXCIV.
(2) Sed in posteriori harum 350 pagiaarum, tempus, impensa et
opéra periissent. Ibid, page CXCV.
LITURGIQUES. 687
bien rigoureux châtiment de la prétention de se donner un
nouveau Missel. Espérons qu'une autre édition du Missel
Lyonnais avancera plus encore l'œuvre du rétablisse-
ment des traditions antiques, dans l'auguste Primatiale des
Gaules, et que ce livre se verra purgé un jour des innom-
brables nouveautés qui l'encombrent et l'ont réduit à n'être
plus , pour ainsi dire, qu'un livre du dix-huitième siècle.
Mais il est un fait plus éclatant encore et qui vient de s'ac-
complir sous nos yeux. N'avons-nous pas vu l'Archevêque de
Quélen ( et son exemple a été suivi par un nombre déjà con-
sidérable de ses collègues dans l'épiscopat ) , n'avons-nous
pas vu ce Prélat demander au Saint-Siège la permission
d'ajouter à la Préface deBeata, dans la Fête de la Conception
de la Sainte Vierge, le mot immaculata, et aux Litanies de
Lorette , ceux-ci î Regina sine labe concerta ? Dix-huit ans
auparavant, le même Prélat avait cru pouvoir, de son autorité,
insérer la doctrine expresse de l'immaculée Conception dans
l'Oraison de cette fête ; il avait donné une Préface nouvelle
toute entière dans son Missel, pour la Messe du Sacré-Cœur;
il avait inséré dans son Bréviaire, non une simple invocation,
mais des Litanies entières , improuvées par le Saint-Siège,
savoir celles du saint Nom de Jésus ; et voilà qu'en 1839, sa
piété l'engage à se poser en instances auprès du Pontife
Romain, pour obtenir la liberté de disposer de deux ou trois
mots dans la Liturgie , lui dont les prédécesseurs ont pu
remanier et renouveler presque en totalité l'œuvre de saint
Grégoire, la Liturgie de l'Eglise universelle. C'est là, il faut
en convenir, une des meilleures preuves du retour à l'an-
tique dépendance que professait l'Eglise de France à l'égard
de Rome, dans les choses de la Liturgie ; de même qu'il faut
voir une nouvelle abjuration du fameux principe de l'invio-
labilité du Dimanche, dans la demande faite à Rome par le
688 INSTITUTIONS
même Prélat, de pouvoir célébrer la solennité de la Fête de
la Conception au second Dimanche de l'Avent. Rome même,
dans ses Rubriques actuelles, ne va pas si loin, et cette
Fête, toute grande qu'elle est, le cède toujours au second
Dimanche de l'Avent, quand elle vient à tomber en ce jour,
bien que les trois derniers Dimanches de PAvent soient seu-
lement privilégiés de seconde classe.
On peut assigner encore comme une des causes de la ré-
surrection des traditions Romaines de la Liturgie en
France , les légitimes exigences de la piété des peuples qui,
ne pouvant participer aux Indulgences attachées à certaines
Fêtes , Offices et Prières, qu'autant que Ton s'y conforme
aux Calendrier, Bréviaire, Missel et Rituel Romains, finiront
par obtenir qu'il soit fait sur ces articles les concessions né-
cessaires. Or, chacun sait que, dans les nouveaux Bréviaires
Français, le petit Office de la Sainte Vierge, celui du Saint-
Sacrement, celui desMorts, diffèrent sur une immense quantité
de points avec les mêmes Offices dans le Bréviaire Romain ; que
la prière Regina cœli, qu'on doit réciter au temps Pascal en
place de i' Angélus, a été gratifiée d'un nouveau Verset tout
différent de celui qui est indiqué dans les Bulles des Papes ;
qu'un nombre considérable de fêtes a été transféré à des
jours souvent très éloignés de ceux auxquels Rome les cé-
lèbre ; que les jours où la Liturgie Romaine fait un Office
double, étant souvent occupés par un simple, ou même laissés
à la Férié , dans les nouveaux livres , et réciproquement ,
il en résulte l'impossibilité absolue de faire cadrer, les mo-
dernes Calendriers et les Ordos dressés d'après eux, avec les
règles statuées par les Souverains Pontifes, dans les conces-
sions d' Autel privilégié; etc., etc. Il serait inutile de presser
cette énumération qui nous mènerait trop loin ; mais outre
qu'il est indubitable, en droit, que le Siège Apostolique,
LITURGIQUES. 689
accordant des Indulgences pour Pusage de telle ou telle for-
mule liturgique, n'a et ne peut avoir en vue que la teneur de
cette formule telle qu'elle est dans les livres Romains et
approuvés; des décisions récentes ont montré, en fait, que
telle était expressément l'intention des Souverains Pon-
tifes.
Mais un grand et solennel exemple est celui que vient de
donner Monseigneur Pierre-Louis Parisis, Evêque de Lan-
grès, en rétablissant purement et simplement la Liturgie
Romaine dans son Diocèse ; mesure courageuse que l'his-
toire enregistrera, et que le Prélat motive dans une Lettre
Pastorale à son Clergé, d'une façon trop remarquable pour
que nous puissions résister au désir de rapporter ici ses
propres paroles.
« Vous n'ignorez pas, nos très chers Frères, dit le Prélat,
» de quelles divergences liturgiques la célébration des Offices
j divins est l'objet dans ce Diocèse ; souvent, vous avez gémi
i de cette contradiction et opposition de rites entre des pa-
roisses voisines les unes des autres; d'où il résulte que les
i fidèles, à force de voir ces variations de chants et de céré-
»monies dans chaque Eglise, sont pour ainsi dire réduits à
»se demander si c'est à un même culte que sont consacrés
» des temples où l'on célèbre les cérémonies de la Religion
j> avec des solennités si diverses.
» Le zèle des Curés, loin de remédier à cette perte de l'u-
» nité extérieure, la complique chaque jour par de nouveaux
»abus; chacun d'eux se trouvant livré à son caprice, dès
» l'instant qu'il entre en fonctions, et manquant d'une règle
» générale, tant pour sa propre conduite au chœur, que pour
> celle de ses clercs. Vous comprenez facilement , nos très
> chers Frères, le détriment que souffre de tout ceci la
> sainte Eglise , l'Epouse de Jésus-Christ , celle qui ne doit
T. II. **
690 INSTITUTIONS
> avoir ni taches , ni rides (1) , et particulièrement à cette
> époque agitée de tant de tempêtes par l'effet des doctrines
» impies, et surtout affligée et déshonorée par la maladie de
» l'indifférence religieuse. Comme, en effet, parmi les notes
» de la véritable Eglise, et même avant toutes les autres, la
» note d'Unité doit briller et la faire distinguer des sectes dis-
sidentes, les peuples qui ne jugent de l'essence même des
» choses que par les apparences, témoins de ces contrariétés
» de rites, en sont à se demander si elle est véritablement une
» par toute la terre, cette Eglise Catholique qui parait si
• contraire à elle-même dans les limites d'un seul Diocèse;
• en sorte que, par suite de l'état auquel le service divin se
• trouve réduit chez nous, Jésus-Christ est comme divisé,
» d'après l'idée des profanes, et la lumière de son Eglise obs-
curcie et couverte de nuages.
• Frappé depuis long-temps des inconvénients d'une si-
tuation aussi fâcheuse et sujette à tant de périls, après en
• avoir fait l'objet de nos réflexions le jour et la nuit, et im-
> ploré le secours du Père des lumières, nous cherchions en
• quelle manière il nous serait possible de réunir toutes les
• paroisses de notre Diocèse dans cette unité de cérémonies
• et d'Offices, si sainte, si désirée, si conforme à l'utilité et à
• l'édification des fidèles. Enfin, après de longues incerli-
» tudes, toutes choses examinées et pesées avec le plus grand
• soin, il nous a semblé que nous devions en revenir à la Li-
> turgie de l'Eglise Romaine, notre Mère, qui, étant le centre
• de l'unité et la très ferme colonne de la vérité, nous garan-
» tira et nous défendra, nous et notre peuple, contre le tour-
• billon des variations, et contre la tentation des changements.
• Nous avons dû nous arrêter à ce parti avec d'autant plus
(1) Eph. V. 27.
LITURGIQUES. 691
> de fermeté , que tous les autres moyens que nous aurions
*pu prendre seraient devenus l'occasion d'un grand trouble
> dans les choses même de la Religion , pour le peuple qui
>nous a été confié par la divine volonté.
>Mais afin d'éviter le mal qui pourrait s'ensuivre de Pu-
isage même du remède que nous appliquons, et aussi afin
» que tous se soumettent peu à peu à la même règle, non par
î violence, mais spontanément (1), il est nécessaire de consi-
» dérer que la plus grande partie de notre Diocèse a été pré-
cédemment soumise au rite Romain, tandis que les autres
» parties détachées de divers Diocèses, sont demeurées étran-
gères aux susdits usages Romains. Il faut aussi distinguer*
» entre l'Office que chaque Prêtre est tenu de réciter par l'o-
obligation de son ordre, et l'Office que nous appellerons U-
» turgique , et qui doit être chanté et récité en présence du
* peuple.
«Ces distinctions faites, nous déclarons et ordonnons ce
» qui suit :
» 1° A partir du premier jour de l'année 1840, la Liturgie
> Romaine sera la Liturgie propre du Diocèse de Langres.
*2° A partir du même jour, dans les paroisses qui appar-
» tenaient à l'ancien Diocèse de Langres, l'Office, le rite, le
j chant, les cérémonies, et tout ce qui tient au culte, auront
» lieu suivant les règles de la Liturgie Romaine.
» 5° Nous permettons aux paroisses qui n'ont pas encore
» quitté les rites des Diocèses voisins, de se servir, pour un
» temps, de leurs livres; mais nous les obligeons à observer
i tous les détails énoncés et prescrits dans YOrdo pourl'an-
> née 1840.
» -4° Les Prêtres qui ont jusqu'ici récité le Bréviaire de
(1) â. Pett. V. 2.
692 INSTITUTIONS
» Monseigneur d'Orcet , pourront satisfaire à l'obligation de
i l'Office en continuant de le réciter; cependant, il serait
» mieux que tous usassent du Bréviaire Romain, et nous les
9 exhortons à le faire.
» Quoique, en publiant cette ordonnance, nous n'ayons en
» vue que le bien de notre sainte Religion, et la cessation d'un
» désordre public , nous n'ignorons pas cependant qu'il en
* pourrait résulter pour plusieurs quelque ennui, ou quelque
» inquiétude. Nous les prions de recourir à nous avec une
i confiance filiale, non pour obtenir une dispense , mais afin
» que nous puissions résoudre leurs difficultés , s'ils en ont ,
>et aussi afin de leur faire mieux comprendre que si nous
* avons été amené à prendre ce parti , ce n'a point été par
«l'effet de quelque considération qui nous fût personnelle,
> mais que nous y avons été contraint par une nécessité ur-
» gente, et pour faire droit aux réclamations de notre cons-
» cience.
«Nous vous supplions donc tous, vous qui êtes nos coo-
jpérateurs dans le Seigneur, d'apporter à l'exécution de ce
» grand œuvre tout le zèle dont vous êtes capables, afin que,
> de même qu'entre nous, il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un
* baptême (1) , il n'y ait aussi dans notre peuple qu'un seul
> langage (2) .
» Donné à Langres, en la Fête de sainte Thérèse, le 15 oc-
tobre, de l'an de notre Salut 1839 (3). »
Qui n'admirerait dans cette Lettre vraiment Pastorale le
zèle de la Maison de Dieu , tempéré par cette discrétion si
recommandée par l'Apôtre (4), et dont saint Pie V, au soi-
(i) Ephes. IV. 5.
(2) Gen. XI. 1.
(3) Vid. la note B.
(4) Rom. XII. 3
LITURGIQUES. 693
zième siècle, donna un si éclatant exemple, lors même qu'il
promulguait plus haut le grand principe de l'unité liturgique.
Tous les actes du même genre que notre siècle pourra voir
s'accomplir dans l'Eglise de France, seront d'autant plus
efficaces dans leurs résultats, qu'ils seront à la fois empreints
de vigueur et de modération ; car, nous n'avons garde de
penser qu'on puisse guérir la partie malade en la froissant
durement et sans pitié.
Mais il faut en convenir, le retour aux traditions litur-
giques des âges de foi se prépare et devient de jour en jour
plus visible ; on peut même déjà prévoir qu'il demeurera
comme un des caractères de l'époque actuelle. Le réveil delà
science historique, qui nous a permis de jeter un regard
désintéressé sur les mœurs et les usages des siècles de foi ;
la justice rendue enfin aux monuments de Tari catholique du
moyen-âge; toutes ces choses ont contribué aussi à la réac-
tion, ou plutôt l'ont déjà fort avancée. C'est cette réaction
historique et artistique qui nous restitue déjà nos traditions
sur l'architecture sacrée, sur l'ameublement du sanctuaire,
sur les types hiératiques de la statuaire et de la peinture
catholiques; or, de là, il n'y a plus qu'un pas à faire pour
rentrer dans nos antiques cérémonies, dans nos chants sécu-
laires, dans nos formules Grégoriennes.
Plusieurs personnes ont observé avec raison que le progrès
du catholicisme en France n'était pas évidemment constaté,
par cela seul que nos artistes exploitaient le moyen-âge, et
s'employaient avec zèle à la restauration intelligente des sanc-
tuaires matériels de notre foi. La question n'est pas là. Il est
vrai qu'on devrait savoir quelque gré à des hommes distin-
gués, de retirer l'appui de leurs talents aux arts sensualistes
et payens, pour l'offrir aux autels du Dieu que nous servons;
mais ch'jà il ne s'agit plus de contester la portée de cette
694 INSTITUTIONS
révolution favorable à l'art catholique, en la considérant
simplement dans ses rapports avec le monde profane; désor-
mais elle est un fait, et un fait à jamais accompli dans l'in-
térieur de l'Eglise elle-même. Non seulement le Clergé souffre
volontiers que les Eglises qu'il dessert soient restaurées d'a-
près les mystiques théories de l'art de nos ayeux , que des
conseils, une direction lui soient donnés du dehors pour
accomplir les devoirs que lui impose sa charge de gardien
des traditions de l'esthétique sacrée ; mais nos Archevêques
et Evêques rendent des Ordonnances, publient des Lettres
Pastorales, établissent des Cours spéciaux dans leurs Sémi-
naires, pour ranimer de toutes parts et par tous les moyens
possibles la connaissance et l'amour de ces anciennes règles
de la Forme catholique dont l'oubli, depuis deux siècles, avait
entraîné chez nous la destruction d'un si grand nombre de
monuments de la foi de nos pères, et formé entre eux et
nous, sous le rapport des usages extérieurs du culte, comme
un abîme qui allait se creusant de plus en plus.
Oui , nous le répétons avec confiance, dans nos Eglises
restaurées d'après les conditions de leur inspiration première,
ou construites de nouveau suivant les règles statuées aux
siècles de foi, mystiquement éclairées par des verrières sur
lesquelles élincelleront les gestes et les symboles des Saints
protecteurs , assorties d'un ameublement plein d'harmonie
avec l'ensemble, il faudra bien que nos costumes sacrés par-
ticipent à cette régénération , et perdent enfin les formes
déplaisantes et grotesques que le dix-neuvième siècle, en-
chérissant encore sur les coupes étriquées et rabougries du
dix-huitième, a trouvé moyen de faire prévaloir. Nous verrons
infailliblement disparaître, par degrés, ces chasubles qu'un
inflexible bougran a rendues, dans leur partie antérieure,
semblables à des étuis de violon , pour nous servir de l'ex-
LITURGIQUES. 095
pression trop vraie de PiliiiMre artiste anglais, VVeiby Pu-
gin; ces chapes non moins étranges qui, garanties contre
toute prétention aux effets de draperies par les enduits
gommés qui leur servent de charpente, s'arrondissent en
cône autour du Clerc condamné à habiter momentanément
dans leur enceinte; ces surplis, aux épaules desquels on a
suspendu deux plaques de batiste décorées du nom d'ailes,
en dépit de leur terminaison horizontale à l'endroit où elles
s'évasent le plus; ce qui leur oie toute ombre de ressem-
blance avec l'objet qu'elles prétendent imiter. Ce serait ici
le lieu de réclamer encore contre le bonnet pointu qui a rem-
placé la barrette de nos pères; mais sa suppression récente
dans plusieurs diocèses vient par avance confirmer nos prévi-
sions. Le zèle des Prélats pour la dignité du service divin l'a
déjà fait disparaître dans les Diocèses de Marseille, du Puy,
d'Orléans, de Séez, etc. L'Eglise de Paris elle-même a récem-
ment repris la barrette par l'ordre de son premier Pasteur;
et il est permis de prévoir que d'ici peu d'années le bonnet
pointu n'existera plus que dans l'histoire des costumes natio-
naux de la France, où il excitera peut-être un jour le sourire
de nos neveux, en la manière que nous nous sentons égayés
no us-mêmes, lorsque quelque description ou quelque dessin
nous met sous les yeux la bizarre chaussure qui fit fureur il
y a cinq siècles, sous le nom de souliers à lapoiilainei
Mais la révolution liturgique ne s'arrêtera pas aux cos-
tumes. Une autre nécessité la précipitera plus rapidement
encore. Quand on aura rétabli nos édifices sacrés dans
leurs convenances ai chiteeloniques , rendu nos costumes
à la dignité et à la gravité qu'ils n'auraient jamais dû perdre,
on n'aura rien fait encore, si le chant qui est i'àme d'une
Eglise Catholique n'est aussi restitué à ses traditions an-
tiques. Franchement, des mélodies, si on peut sérieusement
COO INSTITUTIONS
leur donner ce nom , des mélodies fabriquées en plein dix-
huitième siècle, fût-ce par l'Abbé Lebeuf , ne sauraient plus
retentir dans un chœur auquel sera rendue la sainte et lé-
gendaire obscurité de ces vitraux qu'on défonçait avec tant
de ȏle pour inaugurer, au grand jour, les livres de Vigier et
Mesenguy. De l'archéologie qui s'exerce sur les pierres et
sur la coupe des vêlements sacrés, il faudra, bon gré mal gré,
en venir à celle qui recueille les mélodies séculaires, les airs
historiques, les motifs antiques de ce Chant Romain, dans
lequel saint Grégoire a initié les nations modernes aux se-
crets de la musique des Grecs.
Mais sur ce point encore nous n'en sommes plus déjà aux
conjectures et aux prévisions : la révolution n'y est pas
moins sensible que sur tous les autres. Quand nous n'en au-
rions d'autre preuve que la publication de ces nouveaux
Livres Chorals, donnés par Choron et autres musiciens ré-
cents, dans le but avoué de dégrossir la note de l'Abbé
Lebeuf, moins d'un siècle après l'inauguration de ses lourds
Graduel et Antiphonaire, ceci suffirait déjà pour constater
l'extrême lassitude du public. Ces Livres Chorals, en effet,
se débitent et sont même déjà en usage, non simplement en
quelques Paroisses, mais jusque dans des Cathédrales. Nous
nous garderons bien , assurément , de témoigner la plus
légère admiration pour ce remaniement d'un fonds déjà
jugé; nous dirons même que dans ces nouveaux livres on a
altéré souvent le caractère du chant ecclésiastique, surtout
dans les Traits; aussi ne relevons-nous cette particularité
que comme un fait à l'appui de nos prévisions.
Déjà même on ne se borne plus à remanier l'œuvre de
l'Abbé Lebeuf; on a commencé à substituer dans de nou-
velles éditions des livres liturgiques, plusieurs mélodies Ro-
maines à celles que renfermaient les éditions précédentes, C'est
LITURGIQUES. 697
ainsi que le Missel de Paris, donné par l'Archevêque de Qué-
len , en 1830 , présente, à l'Office du Semedi-Saint , le chant
de YExultet conforme à celui du Missel Romain , en place
du chant , beaucoup moins mélodieux , qu'on remarquait
dans tous les Missels de Paris, antérieurs même à l'édition de
Vintimille. C'est ainsi qu'au Mans , tout en laissant encore
subsister dans l'Antiphonaire , l'Office des Morts composé en
iloO par Lebeuf , on a déjà rétabli, pour l'Absoute, le Libéra
del'AnliphonaireRomain. Nous ne citons ces faits que comme
échantillons de ce qui s'est déjà opéré et de ce qui se pré-
pare ; mais en voici un autre dans lequel la progression que
nous croyons pouvoir prédire se montre plus visible encore.
Tout le monde sait que le gouvernement a établi , il y a
quelques années , sous le nom de Comités historiques , plu-
sieurs Commissions dans lesquelles ont pris place les hommes
les plus versés dans nos origines nationales et dans la science
archéologique. L'un de ces Comités a reçu le département
des arts et monuments. Or, tandis que la Commission préposée
à la recherche des Chartes et des Chroniques est conduite à
désirer le rétablissement des anciennes appellations domini-
cales tirées des Introïts du Missel Romain et qui sont la clef
de l'histoire , reprendre leur place dans nos mœurs catho-
liques , aux dépens même de Vigier et Mesenguy, le Comité
des arts et monuments arrive par un autre chemin à la même
conclusion. Le désir de voir restituer l'antique musique reli-
gieuse dans les Eglises de Paris, comme un complément de
leur restauration, Ta porté à émettre le vœu du rétablissement
du Graduel et de FAnliphonaire de saint Grégoire , au pré-
judicede ceux de l'Abbé Lebeuf (l).Des démarches officielles
(1) Bulletin du Comité historique des arts et monuments, Onzième
numéro, pages 288-292»
ti\)S INSTiïUTIÔNS
ont été faites à ce sujet auprès de Monseigneur l'Archevêque
de Paris , qui les a accueillies avec bienveillance; maison
sent que les conclusions définitives d'une semblable motion
sont de nature à se faire long-temps attendre. L'esprit de
l'homme peut prévoir les i évolutions , les indiquer, en assi-
gner la durée; le temps seul, aidé des circonstances, les réa-
lise. Pour faire droit aux Comités historiques , ou si Ton veut
aux réclamations de plus en plus nombreuses qui s'élèvent et
s'élèveront à l'avenir de la part de toutes les personnes ecclé-
siastiques et séculières, en faveur d'un retour aux mélodies
Grégoriennes, il ne faudra rien moins que revoir les actes
du grand procès que le dix-huitième siècle intenta à la Li-
turgie Komaine, casser Tan et déjà centenaire qui fut porté
contre elle, détrôner l'œuvre favorite du dix-hu/tième siècle,
cl pour cela enlever de redoutables obstacles d'autant plus
embarrassants qu'ils sont plus matériels. Nous avons néan-
moins la confiance que tôt ou tard cette grande justice se
fera; mais le Comité dis arts et monuments a eu raison de
compter sur d'extrêmes difficultés liturgiques contre lesquelles
les Laïques seuls viendraient inévitablement se heurter (1).
En attendant, les vrais amis de la science des rites sacrés
se réjouiront en lisant ces belles paroles, dans lesquelles Mon-
seigneur l'Archevêque do Paris, dans sa lettre pastorale sur
les Eludes Ecclésiastiques, énonce en particulier la nécessité
de raviver une science, dont trop long-temps on sembla,
parmi nous , avoir anéanti jusqu'au nom. Quelle si magni-
fique notion en pourrait-on donner qui ne soit renfermée
dans cette imposante définition fournie pur le Prélat?
c La Liturgie, dit-il, contient des symboles , merveilleux
• abrégés de notre croyance, double objet de foi et d'amour,
(i) tbU page 291.
LITURGIQUES. 699
»qui, à l'aide d'un chant à la fois pieux et harmonieux , se
» gravent dans la mémoire et dans le cœur. Leur antiquité,
»si bien démontrée, leur universalité, les rendent d'irrécu-
sables témoins de l'apostolicité et de la catholicité de notre
» foi.
» La Liturgie renferme des prières qui supposent ou ex-
priment en détail chacun de nos dogmes, de nos mystères,
> de nos sacrements. Elles n'ont pas, comme les symboles,
» l'unité d'expression ; mais la variété même de leurs formes,
i jointe à l'unité de doctrine, fournissent une nouvelle dé-
> monstralion de l'immutabilité de l'enseignement catholique.
» Elles justifient cet axiome : La loi de la -prière est la loi de la
i croyance.
» La Liturgie se compose de rites, nouvelle expression du
» dogme et de la morale. Ils forment, avec les symboles et
«les prières, le culte extérieur : culte nécessaire à un être
» qui, bien que créé à l'image de Dieu, est soumis à l'empire
» des sens. Sans eux périrait infailliblement le culte intérieur.
jNos sentiments ne sont excités et ne persévèrent, qu'autant
» qu'ils sont souienus par des actes et des images sensibles.
» Dieu lui-même, source essentielle et éternelle d'intelligence
» et d'amour, est compris ( c'est saint Paul qui nous l'assure)
>à l'aide des choses visibles : Invisibilia ipsius, per ea quœ
» facta sunt j intellecta conspiciuntur , sempiterna quoque ejus
>virtus et divinitas. La Liturgie eous donne donc la science
» pratique de la partie la plus élevée de la morale chrétienne ;
• c'est par elle que nous accomplissons nos devoirs envers
>Dieu. Nos devoirs envers nos semblables et envers nous-
-mêmes, qui n'y sont pas directement retracés, y sont rap-
> pelés touies les fois qae nous demandons la grâce d'y être
> fidèles, ou que, gémissant de les avoir violés, nous implo-
» rons une miséricorde infinie ; double lumière qui fait briller
700 INSTITUTIONS
» la loi du Seigneur aux yeux de notre âme. Posséder cet
• ineffable trésor de sentiments pieux, qui nous font des-
cendre dans les profondeurs de notre misère, pour nous
> élever ensuite jusqu'à la miséricorde infinie qui doit la gné-
>rir, est bien préférable, sans doute, à la science la plus
> étendue de notre Liturgie; mais cependant, combien cette
i science elle-même est propre à éclairer et à ranimer notre
>foi!
» Nous ne parlerons point ici de l'influence exercée sur
> les arts par la Liturgie catholique, des sublimes inspirations
• qu'elle a prêtées à la musique, à la peinture, à la poésie,
• ni des immortels monuments que lui doivent la sculpture et
• l'architecture. L'histoire de chacun de ces arts, considérés
> dans leurs seuls rapports avec nos rites , fournirait une
» ample matière à la plus vaste érudition. »
Saluons donc avec effusion l'aurore des jours meilleurs
qui sont promis à l'Eglise de France, et ne douions pas
que, dans un temps plus ou moins rapproché, la Liturgie de
saint Grégoire , de Charlemagne, de saint Grégoire VII, de
saint Pie V, la Liturgie de nos Conciles du seizième siècle ,
et de nos Assemblées du Clergé de 1605 et de 1612, en un
mot la Liturgie des âges de foi ne triomphe encore dans nos
Eglises.
Mais d'ici là de grands obstacles restent encore à vaincre,
de ces obstacles qui céderont d'autant moins aisément qu'ils
sont d'une nature plus matérielle. Si, d'un côté, une révolu-
tion favorable aux anciens chants, aux anciennes prières se
prépare ; d'un autre côté, nos Eglises ont été pourvues et à
grands frais de Missels, de Graduels, d'Antiphonaires, de Pro-
cessionnaux, qu'on ne pourra remplacer qu'avec une dépense
considérable. La question du Bréviaire en lui-même est peu
gravé sous ce rapport ; l'impression de ce livre étant moins
LITURGIQUES. 701
dispendieuse et son écoulement toujours facile ; mais le Bré-
viaire ne peut être réformé sans le Missel, et l'un et l'autre
appellent, comme complément indispensable, la publication
des Livres du Chœur. Il est vrai, d'autre part, que l'énorme
dépense qu'entraîne toujours après elle chaque nouvelle
édition des livres liturgiques, serait grandement allégée, si un
nombre considérable de Diocèses s'unissaient pour opérer
ces éditions à frais communs , et c'est ce qui arriverait in-
failliblement, du moment que nous aurions le bonheur de
voir renaître l'unité liturgique.
Maintenant, cette unité elle-même quelle forme revêti-
rait-elle? Nous avons déjà maintes fois protesté que notre
but n'était point d'approfondir présentement la question du
Droit de la Liturgie ; mais nous ne pouvons pas moins faire
que d'énoncer ici tout franchement que les Eglises qui sont
tenues strictement à garder la Liturgie Romaine proprement
dite, la doivent retenir, et que celles même qui, contraire-
ment aux principes sur cette matière, s'en seraient écartées,
y doivent retourner; rien n'est plus évident, et par ce moyen
déjà l'unité serait garantie dans une portion notable de l'E-
glise de France.
Quant aux Diocèses qu'une possession légitime, ou une
prescription conforme au droit, aurait investis du privilège
de conserver leurs anciens usages, et ces Diocèses sont nom-
breux, rien ne les contraindrait d'adopter exclusivement les
livres Romains. Sans doute, après s'être préalablement dé-
barrassés de l'amas de nouveautés dont le dix-huitième siècle
avait encombré la Liturgie, ils devraient rentrer dans la
forme Romaine de PAnliphonaire, du Responsorial, du Sacra-
mentaire et du Lectionnaire de saint Grégoire, puisque la
Liturgie de l'Occident (sauf le droit de Milan et des Moza-
rabes), doit être et a toujours été Romaine, Ces Eglises de-
702 INSTITUTIONS
vraient donc reprendre les prières qu'elles avaient reçues au
temps de Charlemagne, qu'elles gardaient encore avant la
réforme de saint Pie V, qu'elles conservèrent depuis cette ré-
forme, qui régnait seule encore chez elles jusqu'à la fin du
dix-septième siècle : car, c'est là la forme, hors de laquelle il
n'a plus été possible pour elles de garder dans les prières
publiques, ni la tradition, ni l'unité, et partant, ni l'autorité.
Mais ce fonds inviolable des prières de la Chrétienté une
fois rétabli, avec les chants sublimes qui l'accompagnent, et
tous les mystères qui y sont renfermés, rien n'empêcherait,
ou plutôt il serait tout-à-fait convenable que ces Eglises ren-
trassent en même temps en possession de cette partie natio-
nale de la Liturgie qui a ses racines dans l'ancien rite Gallican,
et que les siècles du moyen-àge ont ornée de tant de fleurs,
complétée par de si suaves mélodies. En un mot, c'est la
Liturgie Romaine-Française que nous aimerions à voir res-
susciter dans celles de nos Eglises qui prétendent à des pri-
vilèges spéciaux. C'est alors que toutes nos traditions natio-
nales se relèveraient, que la foi qui ne vieillit pas se retrou-
verait à l'aise dans ces antiques confessions, que la piété à la
Sainte Vierge et aux Saints protecteurs se raviverait de
toutes parts, que le langage de la chaire et des livres pieux
s'empreindrait de couleurs moins ternes, que l'antique Ca-
tholicité, avec ses mœurs et ses usages, nous serait enfin
révélée.
Oh ! qui nous donnera de voir celte ère de régénération où
les Catholiques de France se verront ainsi ramenés vers ce
passé de la foi, de la prière et de l'amour! Quand seront
levés les obstacles qui retardent le jour où nos Prélats de-
vront s'unir pour promouvoir ce grand œuvre! Mais avec
quel zèle, avec quelle intelligence, avec quelle piété à la fois
crudité et scrupuleuse, une pareille œuvre devrait-elle être
LITURGIQUES. 705
élaborée! Quelle sage lenteur, quelle discrétion, quel goût des
choses de la prière, quel désintéressement de tout système,
de toute vue personnelle, devraient présidera une si magni-
fique restauration ! L'attention , l'inviolable fidélité , le soin
religieux, l'invincible patience qu'emploie de nos jours l'ar-
tiste que son amour, bien plus que le salaire, enchaîne à la
restauration d'un monument qui périrait sans son secours, et
qui va revivre grâce à son dévouement, ne suffisent pas pour
rendre l'idée des qualités qu'on devrait exiger de ceux qui
prendraient la sainte et glorieuse mission de restituer à tant
d'Eglises les anciennes traditions de la prière. Il leur faudrait
s'y préparer de longue main , se rendre familiers les monu-
ments de la Liturgie, tant manuscrits qu'imprimés, non seu-
lement ceux de la France, mais encore ceux des diverses
Eglises de l'Europe ; de l'Allemagne et de l'Angleterre sur-
tout, qui firent tant d'emprunts à nos livres et les enrichirent
encore par des suppléments où respire la plus ineffable poésie.
Enfin, ce merveilleux ensemble pourrait se compléter par
quelques emprunts faits avec goût et modération aux der-
niers monuments de la Liturgie Française; afin que certains
traits heureux, quoique rares, empruntés à l'œuvre mo-
derne, dans la partie que n'a point souillée la main des sec-
taires, ne périssent pas tout-à-fait, et aussi afin que les
deux derniers siècles, auxquels il ne serait pas juste de sa-
crifier toute la tradition, ne fussent pas non plus déshérités
totalement de l'honneur d'avoir apporté leur tribut au monu-
ment éternel et toujours croissant de la prière ecclésiastique.
Ainsi régénérée , la Liturgie de nos Eglises serait les dé*
! lices du Clergé et la joie du Peuple fidèle. La question d'un
l léger surcroît dans la somme des Offices divins n'en est pas
une pour les hommes de prière, et tout Prêtre, tout Mi-
nistre de l'autel doit être homme de prière. Le grand mal-
704 INSTITUTIONS
heur des temps actuels , c'est qu'on ne prie pas assez ; le
réveil de la piété liturgique serait donc un signal de salut
pour nos Eglises, le gage d'une victoire prochaine sur les vices
et les erreurs. Et quelle précieuse récompense de ce pieux
labeur, dont la fatigue est d'ailleurs si fort exagérée par l'ima-
gination de ceux qui ignorent les choses de la Liturgie, que
ce retour si consolant à l'unité de la prière, à la communion
Romaine , à l'antique forme des âges de foi ! Encore est-il
vrai de dire que l'Office divin, dans nos anciens livres Fran-
çais, s'il est plus considérable que dans les Bréviaires actuels,
est cependant plus abrégé qu'au Bréviaire Romain propre-
ment dit. L'usage, entre autres, d'accomplir Matines, au
temps Paschal, par un seul Nocturne, n'est point une inno-
vation des Foinard et des Grancoîas ; il appartient aux Eglises
de France depuis bien des siècles; mais nous rougirions de
pousser plus loin cette justification de la prière ecclésias-
tique.
Enfin , pour donner à ce grand œuvre de la régénération
liturgique de la France, la solidité et la durée qui lui con-
viennent, et pour assurer cette immutabilité qui garantirait
désormais, avec l'unité, l'autorité et la parfaite orthodoxie
de celle Liturgie Romaine-Française , et la sauverait à l'ave-
nir des atteintes de la nouveauté et de l'arbitraire, il serait
nécessaire que la sanction inviolable du Siège Apostolique
intervînt pour sceller et consommer toutes choses. Il fau-
drait aussi que les Décrets de la sacrée Congrégation des Rites
fussent désormais publiés et observés dans tout ce qui ne
Serait pas contraire à la forme des Livres Français; et que
les nouvelles Fêles établies par le Siège Apostolique ob-
tinssent au moins l'honneur d'une mémoire au Calendrier,
dans le Bréviaire d'une Eglise qui, si elle tenait à rester Fran-
çaise dans des usages d'une importance secondaire, voudrait
LITURGIQUES. 708
avant tout se montrer Romaine, autant que ses sœurs de l'Oc-
cident.
Tel est le vœu que nous formons pour l'Eglise de France,
en terminant la partie de notre récit qui regarde cette belle
province de la Catholicité. Nous serons heureux si on veut
bien reconnaître dans ce que nousveuons de dire un témoi-
gnage de cette modération et de cette prudence qui doivent
toujours accompagner l'application des théories les plus lé-
gitimes et les plus absolues.
Considérons maintenant l'état de la Liturgie dans les diffé-
rentes parties du monde Chrétien, au dix-neuvième siècle.
L'unité Romaine a régné sans partage , durant les qua-
rante premières années de ce siècle, dans ritaiie, où les
semences implantées par Ricci, sans être détruites, peut-
être, n'ont plus rien produit à la surface ; dans l'Espagne et
le Portugal, auxquels il faut joindre les nombreuses Eglises
fondées autrefois dans les deux Indes par ces Royaumes;
dans la Relgique, la Suisse, et on pourrait même ajouter
l'Allemagne, s'il n'y avait de changements liturgiques que
ceux dont les livres du chœur et de l'autel portent la trace.
Mais ce dernier pays est aujourd'hui le théâtre des plus graves
événements dans les choses du Culte divin, nous devons
les signaler au lecteur; nous traiterons ensuite de la Liturgie
en Angleterre, et dans les pays soumis à la Russie.
On se rappelle ce que nous avons raconté , au Cha-
pitre précédent, sur les tentatives Anti-îiturgistes de Jo-
seph lî, si bien secondées par cette portion du Clergé dont
Jérôme de Collorédo, Archevêque de Saltzbourg, se montra
l'organe dans la fameuse Instruction Pastorale de 1782. De-
puis lors, la plaie s'est étendue, et les sophismes impies
du Fébronianisme ayant miné la notion de l'Eglise, l'Hcrmé-
sianisme s'est présenté pour en finir avec le Christianisme
T. H. 45
706 INSTITUTIONS
lui-même. Malheureusement, l'un et l'autre ont été favora-
blement accueillis par une porlion notable du Clergé Catho-
lique de l'Allemagne, dans la Prusse, la Bohême, le Wur-
temberg, le Duché de Bade, et jusque dans la Bavière et
l'Autriche. Bientôt, les exigences du culte extérieur sont
devenues de plus en plus à charge à ces hommes légers
de croyance, qu'on voit tous les jours s'associer complai-
samment aux projets des gouvernements, dans le but d'é-
touffer jusqu'aux dernières étincelles de la foi qui, par ic
plus étonnant prodige , survit encore dans le cœur des
peuples, à la secrèle apostasie des Pasteurs.
Mais, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, l'esprit anti-
liturgïsle a pris en Allemagne d'autres allures qu'en Franco,
et il s'est bien gardé de perdre son temps à falsifier des Bré-
viaires. Au siècle dernier, le pouvoir séculier, parl'autorilé
de Joseph II, avait pris l'initiative en procédant par voie d'Or-
donnances et d'Edits ; maintenant, c'est le Clergé qui se met
à l'œuvre, et ses opérations ne sont ni moins habiles, ni moins
efficaces.
Une comparaison entre nos Jansénistes de France, et les
Fébroniens et Hermésiens d'Allemagne , quant à la manière
d'entendre la réforme liturgique , nous aidera à constater le
c.'iGmin que ces derniers ont déjà fait vers le Protestantisme.
Les nôtres, pour flatter la lâcheté et l'indévotion des Clercs,
osèrent composer des traités spéciaux où ils présentaient
comme un appât la diminution de la somme des prières ec-
clésiastiques; les Ànti-liturgistes Allemands ont franchi le
pas, et la récitation des Heures Canoniales est désormais
regardée, par une porlion considérable du Clergé d'outre-
Rhin, comme une pratique tombée en désuétude, et son
obligation comme de nulle valeur pour la conscience.
Nos Jansénistes ont déclamé en cent manières contre la
LITURGIQUES. 707
piété extérieure, contre le luxe des cérémonies qui, disaient-
ils, ne servent qu'à soumettre la religion aux sens; les Anti-
liturgistcs Allemands en sont venus à supprimer la plupart
des cérémonies, et déjà bon nombre d'entre eux s'affran-
chissent du devoir de revêtir les habits sacerdotaux pour
monter à l'autel, et célèbrent la Messe avec les vêtements
plus ou moins profanes dont ils se trouvent pour le moment
revêtus.
Nos Jansénistes, par tous les mouvements qu'ils se sont
donnés pour répandre les traductions en langue vulgaire de
la Bible, du Missel et des formules liturgiques, trahissaient
leurs penchants Calvinistes; aujourd'hui, les Eglises Catho-
liques d'Allemagne retentissent de Cantiques en langue vul-
gaire qui, la plupart du temps, n'offrent pas même la
traduction des prières ou des chants de l'Eglise.
Nos Jansénistes mirent la main sur les livres liturgiques;
et trouvèrent moyen d'y faire pénétrer la quintessence de
leurs idées, et, quand ils ne le purent faire aisément, ils
surent du moins faire disparaître de ces livres, sous divers
prétextes, ce qui leur était le plus odieux. Il est vrai
qu'un reste de pudeur, ou, si l'on aime mieux, de pru-
dence , les obligea de conserver le cadre primitif et de lais-
ser subsister les principales parties des anciennes formes ,
surtout en ce qui regarde l'administration des Sacrements.
Le Clergé Allemand de nos jours a aussi ses faiseurs, et la
presse est inondée de leurs utopies liturgiques pour la ré-
forme des cérémonies de la Messe, des Sacrements, des
Sépultures , des Bénédictions. En tête de celte cohorte
d'Anti-lilurgistes, il est juste de compter le fameux Wes-
semberg, Vicaire Capitulaire de Constance, qui a été re-
fusé par Grégoire XVI pour l'Evêché de cette ville, mais
qui en revanche a donné d'énergiques preuves de son alla-
708 INSTITUTIONS
'ch.em.ent à la doctrine du second de nos Quatre Articles de
3 682, par la publication d'une trop fameuse Histoire des Con-
ciles de Constance et de Baie. Après lui, mais dignes de lui
faire escorte, apparaissentWinter, Busch, Selmar, Grôsbôck,
Brand, Sehwarzel, Hirscher, etc., dont les œuvres sont ju-
gées avec une grande modération parle docte et pieux F. X.
Schmid, dans sa Liturgique, lorsqu'il se contente de dire
que, d'une fart , ils ont été trop loin, et que de l'autre ils
ont complètement méconnu l'esprit du Culte (i).
Nos Anli-îilurgisles Français s'étaient appliqués à rendre
plus rare la célébration de la Messe, produisant pour motif
îa grande pureté qu'on doit apporter à l'autel. Ceux d'Alle-
magne entrent dans le même système ; mais les raisons ascé-
tiques qui n'étaient qu'un prétexte dans les adeptes avancés
de l'école de Port-Royal n'y sont pour rien ; c'est tout sim-
plement pour fuir un assujélissement inutile, que ces prêtres
dégénérés s'abstiennent de la célébration des saints Mys-
tères, hors les jours de Dimanches et de Fêtes; encore les
voit-on disserter dans des écrits et des conférences, en pré-
sence du public, sur la quantité de nourriture qu'un Prêtre
Catholique peut se permettre avant de monter à l'autel. Sans
doute, ces choses font horreur; mais pour être ignorées
de quelques-uns de nos lecteurs , elles n'en sont pas moins
patentes sous le soleil.
Mais allons jusqu'au bout : durant la persécution fran-
çaise, quand les lois eurent cessé de prêter aux dispositions
canoniques l'appui delà force matérielle, on vit un grand
nombre de Prêtres abjurer leur saint état et contracter des
mariages sacrilèges : dans quels rangs se recrutèrent ces
(i) Liturg'k dor chnstkatbolisdien religion. Edition de 1840. Tom. I.
page 82.
LITURGIQUES. 709
apostats? Tout le monde sait que ceux dont la défecîion fit le
plus grand scandale, étaient précisément des hommes liés au
parti Janséniste, membres des Congrégations qui avaient le
plus sacrifié aux nouveautés Anli-liturgistes, fauteurs et
même auteurs de ces nouveautés. Or, voici que dans ceîte
partie du Clergé Allemand dont nous venons de signaler les
tendances, de nombreuses voix s'élèvent pour demander l'a-
bolition du célibat ecclésiastique; et d'où vient cela? C'est
qLi'il n'y a point de dégradation dans laquelle ne puisse et ne
doive tomber le Prêtre isolé , par des doctrines perverses,
de ce Centre Apostolique d'où viennent la lumière et la vie,
sevré du devoir et de l'usage de la Prière de chaque jour et
de chaque heure, séparé de cet Autel dont la sainte familiarité
est le premier motif de la continence sacerdotale. Assuré-
ment, il ne faut pas être bien profond, ni bien clairvoyant,
pour avoir compris que le mariage des Prêtres est la cause
unique pour laquelle la célébration journalière de la Messe
n'a pu s'établir dans l'Eglise d'Orient.
Afin de mettre dans tout son jour la situation de l'Eglise
d'Allemagne, quant à la Liturgie, il est bonde produire
quelques extraits d'un document récent et authentique;
c'est la fameuse Ordonnance qu'a publiée, il y a environ deux
ans, l'Evêque de Rottembourg; on la trouve en entier au
Catholique de Spire (1). Nous allons en faire connaître les
principales dispositions.
M. Jean-Baptiste de Keller, Evêque de Roltcmbourg, n'as-
sume point, il est vrai, la responsabilité de tous les excès
que nous venons de signaler; sa marche est administrative,
et partant aussi prudente et aussi réservée qu'il est possible ;
maison n'y reconnaît que mieux l'existence du dangereux
(1) 1839. Mai et mois suivants.
710 INSTITUTIONS
système à l'aide duquel les Anti-liturgistes d'Allemagne ont
résolu de protestaniiser le Catholicisme. M. de Keller a en-
chéri sur Ricci dans la môme proportion que ce dernier sur
nos Anti-liturgistes Français.
Dans celte trop fameuse^ Ordonnance , le Prélat semble
préoccupé , comme les novateurs de Fiance et d'Ita-
lie, de la réforme du Bréviaire. Sans oser proposer non
plus la suppression des Heures Canoniales, il établit des
dispositions propres à détruire totalement l'ancienne Li-
turgie. Les Psaumes des Vêpres devront se chanter en
allemand; encore cette psalmodie pourra-t-elle être rem-
placée par tout autre exercice religieux, au jugement du
Curé. On découvre encore la prédilection de PEvêqne pour
la langue vulgaire, dans l'arlicle où il annonce une révi-
sion du Rituel; il déclare l'intention d'y introduire des for-
mules en langue allemande , conformément au besoin des
temps.
Pour réformer les tendances Papistes vers la Communion
et la dévotion au Saint Sacrement, le Prélat décrète qu'on
n'administrera plus l'Eucharistie hors la Messe; que toutes
les autres Eglises demeureront fermées durant la Messe de
Paroisse ; que la première Communion ne se fera point avant
1 âge de quatorze ans ; qu'on ne célébrera plus de Messe
aux jours ouvrables, dans les autres Eglises, après celle qui
se dira à la Paroisse. Pour abolir, autant que possible, l'u-
sage delà fréquente Communion, les Curés n'administreront
point le Sacrement de Pénitence individuellement; mais ils
partageront leurs paroissiens en catégories qu'ils admettront
successivement à des époques déterminées.
On n'exposera le Saint Sacrement que six jours l'année,
hors l'Octave de la Fête-Dieu ; encore cette exposition ne
pourra-t-elle avoir lieu que l'après-midi.
LITURGIQUES. 711
Sur les fêtes, le Prélat décrète les dispositions suivantes :
La Messe, de Minuit est abolie; on ne pourra commencera
célébrer la Messe, le jour de Noël, avant cinq heures du ma-
lin. Aux jours de Fêles supprimées, on ne tolérera aucun
service divin dans les Eglises; les Curés ne pourront même
pas transporter à ces jours des dévotions particulières qui
seraient capables de fournir au peuple le prétexte de se
dispenser de ses travaux. On ne pourra ni annoncer ces
Fêles, ni les sonner, ni allumer un plus grand nombre de
cierges aux Messes basses que FEvêque veut bien encore
tolérer. En revanche, la Fête du Roi est déclarée Fête de
l'Eglise.
Les Processions ne sont pas plus ménagées par le Prélat.
Celles de Saint-Marc et des Rogations devront sortir à cinq
heures du matin et être rentrées à huit, soi-disant pour
éviter la dissipation, mais en réalité pour les rendre inac-
cessibles au grand nombre des fidèles; encore M. de Relier
n-t-il bien soin d'ajouter qu'on pourra commuer ces Pro-
cessions en une prière faite dans l'intérieur de l'Eglise,
avec l'agrément de FEvêque. La Procession de la Fêle-Dieu
est maintenue aux conditions suivantes : On évitera la
pompe; on ne fera entendre que des chants en langue al-
lemande, et il devra y avoir une prédication à chaque sta-
tion. La Procession du jour de FOclave ne sortira pas de
l'Eglise.
Les Bénédictions, cette partie si essentielle du Catholi-
cisme, sont réduites à sept, parmi lesquelles on veut bien
conserver celle de FEau. Les autres, bien qu'elles soient
dans le Rituel, sont abolies. 11 est recommandé aux Pasteurs
de veiller à ce que le peuple n'attribue pas, aux Béné-
diclions même conservées, une vertu qu elles ri ont pas.
Les saintes Images sont poursuivies avec une rigueur
712 INSTITUTIONS
pareille. La coutume populaire de les habiller est suppri-
mée, comme un scandale : le Clergé devra combattre de
toutes ses forces le préjugé qui attribuerait une vêtit! spé-
ciale à quelques-unes d'entre elles. On n'exposera plus les
saintes Reliques désormais, ni on ne les portera en Pro-
cession ; mais on les tiendra renfermées. On fera disparaître
des Eglises les ex-voto, et on ne souffrira pas qu'on en
replace de nouveaux. Les représentations de la Crèche et du
Tombeau, qui sont en usage en Allemagne, à Noël et dans
la Semaine Sainte, sont abolies, ainsi que celle du mystère
de l'Ascension, non moins chère au peuple.
On ne distinguera pins dans les cimetières la place des
enfants morts sans Baptême, ou des Juifs et autres non
baptisés, de celle des Chrétiens. Les chants des funérailles
seront en langue vulgaire, et au décès de chaque Catho-
lique, les parents ne pourront obtenir que trois Messes au
plus, et un Anniversaire. Les enfants morts avant la pre-
mière Communion n'auront point droit à ces piières. On a
vu plus haut que la première Communion était différée jus-
qu'à l'âge de quatorze ans.
Les Confréries excitent aussi la sollicitude du Prélat.Toutes
sont supprimées, à l'exception d'une seuie par Paroisse, et
pour empêcher tes fidèles d'en fréquenter plusieurs, la Fête
Patronale de toutes est fixée au même jour.
Les Curés devront s'opposer de toutes leurs forces au
concours des pèlerinages ; il n'y aura pas de Messes dans
les Chapelles qui sont le but de ces pieux voyages, hors
celle du Chapelain qui s'y trouverait par hasard attaché.
II y aura défense d'y entendre les confessions, dans la crainte
que les fidèles n'y veuillent communier, et la Chapelle devra
être fermée continuellement, hors le temps de la Messe. S'il
se trouve d'autres Chapelles sur les Paroisses, on les dé-
LITURGIQUES. 715
truira, et les fondations qui y sont attachées seront trans-
portées dans les Eglises Paroissiales.
Telles sont les principales dispositions de l'ordonnance
de l'Evêque de Rottembourg, qui entend bien ne procéder
dans tout ceci que d'après les principes les plus sains du
Christianisme le mieux compris £t le plus dégagé des su-
perfétatious Romaines. Il va sans dire que la morale prêchée
à propos de ces innovations, est la plus rigoriste et la plus
sèche, ainsi qu'il arrive toujours chez ceux qui ont à se faire
pardonner leur relâchement sur les choses de la foi et de la
piété. Néanmoins, il ne suffit pas, pour rendre religieuse et
morale une population Catholique, de supprimer les fêtes
et les dévotions , sous prétexte qu'on interdira en même
temps les danses aux jours de Dimanches ; les yeux et l'i-
magination des peuples demanderont d'autres spectacles,
et l'oisiveté engendrera bientôt tous les désordres.
Mais nous sommes loin d'avoir épuisé tous les faits qui
nous peuvent faire connaître la situation liturgique de
l'Allemagne. Tandis qu'une partie du Clergé Catho-
lique travaille à détruire l'antique foi, avec ses manifes-
tations les plus essentielles, le Protestantisme semble s'é-
branler et rendre hommage aux théories Catholiques sur la
forme religieuse. Déjà, rendant hommage aux avantages de
l'unité de communion, les réformés d'Allemagne ont tenté et
réalisé, dès l'année 1817, dans la Prusse et le Duché de
JNassau, une réunion pompeuse du Luthéranisme et du Cal-
vinisme ; le complément de celte grande mesure devait être
une modification liturgique dans un sens toujours moins
éloigné des usages Catholiques. Le même Roi de Prusse, Fré-
déric-Guillaume III, qui avait préparé la dramatique réunion
ejes Luthériens et des Calvinistes , s'est donc chargé de pour-
voir désormais l'Eglise Réformée d'une Liturgie qui soit à la
714 INSTITUTIONS
hauteur de ses destinées futures. Il est vrai de dire que Sa
Majesté, loin de pouvoir faire agréer son œuvre par l'univer-
salité de ce qu'elle appelle l'Eglise Evangélico-Protestante ,
n'a pas été sans éprouver quelques résistances partielles dans
son propre Royaume ; mais toujours est-il que cette Liturgie
a pour caractère particulier de se rapprocher en plusieurs
points des formes Catholiques. Non seulement le Prince a pris
des mesures pour replacer des images dans les temples Pro-
testants ; mais dans le service divin de la Cène, on trouve déjà
une grande partie de notre Messe des Catéchumènes , la Pré-
face, le Sanctus, le Mémento des vivants, etc.
Ce sont là , sans doute , des faits bien éloquents en faveur
de l'importance de l'élément liturgique; l'aveu qui échappe
au royal liturgiste dans la préface de son Missel de 4822, ne
l'est pas moins. Il en vient jusqu'à faire valoir les avantages
de Yuniformité dans le service divin , en la manière qu'a-
vaient osé le faire nos Evoques Constitutionnels , dans leur
conciliabule de 1797 (I). « L'Eglise Evangélique, dit Sa Ma-
» jesté, doit assurer la stabilité de la société Chrétienne, par
» sa doctrine et sa discipline. Bien que tels ou tels usages
«religieux ne constituent pas l'essence du culte divin, il
» faut cependant que Yuniformité dans le culte produise
» une sorte de conviction générale, et même urie tranquille
» sérénité de conscience, appuyée sur cette douce et conso-
» lante pensée que nous adressons à Dieu les mêmes louanges,
» les mêmes actions de grâces , les mêmes demandes , les
» mêmes vœux et les mêmes prières que nos ancêtres dans
» la foi lui ont adressés, depuis plusieurs siècles (2). » Certes,
(1) Ci-dêssus, page 623.
(2) Histoire générale de l'église, par le Baron Henrion. TomeXdl.
page 413.
LITURGIQUES. 715
il faut que l'unité liturgique soit d'une nécessité bien évi-
dente, pour que les schismatiques et les hérétiques eux-
mêmes le proclament si haut, en dépit de leur état d'oppo-
sition à l'égard de la Mère Eglise. Nous avons constaté ailleurs
le même fait chez les Grecs Meîchites (1) ; qui osera donc
désormais parmi nous contester un principe auquel toute
société religieuse semble se recommander, pour vivre et se
perpétuer?
Au milieu de ces phénomènes vraiment remarquables, la
littérature protestante de l'Allemagne se montre gravement
préoccupée de la science liturgique. Sans parler d'Augusti,
auquel nous consacrons ci-après une notice, la matière des
rites sacrés est exploitée avec plus ou moins d'érudition par
Marheinike, Hildebrand, Schmid, Rechenberg, Rheinwald,
Schone, Bohmer, etc., etc. Plût à Dieu que nous pussions
compter en France un nombre pareil d'hommes sérieux, se
livrant à ces belles études qui furent si florissantes chez nous
avant l'innovation Anti-lilurgiste ! Mais ce qui est plus admi-
rable encore, c'est que l'Allemagne Protestante ne renferme
pas seulement des hommes auxquels la science liturgique est
familière, sous le côté de l'archéologie ou de l'esthétique ;
elle en possède aussi qui proclament la magnificence et l'onc-
tion de nos formules papistes, qui s'en vont recueillant avec
amour nos vieilles Hymnes, nos Proses et nos Antiennes sé-
culaires, les publiant avec des commentaires dont, la plupart
du temps, l'esprit et la forme sont entièrement Catholiques;
bien différents assurément de nous autres Français, qui nous
montrons si indifférents à toutes ces richesses de la piété de
nos pères, engoués que nous sommes des pastiches de notre
Santeul. Nous ayons d'utiles leçons à prendre dans la Ieç-
(1) Tome 1. page 228,
716 INSTITUTIONS
ture des précieux volumes publiés par Rambach, Daniel, et
autres Luthériens dont les travaux sont indiqués ci-après.
Mais si l'Allemagne Protestante semble sous l'empire d'une
réaction en faveur de la forme religieuse, il ne faut pas croire
pourtant que tous les Catholiques partagent les désastreuses
théories que M. de Keller(l) et une partie notable du Clergé
cherchent à faire prévaloir. Graceà Dieu, laplus belleet la pins
solennelle protestation est placée en face même de ces hon-
teuses apostasies. Nulle contréeCatholique aujourd'hui ne sau-
rait montrer des hommes plus érudits et en même temps plus
intelligents, que l'Allemagne elle-même. Nommer Mœhler,
Klce, Gœnes, Windischmann , etc.; et spécialement pour
la Liturgie, Binterim, F. X. Schmid, etc., c'est prédire le
mouvement d'ascension que ne peuvent manquer de subir
les doctrines Catholiques dans le pays qui produit de tels
hommes. Au reste, nous ne tarderons pas à dérouler sous
les yeux du lecteur la liste magnifique, quoique incomplète,
des liturgistes Allemands de ce siècle.
Disons maintenant un mot du triomphe de l'Eglise Catho-
lique dans la cause de Clément-Auguste Droste de Vische-
ring, Archevêque de Cologne. Quel cœur catholique n'est
ému de reconnaissance et d'admiration pour ce nouvel Atha-
nase, dont le courage indomptable sauve à jamais la foi et la
discipline dans l'Eglise d'Allemagne, contraint les puissances
(1) En ce moment même, les journaux nous apprennent que M. de
Kj-ller vient de prendre, à l'égard du gouvernement de Wurtemberg,
une attitude plus épiscopa'e. I! a adressé des réclamations snr l'oppres-
sion q<ie souffre l'Eglise dans ce pays. Puisse enfin ce Prélat reculer dans
la ligne malheureuse qu'il a adoptée, et comprendre que le Catholi-
cisme cesse d'exister, quand sa forme et sa liberté lui sont enlevées, et
que toutes les atteintes dirigées contre cette forme et cette liberté ,
ont leur contre-coup sur la foi elle-même, sur la morale et sur la hié-
rarchie !
LITURGIQUES. 717
du siècle à recaler dans leurs perfides manœuvres, rend le
sentiment de leur devoir à des Prélats et à des Prêtres dont
la conscience pactisait avec la trahison, inonde ie cœur des
fidèles de cette joie et de cette espérance que le sentiment
seul du Catholicisme peut faire ressentir? Or, la source de
celte victoire éclatante, dont les conséquences ne sauraient
être comprimées, est la fidélité de Clément-Auguste aux
principes de la Liturgie; comme aussi l'espérance des en-
nemis de l'Eglise était dans le renversement de ces mêmes
principes. Si donc les traîtreuses théories du Congrès de
Vienne sont refoulées, si la marche du système qui tendait
à produire l'unité Germanique au moyen du Protestantisme
est aujourd'hui en voie de rétrograder, c'est parce que Clé-
ment-Auguste , fidèle à la voix du Siège Apostolique , ne
veut pas qu'une formule de quelques lignes dans le Rituel
Romain, soit prononcée sur des époux indignes du nom de
Catholiques, tandis que le Roi de Prusse voulait, au con-
traire, que cette formule sacrée fût prostituée jusqu'à servir
d'égide à l'apostasie.
Donc, la doctrine, les mœurs, l'Eglise, tout s'est réfugié,
concentré pour l'Allemagne, dans cette question liturgique ;
c'est de là que l'Hermésianisme est terrassé, parce que le
glorieux Confesseur dont il a éprouvé les indomptables pour-
suites est désormais proclamé le sauveur de la foi; c'est de
là que le Fébronianisme est confondu, parce que la soumis-
sion au Pontife Romain ne saurait être prêchée plus élo-
quemment que par la captivité d'un Archevêque, si docile
au Siège Apostolique ; c'est de là que le plus tonnant de tous
les anathêmes éclate contre les mariages mixtes, dont la dé-
sastreuse multiplication allait à éteindre sous peu d'années
la vraie foi dans de vastes Provinces, et qui deviennent
désormais odieux à tous ceux qui ont gardé dans leur cœur
718 INSTITUTIONS
un reste de ce sentiment de nationalité catholique qui ne
s'éteint que lentement dans le cœur des enfants de l'Eglise;
c'est de là enfin que sortira l'affranchissement religieux , non
seulement de la Prusse et des provinces Rhénanes, mais en
général des diverses autres régions de l'Allemagne dans les-
quelles les mariages mixtes allaient ruinant la foi de jour en
jour, par l'indifférence et trop souvent la complicité des Pas-
teurs. Que maintenant donc les peuples Catholiques envi-
ronnent de leur amour ces livres de la Liiurgie qui renferment
ainsi le salut de la foi, et qu'on ne peut mépriser sans mettre
en péril le dépôt tout entier de la révélation de Jésus-Christ.
Dieu donne toujours en leur temps ces sortes de manifesta-
tions, et il se plaît souvent à confondre l'irréflexion des
hommes de peu de foi, en montrant que, dans l'Eglise, ce qui
paraît moindre importe néanmoins tellement à l'ensemble,
que cet ensemble périt du moment qu'une main profane
touche à ces parties qu'un œil superficiel a jugées secon-
daires. Ainsi , Martin Luther aura enlevé l'Allemagne au vrai
Christianisme, en prêchant contre les Indulgences ; Clément-
Auguste la rattache à l'Eglise véritable, en maintenant, au
prix de sa liberté et de son sang, s'il le faut, la sainte franchise
du Rituel aux mains de ses Prêtres. Tels sont les événements
qui se pressent en notre siècle; passons maintenant en An-
gleterre: un spectacle non moins merveilleux nous y attend.
Tout le monde aujourd'hui est forcé de convenir que l'o-
racle du sublime Joseph de Maistre, sur la Grande-Bre-
tagne, est au moment de s'accomplir. Le règne de Dieu et
de son Eglise approche pour l'Ile des Saints. Or, nous l'af-
firmons tout d'abord, la cause principale de ce retour à l'an-
tique foi, de celte dissolution du Protestantisme Anglican,
tandis que le Presbytérianisme, le Méthodisme tiennent
encore , n'est pour ainsi dire que le développement de
LITURGIQUES. 7dÔ
l'élément liturgique que la plus heureuse inconséquence
avait conservé au sein de Y Eglise- Etablie. Son Calendrier
où figurent encore les Saints , ses livres d'Offices presque
toujours traduits littéralement sur ceux de l'Eglise Romaine,
ses habits sacerdotaux, ses ornements pontificaux retenus
dans leur forme catholique, ses Cathédrales et autres édi-
fices religieux conservés, restaurés, entretenus avec un soin
pour ainsi dire filial, etc. (I); toutes ces choses n'étaient pas
de simples anomalies; il fallait y voir les indices d'une réac-
tion future. Quand on pense que long-temps avant la fin du
dix-septième siècle, deux Anglicans, Dugdale et Dodsworth,
publiaient le Monasticon Anglicanum , préludant ainsi, long-
temps à l'avance, aux travaux que les Catholiques eux-
mêmes entreprendraient pour mettre en lumière les gran-
deurs et les bienfaits du Monasticisme; quand on se rappelle
la faveur avec laquelle cette publication fut accueillie en
Angleterre, et le zèle avec lequel tous les ordres de la so-
ciété, même les acquéreurs des biens monastiques, s'offrirent
à subvenir aux frais des nombreuses gravures qui enrichissent
l'ouvrage, sans autre but que de conserver le souvenir des
antiques merveilles de l'architecture papiste ; il est facile de
comprendre que du momentoùdemesquinset cruels préjugés
fl) C'est ici le lieu de rappeler, avec Joseph de Maistre, les vers
de Dryden, sur le caractère de l'Eglise Anglicane : « Elle n'est pas
«l'épouse légitime, mais c'est la maîtresse d'un Roi; et quoique fille
«évidente de Calvin, elle n'a point la mine effrontée de ses sœurs.
«Levant la tête d'un air majestueux, elle prononce assez distinctement
«les noms de Pères, de Conciles , de Chefs de l'Eglise : sa main porte la
» crosse avec aisance ; elle parle sérieusement de sa noblesse ; et sous le
«masque d'une mître isolée et rebelle, elle a su conserver on ne sait
«quel reste de grâce antique, vénérable débris d'une dignité qui n'est
«pl'is. (Dryden. The hînd and the Panthcr. )
720 INSTITUTIONS
viendront à disparaître , cette nation devra se précipiter avi-
dement dans la vérité antique et grandiose du Catholicisme.
C'est déjà ce qui arrive aujourd'hui; d'abord, les conver-
sions individuelles ont augmenté dans une proportion toujours
croissante, au point d'arracher un cri d'alarme à l'Anglica-
nisme; mais bientôt la brèche s'est agrandie; la profonde et
large blessure faite à l'Eglise de Henri VIII et d'Elisabeth, a
apparu plus désespérée encore qu'on ne l'aurait cru; et qui
la guérirait, celte blessure, maintenant que la défection est
déclarée dans le camp même de ces Docteurs d'Oxford, aux-
quels semblait être dévolue la défense de l'Eglise- Etablie?
Déjà le Papisme triomphant les décime chaque jour, et ceux
qui ne se rendent pas extérieurement à lui préparent, sans le
vouloir, un retour plus universel encore, en publiant ces fa-
meux Traités sur le temps présent qui, sous le prétexte d'ar-
rêter le mouvement Catholique par des concessions modérées,
ne font autre chose que l'accélérer. Or, c'est principalement
sur les choses de la Liturgie que les disciples du Docteur Pusey
conviennent qu'il est utile d'abonder dans le sens des usages
Catholiques; le culte Anglican, si pompeux déjà comparé à
celui des Calvinistes, leur semble encore trop nu et trop
froid. Ils ont vu dans la tradition des Pères de l'Eglise, dont
l'autorité est déjà réelle pour eux, ils y ont vu que plusieurs
des cérémonies papistes remontent au berceau du Christia-
nisme; ils songent à les rétablir. Un vague besoin delà Pré-
sence Réelle les travaille; en attendant, il leur faut des Images
saintes, et les Reliques ne tarderont pas à devenir l'objet de
leur dévotion. Bien plus, ils en sont venus jusqu'à comprendre
la nécessité de la Prière Canoniale; ils parlent de rétablir la
récitation de l'Office divin ; plusieurs même l'ont déjà osten-
siblement reprise, et voici les étonnantes paroles qui leur
échappent sur ce Bréviaire Romain , si odieux pourtant aux
LITURGIQUES. 721
hérétiques et si imprudemment repoussé par plusieurs Ca-
tholiques : c'est un des Traités pour le temps présent que
nous allons citer (1).
« Le service de prière du Bréviaire est d'une telle excel-
» lence et d'une telle beauté, que si les controversistes Ro-
umains étaient assez avisés pour le présenter aux Protestants
» comme le livre de prière de leur Eglise , ils produiraient
» infailliblement sur l'esprit de tout dissident non prévenu
» un préjugé en leur faveur Nous essaierons donc d'ar-
» radier cette arme aux mains de nos adversaires; nous la
» leur avons abandonnée autrefois, comme bien d'autres
» trésors qui nous appartiennent aussi bien qu'à eux, et nous
» n'avons garde de penser que, nos droits étant ce qu'ils sont,
» on puisse nous reprocher d'emprunter chez nos adver-
» saires ce que nous n'avons perdu que par mégarde. »
L'auteur de la dissertation que nous venons de citer, après
plusieurs aveux dans lesquels la plus noble franchise se
montre souvent en lutte avec un reste de morgue protes-
tante, trace une courte histoire du Bréviaire Romain, dans
laquelle il dit expressément que, quant aux parties princi-
pales, ce Bréviaire est aussi ancien que le Christianisme lui-
même. Parlant de la réforme liturgique de saint Grégoire Vif,
au onzième siècle, il dit : « Grégoire VII n'a fait que reslau-
» rer et adapter plus parfaitement aux Eglises le service de
» prière du Bréviaire, en sorte que, dans sa forme actuelle,
» tant pour la distribution des heures que dans sa substance,
» il n'est autre chose que la continuation d'un système de
» prière qui date des temps apostoliques. »
(i) Tome III, paragraphe 75. Du Bréviaire Romain considéré comme
renfermant l'essence du culte de prière de l'Eglise Catholique. Celte
dissertation n'a pas moins de 207 pages.
t. h. 46
722 INSTITUTIONS
Le Docteur Anglican traite ensuite du fond et de la forme
du Bréviaire, et les détails qu'il donne font voir qu'il n'a pas
craint d'approfondir la matière, et que c'est avec une entière
connaissance de cause qu'il relève le mérite du livre des
prières Papistes. Il commence par une analyse du Service
Hebdomadaire ( Psalterium per hebdomadam (1). Il passe
ensuite au détail de l'Office du Dimanche , et donne en en-
tier, pour exemple, l'Office du IVe Dimanche après la Pen-
tecôte (2). De là, descendant à l'Office Férial, il produit
celui du Lundi de la première Semaine de l'Avent (3). Le
service de prières d'un jour de fête est représenté par l'Office
de la Transfiguration (4). Il n'est pas jusqu'à l'Office d'un
Saint qui ne soit analysé en détail par l'auteur, et, à l'appui
de son exposé, il donne l'Office de saint Laurent (5). Enfin,
et ce n'est pas la partie la moins curieuse de cette Disserta-
tion, l'auteur, dans une sixième section, après avoir exprime
le vœu de voir l'Eglise Anglicane adopter, pour célébrer la
mémoire de ses Saints, la forme du Bréviaire Romain, ré-
dige à l'avance l'Office de Thomas Ken, Evêque de Bath, mort
en 1710, et place sa fête au 21 mars. Nous renvoyons cette
pièce curieuse dans les notes du présent chapitre (6). Certes,
on devra avouer, après cela, que le mouvement qui pousse
l'Angleterre vers le Catholicisme est surtout un mouvement
liturgique. Terminons par un dernier passage de la même
Dissertation.
t Avant la Réforme, dit encore l'auteur, l'Eglise observait
(1) Pages 17-25.
(2) Pages 26-86.
(3) Pages 87-96.
(4) Pages 97-116.
(5) Pages 117-134.
(6) Vid. la note C.
LITURGIQUES. 723
r> chaque jour les sept heures du service de la prière , et
» quelque négligemment, si l'on veut, que ce service fût pra-
tiqué par plusieurs, on ne saurait manquer de reconnaître
» qu'il a exercé une grande influence sur les esprits, et que
» sa cessation a laissé des traces encore visibles aujourd'hui.
» En effet, partout où ce service de prières a été établi, un
» grand nombre de personnes remplies d'un esprit catholique
» n'ont pas seulement écrit sur la prière, mais beaucoup aussi
> l'ont pratiquée dans leur vie. Au contraire, depuis que cette
» forme de prières est effacée de la mémoire du peuple,
» les livres sur la prière sont devenus chez nous une chose
*rare, et le peu que l'on en rencontrerait encore est dû à
* des personnes qui ont vivement senti l'obligation où nous
x> sommes de nous donner davantage à la prière. De plus, il
» est très certain que toute religion , quelque forme qu'elle
> ait d'ailleurs, si elle n'est pas appuyée sur la dévotion exté-
» Heure et sur la prière réglée et commune, doit être néces-
t> sairement mauvaise dans son essence (1). » Encore une fois,
le Royaume de Dieu approche pour une nation au sein de
laquelle se répandent de pareilles doctrines, et nous ne
pouvons que souhaiter àjous nos frères de France une
entière compréhension de ces dernières paroles de notre
Anglican.
Si le progrès des tendances liturgiques accélère la marche
de l'Angleterre vers la vérité et l'unité Catholiques, il est
d'autres contrées où la compression de ces mêmes tendances
amène les résultats contraires. D'immenses provinces , sou-
mises à la domination de l'Autocrate Nicolas, voient s'éteindre
le flambeau de la foi, dans les jours même où nous écrivons
ces lignes, et les changements dans la Liturgie sont le moyen
(i) Page 73,
724 INSTITUTIONS
par lequel cette catastrophe est opérée : tant il est vrai ,
comme nous l'avons dit ailleurs, que la Liturgie est un glaive
à deux tranchants qui, dans les mains de l'Eglise, sauve les
peuples, et qui , aux mains de l'hérésie , les immole sans re-
tour.
Nous avons caractérisé , au chapitre IX , ces Liturgies
orientales, vénérables sans doute par leur antiquité, mais qui
n'en ont pas moins été un obstacle invincible à toute réu-
nion durable de l'Eglise Grecque avec l'Eglise Latine, depuis
la première consommation du schisme. Nous avons fait voir
aussi de quelle triste immobilité ces mêmes Liturgies ont été
frappées, impuissantes qu'elles sont, depuis huit siècles, à
tout développement; tandis que la Liturgie Romaine n'a
cessé, à chaque époque, de produire de nouvelles formes, sans
altérer le fonds antique par lequel elle tient à l'origine même
du Christianisme. Il est aisé de conclure de ces faits incon-
testables, que toute réunion des deux Eglises, pour être du-
rable, devrait avoir pour auxiliaire une modification dans la
Liturgie orientale, qui la mît plus ou moins en rapport avec
les développements des formes catholiques dans l'Occident.
La fraternité devrait donc être scellée par certaines déroga-
tions à des usages, antiques, il est vrai, mais sacrifiés au plus
noble but; puisqu'il s'agirait d'aspirer, dans une plus grande
plénitude , cette vie dont l'Eglise Romaine est la source, et
dont on suppose que le désir sincère aurait motivé la re-
nonciation au schisme.
C'est là précisément ce qui avoiteu lieu dans la Lithuanie,
depuis la réunion de cette vaste province à l'Eglise Romaine,
dans le Concile fcrue le Métropolitain Michel Rahoza tint en
1894, à Bressici, et qui fut confirmé par le Pape Clé-
ment VIII. On y posa en principe la nécessité de modifier
certains rites dans le sens du Concile de Florence, et les dis-
LITURGIQUES. 725
positions prises à ce sujet furent observées également par
les autres provinces soumises à la Russie , dans lesquelles
l'union avec le Saint Siège existait déjà, ou fut rétablie à la
même époque. Plus lard, en 1720, Léon Kiszka, Métropoli-
tain de toute la Russie , dans un Concile tenu à Zamosk ,
s'appliqua principalement à spécifier dans des règlements
détaillés la différence entre les rites Grecs schismatiques et
les rites Grecs-unis. Il fixa les cérémonies, particulièrement
celles pour la célébration de la Messe; et l'autorité des ré-
solutions prises à Zamosk fut si grande, elles furent jugées
si conformes aux besoins des Eglises Grecques-unies, qu'elles
furent unanimement embrassées par le Clergé de la Gallicie,
de la Hongrie, de TEsclavonie, de la Dalmalie, de la Croa-
tie, etc. (1).
Quoique la lettre de la Liturgie Byzantine fût exactement
conservée dans les Missels Slaves à l'usage des diverses Eglises
du rite Grec-uni dont nous venons de parler, ces Missels ,
outre l'article de la Procession du Saint-Esprit , la prière
pour le Pape, l'addition de certaines Fêtes ou Commémo-
rations de Saints, renfermaient plusieurs Rubriques dans les-
quelles il était pourvu à la forme des cérémonies d'une ma-
nière différente de ce qui s'observait chez les schismatiques.
Ces Missels étaient donc la forteresse de la foi et de l'unité.
Ceux qu'on trouvait dans les Eglises Catholiques soumises à
(1) Nous devons observer ici que des modifications du même genre
ont été faites, depuis des siècles, dans les rites des Grecs-unis de l'I-
talie, de la Corse, delà Sicile, des Iles de l'Archipel, etc., par l'autorité
des Pontifes Romains. C'est un préjugé Janséniste de croire qu'il y ait
au monde une seule Eglise unie au Saint Siège qui soit indépendante
de Rome dans les choses de la Liturgie. On peut consulter sur ce sujet
le Bullaire Romain, et les Décrets de la Congrégation de la Propagande ;
on y verra jusqu'à ces derniers temps l'exerçipe du pouvoir Papal sur
les rites des Eglises orientales,
726 INSTITUTIONS
la Russie avant Phorrible persécution qui vient de fondre sur
elles, sont le Missel de 1659, donné parle Métropolitain Cyprien
Zachowski , dédié au Prince Charles-Stanislas Radziewil ;
celui de 1727, publié par le Métropolitain Kiszka; celui de
1790, imprimé par ordre du Métropolitain Szeptycki; enfin,
le plus récent, promulgué, il y a peu d'années, par le Métro-
politain Joseph Bulhack (1).
On peut rapporter les diverses modifications de la Liturgie
Grecque dans le sens Romain à deux classes ; la première,
moins considérable, dans le Rituel, se compose de certaines
additions aux cérémonies dcsSacrements, par exemple, l'onc-
tion des mains dans la collation de l'ordre de Prêtrise^etc; la
seconde, dans le Missel, a pour objet les démonstrations de
piété et d'adoration envers le divin Sacrement de l'Eucha-
ristie. Sous ce dernier rapport, l'Eglise Orientale, au sein de
laquelle l'erreur des Sacramcntaires n'a point étendu ses
ravages, est restée beaucoup en retard de l'Eglise Latine qui
s'est vue obligée de multiplier les témoignages liturgiques
de sa foi et de son amour pour le Sacrement de l'Autel , en
proportion des attaques de l'hérésie. Mais on sentira facile-
ment que ces développements de cuite, si légitimes en eux-
mêmes, en supposant môme que les Eglises d'Orient puissent
encoie surseoir à leur adoption, sont devenus absolument
nécessaires dans les Eglises de l'Occident , qui a été si
violemment ravagé par les adversaires de la Présence Réelle.
Ces derniers neprendraienl-ils pas scandale de ce que, parmi
les enfants de l'Eglise Romaine, les uns ne fléchissent pas
même le genou devant l'Hostie sainte, tandis que les autres
(1) Nous empruntons ces détails à ia Lettre des cinquante-quatre
Prêtres Catholiques de Lithuanie, qui ont réclamé pour la foi et l'u-
nité Catholique auprès de l'Evoque Siemazko. ( annales de Philosophie
Chrétienne Xe année. III* série. Tome I, )
LITURGIQUES. 727
n'ont point assez de marques d'adoration à lui prodiguer?
Et les fidèles du rite Grec-uni ne seraient-ils pas blessés dans
leurs plus chères affections religieuses, s'il ne leur était pas
permis de pratiquer, à l'égaLdes Catholiques du rite Latin ,
auxquels ils sont mêlés , ces actes religieux qui ne sont ,
après tout, que la manifestation d'une même foi?
Il est donc résulté de là que sitôt après la réunion de
1594, l'usage d'exposer le Saint-Sacrement les jours de Fêtes
et de Dimanches s'est introduit, à la grande satisfaction des
Catholiques, dans la Lithuanie et les autres provinces du
rite uni; les génuflexions, les adorations profondes à la
sainte Eucharistie sont devenues des pratiques communes et
dès-lors réglées par des Rubriques spéciales. Mais comme la
piété Catholique ne se contente pas d'adorer le Verbe in-
carné, dans le divin Sacrement , mais qu'elle aspire encore
à s'en nourrir comme de l'aliment de vie , les entraves que
la Liturgie orientale met à la Communion fréquente ont dû
pareillement céder devant l'empressement légitime des fi-
dèles. Dans le rite Grec , il ne doit y avoir pour la célébra-
tion de la Messe qu'un seul autel , lequel doit être retranché
derrière ce rempart qu'on nomme Iconostase, espèce de por-
tique décoré d'Images saintes, qui laisse à peine l'œil péné-
trer furtivement jusqu'à l'autel, et qui se ferme totalement
aux instants solennels du saint Sacrifice. Ces usages sévères
se sont trouvés modifiés comme d'eux-mêmes. L'autel du fond
est demeuré , il est vrai , retranché derrière Y Iconostase, en
plusieurs lieux ; mais dans beaucoup d'Eglises, Y Iconostase
a été sacrifiée, et, dans presque toutes les autres, des autels
extérieurs onlété construits en divers endroits de l'édifice, à la
manière Latine. Ces autels servent aux Messes privées qui sont
inconnues aux schismatiques, tandis qu'elles sont, pour les Ca-
tholiques, l'aliment de la piété, l'occasion facile d'approcher
728 INSTITUTIONS
fréquemment des saints Mystères et de resserrer le lien de l'u-
nité. Enfin, ces autels multipliés, afin que la Victime sans cesse
renaissante se multiplie comme la manne du ciel qui en était
la figure, ces autels que la foule des fidèles environne dans
une sainte familiarité, ces autels qui voient célébrer un Sa-
crifice journalier, demandent un Clergé digne de les desser-
vir, un Clergé voué à la chasteté; et voilà pourquoi, en
attendant une heureuse révolution qui astreindrait le Clergé
séculier au célibat , les Grecs-unis des contrées dont nous
parlons professent une si grande vénération pour les Moines
Basiliens, que leur profession de chasteté, qui rehausse en-
core en eux le zèle de la foi, rend aptes à la célébration
journalière du grand Sacrifice.
Il est donc évident, d'après ces faits, que la Liturgie
Grecque, chez un peuple uni à l'Eglise Romaine, tend
naturellement vers des développements destinés a" faire pé-
nétrer en elle les formes du Christianisme occidental, et ca-
pables dans un temps donné , d'altérer plus ou moins, par
l'effet même d'un tel progrès, sa physionomie primitive. Et
nous n'avons garde d'en disconvenir; mais dans un pays dont le
souverain s'est fait chef de la religion, en sorte que les formes
du culte sont désormais fixées parla loi de l'Etat, on conçoit
que la politique voie avec inquiétude et jalousie un mouve-
ment imprimé à ces mêmes formes par des sujets dissidents.
Un tel progrès devient un attentat contre la Liturgie légale et
immobile, au moyen de laquelle l'Autocrate espère comprimer
tout mouvement religieux, comme attentatoire à sa souverai-
neté spirituelle. Ce fut le motif qui arrêta promplement les
velléités que Pierre Ier sembla manifester quelques instants de
replacer son Empire sous la communion Romaine. Plus tard,
Catherine If, après le partage de la Pologne ( cette affreuse
calamité que tout vrai Catholique ne saurait trop déplorer ).,
LITURGIQUES. 729
devenue maîtresse de la Lilhuanie, de la Volhinie, de la Po-
dolie et de l'Ukraine , employa toutes sortes de violences
contre les Grecs-unis de ses nouveaux Etats, et l'on n'en
compta pas moins de trois millions réunis violemment à l'E-
glise schismatique, et privés désormais de tout moyen de
suivre les rites qui étaient l'expression et la défense de leur
foi.
Le feu de la persécution se ralentit un peu sous Paul Ie%
sans qu'il fût permis néanmoins aux Catholiques du rite
Grec-uni , arrachés violemment à leurs croyances et à leurs
pratiques, de retourner à l'ancien culte. Alexandre Ier régna
ensuite, et s'il ne persécuta pas les Grecs-unis, il ne fit rien
non plus en leur faveur ; si ce n'est, peut-être, d'autoriser le
rétablissement du titre de la Métropole d'Halicz ; encore pro-
céda-t-il en cette mesure sans le concours du Saint Siège. Des
bouleversements inouis , des suppressions , réductions et
unions de Sièges épiscopaux, des nominations d'Evêques faites
par l'autorité laïque et même schismatique, avaient jeté une
grande confusion dans toutes les provincesRusses habitées par
les Grecs-unis : la mission légitime avait cessé, et, partant, la
vie des Eglises éprouvait une suspension désolante. Enfin, en
4817, il fut possible au Siège Apostolique de remédier, au
moins en quelque degré, à de si grands maux. Joseph Bu-
lack, élève de la Propagande, ayant été désigné par l'Empe-
reur pour Métropolitain de toute l'Eglise Grecque unie, Pie VII
lui conféra l'Institution Canonique, avec des pouvoirs extraor-
dinaires, pour réparer tout ce qui s'était fait d'irrégulier
pendant la période d'anarchie spirituelle qui venait s'écouler.
Bulack fut autorisé à donner lui-même l'Institution Canonique
a tous les Evêques de son rite qui ne l'avaient pas reçue, et, par
ses soins, les Eglises qui étaient restées dans l'union avec le
Saint Siège recouvrèrent une ombre de libellé . et accueil?
730 INSTITUTIONS
lirent quelques lueurs d'espérance ; car l'esprit du Bienheu-
reux Martyr Josaphat s'était reposé sur le pieux et fidèle
Métropolitain Joseph.
Mais les Catholiques ne tardèrent pas à perdre toute il-
lusion sur le sort qui les attendait. En 1825, Nicolas Ier monta
sur le trône impérial de toutes les Russies, et avec lui la plus
abominable tyrannie. Ce Prince résolut d'en finir avec l'Eglise
Catholique dans ses Etats ; mais sa rage s'attaqua principale-
ment aux faibles restes des Grecs-unis. Méprisant profondé-
ment l'espèce humaine, il ne compta pour rien la résistance
du peuple et même celle des popes; le knout et la Sibérie de-
vaient en faire bonne justice. Mais l'épiscopat pouvait offrir
une résistance plus éclatante; il importait donc de l'anéantir,
ou, du moins , de le dégrader. Nicolas a d'abord , en 1825,
supprimé PEvêché de Luck, à la mort du titulaire. Un nouvel
ukase, en 1832, enchérissant encore, est venu décider que
désormais les sujets Russes du rite Grec-uni ne formeront
plus que deux Diocèses, celui de Lithuanie et celui de la
Russie Blanche; par cette mesure sacrilège, l'épiscopat se
trouvant réduit à deux membres , ou quatre au plus , en
comptant les Vicaires-Evêques des deux Prélats, il devenait
facile d'étouffer la foi Catholique, en employant la violence
et la corruption contre des hommes faibles et isolés.
Le résuitat de cet impie machiavélisme ne s'est pas fait
attendre long-temps. Le pieux Joseph Buihack a été enlevé
trop tôt pour le malheur de son Eglise, et il a. emporté dans
sa tombe la liberté et la foi. Les Sièges de Luck, de Minsk,
de Polotzk, se trouvaient déjà vacants, et à l'exception de
Philippe-Félicien Szumborski, Evêque deChelm,au Royaume
de Pologne, il n'y avait plus en exercice dans toute la Russie
que trois Evêques du rite Grec-uni. Ces Prélats étaient Joseph
Siemaszko, qui s'intitule, de par l'Empereur, Evêque de Li-
LITURGIQUES. 731
thuanie; Basile Luzynski, dit Evêque d'Orsza , établi par Ni-
colas gérant du Diocèse de la Russie Blanche ; et Antoine
Zubko, institué, également par l'Autocrate, Vicaire du Dio-
cèse de Lithuanie, avec le titre d'Evêque de Bresta. Ces trois
malheureux Prélats, que l'histoire flétrira de la même honte
qui s'attache au nom du Disciple perfide , et que l'indigna-
tion du Pontife Romain a déjà marqués d'un stigmate ineffa-
çable, ont livré au schisme et à l'hérésie les âmes de leurs
peuples, et par eux la lumière du saiut s'est éteinte sur de
vastes contrées où leur devoir était de la conserver et de l'ac-
croître. Ils ont adressé au tyran , sous la date du 12 février
1859 , une supplique, en les termes les plus humbles , ten-
dante à obtenir la faveur a'ètre acceptés par Sa Majesté,
eux*:nêmes, leur Clergé et leurtroupeau, dans la communion
ùel'Eglise Apostolique-Orthodoxe- Catholique- Grecque (1), et
cette horrible prévarication a consommé la perte d'un mil-
lion et demi de Catholiques, dans la seule Lithuanie.
Au reste, ces Pasteurs mercenaires ont voulu en imposer à
la conscience publique, quand ils ont osé affirmer qu'ils for-
maient , à eux trois , tout l'épiscopat Grec-uni de la Russie.
Outre i'Evêque de Chelm que nous avons nommé ci-dessus,
Prélat fortement attaché à la Catholicité, deux autres Evêques
ont refusé de souscrire l'acte de schisme ; l'un est le Prélat
Zarski, Evêque in partions , et l'autre le Prélat Joszyf,
membres l'un et l'autre du Collège Grec-uni de Saint-Péters-
bourg. En outre , les trois Evêques apostats ont joint à leur
supplique les signatures de mille trois cent cinq Ecclésias-
tiques, qu'ils assurent composer la totalité du Clergé Grec-
uni; et, d'autre part, on sait qu'en 1854, cinquante-quatre
Prêtres Lithuaniens protestèrent contre les tentatives de
(1) Jnna'es (te Philosophie Chrétienne, Ibid. pag. 234.
752 INSTITUTIONS
Siemaszko pour établir le schisme. 11 est vrai de dire que, de-
puis, la violence a produit de bien tristes effets sur la plupart
de ces Popes, tous engagés dans les liens du mariage et ré-
duits à choisir entre leur devoir et l'exil en Sibérie.
Maintenant, il importe de faire connaître le double moyen
employé par l'Autocrate pour accomplir son œuvre et pour en
assurer la durée. Il a tout consommé par la suppression de
l'Ordre des Basiliens, le seul qui existât chez les Grec-unis,
et par l'adoption forcée de nouveaux livres liturgiques.
Habile dans la tactique des gouvernements européens,
quand ils veulent asservir l'Eglise, Nicolas a suivi fidèlement
tous les degrés qu'ils gardent dans l'exécution de ce plan sa-
crilège. Ainsi, pour anéantir les Basiliens , il a commencé
par les soumettre aux Ordinaires; en second lieu, il les a
entravés dans l'admission des Novices ; la troisième mesure
a été la confiscation des biens; enfin, la quatrième , qui a
tout terminé, a été, en 1832, la suppression définitive de
l'Ordre lui-même. Du moins , la voix d'un Evêque s'est élevée
contre cette machiavélique et atroce persécution ; le pieux
Prélat Szezyt, suffragant de l'Archevêché de Mohilow, du rite
Latin, a osé faire entendre des réclamations contre la sup-
pression des Basiliens , et contre celle d'un grand nombre
d'autres Monastères du rite Latin qui ont été abolis, jusqu'au
nombre de 221 , dans la seule Métropole de Mohilow. Ce
courage apostolique n'a pas tardé non plus à recevoir sa ré-
compense. Le Prélat s'est vu arracher violemment à son
troupeau et reléguer jusqu'aux extrémités de l'empire. Les
instances de la noblesse ont pu seules obtenir qu'il ait enfin
été rendu à l'exercice de sa charge pastorale (i).
(1) Nous devons mentionner ici un autre Prélat du rite Latin, que
sa conduite pleine (Je courage désigne à l'admiration et à la recon»
LITURGIQUES. ' 755
Pendant qu'on travaillait à ruiner l'Ordre des Basiliens ,
ces Prêtres célibataires dont l'influence était si grande sur
les Grec-unis, et qui leur garantissaient le bienfait de la cé-
lébration journalière du Sacrifice chrétien , les presses im-
périales de Moscou enfantaient, en 1851, un Missel destiné
à remplacer dans les Eglises Grecques-unies celui du véné-
rable Joseph Bulhac et de ses prédécesseurs. Ce Missel tota-
lement conforme à celui des Sehismaiiques ne différait guère
de l'ancien que par ses omissions. On y supprimait l'article
de la Procession du Saint-Esprit , la mention du Pape , et
aussi les diverses Rubriques tendantes à manifester par des
rites spéciaux la foi dans le mystère de la Présence Réelle.
Faire accepter ce Missel aux Eglises Grecques-unies , c'était
donc les replonger dans le schisme , en même temps que
déclarer la Liturgie impuissante à tout développement,
quelque légitime qu'il soit. Nous avons signalé ailleurs ce
caractère judaïque de la Liturgie dans les Eglises d'Orient.
Dès lors , le gouvernement russe a senti que tout était
gagné pour son système s'il parvenait à introduire ce nou-
veau Missel dans les Eglises Grecques-unies; cet attentat
devenait facile depuis la suppression des Basiliens , la mort
naissance de tous les Catholiques. En 1835, le gouvernement de Var-
sovie ayant publié un édit qui enjoignait à l'Evoque de Podlachie,
Mgr. Gutkowski, de faire disparaître des bibliothèques ecclésiastiques
de son Diocèse un livre qui traite de la Concorde et de la Discorde des
Grecs et des Latins , le Prélat a refusé de se soumettre à cette injonc-
tion, par laquelle on lui demandait de trahir les intérêîs d'une religion
dont il est le défenseur naturel. I! n'a pas montré moins de vigueur en
supposant de toutes ses forces a l'exécution du décret impérial qui
ordonne que les enfants issus des mariages entre les Grecs et les Latins
seront, sans distinction, élevés dans la religion Grecque. Depuis près
de dix ans, ce généreux confesseur de la fui et de la liberté de l'Eglise
et chassé de sa ville épiscopale, et contraint d'errer à travers son
Diocèse , sans demeure fixe et en butte à toutes les persécutions,
INSTITUTIONS
ou la défection des Evêques de ce rite. Nous apprenons par
une lettre du Ministre de l'intérieur à l'Empereur Nicolas,
en date du 30 avril 1857 (1) , que, dès celte époque , la plus
grande partie des Eglises Grecques-unies, tant des villes que
des campagnes, était déjà pourvue du nouveau Missel. On
avait enlevé les anciens par violence, et dans la crainte que
les usages extérieurs empruntés à l'Eglise Latine ne demeu-
rassent comme une protestation contre ia suppression des
Missels Catholiques, l'Autocrate avait pris des mesures ma-
térielles pour anéantir toutes les tendances vers les habitudes
de piété du catholicisme. Ainsi , dans l'espace de trois ans
( de 1834 à 1837 ) , on avait rétabli la barrière des Iconos-
tases dans trois cents dix-sept Eglises de l'Epurchie Lithua-
nienne; afin que désormais l'autel cessât d'être aussi ac-
cessible à la religion des peuples. Les autels latéraux,
qui, dans les Eglises même dont les Iconostases avaient été
conservées, étaient en dehors de cette barrière et si favo-
rables à la célébration des Messes privées, avaient été démo-
lis ; on avait conservé seulement ceux de ces autels dont
l'emplacement et la construction se trouvaient liés inévita-
blement à la disposition architecturale de l'Eglise. Plusieurs
Eglises en effet, surtout dans les derniers temps, avaient été
bâties d'après un système déplus en plus rapproché de celui
des Latins , dans lequel le nombre et le placement des autels
est d'une si grande importance. Au reste, si le gouverne-
ment russe consentait à ne pas démolir ces autels, c'était en
défendant qu'on y célébrât désormais le saint sacrifice (2).
Mais ce que nous disons ici ne montre point encore assez la
rage dont les Schismatiqucs russes sont animés contre les
(1) Jnnales de Philosophie Chrétienne-. Ibidem. Pages 240-242.
(2) Ibidem.
LITURGIQUES. 735
formes liturgiques des Latins. On conçoit que la majesté de
l'Autocrate se sente instinctivement blessée des honneurs ren-
dus à PHomme-Dieu , dont les Grecs-Unis dressaient le trône
quand ils exposaient le Saint-Sacrement , auquel ils prodi-
guaient les marques extérieures d'adoration; après tout,
c'est une véritable cour, avec toutes ses assiduités et tous
ses honneurs , que le Catholicisme tend à former autour du
Tabernacle Eucharistique. Mais croirait-on que le Tyran en
est venu jusqu'à se montrer jaloux de la sonnette que les
Grecs-unis avaient empruntée des Latins , pour marquer les
principaux instants du sacrifice et réveiller l'attention des
fidèles? Le Ministre de l'Intérieur se glorifie auprès de son
maître d'avoir fait disparaître cet usage papiste de toutes
les Eglises deLithuanie (1).
Enfin , tel est l'éloignement que le Schisme Grec a tou-
jours eu pour les développements de la forme dans l'art,
éloignement qui lui a inspiré ses déplorables théories sur la
laideur du Christ et de la Vierge Marie , et aussi la rai-
deur et l'immobilité de ses types, qu'on le voit aujourd'hui
poursuivre avec la dernière rigueur le roi des instru-
ments de musique , le grand moyen de l'harmonie sacrée ,
l'Orgue. Les Grecs-unis avaient reçu des Latins ce puissant
mobile de la prière et des sentiments religieux ; avec
l'orgue, ils se sentaient réellement fils de la Chrétienté
Romaine, membres de la civilisation occidentale. Les
ordres les plus sévères ont été donnés pour la destruction
de cet instrument. Dans le Christianisme bâtard de la
Russie , la clef des mystères est perdue ; on prétend ré-
duire à la seule voix humaine toute l'harmonie qui devra
retentir autour de l'autel ; comme si la vraie religion
(t) Ibidem.
756 INSTITUTIONS
n'avait pas reçu la mission de donner une voix à toute
la nature et de forcer les éléments à s'unir à l'homme
dans un même concert. C'est ce que fait dans nos Eglises
ce puissant prince de l'harmonie, qui a reçu la magnifique et
biblique appellation d'Orgue , Organum. Qu'importent les
succès merveilleux du collège des Chantres de la Cour à
Saint-Pétersbourg, et des écoles de chant établies officiel-
lement à Polock et à Zyrowice? Ce luxe ne sert qu'à mettre
a découvert la pauvreté d'une Liturgie qui repousse, par
système, les moyens grandioses d'accroître les effets de
l'harmonie, et de marier la voix du peuple à celle des Prêtres
dans un concert immense. Une religion de Cour, sensualisle
et confortable , craint les mélodies fortes et sévères qui
élèvent l'homme au-dessus du présent; il lui faut une har-
monie qui soit toute de la terre, dans laquelle l'élément re-
ligieux ne fasse que raviver, par un contraste piquant , les
sensations amollissantes du théâtre et des profanes mélodies.
On sait de reste combien est dur, monotone et désagréable,
l'accent du Prêtre dans la Liturgie Grecque; combien il est
loin de la suave magnificence de notre Préface, imitée pour-
tant des anciens Grecs : l'Orgue venait donc à propos pour
relever l'inspiration et ranimer la prière languissante : l'Au-
tocrate ne l'entend pas ainsi, et il est, au reste, assez piquant
de le voir dans son zèle anti-liturgiste s'accorder pour la
destruction de l'Orgue avec le régicide Evêque Grégoire, que
nous avons vu, au Concile de 1797, proposer de remplacer
cet instrument par le tam-tam chinois.
Au reste, le gouvernement se charge de pourvoir avec
largesse aux frais de l'éducation des nouveaux musiciens, et
telle est sa munificence quand il s'agit de procurer l'exécu-
tion de ses plans anti-liturgistes, que le Ministre de l'Inté-
rieur, dans le rapport déjà cité, fait voir en détail à son maître
LITURGIQUES. 757
que le défaut d'argent est la seule cause du retard qui a été
mis en quelques lieux à l'exécution des ordres impériaux,
tant pour le rétablissement des Iconostases , que pour la
substitution de Missels et ornements Grecs purs, aux Missels
et ornements Papistes qu'on a été contraint de laisser sub-
sister encore pour quelque temps.
L'Autocrate poursuivait donc avec ardeur son système de
destruction du Catholicisme, au moyen de ces changements
dans la forme, si significatifs et si efficaces, en même temps
qu'il travaillait à amener les trois évêques Siemaszko , Lu-
zynski et Zubko, à déclarer leur apostasie. Ce dernier fait
étant accompli , Nicolas a fait donner des ordres par le saint
Synode, portant qu'on ne devra pas procéder avec trop de ri-
gueur contre quelques usages religieux conservés encore par
les nouveaux schismatiques; mais qu'on devra, au contraire*
user de tolérance, et maintenir, autant quepossible, les mêmes
pasteurs dans les Eglises, du moment qu'ils auront consenti
à renoncer à l'unité Romaine. Le nouveau Missel de Moscou,
l'interdiction des Messes privées, le rétablissement des Ico-
nostases, la suppression des honneurs rendus au Saint Sa-
crement, etc., tous ces moyens joints à un système d'édu-
cation schismatique, suffisent en effet pour consommer sans
trop de violence la séparation qui a été le but de tant de
crimes et de parjures.
Maintenant, la divine Providence permettra-t-elle que
cette œuvre abominable demeure accomplie sans retour, et
que le schisme Grec, avec toutes ses conséquences abrutis-
santes, étende à jamais son joug sur ces malheureuses pro-
vinces?C'est le secret de Dieu ; mais nous, sachons du moins
accepter les leçons qui résultent de ces événements contem-
porains, dont notre préoccupation ne saisirait peut-être pas
toute la portée.
T. il. 47
758 INSTITUTIONS
D'abord, il est une fois de plus démon iré par les faits qu'il
ne saurait jamais y avoir d'attentat contre la foi ou l'unité
catholiques, dont le contre-coup ne se fasse sentir sur la Li-
turgie ; parce qu'il n'est pas non plus un seul des intérêts de
cette foi et de cette unité, qui ne trouve dans la Liturgie sa
représentation expresse. Cette vérité est banale à force d'a-
voir été répétée dans ce livre : ce sera la dernière fois. Con-
cluons : donc, il est essentiel d'examiner les ini entions et les
doctrines de ceux qui proposent des changements dans la
Liturgie, et se tenir en garde contre eux, fussent-ils couverts
de peaux -de brebis, et n'eussent-ils dans la bouche que les
beaux mots de perfectionnement et de retour à l'antiquité.
En second lieu, il résulte de ce récit que la politique des
Pontifes Romains, qui a toujours tendu à réunir les Eglises
dans une même Liturgie , vient de recevoir sous nos yeux
une nouvelle et éclatante justification. Si, au temps de Cathe-
rine H, trois millions de Catholiques, et sous Nicolas Ier, un
million et demi, ont été détachésdu vrai christianisme, c'est
uniquement parce que ces Catholiques manquaient de
l'appui que leur eût naturellement offert la communauté
absolue de rites, de chants et de prières, avec les autres
membres de l'Eglise Romaine. Et cela est si vrai que ni Cathe-
rine II, ni l'Empereur Nicolas, n'ontsongé à réunir au schisme
Grec des millions de Polonais dont la foi Latine les inquiétait,
mais qu'ils sentaient re( ranehés derrière l'inviolable boulevart
de la Liturgie Romaine. Or, toute Liturgie qui n'est pas Ro-
maine devient infailliblement nationale, dans L'acception plus
ou moins étendue de ce terme, et, parlant, elle tombe sous le
pouvoir et l'administration du Prince ou de ses agents. En
France, ce seront les Parlements, ou toute aune forme ju-
diciaire ou législative qui leur a succédé; en Russie, c'est
l'Autocrate avec ses ministres. Un pouvoir tyrannique, impie,
LITURGIQUES. 759
•
hérétique, aura donc la haute main sur la foi des peuples et
sur les mœurs chrétiennes qui dérivent de cette foi. Il est
aisé de comprendre jusqu'où vont les conséquences de la
forme nationale dans le culte; nous en avons signalé un
grand nombre dans cet ouvrage, et quant aux provinces
qu'un sévère jugement de Dieu a soumises à l'Empereur de
Russie, tout le monde conviendra sans peine que la Liturgie
Romaine eût garanti, avec la foi des peuples qui les habitent,
celte dignité de la nature humaine qui ne souffre pas la ser-
vitude de la pensée et des affections religieuses. Si donc
l'Autocrate a voulu, par ses mesures sacrilèges et anti-litur-
giques, river à jamais les fers de ces populations malheu-
reuses , c'est qu'il savait que les tendances Romaines qui se
révélaient au milieu de la Liturgie Grecque telle qu'elles la
pratiquaient, leur faisaient pressentir le bienfait d'une civili-
sation Catholique, et les amèneraient peu à peu , à se fondre
dans les mœurs plus dignes et plus libres des nations de la
langue Latine. La Pologne doit savoir maintenant que la
seule nationalité qui lui reste, celle qu'on ne saurait lui ôter
malgré elle, est dans le Catholicisme; mais à la vue du sort
malheureux de sa tristesœurlaLithuanie, qu'elle comprenne
aussi que le Catholicisme , chez elle , n'a de défense que
dans la Liturgie. Qu'elle presse donc contre son cœur et
qu'elle défende comme sa dernière , mais ferme espérance,
ce Bréviaire et ce Missel Romains par lesquels elle sera tou-
jours Latine , et non Russe. Qu'elle se sente fière aussi de
ce que, par la Liturgie, le monde Catholique rend hommage
chaque année à la grandeur des héros de sainteté qu'elle a
produits; son Stanislas de Cracovie, son Casimir, son Hya-
cinthe, son Hedwige, et aussi son admirable Jean de Kenty,
dans la fête duquel nous disons par toute la terre , suivant
l'ordre du Siège Apostolique :
740 INSTITUTIONS
0 qui roganti nemini
Opem negasti, patrium
Regnum tuere ; postulant
Cives Poloni et exteri.
Terminons maintenant cette revue do l'Eglise universelle,
sous le rapport liturgique, en nous arrêtant à Rome même,
où il nous reste à constater plusieurs faits remarquables en ce
dix-neuvième siècle. Nous verrons d'abord que les Pontifes
Romains de nos jours n'ont été pas moins jaloux que leurs
prédécesseurs, délaisser dans la Liturgie des marques de
leur piété.
Pie VII, de sainte mémoire, plaça au Bréviaire, sous le
rite double mineur, saint François Carracciolo, l'un des cinq
Bienheureux qu'il avait canonisés. Il éleva au même degré
la fête de saint Clément, Pape, qui jusqu'au rs n'avait été
que semi-double. Enfin , pour ranimer dans toute l'Eglise la
dévotion à Marie Compatissante, il institua une seconde Fêle
des Sept Douleurs de la Sainte Vierge, qui se célèbre le troi-
sième Dimanche de Septembre.
Léon XII accomplit une grande et honorable justice envers
un des plus saints et des plus courageux Prélats du Moyen-
âge , en établissant au Bréviaire le nom et la fête de saint
Pierre Damien, du degré Double-mineur, avec le titre de Con-
fesseur Pontife et Docteur de l'Eglise. Ce fut la seule œuvre
de ce genre qu'il exécuta dans son trop court Pontificat.
Son successeur Pie VIII, qui ne fit que passer sur la Chaire
de saint Pierre, exerça d'une manière non moins solennelle
sa prérogative d'arbitre de la Liturgie, en rendant un Dé-
cret pour attribuer désormais à saint Bernard le titre et les
honneurs de Docteur de l'Eglise. 11 y avait long-temps, il est
vrai, que l'Eglise Gallicane avait accordé cette faveur à l'au-
teur des livres de Considérations ; mais l'Eglise Romaine, ou
£t
LITURGIQUES. 741
plutôt l'Esprit qui la dirige, n'a rendu cet oracle qu'en 1829,
et toutes l(s Eglises du rite Latin s'y sont conformées.
Enfin, le grand Pontife Grégoire XVI, qui conduit avec tant
de gloire le vaisseau de l'Eglise , a récemment fait usage de
son autorité liturgique, pour établir, du degré Double-mineur,
la Fête du saint Evêque Alphonse-Marie de Liguori, l'un des
cinq Bienheureux dont il a célébré la Canonisation, en 1859.
A ce dernier Décret s'arrêtent les développements actuels
de la Liturgie Romaine ; mais ses triomphes n'ont de bornes
que l'univers. Car c'est elle qui accompagne l'Apôtre qui s'en
va planter la Toi dans les régions infidèles ou hérétiques.
Les jeunes Eglises de l'Amérique du Nord, celles qui s'é-
lèvent de toutes parts dans la Grande-Bretagne et disputent
pied à pied le terrain à l'Anglicanisme, ne connaissent d'autre
prière que la prière de Rome; le sauvage de la Louisiane,
l'Indien, le Chinois, le néophyte du Tonquin, l'insulaire de
l'Océanie, sont ks enfants d'une même Liturgie, et cette Li-
turgie est Romaine, L'Algérie même , colonie française ,
n'emploie pas d'autres livres pour les Offices divins que les
livres de saint Grégoire, et tous ces Prêtres Français que
Rome voit partir chaque année pour les quatre vents du ciel,
et qui vont féconder de leurs sueurs et de leur sang la parole
divine qu'ils annoncent à toute créature, avant de partir
pour le lieu de leur mission, commencent par renoncer à ces
modernes Bréviaires et Missels qu'ils avaient conservés jus-
qu'alors, et s'avancent vers les peuples qu'ils doivent évangé-
liser, les mains chargées de ces livres Romains auxquels est
aujourd'hui attachée la fécondité de l'apostolat, comme au
temps des Boniface, des Anschaire et des Adalbert.
C'est sans doute encore un triomphe pour la Liturgie Ro-
maine que , seule de nos jours, au sein de la France, non
seulement elle demeure la Liturgie des anciens Ordres Re*
742 INSTITUTIONS
ligieux qui renaissent de leurs cendres , mais que ces nou-
velles familles qui se sont formées, l'une sous le nom de So-
ciété des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, l'autre sous
celui de Congrégation des Maristes , et qui ont déjà opéré
des fruits de salut chez les infidèles et mérité les bénédic-
tions du Pontife Romain , se soient fait une loi inviolable
d'être Romaines dans la Liturgie. Les nombreux Instituts et
Monastères de Vierges qui fleurissent de toutes parts autour
de nous , comme autant de plantations célestes, font aussi
monter vers le ciel, sept fois le jour et au milieu de la nuit,
la prière Romaine. Enfin , nous avons raconté ailleurs com-
ment les pieuses Confréries qui contribuent à maintenir, dans
un si grand nombre de Paroisses de France , la piété et les
mœurs Chrétiennes, célèbrent leurs Fêtes, non d'après le
Calendrier apauvri et stérile des nouveaux Bréviaires, mais
bien d'après le Calendrier Romain, si riche de traditions ,
si fécond en grâces apostoliques.
Aussi, nous semble-t-il de plus en plus évident que la Li-
turgie Romaine est appelée à régner de nouveau en France
tôt ou tard : et ce sentiment n'est pas seulement le nôtre;
il est partagé par un grand nombre d'excellents esprits.
Nous avons même souvent entendu répéter à des personnes
assez peu suspectes que si Rome consentait à réformer
son Bréviaire, l'opposition Gallicane ne saurait tenir contre
l'influence de cette mesure. A vrai dire, il nous semble qu'il y
a bien un peu d'outrecuidance dans cette manière de voir une
si grave question. Sans doute , il est dans les choses possibles
que Rome entreprenne, dans ce siècle , une réforme de son
Bréviaire; ce serait la quatrième depuis saint Grégoire ; mais
qu'on le comprenne bien, cette réforme n'aurait point pour
objet de produire un nouveau Brév iaire Romain. Celui de saint
Pie V est le même que celui qui fut revu au treizième siècle par
LITURGIQUES. 743
les Frères Mineurs, le même que celui de saint Grégoire VII,
le même que celui do saint Grégoire Ier. Le Bréviaire qui sorti-
rait de la réforme du dix-neuvième siècle ne serait point autre
non plus, quantau fond, que celui des siècles précédents ; les
théories françaises du dix-huitième siècle sont venues trop
lard pour entamer l'œuvre séculaire et traditionnelle des
Pontifes Romains. Mais ce n'est pas là précisément ce qui
préoccupe plusieurs personnes dont nous avons souvent re-
cueilli les aveux pleins de naïveté; leur grande espérance,
au cas d'une révision du Bréviaire, serait de voir la somme
des prières ecclésiastiques diminuée, à Rome, dans la pro-
portion des Bréviaires Français.
Quoi qu'il en soit de cette attente, nous devons être as-
surés à l'avance que si le Siège Apostolique entreprend , en
ce siècle, une réforme du Bréviaire; prévision qui n'a rien
d'improbable, puisqu'il s'est déjà écoulé près de trois siècles
depuis la réforme de saint Pie V, et que les deux précédentes
n'ont pas été séparées par un aussi long intervalle; nous
devons être assurés, disons-nous, que cette réforme satisfe-
rait à tous les besohs de la Liturgie. Elle serait entreprise
avec une souveraine autorité, dirigée par cet Esprit qui con-
duit les Pontifes Romains dans les choses de la foi et de la
discipline générale dont la Liturgie est l'expression. Elle ne
serait point le fait d'une coterie hétérodoxe, ni le produit
d'une école littéraire, ni le résultat d'une révolution pyrrho-
nienne dans la critique sacrée, ni l'œuvre d'un vain amour-
propre national. La majestueuse confession des dogmes , la
victoire contre les hérésies, la liberté ecclésiastique, la vi-
gueur de la disciplina, la dévotion à la Sainte Vierge et aux
Saints, l'onction de la prière, la sainte et inviolable tradition,
avec ce progrès légi: ime qui se fait dans la lumière et l'amour
sous l'autorité4, y puiseraient leur sublime manifestation; en
744 INSTITUTIONS
un mot , cette nouvelle réforme , comme toutes celles qui
l'ont précédée , serait un pas magnifique de l'Eglise et de
la société vers la conquête d'un plus grand éclat de vérité et
d'une plus grande force et douceur d'amour; car le sentier
de l'Eglise est semblable à la lumière qui va toujours crois-
sant , jusqu'à ce quelle enfante le jour parfait (1).
Il est temps de clore cette histoire générale de la Liturgie,
et ce volume, par la bibliothèque des auteurs liturgistes qui
ont fleuri ou fleurissent en ce dix-neuvième siècle.
(1802). Nous ouvrons notre liste par l'ouvrage suivant,
composition anonyme et plus que médiocre ; mais les ou-
vrages Français publiés en ce siècle sur les matières litur-
giques sont en si petit nombre, que nous ne permettrions
pas d'omettre un seul de ceux qui sont venus à notre con-
naissance. Il est intitulé : Manuel Catholique pour l'intelli-
gence de VOflice divin. Paris, 1802, in-12.
(1803). Dufaud, ancien Doctrinaire, digne successeur des
Foinard et des Grancolas, enfanta, dans les premières années
de ce siècle, une nouvelle utopie liturgique dont la réalisation
n'exigeait rien moins que la destruction de tous les systèmes
de prière ecclésiastique suivis depuis dix-huit siècles. Dufaud
jugea à propos de faire imprimer son projet, à l'usage de la
Commission Liturgique dont nous avons parlé ci-dessus. Il
lui donna ce titre : Essai d'un nouveau Calendrier liturgique,
ou classification nouvelle et raisonnée des fêtes pour tout le
cours de l'année Chrétienne. Paris, 1803, in-8°.
(1804). Louis-Vincent Cassitto, Dominicain, a publié l'ou-
vrage suivant : Liturgia Domenicana spiegata in tutte le sue
parti. 1804. Naples, 2 vol. in-12.
(1805). Léonard Adami, Avocat Romain, a rendu un grand
(1) Prov. IV. 18.
LITURGIQUES. 745
service à la science de la Liturgie et des antiquités ecclésias-
tiques, par les précieuses annotations dont il a enrichi le
Diario sacro du Jésuite Joseph Mariano Partenio, dont le vrai
nom est Mazzolari. Ces annotations, qui font tout le mérite
scientifique de cet ouvrage, ne se trouvent que dans la seule
édition de 1805. Rome, 7 vol. in-12.
(1805). Alphonse Muzzarelli, ancien Jésuite, Théologien
de la sacrée Pénitencerie , si connu par ses nombreux et
savants opuscules, a donné une dissertation intéressante sur
le culte du sacré Cœur de Jésus. Nous avons encore de lui :
Observationes super annotationibus S. fidei Promotoris super
extensione Festi atque approbaiione Officii et Missœ propriœ
in honorem S. Cordis Deiparœ V. M,
(1806). Walraff, Docteur Allemand, a publié le précieux
recueil intitulé : Corolla Hymnorum sacrorum pubiicœ
devotioni inservientium. Veteres electi sed mendis quibus
iteratis in editionibus scatebant detersi , strophis adaucti,
Novi adsumpti, récentes primum inserti, Cologne, 1806,
in-8°.
(1810). Menne , Ecclésiastique Allemand, est auteur
de l'ouvrage suivant : Die Liturgie der Kirche systemat. ab-
gehandelt. — La Liturgie de V Eglise systématiquement traitée.
Augsbourg, 1810, 3 vol. in-8°.
(1810). Le chevalier Artaud, qui , plus tard, a donné au
public l'histoire de Pie VII , ouvrage curieux quoique fort
incomplet, publia en cette année un livre intitulé : Voyage
dans les Catacombes de Rome. Paris, in-8°. Nous mentionnons
ce livre superficiel et rempli d'inconvenances de plus d'une
sorte, par cette seule raison que nous nous sommes jusqu'ici
imposé la tâche de produire la succession des auteurs qui
ont traité des monuments de Rome Souterraine, dont la des-
746 INSTITUTIONS
cription et l'appréciation importent si fort à la science litur-
gique.
(1810). J.-B. Louis-Georges Seroux d'Agincourt, ce gé-
néreux archéologue qui s'en vint à Rome pour y passer six
mois et y demeura cinquante ans , a élevé un monument
à la science liturgique, aussi bien qu'à la science archéolo-
gique en général , dans le grand ouvrage auquel il sacrifia
toute sa fortune. Tout le monde sait qu'il est intitulé : His-
toire de l'Art par les monuments, depuis sa décadence au cin-
quième siècle, jusqu'à son renouvellement au quinzième siècle,
3 vol. in-f° avec 325 planches. Paris, 1810-1823. Les monu-
ments liturgiques sont innombrables dans cette collection, et
pour ce qui est des antiquités de Rome Souterraine, d'Agin-
court a l'honneur d'avoir le premier senti toute la valeur des
peintures des Catacombes, et fixé le point de départ de l'Ico-
nographie Chrétienne , en assignant aux deuxième et troi-
sième siècles la décoration de plusieurs des fresques des
divers Cimetières.
(1811). Alexandre-Etienne Choron, musicien célèbre, pu-
blia en cette année une brochure intitulée : Considérations
sur la nécessité de rétablir le chant de l'Eglise de Rome dans
toutes les Eglises de l'Empire Français. Paris, 1811, in-8°.
L'auteur justifie sa préférence pour le chant Grégorien, par
la supériorité de ce chant sur tous les autres qui n'en sont
que des imitations généralement défectueuses; par l'origine
même de ce chant qui se trouve être le seul débris, si défiguré
qu'il soit, de la musique des Grecs et des Romains; enfin, par
l'utilité dont le rétablissement de ce chant peut être pour
l'art musical, les compositeurs du seizième siècle ayant tous,
sans exception, choisi les morceaux Grégoriens pour thème
de leurs compositions. La place nous manque pour faire
connaître et pour apprécier les propres travaux de Choron
LITURGIQUES. 747
sur le chant ecclésiastique ; mais l'occasion se présentera d'y
revenir.
(1816). Augustin Albergotti , Evêque d'Arezzo , a donné
un livre assez médiocre sous ce titre : La divina Salmodia
secondo l'antica e nuova disciplina délia Chiesa. Sienne, 1816,
in-12.
(1816). Antoine -Joseph Binterim, Mineur Observantin,
Curé de Bilk au Diocèse de Cologne , et courageux confes-
seur de la liberté de l'Eglise , dans la cause de son glorieux
Archevêque Clément-Auguste, publia, en 1816, l'ouvrage
suivant : Commentatio historico- critica de libris baptizato-
rum, conjugatorum et defunctorum antiquis et novis , de
eorum fatis ac hodierno usu. Dusseldorf, in-8°. Mais son
principal travail sur la science liturgique est l'ouvrage sui-
vant : Die vorzùglichsten Denkivûrdigkeitcn der christ-ca-
tholischen Kirche , aus den ersten , mittlern und lezten Zei-
ten. — Les principaux monuments de l'Eglise Chrétienne-
Catholique, des premiers siècles , du moyen-âge et des temps
modernes. Mayence, 1825-1835. 7 vol. en 16 tomes in-8°.
Binterim, dans cet ouvrage où l'on retrouve l'érudition dont
il a fait preuve dans ses innombrables écrits, mais aussi peut-
être ce défaut de critique qu'on lui a quelquefois reproché,
s'est proposé de refaire en grand l'excellent ouvrage de
Pellicia , dont nous avons parlé ci-dessus , et que tout le
monde connaît sous ce titre : De Christianœ Ecclesiœ,
primœ , mediœ et novissimœ œtatis politia.
(1817). L'Abbé Poussou de la Rozière fit imprimer en
cette année un Mémoire sur la Liturgie, que cet auteur dé-
fend avec vivacité dans une lettre insérée dans l'Ami de la
Religion (1). Cette utopie est assez semblable à celle de Du-
(1) Tom. X. Pag. 302 et suiv.
748 INSTITUTIONS
faud, et vient accroître le nombre des tristes manifestations
de l'esprit d'anarchie en matière liturgique.
(1817). Ziegler, Bénédictin, Evêque de Lintz, est connu
par l'ouvrage qu'il a donné sous ce titre : Die der heiligen
Firmung der katholischen Kirche. — La solennité de la sainte
Confirmation dans l'Eglise Catholique. Vienne, 1817, in-4°.
(1817). Jean-Christian-Guillaume Augusti, illustre Doc-
teur Protestant, a rendu un service signalé à la science litur-
gique, en publiant le grand et bel ouvrage intitulé : Denk-
wûrdigkeiten au s der christlichen Archâologie. — Mémoires
d'Archéologie Chrétienne, Leipsik, 1817-1823. 6 vol. in-8°.
(1817). Auguste-Jacques Rambach, Docteur Luthérien, a
pareillement mérité de la Liturgie, en publiant la compi-
lation qui porte ce lilre : Anthologie christlicher Gesange ans
allen Jahrhunderten der Kirche. — Anthologie de Chants Chré-
tiens de tous les siècles de l'Eglise. Leipsik, 1817, in-8°. Ce vo-
lume renferme les principales Hymnes Grecques et Latines
recueillies religieusement par Rambach. Il a été suivi de
plusieurs autres qui contiennent les Cantiques Protestants
de l'Allemagne, depuis Luther.
(1818). Le Docteur Bjôrn , Danois, s'est occupé de tra-
vaux sur l'hymnographie, et a publié comme Rambach une
collection d'Hymnes à laquelle il a donné ce titre : Hymnive-
terum poetarum Christianorum Ecclesiœ Latinœ selecti, Co-
penhague, 1818, in-8°.
(1819). Fr. Brenner, Chanoine de la Cathédrale de Bam-
berg, a fait paraître l'ouvrage suivant, dans lequel il professe
les sentiments de l'école rationaliste à laquelle il appartient :
Geschichte ûber d\e Administration der hl. Sahramente. —
Histoire de l'administration des SS. Sacrements, La première
partie, qui renferme le Baptême, la Confirmation et l'Eucha-
ristie, a paru à Bamberg, 1819-1824. 3 vol. in-8°.
LITURGIQUES. 749
(1819). Frédéric Mûnter, Evêque de Seeland en Dane-
mark, nous appartient pour son savant opuscule publié à
Copenhague, en 1819 (36 pag. in-4-°), et intitulé : Symbola
veteris Ecclesiœ, artis operibus expressa. L'auteur y traite
de vingt-quatre des principaux symboles du Christianisme.
Il s'est exercé de nouveau sur le même sujet, avec plus d'éten-
due , sous ce titre : Sinnbilder und Kunstvorstellungen der
alten Christen. — Images symboliques et représentations fi-
gurées des anciens Chrétiens. Altona, 1825, parties I. et II.
in-4°.
(1820). J. Michel Sailer, le saint et savant Evêque de Ra-
tisbonne, compte parmi ses nombreux ouvrages plusieurs
compositions sur les matières de la Liturgie. Nous citerons,
entre autres, Geist und Kraft der kathol. Liturgie. — Esprit
et vertu delà Liturgie Catholique. Munich, 1820, in-12. Nous
devons mentionner aussi l'ouvrage suivant : Gedanken von
der Abanderung des Breviers. — Réflexions sur le changement
du Bréviaire, avec les remarques de F. X. Christman. Ulm,
1792, in-8°.
(1822). Fr. Grundmayr, Docteur Catholique, a donné,
entre autres écrits liturgiques , Liturg. Lexicon der r'omisch-
kathol. Kir chen-Gebr duché. — Lexique liturgique des usages de
V Eglise Catholique Romaine. Augsbourg, 1822, grand in-89.
(1824). Le Docteur Jean Labus, savant Milanais, est connu
dans la science de l'Archéologie Catholique, par un grand
nombre de dissertations, imprimées les unes à part, les autres
dans des recueils périodiques ou académiques. Les F asti
délia Chiesa, ou Vies des Saints pour tous les jours de l'an-
née, qui ont paru à Milan, 12 vol. in-8°, 1824 et années sui-
vantes, sont remplis de notes fournies par Labus, et presque
toutes d'un grand intérêt pour les amateurs des origines
liturgiques.
v
750 INSTITUTIONS
(4824). Louis Gardellini, Assesseur de la Congrégation
des Rites, et Sous-Promoteur de la Foi, a dirigé l'impression
des Décrets authentiques de la Congrégation des Rites. Cette
collection si importante a paru à Rome en 7 vol. in-4° (1824-
1826). L'impression du huitième n'est pas achevée. L'auteur,
que la science liturgique a perdu depuis , avait com-
mencé dans le septième volume à fortifier son texte de notes
excellentes; ce plan paraît avoir été adopté par son succes-
seur, dans les cent trente premières pages du huitième vo-
lume, qui ont déjà été livrées à l'empressement du public.
(1825). Fornici, Ecclésiastique Romain, a donné, pour
l'usage du Séminaire Romain, l'ouvrage suivant qui est tout-
à-fait élémentaire : Institutiones Liturgicœ ad usum Semi-
narii Romani. Rome, 1825, 3 vol. in-12.
(1826). J. A. Gall, Evêque d! Augsbourg , est auteur du
livre intitulé : Andachtsùbungen , Gebraucheu. Ceremonien
der Kirchen. — Pratiques , usages et cérémonies de V 'Eglise,
Augsbourg, 1826, in-8°.
(1829). F. R. J. Antony, Docteur Allemand, a publié l'ou-
vrage intitulé : Archaolog-liturgisches Lehrbuch des grego~
rianischen Kirchengesangs. — Institutions Archéologico- Li-
turgiques sur le chant ecclésiastique Grégorien. Munster, 1829,
in-4°. — Nous citerons à ce propos le livre du Docteur Hoff-
mann de Falersleben, professeur à l'Université de Breslau,
quoique nous n'ayons pu encore nous le procurer. En voici
le titre : Geschichte des katholischen Kirchenliedes in Deuts-
chland. — Histoire du Chant religieux Catholique en Alle-
magne.
(1829). André Mùller, Chanoine de Wurtzbourg, est connu
par son Lexicon des Kirchenrechts und der r'ômischkathol.
Liturgie. — Dictionnaire de Droit Ecclésiastique et de Litur-
gie Catholique-Romaine, Wurtzbourg, 1829-1832. 5 vol.in-80.
LITURGIQUES. 751
(1829). Theobald Lienhart, Supérieur du Séminaire de
Strasbourg, est connu dans le monde liturgique par l'ou-
vrage suivant : De antiquis Liturgiis et de disciplina arcanû
Strasbourg, 1829, in-8°.
(1829). J.-B. Salgues, ancien Doctrinaire, fameux par plu-
sieurs ouvrages dont l'esprit et le ton contrastent grandement
avec les habitudes de son premier état, appartient à notre bi-
bliothèque par le .livre intitulé: Delà Littérature des Offices
divins, Paris, 1829, in-8°. L'auteur y professe la plus expan-
sive admiration pour les nouvelles Hymnes et Proses, et aussi
le plus grotesque dédain pour les œuvres de la poésie Ca-
tholique. Sous ce point de vue, l'ouvrage est monumental.
(1830). Toussaint-Joseph Romsée, autrefois professeur de
Liturgie au Séminaire de Liège , a donné divers traités de
Liturgie pratique, assez médiocres, qui ont été réunis en-
semble dans l'édition complète de ses œuvres, donnée à
Malines, 1830. 5 tomes in-12.
(1830). Ambroise Guillois, Curé de Notre-Dame du Pré,
au Mans, a fait paraître , vers cette année , un petit ouvrage
intitulé : Le Sacrifice de V Autel , ou explication des Céré-
monies de la Messe solennelle. Le Mans, 2 vol. in-18.
(1830). Un Ecclésiastique de Rouen, qui a gardé l'ano-
nyme, prit, en cette même année , la défense des nouveaux
Bréviaires de France, à l'occasion de la controverse soulevée
par le Mémorial Catholique, Son ouvrage est intitulé : Dis-
sertation sur la légitimité des Bréviaires de France, et du
Bréviaire de Rouen en particulier. Rouen, in-8°.
(1852). J. L. Locherer, Docteur Allemand, a donné l'ou-
vrage qui suit : Lehrbuch der christ-kirchlichen Archaologie,
— Institutions d'Archéologie Chrétienne et Ecclésiastique,
Francfort, 1832, in-8°.
(1832). J. Dobrowsky, est auteur d'un ouvrage intitulé :
752 INSTITUTIONS
Ueber den Ursprung der rômisch-slavischen Liturgie, — Sur
l'origine de la Liturgie Romaine- Slave. Prague, 1832, in-8°.
(1832). William Palmer, professeur au collège deWorces-
ter, s'est occupé de la science liturgique sous le point de vue
Anglican : Origines Liturgicœ; or, Antiquities of the En-
glisch Ritual , and a dissertation on primitive Liturgies. —
Origines Liturgicœ , ou Antiquités du Rituel Anglais, et dis-
sertation sur la Liturgie primitive.
(1853). Jean England , Evêque de Charlestown, a fait pa-
raître le livre intitulé : Explanation of the Cérémonies of the
Holy Weeck. — Explication des Cérémonies de la Semaine
Sainte. Rome, in-12.
(1833). Joseph Settele, professeur au collège de la Sa-
pience, à Rome, et profond Archéologue, a donné cette année
un savant opuscule sur les Stations de Rome, intitulé :
Notizie compendiose délie sagre Stazioni e Chiese Stazionali di
Roma. Rome, 1833, in-12. Nous lui devons en outre un
excellent mémoire , sur l'importance des monuments Chré-
tiens des Catacombes, qui se trouve au second tome des Atti
ddl'Accademia Romana d' Archeologia , et plusieurs autres
dissertations sur des sujets analogues dans la même col-
lection.
(1834). Joseph Marzohl, Aumônier de l'hôpital du Saint-
Esprit, à Lucerne, et Joseph Schneller, membre de la So-
ciété Historique delà Suisse, publient en ce moment un ou-
vrage plein d'érudition, intitulé : Liturgia sacra, oder die
Gebrauche und Alterthûmer der katolischen Kirche , sammt
ihrer hohen Bedeutung nachgewiesen aus den Schriften der
friihesten Jahrhunderte , und aus andern bewàhrten Urkun-
den und seltenen Kodizen. — Liturgia sacra, ou les Usages
et Antiquités de l'Eglise Catholique, avec leur haute signifi-
cation d'après Us saintes Ecritures, et les écrits des premiers
LÎTURGIQUE5. 755
siècles, et autres monuments authentiques et manuscrits rares,
Lucerne, 1854-1841, in-8°. 4 volumes ont déjà paru.
(1834). Un anonyme Italien, qui prend le nom de Fila-
delfo, a publié un curieux ouvrage de Liturgie pratique, sous
ce titre : Ritonomia Eccfesiastica; la scienza dei sacri riti
discussa canonicamente, e decisa moralmente . Lucques, 1831.
2 gros volumes in 18.
(1834). Jean Diclich, Prêtre Vénitien, est auteur d'un
Dizionario Sacro-Liturgico , qui renferme plusieurs choses
intéressantes. La troisième édition, la seule que nous con-
naissions, est de Venise, 1854. 4 vol. in-8°.
(I854). Philbert, l'un des rédacteurs de la Biographie
Universelle, appartient à notre bibliothèque par un Manuel
des Fêtes et Solennités , publiée Paris, 1854, in-16.
(1834). L'Abbé Pascal, Prêtre du Diocèse de Mende, a
fait paraître, en celtcannéc, un livre intitulé : Entretiens
sur la Liturgie ; nouvelle explication des prières et cérémonies
du Saint Sacrifice, suivie de la Lettre curieuse de Dom Cl, de
Vert au Ministre Jurieu , sur les paroles et les actions du
Prêtre à l'Autel, et d'une Mosaïque sacrée ou Ordinaire de
Messe composé de fragments de divers Rites du monde Catho-
lique. Paris, in-12. L'auteur promet depuis long-temps, sous
le titre de Rational Liturgique, un ouvrage qui fera faire,
sans doute , un grand pas à la science, et dont la publication
est vivement désirée.
(1835). L'Abbé Lecourlier, Curé des Missions Etrangères,
puis Théologal de Notre-Dame de Paris, publia, en 1835,
un Manuel de la Messe , ou Explication des prières et des
cérémonies du Saint Sacrifice, Paris, in-18. II a donné, l'an-
née suivante, deux volumes in-18, sous ce titre : Explication
des Messes de VEucologe de Paris, 2 vol. in-18.
(1855). Antoine -Adalbert Hnogek, professeur au Sémî*
t. h. 48
754 INSTITUTIONS
naire de de Leimerilz, en Bohême, s'est fait connaître par
son livre intitule : Christhalholische Liturgie. — Liturgie
Chrétienne-Catholique. Prague, d 855-1857. L'ouvrage aura
trois volumes, dont deux seulement ont paru.
(1855). Staudenmaier, Docteur Catholique, a fait paraître
à Maycncc l'ouvrage suivant : (teisl des Christenthumes dar-
gestcllt in den hl. Zeiten, in den hl. Handenhingen , undin
der hl. Kunst. — L'Esprit du Christianisme exposé dans les
saints Temps, les saintes Cérémonies et l'Art saint. 1855,
in-8*.
(1855). Nickel, Prêtre Catholique, comme le précédent, a
donné l'ouvrage suivant, imprimé pareillement à Mayence :
Die heiligen Zeiten und Veste nach ihrer Geschichte und Feier.
— Les Saints Temps et les Fêtes d'après leur histoire , et
solennité. 1855, in-8°.
(1855). François-Xavier Schmid, Curé dans le Diocèse de
Passau, est auteur de l'excellent livre intitulé : Liturgik der
christkatholischen Religion. — Liturgique de la Religion Ca-
tholique. Passau, 1855, in-8°. La troisième édition se publie
maintenant par livraisons, dont la première est de 1840. 11 a
publié, en outre : Grundrisz der Liturgik. — Plan de la Li-
turgique. Passau, 1856, in-8°.
(1856). C. Chiral, Curé de Neuville-l'Archevêque, au Dio-
cèse de Lyon , a donné : Esprit des Cérémonies de l'Eglise.
Lyon, 1836, in-12.
(1856). A. Weiby Pugin, professeur d'antiquités ecclé-
siastiques au Collège Catholique de Suinte-Marie d'Oscott,
a puissamment avancé la régénération de l'Art Catholique en
Angleterre, par la publication de plusieurs recueils de mo-
numents accompagnés de planches. Nous citerons le plus
piquant et le plus populaire de tous. Il est intitulé : Con-
trats; or, aparallel beliien the noble édifices ofthe fourteenth
LITURGIQUES. 7&>
and fitteenth centuries , and similar buildings of the présent
day ; sheiving the présent decay of faste. — Contrastes , ou
Parallèles des nobles édifices du quatorzième et quinzième
siècles, et les bâtiments actuels du même genre, faisant voir
la décadence du goût. Londres, 1850, in-4\ Pugin traite en
particulier des Eglises, autels, tombeaux, habits sacerdo-
taux, etc.
(1857). Le Vicomte YValsh est auteur de l'ouvrage suivant :
Tableau des Fêtes Chrétiennes, Paris, 1837, in-8°.
(1837). Raoul Rochctte, savant Archéologue, connu par
d'importantes publications sur l'art antique, a abordé depuis
avec succès la matière des antiquités de Rome Souterraine.
Plusieurs dissertalionssurcesujet insérées dans les Mémoires
de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ont annoncé
un homme rempli d'érudition et de sagacité. Il est à re-
gretter qu'une plus intime connaissance de l'antiquité chré-
tienne proprement dite lui ait manqué; ce qui l'a entraîné
dans quelques écarts. Ces inconvénients ont presque entiè-
rement disparu dans l'excellent petit volume que l'auteur
a donné en 1837, sous ce titre : Tableau des Catacombes
de Rome, m- 1%. Raoul Rochette avait publié, en 4834, uri
Discours sur Vorigine, le développement et le caractère des
types imitatifs qui constituent V Art du Christianisme. Paris,
in-8°. Cet opuscule remarquable, comme toutes les publi-
cations de l'auteur, pourrait être avantageusement modifié
en la manière que l'ont été ses dissertations sur les antiquités
des Cryptes Romaines.
(1828). En cette année a paru à Leipsik, sous le nom d'un
écrivain Allemand nommé Murait, l'ouvrage suivant : Briefe
ûber den Gottesdienst der morgenlandischen Kirche. — Lettre
sur le Service divin de l'Eglise Orientale. C'est une traduc-
tion de l'ouvrage russe d'André Nicolaiewitsch Murawieff.
756 INSTITUTIONS
(1830). L'Abbé Charvoz a publié un petit volume sous ce
titre : Précis d'Antiquités Liturgiques , ou le Culte aux pre-
miers siècles de l'Eglise, Lyon, 4839, in-12.
(1839). François de Sehwinghannb, est auteur d'un opus-
cule intitulé : Ueber Kirchensprache und Landessprache in
der Liturgie. — Sur la langue de l'Eglise et la langue na-
tionale dans la Liturgie. Lintz, in- 12.
(1839). L'Abbé Cousseau, Chanoine de la Cathédrale de
Poitiers, s'est fait connaître dans la science liturgique par
un Mémoire sur l'auteur du Te Deum, qu'il attribue à
saint Hilaire. Nous avons parlé ailleurs de cet opuscule,
qui est, au reste, d'une dimension fort restreinte. L'année
suivante, l'auteur a donné un second Mémoire, mais plus
sérieux sur l'ancienne Liturgie du Diocèse de Poitiers, et sur
les monuments qui nous en restent. In-8°. Il est à regretter
que ce travail vraiment remarquable, porte trop souvent la
trace des préjugés que l'oubli presque général de la véritable
histoire de la Liturgie a rendus si communs de nos jours.
(1840). Joseph Kehrein, Professeur au Gymnase de
Maycnce, a publié, en cette année, le Recueil suivant : Latei-
nische Anthologie aus den christlichen Dichtern des Mittelal-
ters. — Anthologie latine des Poètes Chrétiens du Moyen-âge*
Francfort. 1840. in-8°. Ce Recueil est destiné aux Gymnases et
Lycées Catholiques. Le premier volume, le seul qui soit venu
à notre connaissance, renferme les Hymnes des huit premiers
siècles de l'Eglise. Le temps viendra sans doute aussi où
dans nos petits Séminaires de France on étudiera les bonnes
vieilles Hymnes Catholiques.
(1840). Daniel Rock, Prêtre Catholique Anglais, est au-
teur d'un ouvrage remarquable qui a paru à Londres sous ce
litre : Hierurgia ; or the holy Sacrifice of the Mass. — Hicrur-
gia, ou le saint Sacrifice de la Messe. 2 vol, ia-8' .
LITURGIQUES. 781
(1841). Nous rattachons à cette année les Conférences sur
les Cérémonies de la Semaine Sainte à Rome , par Monsei-
gneur Nicolas Wiseman , Evoque de Mellipotamos et Vicaire
Apostolique en Angleterre. Le livre est en anglais, et a été
publié en français par M. l'Abbé de Valette, en 1841.
( Paris, in-12 ). Cet Opuscule fort remarquable à tous
égards , se recommande surtout par des aperçus pleins de
goût et de largeur sur la valeur des formes liturgiques.
Malgré sa faible dimension , il est digne de l'illustre et
savant Prélat auquel nous devons déjà , pour ne parler
que de l'objet de nos études , une précieuse Disserta-
tion , publiée à Ptome , il y a quelques années , sur la
Chaire de saint Pierre , que l'on conserve dans la Basilique
Vaticane , et dont nous parlerons ailleurs. Dans la Préface
de ses Conférences sur la Semaine Sainte, Monseigneur
Wisemann mentionne deux ouvrages récents , publiés par
deux de ses compatriotes sur le même sujet, le Docteur
England , Evêque de Cbarlestown , aux Etats-Unis , dont
nous avons annoncé le livre ci-dessus , et le Docteur Baggs,
Vice-Recteur du Collège Anglais, à Rome.
(1841). Henri Gossîer, Prêtre Régulier, Curé dans le
Diocèse de Paderborn , vient de publier un livre de prières,
dans lequel se trouvent fondues presque toutes les paroles
de la Liturgie Romaine, avec le texte de Y Imitation de Jésus-
Christ. Celte œuvre toute allemande dans sa forme, annonce
une connaissance profonde des choses de la prière dans son
auteur. Elle porte ce titre : De Vita et Itnitatione Christi
Lïbri IV. redacti in seriem Dominicalem et Festivalem. Pa-
derborn. 1841. énorme in-18.
(1841). Herman-Adaîbert Daniel, Docteur de l'Université
de Halle, a grandement mérité de la science liturgique , et
s'est acquis des droits à la reconnaissance des Catholiques, par
758 INSTITUTIONS
l'importante collection qu'il vient de publier sous ce titre :
Thésaurus Hymnologicus, sive Ilymnorum, Canticorum, Se-
quentiarum , circa annum MD. usitatarum collectio amjilis-
sima. Hall. 1841. in-8°. Le premier volume , le seul qui ait
encore paru, ne contient que les Hymnes. Daniel les a enri-
chies de notes cidescholies remplies d'érudition, et remar-
quables aussi par le ton plein de décence avec lequel il parle de
nos croyances, et spécialement du culte du Saint-Sacrement,
de la Croix, de la Sainte Vierge et des Saints. Tous ces Can-
tiques Papistes n'ont rien qui le scandalise; il s'y délecte
comme dans des œuvres de la vraie piété , de la piété chré-
tienne ; il en admire la haute et suave poésie ; en un mot , la
publication du Docteur Daniel est un événement pour le pro-
testantisme allemand , et aussi une sévère critique de ces
Catholiques de France qui n'ont chargé les Santeul et les
Coftin de leur composer des Hymnes, que parce qu'ils pen-
saient que, jusqu'à ces deux latinistes, i'hymnographie n'a-
vait rien produit que de barbare et d'indigne du culte
divin.
(1811). Un autre Protestant vient de publier un livre fort
remarquable, et destiné aussi à constater le malaise que
produit de plus en plus au sein de la Réforme l'absence des
formes et des habitudes liturgiques. On trouvera à ce sujet
les aveux les plus étonnants dans le livre intitulé : Des beaux
arts et delà langue des signes dans le culte des Eglises Ré-
formées, par C. A. Mulier. Paris. 18U. in-8".
En terminant cette bibliothèque des auteurs liturgistes
du dix-neuvième siècle, nous devons mentionner les tra-
vaux qui ont éié publiés, de notre temps, dans plusieurs
recueils périodiques et dans les Mémoires des sociétés sa-
vantes, sur divers objets de la science qui cous occupe.
Ainsi, nous devons dire qu'il n'est pas un volume des Actes
LITURGIQUES. 759
de l'Académie Romaine d'Archéologie qui ne renferme plu-
sieurs Mémoires précieux sur les antiquités du service divin.
Des Dissertations nombreuses sont publiées journellement
à Rome et dans les autres villes de l'Italie sur des points
d'archéologie sacrée, et ce serait rendre un immense service
à la science que d'en former une collection dans le genre de
celle que fit paraître le P. Calogéra, au dix-huitième siècle.
Malheureusement, il faut bien convenir que la France ne
marche pas à la tête de ce mouvement, et pour bien appré-
cier l'état de ia science liturgique en ce pays, il suffît sans
doute de considérer la faiblesse et la mince importance de
a plupart des ouvrages dont nous avons lâché de mettre
sous les yeux du lecteur la liste, incomplète peut-être, mais
pourtant assez fidèle.
Nos recueils périodiques ont été long-temps presque sté-
riles sur les questions liturgiques ; cependant , nous avons
été grandement aidés , comme on a pu le voir , par certains
articles historiques de Y Ami de la Religion. Il ne nous appar-
tient pas de juger ceux que nous insérâmes nous-même,
en 4850, dans le Mémorial Catholique , et qui furent repro-
duits en entier, à Lucques, dans le recueil si connu sous le
nom de Pragmalogia Catholica. L'Univers, dans ces dernières
années, a ouvert ses colonnes à des discussions intéressâmes
sur diverses matières liturgiques, et on y a lu plusieurs lettres
de M. l'Abbé Pascal, et plusieurs articles de M. Didron,
sur des questions d'une véritable importance.
Si maintenant l'on considère les nombreux travaux qui
s'exécutent en France, depuis quelques années, dans le but si
louable de conserver et d'expliquer les monuments religieux
du moyen-âge, on a lieu de penser que, de ce côté, du
moins, la bibliothèque liturgique du dix-neuvième siècle est en
mesure de prendre un accroissement colossal. Il esf, fâcheux
760 INSTITUTIONS
que la partie de ces éludes qui concerne la description rai-
sonnée et l'interprétation sérieuse des monuments religieux et
des usages qui s'y rattachent se trouve traitée d'une manière
aussi peu satisfaisante. Sans parler de la précipitation et sou-
vent aussi de l'absence complète de connaissances spéciales
dans les auteurs, on sent aisément que ces matières vont mal
aux mains des séculiers, mais surtout de ceux qui ne portent
aux choses catholiques qu'un intérêt d'amateur. Il serait
néanmoins injuste de ne pas distinguer, au milieu de ce dé-
luge toujours croissant d'élucubrations archéologiques, cer-
taines œuvres qui méritent les égards et la reconnaissance
des Catholiques. Nous avons mentionné ci-dessus Séroux
d'Agincourt ; nous nous ferons un devoir de rappeler ici le
grand et bel ouvrage dèBoisserée sur la cathédrale de Co-
logne, et plus tard les publications de M. de Caumont, qui a
la gloire d'avoir accéléré puissamment le mouvement con-
servateur dont nous sommes témoins. Nous dirons aussi que
M. du Sommerard marche à grands frais et avec zèle sur
les traces de d'Agincourt. Enfin, le Clergé s'ébranle et se
prépare à ressaisir une science qui lui appartient en propre.
M. l'Abbé Bourassé vient de donner aux Séminaires un
utile Manuel d'Archéologie, et les RR. PP. Arthur Martin
et Charles Cahier, de la Compagnie de Jésus, publient en ce
moment les vitraux de la cathédrale de Bourges , avec une
fidélité de dessin et une magnificence typographique qui ne
sont égalées que par la lucidité et la profondeur du com-
mentaire liturgique et archéologique qui encadre l'œuvre
toute entière.
Nous voici enfin parvenus au terme de la difficile car-
rière que nous nous étions tracée : notre Introduction
Historique à Tétude de la Science Liturgique est maintenant
sous les yeux du lecteur. Nous ne placerons pas de con-
LITURGIQUES. 761
clusions à la fin de ce Chapitre, comme nous l'avons pra-
tiqué jusqu'ici; les corollaires d'un tel récit se tirent assez
d'eux-mêmes.
Il ne nous reste donc plus qu'à offrir nos actions de grûces
au Dieu tout puissant dont la miséricorde nous a soutenu
dans celte première partie d'un labeur si rude et si difficile ;
après quoi, nous le supplierons de nous remplir de son Esprit,
afin que nous puissions devenir capable d'expliquer a nos
frères en Jésus-Christ et en la sainte Eglise , les ineffables
merveilles de la Liturgie sacrée.
762 INSTITUTIONS
NOTES DU CHAPITRE XXIV.
NOTE A.
Nos Joannes-Baptista, lituli sancli Honuphrii, S. R. E. Presbyter
Cardinalis Caprara, Archiepiscopus Qkdiolanensis , SS. DD. nostri
Pii Papœ VII, et Sanciœ Sedis Apostolicœ ad Francorura Imperatorem,
Italiae Regeai , a latere L^gatus.
Instructif) de S. Napoieonis Festo, de Proccssione, ac Gratiarum
Jctione , et de Papali Bencdictione.
§ ï.
Revereudissimi Antimites, Dominica I. Augusti cujuslibet anni, per
encyclk-as litteras, vel alio convenienti modo, ipsïs beneviso;
1° Ad formam nostri Decreti, cui inilium : Eximium Catlwlicœ Reli-
yionis, publice nuntient festum S. Fiapoleonis, Martyris, quod idem
Restitutions Caiholicae Religionis Festum est, in Solemnitate Assump-
tionis B. M. V. occurrens.
2° Similiter indicent Processioncm, seu Supplicationem, et gratiarum
actionem, juxta rcceptum Ecclesiae ritura, de more habendas.
3° Publicent item Plenariam Indulgentiam, de Apostolicae Sedis
specialissima gratia, tum Papali Benediciioni, post Pontificalem Mis-
sam, ut infra, largiendae, addictam, tum Christi fidelibus Proccssioni et
gratiarum actioni, dévote iutercssentibus, juxta memorati Decreti for-
mam, bénigne concessam.
§• H.
1° Elogium, seu Leclio S. Napoieonis erit sequens.
« Sub immaai, et omnium teterrima Diocletiani et Maximiani per-
«secutione, per uoiversum Romanum imperium saevissime faclitatum
»est, ut Christi fidèles, suppliciorum vi perterriti vel devicti, a fide
«recédèrent, aut cunctis ubique peremptis, christianum nomeù deli-
»ceret. At dum impia persequentium immanitas propria feritate con-
«fringebatur, et immites carnifices, improbo labore, laxabaniur, mili-
»tcs Christi cœlitus roborati, ita congrediebantur impavidi, et consis-
Hebant iavicti, ut praeconcepta iusectantiura spes ipsos fefellerit, et
»profusus martyrum sanguis semen fuerit Christianorum. Inter fidei
»co n f essores, quam mfrito recensentur, qui atrox, pro Christo cena-
»mea Alexandriae m /Egypto, mira forlitudine, lune sustinuerunt,
LITURGIQUES. 76o
«Ilorum quidam, ipso in agone, g'oriose occubuc»ui:t ; alii j?m erude-
»!iter divexati , in nervo jacebant , pedibus ad qualuor usque foramina
«sic divaricatis, ut supini esse cogerentur ; nonnulli vulneribus referti,
»et multipliciter excogitata lormentorum gênera corporibus suis cir-
«cumferentes , bumi projecti decumbebanl ; et quidam denique semi-
«neces conjieiebantur in carcerem. Ex Ms, quibus carcer pro siadio
«fuit, martyrologia, et veteres scriptores commendant Neopolim,
»seu Neopolum, qui, ex more proferendi nomina, medio aevo, in Italia
«invalescente, et ex recepto loquendi usu, INapoleo dictusfuit, atque
«italice Napoleoue communiter nuncupatur. Napoleo igitur génère vel
«munere illustrîs, scd Alexandrise, sub extrema Diocletiani et Maxi-
«miani persecutîone, ob firmam ia confessione constantiam, et cons-
«tantem in passione firmitatem, illustrior, dire excruciatus, semivivus
»in carcerem tandem detrusus, ibi vulnerumacerbitâte peremplus, et
«exauguis, pro Christo, in pace quievlt. »
2° Consequenter, orationes S. Napoleonis addenda in Missa Assump-
lionis B, M. V., sub unica conciusione : Per Dominum noslrum , etc.
erunt De Martyre non Puntif.ce, et ad conformitatem servaniam,
assumanlur ex Missa Lœtabitur, cujus prima est.
ORATIO.
«PraBsta,qaa?sumus, omnipotensDeus,ut,intcrcedente S.Napoieone
«Martyre tuo, et a cunctis adversitatibus liberemur in corpore, et a
«pravis cogitationibus mundemur in mente. Per Dominum, etc »
§. m.
PapaUsBenedictio sequenti forma, et modo detur.
i° Explcta PontiPicali Glissa, Prœsul cum mitra, cœlerisque saoris
paramentis de more indutus, circumstantibusmirmtris, in episcop3li
cathedra sedeat.
2° Intérim per diaconum, vel alium niinistrutn superpelliceo iudu-
tum , pracfili nostri Decreti articulus, quo de specialissima Apostoliea
auctoritate concedilur facullas Papalem Benedictionem impeitiendi,
alla voce primum latine legatur, et subinde vulgari lingua, ad populi
intelligeritiam, reciietur.
5° PubHcelur similtter concessio Pleniriœ Iniulgeniije , sequenti
furmu'a :
« Atteulis facuîtatibus a Sanctissimo in Christo Pâtre, et Domiro
nostro, DomiLo Pio, divina Providentia, Papa Seplimo, per Apoitulicum
Decretum Eminentissimi Domini CardiualisArchiepiscopi Mediolanen-
sis, a lalere Legati, datis Keverendiisimo Domino N. Dei et Apostolicae
Sedis gratia Imjus sauctaj X. Ecclesiae Anstititi ; eaiera Dominatio sua,
764 INSTITUTIONS
Summi Pontifieis nomine, dat et concedit omnibus bie praesentibus,
vere pœnilenlibus, et confessis, ac sacra comraunione refectis, ladul-
gentiam Plenariam in forma Ecclesiae consuela : rogate igitur Deum,
pro felici statu Sanctlssimi Domini noslri Papae, Dominationis suae Re-
verendissimœ, et sanctœ Matris Ecclesia?,. »
A0 Postmodum Prsesul surgit, et, deposita mitra, veîuli canendo,
alta voce dicat :
« Precibus et meritis Beatx Mariae seniper Virginis, beati Michaelîs
» Archangeli, beati Joannis Baptistse, et sanctorum Apostolorum Pétri
»et Pauli, et omnium Sanctorum ,
sMisereatur vestri omnipotens Deus, et dimissis omnibus peccatis
» vestris, perducat vos Jésus Ghristus ad vitam aeternam.
• Indulgentiam, absoHnionem et remissionem omnium peccatorum
»vestrorum, spatium veraeel frucluosœ pœnitentiae, corsemper pceni-
»tens, et emendationem vil», per^everantiam in bonis operibus tribuat
»vobis omnipotens et misericors Dominus. »
i% Amen.
5° Hic Prœsul propius accédât podium versus, illico pulsentur cam>
panae, organa, alqne alia, si quae sint instrumenta, et cum sacra ma-
jori, qua fieri poterit pompa ita benedicat :
« Et benedictio Dei omnipotentis, Pa f tris et Fi f lii , et Spiritus f
»Sancti , descendat super vos et maneat semper. »
n. Amen.
Quo vero tam instituts} Festivitatis, et quotannis îndicendarum pre-
cum, quam Apostolicarum gratiarum memoria ubique perenniter ser-
vetur, Keverendissimi Antistites tum Decretum : Eximium Catholkœ
religionis, tum Instructionera Lanc in publicis respective Curiae actis
de more referri praecipient, prout nos, ut ita referantur, enixe com-
mendimus.
Datum Parisiis, ex a?dibus nostrœ residentiae, bac die 21 Maii 1806.
J.-B. Card. Légat.
Vincentius Ducci.
A Secretis in Ecdesiasticis.
LITURGIQUES. 703
NOTE B.
PETUUS LUDOVICUS PARISIS,
MISER VTIONE DIVISA ET SANCT.E SEDIS APOSTOLÏC.E GRATiA ,
EPISCOPUS LL\G(\NEN?IS,
UMVERSO CLERO DIOECESIS K0STR.E SALUTEM ET BENEDICTIONEM IN DOMIiSO,
Non vos lalet, Fratres dileciissimi, quct et quantis usnumcontrgrie-
tatibus laboret, in hac nostra Diœc^si, ofiicii divini celebrat:o : sa?pe
sœpius unusquisque vestrum ingemuit de il!a rituum , inter vicinas
farœcias, varie' ate et etiam oppositione, quse eo usque devenit ut ii-
dcles jro diversis Ecclesiis mutari cantus ceremoniasque videntes, ali-
quando dubitare propemodum possint utrura eidem cultui consecrentur
templa tam diverso religionis apparatu frequentata.
Huic unitatis externas perturbationi nedum medeatur zelus Pasto-
rum Parochialium, novos quotidie superadjicit abusus, cum ad regimen
sui gregis unusquisque proprise voluntati permissusascendat, regula-
que generali indigeat, tum ad sui ipsius, tum ad choro assistenlium
moderamen. Porro facillime inlelligetis, dilecti Fratros, quantum inde
detrimentum patiatur sanctissima et venerabilis Eccîesia , sponsa
Christi, quam decet non liabere maculant aut rugam, praesertim in hac
nostra anate tôt impiarum cogitationum procellis agitata et super
omnia, indifferentia3 circa religionem morbo afflitta et eonstuprata.
Dum enim inler alias verae Ecclesiae notas, sua anie omnes Unitas
effulgere, et a sectis dissidentibus illam discriminare debeat, populi,
qui do interioribus rébus a solis apparentiis judieium adducuut, tôt
diversitatum in ritibus testes, a se invicem postulant uiruoi vere sit
una eadeinque super omuem terram illa Eccîesia Gathulica quaî etiam
iutra limites unius Diœceseos lam sibi contraria videtur : ita ut,
propter nostrum in servitio divino statum , Christus in opinione Gen-
tium dividatur et religionis suae radius infascetur et obnubiLtur.
Tanlae perniciei lotque periculorum conscii jam dudum diu noctuque
cogitantes, Patremque luminuoa instantisiime eiïlagitantes, quaereba-
mus quonam modo, omnes nostrse Diœceseos Parochias, in illa tam
sanda, tam desiderata, tam fîdelium utilitati et xdiGcitioni adaptata
ritus officiique unitate complecti possemus : et po4 longos cogitatio-
num circuitus, omnibus studiosissime examinatis et omnimodo pensa-
tis, Kobis visum est redeundum esse ad Liturgiam Mairis-Eccleske
Romanœ, quœ, cum ipsa centrum sit unitalis lirmissimaque verilatis
columna, Nos cum nostra gente, contra varietatnm fluclus, mutalio-
îmoique tentationcs Humiet et tulabitur, Huic vero senleati-e ianto
ÏGG INStlîUTIONS
magis adhxrere debuimus, quanto nulla alia média potuissemus adhi-
bere quin even:ret magna perturbatio reipublicx chrislianx intra grè-
gcm Rubis a divina voluntate permissum.
Pld aulcm ex remedio fiât aliud malum , et ut scnsim omnes eidem
regimini non coacte sed spontanée se stibmittant, considerandum est
majorera nostrx Diœccseos partem olim ritibus Romanis subjacuisse,
alias vero partes ex diversis Diœcesibus fractas Romanis us'^bus exlra-
neas remausisse. Dbtinguendum est etiam inter oflûcium publicam a
quocumquc Sacerdote pro obligatione ordinis sui recitandum, et ofli-
cium quod nuncupabimus liturgicumcoram populo canlandum et cé-
lébra ndum.
Quibus positis et distinct.is, hoc declaramus et staluimus:
1° A prima die anni 18(0, Liturgia Romana erit propria Diœce^cos
Lingonensis.
2° Ab eadem die in Paroehiis quondam ad Piocesim Lingoncnscm
pertincntibus, oflicinm, rilus, cantus, ca?remonix et omnia qux ad
cultum spectant, tient juxla régulas Liturgie Romana*.
o° Paroehiis , qux ad aliarum ÎMœceseum circumjacenlium ritus
nondnm omnino reliquerunt, permit timus quidem ut, ad teropus,
ntantur suis propriis libris, sed volumus ut scquanlur aliunde omnia
qux describit et prxcepit Ordo pro anno 18f0.
4- Saccrdotcs qui hue usque Iireviarium jussu RR DD. d'Orcet
edilum recitarunt, poterunt quidem eadem recitatione sui cfïjcii prx-
cepium adimpîere; horlamur tamen, et meïius erit, ut omnes Brevia-
rio Romano utantur.
Quanquam illud dfecfetufn nostrum ad bonum sa nef x Religionis
nostrx et ad curationem mali publici sit emissum, non ignoramus ta-
men aliqtfid forte molcsiix aut inquietudinis inde. phiribus even'um
iri. Quos rogamus ut ad INos filiali cum fiducia recurran' , non ut dis-
pcnsitionem obtincant, sed ut difîkultates, si qux sint, a IVobis expla-
nentur, utquc etiam melius inteMigant ?»"os ad liane viam adductos
e;se, non atiqua nostra inclinatione vocatos, sed urgente necessitate et
conscienlia réclamante compulsos et coactos.
Omnes vos igitur, Cooperatores et Adjutores nostri iri Domino, ob-
secramus ut huic tanto operi opem, quantum in Vobis est, alferalis,
adeo ut sicut inter nos untis Dominus, ana fides, unum Baptisma , sit
etiam populus unius labii.
Datum Lingonis, sub signo sigil'oiue costris, neenon et Secrctarii
nostri subs'gnitione, in fe>to Saqejac ThereMx, die la' Oclobris, aaci
rep. sxlit. i839.
LITURGIQUES. 76?
NOTE G.
LEÇON IV.
Thomas Ken, d'ancienne et noble extraction, naquit à Berkhems-
tead, dans le Hertfordshire, l'an 1637, et fut élevé à Winton et à
Oxford, au moyen de certains fonds laissés à perpétuité par Guillaume
deWikeham, de glorieuse mémoire, Evêque de Winton. Ayant reçu
les ordres sacrés, lien commença à prêcher à l'Eglise de Saint- Jean,
aux environs de Winton, et quant aux fruits et bénédictions attachés
à sa prédication, il l'emportait grandement sur tous les autres pré-
dicateurs ; en sorte que plusieurs Anabaptistes rentrèrent dans le sein
de l'Eglise et reçurent le Baptême de sa main. Il dormait très peu ,
afin de trouver au milieu de sa vie active le temps pour l'étude et pour
la prière ; il se levait habituellement à une ou à deux heures après
minuit, et môme souvent encore plus tôt, et il conserva cette coutume
jusqu'au moment de sa dernière maladie. Il devint Chapelain de la
Princesse d'Orange, nièce du Roi , et se rendit en Hollande, où il sut
se concilier l'estime universelle par sa prudence et par son zèle reli-
gieux; mais il finit par s'attirer la disgrâce du Prince, pour avoir
auprès de lui intercédé pour un des courtisans qui avait se luit une
jeune demoiselle de la Cour; et c'est ainsi qu'il fut obligé de qaitter
le service royal.
leçon r.
Plus tard, se trouvant à Winton a sa maison de Prébende, le Roi y
vint un jour avec sa Cour, et ayant auprès de lui sa maîtresse; celle-ci
ordonna à son Intendant de faire disposer un appartement pour elle,
à l'endroit même où demeurait Ken; mais l'Evêque, craignant Dieu
plus que la présence du Roi, refusa énergiquement de céder son loge-
ment , et obligea la maîtresse du Roi de chercher demeure ailleurs. Et
en cette occasion , on put voir encore combien une sainte fermeté est
avantageuse a ceux -mêmes envers lesquels elle est employée. Car
bientôt après, le Siège Episcopal de Balh en Wells étant devenu va-
cant, le Roi, de son propre mouvement, le donna à Ken. Sa consé-
cration eut lieu le jour de saint Paul , l'an -lC8i. Dans la dernière
maladie du Roi, Ken vint dans ses appartements et resta auprès du lit
du malade, durant trois jours et trois nuits entières, profitant de toutes
les occasions pour l'exciter à de pieuses et salutaires pensées. Dans
un de ces moments, une des maîtresses étant entrée, l'Evêque eut
acsez d'ascendant sur le Roi pour la faire renvoyer, et il l'exhorta en
outre de- faire appeler la Reine el de lui demander pardon de sa longue
708 INSTITUTIONS LITURGIQUES.
infidélité. Et bien que l'Evoque n'obtlot pas du Roi mourant tout ce
qu'il eût désire, du moins tit-il tout ce qu'il put pour l'y engager.
LEÇON VI.
Le frère du Roi étant monté sur ie trône, Ken se montra toujours
fidèle dans l'exercice de ses devoirs, franc et loyal dans son langage.
Plus tard, le Roi s'étant permis des empiétements, l'Eveque se souvint
des droits de l'héritage du Christ, et refusa constamment d'abandonner
au bon plaisir du Roi la d rection des affaires de l'Eglise. Tour le pu-
nir, le Roi lui fit subir la prison a la Tour, avec six de ses confrères.
Mais le Roi ayant ensuite perdu son trône, Ken lui prouva sa fidélité,
en refusant constamment de reconnaître la dynastie nouvelle , et il pré-
féra sacrifier sa haute position dans l'Etat, plutôt que son attachement au
Roi. Chassé de son Siège par l'autorité séculière, il mourut dans le lieu
de sa retraite, en 1710. C'est ainsi qu'il sut rendre a César ce qui est à
César, et à Dieu ce qui est a Dieu. Il était aussi ferme et énergique à
la défense de l'Evangile, que doux et agréable dans ses relations par-
ticulières, et insupportait les contrariétés avec gaieté et résignation.
Il possédait surtout dans un haut degré l'amour du prochain. Un jour
que la somme de quatre mille livres sterling lui avait été comptée, il
en distribua la plus grande partie aux Protestants, alors persécutés;
et quand il fut destitué de son siège, tout ce qu'on tira de la vente de
ce qu'il possédait ne s'éleva qu'à sept cents livres sterling. Quand les
intérêts de l'Etat vinrent se heurter avec ceux de l'Eglise d'Ecosse, il
disait qu'il avait grand espoir que Dieu aurait pitié delà branche an-
glaise de l'Eglise Anglicane, si celle-ci avait elle-même pitié de sa sœur
d'Ecosse. Etant près de mourir, il coufessa encore sa foi, disant qu'il
mourait dans cette foi Sainte, Catholique et Aposto'ique qui avait été
reconnue de toute l'Eglise, avant la séparation de l'Orient d'avec l'Oc-
cident. C'est ainsi que Ren fut une lumière brillante et un reflet des
sièc'es primitifs.
FIN DU SECOND VOLUME.
APPENDICE.
CRITIQUE DES HYMNES DE SANÏEUL ,
Extraite de I'Hymnodia Hispakica du P. Fauslin Arevalo,
Jésuite,
Scriptores Gallos m Santolii Victorini Hymnis celebrandis
vix ullum modum tenuisse, qui eorum hac in re judiciale-
gerit, facile sibi persuadebit, et argumento esse possunt,
quse in Dissertatione prœvia ad Hymnodiam §. XXXX. num.
167, etc., exposita sunî, et notata. Non defuerunt tanien,
quimulta, eaque non levia, in hujusmodi Hymnis animad-
vertenda ccnscrent; quorum ego censuram proferre con-
slilui, non quod laudibus Santolii quidquam detractum velim,
sed Ht, auditis, collatisque inter se diversis hominum ejus-
dom nationis sentenliis , sequus rerum arbiter prudenter, et
incorrupte judicet ; tum etiam , ut quid fugiendum , sequen-
dumve sit in hoc Iucubralionum génère , facilius possit intel-
ligi. Ac primum quidam mihi occurrunt opéra quaedam
posthuma P. Joannis Commirii édita Parisiis 1704, in quibus
sunt mulli Ilymni, videliccU2. in Sanctum Martinum; 3. in
SanclumGildardum ; 4. in Sanctum Perfectum Cordubensem
Martyrem ; 8. in Sanctam Ursulam , et socias Virgines, ac
Martyres; 1. in Sanctum Lïberatum, et socios Martyres;
1. in Sanctum Saturuinum; 1. hi Sanctum Augustinum ;
5. in Sanctum Nicasium ; 2. in Beàtum Aîoysium Gonzagam ;
5. in Sanctum Symphorianum; 1. in Sanctum Maximum.
Mundilies latini sermonis, et venustas, qusé in reliquis Com-
mirii operibus elucet, in Hymnis maxime eminet; habita
prœterca est diligcnler ratio modulations Ecclesiasticœ.
Credcres GommSrium cum Santolio olim amico , tune rU
vali, de paima poeseos Hyranodicae certare voluisse. Nam,ut
t. h. 49
770 APPENDICE.
ad id veniam, de quo proposui dieere, Gommirius plura
epigrammata adversus Santolium inter hœc opera posthuma
habet. Nihil illc quidem stylo Santolii objicit ; nam eum an-
tea plurimum laudaverat , vel polius maximis laudibus a
Santolio ornatus, mutuum rcddiderat.Nihilominus quoddam
epigramma gallicum Nicolai Boelci Pralelli latinum fecit, in
quo llymni Santolii dicuntur ampullis graves ; suo vero no-
mino Gommirius nihil fore nisi lrcsam a Santolio amiciliai
fidem queritur. Gclcrum Dominus de La Monnoye data opéra,
et severitate censoria omnes Victorini Hymnos in examen
revocavit. ïota ejus animadversio in noto opère, cui tilulns
est, Menagiana , edit. Amstelodamens. J 7 1 3— 1716. tom. 3.
pag. 402 , etc., inserta est. Gcnsor ususestcollcctione Hym-
norum Parisina, 1C98, in-12, apud Dionysium Thierry : eam-
dem ego prœ manibus habeo.
1. In primo Hymno, qui est auctoris anonymi, censor
notât titulum, Sacris pignoribus , vulgo sanctis Reliquiis,
quia simpliciter pro litulo rectius diceretur, sanctis Reli-
quiis , quam Sacris pignoribus,
2. Pag. 22. In Hymno Johannis Baplisloc Santeul junioris
reprehendit hune versum : Cum virgam quatiens imperat
aridœ , quod vox arida pro terra non aceipiatur, nisi in
sacris litteris.
3. Pag. 473. In Hymno Claudii Santeul, in hoc versu :
Quam pio plangas Pater impiorum — Corde ruinam , negat
plangere reele sumi active pro lamentari, cum accusandi
casu.
Reliqui omnes hujus libri llymni auctorem habent Johan-
ncm Baptislam Santeul seniorem , qui adscito Santolii Vic-
torini nomme solet appcllari, in quibus haec animadvertit
censor.
k. Pag. 5. Tormcnla quœ non horruit? De S. Barbara,
qui versus eflîcit un contre-sens horrible. Sed forlasse San-
tolius interrogationem non apposuit.
5. Pag. 5. Fruisponso pro fruimarito, atque alibi sponsa
pro uxore. De (j/ae postea dicam.
APPENDICE. 771
6. Pag. 5. Si proie non terras repleut pro Si proie terras
non repleut.
7. Pag. 6. Vinclisligant se mutuis — Ris conjuges liberrimi.
De Chrfsto, ac S. Barbara. Haud recte dicitur; per ea vin^
cula Chrislura esse liberum, neque a vinculis, quibus se
mutuo ligant , Christum, et S. Barbaram esse liberos.
8. Pag. 6. Ad dulce nomen Barbarœ — Vanos tremores
jwnimus. Cur tremores vani dicunlur?
9. Pag* 10. Substrahens t et alibi substrahe pro subtraho.
10. Pag. 11. JEstimas auri pretiosa damna. Dici solet
parvi, vel magni aliquem œstimare, non vero œstimo hune
esse bonum virum.
11. Pag. 11. Sicque dotatus pudor immolandos — Servat
honores : pro et sic; reprehendituretiam locutio, immolandos
honores.
12. Pag. 11. Sic nos tenebras amare. Ambiguum.
15. Pag. 11. Cingere mitra aliquem pro cingere frontem ,
caput, comas, tempora alieujus.
14. Pag. 16. Per te , divas amor, frigida pectora — Puris
ignibus ardeat ( lege ardeant) pro dive amor, vel divum
amorem.
15. Pag. 20. Virgo Dei puerpera. Puerpera non régit
casum gignendi , quamvis apud Vidam îd reperiatur.
16. Pag. 20, et alibi Coœvus. Hoc vocabulum non cœpit
esse in usu nisi post, vel circa dimidiatum seculum IV. Nam
apud Ciceronem quod aliqui legunt Coœvus, legendum est
Coquus , ut piures animadverterunt.
17. Pag. 25. Urgent ecce Rhemos gens fera Vandali. Prima
vocaîis in Rhemos est longa. Santolius iterum eam corripuit
pag. 188, produxit vero pag. 68.
18. Pag. 25. Intrat templa Nicasius. Prima vocalis iri
Nicasius est longa, secunda brevis.
19. Pag. 52. Dicere. In praesenti passivo melius diceris.
INihilominus Terentius passim videre pro videris ulitur.
20. Pag. 32. In fervens olei conjicitur mare, Audacter
mare olei pro aheno. In sacra Scriptura hœc metaphora ad-
hibita est pro vase amplo. 3. Reg. cap. 7. v. 23.
772 APPENDICE.
21. Pag. 33. Sacrœ participes et socii necis — Discamus-
quo mori. Prœposlcra conjunclionis que trajectio , sive trans-
posilio.
22. Pag. 54. Et jugo Christi tibi pœna major — Subdere
gentes. Pcrpcram pœna pro laboie (peine) quod sœpe alias
occurrit.
23. Pag. 3i. Quos tu creasti, memor usque servas. Non
constat versus, nisi legatur Quos creasti tu ; sed tune abest
nitor, et harmonia.
24. Pag. 54, et 125. Quem fuies veri sludiosa trinum —
Crédit et unum. Yix alios coneinniores versus in omnibus
his Hymnis reperias; sed fateri oportet , eos depromptos esse
ex Sannazarii Hymnis.
25. Pag, 3G. Te vocant fie 'xi poplite supplices. Melius, flexo
poplite.
26. Pag. 36. Fuso iinctaque sanguine. Viliosa eonstructio.
27. Pag. 42. Ercmus. Vox. parum latina.
28. Pag. 43. Nota Sulpiti pietas. Primum i in Sulpiti est
brève.
29. Pag. h'ô. Deerant tyranni. Non est trisyllabum dee-
rant, et, si aliquando fit, producitur primum e.
30. Pag. 49. Rutoiti. In ablativo absoluto dicilur ruente.
5i. Pag. 49. Cœlo non hominum quœ posuit manus. Pro
quœ hominum manus non posuit.
52. Pag. 51. Astra redire, pro redire ad astra.
33. Pag. 55. Saule , tendis quos in hostes ? Melior haéc
eonstructio, Quos in hostes, Saule, tendis?
54. Pag. 55. Insecutor. Kejicitur hoc verbum Pruden-
lianum.
55. Pag. 56. Addunt — Scque triumpko. Incongrua ira-
jectio conjunetionis que.
56. Pag. 57 et 258. Gliscit in mentem, pro venit inmen-
tem : Gliscere non est idem, ac gailicum glisser.
57. Pag. 57. 0 Genevenses. Reprobantur nomina hujus-
modi in ensis , prresertim longa, in hoc versuum génère.
58. Pag. 57. Tamdiu noctis gtmitis sub umbra, pro dor-
miiis.
APPENDICE. i /i>
59. Pag. 59. Nihil atque spiret , pro atque nihil spiret.
40. Pag. 65 Christum anhelantis. Lcgendum , Christum-
que anhelantis , ut constct versus.
41. Pag. 66. Sit fas beato sub sene nos rnori. Rectius cum
sene ; sermo est de Simcone cantante, Nunc dimittis»
42. Pag. 68. Cupiunt doceri — Te que magislro, pro eu-
piuntque.
43. Pag. 69. Dœmon ut cedat, jubet. Longum est o in
Dasmon.
44. Pag. 70. Plangere dolores t pro lamentari.
45. Pag. 71. Intras Pharos , pro Pharon.
46. Pag. 71. Qui nos foves , laus , Spiriius. Deest tibi.
47. Pag. 75. Durusque pro throno lapis. Latine non dici-
tur thronus, neque crux idonee vocatur lapis.
48. Pag. 74. Nequœ vocareî , pro nequa.
49. Pag. 75. Vel cujus attactu, pro cujus vel attactu.
50. Pag. 77. Prœco, absolute positus pro concîonatore ,
rejichur.
5i. Pag. 78 ( lege 80 ). Nos infenso ( ieg. inoffenso) pede
ducat astris pro ad astra.
52. Pag. 81. Quantis, et quibus suspiriis , reprehenditur
htcc loculio prosaica.
53. Pag. 83. Subdita proies , pro obsequens,
54. Pag. 95. Non deest. Est monosyllabum deest. Vide
num. 29.
55. Pag. 96. Indiges non hic ministris , pro non indiges.
56. Pag. 98. Qaodque fugisti , fugiant caduci — Culmen
honoris. Ineptum est preeari, ut fidèles fugiant culmen ho-
noris, quod S. Cœlcstimis V. fugît.
57. Pag. 99 et 202. Desertutn in singulari reprobalur.
58. Pag. 100. Lux redit terris sacra Landerico , Lux
Parisinœ sacra semper ttrbi. Variatur significatio verni sacra
in primo, et secundo versu.
59. Pag. 101. Num suis dives salis est Olympus — Incolis?
pro non.
60. Pag. 109. Assidcs conviva nobis. — Ipse tu convivium.
Quo sensu Christns est conviva nobis in Eucharistïa?
774 APPENDICE.
61 . Pag. 110. Nos vides quam dissitos pro Quam vides nos.
Dissitus pro remoto non usurpatur.
62. Pag. 114. Seplimus mensis , neque claudet annus —
Septimus œvum. Deest unum neque.
65. Pag. 121k Securis. Prius dixerat fuisse ensem.
64. Pag. 125. Victor exemplis animosiores — Fac tins
nostras sociare palmas. Improbatur synlaxis.
65. Pag. 126. Rutilanlem in auro pro rutiluntem auro.
66. Pag. 127. Graviora ferro vulnera pro vulnera gra-
viora iis , qurc ferrura infcrt.
67. Pag. 134. Ut nos reducat. Legendum, ut reducat nos.
Vide supra num. 23.
68. Pag. 135. Quod fit. Prosre id convenit, non carmini.
69. Pag. 135. Victricem Dei , ambiguum.
70. Pag. 135. Qui Christiano gloriantur nomine — Ahena
frustra vincla captivos tenent. Censor hoc loco ait. L'auteur
s'est trcs mal à propos imaginé je ne sais quelle élégance dans
ces sortes de transpositions dont ses Hgmnes sont toutes pleines.
71. Pag. 131. Obstupendis. Veteres dicunt obstupescendis.
72. Pag. 153. Ingcnito Patri, pro non genito.
73. Pag. 159. Nil damnas temere , nil leviter probas. Ul-
timum e in temere creditur brève ab au dore censurai ex
versu in tragœd. Octavia*. Nihil in propinquos temere cons-
titui decet.
74. Pag. 168, Suprema laus sit Parenti . legendum Laits
suprema sit Parenti.
75. Pag. 168. Rcmeare urbes pro ad urbes.
76. Pag. 171. Ire recessus pro ire ad recessus , seu re-
cessus peiere, quod aptius dicitur.
77. Pag. 172. Subigisque menti. Perperam subigo cum
dalivo.
78. Pag. 176. Regibus qui dat, repetitque régna , pro r$-
petit a regibus.
79. Pag. 177. Monte sub celso Sequanas ad oras. Longutn
est a in Sequana, quamvis Ausonius corripuerit.
80. Pag. 179. Invasor, non est vcrliutu latinum.
APPENDICE. 775
81. Pag. 179. Ibat qui toties , dum furor impitit ~~ Ftrro
Christiadas , erudiit mori. Obscur um,
82. Pag. 183. Lance pendis non severa — Luce functi
crimina, de S. Michaele, quasi is peccata supplicum dissi-
mulet.
83. Pag. 184. Nuncium, neutrum non est, sed mascu*
linum.
84. Pag. 188. Nedum vir; impubes sed annos — Judicii
gravitate vincit ( leg. pensât. ) , pro Impubes, nedum vir, vel
pro nondum vir ; impubes sed annos — Judicii gravitate
pensât.
85. Pag. 196. Sic renascenti cruciata pœna — Corpora
subdunt pro renascente pœna , et subdunt pro subigunt.
86. Pag. 197. Nesciens solis pro nesciens solem.
87. Pag. 198. Sacris barbara gens , jam docilis régi —
Christum fontibus induit. Non recte exprimitur sensus.
88. Pag. 198. Très cœlo simul advolant pro ad cœlum.
89. Pag. 200. Clatra pro clathros,
90. Pag. 203. Si non vincla gravant manus pro gravent.
91 . Pag. 20 i. Compila per, absolute posilum pro per corn-
pita.
92. Pag. 20V. Viscera Martyr is — Quando nuda patent,
illius intimam — Rimeris penitus fidem. Ridicula sententia,
ac momi propria. Damnantur quinque stropha3 pagina? 203,
ob vitium obscuritaiis.
93. Pag. 209. Accensœ rutilant undique lampades, — ■* Te
prœsente micant minus. Frigide dictum.
94. Pag. 211. Quœ subduntur, et imperant. Sine dativo
subdo non significat subjicio.
95. Pag. 211. De cathedra docent — Pleni numine Mar-
tyres. — Pensée burlesque (ait ccnsor) burlesquement expri-
mée.
98. Pag. 214. Qui flevere , — Serenus abstergit lacrymas
Pater. Deest eis, aut his.
97. Pag. 218. Hoc, luce functi spiritus — Tarn triste
munus exigunt. Idem est luce fungi, ac mori, quod spiriti-
bus non convenit.
776 APPENDICE,
98. Pag. 225. Media tunica pro dimidia tunica.
99. Pag. 224. Turo. Fit longum u, quod est brève.
100. Pag. 224-. Ora deformi dabat una virtus — Unde
niteret. Obscure.
101. Pag. 225. Nec truci quamvis caput immolandum —
Pro Dei causa posuit sub ense , — Marlyris palmam retulit
velisto — Dignus honore. De S. Martine* confessore, informis
et intricata constructio.
102. Pag. 229. Valerlano sese addidit. Legendum est, se
addidit : autrement ( ait auctor censuras ) il y aura trop d'une
syllabe pour le chant. Il est vrai qu'il restera encore deux in-
convéniens , la rudesse de l'élision : Valeriano se addidit,
dans un vers qui se chante, et la seconde syllabe de Valeriano
allongée.
103. Pag. 250. Flammis aheno fervido — Pudica virgo
mergitur. De S. Crccilia, qua; non in œre, ut forte Iegit San-
tolius, sed in aère balnei sui inclusa est, cxÀclisapud Ba-
ron i uni.
104. Pag. 252. Divis invidiam facis t neque calholice ,
neque latine.
105. Pag. 2i0. Aperta non, euntibus — Addent morus
pericula pro aperta non addent moras — Euntibus pericula.
106. Pag. 2 i 1 . Divina quœ gessit homo. Ponitur tertia sede
chorcus gessit pro iambo, vel spondrco.
107. Pag. 344. Confundisque tyrannum, — Dum , quos
deprimit, élevas. Confundo signiâcat misceo ; elevo plerumque
minuo.
108. Pag. 250. A quo magnanimœ preclia sustiner.t — ■
Spreto funere VirginCs ; pro cujus ope, vei per quem.
Hase est censuras sumrna; nani quasdarn leviora prasierii,
vilia etiam orthographias, quas, ut ipse censor ait, majori
ex parte iaiputanda sunt typographo. Q u B.iiileii opori de
judiciis sapienlum notas adjecit, sci'icet idemmet Bernard is
Moneta , sive de La Mon îoye hanc censuram opponit elogb ,
quoBaiiletus Jom 4. nim. 1549.Santolium prosequituriisdt'm
verbis,qua3 ex Oictionariv) Morerii attuli in Dissertât, num.
202. Annotatore contrario opiuatur^ animqdversioui çensorias
APPENDICE. 777
expositœ ditfîculter responderi posse. Ac sane sunt multa a
censore docte , periteque notata ; sed in a!iis plerique dissen-
ticnt. Prœtereo illa omnia, qua3 melioraûevï potuisse dicun-
tur : nam hoc pacto infinitus reprehendendi patcret campus.
Trajectiones autem verborum, sivc constructiones, quœ
duriores videntur, interdum in optimis aucloribus reperiun-
tur, ut in Calullo Mamurrat pathïcoque, Cœsarique : et alibi :
Expui tussim — Non immerenti quam mihi meus venter —
Dum sumptuosas appeto, dédit , cœnas. Nihilominus fre-
quentius id fit a Santolio, quam ut tolerari possit. Verum
improbare non auderera n. 2, arida pro terra; n. 5 et 44,
plangere cum accusativo ; n. 10, œstlmo pro existimo , puto ;
n. 11, cingere mitra aliquein pro cingere caput alicujus; n. 14,
divus amor pro dive amor ; n. 15, puerpera cum genitivo
Dei ; n. 16, coœvus pro cequali; n. 20, fervens olei mare pro
aheno pleno fervent is olei ; n, 77, eremus ; n. 29, deerant tri*
syllabum cum primo e brevi; n. 34, insecutor ; n. 37, Gène-
venses ; n. 47, thronus ; n. 48, nequœ pro nequa; n. 57,
desertum in singulari ; n. 58 , varietatem significationis vocis
sacra ; n. 65 , rutilantem in auro ; n. 71, obstupendis ; n. 72 ,
ingenitus pro non geniio ; n. 107, confondis; hœc, inquam,
alia simîlîa censura3 nota non inurerem. Etenim pleraeque
voces indicaltE Ecclesiasticœ sunt, et Hymnis congruunt;
alise idonea veterum auctoritatedefendi possunt, ut ex lexi-
cis vuîgatis apparet. Quod autem censor maritus, et uxor
dici mallet num. §, pro sponsus, et sponsa, contra ego hœc
verba et Ecclesiae usu prasferam, et potius castigarem San-
tolium, dum ait de Christo, et S. Barbara, Conjuges liber-
rimi , et Deo superba conjuge. Prœterea nuncium neutrum
pro nuncius num. 83, ex ipso Vossio de Vitiis Sermon, lib.l.
cap 14, qui iliud reprobat, non esse reprehendendum re-
darguitur , cum doctissimorum hominum contraria? sint
senlenlire. At in temere num. 13. quid est animadversione
dignum? iNoime quamvis ultimum e brcve esset, ob ca^su-
ram produci posset ? In protinus ob cassuram u produci posse
dixi pag. 324 in nota, ac pariter o in illico ob cœsuram, et
duas. consumantes dictionis sequentis in sentemia nonnemi-
778 APPENDICE.
nis, qui illud o semper esse brève scripsit, sed rêvera du-
bium mihi non est , quin sit commune. Quibusdam visus est
vocalem brevem ob cœsuram produxisse Lucretius, lib. 1.
v. 806 , quamvis in eadem dictione consonans non succédât :
Imbribus , aut tabe nimborum arbusta vacillant. Et Ovidius,
Amor. lib. 2. eleg. 12. Terra ferax cerere , multoque feracior
uvis. Et Statius, 3. Theb. Effugiet, vix OEdipode fugiente time-
ret. Nam quodRicciolius, part. h. prosod. reg. 2. versum
Virgilii iEneid. 12. allegat, Me sinite, auferte metus , ego
f ccdera faxo, alii melius legunt, Me sinite, atque auferte metus,
egofœderafaxo. Itaeliam versus Virgilii abaliis productusex
Ciri, Nec levis hoc facere , neque enimpote curasubegit, cor-
rectior legitur, Nec levis hoc faceret , neque enim pote cura
subegit. Quamquam versum Lucrelii similiter alii corrigunt,
Imbribus , aut tabi nimborum arbusta vacillent , et alterum
Ovidii, Terra ferax cereris, multoque feracior uvœ. OEdipode
potest diei ablativus primae declinationis grœca?. Sane mihi
non aliud exemplum pro Santolio occurrit prœter versum
Virg. lib. 3. ^neid. v. 164: Dona dehinc auro gravia, sec-
toque elephanto; ubi Servius notât : gravia finalitatis ra-
tione producitur, sed satis aspere ; nam in nullam desinit
consonantem. Quid quod ultimum e in temere ex temerarie
per contractionem factum videtur, aliis melius ex antiquo
temerus, et utrolibet modo e postrcmum producendum est.
In hac opinandi ratione tenendum est, aut versum Senecae,
sive auctoris Octaviœ corruptum esse , aut senarium iambi-
cum aliquando apud tragicos, uti sa3pe apud comicos, quarta
sede admittere spondaeum, quod nonnullis exemplis posset
confirmari : etsi non probo , quod Ricciolius hune ipsum
versum , Nihil inpropinquos temere constitui decet , in exem-
plum adduxerit, ut in temere longum esse e postremum os-
tenderet, et facilius Santolium ob crcsuram, quam alio modo,
defendi posse existimo. Poliori jure censor castigare potuit
stropham illam in Hymno S. Quintini pag. 208. Ne sacros
cineres contigeris reus — Tardo pœna sequax non pede deserit
— Fossor diriguit ; mors subito reum — Indignata prœoccu-
pat. Nam si mors pede non tardo deserit, nunquam conse-
APPENDICE. 779
quitur reum; si pede tardo sequax non deserit, non subito
eum consequitur, multoque minus prœoccupat, quamvis in-
dignât a.
Pariter non video , cur censor verba invasor, dissitus , pro
remoto, atque alia hujus generis excludenda judicaverit, ac
nonnulla, qure aaque, vel magis reprehensioni patent prœ-
termiserit, veluti adytus pro adytum pag. 50. 0 sacros ady-
tus ! et in festo Decollationis S. Joannis Baplistïc resecatum
pro resecto : Illa vox crudo resecata ferro. Certe œquior his
non est animadversio circa verbum glisco pro gallico glisser,
ut asseritur num. 36. En duo illa loca, qua3 indicantur,
pag. 57. Gliscit in mentem médit antis illa — Quœ beat divos
eadem voluptas, pag. 258. Non vana pompa sœculi — Sensus
fefellit , nec malis — Gliscens voluptas artibus — Virile pectus
molliit. Quaererem a censore, cur glisco his in versibus non
possit habere signitiealionem, qua gaudet in illo Virgilii,
Accenso gliscit violentia Turno, aut in altero Slatii,Thebaid.9.
Menti tumor, atque audacia gliscit? Nec dubium est, quin
ita sit accipiendum illud , malis gliscens voluptas artibus ,
quidquid sit de gallico glisser, et de gliscit in mentem.
Ne vero putet aliquis, me Santolii peccata defendere, ut
meis patrocinium quœram, dicam ingénue, mihi etiam illius
Hymnos oculis neque lynceis, neque lividis percurrenti quœ-
dam displicuisse prseter alia vilia, quac in Menagianis recte
observata fuisse monui. Ac primum in festo S. Joannis Evan-
gelista3 pag. 50. fit brève n in duco; a quo vita ducit , prin-
cipium petis — Et primordia luminis. Simile est illud in festo
S. Antonii Abbatis pag. 42. Ut nitens plumis sine labe puris
— Ne suiperdas labe quid nitoris — Transvolat nubes, humi-
lesque terras — Deserit aies. Longum est a in labes , ut in
primo versu cernitur, sed cur fit brève in altero ? immo quid
eo loco significat labe ? Sed majori forlasse reprehensione
dignœ sunt sententiœ quœdem duriores, metaphorœ auda-
ces, et indccorœ. De S. Barbara pag. 4. Deo superba conjuge.
Quid enim est superbus, nisi arrogans, insolens, imperiosus,
elatus, inflatus, non ferendus, se efferens, spe, atque animo
inflatus, âsper, difficilis, gravis, qui fastidio et coutumacia
780 APPENDICE.
efferlur?De Christo Domino pag. 88. Cœlestis enRex curiœ
— Ut monstret ad cœlum viam — Secumquc ducat exules —
Se sponte fecit exulem. Non placet, exulem a cœio dici Dei
filium ; qui beata Patris visione sèmper fuerit perfruitus.
Pag. 92. Crux vocatur lectus, in quo nos parit Christus :
Tu lectus, in quo nos parit ; et pag. 187 torus , et ibidem
lancea , quia aperuit latus , obstetrix : Per te salutis, lancea,
largiug — Fluxere fontes, quando Dei latus — Prœgnantis
obstetrix recludis — Sacrilego f annulante dextra.
Abbas Guyotus Desfontaines, tom. 7. Observ.de scriptis
recen. pag. 7, criminationem depellit nescio a quo oblatam
contra hanc Santolii slropham : Jnscripta saxo lex vêtus —
Prœcepta, non vires dabat , — lnscripta cordi lex nova, —
Quidquidjubet, dat exequi. Santolium erroribus suo tempore
in Gallia disseminatis favisse aliqui jaetarunt, quamvis non
defuerint, qui afïirmaverint, illum eum esse, qui ne intelli-
gere quidem nascentem hseresim potuerit. In illa cerle stro-
phanihilmali subesse puto(l) ; sednonproptereaomnia, quœ
in Santolii Hymnis referuntur, libenti animo excipiam, quid-
quid sit de aucloritatc , quam Hymnis Santoîianis conciliare
possunt tôt Breviaria Gallicana, qua3 eos adoptarunt , et a
Guyoto recensentur, nempe Aurelianense an. 1693, Sani-
ciense an. 1700, Lexoviense an. 1704, Narbonense 1709,
Meldense 1713, Andegavense eodem tempore, Trecense
1719, Aniciensc et Antisidiorense 1726, Rothomagense 1728,
INÏvernense 1729, Glaromontanum eodem anno. Nam ut ab
omni censura abstineam , dura mihi videlur sententia illa de
Christo patiente pag. 73. Clamore magno dum Patrem — Sibi
relictus invocat — Cum morte luctantem Deum — Non audit
ille.vix Pater. Dum aliquis BreviariorumGaliiie Iaudatorbe-
nignam interpretationom his verbis quacrit, ego potius cre-
dam Filium Dei a Pâtre ( quem nunquam vix Patrem appeî-
(1) Penitus ignorasse videtur Arevalus quse acla sunt circa die-
tam strophen, lum ex parte Jansenistarum ut illam in Breviariis in-
trudereut, lum ex Calholicorum ingenio ut haereticum virus ab illa
expellereut , puta iû Diœcesibus Ébroïoensi , Cenoaianensi , Toîo-
sana, etc.
APPENDICE. 781
labo), in cruce nonsolum auditum, sed etiam exauditum
fuisse prosuareverentia,itainteîligenslocum A postoli cap. 5,
adtîebr.v. 7. Qui in diebus carnis suœ preces, supplicationes-
que ad eum , qui possit illum saîvum facere a morte , cum cla-
more valido, cl lacrymis offerens, exauditus est pro sua revc-
rentia. Quod autem cap. 27. Matlh. v. 4(3, Circa horam
nonam clamavit Jésus voce magna , Eli, Eli lamma sabac-
thani, cum SS. Patribus, qui a Calmcto indicantur, interpre-
tabor, quod Salvator non prose, sed pro membris suis cxcla-
mavit. Gravis etiam pro Santolio videri posset auctoritas
Palris Bourdaloue, si neque ipse fuisset Gallus, et in poesi
aeque, ac in concionibus insignis extitisset. Is in epislola
gallica ad Santolium Victor inum tom. 2. Opcrum hujus
edit. Paris. 1729, nimis magnifiée assuerit, oplarese, ut
omnes Hymni Rreviarii Romani c Santolii ofïïcina prodi-
rent. Equidem si bene novi ingénia Romanorum , et uni-
verse Itaiorum, non credo, eos opinioni Bourdalovii esse
subscripluros , ne Hispanos meos in bujus invidiig pariem
adducam.
Pergo ad alia. Displicet non nihii, quod dicatur pag. 12.
in Mymno , S. Nicoîai : Ipse dux facti Deus insokntis , quam-
vis variam insolentis significationem non ignorem. Neque
probo versus iilos, pag. 21. de Virgine Deipara : Quam cclsal
quœ se deprimens — Âltum Tonantem deprimis ; — In te, sui
jam non memor, — Descendit e cœlo Deua. Neque iiem ilios
de Jesu Christo in Eucharisiia pag. 109, Ipse factus est pu-
sillus, — Paupsr, exul , indigent, Cur autem crucem Do-
mini sic alloquar: Manus Tonantis quœ ligabas — Semper cris
pretiosa torques? lia lego pag. 187. Placida vero cœli gandia
non exprimèrent hoc pacto : Pontifex terris rapitur Salesus ,
— Festa dum cœli frémit aula jdausu. Nihii dico de cogno-
mine Salesus , quod in Hymnis non esse inserendum docui
num. 199. Dissertât; in quam senlcntiam facere videntur
décréta S. Rit. Congrégations 22 Doc. 162 ï; et 23 Junii
1730. Sanloiius vero Salesi nomen gentile ter intrusil. Id
autem minus est reprehendendum , cum ad Ii:mc Icgem San-
tolius non attendent , aut ea se astringere nolucril. Sed quod
782 APPENDICE.
in synalœpbas et eclhlipses non raro incidit, vix dignus est
venia , cum ei proposition fucrit modulis ccclesiasticis con-
sulere. Hoc idem vitium Carolo ColFin scriptori Gallo objici
polest, qui professus, se Hymnos partira denuo condere,
parlim recognoscere antiquos, quos idoneis Ecclesiœ canlui
numeris alligaret , saepe elisiones duriusculas admittit, ut
pag. 41. Reges pompa ai ios , alibi subdere amant. Cofïmus
Santolio clarior est, et doctior. Nuper illius Hymnos vidi
inter volumina misceîlanea in 12. Bibliotheca3 Marefusehiae
hoc titulo : Hymni sacri, auctore Carolo Cojfin, Ant. Uni-
versitatis Parisiensis Redore, collegii Dormano-Bellovaci
Gymnasiarcha. Parlsiis 1736. Passim, etîam aliud agens, in
novos Hymnorum correctores incurro , quo magis repre-
bensiones quorumdam eludere licet, quinovum, inaudi-
tumque facinus esse putant, de veterum Hymnorum vitiis in
latiis, musicisque numeris verba facere, sive quod ignari
sint, quid rerum in republica litteraria gestum fuerit , sive
quod inter carminum dotes antiquitatem reponant , quasi
meliora dies, ut vina , poemala redderet. Redco ad sententias
Santolianas.
Falsum parlim est, partim puérile, quod in obitu S. Lan-
derici asserilur, et interrogalur pag. 401. Pauperes lugent ,
lacrymisque turbant — Gaudia cœli. — Num suis dives satis
est Olympus — Incolis? terras spoliare cesset. Nec verius est
illud pag. 4ô0. Nilfecit, et nil pertulit — Homo Deus , te
nescio, de S. JacoboMajori nuncupato. Illud etiam de S. Ca-
jetano pag. 4-i0 : Prœdicent Regem, Dominumque mundi —
Prœdicent justum ; Gaetane, cunctis — Providum terris tibi
prœdicare — Convertit uni. Nec sibi cohreret Santolius paulo
infi a etimdem S. Cajetanum alloquens : Te canam sanctis si-
milem Prophctis — Quosque provisor Deus educabat. De S. Ca3-
ciliapag. 231. base noto : Ter perçus sa sua de nece fortior~Ter
Virgo meruitmori. Sed neque ter, neque semelmorï Virgome-
ruit, et non nisi semel mortua est : in cujus Actis apud Lader-
cbium non lego, in aère, aut œre balnei, sed flammis balneari-
bus... calore balnei. De SS. Apostolis hrec babentur pag. 236.
Hœc nempeplena lumine — Tu voté frangi prœcipis ;~-Lux
APPENDICE. 78o
inde magna rumpitur, — Ceu nube scissa fulgura. Portasse
Santoliusalludcrevoluit ad Gedeonis factum, cap. 7. Judic.
v. 17 etseqq... Divisitquetrecentos virosin très partes, et dédit
tubas in manibus eorum, lagenasque vacuas , ac lampades in
medio lagenarum... cœperunt buccinis danger e , et complo-
dere interse lagenas, Cumqueper gyrum castrorum in tribus
personarcnt locis , et hydrias conf régissent , tenuerunt sinis-
tris manibus lampades , et dextris sonantes tubas , clamave-
runtque : Gladius Domini, et Gedeonis. Sed quis est lucem
rumpi, vasis confractis? Displicet tum sententia, tuni locu-
tio ; quemadmodum illa metaphora, sive allegoria de SS. Mar-
tyribus pag\ 2^5 : Acti procellis omnibus — Sui cruoris flu-
mine — Vchuntur, et Christo duce — Portus bcalos occupant.
Alterius generis est, quod de S. Cajlestino V. affirmatur
pag. 97. Triplici corona — Fronslimct cingi , et pag. 98 :
Fleverat quando triplici tiara — Vidit ornatam radiarc fron-
ton, Bonifacius VIII, qui Cœleslino V successit , tiara du-
plici primus usus est , quam postea Urbanus V triplicem
fecit. Denique animadvertendum est, Santoiium, cum édita
est Parisiis collectio ejus Hymnorum, agnovissc errorem
queradam suurn pag. 2-41. Dïvina quœ gessit homo, ubi ler-
tio loco adraisit choreum; sed in calce paginai hanc notatio-
nem adjunxisse : Sic peccasse gloriabor, ut pietati consulam,
Hanc excusationem non accipient, qui attendant, eum vc-
hementissime déclamasse contra pinguem avorum gentem >
quibus eadcm excusatio pietatis non profuit ; Dissert. num.
167. Hrec fere habui, quœ censura? Menagiani opcris adji-
ccrem. Verum cum nihil ex omni parle sit bcatum, ut ait
oplimus poeseos magistcr : Vbiplura nitent in carminé, non
ego paucis — Offendar maculis , quas aut incuria fudit , —
Aut humana parum cavit natura. Sed Galli de suo Santolio
prœstabiliorem opinionem haberi volunt, quorum judicium
co magis racicndum esse videtur, quia jam diu in Breviariis
novis adornandis, refingcndisque maximo conatu , cl indus-
tria laborant. Tôt nova Breviaria hoc saîculo in (îallia pro-
dierunt, totopuscula, et Dissertaliones de Officiis singula-
ribus, de precibus Horariis universe, de Litaniis, Ilymnis-
que rccenlibus DeipariC in Mercurio Gallico t in Diurio
784 APPENDICE.
Dinouartii, in Bibliotheca Rituali Zacharice indicanlur, lit
possit aliquis subvereri, ne in Galliis, ut feminre novas
vestium formas, ita Sacerdotes nova Breviaria quotannis in-
veniant, in quibus vel sola novitas placcat. Sed quod dicere
cœperani, Hymni Santolii plerisque Gallis eliam post ani-
madversionem censoriam, quam excussi, adeo arrident,
ut nova versio gallica in lucem venerit Parisiis 1760, inter-
prète Domino Poupin, quam Trivuîtiani eodemanno p. 666,
mense Martio annunciant, asserentes ad hanc partem Ofticii
Ecclesiastici perficiendam divinitus eoncessum fuisse Santo-
liura. Equidem existimo, hujusmodi laudes immodicas fuisse
perstricias a Dinouartio , quem idem Trivuîtiani referunt
anno 1759. Sept. pag. 2302. promisisse editionem novam
Uymnorum Santolii ex autographo ipsius quasdam correc-
liones continente. In hac edilione patefaeiendae erant quae-
dam varietates, et mutationes, quas in nonnullis Breviariis
evenerant, ut cantui consuleretur, prasmittenda etiam la
Notice historique de ce grand poète fort mal pteint jusqu'ici, et
plus défiguré qu'embelli dans ses portraits» Nam Dinouartium
non omnia in Santolii Hymnis probasse observavi in Disser-
tation prœvia num. 20 i. Sane si quid in p'oesi, prrcscrtim
laiina, vident Ilali (vident autem , ut quidam eortim sibi
arrogant, longe aculius, quam reliqui omnes, ut eg'o ultro
assentior, non minus quam ceteri ) fateri necesse est, San-
tolium in primo poetarum ordine non esse coîlocandum. Nam
cum oplimos quosque poetas non indiligenter sibi undique
comparent, alquc adeo denuo excudant, Santolii Hymnos
Borna? neque in Bibiiotheca Casanalensi, neque in Barberina,
ncqne in Corsinia , neque in Alexandrina , neque in Passio-
neia ad Angdicam translata, neque in Marefuschia , qusc
n une sub hasta est, quarum utraque scriptoribus Santolii
amicis abundat, mini reperire contigit, ac vix tandem eos
nactussum in Bibliotheca Collegii Romani. Ubi autem poetas
récentes, quos post aniiquos légère, et imitari liceat, re-
censent, Santolium nusquam laudalum memini. Sed Galli,
opinor, non indigent plausoribus, qui ipsïs domi, utaiunt,
nascuntur.
FLN DE L'ArPEM>ICE.
TABLE DES CHAPITRES
DU SECOND VOLUME,
Pa9-
Chapitre XVI. De la Liturgie durant la première moitié
du dix-septième siècle. Zèle de l'Episcopat Français
pour la Liturgie Romaine. Réaction de la puissance
séculière. —Travaux des Pontifes Romains sur la
Liturgie. Paul V. Rituel Romain. Bréviaire Monas-
tique. —Urbain VIII. Correction des Hymnes. — Au-
teurs lilurgistes de celte époque 1
Notes du Chapitre XVI 58
Chapitre XVII. De la Liturgie durant la seconde moitié
du dix-septième siècle. Commencement de la déviation
liturgique en France. — Affaire du Pontifical Romain.
— Traduction française du Missel. — Rituel d'Alet. —
Bréviaire Parisien de Harlay. — Bréviaire de Cluny.
— Hymnes de Sanlcul. — Caractère des chants nou-
veaux. — Travaux des Papes sur les livres Romains.
— Auteurs liturgistes de celte époque 45
Notes du Chapitre XVII 103
Chapitre XVIII. De la Liturgie durant la première moi-
tié du dix-huitième siècle. Audace de l'hérésie Jan-
séniste. Son caractère anti-iiturgistc prononcé de plus
en plus. — Quesnel. — Silence du Canon de la Messe
attaqué. — Missel de Meaux. — Missel de Troyes. —
Languet. Sa doctrine orthodoxe. — Dora Claude de
Vert. Naturalisme dans les cérémonies. — Languet,
T. II. 50
786 TABLE.
Pag.
— Liturgie en langue vulgaire. — Jubé, Curé d'As-
nières 170
Notes du Chapitre XVIII 256
Chapitre XIX. Suite de l'histoire de la Liturgie, du-
rant la première moitié du dix-huitième siècle. —
Projets de Bréviaire a priori. — Grancolas. Foinard.
— Bréviaires de Sens, Auxerre, Rouen, Orléans,
Lyon, etc. — Bréviaire et Missel de Paris, du cardinal
de Noailles. — Bréviaire et Missel de Paris, de l'ar-
chevêque Vintimille. — Auteurs de celte Liturgie.
Yigier. Mcsenguy. CofFm. — Système suivi dans les
livres de Vintimille. — Réclamations du Clergé. —
Violences du Parlement de Paris. — Triomphe de la
Liturgie de Vintimille %QG
Notes du Chapitre XIX 588
Chapitre XX. Suite de l'histoire de la Liturgie, durant
la première moitié du dix- huitième siècle. — Réac-
tion contre l'esprit Janséniste des nouvelles Liturgies.
— Bréviaire d'Amiens. — Robinet. — Bréviaire du
1 1 Mans. — Caractère général de l'innovation liturgique
sous le rapport de* la poésie * du chant et de 1 estne-
' . J tique en général. — Jugements contemporains sur
celte grave révolution et ses produits 595
Chapitre XXI. Suite de l'histoire de la Liturgie, durant
la première moitié du dix-huitième siècle. — Affaire
de la Légende de saint Grégoire VII .... . AôO
Notes du Chapitre XXI 518
Chapitre XXII. Fin de l'histoire de h Liturgie durant
la première moitié du dix-huitième siècle. — Tra-
vaux des Souverains Pontifes sur ta Liturgie Romaine.
— Auteurs liturgistes de cette époque. .,......,., 525
TABLE. 787
Pag.
Note du Chapitré XXIî 559
Chapitre XXIII. De la Liturgie durant la seconde moi-
tié du dix-huitième siècle. Derniers efforts pour la
destruction des usages Romains en France. -— Rondet
et ses travaux.— Bréviaire de Poitiers. Jacob.— Bré-
viaire de Toulouse. Loménie de Bricnne. — Bréviaire
de Lyon. Montazet. — Révision du Parisien. Symon
de Doucourt. — Assemblée des Evoques delà Province
de Tours. — Bréviaire de Chartres. Siéyes. — Missel
de Sens. Monteau. — Désorganisation de la Liturgie
dans plusieurs ordres religieux en France. — Situation
de l'Eglise de France, sous le rapport liturgique, au
moment de la persécution. — Entreprises anti-litur-
giques de Joseph II, en Allemagne et en Belgique ; de
Léopold, en Toscane. — Ricci. Synode de Pistoie. —
Conspiration générale de la secte anti-liturgistc contre
le culte et l'usage de l'Eucharistie. — Réaction Catho-
lique par le culte du Sacré-Cœur de Jésus. — Tenta-
tives anii-litursristcs de la secte constitutionnelle eu
France, après la persécution. — Travaux des Papes
sur la Liturgie Romaine, durant la dernière moitié du
dix-huitième siècle. Bulle Auctorem fde i/-** Auteurs
liturgistes de cette époque 562
Chapitre XXIV. De la Liturgie au dix neuvième siècle.
— En France, rétablissement du culte Catholique.
Projet d'une Liturgie nationale. Actes du Légat Cu-
prara. Sacre de Napoléon. Pie VII dans les Eglises cie
Paris. Situation générale de la Liturgie sous l'Empire.
— Caractère des œuvres liturgiques sous la Restau-
ration et depuis. Destruction presque totale de la Li-
turgie Romaine. Mouvement inverse et favorable aux
788 TARE.
Fug.
usages Romains. Nouvelle modification du Parisien en
J822. Efforts divers dans le même sens. Difficultés de
la situation, et son remède. — En Allemagne, scan-
dales des Anli-liturgistes. Ordonnance de l'Evéque de
Rottenbourg. Affaire de Cologne. — En Angleterre,
tendances favorables aux formes Catholiques, cl au
Bréviaire Romain en particulier. — En Russie, in-
fluence désastreuse de la Liturgie Grecque. — A Rome,
travaux des Papes sur la Liturgie Romaine. — Biblio-
thèque des auteurs lilurgistes du dix-neuvième siècle. 646
Notes du Chapitre XXIV 762
Appendice ,..,.,., 769
FIN DE ! A TABLE PU SECOND VOLUME.
BRIGHAM YOUNG UNIVERSITY
3 1197 21066 4675
0,l;'(i^
if>lfl ,
i